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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 10:44

Face à l’urgence sanitaire, 18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), réclament "de profonds changements de politiques", pour "se donner l'opportunité historique d'une remise à plat du système, en France et dans le monde". Suite à cette tribune parue le 27 mars, seize organisations lancent aujourd’hui 7 avril une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques. Cette pétition appelle les citoyen·ne·s, qui partagent le constat dressé d’urgence sociale et écologique et en ont assez des discours creux, à se mobiliser pour que le « Jour d’Après » soit construit ensemble, en rupture avec les politiques menées jusque-là. Signez !

Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après

En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des « décisions de rupture » et à placer « des services (…) en dehors des lois du marché ». Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde.

Dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des populations celle des personnels de la santé et des soignant·e·s parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en œuvre, et ceci doit largement prévaloir sur les considérations économiques. Il s’agit de pallier en urgence à la baisse continue, depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les établissements de santé, dont les hôpitaux publics et les Ehpad. De disposer du matériel, des lits et des personnels qui manquent : réouverture de lits, revalorisation des salaires et embauche massive, mise à disposition de tenues de protection efficaces et de tests, achat du matériel nécessaire, réquisition des établissements médicaux privés et des entreprises qui peuvent produire les biens essentiels à la santé, annulation des dettes des hôpitaux pour restaurer leurs marges de manœuvre budgétaires… Pour freiner la pandémie, le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai stoppées. La protection de la santé et de la sécurité des personnels doivent être assurées et le droit de retrait des salarié·e·s respecté.

Des mesures au nom de la justice sociale nécessaires

La réponse financière de l’État doit être d’abord orientée vers tou·te·s les salarié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur d’activité, et discutée avec les syndicats et représentant·e·s du personnel, au lieu de gonfler les salaires des dirigeant·e·s ou de servir des intérêts particuliers. Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut interdire tous les licenciements dans la période. Les politiques néolibérales ont affaibli considérablement les droits sociaux et le gouvernement ne doit pas profiter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait craindre le texte de loi d’urgence sanitaire.

Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade ou non, plus ou moins âgé, les conditions de confinement, les risques de contagion, la possibilité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes. Des mesures supplémentaires au nom de la justice sociale sont donc nécessaires : réquisition des logements vacants pour les sans-abris et les très mal logés, y compris les demandeurs·euses d’asile en attente de réponse, rétablissement intégral des aides au logement, moratoire sur les factures impayées d’énergie, d’eau, de téléphone et d’internet pour les plus démunis. Des moyens d’urgence doivent être débloqués pour protéger les femmes et enfants victimes de violences familiales.

Les moyens dégagés par le gouvernement pour aider les entreprises doivent être dirigés en priorité vers les entreprises réellement en difficulté et notamment les indépendants, autoentrepreneurs, TPE et PME, dont les trésoreries sont les plus faibles. Et pour éviter que les salarié·e·s soient la variable d’ajustement, le versement des dividendes et le rachat d’actions dans les entreprises, qui ont atteint des niveaux record récemment, doivent être immédiatement suspendus et encadrés à moyen terme.

Des mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de désarmer les marchés financiers : contrôle des capitaux et interdiction des opérations les plus spéculatives, taxe sur les transactions financières… De même sont nécessaires un contrôle social des banques, un encadrement beaucoup plus strict de leurs pratiques ou encore une séparation de leurs activités de dépôt et d’affaires.

Des aides de la BCE conditionnées à la reconversion sociale et écologique

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une nouvelle injection de 750 milliards d’euros sur les marchés financiers. Ce qui risque d’être à nouveau inefficace. La BCE et les banques publiques doivent prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes publiques. Celles-ci vont fortement augmenter à la suite de la « crise du coronavirus ». Elles ne doivent pas être à l’origine de spéculations sur les marchés financiers et de futures politiques d’austérité budgétaire, comme ce fut le cas après 2008.

Une réelle remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l’évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive.

Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques. Les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises doivent être conditionnées à leur reconversion sociale et écologique : maintien de l’emploi, réduction des écarts de salaire, mise en place d’un plan contraignant de respect des accords de Paris… Car l’enjeu n’est pas la relance d’une économie profondément insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter que les travailleurs·euses et les populations précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes…

Relocalisation de la production

La « crise du coronavirus » révèle notre vulnérabilité face à des chaînes de production mondialisée et un commerce international en flux tendu, qui nous empêchent de disposer en cas de choc de biens de première nécessité : masques, médicaments indispensables, etc. Des crises comme celle-ci se reproduiront. La relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et d’enclencher une transition écologique et sociale des activités.

La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le cadre d’instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les plus puissants. De ce point de vue, la « crise du coronavirus » dévoile à quel point la solidarité internationale et la coopération sont en panne : les pays européens ont été incapables de conduire une stratégie commune face à la pandémie. Au sein de l’Union européenne doit être mis en place à cet effet un budget européen bien plus conséquent que celui annoncé, pour aider les régions les plus touchées sur son territoire comme ailleurs dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, notamment en Afrique.

Tout en respectant le plus strictement possible les mesures de confinement, les mobilisations citoyennes doivent dès à présent déployer des solidarités locales avec les plus touché·e·s, empêcher la tentation de ce gouvernement d’imposer des mesures de régression sociale et pousser les pouvoirs publics à une réponse démocratique, sociale et écologique à la crise.

Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre « jour d’après ». Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral.

Retrouvez ci-dessous la liste des signataires :

Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
Benoit Teste, secrétaire général de la FSU
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France
Eric Beynel, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires
Clémence Dubois, responsable France de 350.org
Pauline Boyer, porte-parole d’Action Non-Violente COP21
Léa Vavasseur, porte-parole d’Alternatiba
Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre Solidaire
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement
Lisa Badet, vice-présidente de la FIDL, Le syndicat lycéen
Jeanette Habel, co-présidente de la Fondation Copernic
Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature
Mélanie Luce, présidente de l’UNEF
Héloïse Moreau, présidente de l’UNL

Signez vous aussi !

Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après
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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 09:09

Le philosophe Emanuele Coccia explique pourquoi la pandémie actuelle réinscrit l’homme dans la nature et comment l’écologie doit être repensée, loin de toute idéologie patriarcale fondée sur la « maison ». Propos recueillis par Nicolas Truong pour Le Monde. Lire aussi sur ce blog L’homme et l’arbre font société où intervient Emanuele Coccia.

Métamorphoses est paru en mars 2020 (Bilbliothèque Rivages)

Métamorphoses est paru en mars 2020 (Bilbliothèque Rivages)

Philosophe, Emanuele Coccia est maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’un des intellectuels les plus iconoclastes de son époque.

Auteur de La Vie sensible (2010), Le Bien dans les choses (2013), La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange (2016), il vient de publier Métamorphoses, qui rappelle comment les espèces vivantes – notamment les virus et les hommes – sont reliées entre elles, car « nous sommes le papillon de cette énorme chenille qu’est notre Terre », écrit-il.

Il analyse ici les ressorts de cette crise sanitaire mondiale et explique pourquoi, même si elle nécessaire, « l’injonction à rester à la maison est paradoxale et dangereuse ».

Des mesures importantes sont déployées afin que l’économie ne s’effondre pas. Faudrait-il faire de même pour la vie sociale ?

Face à la pandémie, la majorité des gouvernements ont pris des mesures fortes et courageuses : non seulement la vie économique a été en grande partie arrêtée ou fortement ralentie, mais la vie sociale publique a été largement interrompue. La population a été invitée à rester chez elle : les rencontres, les repas partagés, les rites de l’amitié et de la discussion publique, le sexe entre non-concubins, mais aussi les rites religieux, politiques, sportifs ont été interdits.

C’est tout d’un coup la ville qui a disparu ou, pour mieux dire, elle a été retirée, soustraite à l’usage : elle gît face à nous comme si elle était dans une vitrine. Plus d’espace public, plus de terrains de libre circulation, ouverts à toutes et à tous et aux activités les plus disparates vouées à la production d’une félicité à la fois individuelle et partagée.

La population s’est retrouvée seule face à cet énorme vide, elle pleure la ville disparue, la communauté suspendue, la société fermée avec les magasins, les universités, les stades : les directs Instagram, les applaudissements ou les chants collectifs au balcon, la multiplication arbitraire et joyeuse du jogging hebdomadaire sont surtout des rites d’élaboration du deuil, des tentatives désespérées de la reproduire en miniature.

Cette réaction est normale et physiologique. L’interruption de la vie économique –dont nous faisons l’expérience chaque dimanche – a été l’objet d’un nombre infini de réflexions et de mesures d’anticipation et de reconstruction. Le geste de suspension de la vie commune, beaucoup plus inédit et violent, a été abrupt et radical : aucune préparation, aucun suivi.

La nécessité de ces mesures est hors discussion : c’est seulement de cette manière qu’on pourra défendre la communauté. Mais ce sont des mesures gravissimes : elles assignent à domicile la totalité de la population. Et pourtant, il n’y a eu aucun débat, aucun échange, aucun autre discours que celui de mort et de la peur pour soi et pour les autres.

Quelle est la responsabilité des gouvernements dans cet oubli social du confinement ?

C’est assez enfantin d’imaginer qu’on peut tenir des millions des vies assignées à domicile seulement à travers des menaces ou en répandant la peur de la mort. C’est très irresponsable de la part de ces mêmes gouvernements d’obtenir la renonciation d’une communauté à elle-même en la culpabilisant ou en l’infantilisant. Le coût psychique de cette manière de faire sera immense.

Il n’y a eu aucune considération, par exemple, de la différence liée à la taille des appartements, à leur site, à la quantité d’individus de différents âges qui y résident : c’est à peu près comme si on ignorait les différences de taille de chiffre d’affaires ou du nombre d’employés lorsqu’on prend des mesures sur la vie économique.

Il n’y a eu aucune considération de la solitude, des angoisses et surtout de la violence que tout espace domestique souvent couve et amplifie. Inviter à coïncider avec son propre chez-soi signifie produire les conditions d’une future guerre civile. Elle risque d’exploser, d’ici à quelques semaines.

D’ailleurs, si, pour la vie économique, on a essayé de trouver un compromis entre la nécessité de garder en vie la société et celle de la protéger, pour la vie sociale, culturelle, psychique on a été beaucoup moins fin.

Par exemple, on a laissé ouvert les tabacs, mais pas les librairies : le choix des « biens de première nécessité » renvoie à une image assez caricaturale de l’humanité.

Il y a un sujet iconographique qui a traversé la peinture européenne : celui de « saint Jérôme dans le désert », représenté avec un crâne et un livre, la Bible qu’il traduisait. Les mesures font de chacune et chacun de nous des « Jérôme » qui contemplent la mort et sa peur, mais auxquels on ne reconnaît même pas le droit d’avoir avec soi un livre ou un vinyle.

« Restez chez vous ! » dit le président. Or, dans « Métamorphoses », vous faites une critique du « tous à la maison » et de cette obsession d’assigner la vie à résidence. Pour quelles raisons ?

Cette expérience inouïe d’assignation à domicile indéterminée et collective qui s’étend tout d’un coup à des milliards de personnes nous apprend plusieurs choses.

Tout d’abord nous faisons l’expérience du fait que la maison ne nous protège pas, elle n’est pas forcément un refuge, au contraire elle peut nous tuer. On peut mourir de trop de maison. Et la ville, la distance que toute société implique, nous protège normalement des excès d’intimité et de proximité que toute maison nous impose.

Le malaise de ces jours n’a donc rien d’étrange. L’idée que le chez-soi, la maison soit le lieu de la proximité à la « nature » est un mythe d’origine patriarcale. La maison est l’espace à l’intérieur duquel un ensemble d’objets et d’individus sans liberté vivent dans l’ordre voué à la production d’une utilité. La seule différence entre maisons et entreprises est le lien généalogique qui relie les membres de l’une mais pas de l’autre. Pour cela aussi, toute maison est l’exact opposé du politique : c’est pour cela que l’injonction à rester à la maison est paradoxale et dangereuse.

En quoi l’analyse écologique de la crise sanitaire vous semble-t-elle inappropriée, au mieux romantique et au pire réactionnaire ?

L’expérience de ces jours devrait donc nous apprendre que l’écologie, la science qui devrait nous aider à réparer la planète doit être entièrement reformée, à partir de son nom, qui abrite encore l’image de la maison (oikos en grec veut dire chez-soi, maison). L’écologie n’est pas seulement romantique, elle reste une science profondément patriarcale qui, malgré tous les efforts de l’écoféminisme, n’est pas arrivée à se libérer de son passé.

De fait, en continuant à penser que la Terre est la maison du vivant, et que toute espèce vivante a la même relation privilégiée à un territoire qu’un individu humain avec son appartement, non seulement nous nous efforçons d’assigner à domicile la totalité des espèces vivantes, mais nous projetons un modèle économique sur la nature.

Écologie et économie marchandes sont nées au même moment, elles sont deux jumelles siamoises qui partagent les mêmes concepts et le même cadre épistémologique, et il est naïf de penser que l’écologie, telle qu’elle est structurée aujourd’hui, pourra jamais combattre le capitalisme.

Non, il n’y a pas de maisons ontologiques, ni pour nous, les humains, ni pour les non-humains, il n’y a que des migrants sur Terre, car la Terre est une planète, un corps qui est constamment à la dérive dans le cosmos. En tant qu’être planétaire, tout être vivant est à la dérive, change de lieu, de corps, de vie, tout le temps. Il est impossible de se protéger des autres, et cette pandémie le démontre. On peut juste éviter quelques conséquences de la contagion, mais nous, nous le pourrons jamais, en tant qu’êtres vivants.

A la différence de ce que nous voudrions imaginer, cette pandémie est la conséquence de nos péchés écologiques : ce n’est pas un fléau divin que la Terre nous envoie. Elle est juste la conséquence du fait que toute vie est exposée à la vie des autres, que tout corps héberge la vie des autres espèces, est susceptible d’être privé de la vie qui l’anime.

Personne, parmi les vivants, n’est chez soi : la vie qui est au fond de nous et qui nous anime est beaucoup plus ancienne que notre corps, et elle est aussi plus jeune, car elle continuera à vivre lorsque notre corps se décomposera.

Le virus est perçu comme quelque chose d’inquiétant, certes, mais aussi de radicalement différent de nous. Or vous montrez dans votre livre qu’il fait partie de nous. En quel sens est-il l’un des visages de la métamorphose du vivant ?

Tous les êtres vivants, peu importe leur espèce, leur règne, leur stade évolutif, partage une seule et même vie : c’est la seule et même vie que chaque vivant transmet à sa progéniture, la seule et même vie qu’une espèce transmet à une autre espèce dans l’évolution.

La relation entre vivants, peu importe s’ils appartiennent à des espèces différentes, est celle qui existe entre la chenille et le papillon. Toute vie est à la fois la répétition et la métamorphose de la vie qui l’a précédé.

Chacun de nous (et chaque espèce) est à la fois le papillon d’une chenille qui s’est formée dans un cocon et la chenille de mille papillons futurs. C’est seulement à cause du fait que nous partageons la même vie que nous sommes mortels. Car la mort n’est pas la fin de la vie, elle est juste le passage de cette même vie d’un corps à d’autres. Ce virus, même si c’est difficile à voir, est aussi une vie future qui se prépare. Pas forcément identique à celle que nous connaissons, ni d’un point de vue biologique ni d’un point de vue culturel.

Le virus et sa diffusion pandémique ont aussi une signification capitale d’un autre point de vue. Nous avons passé des siècles à nous dire que nous sommes au sommet de la création ou de la destruction : très souvent le débat autour de l’anthropocène est devenu l’effort de moralistes pervers de penser la magnificence de l’homme dans la ruine – nous sommes les seuls capables de détruire la planète, nous sommes exceptionnels dans notre puissance nocive car aucun autre être possède une telle puissance.

Avec le Covid-19, faisons-nous l’expérience de notre extrême vulnérabilité ?

Pour la première fois depuis très longtemps – et à une échelle planétaire, globale –, nous rencontrons quelque chose dont la puissance est bien supérieure à la nôtre et qui parvient à nous mettre à l’arrêt pendant des mois.

D’autant plus qu’il s’agit du virus, c’est-à-dire du plus ambigu des êtres sur Terre, celui pour lequel on a du mal même à parler de « vivant » : il habite le seuil entre la vie « chimique » qui caractérise la matière et la vie biologique, sans qu’on puisse définir s’il appartient à l’une ou à l’autre. Il est trop animé pour l’une, trop indéterminé pour l’autre.

C’est dans son corps même qu’il trouble l’opposition nette entre la vie et la mort. Et pourtant cet agrégat de matériel génétique en liberté a fait s’agenouiller la civilisation humaine techniquement la plus développée de l’histoire de la planète. Nous avons rêvé d’être les seuls responsables de la destruction. Nous faisons l’expérience que la Terre peut se débarrasser de nous avec la plus petite de ses créatures. C’est très libérateur : nous sommes enfin libérés de cette illusion de toute-puissance qui nous oblige à nous imaginer comme le début et la fin de tout événement planétaire, dans le bien comme dans le mal, à nier que la réalité en face de nous soit autonome par rapport à nous.

Même une minuscule portion de matière organisée est capable de nous menacer. La Terre et sa vie n’ont pas besoin de nous pour imposer des ordres, inventer des formes, changer de direction.

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 12:50

La lutte contre les zoonoses, ces maladies transmissibles entre humains et animaux, impose de combiner santé humaine et santé animale, soulignent trois chercheurs en économie et en écologie animale dans la tribune ci-dessous. En complément, le médecin François Olivennes et le chef cuisinier Bruno Verjus dénoncent un « syndrome Wuhan » dans la décision « inepte » sur le plan épidémique, même si depuis assouplie, de fermer les marchés alimentaires. Publiées le 31 mars 2020. Lire aussi D'où viennent les coronavirus..., Mal manger tue davantage que le tabacLe « régime de santé planétaire » ? Des protéines végétales et un steak par semaine ! et Cantines scolaires : deux fois trop de viande dans les assiettes.

c alnas.fr, Comment du singe et du crocodile se retrouvent au menu de plusieurs commerces parisiens, mars 2020

c alnas.fr, Comment du singe et du crocodile se retrouvent au menu de plusieurs commerces parisiens, mars 2020

L’émergence rapide et brutale du Covid-19 devra nous conduire à redéfinir nos politiques de santé publique. Si l’heure est à soigner et réparer les dégâts causés par ce nouveau virus, il sera primordial à terme de diminuer les risques d’émergence de telles maladies et de chercher à prévenir plutôt que guérir.

Ces politiques de prévention devront tirer les leçons de l’apparition et de la gestion des épidémies récentes, à commencer par le Covid-19, mais également des grippes aviaires et porcines, qui sévissent très régulièrement. Ces actions devront s’appuyer sur un discours de vérité scientifique, détaché des intérêts économiques de court terme, et prendre en considération le rôle de la consommation de viande et de l’élevage intensif dans ces nouvelles épidémies.

60 % des maladies infectieuses

Les zoonoses, ces maladies transmissibles entre humains et animaux, représentent à l’échelle mondiale 60 % des maladies infectieuses et sont responsables de 2,5 milliards de cas de maladie chez les humains tous les ans dans le monde. Trois quarts des nouveaux agents pathogènes détectés ces dernières décennies sont d’origine animale.

Le phénomène n’est pas nouveau : la grippe espagnole de 1918, une des maladies les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité, trouvait déjà ses origines chez les oiseaux. D’autres maladies infectieuses bien connues, comme la variole, la rougeole, la coqueluche ou les oreillons, proviendraient probablement des animaux domestiques.

Parmi les grandes épidémies qui nous ont frappés depuis la fin du XXe siècle, plusieurs proviennent de l’exploitation d’animaux dans les élevages : la maladie de Creutzfeldt-Jakob liée à la consommation de viande bovine (« vache folle », 1986), le virus Nipah originellement transmis par les chauves-souris et démultiplié par les élevages de porcs (1998), les multiples épisodes de grippe d’origine aviaire (H5N1, 1997 et 2004 ; H7N9, 2016), ou encore la grippe d’origine porcine (H1N1, 2009). Plusieurs épidémies ont également pour origine probable la consommation d’animaux sauvages, à l’instar du Covid-19 (pangolin ou chauve-souris), Ebola (viande de brousse ou chauve-souris) et le sida (viande de singes).

Notre consommation élevée de produits d’origine animale joue également un rôle indirect dans l’émergence de zoonoses. En effet, l’alimentation carnée nécessite davantage de surfaces agricoles qu’une alimentation végétale, si bien qu’elle contribue à la déforestation et réduit ainsi la surface disponible pour les espèces sauvages. Par la chasse et la transformation des habitats naturels, les humains et leur cheptel viennent au contact des animaux sauvages et de leur cortège d’agents pathogènes.

Spirale infernale

Face au lourd tribut humain associé à ces maladies et aux pertes économiques colossales qu’elles occasionnent, il faut s’interroger sur l’évolution de nos systèmes de production alimentaire. Les élevages intensifs favorisent en effet la transmission des virus. Dans le cas des poulets de chair par exemple, la promiscuité des animaux dans les bâtiments est très élevée, de l’ordre de 20 poulets par mètre carré.

De plus, leur faible diversité génétique liée au processus de sélection mondialisée d’animaux standardisés à croissance rapide favorise la transmission au sein et entre des élevages. L’intensité des flux et la dimension planétaire des mouvements d’animaux domestiques et des produits carnés au sein des filières commerciales internationales favorisent elles aussi la dispersion des agents pathogènes.

Ces épisodes répétés de zoonoses montrent que les futures politiques sanitaires devront nécessairement combiner santés humaine et animale selon l’approche « une seule santé » (« One Health »). Cette gestion nécessite beaucoup de moyens, qui sont largement supportés par la collectivité, à l’image de l’indemnisation des éleveurs pour compenser leurs pertes économiques. Pourtant, cette gestion semble bien insuffisante si l’on en juge par la multiplication récente des épidémies.

Au contraire, nos sociétés sont entraînées dans une spirale infernale. Alors que des animaux d’élevage toujours plus nombreux sont enfermés dans des bâtiments, le danger de propagation des virus est tel qu’il conduit souvent à un abattage préventif massif dès qu’un risque survient. En 2016, la Corée a ainsi abattu plus d’une dizaine de millions de volailles de manière préventive pour contenir la grippe aviaire.

Parce que les contacts avec l’extérieur représentent les principaux risques de contamination, les élevages confinent toujours davantage les animaux avec des mesures de précaution de plus en plus drastiques. Pour minimiser les risques de contact, les animaux sauvages sont éliminés en cas de danger de contamination ; c’est le cas par exemple en Europe des sangliers potentiellement porteurs de la grippe porcine.

Agir en amont

Par ailleurs, l’usage de médicaments vétérinaires peut conduire à l’effondrement des populations d’animaux sauvages ; ainsi, le Diclofenac utilisé pour traiter les bovins en Inde aurait décimé plus de 95 % des vautours, générant par un effet de cascade une épidémie de rage.

S’il est difficile, voire illusoire, d’empêcher les animaux de développer des maladies transmissibles aux humains, de contrôler leur apparition et de gérer les conséquences sanitaires et économiques, un des moyens les plus efficaces pour diminuer les risques d’épidémie consiste à agir en amont, c’est-à-dire à diminuer le nombre d’animaux potentiellement infectés auxquels nous nous exposons.

La préservation des habitats naturels, la diminution de la consommation carnée, la réduction de la taille des élevages intensifs et l’arrêt de la commercialisation (légale ou non) de la viande d’animaux sauvages constitueraient autant de mesures cohérentes et efficaces pour les politiques de santé publique de demain (« une seule santé »).

La réduction des risques d’épidémies mondiales viendrait ainsi s’ajouter à la longue liste de bénéfices associés à la végétalisation de l’alimentation mis en évidence ces dernières années dans les publications scientifiques : diminution des émissions de gaz à effet de serre et de la déforestation, baisse de la consommation d’eau, d’antibiotiques et des pollutions agricoles locales (par exemple : algues vertes), et réduction des maladies non transmissibles, comme le cancer, le diabète et les maladies cardio-vasculaires.

Il est important de tirer les leçons de cette crise pour réorienter notre économie vers des alimentations moins risquées pour la santé et plus respectueuses de l’environnement et des animaux.

Romain Espinosa (Chercheur en économie au CNRS, CREM), Nicolas Gaidet (Chercheur en écologie animale au Cirad, UPR Green) et Nicolas Treich (Toulouse School of Economics et Inrae)

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« Le risque de transmission du virus est bien plus important au supermarché qu'au marché »

La décision de fermer les marchés alimentaires est une ineptie à plus d’un titre. Elle revient à fermer les yeux sur la modernité écologique de ce tissu vivant de l’alimentation rurale et urbaine que constituent ces marchés ouverts et couverts.

Il y a dans cette décision comme un syndrome de Wuhan ; tout serait parti des marchés chinois, il s’agirait donc de condamner les marchés français, sans aucune autre forme de procès.

Sur le plan fonctionnel et médical, de nombreux maires ont organisé le fonctionnement de leurs marchés de façon remarquable, en respectant scrupuleusement les règles sanitaires.

Tout d’abord en limitant le nombre de personnes admises dans l’enceinte du marché. Une seule entrée quand il y a une sortie, des agents municipaux ou des policiers qui s’assurent que le nombre de personnes total respecte un nombre faible défini à l’avance. La file d’attente à l’extérieur optimise la distanciation entre personnes à l’aide d’un marquage au sol. A l’intérieur, il y a un sens de circulation unique, dans un seul sens. Pas de retour en arrière possible. Les personnes ne se croisent pas.

Les commerçants s’assurent devant chaque stand que leurs clients suivent les règles de bon sens pour éviter la transmission : distance entre les clients, ne pas toucher aux produits, amener son propre sac pour éviter de manipuler des sacs en plastique ou en papier. Paiements si possible en carte sans contact. Pas d’échange de billets ou de pièces dès que c’est possible.

Les gens se croisent, discutent

Beaucoup de commerçants portent des gants, qu’ils savent devoir changer après chaque client. Quand on se rend dans les marchés organisés de la sorte, il semble que la transmission du virus soit quasi impossible. De plus, les commerçants sont là pour contrôler l’ensemble. Les clients ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent et ils peuvent être rappelés à l’ordre s’ils s’écartent des règles barrières.

Au supermarché, c’est tout l’inverse. En général, pas de limite de nombre de personnes dans le magasin. Dans les rayons, les gens se croisent, discutent entre eux, manipulent autant qu’ils le veulent les produits. Ce n’est qu’en faisant la queue à la caisse que la distance de sécurité est à peu près respectée, et encore.

Sur le plan sanitaire, il semble évident que le risque de transmission du virus est bien plus important au supermarché qu’au marché, d’autant que l’air conditionné qui y circule ne bénéficie sans doute pas de mesures de contrôles et de filtrages efficaces et garanties. Qui a circulé en TGV ou en avion ne s’interroge plus sur l’efficacité des climatisations pour la propagation des virus grippaux.

Plus grave encore, comment peut-on prendre la décision de couler tous nos producteurs, éleveurs, maraîchers, charcutiers, fromagers, bouchers des campagnes ? Attachés pour la plupart à la qualité de leurs produits, constamment mis à mal par la grande distribution et qui se voient réduits à jeter la majorité de leur production… n’ayant d’autre alternative que de maigres ventes « à la ferme ».

Lobbying actif

Se rajoute le problème de nombreuses personnes âgées qui ne vont pas au supermarché – parce qu’elles n’ont pas de voiture – et qui n’ont plus accès aux petites épiceries de campagne, presque toutes disparues du fait de ces hégémoniques centres commerciaux situés à l’extérieur des villes.

Sur le plan épidémique, cette décision est inepte, sur le plan éthique elle est choquante. Comment en est-on arrivé là ? On peut se demander si ce n’est pas un lobbying actif de cette grande distribution qui a tué nos marchés. Un scandale sanitaire et gastronomique. Cette agro-industrie, celle qui tue sans témoins, aidée en cela de sa martingale gagnante pour assaisonnement : un cocktail sel/sucre aux effets cardiovasculaire désastreux, sorte de serial killer que jamais l’on ne démasquera. Ce monde industriel fossoyeur du vivant qui commercialise des produits morts en boîtes ou en sachets avant de nous y condamner nous-même.

Cette épidémie et son confinement doivent nous interroger et surtout nous conduire à trouver les bonnes réponses. Ces réponses sont celles d’un monde vivant, réactif, capable encore de mithridatisation, où les échanges entre êtres humains ne sont pas confinés à subir les lois du commerce de masse, mais au contraire à se réapproprier en conscience les espaces du vivant et promouvoir un monde (d’après) aux énergies déconfinées.

Nous demandons aux préfets, qui ont le droit de donner des dérogations, qu’ils le fassent après s’être assurés que les règles de bonnes pratiques sont mises en place. Il en va de la survie de nos agriculteurs, de nos commerçants. Il en va du bonheur de nos aïeux et de tout le monde. Dans cette période noire nous revendiquons le droit de manger bien, pour se remonter le moral et sa santé immunitaire. Nous revendiquons le droit de cuisiner des produits vivants, frais, offrant de grandes qualités organoleptiques et la traçabilité d’un producteur engagé, pérenne et heureux.

Professeur François Olivennes, gynécologue obstétricien à Paris ; Bruno Verjus, chef du restaurant « Table » (une étoile Michelin), dans le 12e arrondissement de Paris.

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 12:26

Depuis le début du confinement, la diminution du bruit est vertigineuse : plus de 90% en moins dans certaines rues de grandes agglomérations comme Paris. Le chant des oiseaux a pris le pas sur le rugissement des moteurs. D’après Bruitparif et Ronan Tésorière le 27 mars 2020 pour Le Parisien. Lire aussi Le bruit humain menace les espaces protégésJana Winderen, micro climax et Bernie Krause, harmonies vivantes : Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence.

Des policiers vérifient l'attestation de déplacement dérogatoire d'une cycliste sur la place de la Concorde, à Paris, le 18 mars 2020. NICOLAS PORTNOI / HANS LUCAS / AFP

Des policiers vérifient l'attestation de déplacement dérogatoire d'une cycliste sur la place de la Concorde, à Paris, le 18 mars 2020. NICOLAS PORTNOI / HANS LUCAS / AFP

Depuis l'annonce du confinement généralisé, le 17 mars dernier, le bruit a changé quand on pointe le nez à sa fenêtre. Une situation inédite pour des générations de citoyens urbains et hyperconnectés.

Dans les grandes agglomérations, le silence a remplacé le ballet sonore des voitures, scooters et autres transports en commun. A Paris, les 150 stations de mesure de Bruitparif déployées en Île-de-France dans des contextes variés sont unanimes : les nuisances sonores ont quasiment disparu sur certains axes. « C'est inédit en Île-de-France, où il y a d'ordinaire un bruit permanent. On n'a jamais mesuré un tel niveau de calme », confirme Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif.

La raison en est simple : la très forte baisse des émissions sonores d’origine anthropique en lien avec la diminution drastique des trafics routier, aérien et même ferroviaire, l’arrêt des chantiers et la fermeture de nombreuses activités et lieux festifs (bars, restaurants et établissements diffusant des sons amplifiés). Ainsi, Bruitparif a constaté entre 5 et 10 décibels de moins le long des axes routiers où le bruit généré par la circulation routière a chuté progressivement, depuis le 17 Mars, en même temps que le trafic automobile se raréfiait. « Les appareils de mesure de Bruitparif situés le long des axes routiers ont ainsi enregistré des diminutions moyennes de bruit sur 24 heures autour de 3 dB(A) le 17 mars, puis autour de 5 dB(A) les18, 19 et 20 mars et enfin 7 dB(A) les 21 et 22 mars par rapport aux valeurs habituelles, ce qui correspond à des baisses respectives de 50%, 68% et 80% des émissions sonores générées par la circulation routière.

La nuit, les diminutions peuvent même atteindre 9 dB(A) aux abords de certaines voies dans Paris intra-muros, ce qui représente un niveau sonore réduit de près de 90% » indique t-il en précisant que «les diminutions sont plus marquées sur le réseau de voirie dans Paris intra-muros que sur les grands axes (bd périphérique, autoroutes, routes nationales ou départementales en banlieue). On constate ainsi une diminution moyenne de 7,6 dB(A) pour l’indicateur Lden (niveau moyen pondéré sur 24 heures) et de 8,8 dB(A) pour l’indicateur Ln (niveau moyen nocturne) sur la période allant du 18 au 24 mars par rapport à la situation habituelle dans Paris intra-muros, alors que ces baisses sont plutôt autour de 5,4 dB(A) et 6,4 dB(A), respectivement pour les indicateurs Lden et Ln, sur les grands axes».

Les personnes habitant près des aéroports ont également davantage de calme en raison du ralentissement de l’activité aéroportuaire. Les stations permanentes de mesure du bruit aérien de Bruitparif notent des baisses très significatives en lien avec la forte diminution du nombre de survols. «Les évolutions dépendent toutefois de la localisation par rapport aux aéroports. Ainsi, si le bruit lié au trafic aérien a quasiment disparu autour du doublet Sud de l’aéroport Paris-Charles-De-Gaulle qui ne compte désormais plus aucun mouvement, la situation est moins drastique au niveau du doublet Nord qui fonctionne encore.

Autour d’Orly, une baisse importante a également été enregistrée, celle-ci étant intervenue de manière progressive. Elle atteint de l’ordre de 10 dB(A) à présent. Il est de même, le long des voies ferrées : La tendance est également à la baisse pour le bruit en lien avec la circulation ferroviaire du fait de la réduction partielle de trafic. «Selon les résultats des stations permanentes de mesure de Bruitparif situées aux abords des voies de chemin de fer, les baisses vont de 2 à 7 décibels pour les indicateurs Lden et Ln. Bruitparif a constaté que des quartiers habituellement animés la nuit, sont désormais très calmes : Les nuisances sonores ont disparu des quartiers animés de la capitale, qui comptent de nombreux bars et restaurants ou établissements habituellement fortement fréquentés en soirée et en début de nuit. Ainsi, selon les résultats des stations de mesure déployées par Bruitparif dans certains de ces quartiers, les baisses de décibels atteignent en moyenne 8 à 16 décibels sur le créneau compris entre 22 h le soir et 2 h du matin.

Les soirs de week-end (vendredis et samedis soirs), la chute est encore plus marquée avec de 11 à 20 décibels de moins selon les quartiers. Les riverains des chantiers à l'arrêt, en particulier ceux du Grand Paris Express (GPE), peuvent également profiter du silence, jour comme nuit, avec l’arrêt des chantiers qui s’est généralisé depuis le 18 mars. Sur les stations de surveillance continue déployées par Bruitparif aux abords de certains chantiers de construction du GPE, des diminutions très importantes du bruit ambiant ont été observées sur les périodes diurnes et nocturnes, la chute des décibels pouvant atteindre 20 dB(A).

« Ce silence, c'est finalement la liberté pour d'autres bruits d'émerger »

« Avec la chute de la pollution sonore en ville, le paysage sonore a été complètement modifié : il n'y a que peu de sons anthropiques. Il devient désormais possible de percevoir les sons de la nature comme les chants des oiseaux ou les bruissements des feuilles dans les arbres. Autant de sonorités qui sont habituellement difficiles à entendre car masquées par le bruit incessant de la circulation et des activités humaines », lâche, presque lyrique, la directrice de l'établissement régional.

Après dix jours de confinement, ce silence tombé sur nos villes est d’or pour certains : « Je dors mieux, on se croirait presque à la campagne tellement c'est calme », livre Guillaume, 20 ans, habitant de l'hypercentre toulousain, d'ordinaire assailli par le vacarme des rues commerçantes autour de chez lui. « C'est calme et apaisant mais, paradoxalement, cela a un côté fin du monde », tempère toutefois l'étudiant. À Bordeaux, Laurence, la quarantaine, avoue son désarroi. « Cela fait bizarre de ne pas entendre la circulation. Les chantiers sont à l'arrêt, plus de bruit du jeudi au dimanche la nuit, pour les sorties de boîtes », évoque avec un soupçon de nostalgie la Bordelaise.

Pour d'autres, le silence est une chance. « C'est méditatif, ça fait du bien. Mais les premiers jours, ça m'angoissait », raconte Léa, 38 ans, de Montrouge. « Ce silence, c'est finalement la liberté laissée à d'autres bruits d'émerger. Celui de la fontaine à eau, en bas de la résidence, ceux des cris d'enfants qui ont une autre résonance », confie, un sourire dans la voix, cette femme qui travaille dans la sécurité.

 

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 09:04

Même au XXIe siècle, les vieux remèdes apparaissent aux yeux des autorités chinoises comme le meilleur moyen de lutter contre l’épidémie due au coronavirus. Des centaines de millions de personnes subiraient des restrictions dans leurs déplacements. N’est-il pas temps de se demander pourquoi les pandémies se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu ? Un excellent article de Sonia Shah  intitulé Contre les pandémies, l'écologie pour Le Monde Diplomatique de Mars 2020. Lire aussi Dérèglement climatique : quels effets sur notre santé ? et En Russie, le réchauffement fait renaître l’anthrax.

Quelques cercles - Kandinsky

Quelques cercles - Kandinsky

Serait-ce un pangolin ? Une chauve-souris ? Ou même un serpent, comme on a pu l’entendre un temps avant que cela ne soit démenti ? C’est à qui sera le premier à incriminer l’animal sauvage à l’origine de ce coronavirus, officiellement appelé Covid-19, dont le piège s’est refermé sur plusieurs centaines de millions de personnes, placées en quarantaine ou retranchées derrière des cordons sanitaires en Chine et dans d’autres pays. S’il est primordial d’élucider ce mystère, de elles spéculations nous empêchent de voir que notre vulnérabilité croissante face aux pandémies a une cause plus profonde : la destruction accélérée des habitats.

Depuis 1940, des centaines de microbes pathogènes sont apparus ou réapparus dans des régions où, parfois, ils n’avaient jamais été observés auparavant. C’est le cas du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ou encore de Zika sur le continent américain. La majorité d’entre eux (60 %) sont d’origine animale. Certains proviennent d’animaux domestiques ou d’élevage, mais la plupart (plus des deux tiers) sont issus d’animaux sauvages.

Or ces derniers n’y sont pour rien. En dépit des articles qui, photographies à l’appui, désignent la faune sauvage comme le point de départ d’épidémies dévastatrices (1), il est faux de croire que ces animaux sont particulièrement infestés d’agents pathogènes mortels prêts à nous contaminer. En réalité, la plus grande partie de leurs microbes vivent en eux sans leur faire aucun mal. Le problème est ailleurs : avec la déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation effrénées, nous avons offert à ces microbes des moyens d’arriver jusqu’au corps humain et de s’adapter.

La destruction des habitats menace d’extinction quantité d’espèces (2), parmi lesquelles des plantes médicinales et des animaux sur lesquels notre pharmacopée a toujours reposé. Quant à celles qui survivent, elles n’ont d’autre choix que de se rabattre sur les portions d’habitat réduites que leur laissent les implantations humaines. Il en résulte une probabilité accrue de contacts proches et répétés avec l’homme, lesquels permettent aux microbes de passer dans notre corps, où, de bénins, ils deviennent des agents pathogènes meurtriers.

Ebola l’illustre bien. Une étude menée en 2017 a révélé que les apparitions du virus, dont la source a été localisée chez diverses espèces de chauves-souris, sont plus fréquentes dans les zones d’Afrique centrale et de l’Ouest qui ont récemment subi des déforestations. Lorsqu’on abat leurs forêts, on contraint les chauves-souris à aller se percher sur les arbres de nos jardins et de nos fermes. Dès lors, il est facile d’imaginer la suite : un humain ingère de la salive de chauve-souris en mordant dans un fruit qui en est couvert, ou, en tentant de chasser et de tuer cette visiteuse importune, s’expose aux microbes qui ont trouvé refuge dans ses tissus. C’est ainsi qu’une multitude de virus dont les chauves-souris sont porteuses, mais qui restent chez elles inoffensifs, parviennent à pénétrer des populations humaines — citons par exemple Ebola, mais aussi Nipah (notamment en Malaisie ou au Bangladesh) ou Marburg (singulièrement en Afrique de l’Est). Ce phénomène est qualifié de « passage de la barrière d’espèce ». Pour peu qu’il se produise fréquemment, il peut permettre aux microbes issus des animaux de s’adapter à nos organismes et d’évoluer au point de devenir pathogènes.

Il en va de même des maladies transmises par les moustiques, puisque un lien a été établi entre la survenue d’épidémies et la déforestation (3) — à ceci près qu’il s’agit moins ici de la perte des habitats que de leur transformation. Avec les arbres disparaissent la couche de feuilles mortes et les racines. L’eau et les sédiments ruissellent plus facilement sur ce sol dépouillé et désormais baigné de soleil, formant des flaques favorables à la reproduction des moustiques porteurs du paludisme. Selon une étude menée dans douze pays, les espèces de moustiques vecteurs d’agents pathogènes humains sont deux fois plus nombreuses dans les zones déboisées que dans les forêts restées intactes.

Dangers de l’élevage industriel

La destruction des habitats agit également en modifiant les effectifs de diverses espèces, ce qui peut accroître le risque de propagation d’un agent pathogène. Un exemple : le virus du Nil occidental, transporté par les oiseaux migrateurs. En Amérique du Nord, les populations d’oiseaux ont chuté de plus de 25 % ces cinquante dernières années sous l’effet de la perte des habitats et d’autres destructions (4). Mais toutes les espèces ne sont pas touchées de la même façon. Des oiseaux dits spécialistes (d’un habitat), comme les pics et les rallidés, ont été frappés plus durement que des généralistes comme les rouges-gorges et les corbeaux. Si les premiers sont de piètres vecteurs du virus du Nil occidental, les seconds, eux, en sont d’excellents. D’où une forte présence du virus parmi les oiseaux domestiques de la région, et une probabilité croissante de voir un moustique piquer un oiseau infecté, puis un humain (5).

Même phénomène s’agissant des maladies véhiculées par les tiques. En grignotant petit à petit les forêts du Nord-Est américain, le développement urbain chasse des animaux comme les opossums, qui contribuent à réguler les populations de tiques, tout en laissant prospérer des espèces bien moins efficaces sur ce plan, comme la souris à pattes blanches et le cerf. Résultat : les maladies transmises par les tiques se répandent plus facilement. Parmi elles, la maladie de Lyme, qui a fait sa première apparition aux États-Unis en 1975. Au cours des vingt dernières années, sept nouveaux agents pathogènes portés par les tiques ont été identifiés (6).

Les risques d’émergence de maladies ne sont pas accentués seulement par la perte des habitats, mais aussi par la façon dont on les remplace. Pour assouvir son appétit carnivore, l’homme a rasé une surface équivalant à celle du continent africain (7) afin de nourrir et d’élever des bêtes destinées à l’abattage. Certaines d’entre elles empruntent ensuite les voies du commerce illégal ou sont vendues sur des marchés d’animaux vivants (wet markets). Là, des espèces qui ne se seraient sans doute jamais croisées dans la nature se retrouvent encagées côte à côte, et les microbes peuvent allègrement passer de l’une à l’autre. Ce type de développement, qui a déjà engendré en 2002-2003 le coronavirus responsable de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), est peut-être à l’origine du coronavirus inconnu qui nous assiège aujourd’hui.

Mais bien plus nombreux sont les animaux qui évoluent au sein de notre système d’élevage industriel. Des centaines de milliers de bêtes entassées les unes sur les autres en attendant d’être conduites à l’abattoir : voilà des conditions idéales pour que les microbes se muent en agents pathogènes mortels. Par exemple, les virus de la grippe aviaire, hébergés par le gibier d’eau, font des ravages dans les fermes remplies de poulets en captivité, où ils mutent et deviennent plus virulents — un processus si prévisible qu’il peut être reproduit en laboratoire. L’une de leurs souches, le H5N1, est transmissible à l’homme et tue plus de la moitié des individus infectés. En 2014, en Amérique du Nord, il a fallu abattre des dizaines de millions de volailles pour enrayer la propagation d’une autre de ces souches (8).

Les montagnes de déjections produites par notre bétail offrent aux microbes d’origine animale d’autres occasions d’infecter les populations. Comme il y a infiniment plus de déchets que ne peuvent en absorber les terres agricoles sous forme d’engrais, ils finissent souvent par être stockés dans des fosses non étanches — un havre rêvé pour la bactérie Escherichia coli. Plus de la moitié des animaux enfermés dans les parcs d’engraissement américains en sont porteurs, mais elle y demeure inoffensive (9). Chez les humains, en revanche, E. coli provoque des diarrhées sanglantes, de la fièvre, et peut entraîner des insuffisances rénales aiguës. Et comme il n’est pas rare que les déjections animales se déversent dans notre eau potable et nos aliments, 90 000 Américains sont contaminés chaque année.
Bien que ce phénomène de mutation des microbes animaux en agents pathogènes humains s’accélère, il n’est pas nouveau. Son apparition date de la révolution néolithique, quand l’être humain a commencé à détruire les habitats sauvages pour étendre les terres cultivées et à domestiquer les animaux pour en faire des bêtes de somme. En échange, les animaux nous ont offert quelques cadeaux empoisonnés : nous devons la rougeole et la tuberculose aux vaches, la coqueluche aux cochons, la grippe aux canards.

Le processus s’est poursuivi pendant l’expansion coloniale européenne. Au Congo, les voies ferrées et les villes construites par les colons belges ont permis à un lentivirus hébergé par les macaques de la région de parfaire son adaptation au corps humain. Au Bengale, les Britanniques ont empiété sur l’immense zone humide des Sundarbans pour développer la riziculture, exposant les habitants aux bactéries aquatiques présentes dans ces eaux saumâtres. Les pandémies causées par ces intrusions coloniales restent d’actualité. Le lentivirus du macaque est devenu le VIH. La bactérie aquatique des Sundarbans, désormais connue sous le nom de choléra, a déjà provoqué sept pandémies à ce jour, l’épidémie la plus récente étant survenue en Haïti.

Heureusement, dans la mesure où nous n’avons pas été des victimes passives de ce processus, nous pouvons aussi faire beaucoup pour réduire les risques d’émergence de ces microbes. Nous pouvons protéger les habitats sauvages pour faire en sorte que les animaux gardent leurs microbes au lieu de nous les transmettre, comme s’y efforce notamment le mouvement One Health (10).

Nous pouvons mettre en place une surveillance étroite des milieux dans lesquels les microbes des animaux sont le plus susceptibles de se muer en agents pathogènes humains, en tentant d’éliminer ceux qui montrent des velléités d’adaptation à notre organisme avant qu’ils ne déclenchent des épidémies. C’est précisément ce à quoi s’attellent depuis dix ans les chercheurs du programme Predict, financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid). Ils ont déjà identifié plus de neuf cents nouveaux virus liés à l’extension de l’empreinte humaine sur la planète, parmi lesquels des souches jusqu’alors inconnues de coronavirus comparables à celui du SRAS (11).
Aujourd’hui, une nouvelle pandémie nous guette, et pas seulement à cause du Covid-19. Aux États-Unis, les efforts de l’administration Trump pour affranchir les industries extractives et l’ensemble des activités industrielles de toute réglementation ne pourront manquer d’aggraver la perte des habitats, favorisant le transfert microbien des animaux aux humains. Dans le même temps, le gouvernement américain compromet nos chances de repérer le prochain microbe avant qu’il ne se propage : en octobre 2019, il a décidé de mettre un terme au programme Predict. Enfin, début février 2020, il a annoncé sa volonté de réduire de 53 % sa contribution au budget de l’Organisation mondiale de la santé.

Comme l’a déclaré l’épidémiologiste Larry Brilliant, « les émergences de virus sont inévitables, pas les épidémies ». Toutefois, nous ne serons épargnés par ces dernières qu’à condition de mettre autant de détermination à changer de politique que nous en avons mis à perturber la nature et la vie animale.

Sonia Shah

Journaliste. Auteure de Pandemic : Tracking Contagions, From Cholera to Ebola and Beyond, Sarah Crichton Books, New York, 2016, et de The Next Great Migration : The Beauty and Terror of Life on the Move, Bloomsbury Publishing, Londres, à paraître en juin 2020. Ce texte a été publié dans The Nation.

(1) Kai Kupferschmidt, « This bat species may be the source of the Ebola epidemic that killed more than 11,000 people in West Africa », Science Magazine, Washington, DC - Cambridge, 24 janvier 2019.
(2) Jonathan Watts, « Habitat loss threatens all our futures, world leaders warned », The Guardian, Londres, 17 novembre 2018.
(3) Katarina Zimmer, « Deforestation tied to changes in disease dynamics », The Scientist, New York, 29 janvier 2019.
(4) Carl Zimmer, « Birds are vanishing from North America », The New York Times, 19 septembre 2019.
(5) BirdLife International, « Diversity of birds buffer against West Nile virus », ScienceDaily, 6 mars 2009.
(6) « Lyme and other tickborne diseases increasing », Centers for Disease Control and Prevention, 22 avril 2019.
(7) George Monbiot, « There’s a population crisis all right. But probably not the one you think », The Guardian, 19 novembre 2015.
(8) « What you get when you mix chickens, China and climate change », The New York Times, 5 février 2016. En France, la grippe aviaire a touché les élevages durant l’hiver 2015-2016, et le ministère de l’agriculture estime qu’un risque existe cet hiver pour les volatiles en provenance de Pologne.
(9) Cristina Venegas-Vargas et al., « Factors associated with Shiga toxin-producing Escherichia coli shedding by dairy and beef cattle », Applied and Environmental Microbiology, vol. 82, n° 16, Washington, DC, août 2016.
(10) Predict Consortium, « One Health in action », EcoHealth Alliance, New York, octobre 2016.
(11) « What we’ve found », One Health Institute.

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 17:39

Comme la COP15 pour la biodiversité, une série d’événements majeurs prévus en 2020, dont la COP26 pour le climat, devraient être reportés. D'après AFP, Audrey Garric et Perrine Mouterde le 23 mars 2020 pour Le Monde.                                                                                                                                                          Pour la reprise de ce blog en temps de confinement, lire aussi « Nous dépendons fondamentalement de la diversité du vivant » et surtout         Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050  toujours d'actualité !

Des officiers sanitaires inspectent des chauves-souris confisquées et sur le point d’être abattues, à Solo (Indonésie), le 14 mars. AP

Des officiers sanitaires inspectent des chauves-souris confisquées et sur le point d’être abattues, à Solo (Indonésie), le 14 mars. AP

Ce devait être une année cruciale pour le climat et la biodiversité, une étape charnière pour accroître les efforts dans la lutte contre le dérèglement climatique et la destruction des écosystèmes. Mais la pandémie de Covid-19, si elle a provoqué une réduction à court terme des émissions de CO2 et une protection accrue pour les animaux sauvages, est en train de réécrire l’histoire.

En reléguant ces dossiers au second plan et en entravant la diplomatie nécessaire pour les faire avancer, la crise sanitaire risque de saper les engagements de long terme en faveur de l’environnement. A moins qu’après l’épidémie les États ne profitent de la relance de l’économie pour accélérer la transition bas carbone et financer la protection de la nature.

Plusieurs événements majeurs étaient prévus en 2020. Lundi 23 mars, la 15e Conférence des parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, prévue fin octobre à Kunming, en Chine, a été officiellement reportée à 2021. Ce rendez-vous crucial devait permettre d’aboutir à l’adoption d’une feuille de route mondiale pour sauver l’ensemble des écosystèmes. « Une réunion d’experts prévue en mai à Montréal dans le cadre des travaux préparatoires va être reportée, explique Basile van Havre, l’un des deux coprésidents de la COP15. Or nous avons besoin d’environ neuf semaines entre chaque réunion de travail. C’est pour cela que les autres rendez-vous, dont la COP, doivent aussi être retardés. »

Réunions physiques annulées

A Glasgow, au Royaume-Uni, doit se tenir en novembre la 26e conférence mondiale des Nations unies sur le climat, considérée comme le moment de vérité de l’accord de Paris de 2015 : les Etats doivent venir avec de nouveaux plans climatiques plus ambitieux. Si des sources évoquent aussi un possible report de cette COP, le ministre britannique des affaires étrangères, Dominic Raab, a déclaré le 19 mars attendre « de voir quel sera le calendrier du coronavirus ». « Il est encore possible aujourd’hui que cela soit faisable », a-t-il indiqué.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui a annulé toutes ses réunions physiques pendant deux mois, décidera par ailleurs début avril de maintenir ou non les négociations climatiques intermédiaires prévues début juin à Bonn, en Allemagne.

S’interroger sur les causes

Le secrétariat exécutif de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dont le congrès mondial devait se tenir en juin et constituer un temps fort de mobilisation de tous les acteurs avant la COP15, a également demandé un report de cet événement. La France, pays hôte de ce rassemblement, doit maintenant se prononcer sur son maintien. « En plus des délégations, il est prévu que le congrès soit ouvert pour la première fois au grand public, et environ 100 000 visiteurs sont attendus », précise Sébastien Moncorps, directeur du comité français de l’UICN.

La conférence des Nations unies sur les océans, prévue en juin à Lisbonne et visant à soutenir les utilisations durables des océans, des mers et des ressources marines, est d’ores et déjà repoussée.

Craintes pour l’Afrique

Pour l’instant, aucune date n’a pu être fixée pour ces rendez-vous. A quelle échéance ces grands événements, qui rassemblent jusqu’à des dizaines de milliers de délégués et d’observateurs de quelque 200 pays, pourront-ils de nouveau se tenir ? « On peut deviner que des continents tels que l’Afrique vont être touchés après l’Europe et il est possible qu’ils mettent plus longtemps à venir à bout de la pandémie, précise Yann Wehrling, ambassadeur de la France pour la biodiversité. Or, on ne peut pas faire de réunions internationales sans l’Afrique. »

Pour continuer à faire avancer négociations et travaux préparatoires, les rencontres diplomatiques par visioconférence ne pallient qu’en partie l’absence de réunions physiques. Si les discussions bilatérales ou multilatérales restreintes peuvent se poursuivre, les échanges plus larges restent compliqués.

« Il paraît quasi impossible d’organiser une conférence entre des milliers de personnes, présentes sur tous les fuseaux horaires et avec parfois des problèmes de connexion Internet, assure Paul Watkinson, qui suit les négociations climatiques depuis vingt ans et qui présidait certains travaux techniques de la Convention ces dernières années. Surtout, une COP, ce sont des assemblées plénières, mais aussi six-sept réunions en parallèle, beaucoup de diplomatie dans les couloirs, ainsi que des échanges avec la société civile. »

Dans une lettre adressée le 16 mars à la présidente de la CCNUCC, que Le Monde a consultée, le président du groupe Afrique, le Gabonais Tanguy Gahouma Bekale, alerte aussi sur le fait que les 54 pays qu’il représente « sont confrontés à des défis considérables pour participer aux réunions virtuelles, du fait d’infrastructures informatiques déficientes » et demande que toutes les réunions importantes soient reportées « jusqu’à ce que la pandémie ait été entièrement contenue ».

Au-delà des enjeux techniques et de calendrier, la crise sanitaire peut peser sur la volonté des pays à relever leurs ambitions en faveur de l’environnement. La République tchèque a ainsi demandé l’abandon du Green Deal européen pour mieux se concentrer sur le coronavirus, tandis que la Pologne veut suspendre le marché européen du carbone pour que les pays puissent dégager de l’argent afin d’aider leurs entreprises et leurs citoyens.

« Dans quelle mesure les efforts qui seront engagés en faveur de la relance des économies pourront-ils s’aligner sur les efforts en matière de biodiversité ? Et comment parler au grand public de biodiversité alors que les populations seront occupées par des questions de logistique et de vie quotidienne ? », s’interroge Basile van Havre. Comme d’autres, le coprésident de la COP15 espère toutefois que cette crise sanitaire sera l’occasion de s’interroger sur les causes sous-jacentes de cette pandémie et sur les liens entre santé publique, perte de biodiversité et changement climatique, notamment à l’heure où des plans de relance seront débloqués.

« Les sujets de biodiversité et du climat ne vont pas perdre de leur intérêt dans l’agenda diplomatique international, mais vont être abordés dans un contexte différent, estime Pierre Dubreuil, le directeur général de l’Office français de la biodiversité. Le lien entre santé et biodiversité va intéresser beaucoup de gens, à nous de le documenter sérieusement pour que l’on réfléchisse à une nouvelle relation entre l’homme et la nature dans un contexte mondialisé. »

« Accélérer l’action climatique »

« Il serait bien dommageable que les plans de relance envisagés viennent aggraver le fond du problème, juge aussi Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales. Si l’on prend le secteur agroalimentaire, par exemple, il sera primordial de débattre du type d’activités que l’on viendra soutenir avec ces fonds publics. »

« Gérer seulement la crise sanitaire serait une erreur monumentale. C’est un moment crucial pour accélérer l’action climatique et non pas revenir en arrière », plaide aussi Laurence Tubiana, la directrice de la Fondation européenne pour le climat, qui propose aux Etats européens de développer une diplomatie verte autour du Green Deal. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a appelé tous les gouvernements et les institutions financières internationales à déployer des plans de relance de l’économie « durables », favorisant la transition vers les énergies propres.

« Devrions-nous nous diriger vers un mode de développement plus intégré, plus prudent et plus résilient ? S’il est trop tôt pour avoir une réflexion complète sur les solutions, il est temps de poser ces questions », affirme Basile van Havre.

 

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 09:26

Jeudi 19 décembre, organisations étudiantes et chercheurs ont interpellé le gouvernement. Objectif  ? Que l’enseignement des enjeux écologiques et climatiques devienne obligatoire dans le supérieur. D'après Marine Lamoureux le 19 décembre 2019 pour La Croix.

Une journée d’études à l’École normale supérieure (ENS), à Paris : voilà comment étudiants et chercheurs ont choisi d’interpeller le gouvernement, jeudi 19 décembre, à travers l’opération « Make Our Lessons Green Again » (1). Objectif : obtenir des pouvoirs publics que l’enseignement des enjeux écologiques et climatiques devienne obligatoire dans le supérieur.

Pour y parvenir, plusieurs organisations étudiantes généralistes (la Fage, le Forum français de la jeunesse) ou liées au climat (le Collectif pour un réveil écologique, le Refedd, CliMates, etc.) se sont alliées à des scientifiques de renom, en particulier la climatologue Valérie Masson-Delmotte et le philosophe, Dominique Bourg. Elles s’appuient sur 80 dirigeants d’établissements et un millier de chercheurs signataires d’un appel pour que l’enseignement supérieur « positionne le climat comme l’urgence première ». Et ce quelle que soit la filière suivie.

« La situation d’urgence environnementale est telle que chaque citoyen est concerné, souligne Dominique Bourg, professeur à l’université de Lausanne, en Suisse. Tous les étudiants doivent être formés à ces enjeux, et pas uniquement les filières spécialisées ». Selon une étude du Shift Project auprès de 34 établissements, « 76 % des formations du supérieur ne proposent aucun cours abordant les enjeux climat-énergie ». Et, dans les 24 % restantes, « moins de la moitié (…) propose au moins un cours obligatoire ».

Comme la proposition de loi http://www.assemblee-nationale.fr/15/pdf/propositions/pion2263.pdf déposée par des députés écologiques dont Delphine Batho, ces étudiants et chercheurs demandent une modification du code de l’éducation. « Le monde académique est prêt à bouger, mais cette transition ira bien plus vite si les pouvoirs publics l’appuient », note Dominique Bourg.

(1) Clin d’œil au slogan d’Emmanuel Macron « Make Our Planet Great Again en 2017. »

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 11:48

Un an après avoir porté plainte contre l’État pour inaction climatique, quatre ONG incitent les citoyens à signaler les évolutions concrètes dans leur quotidien pour cartographier les préjudices induits par le réchauffement partout en France. D’après Frédéric Mouchon pour Le Parisien et Marie-Noëlle Bertrand pour l’Humanité le 17 décembre 2019. Lire aussi Des ONG attaquent la France en justice pour inaction climatique.

Lac de Pierre-Percée (Meurthe-et-Moselle), le 22 octobre. L’un des plus grands lacs artificiels de Lorraine subit de plein fouet la quasi-absence de pluie, due aux canicules et sécheresses successives durant la période estivale. Un paysage de désolation que chacun peut observer.

Lac de Pierre-Percée (Meurthe-et-Moselle), le 22 octobre. L’un des plus grands lacs artificiels de Lorraine subit de plein fouet la quasi-absence de pluie, due aux canicules et sécheresses successives durant la période estivale. Un paysage de désolation que chacun peut observer.

C’était il y a un an : quatre ONG lançaient ce qui allait devenir, en quelques jours, un hit du mouvement citoyen anti-hot. L’Affaire du siècle, cette plainte déposée par Oxfam, la Fondation Nicolas Hulot (FNH), Notre affaire à tous et Greenpeace contre l’État, pour les préjudices engendrés du fait de son inaction climatique, prenait son envol. Dans les jours qui suivaient, plus de 2 millions de personnes signaient une pétition soutenant la démarche, offrant là un record en termes de paraphes à la minute.

Douze mois se sont écoulés, et l’instruction suit son cours devant le tribunal administratif de Paris. Les organisations, elles, relancent la machine et appellent les citoyens à nourrir le dossier juridique autant que la mobilisation, et « toute personne à partager les changements qu’elle observe » en témoignant de la réalité des bouleversements climatiques. Objectif : dresser une cartographie inédite des préjudices constatés sur le territoire français, via le hashtag #TémoinDuClimat.

Mettre la pression sur l’Etat

« Un an après notre plainte, l’urgence climatique est toujours aussi forte », rappelle Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. « Le verdict viendra quand il viendra, en attendant, nous n’allons pas rester les bras croisés », insiste le responsable.

Sur la côte, entre Gascogne et Vendée, Jean-Baptiste a constaté que certaines espèces d’algues brunes sont en train de disparaître, laissant la place libre pour des algues vertes « dont on connaît le danger potentiel ». Quand Catherine, vigneronne dans l’Hérault, a vu « les grenaches, feuilles et grappes brûlées », elle n’a pas pensé à la perte de la récolte mais que « c’était là l’annonce de la fin de l’ère climatique que nous connaissons », « la manifestation de la limite de l’hospitalité de la Terre ». Catherine et Jean-Baptiste ont en commun d’avoir constaté les effets du réchauffement près de chez eux. Ils ont choisi de répondre à l’appel à témoignages lancé par quatre associations écolo désireuses « d’ouvrir les yeux de l’Etat » sur les bouleversements en cours dans l’Hexagone.

« Hausse des températures, multiplication des événements climatiques extrêmes, érosion des côtes, plantes et animaux perturbés… », les quatre associations ambitionnent de constituer une « cartographie inédite de la situation climatique en France ». « Nous demandons aux citoyens de témoigner de ce qu’ils voient en termes de modification des paysages ou d’impact sur la nature, mais aussi de ce qu’ils ressentent, explique Cécilia Rinaudo, coordinatrice générale de l’ONG Notre Affaire à tous. Les sécheresses, les inondations, la pollution et les ouragans dans les territoires d’outre-mer ont un impact sur la vie, les revenus, la santé et le travail de beaucoup de Français. » 

« Le réchauffement climatique est déjà une réalité en France, ses conséquences vont encore s’accentuer dans l’avenir et on n’a plus le temps d’attendre pour agir », estime Samuel Leré, responsable du plaidoyer au sein de la FNH. Si les quatre ONG ont lancé cet appel, c’est pour mettre la pression sur l’Etat, qu’elles accusent de n’avoir pris « aucune décision à la hauteur du défi climatique ». D’après les calculs faits par les quatre organisations, au rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’Hexagone constaté entre 2015 et 2018, la France atteindrait ses objectifs climatiques avec un retard de plus d’un tiers de siècle. 

Les ONG veulent « montrer la diversité géographique des territoires touchés, ainsi que celle des préjudices induits ». Denis Charlet/AFP

Les ONG veulent « montrer la diversité géographique des territoires touchés, ainsi que celle des préjudices induits ». Denis Charlet/AFP

« La neutralité carbone à l’horizon 2050 a été inscrite dans la loi énergie climat votée en septembre 2019, mais si l’on continue au rythme actuel, en prenant en compte les baisses d’émissions constatées dans chaque secteur d’activité depuis 2015, on n’atteindra cet objectif qu’en 2093, soit avec quarante-trois ans de retard », s’alarme Samuel Leré. « Même lorsqu’ils sont inscrits dans la loi, l’Etat ne respecte pas ses engagements », enrage Cécilia Rinaudo. « Se fixer des objectifs plus ambitieux sans se donner les moyens d’accélérer, c’est tout le problème de l’inaction climatique, estiment les associations. Et cela nous conduit tout droit vers le retard du siècle. »

Que s’est-il passé durant ces douze mois ? Côté action étatique, rien qui ne permette de se sentir rassuré. En février, l’État a reconnu dépasser les plafonds établis dans le cadre de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Sur la période 2015-2019, son « budget carbone » révèle ainsi un excès de 4 %. Depuis, la France continue de traîner à prendre les mesures en conséquence. Certes, elle a décrété l’urgence climatique et pris, en septembre, la résolution d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais rien ne vient étayer la sincérité de son discours. Elle envisage toujours de n’avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre (GES) que de 40 % en 2030. Insuffisant, insistent les ONG, s’appuyant sur les données du Giec. « À ce rythme, la neutralité carbone ne serait obtenue qu’en 2093, soit avec quarante-trois ans de retard », relèvent-elles, plaidant pour porter cet objectif de moyen terme à -55 % de GES, comme l’Union européenne s’est récemment engagée à le faire.

Vagues de chaleur et pluies intenses

Côté recours en justice, la procédure a consisté, pour l’heure, en un aller-retour de courriers et autres requêtes. Le 18 décembre 2018, les quatre ONG se sont donc saisies du levier juridique pour demander à l’État de rendre compte des préjudices subis du fait de ses carences fautives en matière de lutte contre le réchauffement. Celui-ci disposait de deux mois pour répondre. Le 15 février, il plaidait non coupable sous la plume de François de Rugy, alors ministre de la Transition écologique et solidaire, lequel estimait en faire déjà beaucoup sur la question. À la suite de ce rejet, les organisations ont déposé une requête sommaire devant le tribunal administratif de Paris contre l’inaction climatique de l’État, consolidée, en mai, d’un mémoire complétant leur argumentaire. La balle, à présent, est dans le camp de l’État, dont on attend de nouveau la réponse.

D’ici à ce qu’elle tombe, les organisations entendent maintenir la pression, entre autres en cartographiant les impacts du réchauffement en France. « On a souvent tendance à les croire réservés aux pays du Sud », reprend Jean-François Julliard. Mais intensification des tempêtes et sécheresses ne sont pas l’apanage de l’Asie ou de l’Afrique. Vagues de chaleur et pluies intenses se multiplient aussi en France, y compris métropolitaine. « Nous voulons montrer la diversité géographique des territoires touchés, ainsi que celle des préjudices induits. » Ils sont émotionnels, quand les événements extrêmes induisent de l’angoisse ; économiques, quand ils génèrent des pertes de revenus, par exemple agricoles ; ou encore environnementaux, quand des écosystèmes s’en trouvent bouleversés. « Nous nous réservons la possibilité de proposer que les témoignages les plus étayés soient versés au dossier que nous présenterons lors de la première audience », conclut Jean-François Julliard. Les avocats des quatre ONG comptent que celle-ci puisse avoir lieu avant le début 2021.

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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 15:13

Depuis le début de la COP 25 à Madrid il y a une semaine, aucun État parmi les plus émetteurs de gaz à effet de serre n’a annoncé le moindre engagement immédiat, alors que la session inaugurale était explicitement conçue pour évoquer des mesures « à court terme ». Les négociations n’avancent pas, et les pays développés, dont la France, refusent toujours la mise en place d’un financement des pertes et dommages causés par des conditions climatiques plus extrêmes et par la montée des eaux liées au changement climatique. En l’absence de réglementation forte et d’un coût élevé, les marchés carbone permettent aux États de se dédouaner des exigences de réduction réelle des émissions de gaz à effet de serre. Le Chili a décidé de placer la question de la préservation des mers au cœur du sommet que le pays préside jusqu’au 13 décembre. D’après Reporterre et Martine Valo pour Le Monde le 07 décembre 2019. Lire aussi Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre, Les microplastiques sont omniprésents dans les grands fleuves européens comme dans les océans et Le réchauffement des océans accélère.

 Cent portraits du Président de la République dérobés dans les mairies de l'Hexagone ont été brandis dimanche 8 décembre à Paris pour dénoncer l'inaction du gouvernement en matière de lutte pour l’environnement. THOMAS SAMSON/AFP

Cent portraits du Président de la République dérobés dans les mairies de l'Hexagone ont été brandis dimanche 8 décembre à Paris pour dénoncer l'inaction du gouvernement en matière de lutte pour l’environnement. THOMAS SAMSON/AFP

L’océan est brièvement mentionné dans le préambule de l’accord de Paris de 2015 sur le climat : une petite place pour un gigantesque milieu qui occupe plus des deux tiers de la surface de la Terre. Encore a-t-il fallu attendre cette fameuse COP21 pour qu’il apparaisse, sous la pression conjointe de scientifiques et d’ONG, sur la scène des négociations internationales destinées à contenir le réchauffement planétaire.

Quatre ans plus tard, pour la COP25, le Chili a voulu lui consacrer deux journées, le 6 et le 7 décembre, et plus globalement présenter la 25e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) comme une « COP bleue » – même si celle-ci se tient à Madrid et non à Santiago comme prévu au départ.

Cette initiative du ministère de l’environnement chilien est un message probablement autant adressé au reste du monde qu’en interne. Santiago, qui s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 47 % d’ici à 2030, assure protéger 42 % de ses eaux, soit 1,3 million de kilomètres carrés de zones sur lesquelles veiller, trois fois plus qu’en 2010 – notamment avec une vaste aire marine autour de l’île de Pâques. Cependant, une bonne partie de ses plus de 5 000 km de côtes le long du Pacifique pâtissent de graves pollutions générées notamment par l’aquaculture et une pêche intense.

Mais quel rapport entre l’état de santé des écosystèmes marins et le système climatique ? C’est simple : de leurs interactions mutuelles à la fois chimiques et biologiques dépend la vie sur Terre. Car les océans produisent plus de la moitié de l’oxygène de cette planète et ils absorbent plus du quart du dioxyde de carbone (CO2) émis chaque année par les activités humaines. Ils ont également intégré plus de 90 % du réchauffement atmosphérique dû au surcroît de gaz à effet de serre depuis le milieu du XXe siècle. Autrement dit, sans eux, l’air serait déjà irrespirable.

Déroute de la cryosphère

L’un des processus complexes des échanges avec l’atmosphère repose sur la photosynthèse des algues, plantes aquatiques et cyanobactéries, et sur les cycles biologiques des organismes qui vont entraîner le CO2 vers les profondeurs. Les océans ont donc besoin d’écosystèmes vivants en bonne santé.

Or, avec le changement climatique, ils deviennent plus acides, se réchauffent, se dilatent et leurs niveaux s’élèvent. Réclamé lors de la COP21, le diagnostic rendu en septembre par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne laisse aucun doute : un emballement général est en train de bouleverser les fonds marins et cause la déroute de la cryosphère.

Les glaces fondent à vitesse redoublée, tandis que des canicules se multiplient au fond de l’eau, faisant blanchir les coraux et entraînant bien d’autres conséquences, pour certaines encore inconnues.

Il reste par ailleurs difficile de réaliser à quel point l’élévation du niveau des mers, qui pourrait atteindre 1,10 mètre par rapport à la période 1986-2005 selon le GIEC, va impacter les littoraux et contribuer à l’aggravation des épisodes météorologiques extrêmes. En France par exemple, le rapport rendu fin novembre par le député (La République en marche) de Vendée Stéphane Buchou sur l’érosion côtière indique que 650 km de littoral sont en recul, et se rétractent même de 50 centimètres par an pour 270 d’entre eux.

« Réseau global cohérent » d’aires marines protégées

Tout ce que l’océan compte de défenseurs au sein des fondations, des ONG et chez les scientifiques se fait entendre ces jours-ci pour ouvrir les yeux des décideurs réunis à Madrid : exposition de photos sous-marines dans l’enceinte de la COP par l’ONG Oceana, regroupements d’experts par l’initiative OneOcean, appels à mettre fin à la surpêche, rapports multiples…

La Plate-forme océan et climat – une alliance d’instituts de recherche, d’ONG, de musées, mais aussi des armateurs – publie pour l’occasion un nouveau plaidoyer. Elle demande entre autres à l’Organisation maritime internationale de bien vouloir « intégrer la pêche dans sa stratégie de réduction des gaz à effet de serre » et aux Etats de poursuivre l’objectif de 30 % de l’océan sauvegardé d’ici à 2030 au moyen « d’un réseau global cohérent » d’aires marines protégées effectivement et durablement gérées « afin de restaurer d’urgence la biodiversité ».

Certains espèrent voir pris en compte les efforts de conservation et de protection des milieux marins au même titre que ceux des secteurs des transports ou de l’énergie par exemple. Ces mesures devraient donc selon eux figurer elles aussi dans les engagements que présentent les Etats membres de la CNUCC.

Les herbiers de posidonie, les forêts sous-marines de kelps, les palétuviers des littoraux stockent de grandes quantités de carbone. La capacité des mangroves en la matière serait dix fois supérieure à celle d’une forêt tempérée et même cinquante fois supérieure à celle d’une forêt tropicale, selon le copieux rapport de Greenpeace international publié le 4 décembre « sur la crise climatique et l’urgence de protéger au moins 30 % de l’océan d’ici à 2030 », selon un mot d’ordre désormais partagé.

« S’engager à restaurer, pas seulement cesser de dégrader »

L’Union internationale pour la conservation de la nature devait, pour sa part, présenter, samedi 7 décembre, une étude entièrement centrée sur l’extension des « zones mortes » à proximité des côtes et sur l’inquiétante baisse globale des taux d’oxygène dans l’eau de mer.

« Nous attendons de cette COP qu’elle apporte suffisamment de connaissances scientifiques pour pouvoir avancer, résume Sébastien Treyer, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Il faudrait que les Etats fassent preuve d’ambition, qu’ils s’engagent à restaurer, pas seulement à cesser de dégrader. Pour cela, nous devons mettre en avant des solutions opérationnelles à l’égard des gouvernements, dont beaucoup sont sceptiques. »

LIddri a donc passé en revue dix-huit mesures envisageables : des plus robustes, comme le développement des énergies marines renouvelables – à condition de ne pas altérer la biodiversité, aux plus risquées et moins convaincantes comme la fertilisation d’écosystèmes marins pour les rendre plus productifs.

L’importance de l’univers marin est loin de s’être imposée sur la scène des négociations climatiques jusqu’à présent, même chez la plupart des pays côtiers, rappellent les auteurs de l’Iddri. Ils citent une analyse de juin 2016 montrant que sur 161 engagements, 70 % évoquaient effectivement la mer, mais surtout comme une menace à laquelle se préparer.

« Meilleure chance »

Pour les ONG, il est temps de changer de point de vue. Et le moment paraît d’autant plus propice qu’un futur traité international sur la haute mer – un instrument international juridiquement contraignant « portant sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale » –, en discussion à l’ONU depuis plusieurs années, est censé aboutir en 2020.

Pour toutes ces raisons, cette « COP bleue » suscite un élan redoublé chez les ONG et beaucoup d’attentes de leur part pour une déclaration résolue en fin de session.

« C’est la meilleure chance qu’il y ait jamais eue de tenir compte de l’océan dans l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à ces changements », a ainsi déclaré Rémi Parmentier, coordinateur de Because The Ocean. Cette initiative politique qui regroupe plus de trente Etats a été lancée à Paris à l’occasion de la COP21 par une vingtaine de signataires dont déjà le Chili, l’Espagne, la France, Monaco, le Canada, Fidji, la fondation Tara, l’Iddri…

La plupart des argumentaires sur le rôle fondamental de l’océan qui sont parvenus à cette COP bleue soulignent l’intérêt des solutions basées sur la nature, en particulier sur les côtes, pour tenter de contenir la crise climatique. Mais tous font aussi remarquer que le meilleur moyen de soulager l’océan gavé de gaz à effet de serre d’origine anthropique reste de… réduire nos émissions.

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 09:08

Malgré le moratoire de l'Europe sur ces substances depuis 2013, une étude montre la persistance de ces produits dans l’environnement et dans le pollen et le nectar de cultures dont ils ont été bannis. D’après Stéphane Foucart le 27 novembre 2019 pour Le Monde. Lire aussi La disparition des abeilles programmée en EuropeLes insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans, Les insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans et Ce que les abeilles murmurent à l’oreille des humains.

Des abeilles mortes dans une ruche sont exposées lors d’une manifestation d’apiculteurs à Rennes, en 2018. DAMIEN MEYER / AFP

Des abeilles mortes dans une ruche sont exposées lors d’une manifestation d’apiculteurs à Rennes, en 2018. DAMIEN MEYER / AFP

L’effet délétère des pesticides « tueurs d’abeilles » ne cessera pas avec leur retrait du marché. Les désormais fameux néonicotinoïdes persistent en effet dans l’environnement et imprègnent des cultures non traitées, plusieurs années après avoir été interdits, à des niveaux demeurant dangereux pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages – parfois à des concentrations plusieurs dizaines de fois supérieures à celles de cultures traitées. Ce sont les conclusions saillantes d’une étude française à paraître jeudi 28 novembre dans la revue Science of the Total Environment.

Des résultats qui s’inscrivent dans la lignée de publications montrant la dispersion et la persistance dans l’environnement des « néonics », et qui prennent toute leur importance à la lumière des récents travaux indiquant un effondrement accéléré des populations d’insectes dans les campagnes des pays du Nord.

Les auteurs, conduits par Dimitry Wintermantel (INRA, CNRS) et Vincent Bretagnolle (CNRS), chercheurs au Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS, Université de La Rochelle), ont analysé du nectar et du pollen prélevés sur quelque 300 parcelles de colza, réparties sur la zone atelier Plaine et Val de Sèvre, une plaine céréalière de 450 kilomètres carrés utilisée à des fins de recherche sur les liens entre pratiques agricoles et écosystèmes.

Plusieurs centaines d’échantillons ont été prélevés sur ces champs entre 2014 et 2018, c’est-à-dire après la mise en place du moratoire de 2013 interdisant l’utilisation des trois principales molécules (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine) sur les cultures visitées par l’abeille, comme le colza, le tournesol ou encore le maïs.

Aucune tendance à la baisse

Résultats : malgré ces interdictions d’usage, les chercheurs retrouvent des traces de « néonics » dans 43 % des échantillons de colza analysés, l’imidaclopride étant de loin la substance la plus fréquente. Plus étonnant, aucune tendance à la baisse n’est observée. En 2014, on retrouvait de l’imidaclopride dans environ 70 % des parcelles, ce taux chutant à seulement 5 % l’année suivante, pour remonter à plus de 90 % en 2016, descendre à 30 % en 2017 pour remonter encore, cette fois autour de 55 % en 2018.

Dans leur très grande majorité, les taux de contamination des pollens et nectars testés sont inférieurs à 1 partie par milliard (ppb). Mais les concentrations peuvent aussi être spectaculaires. En 2016, en deux occasions, les chercheurs ont trouvé plus de 45 ppb d’imidaclopride dans les échantillons testés. Soit plus de cinq fois la concentration de produit attendue dans le nectar ou le pollen de colzas traités.

Le risque est-il réel ? Les auteurs répondent par l’affirmative. Après avoir utilisé un modèle simulant le risque de mortalité pour trois types d’abeilles (domestiques, bourdons et abeilles solitaires), ils estiment qu’au cours des deux pires années – 2014 et 2016 –, 12 % des parcelles étaient assez contaminées pour tuer 50 % des abeilles domestiques s’y aventurant. Jusqu’à 20 % des champs conduisent à la mortalité de la moitié des bourdons qui y butinent. Ces deux mêmes années, environ 10 % des parcelles présentent un tel risque pour les abeilles solitaires.

Les risques des années pluvieuses

« Nous avons utilisé un modèle conservateur, celui de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, précise M. Bretagnolle. Celui-ci ne tient compte que de la mortalité induite par le produit pur, et non des effets de synergies possibles avec des pathogènes naturels ou d’autres pesticides présents sur la parcelle. Il n’évalue pas non plus les effets sublétaux. » Ces effets non directement mortels, peuvent survenir chez certains pollinisateurs dès la consommation régulière de nectar ou de pollen contaminés à hauteur de 0,1 ppb – soit plus de 400 fois moins que les plus hautes concentrations retrouvées par les chercheurs français. Ces effets peuvent affecter la fertilité, l’immunité ou encore les capacités d’orientation des individus et ainsi éroder, année après année, les populations de pollinisateurs.

« Ces résultats sont doublement alarmants, estime l’écologue Fabrice Helfenstein, qui n’a pas participé à ces travaux. D’abord parce qu’ils montrent que la fréquence de détection de ces produits est élevée, ensuite parce qu’on ne constate pas de déclin, dans le temps, de cette fréquence de détection et de leur concentration dans l’environnement. » Les chercheurs français ont cherché des éléments de réponse à cette énigme : ils constatent, notamment, que les années pluvieuses coïncident avec l’étendue de la contamination des parcelles.

« Il est plausible que ces substances, qui sont solubles dans l’eau, sont remobilisées en cas de fortes pluies, et redistribuées sur des parcelles n’ayant pas nécessairement été traitées l’année précédente », dit M. Bretagnolle. Les néonicotinoïdes étant des molécules dites « systémiques » (qui imprègnent tous les tissus de la plante), elles peuvent être réabsorbées par la végétation poussant sur des sols contaminés. Un constat étayé par plusieurs travaux récents, montrant notamment que le nectar et le pollen des fleurs sauvages poussant aux marges des parcelles traitées sont une voie d’exposition importante des abeilles à ces produits.

Des parcelles « bio » contaminées

En dépit du caractère frappant de ces résultats, M. Helfenstein se dit « peu étonné ». « Vu le caractère massif de leur utilisation au cours des dernières années, principalement en traitement préventif des semences, on peut s’attendre à trouver des néonicotinoïdes dans tous les paysages où ils ont été utilisés », dit-il. L’écologue parle en connaissance de cause : il a dirigé des travaux analogues publiés en mars dans le Journal of Applied Ecology, conduits par plusieurs chercheurs de l’université de Neuchâtel (Suisse). Avec des conclusions allant dans le même sens.

Ces chercheurs ont tenté d’évaluer la présence des principaux « néonics » sur des parcelles conventionnelles, biologiques ou dans des zones d’intérêt écologique (bocages, prairies, etc.), soumise à des mesures de préservation environnementales strictes. Les chercheurs avaient collecté plus de 700 échantillons de sols et de végétations prélevés dans des exploitations ou des propriétés de l’ensemble des régions de basse altitude de la Confédération helvétique.

Tous les échantillons d’exploitations conventionnelles contenaient au moins un « néonic », tandis que 93 % de ceux prélevés sur des fermes « bio » en contenaient également. Et ce, alors que les exploitations en question étaient converties depuis au moins dix ans. Plus étonnant : 80 % des prélèvements effectués dans les zones d’intérêt écologique portaient aussi des traces de ces substances.

Les chercheurs suisses ont utilisé une autre méthode d’évaluation des risques que celle de leurs confrères français. Ils ont considéré 72 espèces d’invertébrés favorables aux cultures (pollinisateurs, prédateurs d’espèces nuisibles, etc.) et, en se fondant sur la toxicité d’un seul des produits mesurés (la clothianidine), ils estiment que les taux de cette seule substance retrouvée sur les parcelles conventionnelles, représentent un risque létal pour 5,3 % à 8,6 % des espèces considérées et un risque sublétal pour 31,6 % à 41,2 % d’entre elles. Ces risques sont très inférieurs sur les autres parcelles (« bio » et zones d’intérêt écologique).

Chercheurs suisses et français cherchent désormais à trouver des financements pour maintenir un réseau de surveillance de la rémanence de ces produits dans l’environnement des deux pays. « Ce projet a démarré en 2018, c’est-à-dire l’année de leur interdiction, non seulement sur les cultures attractives pour l’abeille, mais aussi sur le blé, l’orge, etc., explique Sabrina Gaba (INRA), coordinatrice du projet. Il concerne dix sites en France, représentant toutes les zones de grandes cultures françaises. »

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Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas