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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 09:09

A quelques jours du lancement de la COP 25 à Madrid, l’ONU appelle dans un rapport publié ce mardi à une action urgente : la courbe des rejets de GES en 2018 augmente en dépit des maigres efforts entrepris. Des solutions n’attendent pourtant que d’être appliquées. D’après Aude Massiot pour Libération et Victor Chaix pour Reporterre le 26 novembre 2019. Lire aussi La France continue à soutenir les énergies fossiles alors que le monde prévoit d’en produire 120 % en trop, Le méthane croit de manière alarmante dans l’atmosphère, Des Etats inCOPables de sauver l’humanité ? et La France rétrogradée en 21ème position des performances climatiques.

Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre

Même l’ONU ne retient plus ses mots pour qualifier le retard pris dans la lutte contre le dérèglement climatique : «une décennie perdue», annonçait dès le titre l’un de ses comptes rendus sur le climat diffusé en septembre. Une manière juste de résumer le dixième rapport annuel onusien publié ce mardi sur l’écart entre la réalité de «nos émissions de gaz à effet de serre» et les objectifs.

Rapport du PNUE sur la différence entre les actions nécessaires et l'augmentation constatée des gaz à effet de serre.

Malgré l’enjeu magistral, et quelques efforts politiques encore timides, cette courbe de nos émissions, que tout le monde scrute avec l’espoir qu’elle fléchira enfin, n’a pas encore entamé sa descente. Au rythme actuel, elle pourrait même continuer à croître jusqu’en 2030. Or, dans ses multiples rapports, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) s’est montré très clair : si l’humanité espère limiter la hausse mondiale des températures à 1,5° C ou 2° C par rapport à l’époque préindustrielle, elle doit faire baisser ses émissions dès 2020. Jusqu’à atteindre un équilibre entre ce qui est émis et ce qui est aspiré par les forêts, les océans et les sols, au tournant du siècle.

Transformations

Ces objectifs, inscrits dans l’accord de Paris, n’ont pas été choisis au hasard. Il s’agit de paliers clés au-delà desquels certaines populations humaines, animales et végétales, verront leur survie menacée. A + 2° C, la quasi-totalité des coraux seront morts. Cette disparition irréversible entraînerait des bouleversements en chaîne sur de nombreux écosystèmes et espèces qui survivent grâce à ces coraux. Et les littoraux perdront la barrière naturelle qui les protège des tempêtes.

Le temps presse : nous avons déjà atteint la barre du + 1° C à l’échelle mondiale. Les terres se réchauffent deux fois plus vite et des régions comme l’Arctique, quatre fois plus. Une réalité dont doivent tenir compte ceux qui estiment que beaucoup d’efforts ont été menés ces dernières années. D’après l’ONU, ces actions sont très en deçà des transformations structurelles nécessaires pour être à la hauteur de l’enjeu climatique. «Les pays dont les émissions baissent n’ont pas été en mesure, pour l’instant, de compenser la croissance des autres pays, et des secteurs qui ne sont pas pris en compte dans le décompte [de l’accord de Paris, ndlr], comme l’aviation et le transport maritime», souligne le rapport. Les émissions mondiales ont grimpé de 1,6 % tous les ans, depuis 2008, avec une accélération en 2018.

Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre

Lundi, l’Organisation mondiale de météorologie (OMM) a joint sa voix à celle du Giec : la concentration en dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre émis par l’homme, a atteint un record l’an passé, poursuivant sa course folle à 407,8 parties par million. « La dernière fois que la Terre a connu une concentration de CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années, souligne le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Les températures étaient alors supérieures de 2 à 3° C, le niveau des océans de 10 à 20 mètres par rapport à aujourd’hui. »

Le problème est qu’une fois dégagé, le CO2 reste dans l’atmosphère pendant des siècles, et plus longtemps dans les océans. Il n’est pas le seul. Le méthane, produit surtout par les ruminants et les fuites lors de l’extraction de gaz, ainsi que l’oxyde nitreux, effet collatéral de l’agriculture intensive, sont de plus en plus présents dans notre atmosphère.

Tout cela a un effet évident : en trente ans, l’effet réchauffant de ces gaz s’est renforcé de 43 %, un phénomène aussi appelé le forçage radiatif. L’ONU Environnement le martèle : plus on prend du retard sur les efforts menés, plus ceux à venir seront difficiles pour redresser la barre. Il faut dire que le bilan est presque dramatique : « Le niveau actuel d’émissions de gaz à effet de serre est quasiment le même que ce que [nos rapports] prévoyaient pour 2020 si aucune politique n’était mise en place », poursuit le rapport.

Les économies du G20 portent une lourde responsabilité dans cet échec. A elles seules, elles cumulent 78 % des émissions mondiales. Fait encourageant, néanmoins, ces pays devraient respecter leurs engagements pour 2020. Mais comme souvent, la vision à moyen et long terme fait défaut. Dans le groupe du G20, six pays (le Canada, les Etats-Unis, l’Indonésie, le Mexique, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud) devraient rater leurs objectifs de 2030, sans actions supplémentaires.

Émissions de CO2 en gigatonnes par pays (valeur absolue à gauche, par habitant à droite)

Émissions de CO2 en gigatonnes par pays (valeur absolue à gauche, par habitant à droite)

Potentiel

Premier pollueur au monde, Pékin est bien sûr attendu au tournant. Mais il ne faut pas oublier que la hausse fulgurante de ses émissions depuis les années 80, et plus fortement de 2000 à 2012, a été largement portée par la délocalisation des industries lourdes d’Europe, ou des Etats-Unis, vers la Chine. Si on s’intéresse à ce que chaque habitant émet, en moyenne, directement ou indirectement par sa consommation, les Européens se placent juste au-dessus des Chinois, et bien en-dessous des Américains.

Émissions de CO2 en gigatonnes. En ligne continue, les émissions du pays ; en ligne discontinues, les émissions liées à sa consommation (à gauche, le pays dans son entier, à droite, par habitant)

Émissions de CO2 en gigatonnes. En ligne continue, les émissions du pays ; en ligne discontinues, les émissions liées à sa consommation (à gauche, le pays dans son entier, à droite, par habitant)

Pour lancer le changement, pas besoin d’attendre des découvertes technologiques miraculeuses. Les solutions existent déjà et n’attendent qu’à être mises en place. Dès 2017, l’ONU concluait qu’en «ne prenant en compte que les technologies viables et en adoptant des postulats prudents, les émissions mondiales pourraient être réduites […] de manière à rester bien en dessous de 2° C et 1,5° C». Mieux encore, une grande partie de cet énorme potentiel d’amélioration est concentrée dans seulement six secteurs : l’énergie solaire, éolienne, les appareils économes, les véhicules pour passagers durables, le reboisement et l’arrêt de la déforestation. «L’hypothèse de base pour ces estimations est que tous les pays agissent rapidement et mettent en place ces mesures avec le meilleur rapport coût-efficacité, dans leur contexte national, nuance l’ONU. C’est évidemment très idéaliste.» Rien qu’une suppression des subventions au secteur fossile permettrait une baisse de 10 % des émissions de CO2 en dix ans.

Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre

Paquet législatif

Depuis 2010, les capacités de production d’énergies renouvelables augmentent de 8 à 9 % par an. La fabrication d’électricité par le charbon, l’énergie la plus polluante, a chuté cette année de 3 %, un record, d’après le site CarbonBrief. Encore faut-il que la consommation mondiale décline aussi. Pour l’instant, les renouvelables permettent seulement de compenser l’augmentation de ce qui est consommé.

Autre bonne nouvelle, de plus en plus de pays s’engagent à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Alors que la 25e Conférence onusienne sur le climat (COP 25) s’ouvre à Madrid le 2 décembre pour deux semaines, la Commission européenne devrait publier une première partie de son fameux «Green Deal européen» le 11 décembre. Annoncé cet été, ce paquet législatif a pour ambition d’engager réellement l’Union européenne dans la transition écologique. Belle avancée ou green washing ? Toutes les hypothèses sont sur la table. Beaucoup espèrent que l’UE sera le premier gros pollueur à présenter un plan d’action plus ambitieux que celui publié pour la COP 21, en 2015. Les négociations de la convention de l’ONU sur le climat prévoient qu’en 2020, les contributions nationales soient revues par les Etats. Avec, de préférence, des exigences plus fortes.

Contrairement à ce qui pourrait sembler logique, les engagements des Etats présentés en 2015 lors de la signature de l’accord de Paris ne permettent pas de respecter ce traité. Elles mèneraient la planète vers un réchauffement de plus de 3 °C, et ce si elles sont respectées, ce qui n’est pas encore le cas. Les gouvernements doivent donc quintupler leurs efforts. Et l’ONU est intransigeante : «La conséquence de ces chiffres est claire : pour que les objectifs de Paris restent en vie, le monde ne peut se permettre de perdre une nouvelle décennie.»

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 09:37

La goélette scientifique Tara a sillonné neuf cours d’eau européens pour y étudier la pollution aux microplastiques. Le chercheur Jean-François Ghiglione évoque les premières conclusions de la mission. Propos recueillis par Martine Valo le 23 novembre 2019 pour Le Monde. Lire aussi Les microplastiques polluent jusque dans les montagnes, Nous mangeons du plastique et Les océans pollués par des particules invisibles de plastique.

Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de Tara Océan – Mission Microplastiques 2019, lors d'une mission en 2014.

Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de Tara Océan – Mission Microplastiques 2019, lors d'une mission en 2014.

Jean-François Ghiglione est directeur de recherche CNRS au Laboratoire d’océanographie microbienne (Lomic) de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et directeur scientifique de la mission de recherche « Microplastiques 2019 ». Cette campagne de six mois, mise en place par la Fondation Tara Océan, s’achève avec le retour de la goélette dans son port de Lorient, dans le Morbihan, samedi 23 novembre.

Quelles premières conclusions peut-on tirer de cette vaste récolte d’échantillons dans neuf fleuves d’Europe ?

La première observation, c’est que le plastique est omniprésent dans tous les fleuves où nous avons fait escale avec la goélette Tara. En fait, 100 % de nos 2 700 échantillons, tous collectés selon le même protocole dans nos 45 stations de prélèvement d’eau, contiennent des microplastiques, c’est-à-dire des particules inférieures à 5 millimètres. C’est vrai en Méditerranée, comme nous l’avions constaté en 2014 lors d’une de nos précédentes expéditions, c’est vrai aussi dans les estuaires de la Tamise, de l’Elbe, du Rhin, de la Seine, de l’Ebre, du Rhône, du Tibre, de la Garonne et de la Loire.

Jusqu’à présent, on pensait que les cours d’eau charriaient des macrodéchets – une bouteille, un sac –, d’une durée de vie longue, de 100 ans à 400 ans, qui se dégradaient ensuite en mer sous l’effet du soleil et des vagues. Ce n’est pas le cas.

La plupart des plastiques que nous avons récoltés sont déjà fragmentés lorsqu’ils atteignent la côte. C’est une mauvaise nouvelle : cela signifie que la lutte contre le plastique en mer se passe forcément à terre puisqu’il est impossible d’en « nettoyer » les fleuves comme les océans. Prétendre le contraire revient à diffuser un mauvais message. On peut tout au plus récupérer quelques déchets dans l’eau moyennant beaucoup d’argent, c’est tout. Contre ces fragments minuscules, le seul moyen est de couper le robinet à la source.

La goélette Tara au large de Lorient, en octobre 2018. Thierry Creux/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

La goélette Tara au large de Lorient, en octobre 2018. Thierry Creux/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Quels types de plastique avez-vous collectés ?

Dix-sept laboratoires de recherche, soit quarante-six scientifiques – chimistes, océanographes, physiciens, biologistes – sont impliqués dans cette mission et sont déjà à l’œuvre pour exploiter toutes ces « pièces à conviction ». Nous attendons des résultats d’analyses qui nous permettront de préciser leur nature : polyéthylène, polypropylène, polystyrène ou autres, ainsi que leurs provenances : emballages, gobelets, bouchons, fragments issus du secteur du bâtiment, de pneus, fibres de vêtements, microbilles utilisées en cosmétique ou dans les dentifrices…

Cette quantification est importante car elle permettra d’améliorer les modèles statistiques qui évaluent les grands flux des plastiques. Ceux-ci estiment aujourd’hui que 10 % du contenu de nos poubelles finissent en mer. Selon nos premières observations, ils mériteraient d’être corrigés en prenant en compte des données de terrain de chaque fleuve, qui sont encore trop parcellaires. Or ces estimations sont déterminantes pour éclairer les législateurs sur la réduction, le recyclage et globalement le traitement des déchets.

Est-ce que l’on constate des différences entre l’amont et l’aval des grandes villes d’estuaires où vous avez travaillé ?

Pas vraiment. La pollution est donc émise ailleurs, sans doute dans d’autres villes le long du fleuve, voire dans tout le bassin-versant. Cependant, nous avons aussi systématiquement échantillonné les berges des estuaires. Celles du Tibre, en Italie, apparaissent clairement comme les plus fournies en macrodéchets, on marchait dessus. Les abords de Londres sont bien chargés aussi, comme les rives de la Seine.

« 49° 26’ 11.8” N 0° 10’ 47.2” E Seine ». Ce diptyque, issu du travail « L’Europe en plastiques », montre des échantillons de plastique collectés sur les berges de la Seine, en aval de Rouen. SAMUEL BOLLENDORFF
« 49° 26’ 11.8” N 0° 10’ 47.2” E Seine ». Ce diptyque, issu du travail « L’Europe en plastiques », montre des échantillons de plastique collectés sur les berges de la Seine, en aval de Rouen. SAMUEL BOLLENDORFF

« 49° 26’ 11.8” N 0° 10’ 47.2” E Seine ». Ce diptyque, issu du travail « L’Europe en plastiques », montre des échantillons de plastique collectés sur les berges de la Seine, en aval de Rouen. SAMUEL BOLLENDORFF

Confirmez-vous que les particules de microplastique sont de véritables « éponges à polluants » ?

En effet, elles se dispersent comme autant de minuscules radeaux transportant quantité de contaminants hydrophobes : gouttelettes d’hydrocarbures, traces de métaux lourds, de pesticides, des DDT, PCB. Les animaux marins, les oiseaux vont les ingérer. Des polluants biologiques vont aussi s’y accrocher. Il s’agit de micro-organismes si abondants et si différents de l’environnement naturel qu’on leur a donné le nom de « plastisphère ». Cela pose toute une série de questions.

Sont-ils pathogènes non seulement pour les animaux comme cela a déjà été montré, mais aussi pour les humains ? Que nous apprennent-ils sur le phénomène des espèces invasives ? En 2011, après le tsunami qui a frappé le Japon, certains organismes ont été retrouvés de l’autre côté de l’océan, sur la côte canadienne, après avoir traversé la soupe de microplastique du gyre [tourbillon d’eau océanique formé de courants marins] du Pacifique Nord. Ils ont donc survécu à des conditions variées et sont parvenus à s’installer dans un nouvel environnement, au risque de perturber durablement les écosystèmes qu’ils colonisent.

Est-ce que ces organismes se cachent sous le biofilm composé de plein de bactéries qui prend place sur les particules à la dérive ? Comme ils se trouvent dans des conditions différentes de leurs milieux naturels, développent-ils des capacités particulières ? Les espèces sont-elles en compétition ? S’envoient-elles des antibiotiques ? Nous travaillons sur ce thème avec une entreprise de biotechnologie qui recherche, notamment, des molécules antifouling [biocides contre les organismes aquatiques].

Enfin, existe-t-il des bactéries de la « plastisphère » capables de biodégrader le plastique ? Nous pensons depuis longtemps que sa fragmentation dans l’eau est aussi due à un phénomène de ce type. Pour être fixés sur ce point, nous avons utilisé des filets manta aux mailles extrêmement fines afin d’étudier les débris les plus petits, donc les plus vieux.

Cette exploration de la « plastisphère » donnera-t-elle lieu à des publications scientifiques ?

A partir de janvier, le Genoscope-CEA va commencer à effectuer un séquençage de l’ADN des organismes vivants qui colonisent les particules de plastique. A la fin 2020, ces travaux iront grossir la base de données de Tara qui est l’une des plus importantes au monde sur la vie planctonique et qui fait référence. Nous pensons que nous serons en mesure d’ajouter six milliards de séquences d’ADN des organismes impactés par ces polluants, selon les mêmes protocoles.

En couplant ces données avec les analyses chimiques et physiques, nous espérons publier, d’ici deux ans, trois ou quatre études pluridisciplinaires dans les grandes revues scientifiques internationales.

A la fin de vos travaux, en saura-t-on davantage sur ce que nous ingérons comme plastique ?

Dans les neuf fleuves observés, nous avons immergé cinq morceaux de plastique neufs de compositions différentes. Au bout d’un mois, dans les trois premiers fleuves dont nous avons commencé à exploiter les résultats, ces éléments, neutres au départ, étaient devenus toxiques tant ils avaient accumulé de contaminants. Un chimiste qui a travaillé sur ces dispositifs expérimentaux a même trouvé des molécules qui ne ressemblent à rien de connu…

En parallèle, nous avons placé dans ces nasses des moules qui nous renseigneront sur la quantité de particules absorbées et sur la contamination par les additifs. Ces produits qui entrent dans la composition des plastiques sont souvent des perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates). Avec la base de données, nous en saurons plus sur les pollutions accumulées dans la chaîne alimentaire via les microplastiques. Nous avons choisi d’utiliser ces mollusques, car il s’agit d’animaux bio-indicateurs, qui filtrent vingt-cinq litres d’eau par jour et parce que nous les mangeons en entier à la différence d’un poisson par exemple, dont nous ôtons l’estomac. Lorsque nous consommons une portion de moules, nous pouvons ingérer jusqu’à 300 particules de plastique.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:42

Le fort tremblement de terre survenu lundi 11 novembre dans le sud-est de la France interroge la communauté scientifique. Une carrière de l’entreprise Lafarge exploitée à proximité de l’épicentre intrigue les chercheurs : pourrait-elle l’avoir influencé ou déclenché ? Le CNRS a décidé d’enquêter. Si cette hypothèse n’est pas établie, l’activité humaine a déjà provoqué des séismes, en France comme à l’étranger. D’après Pauline de Deus pour l’Humanité et Nicolas Berrod pour Le Parisien. Lire aussi Les « richesses de la nature » sont devenues « ressources extractives » : imposons la transparence dans les industries minières ! et Des tremblements de terre provoqués par les humains.

Un habitant constate les dégâts causés par le séisme, au Teil (Ardèche), le 12 novembre 2019.  AFP/Jeff Pachoud

Un habitant constate les dégâts causés par le séisme, au Teil (Ardèche), le 12 novembre 2019. AFP/Jeff Pachoud

L’homme peut-il déclencher un tremblement de terre ? Au sein de la communauté scientifique, cette question n’en est plus vraiment une. À l’étranger, il existe au moins 15 cas de séismes liés à des carrières et des mines à ciel ouvert. Et cela, sans compter les autres activités humaines (exploitation d’hydrocarbures, mise en eau de grands barrages, etc.) Dans le cas du séisme intervenu aux alentours de Montélimar, dans la Drôme et l'Ardèche, la question a immédiatement été posée. Il faut dire que son intensité, estimée à 5,4 sur l’échelle de Richter, est particulièrement rare en France. Au Teil, commune où est localisé l’épicentre, c’était la toute première fois que les habitants sentaient la terre remuer, lundi 11 novembre. Quelques secondes auront suffi pour blesser quatre personnes et rendre des centaines de bâtiments inhabitables. Au total, près 1 400 personnes doivent être relogées.

Des tirs de mines réguliers

Hormis sa force, l’autre caractéristique de ce séisme est sa faible profondeur. Alors que les tremblements de terre de cette magnitude interviennent généralement à une dizaine de kilomètres de la surface, celui-ci s’est produit à moins de 3 kilomètres et a atteint la surface. Difficile de connaître la localisation précise de l’épicentre, mais une chose est sûre : la carrière de calcaire exploitée par LafargeHolcim est située au-dessus de la faille qui a rompu. A-t-elle pu influencer le déroulement de ce séisme, voire même le déclencher ? Ce sont les questions auxquelles cherchent à répondre une quinzaine de chercheurs du CNRS et d’autres organismes et universités partenaires.

Cette carrière dite de la montagne Saint-Victor est bien connue en Ardèche. C’est là, entre la commune du Teil et celle de Viviers, que les frères Pavin de Lafarge, Léon et Édouard, ont débuté une activité industrielle à partir de 1833. Aujourd’hui, la carrière est toujours active. Le groupe Lafarge, fusionné en 2015 avec son concurrent Holcim, en est l’exploitant et continue de se développer sur son territoire historique. En 2018, un arrêté préfectoral a permis à la cimenterie de poursuivre son activité pour une durée de trente ans et même d’étendre sa zone d’exploitation à 13 hectares supplémentaires – 170 hectares au total. Ce document précise que la production moyenne de la carrière est de 1,4 million de tonnes de calcaire par an, avec, au maximum, 3 100 tonnes par jour.

Pour casser la roche et en extraire du calcaire, des tirs de mines ont lieu régulièrement. Au Teil, dans le quartier Frayol, proche de la carrière, les habitants ont l’habitude d’entendre les explosions. Quand la terre a tremblé, c’est à ça qu’ils ont immédiatement pensé : « Comme si tout un stock avait explosé », raconte un couple. Mais, d’après Christophe Voisin, sismologue à l’Institut des sciences de la terre (ISTerre) et membre du groupe de recherche du CNRS, plusieurs autres pistes sont suivies, dont celle de l’impact d’une extraction superficielle (à 30 mètres de profondeur) mais intensive sur la faille et sur le déroulement du séisme lui-même.

Quels sont les éléments qui accréditent cette piste ?

Une équipe de chercheurs, composée notamment de sismologues et d'un représentant de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), s'est rendue sur place. Comme l'a révélé Le Point jeudi 14 novembre, ces experts n'excluent pas que la carrière soit liée à ce tremblement de terre. « Rien n'est établi, mais c'est quelque chose qui nous intéresse », nous confirme Bertrand Delouis, sismologue au laboratoire Géoazur et qui dirige cette « cellule post-sismique ».

Extraire de la roche dans une carrière allège ce qui se trouve au-dessus de la surface, et cela fragilise les sous-sols. Pour illustrer ce phénomène, Florent Brenguier, de l'Institut des sciences de la Terre (ISTerre) de Grenoble, prend l'exemple d'une table qu'on cherche à bouger. « Plus la charge sur la table est importante, plus c'est compliqué de la déplacer », souligne-t-il.

Les experts analysent « plusieurs critères » pour établir un éventuel lien entre la carrière et le séisme, explique Jean Schmittbuhl, directeur de recherche au CNRS et membre du Réseau National de surveillance sismique (RéNaSS). « Il y a la distance avec une activité humaine, la sismicité naturelle dans la zone, la profondeur du séisme, etc », énumère le sismologue.

Chose intrigante : le séisme en Ardèche s'est produit à faible profondeur, entre 1 et 3 km, et la faille est visible à la surface. Les images satellites ont montré que la carrière est située au-dessus de la rupture. Un groupe de scientifiques mandaté par le CNRS va évaluer la probabilité que l'activité de la carrière soit à l'origine du déclenchement du séisme.

Mais attention : même si l'exploration de la carrière est en cause, elle ne serait pas la seule responsable. Cette région de la vallée du Rhône est, en effet, connue pour sa sismicité naturelle importante. « Sans cette carrière, le séisme de lundi aurait de toute façon eu lieu, mais sans doute beaucoup plus tard, par exemple dans 1000 ans », souligne Florent Brenguier. Plutôt que « causé par », on parlerait plutôt d'un séisme « déclenché par » la carrière.

Le lien entre le séisme et l'exploitation d'une carrière étudié de près en Ardèche

De son côté, le directeur général adjoint de l'IRSN en charge du pôle santé environnement, Jean-Christophe Gariel, nous indique suivre très attentivement l'avancée de ces études. Il faut dire que plusieurs centrales nucléaires sont présentes dans la zone. « Si on me dit du jour au lendemain qu'on va faire de l'exploitation de gaz de schiste ou construire une carrière à côté d'une centrale nucléaire, et que ça conduira à de la sismicité induite, ça change beaucoup de choses », souligne le responsable, qui attend, « calmement », de « récupérer toutes les informations » concernant le tremblement de terre dans l'Ardèche.

Contacté, le groupe Lafarge dit n'être « pas en mesure, en l'état actuel de ses connaissances, de porter un avis sur l'existence d'un lien éventuel entre ses opérations et le séisme ». L'entreprise assure aussi être « en lien avec les scientifiques ». Lafarge est « très coopérative », confirme le groupe de chercheurs qui lui demandent notamment les quantités de pierres retirées.

L'activité humaine a-t-elle déjà causé des séismes en France ?

Oui… mais dans des cas différents de celui d'une carrière. Mardi puis mercredi, deux secousses de magnitude moins élevée (3,1 et 2,6) ont été ressenties dans l'est de la France, notamment à Strasbourg. Le RéNaSS classe sur son site ces séismes comme étant des « événements induits ». Cela signifie que l'origine humaine est l'hypothèse la plus probable à l'heure actuelle, même si, là aussi, des analyses en cours.

Dans cette région, c'est la géothermie qui pourrait être en cause. Car le groupe Fonroche exploite un site à proximité. Pour capter la chaleur souterraine, beaucoup d'eau est injectée à très forte forte puissance dans le sous-sol. « Ça lubrifie les roches, qui glissent plus facilement au niveau des failles, ce qui peut déclencher des séismes », expose Florent Brenguier.

Fonroche s'est défendu dans un communiqué, assurant que son usine était « à l'arrêt depuis le 8 novembre au matin », soit quatre jours avant la secousse. Ce qui ne dédouane pas forcément l'entreprise pour autant. « On a déjà connu dans la région une activité sismique différée de quelques jours, mais d'une magnitude beaucoup plus faible », souligne Jean Schmittbuhl.

Le lien entre le séisme et l'exploitation d'une carrière étudié de près en Ardèche

Le même phénomène peut se produire à proximité des sites d'extraction de gaz ou de pétrole de schiste, qui utilisent la méthode de la fracturation hydraulique. Cette technique, critiquée également pour son impact néfaste sur l'environnement, est interdite en France par la loi du 13 juillet 2011.

Concernant les carrières, il y a régulièrement des « tirs de carrière » qui provoquent des secousses, mais il n'y a pas eu en France de séisme tectonique déclenché à proximité d'un tel site.

Quels sont les précédents dans le monde ?

À l'étranger, on trouve la trace de séismes induits de forte magnitude. En Corée du Sud, les études ont montré que la secousse de magnitude 5,4 en novembre 2017 avait été causée par la géothermie dans la région.

Aux Etats-Unis, « la zone la plus sismique n'est plus la Californie, mais l'Oklahoma, où il y a beaucoup d'exploitation de gaz et de pétrole de schiste », souligne Florent Brenguier.

Concernant l'impact d'une carrière, des précédents existent également, notamment en Pennsylvanie dans les années 1990.

Certains pays ont préféré prendre les devants. Le Royaume-Uni a annoncé début novembre suspendre la fracturation hydraulique pour extraire du gaz en schiste, en raison du risque de séismes. En août dernier, les habitants de la région du Lancashire avaient ressenti une secousse d'une magnitude de 2,9. Le régulateur officiel a établi un lien probable avec un site d'exploitation de gaz de schiste, situé à proximité.

Une causalité difficile à démontrer

Si, après l’enquête scientifique, un lien entre l’activité industrielle et le séisme est avéré, pourrait-il remettre en question l’exploitation d’une cinquantaine de carrières de cimenterie présentes en France ? « Il faut attendre les conclusions du rapport. Mais chaque situation présente ses propres caractéristiques », insiste Christophe Voisin, prudent. À moins de 15 kilomètres de là, toujours au bord du Rhône, une carrière de calcaire, exploitée par le groupe Calcia, est aussi située à proximité de failles. Alors que sa voisine n’est autre que la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, la question du risque mérite d’être posée. Mais la réponse n’est pas si simple. « La sismicité induite (provoqué par l’activité humaine) est une discipline de recherche encore récente, précise le scientifique. Elle va être amenée à se développer. » Le travail du CNRS concernant ce séisme ainsi que sur ceux de Strasbourg – intervenus les 12 et 14 novembre, à quelques kilomètres d’un site de géothermie profonde – pourrait permettre d’en savoir plus sur ces risques et de commencer à s’en prémunir. « Toutefois, les liens de causalité entre rupture sismique et activité industrielle restent difficiles à démontrer », avertit le sismologue.

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 09:12

À rebours de la décision historique de la Banque européenne d’investissement de ne plus financer les énergies fossiles, l’Assemblée nationale a décidé le 15 novembre de maintenir les aides à l’export aux secteurs du pétrole et du gazLes perspectives de production de gaz, de pétrole et de charbon d’ici à 2030 excèdent très largement les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, alertent les Nations unies dans un rapport publié mercredi 20 novembre. D'après Marie-Noëlle Bertrand les 19 et 20 Novembre 2019 pour l’Humanité. Lire aussi Le méthane croit de manière alarmante dans l’atmosphère, COP 21 + 3 ans : les banques françaises toujours au charbon et Climat : les banques continuent de financer les énergies fossiles.

W. Grubitzsch/dpa Picture-Alliance

W. Grubitzsch/dpa Picture-Alliance

La France, championne du monde du climat, voit-elle d’un mauvais œil la révolution verte de sa propre finance publique ? Au lendemain de la décision historique de la Banque européenne d’investissement (BEI) de ne plus soutenir les projets liés aux énergies fossiles, l’Assemblée nationale a refusé pour sa part de mettre fin aux aides à l’export consacrées aux filières du gaz et du pétrole.

Le rejet est intervenu vendredi, dans le cadre de la discussion sur le projet de loi de finances. Pire, souligne Delphine Batho, députée de gauche non affiliée et ex-ministre de l’Écologie : en contradiction totale avec les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, le Parlement « a même rouvert la possibilité d’accorder une garantie de l’État à certains investissements dans des centrales à charbon ».

Les discours ambiants ne laissaient pourtant pas penser qu’il en irait ainsi. La veille, jeudi 14 novembre, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, s’était empressé de saluer la décision sans précédent de la BEI. La plus grande banque publique au monde venait d’acter, avec l’appui de la France, le fait que, à compter de 2022, elle ne financera plus aucun projet industriel impliquant des combustibles fossiles, qu’il s’agisse de charbon, de gaz ou de pétrole. « Nous lancerons la stratégie d’investissement climatique la plus ambitieuse de toutes les institutions financières publiques quelles qu’elles soient », assurait dans la foulée Werner Hoyer, son président, promettant également d’aligner, dès 2020, l’ensemble des activités de la BEI sur l’accord de Paris.

« Une décision historique, qui constitue la première étape vers la création de la Banque européenne du climat, proposée par le président Macron », avait instantanément commenté le ministre Français de l’Économie.

« C’est une victoire importante pour le mouvement climatique »

Il n’a pas été le seul à s’en réjouir, quand ce revirement de la BEI répond à une revendication de longue date de plusieurs ONG. « C’est une victoire importante pour le mouvement climatique », a ainsi réagi Colin Roche, de Friends of the Earth. En creux, se dessinait la perspective que la décision de la BEI inspire les institutions financières nationales. « Si le gouvernement français (en) a été le moteur », notait ainsi dans les colonnes de Libération Cécile Marchand, chargée de campagne climat aux Amis de la Terre-France, « il s’agit maintenant d’être cohérent et d’en faire de même (…) à travers les aides à l’export, discutées actuellement dans le cadre du projet de loi de finances 2020. »

L’espoir n’était pas sans fondement : en septembre, face à l’ONU, Emmanuel Macron avait affirmé vouloir aller dans ce sens. Une fois n’est pas exception, les actes n’ont pas suivi.

Vendredi après-midi, Delphine Batho a présenté un amendement visant à mettre fin aux aides à l’export pour toutes les énergies fossiles, gaz et pétrole inclus. Pour l’heure, le PLF, via son article 68, ne prévoit de mettre fin qu’aux seules aides accordées au charbon, au gaz de schiste ou au pétrole bitumineux. Or, rappelle la députée, aucun dossier de ce type n’est en cours devant BpiFrance, la nouvelle agence française de crédit à l’exportation. « L’article 68 n’apporte donc rien. » Des mesures ciblant plus largement l’ensemble des combustibles fossiles auraient en revanche pu peser dans la balance climatique. « Au cours des dix dernières années, la France a consacré 9,3 milliards d’euros au financement de garanties de l’État en faveur de projets d’extraction de pétrole ou de gaz à l’international », rappelle encore Delphine Batho. Et de citer, singulièrement, les 311 millions d’euros accordés en 2009 à la création d’une usine de liquéfaction de gaz au Yémen pour des sous-traitants de Total.

Son argument s’est vu rejeté sèchement par Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire. La majorité parlementaire a suivi. Celle-ci a en revanche retenu un sous-amendement au même article 68 visant, cette fois, à assouplir la fin des aides à l’export au charbon, excluant de ces interdictions certaines technologies telles que celles de capture et stockage du CO2.

Au niveau mondial,  la production de combustibles fossiles a atteint un niveau record

À quelques semaines de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat – la COP25, qui démarrera le 2 décembre à Madrid –, le rapport inédit que relaie aujourd’hui le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) a de quoi interpeller. Partis comme ils sont partis, les gouvernements s’apprêtent, dans leur ensemble, à excéder amplement la production de gaz, de pétrole et de charbon par rapport à ce qu’il conviendrait pour être dans les clous de l’accord de Paris sur le climat adopté en 2015. Et ce n’est pas peu dire.

Additionnés les uns aux autres, les plans nationaux prévoient, d’ici à 2030, de produire environ 50 % de combustibles fossiles en plus qu’il n’est possible de le faire pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, soit l’objectif le moins ambitieux issu de la COP21. Si l’on se réfère à son objectif le plus téméraire – celui de limiter le réchauffement à 1,5 °C maximum –, la surproduction planifiée est encore plus éloquente : le monde, globalement, a d’ores et déjà prévu d’extraire du sous-sol 120 % de combustibles fossiles en trop d’ici à 2030. Autrement dit, en dépit des alertes aujourd’hui partagées, les États les plus producteurs mais aussi ceux les plus consommateurs d’énergies fossiles continuent de mener la planète vers la fournaise.

2019 paraît être en ce sens une année type. Quatre ans après l’adoption de l’accord de Paris, « la production de combustibles fossiles mondiaux a atteint un niveau record », souligne le rapport, opportunément baptisé Production Gap Carbon (littéralement : Écart de production carbone) et coproduit par le Pnue et plusieurs organisations internationales, think tanks économiques ou scientifiques. Le charbon, le pétrole et le gaz naturel « demeurent les sources d’énergie dominantes, représentant 81 % de l’approvisionnement total en énergie primaire », poursuit-il, citant l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ces combustibles sont, de loin, les principaux responsables des bouleversements climatiques, rappelle-t-il encore, représentant plus de 75 % des émissions de gaz à effet de serre globales et près de 90 % des seules émissions de dioxyde de carbone (CO2).

La poursuite d’investissement dans les hydrocarbures épinglée

« Ce rapport montre pour la première fois à quel point l’écart est important entre les objectifs de Paris et les politiques des pays en matière de production », souligne Michael Lazarus, auteur principal de l’étude et directeur du Stockholm Environment Institute’s US Center. Certes, d’autres analyses, réévaluées chaque année depuis 2009 par le Pnue, avaient déjà contribué à mettre en évidence l’écart entre objectifs et émissions de gaz à effet de serre. Mais ce premier bilan des perspectives de production s’avère encore plus inquiétant, souligne le Pnue.

Pour les réaliser, le Production Gap Report a comparé les données économiques rendues publiques par les États aux scénarios mis en avant par le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat). Celles concernant le charbon restent les plus inquiétantes – les pays prévoient d’en sortir 150 % de plus en 2030 que le niveau compatible avec une limitation du réchauffement à 2 °C, et 280 % de plus que ce qui serait compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5 °C. Mais le pétrole et le gaz sont eux aussi en bonne voie pour exploser le bilan carbone planétaire, dont la production pourrait, en 2040, excéder de 40 % à 50 % ce qu’il convient de faire pour ne pas réchauffer l’atmosphère au-delà de 2 °C.

Le rapport met directement en cause la poursuite des investissements dans les infrastructures, tellement massifs qu’ils « bloquent », en quelque sorte, toute perspective de renoncer aux hydrocarbures pendant encore de très nombreuses années. Les financements publics sont singulièrement pointés du doigt. « De nombreux gouvernements financent la production de combustibles fossiles par l’intermédiaire des institutions de finances publiques (…) telles que les banques nationales, bilatérales et multilatérales de développement et des agences de crédit à l’exportation. » Avis à la France, qui, le 15 novembre, a reconduit la possibilité d’accorder des aides à l’export au gaz et au pétrole.

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15 novembre 2019 5 15 /11 /novembre /2019 12:58

Mercredi 13 novembre, des associations ont présenté un projet de « pacte carbone » permettant, selon elles, de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre sans pénaliser les plus pauvres. D’après Marie-Noëlle Bertrand pour l’Humanité et Victor Chaix pour Reporterre le vendredi 15 novembre 2019. Lire aussi Le CESE demande au gouvernement une nouvelle trajectoire de la contribution climat énergie, Premier rapport du Haut Conseil pour le climat : la France parle beaucoup mais agit peu et Des taxes carbone efficaces et approuvées par la population – c’est possible !

Une taxe carbone « juste » pour concilier justice fiscale et écologie est possible

Une autre taxe carbone est-elle possible ? À l’origine de la colère populaire qui a explosée en novembre 2018, la question a été déléguée par le gouvernement à la Convention citoyenne pour le climat lancée début octobre. Celle-ci devrait rendre ses conclusions début 2020. Sans attendre cette échéance, le Réseau Action Climat (RAC), qui rassemble une vingtaine de grandes ONG françaises, a travaillé à une proposition et l’a soumise à plusieurs acteurs du mouvement des gilets jaunes. Clé de voûte de leur revendication : la redistribution d’une partie des recettes générées par la taxe vers les ménages les plus vulnérables, afin de garantir une équité dont elle est aujourd’hui dépourvue. Instaurée en 2014, la contribution climat énergie, dite taxe carbone, visait à réduire la consommation d’essence et de gasoil des ménages en créant un « signal prix » rédhibitoire qui augmenterait progressivement, mais vite. De 7 euros par tonne de CO2 en 2014, cette taxe est passée à 44,60 euros la tonne en 2018, équivalant à 7,5 centimes d’euros par litre d’essence. La hausse aurait dû se poursuivre en 2019… Les gilets jaunes y ont mis le holà, dénonçant un mécanisme qui, au final, contribue à creuser les inégalités entre riches et pauvres, urbains et ruraux, bénéficiaires et exclus des transports en commun.

« Le gel par le gouvernement de la hausse de la taxe carbone n’a ni permis de créer plus de justice fiscale, ni de repenser la redistribution en faisant de la taxe carbone un outil plus juste au service des pauvres », selon le rapport qu’a publié à cette occasion Réseau Action Climat.

Une taxe carbone juste est-elle possible ?

En effet, les 10% les plus pauvres consacrent 2,6 fois plus d’argent de leur budget que les 10% les plus riches dans la taxe carbone. À cela s’ajoutent d’autres injustices, comme le fait qu’il est plus facile pour les ménages les plus aisés de se convertir à des moyens moins énergivores de se déplacer ou de se chauffer, tandis que les 10 % des ménages qui gagnent le plus émettent trois fois plus de gaz à effet de serre que les 10 % les plus pauvres, « ce qui n’illustre pas le principe du pollueur payeur », selon Quentin Parrinello, responsable de plaidoyer justice fiscale et inégalités à Oxfam France, qui poursuit : « Alors que cette année enregistre de nouvelles inégalités, il n’est pas possible de ne pas prendre cette réalité en compte ».

Une taxe carbone « juste » pour concilier justice fiscale et écologie est possible

Pas plus qu’il n’est possible d’ignorer la réalité du changement climatique auquel contribuent les émissions de gaz à effet de serre du trafic routier. « On nous présente ce sujet comme une impasse », relève Daphné Chamard-Teirlinck, du Secours Catholique Caritas France. Faux, répondent les organisations, qui rappellent que tout est question de choix politique.

Redistribution des recettes

Le RAC avance celui de redistribuer une part des recettes générées par la taxe carbone – 8 milliards d’euros à ce jour – aux ménages les plus vulnérables sous formes de chèques ou de crédit d’impôt. Afin d’évaluer les effets d’une telle redistribution, le RAC met en ligne un calculateur permettant d’intégrer différents paramètres tels que la composition du foyer, son type de chauffage et de transport, ou encore le pourcentage de la taxe carbone redistribué.

Une taxe carbone « juste » pour concilier justice fiscale et écologie est possible

Cas d’école : une redistribution de 50 % des recettes de la taxe carbone – soit 4 milliards d’euros – entre les 50 % des ménages les plus pauvres. Dans ce scénario, une famille de trois personnes, vivant à l’année avec 22 000 euros et parcourant 15 000 kilomètres en véhicule diesel, se verrait ponctionner 252 euros par an au titre de la taxe carbone. Elle percevrait, en retour, 402 euros au titre de la redistribution. Suffisant pour assurer l’équité ? « À la seule condition d’y adjoindre d’autres mesures », tempère Priscillia Ludosky, figure des gilets jaunes. Singulièrement la suppression des exemptions de taxes accordées aux entreprises les plus polluantes.

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 15:12

Au grand dam des élus locaux et des associations inquiets pour l’emploi, Emmanuel Macron a annoncé jeudi l’abandon de la construction du site géant de loisirs et de commerces, mais pas de l’urbanisation de cette zone agricole du Val-d’Oise. D’après Le Monde et Libération le 8 novembre 2019. Lire aussi Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre, Comment peut-on promouvoir l'urbanisme d'Europacity dans le contexte de crise climatique actuel ? et Les opposants à EuropaCity occupent le triangle de Gonesse et continuent à bloquer les travaux de la future gare.

Installation de la ZAD de Gonesse, le 7 septembre.  Photo Corentin Fohlen. Divergence

Installation de la ZAD de Gonesse, le 7 septembre.  Photo Corentin Fohlen. Divergence

Le gouvernement a annoncé, jeudi 7 novembre, à l’occasion du troisième Conseil de défense écologique, l’abandon pur et simple du projet de mégacomplexe de loisirs et de commerces censé ouvrir en 2027 à Gonesse, dans le Val-d’Oise, à 15 kilomètres au nord de Paris. Vivement contesté depuis des années par un front de plus en plus large d’opposants, ce projet était devenu malgré lui un symbole de l’artificialisation des terres agricoles au profit de grands projets inutiles.

Comme l’arrêt du projet minier Montagne d’or en Guyane au printemps, cette décision spectaculaire se veut le reflet de la priorité à l’environnement revendiquée par le chef de l’Etat, Emmanuel Macron. « Nous avons eu du mal à arrimer la promesse écologique de l’acte II du quinquennat par des décisions concrètes ; cette fois, nous avons une masse critique qui nous permet d’afficher la couleur verte », reconnaît-on à l’Elysée.

Le site d’EuropaCity était envisagé dans le « triangle de Gonesse », au nord de Paris. INFOGRAPHIE « LE MONDE »

Le site d’EuropaCity était envisagé dans le « triangle de Gonesse », au nord de Paris. INFOGRAPHIE « LE MONDE »

Porté par la filiale d’immobilier commercial du groupe Auchan, Ceetrus, et le conglomérat chinois Wanda, EuropaCity promettait d’attirer 30 millions de visiteurs par an dans ses allées paysagées, en mixant un colossal cocktail de parcs de loisirs, d’équipements culturels, d’hôtels et de commerces, au prix d’un investissement de plus de 3 milliards d’euros et de l’artificialisation de 80 hectares de cultures céréalières.

« C’est un projet d’une autre époque, fondé sur une consommation de masse d’objets et de loisirs, explique-t-on à l’Elysée. Ce n’est vraiment pas vers ce modèle que s’oriente le gouvernement : nous souhaitons éviter autant que possible ce genre d’équipements, qui concentrent l’activité à l’écart des villes, dévitalisent les centres historiques et créent d’importants besoins de transports. » Pour l’exécutif, « il ne s’agit pas de dire qu’on ne peut plus jamais consommer de terres agricoles, mais il faut que ce soit pour un projet soutenable, d’un intérêt majeur. Or EuropaCity est un projet daté, même s’il a évolué positivement. »

« Abandon des banlieues » ou défaite des élus locaux ?

Les promoteurs, qui travaillent sur ce projet depuis dix ans et y ont déjà consacré « plusieurs dizaines de millions d’euros », l’avaient fortement amendé depuis deux ans pour répondre aux critiques. Le design initial du « starchitecte » danois Bjarke Ingels, qui réunissait l’ensemble du programme dans un bloc fermé semblable à une gigantesque soucoupe volante, a laissé la place à un plan plus ouvert, plus urbain, aux architectures variées. Surtout, le 4 octobre, la société Alliages & Territoires, créée par Ceetrus et Wanda pour porter le projet, avait annoncé une série de mesures « vertes » : compensation intégrale des terres artificialisées, neutralité carbone, abandon de la piste de ski "indoor", réduction draconienne de la place réservée aux commerces…

Dans un entretien aux Echos, le 24 octobre, le président de Ceetrus, Vianney Mulliez, appelait le gouvernement à « faire preuve de courage politique ». « S’il devait renoncer, cela poserait une nouvelle fois la question de la parole de l’Etat, notamment vis-à-vis des grands investisseurs internationaux », prévenait-il. « Ceetrus n’a pas trop à se plaindre : ils ont obtenu la gare du Nord », balaye un familier du dossier, en référence au vaste chantier de rénovation et d’agrandissement de la gare parisienne, remporté par la foncière d’Auchan et mené malgré l’opposition de la Ville de Paris.

Ces dernières semaines, l’exécutif hésitait entre deux pistes : un arrêt immédiat, privilégié par Elisabeth Borne, ou un sursis de quelques mois

La ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, avait été chargée par l’Elysée et Matignon, au mois de septembre, de consulter l’ensemble des acteurs du dossier EuropaCity – promoteurs, aménageurs, élus, opposants… – pour remettre un avis sur les suites à lui donner. Ces dernières semaines, l’exécutif hésitait entre deux pistes : un arrêt immédiat, privilégié par Mme Borne, ou un sursis de quelques mois, qui aurait permis d’avancer dans la recherche d’alternatives et de laisser passer les municipales de mars 2020 sans courroucer les élus locaux.

Car l’abandon d’EuropaCity promet de provoquer l’ire des collectivités du Val-d’Oise. Dans cette partie déshéritée du département, qui se vit comme le parent pauvre du Grand Paris, le complexe et sa promesse de 10 000 emplois directs étaient attendus comme des sauveurs. « L’arrêt du projet signifierait un abandon des banlieues, alors que la fracture territoriale s’élargit », estimait le maire (PS) de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, le 4 octobre, au cours d’une conférence de presse des élus locaux pour défendre le projet.

Rappelant que c’est l’Etat qui avait aiguillé EuropaCity vers ce territoire à la suite des émeutes de la ville voisine de Villiers-le-Bel en 2007, la présidente (LR) du département, Marie-Christine Cavecchi, avait averti que, sans perspective de développement économique, « ces populations seraient à nouveau face à un mur, sans espoir ». Appelant chacun « à ses responsabilités », l’élue prévenait que « s’il arrivait malheur à EuropaCity, “gilets jaunes” et “bonnets rouges” auront été de la gnognotte au regard de la révolte des Val-d’Oisiens ».

« Mensonge d’Etat »

Pour les rassurer, le gouvernement a décidé de confier une mission sur le développement économique de ce territoire à Francis Rol-Tanguy, un haut fonctionnaire familier des questions d’aménagement. « Il va travailler en concertation avec les élus pour définir des alternatives qui correspondent plus aux orientations du gouvernement, vers un projet plus mixte, mêlant bureaux, industries, voire agroalimentaire », indique l’Elysée.

A ce stade, pas question, donc, de renoncer à aménager ces terres agricoles du Triangle de Gonesse situées entre les aéroports de Roissy et du Bourget, dont l’urbanisation est programmée depuis près de trente ans par l’Etat et la région Ile-de-France. Une zone d’aménagement concerté (ZAC) de près de 300 hectares a été créée, dont EuropaCity était jusqu’à présent la locomotive. « Urbaniser le Triangle sans EuropaCity, c’est un mensonge d’Etat que je dénonce par avance », insistait le sénateur (LR) du Val-d’Oise, Arnaud Bazin, le 4 octobre.

L’ensemble de la ZAC replonge en tout cas dans une grande incertitude, alors même que doivent débuter cet automne, en pleins champs, les travaux d’une gare de la future ligne 17 du Grand Paris Express censée desservir ce pôle d’activité à venir. « L’objectif n’est pas de remettre en cause la ligne 17 », assure l’Elysée, même si les visiteurs d’EuropaCity pesaient pour près de moitié dans l’équilibre déjà fragile de cette liaison souterraine.

Par ce choix, le gouvernement prend le risque de fâcher à la fois les partisans d’EuropaCity et les adversaires écologistes du projet, qui rejettent en réalité toute urbanisation du Triangle de Gonesse et défendent un ambitieux programme alternatif de cultures maraîchères périurbaines. Des opposants qui étendent désormais leur combat au chantier de la future gare. Avec une première victoire : saisi par plusieurs associations écologistes, le rapporteur public du tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a demandé, mercredi 6 novembre, la suspension pour dix mois de l’autorisation environnementale de la ligne 17. Derrière l’abandon d’EuropaCity se dissimule le risque d’un effet domino.

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 11:53

Agnès Sinaï, journaliste spécialisée en environnement, fait partie des tenants de la théorie de la collapsologie. Celle-ci prédit un effondrement brutal de la société industrielle et envisage les solutions que pourra déployer la population pour y faire face. Ainsi, Agnès Sinaï invite élus et collectivités à infléchir leurs politiques publiques afin de bâtir un modèle plus résilient. Entretien de Laura Fernandez Rodriguez et Romain Gaspar publié le 15 octobre 2019 par La Gazette des communes. Lire aussi Pour éviter la catastrophe, il faut la considérer comme certaine, selon Pablo Servigne, Effondrement et justice sociale, Il faut immédiatement mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle et Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050.

Agnès Sinaï, par V. Vincenzo / La Gazette

Agnès Sinaï, par V. Vincenzo / La Gazette

Se définir collapsologue (néologisme issu du latin « collapsus », « s’écrouler », et du suffixe « logos », « discours ») et prédire un effondrement de la société industrielle n’est pas commun. C’est pourtant ce qu’a fait la journaliste spécialisée en environnement Agnès Sinaï, qui dit avoir eu « un déclic de conscience » en 2007 lorsqu’elle a réalisé « que l’humanité et les sociétés industrielles étaient un facteur de transformation accélérée de la terre ». Pour celle qui a initié dès 2010 un cours sur les politiques de décroissance à Sciences-po, il faut arrêter « de réfléchir en silo et essayer de penser l’interdépendance des phénomènes, afin d’avoir une vision d’ensemble ». En 2011, pour structurer le mouvement connu aujourd’hui sous le nom de collapsologie, elle fonde l’Institut Momentum, think tank qui s’intéresse aux issues de la société industrielle et aux transitions nécessaires pour amortir le choc social de la fin du pétrole.

Agnès Sinaï dérange certains scientifiques. Elle répond aux critiques : « Les membres sont bénévoles. Nous ne sommes pas un bureau d’études financé par les grandes entreprises et nous ne voulons pas l’être. » Elle a récemment réalisé, avec l’ex-député écologiste Yves Cochet et l’ingénieur Benoît Thévard, une étude sur le devenir de l'Île-de-France en 2050 parue sur ce blog, pour le think tank de la SNCF Forum vies mobiles. Ils ont imaginé à quoi ressemblerait la plus riche région de France à la suite d’un effondrement environnemental de grande ampleur. Il ne s’agissait pas de dérouler un scénario chaotique où la violence aurait pris le dessus, mais de dessiner une région rendue plus agréable à vivre, et qui aurait mis fin à un clivage délétère entre villes et campagnes. Agnès Sinaï plaide pour une cohérence réelle entre l’utilisation des fonds publics et des objectifs de résilience territoriale. En prévision de l’effondrement, elle invite élus et collectivités à infléchir leurs politiques publiques afin de bâtir un modèle plus résilient.

Comment les élus perçoivent-ils la collapsologie ?

Pour les élus, il est délicat de s’avouer collapsologues car ils doivent proposer aux citoyens une forme de sécurité qui est en contradiction avec notre constat d’un effondrement à venir. La collapsologie n’est pourtant ni pessimiste ni démobilisatrice. Elle prône une inflexion radicale des politiques publiques qui n’est pas facile à vivre pour un élu qui n’a pas toutes les clés. S’avouer collapsologue, c’est risquer de passer pour un fou, car la dominante du moment n’est pas celle-là. Mais, pour les élus, l’importance est à davantage de résilience des territoires face aux tensions climatiques, énergétiques, agricoles et économiques qui s’annoncent. Comment créer une sécurité face à ces risques ? Catastrophe climatique, crise financière, panne énergétique, électrique ou d’acheminement dans la mondialisation… L’élu local ne peut pas ne pas y penser.

Les citoyens sont souvent en avance sur leurs élus. Ils ouvrent la voie car les élus sont en retard sur ces questions. Les maires sont pourtant en première ligne, mais il faudrait les titiller davantage sur le sujet ! Les initiatives émergent encore trop souvent à la discrétion de la sensibilité des édiles, comme ce qu’a tenté Damien Carême (ex-maire EELV) à Grande-Synthe (Nord). L’approche du municipalisme portée par Murray Bookchin (militant et essayiste écologiste libertaire américain, ndlr) me semble une piste intéressante, pour repenser une démocratie locale plus forte. Il faut, en tout cas, réhabiliter la noblesse du commun, du communal, de la commune. On pourrait imaginer des assemblées plus variées, pourquoi pas par tirage au sort pour les citoyens, où les métiers, les associations, et les ressources naturelles seraient représentés, par le biais d’écologues venant nous parler de l’eau, de la terre, de l’air. Les conseils municipaux manquent encore de diversité et de parité.

A quels signaux faibles les collectivités doivent-elles se montrer attentives ?

Avec les prévisions du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dont l’un des scénarios prévoit une hausse de 7 °C de la température d’ici 2100, les élus ne peuvent que mettre ces thèmes à leur agenda. Il faut observer les signaux faibles tels que les alertes climatiques, les sécheresses, le risque de crise alimentaire… L’hyperdépendance des territoires vis-à-vis de flux mondialisés, y compris énergétiques ou alimentaires, est vraiment à prendre au sérieux. Sur l’énergie par exemple, on vit dans l’illusion que tout fonctionne mais il faut imaginer que cela puisse ne plus être le cas parce que le système est très centralisé autour de quelques centrales nucléaires. Imaginons qu’il n’y ait plus d’eau autour d’elles pour les refroidir, ou qu’elles arrivent à terme dans dix ans. On est beaucoup trop dépendant de cet évangile des macrosystèmes techniques. Les citoyens ont besoin de reconquérir une certaine forme de souveraineté sur leur vie quotidienne. Il faut lutter contre leur impuissance face à ces réseaux mondialisés qui arrivent jusqu’au cœur des territoires.

Comment la notion de résilience peut-elle se développer sur nos territoires ?

Il y a énormément d’initiatives de la part des collectivités qui prennent ces questions au sérieux. Je ne jetterai pas la pierre aux élus locaux. Santé, transport, habitat, gestion des ressources… Les collectivités locales ont les leviers. Les grandes villes du monde s’organisent déjà à travers le C40 (le Cities Climate Leadership Group, une organisation qui rassemble 81 des plus grandes villes de 49 pays), qui vise à lutter contre le dérèglement climatique. D’ailleurs, dans la gouvernance mondiale et les COP, les collectivités demeurent dans un principe de réalité par rapport aux délégués, négociateurs et professionnels, qui gardent un langage technocratique.

En France aussi, certains élus sont en pointe. La ville de Paris a nommé un haut responsable de la résilience, rémunéré par la Fondation Rockefeller. A Avignon s’organise une mobilité douce avec le tramway dans les quartiers populaires. A Grande-Synthe, un revenu écologique est en test. Mais les forces conservatrices dominent encore. Notre planche de salut ne peut passer que par des éléments concrets des collectivités sur les transports en commun, la densification ou l’étalement urbain

En Ile-de-France, quels sont les grands risques que vous identifiez, et comment les dépasser ?

Nous avons réalisé un scénario à l’horizon 2050 selon trois hypothèses : l’effondrement du système a eu lieu, les territoires ont dû trouver une nouvelle forme d’autonomie (énergie, alimentation, mobilité) et une décroissance démographique en a résulté. Nous avons identifié trois grands risques, ayant la même cause : des réseaux contrôlés par très peu d’acteurs. Ainsi, le réseau énergétique et pétrolier qui alimente l’Ile-de-France dépend d’un pipeline arrivant du Havre. S’il ne fonctionne plus, il n’y a plus de carburant, or 96 % de la mobilité francilienne dépend des produits pétroliers. Autre point de vulnérabilité : l’agriculture. Le point d’entrée, Rungis, est dépendant des camions, des autoroutes. Et quasiment toute l’agriculture est exportée. On peut aussi s’interroger sur l’eau potable, même si un réel effort est mené par Eau de Paris.

Nous proposons de mobiliser 1,5 million d’actifs dans les 40 prochaines années pour participer à des travaux agricoles, avec une dimension coopérative de polymétiers, et où les habitants vivraient à 8 kilomètres maximum de leur travail. Nous passerions de 2,5 tonnes équivalent – pétrole par habitant par an à 1 tonne, soit le niveau de vie du début des années 60, ce qui n’est pas un sacrifice énorme, mais correspondrait à l’arrêt de l’utilisation massive de l’auto, à une dédensification et à une détertiarisation du système. On se déplacerait moins, on redéploierait les activités et la démographie en vidant Paris d’une part de ses habitants, ce qui repeuplerait des régions périphériques en déshérence. La ruralité retrouverait une plus juste considération.

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Biorégion, l’Ile-de-France après l’effondrement en 2050

L’institut Momentum a réalisé pour le Forum Vies Mobiles, un think tank de la SNCF, une étude de plus de 240 pages disséquant à quoi pourrait ressembler cette région après un effondrement. Les trois hypothèses testées étaient les suivantes : la prise de conscience a trop tardé et l’effondrement du système actuel a eu lieu, les territoires ont dû trouver une nouvelle forme d’autonomie en termes d’approvisionnement énergétique, de production alimentaire et de modes de déplacement, et une décroissance démographique d’envergure en a résulté. Trop dépendante à un réseau mondialisé et pas assez résiliente pour faire face aux crises, la région doit alors changer radicalement de visage, pour se réorganiser en plusieurs biorégions, plus autosuffisantes et résilientes.

Rapport sur l'Île-de-France après l'effondrement

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 09:09

Les incendies hors normes sont désormais une réalité planétaire, et la protection de nos forêts exige de retrouver un rapport de bonne intelligence avec la nature, plaide la philosophe Joëlle Zask. Propos recueillis par Luc Cédelle le 07 octobre 2019 pour Le Monde. Lire aussi Philippe Descola : « En Amazonie, c’est d’abord le milieu de vie des Amérindiens qui est détruit », Des catastrophes cumulées entraînées par le dérèglement climatique, selon Nature Climate Change, La disparition des surfaces boisées mondiales a bondi de 51 % en 2016 et Le changement climatique a doublé les feux de forêt aux États-Unis.

« Mégafeu » près de Big Bend, dans le nord de la Californie, en novembre 2018. JOSH EDELSON / AFP

« Mégafeu » près de Big Bend, dans le nord de la Californie, en novembre 2018. JOSH EDELSON / AFP

Philosophe, maîtresse de conférences à l’université de Provence Aix-Marseille-I, spécialiste de philosophie politique et du pragmatisme, Joëlle Zask vient de publier Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique (Premier Parallèle, 208 pages, 17 euros). Elle est intervenue de façon très intéressante aux Journées d'été 2019 d'Europe Ecologie Les Verts.

En quoi les gigantesques incendies, comme celui observé en Amazonie, constituent-ils une nouveauté ?

Cela apparaît comme une nouveauté dans l’opinion, mais pas dans les faits, car des feux de cette amplitude existent depuis une vingtaine d’années. Longtemps, ce phénomène est passé relativement inaperçu. Des chercheurs américains, témoins des feux à répétition en Californie, ont contribué à une prise de conscience. Jerry Williams, ancien responsable du United States Forest Service, le service américain des forêts, a inventé le terme « megafires », que je reprends à mon compte en parlant de « mégafeux ».

Par leur intensité, leurs conséquences, leur durée et leurs dimensions, ces feux hors normes, de plus en plus incontrôlables, sont à la fois un effet et une cause du réchauffement climatique. Ils ravagent l’Amazonie, bien sûr, mais sévissent aussi en Sibérie, dans toute l’Indonésie, en Afrique, en Australie, en Europe du Nord, y compris près du cercle polaire…

La focalisation récente sur la seule forêt amazonienne occulte le fait qu’ils existent sur tous les continents. De ce point de vue, il reste un écart entre la réalité et sa perception par l’opinion publique. Même l’incendie baptisé « Camp Fire » qui, en Californie, a duré du 8 novembre au 3 décembre 2018 et a détruit la ville de Paradise, faisant 85 victimes, a été perçu de manière relativement biaisée. La fuite éperdue des habitants et le caractère héroïque du combat contre les flammes ont transformé l’événement en une série à suspense, occultant sa dimension écologique.

De plus, l’idée que ces incendies, tout en étant terrifiants, sont « naturels », voire bons pour la régénération de la forêt, perdure dans l’esprit d’une partie des citoyens. Elle tend à sous-estimer cette nouvelle réalité des « mégafeux », que je traite, pour ma part, comme une alerte et un « accélérateur d’opinion » en faveur d’une action pour la sauvegarde de nos conditions d’existence.

Le lien entre la crise climatique et la multiplication des « mégafeux » qui, en outre, concourent à l’aggraver, est aujourd’hui totalement établi. Le réchauffement accroît mécaniquement le stress hydrique de la plupart des forêts, excessivement inflammables du fait qu’elles sont défrichées, fragilisées par des monocultures ou des nuisibles, et encombrées de matières sèches. Par exemple, dans la Drôme, les forêts de buis sont dévastées par la pyrale du buis, et personne ne ramasse le bois mort. D’autres causes viennent encore s’y ajouter, en particulier l’amenuisement du pastoralisme et des activités forestières en général. Moins il y a de gens dans les forêts pour s’en occuper et, en quelque sorte, les cultiver, plus elles sont encombrées et plus elles brûlent.

Vous n’êtes pas spécialiste du climat, de la forêt et des techniques anti-incendie. N’est-ce pas un handicap pour aborder un tel sujet ?

Je ne prétends pas faire œuvre de scientifique. Mais ne pas être enfermée dans une spécialité, ce qui est le propre de la philosophie, constitue aussi un avantage, car cela permet d’analyser un phénomène à partir d’un plus large spectre d’informations. Dans mon cas, le déclencheur a été le désarroi ressenti devant les ravages d’un feu sur un territoire qui m’est familier. Par ailleurs, étudier les mégafeux implique de rompre avec la compartimentation du savoir, qui correspond toujours à un découpage préalable, voire idéologique, de la réalité et fait obstacle à la prise de conscience de nouveaux phénomènes.

J’ai recouru à des sources d’information extrêmement diversifiées – géographes, anthropologues, climatologues, biochimistes, écologues… –, sans oublier les pompiers et les forestiers et le dialogue avec des victimes des incendies, ce que la plupart des spécialistes n’ont pas la possibilité ou le temps de faire. Ce type de travail est nécessaire et n’a rien d’accessoire ni de superficiel.

Vous estimez que les politiques actuelles de lutte contre les incendies contribuent paradoxalement à la multiplication des « mégafeux ». Comment l’expliquez-vous ?

Les politiques aujourd’hui dominantes en ce domaine, à la fois techniquement, financièrement et idéologiquement, peuvent avoir des effets contre-productifs, comme en médecine, lorsqu’on ne soigne que les symptômes. C’est un obstacle à des actions préventives, plus longues, laborieuses, axées sur les nécessaires changements d’attitude dans les rapports entre l’homme et la nature.

Il nous faut développer une médecine holistique de la forêt, qui était peut-être celle de nos ancêtres mais que nous devons recréer dans les conditions actuelles. Or l’interdiction légale et dogmatique de tout feu dès la première étincelle, qui a tendu à devenir la norme dans tous les pays développés, ne va pas dans ce sens. Sous prétexte de sécurité, elle aboutit à prohiber des pratiques traditionnelles, comme celles des brûlages dirigés. Ces pratiques font partie d’une culture du feu et d’une culture de la forêt – les deux formant un binôme inséparable – que nous devons retrouver. Elles sont un élément d’un rapport plus général de bonne intelligence avec la nature plutôt que de confrontation.

Le mélange actuel de la peur des feux et de la foi naïve dans la puissance des solutions techniques témoigne de la persistance du paradigme de la domination de la nature, pourtant massivement discrédité par les faits.

Vous mettez aussi en cause l’existence et le développement de « forêts industrielles ». Il y aurait donc de mauvaises forêts ?

Il faut en effet distinguer les forêts anciennes, dans lesquelles la présence humaine n’a pas été dévastatrice, et les forêts industrielles, issues de plantations, qui sont en fait des « usines à bois ». Celles-ci fragilisent à la fois les sols et les essences végétales, ce qui contribue à créer, dans le contexte du réchauffement, un terrain favorable aux « mégafeux ». Il y a des exemples anciens, comme la forêt des Landes : on pourrait la voir comme une donnée naturelle, elle est en fait l’archétype d’une forêt industrielle, créée sous Napoléon III.

Par leur présence comme par leur absence, les êtres humains sont parties prenantes de la forêt. En Suède, qui a connu, en 2018, de terribles feux, les forêts, qui couvrent environ 70 % du territoire, sont en fait des « déserts boisés », composés à 83 % de conifères destinés aux industries du papier et du bois. Ces plantations sont désastreuses pour la biodiversité, à l’exemple des rennes de Laponie, menacés car ils ne trouvent plus les lichens dont ils se nourrissent.

Outre la crise climatique en général, le développement des forêts industrielles résulte de l’enfermement capitaliste dans une logique d’accumulation. J’entends là aussi bien celle du secteur privé que les différentes formes de capitalisme d’Etat que nous avons connues. Sur le fond, il n’y a pas de vraie différence entre les deux, plutôt une compétition. Le « capitalocène » est ici en cause. Ce système productiviste, et les structures psychiques d’avidité qui l’inspirent, ne recherche ni les équilibres écologiques ni la frugalité ni le respect mutuel qu’exigent les relations entre les êtres humains et la nature.

Vous prônez le retour à une « culture du feu » et, plus généralement, à une culture d’entretien des paysages, caractérisée notamment par des pratiques ancestrales, comme les brûlages dirigés. N’est-il pas déjà trop tard pour revenir à ces traditions ?

Dans une certaine mesure, oui, au sens où, aujourd’hui, des brûlages dirigés peuvent être risqués étant donné les nouvelles conditions climatiques. Trop tard aussi du fait que beaucoup de ces savoir-faire ont disparu.

Il existe néanmoins de nombreuses tentatives pour se reconnecter avec les savoirs de la forêt, comme en Australie, où l’on tente de recréer une collaboration avec les Aborigènes, qui ont développé une connaissance extrêmement fine des brûlages dirigés, qu’ils utilisent non seulement pour leur subsistance mais aussi pour régénérer et entretenir la biodiversité. En Amazonie, les peuples autochtones pratiquent aussi ces feux qui concourent à entretenir la biodiversité, en introduisant certaines plantes et en luttant contre d’autres espèces invasives. En Corse, cette culture du feu n’a pas disparu et – malheureusement, malgré de nombreux contre-exemples – elle est mise à contribution pour entretenir les abords des maisons et des villages.

Mais l’entretien de la nature ou de la forêt par le recours aux brûlages n’est qu’une technique parmi d’autres. On peut aussi réintroduire le pastoralisme, habiter intelligemment la forêt en évitant ce qu’on appelle le mitage, c’est-à-dire la dispersion des maisons dans les bois, maîtriser l’invasion touristique…

Ce patrimoine diversifié n’est pas perdu, mais les « mégafeux » sont les signaux d’avertissement d’une situation que nous ne pouvons plus laisser se développer. Un rapport de 2010 de la mission interministérielle sur le changement climatique a affirmé qu’« à l’échéance 2050, c’est près de la moitié de la surface des landes et forêts métropolitaines qui pourrait être concernée par un niveau élevé de l’aléa feux de forêt ». Ce ne sont donc pas des problèmes « amazoniens », lointains, mais des risques qui nous concernent directement.

Que pensez-vous de l’initiative du philosophe Baptiste Morizot, qui, dans une récente tribune, a proposé l’acquisition collective de certaines portions de territoire pour permettre leur « réensauvagement » ?

Cela dépend de ce qu’on met derrière ce mot. La sacralisation de la nature « sauvage » est propice au développement du feu, car elle ne mène pas, justement, à forger cette forme de vie qui consisterait à prendre soin de notre environnement. C’est différent s’il s’agit d’une intervention active pour rééquilibrer un écosystème. Il serait dommage d’introduire une opposition binaire entre une nature dominée et une nature préservée.

Ce qui est à préserver n’est pas la nature en tant que telle mais une certaine manière de s’y comporter, qu’il faut bien distinguer d’une philosophie dont l’idéal serait une nature sans hommes. Les territoires vierges de toute intervention humaine n’existent plus aujourd’hui. Le bush australien, la forêt amazonienne abritent des centaines de milliers d’individus. L’humanité a un impact énorme sur les équilibres naturels.

Les travaux de Stephen Pyne sur l’histoire des feux anthropiques, de l’anthropologue Clifford Geertz sur la forêt cultivée indonésienne ou, plus récemment, ceux de Philippe Descola montrent que, depuis 1,6 million d’années, Homo erectus met le feu partout où il va et façonne ainsi les paysages. Il faut bien faire la distinction entre la Terre, entité physique indépendante de nous, et la terre des hommes, qu’on appelle « adama » dans la Bible, celle qui définit nos conditions d’existence, dont nous avons maintenant la conscience aiguë. C’est cette terre-là qui nous importe.

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 11:50

La « convention citoyenne sur le climat » s’est ouverte vendredi à Paris afin de proposer des mesures destinées à lutter contre le réchauffement climatique. Les ONG dénoncent une mise en scène de la part de l’État. D’après Eric Serres pour l’Humanité, Coralie Schaub pour Libération, et Gaspard d’Allens pour Reporterre du 4 au 7 septembre 2019.

Le 4 octobre à Paris. Le premier ministre Édouard Philippe a prononcé le discours d’ouverture de la « convention citoyenne sur le climat» devant 150 personnes tirées aux sort parmi 250 000 numéros de téléphone. Raphael Lafargue/POOL/REA

Le 4 octobre à Paris. Le premier ministre Édouard Philippe a prononcé le discours d’ouverture de la « convention citoyenne sur le climat» devant 150 personnes tirées aux sort parmi 250 000 numéros de téléphone. Raphael Lafargue/POOL/REA

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », dénonçait il y a dix-sept ans, Jacques Chirac en ouverture du sommet de la Terre. Aujourd’hui, la maison brûle toujours et le gouvernement français tente par tous les moyens de détourner les regards, faute de réel programme pour le climat. Certes, il vient d’innover, en mettant en place une « convention citoyenne sur le climat ». Un gage de démocratie plus participative, diront certains. Mais d’autres y voient déjà un énième enfumage, et notamment certaines ONG. Le récent incendie de l’usine Lubrizol à Rouen et les approximations de l’État face à la situation ont en effet mis le feu aux poudres quant à leurs inquiétudes. Car en ouvrant les travaux des 150 citoyens tirés au sort pour proposer des mesures de lutte contre le changement climatique, le Premier ministre a garanti que celles-ci seraient soumises à l’examen du Parlement ou au référendum, mais indiqué qu'il ne pouvait pas promettre que toutes seraient appliquées.

Un prétexte à l’inaction ?

Pour les organisateurs de la convention citoyenne pour le climat, la démocratie participative est d’abord un moyen de gagner du temps face à l’inertie du modèle actuel. Même si les propositions seront rendues d’ici quatre mois, fin janvier 2020, soit près d’un an après le lancement du « grand débat national », « la délibération au sein d’une assemblée citoyenne permet de dépasser les clivages et les blocages inhérents au système représentatif afin de créer des mesures plus justes et plus radicales », estime Thierry Pech, le coprésident du comité de gouvernance lors d’un point presse au CESE. Selon Cyril Dion, « le gouvernement, soumis à des enjeux électoralistes et de court terme, ne peut pas prendre les décisions nécessaires s’il veut se faire réélire ou plaire a tout le monde. Les citoyens, eux, le peuvent. Ils n’ont pas ces contraintes ».

Une position que partage Sophie Guillain, directrice générale de Res publica, une entreprise chargée de l’animation de la convention. « Les expériences délibératives montrent — un peu comme dans les jurys d’assises — que les gens viennent pour se mettre au service de l’intérêt général avec l’intention de faire de leur mieux, dit-elle. La délibération permet une évolution des positions contrairement à la démocratie représentative, où l’on hystérise des points de vue en les mettant en scène. »

Plusieurs associations écologistes restent néanmoins sceptiques. Greenpeace voit dans cet outil, « une manière de faire diversion » et une forme de procrastination : « Par cette manœuvre, le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation des mobilités ou la loi Climat-Énergie, sont déjà en cours d’examen », écrit l’ONG dans un communiqué.

Une instrumentalisation de la part du gouvernement ?

Un gouvernement qui frappe et mutile les manifestants est-il réellement capable de laisser les citoyens décider à sa place ? Il est permis d’en douter, comme le montre l’exemple des États généraux de l’alimentation  (lire aussi L’Agriculture au glyphosate reste en Travert de la gorge des consommateurs et Sans répondre à la crise sanitaire, la loi Alimentation permet à l’industrie agroalimentaire d’augmenter ses prix) ou la récente consultation sur les pesticides. « L’enfumage écologique du gouvernement a depuis quelques mois la finesse d’un nuage de gaz lacrymos, note Maxime Chedin, il vise d’ailleurs le même effet de dispersion. »

La convention pourrait être une manière de faire peser sur les citoyens le poids d’une relance de la taxe carbone, qui obtiendrait, de ce fait, une onction démocratique. On retrouve cet enjeu dans les discours médiatiques de plusieurs ministres. Le 22 septembre, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, déclarait au micro d’Europe 1 que « la Convention citoyenne se penchera sur la question de la taxe carbone. On a échoué à l’expliquer et à convaincre dans la période précédente. C’est pour cela que nous avons arrêté son augmentation en 2019 et en 2020. Si on veut reprendre, il faut commencer par un débat citoyen ».

Mercredi 11 septembre, à la sortie du Conseil des ministres, Sibeth Ndaye, porte-parole du gouvernement, assurait que les ministres ne devraient pas être entendus par la convention. Pourtant Élisabeth Borne et Édouard Philippe sont déjà annoncés lors du premier week-end, ces 5 et 6 octobre. On retrouve aussi au sein du comité gouvernance de la convention Léo Cohen, l’ancien conseiller spécial de François de Rugy au ministère de la Transition écologique et solidaire.

Interrogé lors d’un point presse, Thierry Pech affirme cependant ne « recevoir, pour l’instant, aucune pression de la part du gouvernement et bénéficier d’une paix royale ». Trois garants, dont Cyril Dion, ont été nommés pour respecter l’indépendance de la convention.

Une mise sous tutelle des citoyens ?

Le rôle du comité de gouvernance au sein de la convention citoyenne est critiqué. Ce groupe composé d’une douzaine de membres — climatologue, experts de la démocratie participative, acteurs du champ économique et social — doit assurer le pilotage des travaux de la convention. Il définit l’ordre du jour, les méthodes de travail, le rythme des ateliers et sélectionne une liste d’experts et de grand témoins. Un rôle important qui interroge.

Car, « la démocratie délibérative, c’est la possibilité de déterminer par soi-même de façon autonome ce dont on veut parler et ce qui importe ou non », précise Maxime Chedin. « Dans cette convention, on traite les citoyens comme des mineurs, des écoliers que l’on va former grâce à des experts soi-disant neutres », dit-il. Pour le philosophe, les citoyens n’ont aucune souveraineté. « Ils sont enfermés dans un cadre imposé, avec un objectif défini sans eux. » Comment pourront-ils alors reprendre la main ?

Le philosophe appelle à un débordement de la structure. À un acte de désobéissance civile. « Les citoyens pourraient faire le Serment du palais d’Iéna », en référence à celui du Jeu de paume, quand les députés du tiers état, en juin 1789, s’étaient déclarés en assemblée souveraine. « Le serment pourrait être de ne pas se quitter avant d’avoir établi une fiscalité mettant fin aux scandaleuses inégalités qui sont la première source des désastres écologiques », pense Maxime Chedin.

De leur côté, les membres du comité de gouvernance assurent n’avoir qu’un « rôle méthodologique » et qu’il reviendra aux citoyens de la convention de choisir le chemin qu’ils veulent tracer. Néanmoins, quand Reporterre leur demande s’il sera possible d’aborder des cas d’étude précis, comme l’abandon de l’urbanisation des terres fertiles du triangle de Gonesse ou la fin de certains grands projets inutiles, ils en doutent. Leurs réponses restent prudentes. « Peut-être, mais ce n’est pas prévu », « J’aimerais bien, mais on n’y avait pas pensé », « ça risque d’être compliqué, on a peu de temps ». Pareil pour l’impôt de solidarité sur la fortune : Sophie Guillain, directrice de Res publica, ne voit pas le lien. « Pourquoi l’ISF ? Vous pensez que l’ISF peut faire baisser les émissions de CO2 ? On aura sûrement plus de débat autour de la taxe carbone », répond-elle à Reporterre.

« J’espère que ça servira à quelque chose »

Quoi qu’il en soit, ils étaient 150 citoyens – tirés au sort parmi 250 000 numéros de téléphone –, à franchir vendredi dernier les portes des locaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Six week-ends de travaux au sein de la convention climat et une mission : « Proposer au gouvernement des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990… le tout dans un esprit de justice sociale », dixit le premier ministre, Édouard Philippe. Y a plus qu’à…

« Je suis très satisfaite, j’espère pouvoir faire entendre ma voix, j’ai de fortes convictions environnementales », expliquait ainsi Muriel, intermittente du spectacle. « J’espère que ça servira à quelque chose », racontait Alexia, une étudiante originaire de Guadeloupe. « Je vais poster mes impressions des travaux sur les réseaux sociaux, pour tenir au courant ma génération », continuait-elle. D’autres moins enthousiastes s’interrogeaient déjà sur les thématiques proposées. « J’attends qu’on nous explique. On nous dit 40 % de moins de gaz à effet de serre en 2030. Pourquoi 40 % ? Pourquoi pas 30 ? »

Des explications, ils en auront. Les participants pourront en effet s’appuyer dans leurs démarches sur l’expertise de scientifiques, d’économistes ou encore de chercheurs en sciences sociales ou politiques qui apporteront leurs connaissances sur les grandes thématiques qui devraient être abordées. À savoir : se déplacer, consommer, se nourrir, se loger, produire et travailler. Au terme de ces week-ends, les résultats seront soumis « sans filtre, soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe », a promis le président de la République Emmanuel Macron. « Ne doutez pas que nous serons à vos côtés pour les faire respecter », a confirmé en préambule Thierry Pech, coprésident du comité de gouvernance de la convention et directeur de la fondation Terra Nova.

Un grand groupe industriel parmi les 12 membres de la gouvernance

Jusque-là, et pour une première en France, rien à redire. Pourtant, c’est souvent dans les détails que se cache le diable. C’est ainsi qu’un premier lièvre a été levé. Madame Catherine Tissot-Colle, membre du Cese, mais surtout porte-parole de la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux, a été nominée pour faire partie avec 12 membres de la gouvernance de la convention citoyenne. Outre ce rôle de porte-parole, elle travaille également pour le groupe français Eramet, l’un des leaders de l’exploitation du nickel, du lithium et du manganèse. Premier élément de malaise !

De fait, cette convention est loin d’inspirer confiance aux ONG environnementalistes, qui voient aussi dans la démarche une manière pour l’État de ne pas assumer ses responsabilités. « Le lancement de cette convention ne doit pas faire oublier l’inaction continuelle du gouvernement », dénonce Greenpeace, qui demande aux participants de « s’affranchir des limites imposées par le gouvernement ». Autre subterfuge, et non des moindres, que soulèvent les ONG : la possibilité de faire peser sur les citoyens l’idée d’une relance de la taxe carbone, qui avait entraîné le début du mouvement des gilets jaunes. En septembre, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, le laissait déjà entendre : « La convention citoyenne se penchera sur la question de la taxe carbone. On a échoué à l’expliquer… Si on veut reprendre, il faut commencer par un débat citoyen. » À mi-mot : je refile passe la patate chaude.

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 12:32

Pour l’agronome et théoricien de la collapsologie, tout l’enjeu est de limiter l’impact sur les populations de ce bouleversement provoqué par le réchauffement climatique. Propos recueillis par Audrey Garric le 28 septembre 2019 pour Le Monde. Lire aussi Il faut immédiatement mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle et « Nous sommes l’espèce la plus coopérative du monde vivant ».

L’ingénieur agronome français et chercheur indépendant et transdisciplinaire Pablo Servigne, en janvier 2018 à Paris. Serge Picard / Agence VU

L’ingénieur agronome français et chercheur indépendant et transdisciplinaire Pablo Servigne, en janvier 2018 à Paris. Serge Picard / Agence VU

Amazonie en feu, Bahamas ravagées par le cyclone Dorian, terres épuisées, records de température au mois de juillet. Partout, les témoignages de la catastrophe climatique en cours s’accumulent, s’ajoutant aux conflits géopolitiques et à la fébrilité des marchés financiers. Les collapsologues y voient autant de signes avant-coureurs de l’effondrement à venir de notre civilisation. Une ou des catastrophes auxquelles il faut se préparer, estime l’agronome Pablo Servigne, coauteur de plusieurs livres, dont le best-seller Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015).

Dans les années 1980, on a annoncé l’hiver nucléaire, dans les années 2000, la fin du pétrole, et maintenant, l’apocalypse écologique et climatique. Pourquoi devrait-on vous croire lorsque vous annoncez un effondrement imminent ?

On s’est rapproché de l’échéance : désormais, ce ne sont pas les générations futures qui sont concernées, mais celles d’aujourd’hui. Dans nos livres, nous avons essayé d’être le plus rationnels possible sur les risques systémiques que court notre société. On montre que le système humain et la biosphère sont liés, et que des effondrements dans l’un peuvent entraîner des effondrements dans l’autre. Le paradoxe, c’est que plus notre société est puissante et complexe, plus elle est vulnérable.

Dans les travaux scientifiques que l’on cite, les experts parlent de possibilité que des chocs systémiques arrivent ; il reste toujours une incertitude. Personnellement, je vais plus loin et je ne suis pas le seul. J’ai l’intuition que cela va arriver, que c’est certain. C’est une conviction qui se nourrit de science, mais qui sort du cadre strictement scientifique. En considérant la catastrophe comme certaine, on augmente les chances de l’éviter, d’agir. Et notre horizon, notre vie, notre rapport au monde changent.

Comment les crises écologique, financière et politique se nourrissent-elles ?

Les crises écosystémiques peuvent déclencher des crises humaines qui peuvent en déclencher des écosystémiques en retour. Notre société a, par exemple, provoqué un réchauffement climatique qui fait fondre les glaciers de l’Himalaya, ce qui risque de déstabiliser la région, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, etc. Cela augmente donc le risque de conflits armés pour les ressources en eau, ce qui diminue encore la capacité à agir pour préserver l’environnement… L’hyperconnexion du fait de la mondialisation – flux économiques, d’informations, de matériaux, de ressources, etc. – vient accélérer et aggraver la dynamique de rupture.

Actuellement, c’est le calme avant la tempête. On voit de nombreux signes avant-coureurs d’effondrements partiels qui peuvent faire effet domino : le retour des autoritarismes, les canicules, les pénuries, la fébrilité des marchés financiers, les tensions géopolitiques comme la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine… C’est comme si l’on était dans une pièce où la concentration en gaz a augmenté et qu’on ne savait pas d’où allait venir l’étincelle.

Pourtant, certains experts comme le climatologue Jean Jouzel estiment que rien n’est inéluctable et que les collapsologues sous-estiment « la force de résilience de l’humain ». Que répondez-vous ?

Avec mes coauteurs, on a toujours mis en avant la résilience de l’humain et on n’a jamais dit que tout était foutu, au contraire. Notre démarche consiste à rouvrir des horizons malgré les catastrophes qui arrivent. A titre personnel, je pense que l’on ne peut plus éviter des grands chocs qui vont éroder, voire détruire notre société dans les années ou les décennies qui viennent. J’ai même renoncé à employer le mot « transition », que je voyais à l’origine comme le passage d’un monde A (mourant) vers un monde B (à créer). Ce terme a été édulcoré, il est aujourd’hui trop neutre et mou pour représenter notre époque. Je parle désormais d’état d’urgence et de gestion des catastrophes.

Il faut dissocier les effondrements – au pluriel –, une réalité scientifique qui est en train d’arriver, de l’effondrement – au singulier –, qui est devenu un récit. Cette histoire est très puissante car elle permet d’aller au-delà du mythe de la croissance et du progrès qui est devenu toxique ; et elle permet d’envisager une renaissance. Mais elle comporte deux risques : l’« aquoibonisme », c’est-à-dire penser que tout est foutu et donc se décourager, et puis l’autoritarisme, le fait d’en appeler à une figure d’autorité, réactionnaire, pour nous sauver.

La stratégie de communication catastrophiste empêche-t-elle véritablement d’agir ?

L’annonce des effondrements va en paralyser certains, mais aussi mettre d’autres en mouvement. Notre démarche consiste à ne pas balayer les faits sous le tapis sous prétexte qu’ils peuvent provoquer de la peur. Puisqu’on va côtoyer la peur et les catastrophes toute notre vie, nous avons préféré réfléchir à comment vivre avec, les apprivoiser, grâce à un chemin intérieur, émotionnel, spirituel, psychologique. On a utilisé la métaphore du deuil pour montrer qu’avec la peur viennent aussi la colère, le désespoir, puis l’acceptation, qui peut déboucher sur l’action. C’est pourquoi la collapsologie peut aussi mener à une sagesse, que l’on a appelée « collapsosophie », l’apprentissage de la vie en société avec l’idée de notre finitude.

Comment concilier les effondrements que vous jugez souhaitables et ceux que vous voulez éviter ?

Il y a en effet des effondrements que je ne souhaite pas, comme ceux des populations d’abeilles et d’oiseaux, des sols vivants, de l’Amazonie, des glaciers. Et d’autres que je souhaite, tels que le capitalisme ou le monde thermo-industriel, qui détruisent l’humain et la vie. C’est bien de le souhaiter d’un point de vue théorique, mais des millions de personnes risquent de se retrouver dans une situation très difficile si cela arrive vite. Il faut donc faire des compromis entre des objectifs contradictoires : mettre fin à une société qui détruit la biosphère, mais en limitant les conséquences pour les populations. Je ne sais pas comment faire, je suis un peu perdu, comme tout le monde.

Comment se préparer à des effondrements ?

Il y a trois manières, toutes nécessaires : lutter, créer des alternatives et revoir en profondeur notre rapport au monde. Ce dernier chemin, dit « intérieur », n’est pas individuel mais collectif. C’est très difficile à comprendre en France, où la spiritualité relève du domaine privé. Je pense au contraire que les questions relatives aux émotions, à ce qui fait sens, au rapport au monde et aux non-humains sont collectives.

La voie intérieure est même un préalable aux chantiers politiques qui nous attendent – mettre en place des communes autogérées, résilientes et fédérées, préparer à grande échelle les services publics aux catastrophes. Il faut retrouver des récits enthousiasmants qui font du commun. Seul l’imaginaire peut nous permettre de recréer de la vie dans les ruines de notre monde. Mais il est possible que l’on n’y parvienne pas.

Pablo Servigne interviendra au Monde Festival dans le cadre du débat sur « Comment vivre dans un monde effondré ? », animé par Audrey Garric, dimanche 6 octobre de 15 h 30 à 17 heures, à l’Opéra Bastille (amphithéâtre).

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Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas