Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 09:07

Ce texte pour contribuer aux réflexions en cours a été publié sur Mediapart le 1er mai, signé par des personnes de tous horizons et de très nombreux territoires surtout non franciliens. Il s’inscrit dans l’esprit unitaire de l’Appel « Plus jamais ça », signé par 18 responsables de syndicats, d’ONG, d’associations. Vous pouvez signer ce texte en ligne sur https://framaforms.org/ensemble-tout-est-possible-soyons-responsables-1588181014. Lire aussi Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.

L'examen de conscience - Gilbert Garcin (1929 - 17 avril 2020)

L'examen de conscience - Gilbert Garcin (1929 - 17 avril 2020)

Disons la vérité : Le monde entier savait qu’une pandémie interviendrait un jour ou l’autre. Combien d’alertes en cinquante ans ! Mais les chercheur.e.s ont été négligé.e.s, et leurs travaux non financés, alors que s’imposait une intense circulation planétaire, un capitalisme productiviste destructeur sur le plan écologique et social. Les politiques d’austérité ont mis à mal les systèmes publics de santé. Cette crise sanitaire a été engendrée par ce mode de production. Elle a été accélérée et aggravée par les politiques de la classe dirigeante. Et cela vaut partout, tant en Europe que dans le reste du monde.

Aujourd’hui doivent s’imposer les exigences de sécurité de l’ensemble de la population, des personnes qui travaillent (matériel de protection, droit de retrait et salaires garantis, refus de faire travailler des secteurs économiques non essentiels). De toute urgence, pour les plus pauvres, des millions au sud de l’Italie, dans tous les pays des Balkans et d’Europe centrale, les Etats et la Banque Centrale européenne doivent prendre des  mesures concrètes pour garantir le droit à la vie de tous les sans droits et les précaires (sans papier, sans toit, sans emploi…). De même ils doivent s’engager à coopérer avec l’Afrique et les pays du Sud pour la santé, l’agriculture et le climat. Ces mesures ne justifieront pas une austérité future, déjà annoncée par les ministres de l’économie et du budget.

Depuis des années nous subissons une dérive sécuritaire (lois et jurisprudence) et une répression policière contre les mouvements sociaux, écologistes et, à bas bruit, avec constance et combien de violences contre les jeunes des quartiers populaires. Les nécessaires mesures de sécurité sanitaire qui s’inscrivent dans ce contexte dégradé ne doivent pas renforcer une logique autoritaire pérennisée, avec des mesures gouvernementales qui menacent durablement l’état de droit, les libertés et les droits fondamentaux mais aussi la démocratie. Les mesures face au Covid-19 doivent viser à éliminer ce virus et aussi à rétablir une culture de la prévention, par les formes de sortie du confinement. Nous refusons d’être mis devant le fait accompli d’une relance anti sociale, anti écologique et liberticide. Notre but est d’agir, en France et en Europe pour que s’établissent des conditions de vie libre.

Pour que demain ne soit pas la reprise d’hier et d’avant-hier, que faut-il changer ?

Les drames et les souffrances de cette épidémie auraient pu, en grande partie, être évités.

* Combien de ministres, de Présidents, de gouvernements et de majorités parlementaires ont de lourdes responsabilités dans la dégradation des hôpitaux, des maisons de retraites, de la recherche, dans la dépendance à certaines productions étrangères essentielles. Des enquêtes doivent permettre aux citoyennes et citoyens de les juger démocratiquement et décider de leur avenir politique.

* Loin de favoriser les recherches, ces dirigeants les ont désorganisées, privatisées, ont coupé les budgets. Au lieu de faire jouer des complémentarités mondiales…, ils ont fait la course aux profits en délocalisant et en détruisant les formations et emplois de qualité pour des biens utiles : c’est la concurrence, qu’ils appellent « libre et non faussée », qui en fait exploite la main d’œuvre et les ressources naturelles plus durement à l’échelle mondiale en lieu et place des coopérations d’intérêt général.

* Pendant des années et des années, les personnels de santé, les usagers ont lutté. Ils n’ont pas été écoutés et les gouvernements successifs ont fait l’inverse ; ils ont imposé gestion libérale, privatisations, partenariats public-privé, diminution drastique des moyens matériels, des lits, des postes, des moyens de formation, des équipements en matériels, avec aussi la fermeture et la désorganisation de lieux de soins de proximité (cliniques, hôpitaux publics, centres de santé, dispensaires, EHPAD …). Pour ne plus subir cette situation, il faut instaurer les changements dans les budgets (revalorisation des salaires et embauches de personnel dans les hôpitaux et aussi les EHPAD, réouverture de lits d’hospitalisation…) ; et surtout, à la place  des ARS d’autres formes de direction et de fonctionnement dans les hôpitaux et les services… Les personnels doivent avoir un contrôle et un pouvoir d’intervention pour une autre politique de santé. Imposons de nouvelles règles pour une médecine rétribuée non plus au nombre d’actes mais pour l’activité dans des centres de santé publics.

* Afin de donner des garanties aux usagers, qu’ils disposent d’un lieu d’expertise et d’information, la création d’un service public démocratique du médicament et d’une santé environnementale, de la prévention est indispensable ; en France, en Europe et dans des règles internationales. S’impose mondialement l’expropriation des groupes pharmaceutiques.

* La crise sanitaire révèle, aux yeux de tous, la nécessaire priorité aux reconquêtes et au développement de services publics, à la reconquête de la Sécurité Sociale et la création massive d'emplois socialement et écologiquement utiles ; la relocalisation concertée et la reconversion de l'économie, pour des échanges écologiquement et socialement responsables partout dans le monde ; le soutien à une agriculture de proximité, paysanne et bio en lien avec les citoyen-ne-s.

* Le redéploiement des services publics, à rétablir et restaurer, est inséparable d’un pouvoir de contrôle des salarié.e.s et des usagers. Nous devons garantir à toutes et à tous  un accès égal à des services de qualité et de proximité pour  supprimer les inégalités territoriales. Le sous-équipement des « quartiers populaires », défavorisés, est intolérable depuis trop longtemps. Cette situation est due à un recul de l’État dans son rôle de régulation et de correction des inégalités socio-territoriales. Le droit au logement, notamment par le logement social et la mixité sociale et fonctionnelle des quartiers, doit s’appuyer sur la préemption des terrains libérés afin de contrecarrer les appétits privés, la spéculation immobilière et aussi sur une politique de réquisition des logements vides. De même s’impose une gestion des transports tournée vers la réponse à l’impératif écologique et l’égalité sociale. Abandonnés ou ignorés nombre de territoires ruraux vivent la destruction du lien social.

* Après des décennies d’austérité, une diminution importante du temps et de l’intensité du travail est urgente, sans perte de salaire, ainsi qu’une relance de l’embauche selon les besoins. À l’opposé des politiques de destruction des droits sociaux, il faut un code du travail digne du XXIème siècle, développer les institutions représentatives du personnel (IRP), renforcer l’inspection du travail, rétablir et développer les moyens de contrôle des CHSCT, les prud’hommes… Il faut retirer les contre réformes sur les retraites, la scandaleuse remise en cause des droits des chômeurs et les « lois travail ».   Les précaires, les ubérisés, les jeunes de 18 à 25 ans, les « bénéficiaires » des minima sociaux, les étudiant.e.s, les bas salaires, et beaucoup sont des femmes, doivent avoir un salaire, un statut et un revenu leur permettant de vivre décemment (60% du revenu médian), avec l'accès assuré aux biens de première nécessité : alimentation, eau, énergie, logement, culture, mobilité... Pour tous les salarié.e.s, ainsi que les chômeurs, retraité.e.s, étudiant.e.s  des revalorisations de salaires, de pensions et d’allocations sont indispensables pour tous ceux et toutes celles actuellement en-dessous de 5 fois le SMIC. Le statut de la fonction publique, nécessaire aux usagers comme aux personnels, doit être défendu et amélioré.

* La réouverture des entreprises utiles devra être imposée, pour assurer la pérennité des emplois et des savoir-faire et non des dividendes. Y compris sous forme de SCOP et de SCIC, dès que les travailleuses et travailleurs le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide ! Les collectivités, l'État doivent être des facilitateurs de ces démarches coopératives. Si des aides publiques s’avéraient indispensables au maintien des emplois et de savoirs faire d’utilité sociale; elles devront être conditionnées, contrôlées et s’adresser en priorité aux TPE-PME. La reconversion de l'industrie automobile, du nucléaire, des secteurs d'énergie fossile, de l’agrobusiness…implique des choix humains antiproductivistes qui rompent avec les logiques mortifères de profit sans contraintes des multinationales et des grandes banques, afin de s’appuyer sur des pratiques alternatives et de développer une coopération écologique et sociale à partir des territoires, sur toute la planète.

Tout cela est possible

L’axe stratégique doit être la satisfaction des besoins fondamentaux de la population et de la préservation du vivant, non pas des actionnaires. Il est temps de repenser l’économie comme outil pertinent au service du bien-être et du vivre ensemble, de la solidarité et de la sobriété.

Par une autre utilisation des richesses de ce pays, de nos voisins européens et bien au-delà. Les richesses sont là mais doivent être utilisées autrement. Nous avons besoin d'une nouvelle Europe politique, citoyenne, écologiste et solidaire : des « forums » de salarié.e.s, associations, syndicalistes, d’élus et de forces politiques… traceront un autre avenir, d’autres politiques. C’est le moment aussi de reconnaître les droits des migrant.e.s, des « exilé.e.s », des résident.e.s extra-communautaires, de  régulariser tou.te.s les sans-papiers ; et les traiter tout-es dignement. Cela devra sûrement aboutir à un nouveau Traité pour une nouvelle Europe, une construction institutionnelle en rupture  avec les marchés financiers, les multinationales et les lobbies économiques. Immédiatement s’imposent, non pas le déversement de milliards d’euros pour sauver le capital, mais  la récupération des évasions fiscales, des impôts conséquents sur les dividendes, des emprunts forcés, l’annulation des contrats illégitimes du type « public-privé ». L’injection de fonds par la Banque Centrale européenne, la nationalisation et la socialisation des banques doivent les mettre au service des biens communs et des productions utiles. Cela passe par un contrôle démocratique (syndicats, usagers, élu.e.s, associations…) fixant leurs activités et missions de services publics en faveur de l’emploi  et de la transition écologique.  

En France par exemple, un contrôle démocratique doit organiser les activités de la Banque Publique d’investissements et de la Caisse des dépôts ; des socialisations de secteurs stratégiques sont nécessaires, et doivent donner lieu à des débats publics, pour organiser la transition écologique et satisfaire l’accès aux besoins fondamentaux de la population.  De façon emblématique, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) doit être rétabli et le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), même transformé,  doit être supprimé.

La Sécurité Sociale – ses 4 branches - doit se développer comme bien commun, gérée démocratiquement, remplir pleinement son objectif « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » : vers le 100 % Sécu, prise en charge de la perte d’autonomie incluse dans le cadre de la branche maladie de la Sécurité sociale, maintien et amélioration de l’ensemble des retraites…

Les mobilisations citoyennes, associatives, syndicales, féministes, paysannes, environnementales et climatiques peuvent et doivent ouvrir un nouveau chemin d'alternative : les lois d’urgence liberticides doivent être abolies,  les institutions doivent changer, les formes de démocratie active sont à l’ordre du jour.  La citoyenneté pleine et entière (citoyenneté de résidence) doit être reconnue pour toutes et tous.

Nous voulons un autre monde !

Avec le confinement, l’auto-organisation sociale s’est développée à travers l’entraide, la coopération, la mutualisation des pratiques, la relocalisation des activités, le recyclage des objets, des épiceries sociales…Les demandes pour  un changement des productions, une démarchandisation, la gratuité des transports en commun et pour des services publics avec des tarifications solidaires, des premiers accès gratuits à l’énergie  se manifestent avec force…  

Depuis des années s’affirment des approches nouvelles, celles des biens communs, de la révolution féministe, celles d’une priorité écologique et de droits sociaux et humains… En France même s’est exprimée la volonté de la démocratisation radicale de la démocratie. Mettons en mouvement les exigences de débats et décisions (RIC), portées par les gilets jaunes : des assemblées populaires pour exprimer les demandes sociales et veiller à la mise en œuvre des lois.

Il est urgent de relier ces transformations des attentes politiques avec celles exprimées dans beaucoup de pays.

- Le FMI, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce doivent répondre des politiques qui ont mené le monde à la catastrophe écologique, économique et sociale. Toutes ces institutions agissent dans l'intérêt d’un système de surconsommation et de gaspillage pendant que d'autres crèvent de misère et de faim. Il faut arrêter le pillage des ressources naturelles dans l'intérêt des multinationales (déforestation, accaparement des terres, brevetage du vivant, destruction des cultures vivrières au nom de l’agro-business). 

 - Nous voulons l’annulation des dettes illégitimes, publiques et privées, une étape dans la redéfinition d’un nouveau système économique.

- Les absurdes dépenses militaires de 2000 milliards par an et les opérations militaires imputables aux Etats, doivent cesser et ces moyens reconvertis dans des politiques de coopération et de protection des peuples. Nous voulons la paix, le désarmement.

- Une Assemblée générale extraordinaire des Nations Unies, ne se limitant pas aux représentants des États, doit être convoquée pour organiser  l’effectivité de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et pour élaborer une déclaration des droits des peuples, qui donnera une force politique aux conclusions des COP (climat, biodiversité, pollutions…). Elle doit donner à l’OMS les moyens de son indépendance par rapport aux États et pour faire disparaître la pénurie des médicaments en organisant une sécurité de production, coordonnée par grandes zones géographiques. Elle doit réaffirmer dans des règles le principe de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) : « le travail n’est pas une marchandise ». Les conventions de l’OIT doivent être respectées par tous les États. Les Pactes sur les migrations doivent assurer l’égalité des droits et la liberté de circuler quel que soit le pays de naissance.

En proposant une alternative au productivisme et au capitalisme nous portons une responsabilité avec les mobilisations sociales, les soulèvements populaires de ces dernières années et la génération climat. Face à la démesure productiviste, nous devons regrouper les forces permettant de développer un mouvement altermondialiste qui rassemblera les mobilisations et pèsera sur les divers gouvernements pour la nécessaire rupture écologique, démocratique, sociale et géopolitique.

Partager cet article
Repost0
6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 16:54

Alors qu’a été publié le 5 mai Le temps est venu : l’appel de Nicolas Hulot pour poser les premières pierres d’un nouveau monde, alors que le comédien Vincent Lindon a confié à Mediapart une longue réflexion lue face caméra chez lui, je vous propose de lire les Propositions pour un retour sur terre, par Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton, publiées le 15 avril 2020 sur le site La pensée écologique., propositions dont il a été beaucoup question dans le débat La crise sanitaire annonce-t-elle l'effondrement de nos sociétés ?. Lire aussi Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise.

une œuvre de Peter Hill Beard (January 22, 1938 - March/April 2020)

une œuvre de Peter Hill Beard (January 22, 1938 - March/April 2020)

Changer, maintenant

La pandémie du Covid-19, et plus précisément la façon dont un grand nombre de pays tentent d’y répondre, peuvent nous permettre d’analyser la donne plus générale qui nous échoit. L’enjeu est une véritable bascule de civilisation avec un socle commun, consensuel, à partir duquel l’adversité démocratique – le jeu majorité et opposition – peut à nouveau se déployer et s’exprimer. Quel est ce socle commun ? De quelle bascule s’agit-il ?

La pandémie : une conséquence de notre rapport au vivant

Ce que tout le monde pensait impossible, un arrêt partiel des économies, s’est imposé à la quasi-totalité des nations sur Terre. Face à une pandémie, qui plus est débouchant sur une mort horrible, par étouffement, sans tests en masse, ni remèdes, ni connaissance assurée de toutes les voies de transmission du virus, ni vaccin, il n’est d’autre moyen d’en éviter la diffusion qu’un confinement quasi général des populations. Même les plus récalcitrants, les Trump et autres Johnson, ont dû s’y résoudre. La nature a eu ainsi raison de nos économies et de notre folie consumériste ordinaire.

Parler de nature n’est pas ici qu’une clause de style. Le coronavirus nous a sévèrement rappelés à notre vulnérabilité, à savoir à notre animalité, en nous ramenant toutes et tous à notre condition humaine biologique. Nature encore parce que cette crise est d’origine écologique. Il s’agit avec le coronavirus d’une de ces zoonoses qui se multiplient depuis quelques décennies parce que nous détruisons des écosystèmes, et partant l’habitat de certaines espèces qui du coup se rapprochent de nos propres habitats ; et parce que détruisant la biodiversité sauvage comme la diversité génétique des espèces domestiques, nous déstabilisons les équilibres entre populations et facilitons la circulation des pathogènes. Nous avons en outre superbement ignoré l’importance du « cortège biotique » qui nous accompagne et qui nous relie aux cortèges biotiques des autres, des animaux et des plantes (bactéries commensales, acariens, parasites et symbioses).

A quoi s’ajoutent aussi les effets du dérèglement climatique favorisant l’expansion des maladies infectieuses vectorielles comme le Chikungunya ou le virus Zika. Le Covid-19 avait pour hôte, et sans pathologie aucune pour lui, une espèce de chauve-souris contrainte de se rapprocher de nous ; et le virus nous a atteints, mais en produisant alors des ravages, via probablement une espèce intermédiaire, le pangolin, apprécié par la pharmacopée chinoise pour ses écailles (et donc gravement menacée). C’est donc la nature, et plus exactement les effets de notre action sur elle, notre destructivité, qui nous ont imposé une radicalité qui détermine la nature de nos réponses, elles aussi radicales.

Le dérèglement climatique : toujours notre rapport au vivant

Or, c’est une situation analogue à laquelle l’ensemble des dégradations du système Terre, changement climatique en tête, nous confronte désormais. Ces dégradations ont atteint un degré inouï et rien ne semble annoncer quelque décrue. Nombre de pays ont même désigné à leur tête des chefs d’État qui ont en commun un déni des questions écologiques, de Trump à Bolsonaro en passant par Modi, Xi Jinping, Poutine, etc. Sur le plan de l’action, le déni est quasi-universel. Effondrement du vivant, pollutions au plastique, destruction des sols, entrée dans le dur des dérèglements climatiques, etc., la litanie est connue. Prenons toutefois appui sur le climat, car il peut donner le tempo.

La température moyenne au sol sur Terre est de 1,1°C supérieure à ce qu’elle était dans la seconde moitié du 19e siècle et, selon l’un des grands modèles au monde, celui de l’IPSL (Institut Pierre-Simon-Laplace, Paris), elle devrait atteindre les 2°C dès 2040, en raison des émissions déjà émises pour l’essentiel. C’est énorme.

Rappelons qu’avec une augmentation de plus de 1°C, nous connaissons désormais des cyclones qui flirtent quasi systématiquement avec le plafond de la catégorie 5, des inondations hors normes et des méga-feux, des pics de chaleurs jamais atteints et des méga-sécheresses. Les récoltes australiennes de riz et de sorgho à l’issue de l’été austral ont par exemple diminué de 66 %. Avec +2°C, certaines régions de la zone intertropicale pourraient déjà connaître plusieurs jours par an où l’accumulation chaleur et humidité saturerait nos capacités de régulation thermique : nous ne serions plus en mesure, sans refuge dans un endroit plus frais au bout de 7 à 8 minutes, de réguler et de maintenir la température de notre corps à 37°, et ainsi d’échapper à la mort. Avec une élévation de la température de 3,5 à 4 degrés, cet état de choses durerait des semaines et s’étendrait même au-delà des tropiques. L’enjeu n’est donc autre que le maintien de l’habitabilité de la Terre pour l’espèce humaine et les autres espèces.

Au-delà de l’arrêt brutal, organiser le ralentissement général

Et il en va de cette situation comme du Covid-19, elle relève de la donne physique que nous avons produite et appelle un changement non moins radical : à savoir une redescente brutale, dans la décennie, avec effort immédiat, de notre destructivité ainsi que des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui devraient être réduites de moitié au moins, pour atteindre a minima la neutralité carbone au milieu du siècle.

En d’autres termes, à la place d’un retour fulgurant à la croissance, il conviendrait de décélérer brutalement — et à long terme — nos consommations d’énergie, et indirectement nos consommations tout court. La pandémie nous a montré qu’un court ralentissement global était possible, mais l’effort de ralentissement qui suivra sera bien plus difficile qu’un arrêt momentané des activités. Il devra être structurel.

Ensuite de quoi il conviendrait de construire une vitesse de croisière économique compatible avec le rythme de la biosphère, c’est-à-dire une consommation globale inférieure à une planète. Pourquoi inférieure ? Pour se donner une marge de régénération des écosystèmes et des agroécosystèmes que nous aurons détruits. C’est une décélération significative, qui nous obligera à vivre définitivement sans croissance économique globale. Il s’agit bien d’une bascule de civilisation.

Ainsi, bien au-delà de ce que nous a montré l’arrêt de l’économie pendant le Covid-19, nous n’aurions d’autre choix que de changer profondément les modes de vie, ce qui implique évidemment une restructuration totale de l’appareil de production.

Une restructuration totale, un tournant de civilisation

Nous devrons métamorphoser les modes de vie des pays les plus riches, dont le nôtre, tout simplement parce que les causes des destructions du système-Terre ne sont autres que nos niveaux de consommation de ressources énergétiques, minérales, halieutiques, de surfaces, d’eau, de biomasse, etc. Un seul exemple, les 10 % les plus riches de la population mondiale émettent la moitié des gaz à effet de serre, alors que la moitié la plus pauvre de la population n’émet que 10 % de ces mêmes gaz.

C’est donc une association nouvelle de modes de vie et de techniques, probablement pour l’essentiel en “basse technologies” (low-tech), vers laquelle il conviendrait de s’orienter. Ce qui appellerait une profonde transformation de l’appareil de production, tournée plus vers les infrastructures (moins de virtuel), avec très peu de petits objets, mutualisés, modulables, recyclables, et à portée de réparation pour tous, en évitant les objets sophistiqués et riches en matériaux et en énergie.

C’est aussi tout notre urbanisme qu’il convient de revoir pour rendre les villes habitables durant la saison chaude, qui dépasse désormais largement l’été : avec des trottoirs et des chaussées, notamment, végétalisés, pour ne citer que ces exemples…

Avec la modernité, nous avions cherché à nous arracher à la « vallée des larmes » de la misère. Nous nous sommes donnés comme dessein de toujours produire plus. Contrairement au souhait formulé par John Stuart Mill au 19e siècle, nous ne sommes pas parvenus à trouver quelque optimum. Nous avons poursuivi jusqu’à l’absurde la quête de richesses matérielles et qui plus est depuis une quarantaine d’années avec une explosion des inégalités en termes de répartition de la richesse sur Terre et au sein de chaque nation, en dépit de l’arrachement des classes moyennes des pays émergents à la misère. Nous sommes désormais menacés d’un retour à la « vallée des larmes », sous la forme d’un désert brûlant.

Le consensus moderne s’était construit autour de la nécessaire production de richesses et leur nécessaire partage ; on s’écharpait sur les moyens optimaux de production et sur les critères de redistribution de la richesse produite.

Aujourd’hui, il s’agit de nous entendre sur la nécessaire décrue de la production et sur son partage, c’est-à-dire sur le nécessaire resserrement des écarts de richesses. Au sein de ce cadre, la matière à adversité démocratique ne manquerait pas : nous pourrons nous différencier quant au degré de resserrement opportun des inégalités sociales autant qu’au sujet du niveau de décrue de la production et des types de production à privilégier ou non.

Rappelons qu’à terme, en cette matière, il n’y a pas d’intérêts divergents : continuer sur la tendance actuelle c’est aboutir à une planète inhabitable pour l’ensemble des espèces vivantes.

Le risque létal d’un “retour à la normale”

Bien des manières d’aborder en ce moment l’après ne sont guère rassurantes, et rappellent les suites de la crise économique de 2008-2009. La tentation est forte, en effet, de revenir à la situation d’avant, mais en pire. A l’hôpital, on maintient bille en tête les « restructurations » en vue de « l’optimisation de l’offre de soins publique » – entendez les suppressions de centaines de postes et de lits -, que ce soit dans le Grand Est (!) mais aussi dans le nord de Paris, déjà sous-doté. Des économistes orthodoxes font à nouveau entendre leur petite musique : il va falloir « relancer la machine », « tout miser sur la croissance », faire passer l’économie avant l’écologie. Du côté de la puissance publique, on entend déjà que les « réformes structurelles » et une « austérité » redoublées sont plus que jamais nécessaires pour « éponger la dette ».

Ce sont souvent les mêmes qui, de plateaux d’experts en tribunes de presse, de chaînes d’information en « téléphone sonne », préviennent contre les méfaits certains d’une « écologie punitive ».

A ces « réalistes » auto-proclamés, dont le « réel » est d’une abstraction inédite dans l’histoire de l’humanité, car il se compose d’indicateurs, de spreads, de nanosecondes et de pures spéculations (pas celles des philosophes, hélas, celles des traders), il faut rappeler quelques faits bien établis, dont tout le monde, à l’occasion de cette catastrophe sanitaire, a pu faire l’expérience parfois douloureuse.

De la même manière qu’il a fallu deux étés caniculaires éprouvants pour que, dans leur chair, nos contemporains saisissent ce que veut dire le dérèglement climatique, nous avons vu et ressenti les effets désastreux et irrationnels de la « RGPP » (Révision générale des politiques publiques) et autres dispositifs du « new public management » néolibéral qui mise tout sur le « flux » au détriment du « stock » : c’est parce qu’il n’y avait pas de « stocks » de tests, de masques et de gel qu’il a fallu confiner tout un pays. Pour économiser des millions d’euros dans un univers stable, qui mutile l’État-providence en pariant que tout ira bien, ce sont des centaines de milliards que nous brûlons parce que le monde a ses imprévus et que le « flux tendu » gestionnaire ou logistique ne tolère pas le moindre incident.

A ceux qui, face à la fermeté des mesures à prendre pour « lisser la courbe » – cette fois-ci, la courbe climatique – seraient tentés de crier à « l’écologie punitive », rappelons que la punition est déjà là : mort de masse par contamination, confinement général, arrêt brutal de l’économie, dilapidation de milliers de milliards d’euros. Ajoutez à cela l’attaque en règle contre les libertés et droits fondamentaux. Qui, dans ces conditions-là, peut encore parler d’écologie punitive sans sombrer dans le ridicule ?

Souvenez-vous, les renoncements nécessaires pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète étaient inacceptables, nous disait-on : baisser notre consommation folle, couper dans les dépenses somptuaires, cesser de fabriquer des objets inutiles, des 4×4 rutilants et vrombissants, des vols en avion… On nous disait que la croissance n’était pas négociable. Erreur, elle l’était.

Quand on voit les sacrifices et les renoncements auxquels (presque) tout le monde se plie pendant le confinement, on se dit que tout était déjà possible. Faut-il rappeler que 48 000 personnes meurent par an en France de la pollution atmosphérique, 15 000 des effets du chômage, et que la canicule de 2003 a fait 19 000 morts ?

Retourner à la situation d’avant, “relancer la machine” à l’identique, indiquerait non seulement que nous n’avons pas tiré de leçon des catastrophes, mais surtout que nous décidons de faire mourir toutes ces personnes. C’est bien évidemment inacceptable.

Les propositions qui suivent ont pour but de contribuer aux changements structurels de nos institutions démocratiques et économiques.

Une vision et un programme

L’objectif global est l’adoption consensuelle d’un nouveau cap de civilisation, dont les grandes lignes sont :

  • ECONOMIE : Produire moins de biens (sobriété), et mieux (efficacité), pour que nos économies s’insèrent dans le cadre des limites planétaires et deviennent régénératives plutôt que destructives ; resserrer les écarts de revenus.

  • ETAT : refonder la représentation, enrichir les procédures démocratiques, protéger les biens publics et les biens communs ; redonner du sens au service du public.

Il y a bien sûr différentes interprétations possibles de ces objectifs et des mesures précises qui peuvent contribuer à les atteindre. Libre à d’autres, dans un esprit d’alternance démocratique, de proposer d’autres interprétations et mesures de mise en œuvre.

Nous avons choisi de proposer des mesures, très centrées sur l’État. Ce n’est évidemment pas incompatible avec une démarche de participation populaire (et toutes les initiatives de la société civile allant dans le même sens), que nous encourageons par ailleurs. Mais nous soulignons que même ces processus démocratiques “venant du bas”, doivent reposer sur des garanties de l’État. Par les mesures qui suivent, nous nous donnons des instruments puissants pour réellement changer les choses.

Certaines des réformes que nous proposons pourraient être, autant que faire se peut, immédiates, d’autres exigent au contraire du temps, par exemple la réorganisation du commerce international et la démondialisation, d’autres enfin appellent une mise en œuvre dynamique et progressive comme le plafonnement des consommations et le resserrement des inégalités.

A. Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)

Les dégradations du système Terre sont le résultat du substrat énergétique et matériel de nos modes de vies actuels et de la manière dont ceux-ci envahissent les territoires les plus divers et reculés. Les propositions ci-dessous visent à réduire le potentiel destructeur de nos activités et des modes de vie dont elles sont solidaires. Elles visent également à concilier cet objectif avec une amélioration qualitative du bien-être et la justice sociale, qui repose sur la reconnaissance de l’égale dignité de tous les êtres humains. Toutes ces considérations nous imposent de transformer nos modes de vie en adoptant des instruments qui permettent de mesurer l’effet destructeur de nos modes de vie et de le borner, comme l’Empreinte Écologique et les quotas de consommation individuelle.

Mesure 1 – Pour ce faire, nous aurons besoin d’indicateurs robustes quant aux conséquences écologiques et énergétiques des niveaux de production, et quant à leurs incidences en termes de bien-être humain. On peut constater en Europe une timide percée de ce discours même au sein de la droite classique.

Mesure 2 – Relocalisation maximale de l’activité via un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international. Cette relocalisation permettrait de contrôler plus efficacement les flux de matière et d’énergie à l’échelle d’un territoire ; et d’évaluer leur impact sur les écosystèmes. L’objectif est ici de parvenir à terme à une empreinte écologique inférieure à 1 planète (objectif partiel de 1,5 d’ici à 10 ans), tant il est nécessaire de stimuler les capacités de régénérescence des écosystèmes. Il existe dans la littérature internationale un indicateur mixte combinant Empreinte Écologique et Limites Planétaires, qu’il conviendrait d’adopter à l’échelle de chaque territoire. Ce qui importe avant tout, c’est d’engager une dynamique de resserrement progressif de l’empreinte écologique. Doivent être relocalisés en premier les secteurs essentiels à la vie de la nation comme l’alimentation, les fournitures relatives au secteur médical et de santé, l’énergie, l’électronique et le web (nécessairement à l’échelle européenne) et évidemment la défense.

Mesure 3 – Modification du droit des sociétés : l’objet social doit préciser la contribution au bien commun. Les entreprises seraient soumises au resserrement de l’Empreinte Écologique et adopteraient une comptabilité tenant compte de l’empreinte écologique et de la dynamique écologique globale des écosystèmes. Les entreprises adopteraient pour cela une comptabilité à trois capitaux : actifs classiques, capital social et capital naturel, les trois n’étant pas fongibles (aucune compensation ne serait possible, même pondérée). Cette démarche, associée à la nécessaire transformation de la gouvernance des entreprises (de manière à la rendre plus démocratique) revient à généraliser les principes de l’ESS de transformation écologique à toutes les entreprises et tous les secteurs d’activité (internationalisation des externalités négatives, participation et autonomie). Il faut aussi changer les règles de l’entreprise sur la transparence des actionnaires, que l’on sache, publiquement, qui finance quoi. Pierre Samuel le proposait déjà en 1970.

Mesure 4 – Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu (variable en fonction de la situation géographique et de la part « contrainte » des dépenses). Il s’agirait de plafonner démocratiquement, de façon progressive, les consommations d’énergie / matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). De tels plafonnements pourraient être mis en place non seulement pour les achats directs d’énergie, mais pour tous les produits (chaque produit serait marqué d’un “prix” en énergie / matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel). Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Ces plafonnements s’accompagneraient de péréquations de façon à garantir à tous les Français des conditions de vie équitables : les régions moins bien dotées pourraient recevoir des “transferts de quotas” provenant des régions les mieux dotées, en respectant à terme une empreinte écologique globale inférieure ou égale à 1. Sans de tels plafonnements, absolus et non négociables, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné, autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations “hors quota” (c’est le principe des “marchés de quotas”, par exemple de la “carte carbone” conçue par les Britanniques avant la crise de 2008, les riches pouvant racheter aux pauvres leurs quotas), ce qui reviendrait à marginaliser une grande partie de la population et à accroître les inégalités sociales. Il n’y a jamais avec de tels quotas qu’un mode de gestion séculaire, celui des communs, toujours assortis, comme l’a montré Elinor Ostrom, de règles d’usage rigoureuses. Et rappelons-le, nous concernant, nous sommes déjà en situation de surpâturage climatique et biologique.

Mesure 5 – Généralisés à toutes les consommations, les quotas énergie/matière reviennent à relativiser le signal prix. Le signal prix devient relatif dans une économie qui tend vers un plafonnement généralisé, dont les plafonds décroissent progressivement pour atteindre les objectifs démocratiquement fixés : la consommation des biens rares n’est plus réglée par leur prix, elle est plafonnée “a priori”, et obéit à un principe d’équité (les quotas sont fixés en tenant compte des “consommations contraintes” de chacun). Les écarts de consommation (entre riches et pauvres) se portent sur les services purs ou les objets patrimoniaux. Toutefois les services deviennent eux aussi plus rares (la productivité des activités de service pur ne progresse pas ou très peu : les quantités sont donc “données” par le niveau de la Population Économiquement Active (PEA), elles sont constantes à court terme). On pourrait craindre que les services deviennent plus coûteux en raison de leur relative rareté, et qu’ils ne soient accessibles qu’aux plus riches. Mais il convient de rappeler ici que les écarts de revenus et de patrimoine étant par ailleurs démocratiquement bornés, les disparités concernant les quantités consommées le seraient aussi.

Mesure 6 – Dette publique : nous proposons que l’État français cesse de payer les intérêts de la dette publique cumulés depuis 1974, date à laquelle on a mis fin au privilège de la Banque de France de battre monnaie : c’est l’essentiel (70%) de la dette française qui serait purement et simplement effacé. L’indépendance de la Banque Centrale et le recours au marché obligataire pour le refinancement des États avaient pour dessein d’empêcher ces derniers d’exercer leur prérogative de création monétaire, en la déléguant à des entités indépendantes. Cette décision apparaît, avec le recul, d’autant plus injustifiée que les banques centrales indépendantes (la BCE ou la FED par exemple) ont récemment adopté (ou envisagent de le faire) des instruments de politique monétaire “non orthodoxes” (Quantitative Easing ou “Helicopter Money for People”), les exacts équivalents de la “planche à billet” que les orthodoxes reprochaient aux États de faire tourner à la moindre difficulté. Nous n’ignorons pas qu’une telle mesure pourra pénaliser les épargnants qui détiennent des obligations d’État, mais considérons qu’elle est conforme à l’intérêt du plus grand nombre, actuellement obligé de s’acquitter d’un impôt pour assurer le paiement des intérêts illégitimes de la dette publique.

Mesure 7 – Nous proposons de restituer à l’État les instruments de pilotage monétaire et financier, indispensables à la réorientation des flux d’investissement et à la relocalisation des consommations et des productions. Il s’agirait en premier lieu de   mettre fin à l’indépendance des banques centrales. Cette mesure revient à restituer à l’État l’instrument de pilotage public de la monnaie et des services financiers. Elle s’accompagnerait de la nationalisation totale ou partielle du secteur bancaire (ce dernier est nationalisé de fait depuis la crise de 2008, dans la mesure où l’État s’est porté garant, en dernier ressort et sans limitation de montant, non seulement des dépôts des épargnants, mais plus généralement des dettes contractées par les banques françaises).

Mesure 8 – Nous n’ignorons pas la résistance de certains gouvernements européens à de telles idées. La France engagerait des négociations avec ses partenaires pour les convaincre de l’impérieuse nécessité d’une telle politique. Dans l’hypothèse où elle n’obtiendrait pas gain de cause, elle pourrait décider de recouvrer sa souveraineté monétaire : elle plaiderait alors pour conserver l’Euro sous la forme d’une monnaie commune et non plus “unique”, suivant la proposition jadis formulée par la Grèce. La France adopterait dans ce cas une politique monétaire reposant sur le pluralisme monétaire et la reconnaissance des monnaies locales et complémentaires (fondantes, dédiées, vectorielles, etc.), répondant à l’objectif de viabilité écologique et sociale des productions et consommations (empreinte écologique inférieure ou égale à 1 et encadrement des inégalités de revenus et de patrimoine).

Mesure 9 – Mise en place d’un Revenu de Transition Écologique. Le RTE se destine à des personnes physiques, en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et le lien social ; la rémunération de ces activités (par exemple : agroécologie, permaculture, artisanat, low-tech) par le marché est souvent bien inférieure à leur valeur réelle. Le RTE comprend un volet monétaire et un volet accompagnement dans le cadre d’une coopérative de transition écologique (CTE). Une CTE a trois fonctions principales : financière avec le versement d’un revenu conditionné ; d’outillage des porteurs de projet en termes de formation et d’accompagnement, pour franchir progressivement les étapes de la transition ; de mutualisation des coûts, des pratiques et des connaissances au sein du groupe ainsi constitué. Les personnes et les initiatives déjà actives ou émergentes dans la transition gagnent ainsi en visibilité, et serviront de levier pour changer d’échelle et redynamiser les territoires. L’intérêt majeur du RTE est de s’appuyer sur des personnes, des réseaux et des structures déjà existantes, dont il constitue la pierre angulaire à travers la mise en œuvre d’une CTE. Celle-ci peut prendre différentes formes juridiques : une société collective d’intérêt collectif (SCIC) intègre des structures démocratiques diverses, dont des coopératives d’activité et d’emplois (CAE), des entreprises locales, des collectivités. La première CTE a été créée en 2019 dans la commune de Grande-Synthe avec la volonté de contribuer directement aux politiques territoriales de transitions (agricole et alimentaire ; transition énergétique ; mobilité ; économie circulaire etc.). La prochaine CTE est en cours de création dans le département de l’Aude. Les territoires en expérimentation sont eux-mêmes en réseau. Ainsi, le RTE a vocation à construire un nouveau modèle économique, écologique et social, grâce à un processus bottom-up.

Mesure 10 – Forcément, par voie de conséquence, encadrement des écarts de revenus (salaires, revenus du capital) serait à établir, à l’intérieur d’une fourchette dont l’amplitude est à définir de manière démocratique et par voie de référendum. De même que le revenu de transition écologique comble la distance entre le revenu jugé “minimal” et la rémunération réelle par le marché, le revenu maximal est le produit d’une décision démocratique qui interdit la “sur-rémunération” par le marché, dès lors que celle-ci introduit des écarts de revenus que la société juge néfastes. La même logique prévaut dans un cas comme dans l’autre : la borne inférieure et supérieure des revenus est déterminée démocratiquement. Les mérites des uns et des autres ne sont pas méconnus pour autant : la société dispose d’une grande palette d’instruments pour les reconnaître à leur juste valeur (charges et honneurs de toutes sortes sont une juste rétribution, non monétaire, de ces mérites et vertus).

Mesure 11 – Fiscalité écologique et sociale (exonération de la TVA et modulation de l’impôt sur le revenu en fonction du bilan “énergie / matière” des consommations). Cette fiscalité vise à inciter les consommateurs à adopter des comportements de consommation “vertueux” et accompagne la mise en place des quotas évoqués aux points 3 et 4. Si l’on fixe un quota élevé dans un premier temps, un système de modulation du taux d’imposition en fonction du bilan énergie/matière des consommations peut amener vers plus de sobriété. Cette solution est intéressante tant que le plafond est assez élevé et permet d’encourager les consommateurs à réduire leurs consommations “non vertueuses”, qui s’ajusteront d’elles-mêmes au plafond “cible”, progressivement rabaissé.

Mesure 12 – Agriculture : vers une “agroécologie décarbonée” (sans énergies fossiles). Il est urgent de mettre en place un modèle agricole à très haute productivité par unité de surface et à faible productivité par unité de travail. Une telle agriculture exigera de mobiliser à terme entre 15 et 30 % de la PEA, d’abandonner presque entièrement la motorisation à énergie fossile et d’avoir massivement recours à l’énergie musculaire (animale ou humaine). Cela implique également d’imposer un phasage de l’utilisation des pesticides de synthèse (néfastes pour toute la biodiversité) et les engrais de synthèse, autre poste important de l’utilisation/dépendance des combustibles fossiles en agriculture.

Imposer la sortie de cet ancien modèle est aussi une façon de se projeter dans le nouveau, celui qui permettra de faire de l’agriculture le premier secteur économique fixateur de carbone, comme le demandent les scénarios du GIEC que tous les pays ont admis avec la COP 21 dont la France est si fière. Ce modèle inclut aussi un retour à l’intégration des arbres dans nos pratiques agricoles, entre forêt-jardin, systèmes agro-forestiers et sylvo-pastoraux (soit le démembrement du remembrement). Par ailleurs, pour éviter la stratification sociale entre individus se consacrant à des activités dont les taux de productivité horaire sont très différents, nous proposons que cette mobilisation concerne TOUTE la Population Économiquement Active (PEA), sous la forme d’une activité agricole à temps partiel, spécialement dans les périodes où les besoins de main d’œuvre sont très élevés (récoltes, préparation des sols, désherbage, etc.). Le régime d’activité du futur serait donc celui de la “poly-activité intermittente”, qui verrait chaque individu se consacrer, alternativement et par phases, à l’entretien du vivant (dont l’agriculture est une forme essentielle) et à d’autres activités productives ou de services. Cette alternance aurait également des vertus démocratiques (puisqu’elle place tous les paysans, permanents ou intermittents, sur un pied d’égalité et de coopération) et culturelles, car elle permettrait de rétablir le lien entre tous les habitants du territoire national et “l’autre société” des espèces vivantes qui habitent ce même territoire.

Mesure 13 – Agriculture : vers une libération des semences et diversification génétique. La libéralisation des semences du domaine public constitue un élément majeur de l’autonomie et de la sécurité alimentaire. Il y a, à l’heure actuelle, grâce au travail institutionnel de différents acteurs, à l’échelon national et Européen, des avancées importantes pour la réhabilitation et la réappropriation des ressources génétiques natives (semences paysannes – variétés ancestrales, etc.). Il conviendra de mettre un terme à l’actuel système d’encadrement du marché des graines. Les semences paysannes sont d’ailleurs libres de tout droit de propriété intellectuelle, de tout brevet ou C.O.V. (titulaire d’un Certificat d’Obtention Végétale). Notons enfin que des travaux en cours (INRA – CIRAD de MONTPELLIER) tendent à montrer que les semences paysannes, à la différence des semences industrielles, sont riches d’endophytes (écosystèmes microbiens symbiotiques), lesquels contribuent fondamentalement à la vie les plantes, comme des sols.

Aucune loi n’interdit de re-semer les graines de son champ ou de son jardin, surtout si elles sont dans le domaine public, donc libres de tout droit de propriété intellectuelle… Cependant, le privilège de l’industrie (déposer des brevets sur les semences) leur a servi de tremplin pour accaparer les semences libres paysannes, et faire interdire leur usage libre. Le G.N.I.S. (Groupement National Interprofessionnel des Semences), par exemple, est une instance ambigüe à double casquette, représentant des intérêts privés des firmes qui le constituent, (Bayer, Monsanto, Dupont, Pioneers Syngenta, Limagrain, etc.) et chargé en outre par l’État français de gérer le secteur officiel des semences et de représenter l’État français pour toutes les missions officielles concernant la réglementation des semences… Cette situation est intenable d’un point de vue éthique, et dangereuse pour la biodiversité, c’est-à-dire l’avenir de l’agriculture. Nous proposons d’en finir avec les brevets de semences.

Mesure 14 – Agriculture : “réempaysannement des Terres”. La préservation et la répartition du foncier agricole, qui disparaît toujours au rythme de 1 département tous les 6 ans en France, est un enjeu majeur pour la pérennité de notre société. Les terres arables garantes de notre avenir alimentaire s’effondrent dans la plus totale indifférence. L’effet est plus dramatique encore dans les pays du Sud (Asie – Afrique – Amérique Latine) par l’accaparement dont l’ampleur constitue une menace globale pour l’humanité, avec des conséquences irréversibles sur le court terme. Les appropriations et la concentration des terres par quelques-uns entraînent la destruction des sociétés paysannes, l’exclusion de millions de petits producteurs, la destruction des écosystèmes et des ressources en eau et l’accélération du réchauffement climatique. Les paysans sont par millions victimes des évolutions actuelles des structures agraires qui violent les droits des populations et pillent littéralement les territoires, en créant partout la précarité et les pénuries alimentaires. Pourtant les agricultures paysannes sont dix à cent fois plus productives par unité de mesure que l’agriculture industrielle et elles nourrissent encore aujourd’hui 75 % de la population mondiale avec seulement 25 % des terres agricoles et très peu de protéines animales. Pour mettre fin à cette dérive en France, les SAFER verront leurs missions redéfinies et leurs prérogatives légales renforcées : maintien et développement des agricultures familiales (pratiquant la polyculture vivrière agroécologique), accompagnement des nouveaux paysans désirant participer à un programme de “reconquête paysanne”, pouvoirs d’investigation pour mettre en échec les opérations de contournement de la loi foncière.

Mesure 15 – Fin à terme de la métropolisation. L’alternance décrite (12 – §2) exige de rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, afin de réduire la dépense énergétique liée au transport des personnes et des productions (circuits courts). Les politiques de réaménagement du territoire viseraient des agglomérations de 300 000 habitants en moyenne. Les distances domicile – lieu de travail se trouveraient alors réduites à tel point qu’elles pourraient être parcourues en ayant recours à l’énergie musculaire ou à des transports publics dont le coût serait d’autant plus faible pour la collectivité que les distances à parcourir seraient courtes. La redistribution de la population sur le territoire pourrait être encouragée par une fiscalité écologique et sociale adaptée (par exemple, la fiscalité foncière pourrait être réduite dans les zones à forte contribution écologique et sociale, et le manque à gagner pour les communes pris en charge par l’État). De tels changements s’effectuent sur des décennies.

Mesure 16 – A terme, politique de transport public intégrale ou mutualisée à l’échelle de petits collectifs (individus + bagages). Le transport individuel serait progressivement réduit par le moyen d’un quota carbone / Transport ; celui-ci étant rabaissé au fur et à mesure que l’offre alternative de transports publics serait renforcée.

Mesure 17 – Arrêt immédiat des subventions aux énergies fossiles. Cette mesure n’exige aucun préalable car rien, ni la rationalité économique ni l’intérêt général ne justifient ces subventions : celles-ci ne doivent leur existence qu’aux participations croisées de l’État dans les entreprises extractives. Leur rentabilité nette entretient une véritable dépendance de l’État aux énergies fossiles et l’entraîne dans une diplomatie et des opérations extérieures visant à garantir ses approvisionnements.

Mesure 18 – Fin des paradis fiscaux. Pour faire disparaître totalement le recours des entreprises aux paradis fiscaux, la loi prévoirait des sanctions pénales applicables aux dirigeants (actionnaires compris). Le rapatriement fiscal des avoirs détenus par les sociétés et les particuliers permettrait de restituer à l’État des ressources (la perte fiscale est actuellement estimée à près de 5 milliards par an, les avoirs nets des ressortissants français détenus par les paradis fiscaux à plus de 300 milliards d’euros) qui pourraient être consacrées à la conversion écologique.

B. Vers un État garant du bien public et des biens communs (7 mesures)

C.   Propositions internationales (10 mesures)

La suite sur https://lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/.

 

 

Partager cet article
Repost0
28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 09:18
Dans le cadre du Big Bang, une visio-conférence sur le thème " la crise sanitaire annonce-t-elle l'effondrement de nos sociétés ? " animée par Alain Coulombel, porte-parole EELV, avec Pablo Servigne, ingénieur-agronome, Geneviève Azam, économiste, Dominique Bourg, philosophe. C'est en direct, mercredi 29 avril à 18h. Lire aussi Fédérer au sein des gauches et des écologistes : le temps nous oblige, vite et Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.
La crise sanitaire annonce-t-elle l'effondrement de nos sociétés ?
Partager cet article
Repost0
26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 09:05

Depuis l’apparition de l’épidémie du COVID19, les discours bellicistes se multiplient. Nous serions en guerre. Cette rhétorique de la guerre n’est pas anodine. Elle sert à nier le lien évident entre la crise écologique et la pandémie. Elle a, en outre, une fonction performative, adapter nos esprits à une situation de guerre, une bataille contre un virus invisible, le SARS-CoV-2. Cette rhétorique est un piège pour nous faire croire que la situation exceptionnelle et singulière que nous vivons serait une guerre qui nécessiterait une administration de temps de guerre. Ce discours a déjà été utilisé dans la lutte face au terrorisme. Par Jérôme Gleizes le 16 avril 2020 pour Le Bruit des Arbres FIN DU MOI DÉBUT DU NOUS – Le journal de l’écologie politique., un magnifique journal en ligne auquel vous pouvez vous abonner. De Jérôme Gleizes, lire aussi Effondrement et justice sociale  et De l’impuissance des politiques à l’effondrement écologique.

Les conséquences - Gilbert Garcin (1929-17 avril 2020)

Les conséquences - Gilbert Garcin (1929-17 avril 2020)

Lexicalement, une guerre est une situation conflictuelle entre deux ou plusieurs pays, États, avec ou sans lutte armée, interétatique ou intra-étatique. S’il y avait une guerre, nous le serions contre la vie car le virus est un être vivant qui s’adapte à son environnement.

Par contre, nous vivons une crise singulière qui demande la mise en œuvre de politiques publiques économiques et sociales exceptionnelles comme ce fut le cas pour le New Deal décidé par le président Roosevelt aux États-Unis d’Amérique en 1933, la NEP dans l’Union Soviétique de Lénine en 1921, ou la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale.

La lutte contre la pandémie du COVID19 nécessite en effet un ensemble de politiques très variées, notamment en recherche et développement, mais tournées vers un seul objectif et non un seul ennemi. En revanche, comme dans les années 1930, cette crise pourrait être un catalyseur de nouveaux conflits, profitant de l’affaiblissement de certains pays. La crise du COVID19 remplace la crise financière de 1929. Certains États, incapables de gérer la crise, trop dépendants pour leur approvisionnement ou ayant des décès trop nombreux dans les secteurs clé du pays, seront affaiblis et pourront devenir la cible d’États prédateurs. L’équilibre géopolitique est en train d’être déstabilisé.

Pouvons-nous être en guerre contre la vie elle-même ?

Le SARS-CoV-2 est un virus à ARN comme l’est le VIH du Sida. Ce type de virus serait à l’origine de la vie en permettant le développement des premières cellules et de leur noyau (1). 8 % de notre génome serait d’origine virale, fruit de contaminations passées. Les virus infectent nos cellules mais comme tout processus darwinien, la téléologie d’une espèce vivante est de vivre et de se répliquer. Contaminer un être vivant pour le tuer, c’est se tuer soi-même. Un article récent de Nature montre que ce virus s’est aussi rapidement développé et répandu sur notre planète pour devenir une pandémie car il s’adapte efficacement à notre société par un processus de sélection naturelle darwinienne (2). Il n’y aucune intentionnalité chez un virus, contrairement à un ennemi dans une guerre.

Ce virus est totalement adapté à notre monde globalisé et à sa métropolisation, la concentration humaine dans des ensembles urbains (3). Il a des caractéristiques, très adaptées au modèle capitaliste dominant. La période d’incubation est très longue, de 6 à 14 jours avec des pics à 40 jours. Le taux de mortalité est 20 à 25 fois plus élevé que celui de la grippe (4). Le virus « est plutôt discret et très contagieux avec une très forte transmissibilité y compris par des sujets asymptomatiques ». Le taux de contamination est de 2,4 à 6 par personnes contre 1,3 pour la grippe. La portée de la contamination est estimée entre 40 et 70 % de la population. Sur celle-ci, 80 % ne vont pas développer la maladie, ou faiblement, mais, sur les 20 % restants qui auront besoin de soins intensifs, 5 % risquent de mourir.

La conjonction d’une forte contamination avec une moindre mortalité risque de provoquer des millions de morts sur toute la planète. Selon une étude d’une université australienne, il y en a aurait au minimum 15 millions (5). La crise sanitaire actuelle n’est que la conjonction entre la mutation d’un virus et son adaptation à une planète dominée par les êtres humains et leurs activités. C’est cette conjonction qui fait la singularité de cette crise. Jamais une espèce vivante n’aura eu une expansion aussi rapide grâce à un véhicule, l’espèce humaine, une espèce invasive présente sur toute la planète, circulant rapidement d’un point à un autre, sur toute sa surface. Aujourd’hui, pas un seul pays n’est épargné.

Une crise économique singulière

Nous ne sommes pas en guerre, donc nous n’avons pas besoin d’une économie de guerre. Dans une économie de guerre, la production et l’offre s’effondrent. Les situations de guerre s’accompagnent de pénuries notamment  en ressources naturelles et matérielles qui nécessitent de revoir le cycle complet de production orientée vers la fabrication de matériel de guerre. Toute la main d’œuvre est occupée par l’appareil de guerre. Une logistique se met en œuvre en réduisant tous les délais au minimum (production, transports). Au contraire, nous connaissons aujourd’hui une crise de la demande avec une offre qui ne s’écoule plus. Le confinement mondial met des millions de personnes au chômage et selon les systèmes sociaux (l’absence de système de chômage partiel), les revenus distribués vont nettement diminuer. Cette baisse de la consommation est renforcée par tous celles et ceux continuant à percevoir leurs revenus qui, durant le confinement, auront une épargne forcée.

Mais comme pour chaque crise, l’évènement, ici la pandémie, n’est pas la cause mais le révélateur d’une crise sous-jacente du capitalisme comme ce fut le cas avec la hausse du prix du pétrole en 1973, les subprimes en 2008 (6). À la différence de la crise des subprimes qui a affecté essentiellement les pays occidentaux en 2008 et impacté le reste du monde en 2009, cette crise est globalisée, n’épargnant aucun pays en 3 mois, de l’Iran aux États-Unis. Elle est universelle et quasi-immédiate, comme le sont nos communications. En terme de politiques économiques, la réponse devrait aussi être la même partout et elle a été présentée par Keynes lors de la crise de 1929 avec le concept de « demande effective » (7) et les politiques de relance, mais à l’échelle de la planète. Les États doivent se substituer aux entreprises et aux ménages lorsque ceux-ci sont défaillants. Cette fois-ci contrairement à la crise des subprimes, l’Union européenne a décidé de s’affranchir des contraintes de Maastricht, en levant la « norme » des 3 % de déficit budgétaire alors qu’elle ne l’avait pas fait en 2009. C’est un premier pas mais cela ne suffira pas car ce virus révèle aussi et surtout la fragilité de nos sociétés.

La singularité de cette crise est son universalité, sa quasi-immédiateté et son impact mondialisé : la première pandémie depuis la grippe espagnole de 1918-20. La globalisation de la production est en fait une centralisation de la production en Asie, un éclatement des processus industriels. Le néo-libéralisme a affaibli les États, notamment du fait des privatisations de nombreux services publics, à commencer par ceux de la Santé, ce qui a fragilisé les systèmes de soins. Cette crise singulière révèle notre faible résilience. Le COVID19 va plus tuer indirectement que directement, dans les EHPAD, dans les hôpitaux, par insuffisance de lits, de respirateurs, de masques, de personnels soignants… La singularité, c’est aussi la surprise d’une épidémie pourtant prévisible tant par les études scientifiques (8) que par les militaires. Comme souvent, les gouvernants sont en retard sur le reste de la société. Il y a eu un effet de sidération, et peut-être du cynisme de la part de certains, qui a fait que les différents gouvernements ont pris du retard et laissé le virus se répandre sur toute la surface habitée de la planète avec un objectif, atteindre une immunité de groupe. Seuls certains pays asiatiques ont été plus réactifs mais souvent au détriment des libertés publiques réactivant le concept de biopolitique, développé par Foucault.

Biopolitique (9) et post-capitalisme

Foucault pour construire son concept de biopolitique part d’une analyse de la « gestion » des grandes épidémies (lèpre, peste, choléra). La biopolitique consiste à maximiser et préserver la vie des populations au nom de l’économie contre le droit de vie et de mort qui caractérisait les formes plus anciennes de souveraineté. Dans cette droite ligne, Wendy Brown nous a alertés sur le néo-libéralisme comme négation de la démocratie (10) en se basant sur les concepts foucaldiens de biopolitique, de discipline et de « société de contrôle ».

Aujourd’hui, le néolibéralisme a inversé la biopolitique en un contrôle total des populations. Aujourd’hui, « toute action et toute décision politique obéissent à des considérations de rentabilité, (…) toute action humaine ou institutionnelle est conçue comme l’action rationnelle d’un entrepreneur, sur la base d’un calcul d’utilité, d’intérêt et de satisfaction, conformément à une grille micro-économique moralement neutre, dont les variables sont la rareté, l’offre et la demande. » Petit à petit, la politique a abandonné les normes pour des chiffres, des probabilités pour gérer les populations. Quant à la technologie biopolitique, pour Foucault, elle « doit s’exercer sur les individus en tant qu’ils constituent une espèce d’entité biologique qui doit être prise en considération, si nous voulons précisément utiliser cette population comme machine pour produire, pour produire des richesses, des biens, produire d’autres individus ». (9) Elle s’appuie sur la police qui « à travers le quadrillage et la surveillance permanente qu’elle assure – va permettre de constituer la population comme objet de l’action gouvernementale. »

Les analyses de Michel Foucault sont parlantes pour comprendre le présent même si actuellement la biopolitique ne se conjugue pas avec une société disciplinaire mais avec une société du contrôle. Les règles, les normes ne suffisant plus à contrôler les individus, « des corps dociles » ; des technologies vont permettre de prendre leur contrôle dans leur totalité.

C’est cette biopolitique par les chiffres que nous avons vu au début de la crise sanitaire avec la stratégie d’immunité de groupe : laisser le virus contaminer la population pour que celle-ci produise des anticorps. Ce virus apparaissait mortel uniquement pour les personnes les plus âgées. Un député républicain américain a même dit : « Laissez mourir les vieux, laissez-moi mourir, on a bien vécu, ne confinez personne, sauvez l’Amérique et ses emplois pour notre jeunesse ». Maintenir l’objectif de production, la priorité des priorités, laisser les probabilités gouverner nos vies avec un taux de létalité faible. Mais lorsque les gouvernants ont compris que si 80 % des contaminés vivent la maladie comme « une simple grippe », 5 % des malades vont mourir, ce qui représente des centaines de milliers de morts, ils ont été pris de panique. Les gouvernements décident alors les uns après les autres de confiner leur populations avec toujours cette même absence de contrôle de la maladie. Après n’avoir masqué et testé que les personnes ayant développé la maladie, tout le monde est confiné : porteurs asymptomatiques, malades en phase d’incubation, malades ne nécessitant pas d’hospitalisation. Après avoir laissé les probabilités gouverner la contamination des populations, le zéro risque devient la norme car les hôpitaux sont dans l’incapacité de soigner tous les malades. Le modèle épidémiologique SIR (pour Sain, Infecté, Recovered, guéri) devient le modèle qui gouverne notre confinement ou pas. Nous ne tentons pas de comprendre la diffusion de la maladie pour élaborer une stratégie d’endiguement, nous laissons notamment les espaces déjà fermés devenir des mouroirs, comme en France, avec les EHPAD ou encore les prisons. Mais parallèlement se construit un état juridique d’exception pour gérer la singularité du moment historique vécu. Les ordonnances se substituent aux lois. La police est garante de cet ordre biopolitique, de cette incertitude de l’état médical, malade ou pas, contagieux ou pas, immunisé ou pas.

Certains voient dans cette crise une forme d’effondrement de nos sociétés mais celle-ci n’a rien à voir avec la raréfaction des ressources non renouvelables, les conséquences du dérèglement climatique. Ce n’est pas un effondrement, c’est le contraire, le ralentissement brutal du capitalisme, une réduction de la production, et donc la non-consommation de ressources. La seule ressource qui diminue, ce sont des êtres humains, et souvent des êtres non-productifs pour le néo-libéralisme. Aujourd’hui, les êtres humains sont une ressource contrôlée sous toutes ses formes, et demain d’un point de vue sérologique pour sortir du confinement, un mélange entre le monde d’Orwell et celui de Huxley. Le nouvel ordre est loin d’être démocratique et surtout très inégalitaire. Le capitalisme, comme système d’accumulation infinie de capital, bute sur la raréfaction des ressources. Les capitalistes anticipent déjà ce monde d’après dont nous parlons. La crise sanitaire accélère cette transformation avec la mise en œuvre d’une société coercitive de contrôle (11). La question de la pénurie de ressources non renouvelables, des conséquences du dérèglement climatique ou de la pandémie ne sont plus des sujets réservés pour les écologistes mais des faits pris en compte pour les hyper-capitalistes. Le néo-libéralisme qui s’est souvent appuyé sur les États pour démanteler les services publics au nom d’une orthodoxie financière pourrait se transformer en société post-capitaliste en imposant un ordre autoritaire pour imposer un biopouvoir en réponse à toutes ses crises.

Néanmoins, l’heure n’est pas au bilan, mais au confinement, en absence de tests et de masques, même si la situation que nous vivons est due au cynisme et/ou à des erreurs politiques, car la contagiosité de la maladie est certaine.

Pour autant, nous ne pouvons pas accepter l’état de surprise ni l’usage de biais cognitifs (12). Nous ne sommes dans la situation du cygne noir de Nassim Nicholas Taleb (13) ; nous ne sommes pas face à un évènement imprévisible mais face à un évènement pratiquement certain, une zoonose. La seule incertitude était le type de virus et les formes d’infection, la grippe, un coronavirus, un paléo-virus avec la fonte du permafrost, ou un autre. Cette crise est une crise écologique, une perturbation extrême de nos écosystèmes, due à l’anthropocène. Et il y a une réponse écologiste à cette crise.

Une crise écologique niée

Vernadski est le premier scientifique en 1926 avec la notion de biosphère (14), à avoir une analyse bio-géologique et écologique, posant comme hypothèse que la vie est une force géologique qui transforme la Terre. Il développe une vision systémique de notre terre en développant les concepts développés par Pierre Teilhard de Chardin et Henri Bergson. Il montre que toute la vie vient de la biosphère et que notre planète est composée de cinq différentes couches en interaction : la lithosphère, noyau de roche et d’eau, la biosphère constituée par la vie, l’atmosphère, enveloppe gazeuse constituant l’air, la technosphère résultant de l’activité humaine et la noosphère ou sphère de la pensée.

Cette pandémie n’aurait jamais pu se produire si l’espèce humaine n’occupait pas autant la planète, si la circulation humaine n’était pas aussi rapide. Ce virus vient de la chauve-souris et aujourd’hui, les êtres humains contaminent d’autres animaux, des chats ou des chiens domestiques mais aussi des animaux en zoo comme des tigres, et peut-être des animaux sauvages. Les probabilités que certains ont voulues domestiquer par l’immunité de groupe agissent comme un effet boomerang : la sur contamination multiplie le nombre de mutations du virus.

De même, la propagation du Covid-19 dans le monde est liée au changement anthropique de l’environnement. La promiscuité entre les êtres humains et les animaux est un facteur qui favorise le risque de zoonose (15). Il y a les animaux d’élevage, déjà à l’origine de la grippe H5N5, mais aussi les animaux sauvages qui sont soient braconnés, soit poussés hors de leur habitat naturel par l’expansion humaine, notamment dans les forêts primaires. 65 % des maladies émergentes sont issues des animaux.

Par ailleurs, le confinement produit un ralentissement de la production, et donc des pollutions. L’effet est tel que de nombreux animaux sauvages reviennent dans les écosystèmes qu’ils avaient abandonnés. Le confinement n’est pas une suspension du temps, c’est une réorganisation du monde.

Cette épidémie n’est pas une guerre. L’anthropocentrisme est une impasse de la pensée et la réalité est celle d’une planète qu’aucune espèce vivante ne doit pouvoir contrôler. Nous vivons un moment de la période de l’anthropocène qui était prévisible et qui pourra s’orienter autant vers un nouvel ordre plus autoritaire qu’une prise de conscience écologiste.

(1) Nicholas V. Hud et David M. Fialho, “RNA nucleosides built in one prebiotic pot”, Science, vol. 366, n° 6461,‎ 4 octobre 2019, p. 32-33 DOI 10.1126/science.aaz1130

(2) Andersen, K.G., Rambaut, A., Lipkin, W.I. et al. “The proximal origin of SARS-CoV-2” Nat Med (2020). https://doi.org/10.1038/s41591-020-0820-9

(3) « La métropolisation du monde est une cause de la pandémie », 28 mars 2020, entretien avec Guillaume Faburel, https://reporterre.net/La-metropolisation-du-monde-est-une-cause-de-la-pandemie

(4) « Le Covid-19 est un réel danger ! », deux scientifiques font le point sur le coronavirus SARS-CoV2, Le quotidien du médecin, le 6 mars 2020, https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/la-covid-19-est-un-reel-danger-deux-scientifiques-font-le-point-sur-le-coronavirus-sars-cov-2

(5) https://anu.prezly.com/coronavirus-is-highly-uncertain-and-the-costs-could-be-high#

(6) Jérôme Gleizes & Yann Moulier-Boutang, « Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme », Ecorev’ n° 32, mai 2009.

(7) Voir Gilles Raveau, https://blogs.alternatives-economiques.fr/gilles-raveaud/2009/05/15/de-la-demande-effective-chez-keynes

(8) Depuis la crise de 2003 sur le SRAS, les chercheurs alertent sur l’inéluctabilité de ce type de pandémie, de cette zoonose. Par exemple, Noël Tordo, virologue, https://www.youtube.com/watch?v=Lh-rjnFj8O0&t=2934s ou le professeur Philippe Sansonetti, Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée, https://www.youtube.com/watch?v=JKY1i7IpK3Y

(9) Pour aller plus loin sur les différentes interprétations du concept, Alexandre Macmillan, « La biopolitique et le dressage des populations », Cultures & Conflits [En ligne], 78 | été 2010, mis en ligne le 6 mars 2012, consulté le 5 avril 2020. http://journals.openedition.org/conflits/17959 ; DOI : https://doi.org/10.4000/conflits.17959

(10) Wendy Brown, « Néo-libéralisme et fin de la démocratie », 2 octobre 2004, Vacarmes n° 29 : http://vacarme.org/article1375.html

(11) Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle, Gaspard d’Allens (Reporterre), 4 avril 2020, https://reporterre.net/Au-nom-du-coronavirus-l-Etat-met-en-place-la-societe-de-controle

(12) La Biosphère, 2e édition revue et augmentée, Paris, Librairie Félix Alcan, 1929, 323 p. – Rééd. avec une préface de Jean-Paul Deléage : Paris, Seuil, coll. « Points/Science », 2002

(13) L’hypothèse du cygne noir, c’est la réalisation d’un évènement rare mais possible. Les cygnes sont généralement blancs mais il peut y avoir la naissance d’un cygne noir.

(14) HEC Paris Webinar Series – Prise de décision et biais cognitifs: l’exemple du COVID-19 https://www.youtube.com/watch?v=H6IAOM3Ei2o&t=1062s

(15) Plusieurs études dont la dernière, Global shifts in mammalian population trends reveal key predictors of virus spillover risk, Christine K. Johnson, Peta L. Hitchens, Pranav S. Pandit, Julie Rushmore, Tierra Smiley Evans, Cristin C. W. Young et Megan M. Doyle, publié le 8 avril 2020 https://doi.org/10.1098/rspb.2019.2736

Partager cet article
Repost0
23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 09:06

La réponse du Gouvernement à la crise sanitaire du COVID-19 doit soutenir la transition bas-carbone juste pour renforcer notre résilience aux risques sanitaires et climatiques. C’est le constat du rapport spécial, « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir –  Accélérer la transition juste pour renforcer notre résilience aux risques sanitaires et climatiques » publié le 21 avril 2020, consacré aux enseignements à tirer de la crise du COVID-19 pour le climat, et aux suites à donner vers la neutralité carbone.  D'après Élisa Sgambati sur https://www.hautconseilclimat.fr. et Marie Astier pour Reporterre. Lire aussi Premier rapport du Haut Conseil pour le climat : la France parle beaucoup mais agit peu et Cinquante propositions de la convention citoyenne pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société ».

https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/04/rapport_haut-conseil-pour-le-climat.pdf

https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/04/rapport_haut-conseil-pour-le-climat.pdf

Composé d’experts du climat et de la transition énergétique, créé en 2019, le Haut Conseil est une instance consultative indépendante chargée d’évaluer la compatibilité de la politique du gouvernement avec l’accord de Paris sur le climat. Face à la crise, il a décidé de s’autosaisir. Dans son rapport, le Haut conseil pour le climat suggère dix-huit recommandations qui peuvent soutenir une sortie de crise qui nous reconstruira plus résilients face à l’avenir.

La baisse radicale des émissions de gaz à effet de serre constatée en France pendant la crise sanitaire reste marginale face aux enjeux climatiques et ne répond pas aux attentes de la transition juste. Elle n’est ni durable, ni souhaitable, car elle n’est pas le résultat d’un changement structurel organisé.

La crise du COVID-19 souligne de façon brutale le besoin urgent de réduire les risques de catastrophes sanitaires et climatiques, notamment par le renforcement des systèmes d’alerte précoce. Ces crises « n’ont pu être empêchées »… et ont des causes structurelles similaires, notamment « la pression insoutenable que nous exerçons sur les milieux naturels », indique Corinne Le Quéré, climatologue et présidente du Haut Conseil pour le climat. Les « choix politiques (…) ont conduit, depuis plus de quarante ans, à des transformations écologiques, sociales et économiques majeures : mondialisation des échanges, (...) éparpillement planétaire des chaînes de valeur, délocalisation, flux tendus, intensification des mobilités de toute nature, réduction de l’intervention de l’État, recul de l’État-providence et de l’accès aux services publics, baisse de la protection sociale », détaille le rapport. « Au-delà de l’urgence immédiate, nous devons donc remédier à ces causes profondes afin de réduire nos vulnérabilités face aux crises sanitaire et climatique », poursuit Corinne Le Quéré.

Le contre-exemple de l’après-crise de 2008

Certes, à première vue, le confinement a un impact positif sur le climat. Les scientifiques du conseil ont évalué la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France à 30 % pendant le confinement, et entre 5 à 15 % sur l’ensemble de l’année 2020. « Le transport est la plus grosse source de nos émissions en France. Comme on se déplace beaucoup moins, les émissions sont réduites, détaille la climatologue. Mais ce n’est pas une baisse durable, car elle ne repose pas sur des changements structurels. Et c’est très peu, comparé aux changements que l’on devrait mettre en place pour atteindre la neutralité carbone. »
Les membres du Conseil citent en contre-exemple la relance qui a suivi la crise financière de 2008 où, après une baisse temporaire des émissions, celles-ci étaient reparties de plus belle. Les mesures peuvent même avoir un effet de « verrouillage », alertent les experts, nous bloquant encore plus dans un modèle néfaste pour le climat. Après la crise de 2008, la prime à la casse encourageant l’achat de voitures thermiques ou le plan de construction de routes « ont fait que l’on n’a pas vu de baisse des émissions de gaz à effet de serre dans les transports pendant dix ans », souligne Corinne Le Quéré.
Les scientifiques appellent donc à des réformes profondes et durables, et voient dans les plans de relance à venir une opportunité de « rompre avec un modèle de développement fortement carboné ». Ils recommandent de prendre en compte les propositions de la Convention citoyenne pour le climat et émettent leurs propres recommandations, fixant pour objectif une neutralité carbone en 2050.

« Il faut négocier des engagements très fermes avec les entreprises »

Les vulnérabilités de nos sociétés, aggravées par les inégalités, doivent être réduites pour renforcer la résilience de l’ensemble de la population et ses capacités d’adaptation.

Il est essentiel de placer les enjeux climatiques au cœur des plans post crise du COVID-19. La reconstruction économique et sociale devra notamment réduire nos vulnérabilités, privilégier la décarbonation et transformer plutôt que de sauvegarder à tout prix. Les mesures budgétaires et fiscales devront être subordonnées à des perspectives compatibles avec la transition bas-carbone, s’éloigner des énergies fossiles et favoriser des approches innovantes des déficits et dettes publiques, et privilégier les secteurs structurants et porteurs d’emplois en lien avec une transition bas-carbone juste.

Une mesure a déjà eu l’occasion d’être débattue ces derniers jours : le Conseil propose la subordination des aides aux entreprises et collectivités à « l’adoption explicite de plans (…) bas-carbone », « avec mesures de vérification », précisent-ils. Or justement, samedi 18 avril, les députés de la majorité ont refusé de voter un amendement qui conditionnait l’aide de vingt milliards d’euros, prévue par le gouvernement à destination des entreprises, à l’adoption d’ un « plan de transformation compatible avec les objectifs fixés par l’Accord de Paris ». « Plus les contraintes sont mises en place de manière claire dès le début, plus elles sont efficaces, a sobrement commenté Corinne le Quéré. Le Haut Conseil encourage le gouvernement à négocier des engagements très fermes avec les entreprises en sortie de crise. »

Autre suggestion potentiellement polémique alors que le gouvernement envisage d’aider Air France, le conseil d’experts appelle à une baisse du trafic aérien. « Aujourd’hui, on n’a pas de solution pour amener les émissions de ce secteur très polluant à zéro. Alors que le trafic aérien est presque arrêté, c’est le moment de réfléchir : à quel niveau souhaite-t-on que ce secteur reprenne ? », interroge la climatologue.

Enfin, d’autres mesures très concrètes sont mises en avant dans ce rapport : fin des exonérations fiscales pour les énergies fossiles (plus facile à mettre en place alors que les prix du pétrole sont au plus bas), investissements massifs dans la rénovation thermique des logements et le ferroviaire ainsi que les transports doux, incitations au télétravail, à l’utilisation du vélo et de la marche… Le tout dans un souci de justice sociale, « car l’augmentation de notre vulnérabilité est proportionnelle à l’accroissement des inégalités », précise Corinne le Quéré.

Beaucoup de recommandations sont déjà mises en avant depuis plusieurs années par les défenseurs du climat. Les scientifiques seront-ils plus écoutés dans ce contexte de crise ? « Jusqu’ici on nous opposait la limite du financement. Le plan de relance de l’économie que le gouvernement va mettre en place est une opportunité », répond Corinne le Quéré. Qui souligne que cela ne se fera pas tout seul, mais avec une forte volonté politique : « Le risque est qu’aussitôt le confinement levé, si on ne fait rien, on revienne à la situation d’avant, à ce que l’on sait déjà faire. »

 

Partager cet article
Repost0
21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 13:10

Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreuses initiatives, publiques ou non, tribunes et pétitions circulent pour faire advenir un monde nouveau. Ces appels doivent converger pour enclencher une dynamique qui bouscule le champ politique. Une tribune co-écrite par Clémentine Autain, députée (groupe LFI) , Guillaume Balas, coordinateur du mouvement Génération·s , Elsa Faucillon, députée (groupe communiste) et Alain Coulombel, membre d’EE-LV publiée le 20 avril dans Libération. Lire aussi Un prélude à la reconversion écologique de nos sociétés et Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.

Lorsque le vent viendra – une des émouvantes photographies de Gilbert Garcin (1929-2020).

Lorsque le vent viendra – une des émouvantes photographies de Gilbert Garcin (1929-2020).

Beaucoup a déjà été écrit sur la période que nous traversons. Plus personne ne nie que nous vivons un basculement, une rupture franche entre un avant et un après. Notre modèle de développement est en cause. Hérité du capitalisme industriel du XIXe siècle, il est basé sur la loi du profit, la prédation des ressources naturelles et énergétiques, l’exploitation, le temps court et la démesure. Depuis des décennies, le néolibéralisme, avec son lot d’austérité des budgets publics, de dérégulation économique et d’aveuglement à l’égard des limites des ressources naturelles, nous a considérablement affaiblis pour affronter la pandémie. Aujourd’hui, chacun pressent que ce modèle bute sur ses propres contradictions.

Stratégie du choc ou modèle alternatif

De nombreuses voix s’élèvent, au gouvernement comme au Medef, pour revendiquer un retour rapide à la normale, une mobilisation générale en faveur de la levée de toutes les contraintes sociales ou environnementales susceptibles de freiner le redémarrage. «L’important, c’est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, pour tenter d’effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020», déclare le patron du Medef qui ajoute clairement : «Ensuite, il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire.» Bruno Le Maire ne dit pas autre chose : il faut «se remettre fortement au travail» pour «relancer la croissance».

Cette voie est une impasse dangereuse. Des voix nombreuses dans la société contestent cette orientation qui nous conduit dans un mur. L’austérité budgétaire, avec sa marchandisation de la santé et ses lits d’hôpitaux décimés, nous a considérablement affaiblis dans la crise sanitaire. Nous avons vu aussi que la rapacité d’entreprises à l’activité non indispensable conduisait des salariés à travailler sans protection. Les métiers nécessaires à nos vies se sont révélés au grand jour… Scoop : les aides-soignantes et les éboueurs sont plus utiles que les traders ou les publicitaires, ce qui ne se lit pas dans la reconnaissance sociale et la feuille de paie. Les catastrophes liées à la crise climatique nous apparaissent plus tangibles, le Covid-19 faisant figure de grande répétition : nous devons nous y préparer et changer pour empêcher le désastre planétaire.

Les termes d’une alternative sociale et écologiste se cherchent et s’inventent. Elle tient dans une articulation des objectifs sociaux et écologistes. L’heure est venue d’accélérer le processus de maturation d’une issue émancipatrice aux crises contemporaines. Le partage des richesses et des ressources naturelles, des pouvoirs, des savoirs et des temps de la vie est le fil rouge et vert qui peut relancer l’espérance d’une vie meilleure. Les conditions de l’habitabilité de la Terre doivent être assurées comme celles de la dignité et de la liberté pour chacune et chacun. Sortir du consumérisme pour se poser la question des besoins est un enjeu décisif. La hiérarchie des normes et des revenus s’en trouvera bousculée autant que le productivisme qui détruit l’écosystème et le sens de la vie. Développer les biens communs, relocaliser l’économie, changer la fiscalité et taxer les revenus financiers pour viser la justice sociale, étendre le socle des droits et protections, assurer une démocratie active en engageant la refonte de notre République : ces objectifs sont largement partagés au sein des gauches et des écologistes. Nous savons que bien des questions restent clivantes, sur la stratégie européenne, le niveau de rupture, le nucléaire ou encore la place de l’Etat. Le mot gauche lui-même est en débat. Mais l’histoire s’accélère et notre responsabilité est engagée.

Nous devons créer les conditions d’une alternative au duopole Macron-Le Pen. Nous sommes vent debout contre le pouvoir en place qui suscite chaque jour davantage de contestation et de colère. En face, l’extrême droite croît son heure arrivée. Nous aurions tort de balayer cette hypothèse d’un revers de la main, trop concentrés à compter nos divergences. La menace est sérieuse.

Construire l’archipel des gauches et des écologistes

Face à l’ampleur et à la gravité de ces enjeux, rien ne serait plus lamentable de la part des gauches comme des écologistes, que de rester dans leur couloir respectif et de se croire capable, chacune, de rassembler autour d’elle. Ce choix serait une impasse face aux forces nationalistes, libérales ou conservatrices qui se nourrissent des chocs pour se renforcer. Nous devons, dès maintenant, inventer un dispositif politique permettant de concilier les spécificités ou identités de chaque composante et le travail en commun autour d’un nouveau projet de société social et écologiste.

L’archipel politique, notion inspirée du poète martiniquais Edouard Glissant, fait partie des dispositifs envisageables rompant avec la tentation de l’hégémonie, du rapport de force ou du rassemblement derrière un seul étendard. L’enjeu est de dégager une forte cohérence d’ensemble tout en laissant vivre des collectifs, des partis, des sensibilités diverses. Le pluralisme participe de la richesse commune et de notre capacité à devenir majoritaire dans le pays. Aujourd’hui, il se traduit par une atomisation qui nous décrédibilise pour accéder aux responsabilités.

De nombreuses initiatives, publiques ou non, tribunes et pétitions circulent depuis le début de la crise sanitaire. Elles portent la volonté de faire advenir un monde nouveau. Ce foisonnement est positif mais si ces appels ne convergent pas, quelles sont nos chances d’enclencher une forte dynamique qui bouscule le champ politique ? Aucune. C’est pourquoi nous appelons au rapprochement de toutes ces initiatives. C’était le sens de notre appel à un big-bang il y a un an, après les élections européennes. Les raisons d’un chamboule-tout sont démultipliées en ces temps tragiques liée à la crise sanitaire. Il est urgent de dessiner un chemin commun, une perspective politique pour que «le temps d’après» ne soit pas la copie dégradée ou catastrophique du temps d’avant. Nous y prendrons toute notre part. Avec détermination et énergie.

Clémentine Autain députée (groupe LFI), Guillaume Balas coordinateur du mouvement Génération·s, Elsa Faucillon députée (groupe communiste), Alain Coulombel membre d’EE-LV.

Partager cet article
Repost0
19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 12:23

Pour Dominique Méda, Professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine, la pandémie de Covid-19 doit être comprise non pas comme une catastrophe naturelle dont il faudrait juste éviter qu’elle ne se reproduise, mais comme un coup de semonce exigeant une bifurcation radicale. Tribune publiée le 18 avril 2020. Dominique Méda a aussi écrit pour Politis :  « Nous savons aujourd’hui quels sont les métiers vraiment essentiels ».

Lire aussi sur ce blog Face à la pandémie planétaire : une indispensable solidarité, l'urgence de changer de modèle, Cinquante propositions de la convention citoyenne pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société », Pour une plus grande résilience face aux crises et Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.

Dominique Méda, Professeure de sociologie et directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en Sciences sociales de l’université Paris Dauphine.

Dominique Méda, Professeure de sociologie et directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en Sciences sociales de l’université Paris Dauphine.

Le 15 mars 1944, en pleine seconde guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance (CNR) publiait un court document de quelques pages – son programme – qui présentait à la fois « un plan d’action immédiate » et « les mesures destinées à instaurer, dès la libération du territoire, un ordre social plus juste ». La même année, William Beveridge, l’auteur du célèbre rapport qui avait dessiné dès 1942 les contours du Welfare State (« Etat-providence »), précisait dans une autre publication majeure toute teintée de keynésianisme, Full Employment in a Free Society, l’ensemble des politiques économiques et industrielles à mettre en œuvre dès la sortie de la guerre pour organiser le monde d’après sur des principes en rupture radicale avec ceux qui avaient conduit au désastre. Le 10 mai 1944, la Conférence générale de l’Organisation internationale du travail, réunie à Philadelphie (Pennsylvanie), adoptait à l’unanimité une déclaration qui établissait les fondements du consensus de Philadelphie.

Dans la plupart des pays occidentaux, la reconstruction s’est opérée en prenant appui sur ces principes, formulés au cœur même de la crise par ceux qui avaient compris que les leçons devaient être tirées au plus tôt non seulement pour raviver l’espérance et mobiliser les énergies mais aussi pour éviter que la coalition des intérêts particuliers ne fasse obstacle aux transformations nécessaires. C’est bien dès aujourd’hui qu’il nous faut engager la bataille pour éviter le retour du « business as usual », et pour que l’événement que nous sommes en train de vivre soit compris non pas comme une catastrophe naturelle dont il faudrait juste savoir éviter le retour – par exemple en érigeant partout des murs et des frontières –, mais comme un coup de semonce exigeant une bifurcation radicale.

Les dégâts de la croissance

L’irruption du virus a révélé au grand jour les dysfonctionnements majeurs de nos sociétés, et tout à la fois, leur immense fragilité et la folle confiance dans le génie humain qui leur a fait outrepasser toutes les limites. Juste avant le déploiement de la crise sanitaire, la prise de conscience de l’ampleur de la crise écologique et des dégâts de la croissance avait progressé au point que l’on pouvait espérer que nos sociétés finiraient par s’engager dans la voie de la transition écologique. Le paradoxe est qu’aujourd’hui, la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre que nous cherchions à obtenir est temporairement atteinte en raison de l’arrêt de la production et de la consommation dans une grande partie du monde.

Cette transition que nous aurions dû organiser sur une ou deux décennies vient de nous être imposée avec une brutalité inouïe : le risque est grand de ce fait qu’au lieu de jouer un rôle d’alerte, cette situation n’incite les gouvernements à pousser comme jamais les feux du productivisme et du consumérisme pour panser les plaies des citoyens et faire repartir l’économie comme avant. Le risque est réel de voir se développer dès la sortie du confinement, du côté des gouvernements, des relances « brunes » massives, et du côté des consommateurs, des pulsions d’achats consolatrices qui contribueront toutes à augmenter la crise écologique dont les conséquences seront pires encore que ce que nous vivons aujourd’hui. Le risque est quasi avéré de voir les légitimes appels à la post-croissance ou à la décroissance balayés d’un revers de main alors que des baisses du PIB massives sont annoncées.

Il nous faut donc réussir le tour de force de transformer la situation présente en prélude à la reconversion écologique de nos sociétés et être capables de penser et d’organiser celle-ci en quelques semaines. L’immense chance que nous avons est que les leçons à tirer de la crise sanitaire convergent totalement avec les conditions de mises en œuvre de ce processus : le rôle éminent de l’État, de sa fonction d’anticipation et de planification ; la nécessité absolue de relocaliser une partie de nos productions et de réindustrialiser notre pays, « quoi qu’il en coûte », en développant des filières de réparation, de recyclage, de fabrication de biens et services durables permettant de rendre les territoires les plus autosuffisants possible ; l’obligation de rompre avec la division internationale du travail actuelle et le pouvoir exorbitant des multinationales ; l’exigence de réduire considérablement l’éventail des salaires et la béance existant entre la hiérarchie des rémunérations d’une part, et celle de l’utilité sociale, d’autre part ; la nécessité de démocratiser nos entreprises… Nous avons besoin d’un programme équivalent à celui du CNR dessinant les voies que devra suivre notre pays pour organiser une Reconstruction qui soit dans le même temps une Reconversion.

Tous ceux qui ont profité des recommandations toxiques du Consensus de Washington et de Paris et qui ont tout à perdre d’une reconversion propice à la réduction des inégalités et d’une généralisation de la sobriété s’opposeront sans doute de toutes leurs forces à un tel processus. Mais il est vraisemblable que les classes moyennes et populaires auraient tout à gagner d’un projet qui devrait créer de nombreux emplois notamment dans l’agriculture et l’industrie, mettre au premier plan les métiers essentiels permettant la satisfaction des besoins sociaux et créant de la valeur pour la société plutôt que pour l’actionnaire et promouvoir de nouvelles formes d’organisation du travail.

Comme en 1944, la conception d’un tel programme ne peut revenir qu’à une large coalition d’acteurs représentatifs de toute la société – parmi lesquels les syndicats, les ONG et les partis politiques – délibérant en assemblée plénière : elle seule saura résister aux forces qui ne manqueront pas de s’opposer résolument à un tel projet.

Dominique Méda, Professeure de sociologie, directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en Sciences sociales de l’université Paris Dauphine, est notamment l’auteure de La mystique de la croissance. Comment s’en libérer (Champs Flammarion) et, avec Eric Heyer et Pascal Lokiec, d’Une autre voie est possible (Flammarion).

Partager cet article
Repost0
14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 12:34

Voilà les premières propositions des écologistes face à la crise, élaborées lors de notre dernier conseil fédéral en visioconférence dédié à la question. Prenez connaissance, faites circuler ces propositions et proposez de les enrichir à l'aide de cette plateforme de mobilisation  !

Face à la pandémie planétaire : une indispensable solidarité, l'urgence de changer de modèle

Retrouvez les propositions des écologistes adoptées en conseil fédéral le 4 avril 2020.

Nos pensées vont en premier lieu en soutien aux malades et aux proches des victimes, ainsi qu'à tout le personnel médical.
Mais demain se décide aujourd’hui. 
L’enjeu, pour les écologistes est immense. Il s’agit de démontrer que le coronavirus n’est pas qu’une crise sanitaire, mais qu’il est le nom du dérèglement du monde. Cette "relance" qui se prépare doit être l’occasion de revoir l’échelle des valeurs qui structurent nos sociétés. Plutôt que les premiers de cordée, les "premiers de corvée" qui font que notre pays tient debout.
Pour nous il s’agit évidemment de concilier justice sociale et transition écologique.
Comment, pendant cette crise, garantir la protection du plus grand nombre et la viabilité du monde?
Et comment faire de cette période un levier pour accélérer la transition écologique de nos sociétés et faire naître une nouvelle donne mondiale fondée sur la solidarité et la coopération ?

Face à la pandémie planétaire : 45 propositions des écologistes solidaires et vigilants

Avec ce corpus programmatique, nous pouvons engager la discussion avec associations et syndicats ainsi qu’avec la convention citoyenne pour le climat (cf Cinquante propositions de la convention citoyenne pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société »).
Nous proposerons ensuite à l’exécutif d’accepter que le monde d’après ne descende pas de Jupiter, mais plutôt qu’il monte de la société, des forces associatives, syndicales et politiques. Comme dans les années 30 aux États Unis, notre société a besoin d’une nouvelle donne, un véritable green new deal.
Dans l'attente, prenons soin de nous aujourd’hui pour, demain, continuer à sauver la planète.

Partager cet article
Repost0
12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 15:28

Ne pas rater le train de la crise sanitaire que traversent le pays et la planète tout entière. Et intervenir dans le débat qui se profile sur la sortie de crise. Réunis vendredi 3 et samedi 4 avril en visioconférence, après l’avoir âprement débattue, puis votée, les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat, ont transmis leur « contribution à la sortie de crise » sous forme d’un texte général d’intention et de cinquante propositions de mesures, soit un tiers de celles élaborées lors de leurs six mois de travaux. D’après Audrey Garric et Rémi Barroux pour Le Monde. Lire aussi La France continue à soutenir les énergies fossiles alors que le monde prévoit d’en produire 120 % en trop, Une taxe carbone « juste » pour concilier justice fiscale et écologie est possible, et Une convention citoyenne sur le climat controversée.

Les membres de la convention citoyenne pour le climat, connectés sur l’outil en ligne Zoom, pour une session extraordinaire, les 3 et 4 avril, lors de laquelle ils ont réfléchi à une stratégie de sortie de crise.

Les membres de la convention citoyenne pour le climat, connectés sur l’outil en ligne Zoom, pour une session extraordinaire, les 3 et 4 avril, lors de laquelle ils ont réfléchi à une stratégie de sortie de crise.

Comment préparer la sortie de crise du Covid-19 ? Comment « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société », répondant tant au défi climatique que sanitaire et économique ? Réunis en visioconférence les 3 et 4 avril, les membres de la convention citoyenne pour le climat ont décidé d’envoyer, jeudi 9 avril, cinquante pistes de mesures à l’exécutif mais sans les rendre publiques. Elaborées par leurs cinq groupes thématiques – se loger, se déplacer, se nourrir, consommer, produire et travailler –, elles doivent encore être amendées et votées par l’assemblée plénière.

Les 150 Français ont sélectionné celles qui permettent de répondre à un triple objectif : avoir un effet positif sur le climat, sur l’économie à court ou moyen terme dans un esprit de justice sociale ainsi que sur la santé et le bien-être des populations.

Rénover 20 millions de logements

Les citoyens proposent tout d’abord de rendre obligatoire la rénovation énergétique globale des bâtiments d’ici à 2040, et d’ici à 2030 pour les « passoires thermiques », ces logements étiquetés F et G pour leurs faibles performances énergétiques. « Notre ambition, écrivent-ils, est de passer d’une rénovation par petits gestes et à petits pas à une rénovation globale (toit, isolation, fenêtres, chauffage et VMC), en multipliant par trois le rythme des rénovations. »

Cela représente environ 20 millions de logements à rénover de manière globale, dont environ 5 millions de « passoires thermiques », ainsi que des bâtiments tertiaires et publics, qui devront atteindre un niveau de performance énergétique A, B ou C. Actuellement, la loi énergie-climat, promulguée en novembre 2019, prévoit l’obligation de travaux dans les « passoires thermiques » à partir de 2028, mais sans rénovation globale et avec des objectifs de résultats moins ambitieux (pour atteindre au moins la classe E).

Pour réaliser ce « grand chantier national », qui permettrait de créer des emplois, de réduire la facture énergétique et les dépenses de santé, les citoyens proposent des leviers incitatifs mais aussi des sanctions (par exemple un malus sur la taxe foncière), et des mesures d’accompagnement comme une « aide minimum pour tous » et un réseau de guichets uniques.

Contenir l’étalement urbain

Les citoyens souhaitent ensuite lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain « de manière beaucoup plus efficace », afin d’agir en faveur de la biodiversité et de réduire les consommations d’énergie liées aux déplacements. Il s’agirait notamment de limiter, entre 2021 et 2030, le nombre d’hectares artificialisés par commune au quart de ce qui a été artificialisé entre 2000-2020, de stopper « immédiatement » les aménagements de nouvelles zones commerciales périurbaines « très consommatrices d’espaces » ou encore d’autoriser les réquisitions de logements et de bureaux vacants.

Réduire la place de la voiture individuelle

Les « 150 » se sont également attaqués au chantier des transports et en particulier de la voiture individuelle, qui représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire.

Pour encourager d’autres modes de transport, le groupe « se déplacer » propose de rendre obligatoire et d’augmenter (entre 500 et 1 800 euros par an) la prime de mobilité durable prévue par la loi d’orientation des mobilités pour qu’elle bénéficie à l’ensemble des Français qui effectuent leur trajet domicile-travail à vélo ou par le biais du covoiturage.

Ils veulent aussi augmenter les montants du fonds vélo de 50 à 200 millions d’euros par an pour financer des pistes cyclables et interdire l’accès aux centres-villes pour les véhicules les plus polluants. Les citoyens souhaitent également accroître l’usage du train, notamment en réduisant la TVA sur les billets de 10 % à 5,5 %.

La convention propose de nombreuses mesures visant à faire évoluer rapidement le parc automobile français, majoritairement thermique et composé d’une part croissante de SUV. Il s’agit, entre autres, d’interdire dès 2025 la commercialisation de véhicules neufs très émetteurs (plus de 110 g de CO₂/km), de proposer des prêts à taux zéro pour l’achat d’un véhicule propre et d’augmenter les bonus pour les véhicules peu polluants et, dans le même temps, de renforcer « très fortement » les malus pour ceux qui polluent.

Favoriser les circuits courts et une alimentation durable

La crise sanitaire et ses effets sur le mode de vie, le confinement en premier lieu, ont évidemment donné plus de force à l’une des mesures du groupe de travail « se nourrir », avec le développement des circuits courts. La mesure n’est pas nouvelle puisqu’elle figure déjà dans la loi Egalim d’octobre 2018, mais, selon les citoyens de la convention, le changement de pratiques est insuffisamment mis en œuvre. Ils souhaitent promouvoir des outils comprenant « la création de fermes municipales et de plates-formes de regroupement des productions ». Il faut aussi, écrivent-ils, « utiliser le levier de la commande publique pour valoriser les produits issus de circuits courts, locaux, durables et à faible coût environnemental, sous la forme d’un “guide d’achat” à adresser aux acheteurs publics ».

Dans ce chapitre consacré à l’alimentation, les citoyens mettent encore en avant le développement des pratiques agroécologiques, et de « renégocier le CETA [traité de commerce entre l’Union européenne et le Canada] au niveau européen ».

Freiner la surconsommation

La volonté de tourner la société vers des modes d’alimentation et de production plus sains se retrouve aussi dans les nombreuses propositions issues du groupe de travail « consommer ». L’essentiel porte sur l’éducation et la formation du consommateur aux pratiques de « sobriété numérique », ainsi qu’à l’environnement et au développement durable. Afin d’« encourager la participation citoyenne », les membres de la convention proposent de décliner celle-ci dans de « miniconventions citoyennes pour le climat, pour élaborer collectivement des propositions concrètes pour l’environnement dans nos villes, nos campagnes, nos quartiers, nos régions »…

Surtout, les citoyens appellent à réguler la publicité pour « mettre un frein à la surconsommation ». Il s’agirait, dès 2023, d’interdire la publicité sur les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre (« une sorte de loi Evin sur le climat ») mais aussi, de manière plus générale, de « limiter fortement les incitations quotidiennes et non choisies ».
Les panneaux publicitaires seraient ainsi prohibés « dans les espaces publics extérieurs », hors l’information locale ou culturelle. De même, proposition est faite que soit rendue obligatoire dans toutes les publicités une mention de type « En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète ».

Décarboner l’économie

La sortie de crise devrait aussi être l’occasion, estiment les membres de la convention citoyenne, de revisiter les modes de production et de travail. L’objectif est d’accélérer la transition vers une économie décarbonée, un objectif européen et français fixé à 2050.

Pour l’atteindre, les citoyens proposent que « d’ici à 2025, tout soutien à l’innovation s’inscrive dans une logique de sortie d’un modèle basé sur le carbone ». La recherche publique doit être financée dans les secteurs de l’innovation ayant un intérêt environnemental et écologique. Il faut « sortir de l’innovation pour l’innovation ». Ainsi pointent-ils le passage de la 4G vers la 5G qui générerait plus de 30 % de consommation d’énergie carbonée en plus, « sans réelle utilité (pas de plus-value pour notre bien-être) ».

Parmi les cinquante propositions transmises, se trouvent aussi l’augmentation de la longévité des produits et la réduction de la pollution liée aux modes de production et de fonctionnement : écoconception, développement des filières de réparation et de réemploi, du recyclage aussi, d’ici à 2023.

Même si l’impact de ces mesures est moins important sur les émissions de gaz à effet de serre, elles touchent aux ressources et aux pollutions. Elles sont donc « emblématiques d’un changement de société que nous souhaitons », écrivent les conventionnels.

Partager cet article
Repost0
8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 09:05

À la crise sanitaire ne doit pas succéder une crise économique, financière, sociale et écologique. D’excellentes propositions du Réseau Action Climat le 3 avril 2020, répondant aux propositions de Bruno Latour dans Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise. Lire aussi Effondrement et justice sociale, Il faut immédiatement mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle, Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050 et Paradis fiscaux et destruction environnementale : une étude montre l’ampleur des flux financiers.

Pour une plus grande résilience face aux crises

À la crise sanitaire ne doit pas succéder une crise économique, financière, sociale et écologique. Un plan de sauvetage de court-terme, dont certains éléments ont déjà été mis en place, est indispensable et doit en premier lieu agir pour soutenir les soignants et l’ensemble du personnel médical. Il doit également servir de bouclier pour que les salariés, les plus précaires, les services publics et les acteurs économiques ne subissent pas une double peine, alors que de nombreuses activités sont actuellement à l’arrêt. Les mesures de protection, en particulier des plus faibles, doivent être la priorité sur le court-terme.

Mais sur le moyen-terme, elles ne doivent pas obérer les mesures structurelles indispensables pour orienter notre pays vers une économie intégrant pleinement le changement de cap imposé par le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité et résiliente face aux crises qui nous concernent.

Comme l’a déclaré le Président de la République : “ le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant ”.

L’urgence climatique est toujours présente. Pourtant, le risque existe de reporter les politiques nécessaires au nom du sauvetage d’une économie en récession. Or la sortie de la crise sanitaire peut et doit s’accompagner d’un changement de cap économique. Celui-ci doit s’appuyer sur quelques enseignements :

  • La destruction de la vie sauvage, de son habitat et le trafic d’espèces sauvages est à l’origine d’infections et de propagations récentes de virus impactant la santé humaine. Stopper cette destruction des espaces naturels et de la biodiversité doit être une priorité, y compris pour notre santé et pour le climat ;

  • La mondialisation accélérée, les délocalisations massives, les coupes dans certains services publics, notamment suite à la crise de 2008, ont rendu notre pays plus fragile ;

  • Les alertes des scientifiques doivent être réellement entendues et donner lieu à des politiques adaptées aux risques ;

  • Les situations de crise impactent davantage les plus modestes, les plus vulnérables et les plus précaires. Réduire ces situations de précarité est un impératif, car nous ne sommes pas tous égaux face à ces crises ;

Les mesures de sauvetage de court-terme sont indispensables. Mais lorsque la crise sanitaire arrivera à son terme, un plan de sortie de crises devra lui succéder. Ce dernier devra poser les jalons de la réorientation de notre système économique et social vers la transition écologique pour le rendre plus résilient et plus juste à moyen et long terme.

Nous avons identifié 4 piliers, pour une plus grande résilience face aux crises :

I. Un Plan de sauvetage d’urgence compatible avec la crise climatique et la lutte contre l’érosion de la biodiversité

II. Un Plan de sortie des crises : une économie et une société plus résilientes

III. Une société plus juste est plus résiliente

IV. Un nouveau cadre économique pour libérer les capacités d’investissements pour la transition

Partager cet article
Repost0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas