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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 17:40

Pour la première fois, l’Union pour la conservation de la nature a publié une « liste rouge » des arbres européens menacés - sorbier et marronnier sont en danger. Par Clémentine Thiberge le 27 septembre 2019 pour Le Monde. Lire aussi La croissance végétale en panne sèche au XXIe siècle, Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas et L’homme et l’arbre font société.

Une forêt de pins près de Welzow, dans le Brandebourg (Allemagne), le 19 septembre, où de nombreux arbres souffrent de la sécheresse. JOHN MACDOUGALL / AFP

Une forêt de pins près de Welzow, dans le Brandebourg (Allemagne), le 19 septembre, où de nombreux arbres souffrent de la sécheresse. JOHN MACDOUGALL / AFP

Des 454 espèces d’arbres européens, 42 % sont menacées d’extinction, alerte, vendredi 27 septembre, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Plus inquiétant encore, 58 % des arbres endémiques d’Europe – ceux qui n’existent nulle part ailleurs sur la planète – sont menacés et 15 % ont été classés dans la catégorie « en danger critique », soit le dernier pallier avant l’extinction. Les sorbiers, les marronniers ou encore certains lauriers font partie des espèces les plus menacées.

Baromètres de santé de la biodiversité, les listes rouges de l’UICN identifient les espèces menacées d’extinction au niveau régional ou mondial afin de pouvoir prendre des mesures de conservation appropriées. Le statut des espèces arboricoles n’avait encore jamais été évalué en Europe. « Les arbres jouent un rôle très important, ils structurent tout l’écosystème forestier, explique Serge Muller, responsable scientifique de l’herbier national et président du Conseil national de la protection de la nature. Sans arbres, il n’y a pas de forêt et toutes les autres espèces de cet écosystème sont alors menacées. C’est pourquoi une étude approfondie sur les causes et conséquences de ces extinctions est extrêmement importante. »

La menace des espèces invasives

Selon le rapport, les menaces qui pèsent sur ce pan de biodiversité sont différentes pour chaque espèce. « Mais de manière générale, on retrouve des causes d’extinction communes à beaucoup d’arbres », soutient Emily Beech, officière de conservation au Botanic Gardens Conservation International de Londres et coauteure du rapport. Le principal risque identifié par les scientifiques vient des espèces invasives. Touchant 38 % des espèces étudiées, il s’agit notamment de parasites et de maladies, mais également de plantes introduites par l’homme et concurrentes des arbres indigènes. Le marronnier commun, par exemple, a été classé « vulnérable » à la suite du déclin causé par la mineuse du marronnier. Cette chenille, qui endommage les feuilles de l’arbre, a colonisé l’Europe. « Les espèces insulaires sont également très touchées par ces invasions, explique Bruno Cornier, botaniste ayant participé à l’étude. Dans les Canaries, à Madère ou en Sicile, les milieux sont très fragiles et beaucoup d’espèces invasives sont importées par les activités humaines. »

A ces menaces s’ajoutent, soutient Emily Beech, « la déforestation et le développement urbain, qui sont responsables de la vulnérabilité de 20 % des espèces mais aussi l’extension des terres agricoles, les incendies, le changement climatique, le tourisme ». Ce dernier affecte principalement les espèces côtières. En effet, la construction d’infrastructures liées à l’activité touristique, combinée au piétinement de ces espaces sensibles, augmente la vulnérabilité des arbres. Ceux-ci sont également fragilisés par la montée des eaux et l’intensification des tempêtes, poursuit la chercheuse.

Epine dorsale des écosystèmes

Les scientifiques appellent aujourd’hui l’Union européenne à œuvrer de manière globale à la survie de ce patrimoine biologique. « Les arbres sont essentiels à la vie sur Terre et les arbres européens, dans toute leur diversité, constituent une source de nourriture et un abri pour d’innombrables espèces animales (…) et jouent un rôle économique clé », a déclaré Craig Hilton-Taylor, chef de l’unité « Liste rouge » de l’UICN, dans un communiqué.

Plus encore, l’organisation espère que ce message d’alerte permettra au grand public de s’intéresser davantage à la disparition d’espèces végétales. En effet, alors qu’une grande attention est souvent accordée au déclin d’espèces dites charismatiques, comme les grands mammifères ou les oiseaux, les plantes sont, elles, souvent oubliées. « Les plantes parlent peu au grand public, admet Emily Beech, et il est beaucoup plus difficile d’obtenir des fonds pour étudier des espèces que personne ne connaît. » L’UICN a donc souligné la nécessité de les inclure dans la planification de la conservation. « Ce rapport montre à quel point la situation est catastrophique pour de nombreuses espèces sous-estimées et sous-évaluées qui constituent l’épine dorsale des écosystèmes européens et contribuent à la santé de la planète », a déclaré Luc Bas, directeur du Bureau régional européen de l’UICN.

Cette « liste rouge » centrée sur l’Europe n’est que la première partie d’une évaluation mondiale. L’UICN souhaite en effet publier une liste mondiale exhaustive des espèces d’arbres menacés avant fin 2020. Une liste rouge qui représenterait plus de 60 000 espèces.

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 09:07

De nombreuses personnalités, dont la comédienne Juliette Binoche, le climatologue Jean Jouzel et les députés européens Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot unissent leur voix pour demander l'arrêt du projet d'EuropaCity. « Si le gouvernement persiste à vouloir nous imposer ce projet à la fois destructeur du climat et du tissu social, nous nous engageons à faire ce qui sera en notre pouvoir pour préserver ces terres, notre bien commun ». Tribune collective le 25 septembre sur Mediapart, collectif Non à Europacity et Oui au projet CARMA. Lire aussi Comment peut-on promouvoir l'urbanisme d'Europacity dans le contexte de crise climatique actuel ? et Les opposants à EuropaCity occupent le triangle de Gonesse et continuent à bloquer les travaux de la future gare.

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre
Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Voici les détails de la marche  Vendredi 4 octobre

9h30 : départ du Triangle de Gonesse, chemin de la Justice

10h : mairie de Gonesse

13h-15h : pique-nique avec les moutons, parc Georges Valbon, La Courneuve - entrée Waldeck-Rochet

16 h : maladrerie à Aubervilliers, angle rue Charles Tillon- rue Danielle Casanova

18 h : arrivée à la Cité fertile, 14 rue Edouard Vaillant, Pantin. Banquet citoyen, prises de parole, concert. Nuitée possible à proximité pour les marcheurs. Inscription sur le site nonaeuropacity.com.

Samedi 5 octobre

10h : départ de la Cité fertile

11h : place Stalingrad, point de ralliement parisien de la marche

13h : arrivée à Bastille. Pique-nique

(NB : l'arrivée initialement prévue à Hôtel de Ville a été déplacée à Bastille en raison de la Nuit Blanche).

14h30 : départ de la manifestation vers Matignon.

Le bétonnage des sols ça suffit: il faut stopper Europacity                                           Tribune collective

Alors que la France vient de vivre l’été le plus chaud de son histoire, alors que les experts du climat ont lancé le 8 août dernier un cri d’alarme contre les conséquences catastrophiques de l’artificialisation des sols, le gouvernement et certains élus du Grand Paris s’entêtent à soutenir la construction sur des terres agricoles d’un gigantesque centre commercial et de loisirs : Europacity.

Le groupe Auchan, allié à un investisseur chinois, a jeté son dévolu sur les champs de Gonesse, à 15 kilomètres au nord de Paris. Situées entre les aéroports du Bourget et de Roissy, les terres de ce triangle agricole pourraient, si l’on ne fait rien, bientôt laisser la place à un complexe mêlant boutiques et hôtels de luxe, salles de spectacle et de congrès, centre aquatique climatisé, et même un « parc des neiges » - en fait une piste de ski artificielle sous hangar, comme à Dubaï.  

L’ensemble, chiffré à 3,1 milliards d’euros, serait financé par la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, et le conglomérat chinois Wanda. A ce budget il faut ajouter la construction d’une gare du Grand Paris Express, promise par l’Etat pour assurer la desserte de ce projet entièrement privé, et d’une vaste zone de bureaux - alors qu’il y a trois millions de mètres carrés vides en Ile-de-France. 

Cet été, malgré une contestation citoyenne qui s’amplifie, les travaux préparatoires au chantier de la gare ont démarré : une balafre géante a été tracée à travers champs, des canalisations ont été posées. Ces travaux sont d’autant plus absurdes que le PLU (le Plan local d’urbanisme) de Gonesse a été annulé par le tribunal administratif, qui l’a jugé contraire aux engagements pris par la France pendant la COP 21.

A l’ère du changement climatique, les sols de Gonesse, d’une fertilité naturelle exceptionnelle, représentent un atout stratégique : ce plateau limoneux, qui a nourri la capitale pendant des siècles, emmagasine d’importantes réserves en eau, réduisant ainsi les risques de ruissellement, d'érosion hydrique et d’inondations soudaines. 

L’Ile-de-France, saturée de centres commerciaux, n’a pas besoin d’un nouveau temple du consumérisme. En générant encore plus de trafic aérien et encore plus d’embouteillages, le mastodonte EuropaCity générerait encore plus de bruit et de pollution pour les habitant·e·s et encore plus de gaz à effet de serre pour nous tous. 

Localement, un certain nombre d’élus, aveuglés par les promesses mensongères de créations d’emplois du groupe Auchan, continuent de soutenir ce projet d’artificialisation des sols. Nous savons pourtant que la grande distribution ne crée plus d’emplois : elle se contente de les déplacer - et de les détruire ailleurs.

Nous, citoyennes et citoyens indigné·es par le soutien apporté par nos représentants à ce projet destructeur du climat et de la biodiversité, révolté·es par cette tentative de passage en force, demandons l’abandon d’EuropaCity et de sa gare, financée sur deniers publics.  

Nous appelons l’État à respecter les engagements pris lors de l’accord de Paris et demandons tout particulièrement au président de la République, qui se déclare partout champion de la lutte contre le changement climatique, de passer enfin des discours aux actes : il est plus que temps d’arrêter le bétonnage des sols, donc de stopper l’absurde projet EuropaCity et sa gare. 

Renoncer à ce méga-complexe commercial, ce n’est pas abandonner le territoire. Au contraire, les 680 hectares du Triangle de Gonesse offrent une opportunité unique pour l’Etat et pour la région Ile-de-France de s’engager concrètement dans un projet ambitieux de transition écologique. Des métropoles européennes comme Milan et Barcelone ont prouvé que l’agriculture péri-urbaine pouvait être une source de prospérité pour un territoire. Des pans entiers de la population française, et tout particulièrement sa jeunesse, l’appellent de leurs vœux. 

Il est temps d’organiser une véritable concertation sur l’avenir de la plaine de France. Il est urgent aussi d’examiner le projet CARMA, qui propose, pour un coût bien moindre qu’EuropaCity et sa gare, un centre de formation consacré à l’alimentation durable, des fermes de maraîchage et de céréaliculture, des vergers, de l’élevage, de l’horticulture, des jardins familiaux et associatifs, des conserveries et des brasseries. Un tel projet, qui embellirait le paysage d’un territoire malmené par les infrastructures de transport, permettrait aussi l’ouverture de sentiers accessibles aux promeneurs et aux sportifs et le développement d’un tourisme de proximité. 

Le président Macron a récemment dénoncé la complicité du président Bolsonaro dans la destruction de la forêt amazonienne. Mais pourquoi alors se rendre complice de la destruction des dernières terres fertiles aux portes de Paris ? L’Etat français a aujourd’hui la possibilité de prendre une décision historique : il peut choisir dès maintenant de s’engager dans un véritable projet de transition écologique, pour proposer à la jeunesse francilienne l’accès à des emplois utiles, dans les filières d’avenir de l’agriculture péri-urbaine, de l’éco-construction, de la rénovation thermique des bâtiments et de la mobilité durable. 

Or, pour le moment, ce sont les bulldozers du Grand Paris qui se profilent à l’horizon : les travaux de la gare, qui visent à rendre irréversible l’urbanisation des terres, pourraient reprendre dès le mois de novembre de cette année. 

Nous, citoyennes et citoyens, ne pouvons nous y résigner : si le gouvernement persiste à vouloir nous imposer ce projet à la fois destructeur du climat et du tissu social, nous nous engageons à faire ce qui sera en notre pouvoir pour préserver ces terres, notre bien commun, et qu’il est de notre devoir de transmettre aux générations futures.

Signataires :

Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis

Geneviève Azam, essayiste, membre du conseil scientifique d’ATTAC

Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, ancienne ministre de l’Ecologie     

David Belliard, conseiller de Paris

Juliette Binoche, comédienne

Christophe Bonneuil, historien des sciences, éditeur

Jacques Boutault, maire du 2ème arrondissement de Paris  

José Bové, paysan, ancien député européen 

Daniel Breuiller, vice-président de la métropole du Grand Paris  

Dorothée Browaeys, auteure, journaliste                                                                                  

Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports

Simon Burkovic, adjoint au maire d’Arcueil

Xavier Capet, océanographe 

Gilles Clément, paysagiste et écrivain

Eric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis David Cormand, député européen

Pierre Dardot, philosophe

Karima Delli, députée européenne, présidente de la commission transports

Michel Dubromel, président de France Nature Environnement

Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis

Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne

Raphaël Glucksmann, député européen

Rob Hopkins, fondateur du Mouvement des Villes en transition

Michel Isambert, ingénieur agronome

Yannick Jadot, député européen                                                                   

Jean Jouzel, climatologue

Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France

Karim Lapp, président d'Agir pour l’environnement

Christian Laval, sociologue

Gilles Lemaire, militant écologiste altermondialiste

Corinne Lepage, avocate, ancienne ministre de l’Environnement

Albert Levy, architecte-urbaniste

Alain Lipietz, ancien député européen

Frédéric Lordon, philosophe

Céline Malaisé, conseillère régionale d’Ile-de-France

Christian Métairie, maire d’Arcueil  

Didier Mignot, conseiller régional de Seine-Saint-Denis

Fabrice Nicolino, journaliste, président de « Nous voulons des coquelicots » 

Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France 

Michel Pinçon-Charlot, sociologue

Monique Pinçon-Charlot, sociologue    

Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle

Franck Pupunat, fondateur du mouvement Utopia      

Marie-Monique Robin, documentariste

François Ruffin, député de la Somme                                                                

Ludovic Sanglier, maraîcher                                                                                                

Mounir Satouri, député européen                                                                                          

Pierre Serne, conseiller régional d'Ile-de-France                                      

Danielle Simonnet, conseillère de Paris                 

Nathalie Simonnet, secrétaire fédérale du Parti communiste français de Seine-Saint-Denis

Bernard Stiegler, philosophe        

Marie Toussaint, députée européenne, fondatrice de "Notre affaire à tous »  

Henri Trubert, éditeur               

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 09:04

Le premier rapport des scientifiques consacré aux mers et aux glaces prévoit un monde marin plus chaud, dilaté, plus acide, en manque d’oxygène et moins peuplé. D’après Lorène Lavocat pour Reporterre, Martine Valo pour Le Monde, Frédéric Mouchon pour Le Parisien le 25 septembre 2019. Lire aussi Le réchauffement des océans accélère, La protection ou l’exploitation de la haute mer se négocie à l’ONU, Les océans pollués par des particules invisibles de plastique, La pollution chimique gagne les abysses et Les zones mortes se multiplient dans les océans.

Sur le permafrost du village eskimo de Napaliak, en Alaska, le 18 avril 2019. MARK RALSTON / AFP

Sur le permafrost du village eskimo de Napaliak, en Alaska, le 18 avril 2019. MARK RALSTON / AFP

Un monde marin plus chaud jusque dans les abysses, plus salé, moins riche en oxygène, plus acide, dépeuplé, qui se dilate et se gorge de glaces fondues. C’est ce qu’annonce le rapport spécial que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) consacre pour la première fois à l’océan et à la cryosphère (neige permanente, glaciers de montagne, calottes glaciaires, banquise, sols gelés). Ce document, rendu public à Monaco, le 25 septembre, est en réalité la chronique d’un immense bouleversement déjà à l’œuvre, avec son lot prévisible de catastrophes. L’incertitude porte sur l’intensité de ces dernières et la rapidité à laquelle elles vont survenir.

Non seulement les images de dévastation extrême, comme celles des îles des Bahamas après le déchaînement du cyclone Dorian, en septembre, risquent fort de devenir communes, mais c’est globalement un monde différent qui se dessine, avec des conditions environnementales inédites depuis des millions d’années, d’autres paysages, d’autres modes de vie pour des millions d’humains et beaucoup d’autres espèces habitant la terre.

Les 104 auteurs, des scientifiques de 36 pays qui ont référencé presque 7 000 publications dans ce document de plus de 800 pages, établissent le diagnostic implacable d’une planète en surchauffe. Le résumé pour les décideurs constitue une alerte de plus au sujet de l’emballement climatique, mais à la hauteur d’un milieu qui représente 71 % de la superficie du globe, 90 % du volume de l’habitat disponible pour les organismes vivants et contient 97 % de l’eau sur terre. La montée du niveau des mers, la migration des poissons vers des zones plus tempérées ou le dégel du pergélisol (sol gelé en permanence) sont des faits déjà observés. Mais rassemblé et mis à jour, cet état des connaissances scientifiques ne laisse aucun doute sur l’urgence à agir.

« Au-delà de 2050, tout va dépendre de nos émissions de gaz à effet de serre [GES], prévient Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coprésidente du GIEC. Les réduire permettrait de gagner du temps pour nous adapter aux risques, dont certains, comme la montée du niveau des mers, sont inéluctables. »

Le rapport compare donc systématiquement les conséquences du scénario le moins alarmant établi en fonction de l’évolution des GES, mais aussi de la déforestation ou du type d’agriculture pratiqué, soit une élévation de la température moyenne de l’atmosphère de 1,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle (scénario RCP2.6), ou du scénario censé aboutir à 4,3 °C supplémentaires en moyenne (RCP8.5), soit l’évolution actuelle, sans politique contraignante sur les émissions. Encore ces prévisions apparaissent-elles sous-estimées, car selon les modélisations du climat les plus récentes livrées par des scientifiques français, le 17 septembre, il faudrait ajouter jusqu’à 1 °C de réchauffement aux modèles actuels.

Au cœur du système climatique

L’océan, qui produit au moins la moitié de notre oxygène, redistribue d’énormes quantités de chaleur grâce aux courants qui le traversent et capte 20 % à 30 % du dioxyde de carbone généré par les activités humaines. « Il est pratiquement certain que l’océan mondial s’est réchauffé sans relâche depuis 1970 et qu’il a absorbé plus de 90 % de la chaleur excédentaire dans le système climatique », écrivent les rapporteurs. Autrement dit, sans lui, la température sur terre aurait déjà atteint des sommets. « Les prochaines estimations des scientifiques vont indiquer que l’océan absorbe 94 % de l’énergie interne à notre climat, ce qui dégage toujours plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère, modifie le cycle des nuages, des précipitations, intensifie les sécheresses, les pluies diluviennes, explique Sabrina Speich, professeure d’océanographie et de sciences du climat à l’Ecole normale supérieure. L’augmentation de la chaleur est exponentielle… On va dans le mur ! Si l’on continue à envoyer autant de CO2 dans l’atmosphère, on peut s’attendre à des guerres pour l’eau, pour la surface habitable, qui va se réduire… »

De plus en plus chaud

Depuis 1993, le rythme de réchauffement de l’océan a plus que doublé par rapport aux vingt-cinq années précédentes. Entre 1971 et 2010, la couche des 75 premiers mètres a connu une augmentation moyenne de 0,11 °C par décennie. Dans les couches comprises entre 700 m et 2 000 m de profondeur, ce rythme a presque triplé. Il existe des disparités : en surface, l’océan Arctique se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Le rapport se penche sur les « canicules océaniques », responsables de la détérioration d’écosystèmes comme les forêts de kelp, ces grandes algues brunes qui abritent de nombreuses espèces. Ces vagues de chaleur se sont intensifiées et sont deux fois plus nombreuses depuis 1982.

L’océan est un milieu complexe, où varient les taux de salinité et les températures. Les scientifiques observent une « stratification » qui rend plus difficiles les échanges entre les eaux de surface, plus chargées en oxygène, et les couches plus profondes, riches en nutriments. Ces bouleversements entraînent une diminution de la biomasse, autrement dit des espèces vivantes, en particulier dans les régions tropicales. Le déclin du potentiel de pêche va se poursuivre. Déjà, les pêcheurs européens remontent de plus en plus d’espèces tropicales dans leurs filets.

La fonte des glaces fait monter de plus en plus vite le niveau moyen des eaux

Fonte des glaces, réchauffement et élévation des océans, inondations… le constat alarmant du GIEC

Le GIEC a revu ses prévisions à la hausse. D’ici à la fin de ce siècle-ci, la montée pourrait atteindre au moins 0,59 m, selon le scénario le plus optimiste, et 1,10 m par rapport à la période 1986-2005, selon le scénario RCP8.5. En 2013, les experts donnaient une fourchette de 0,45 m à 0,82 m. Cette hausse du niveau moyen va accentuer les inondations, l’érosion des côtes, la pénétration du sel dans les nappes souterraines d’eau douce… Elle va surtout avoir un effet aggravant redoutable lors des cyclones. Toujours selon cette trajectoire, des événements extrêmes qui surviennent tous les cent ans pourraient devenir annuels. L’océan pourrait gagner plusieurs centimètres par an au XXIIe siècle, sous l’effet de sa dilatation et davantage encore de la fonte des calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland plus rapide que prévu, et grimperait ainsi de plusieurs mètres.

« Tous les littoraux de moins de 10 m d’altitude sont concernés, et il y en a partout sur la planète, résume Alexandre Magnan. Même dans les zones tempérées, même dans les pays riches, on va avoir des problèmes. Et pas des moindres : évacuer Rotterdam ou Manhattan, ce n’est pas une mince affaire. » D’autant plus que nos sociétés industrialisées sont paradoxalement peu préparées au risque, comme en témoignent les effets désastreux de la tempête Xynthia en France ou de l’ouragan Katrina aux États-Unis.

D’après la Fabrique écologique, « à l’échelle européenne, à l’horizon 2050, 55.000 personnes pourraient être, chaque année, concernées par les submersions marines, contre 10.000 aujourd’hui ». D’ici la fin du siècle, et dans un scénario optimiste d’élévation du niveau de la mer de 45 cm seulement, 440.000 Européens pourraient être amenés à quitter définitivement leur logement. Premiers touchés, les Pays-Bas, suivis de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Outre les populations, ce sont des terres cultivées, des bâtiments, des établissements publics, des infrastructures qui pourraient être détruits.

Si l’eau monte autant, c’est que la glace fond, et plus vite que prévu. « Au Groenland comme en Antarctique, la perte s’accélère », confirme la glaciologue Catherine Ritz, du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Saint-Martin-d’Hères. D’après les données du Giec, les calottes glaciaires polaires ont perdu en moyenne 430 milliards de tonnes chaque année depuis 2006, devenant la principale source de la hausse du niveau des océans. « Il reste de fortes incertitudes quant à l’Antarctique, précise-t-elle. D’après le scénario le plus probable, la fonte de ses glaces entraînerait à une élévation de 15 cm du niveau moyen des mers. Mais on ne peut pas exclure que cela soit bien plus important, jusqu’à + 45 cm. »

Outre les calottes polaires, les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale, dans le Caucase, l’Asie du Nord et la Scandinavie, devraient perdre plus de 80 % de leur volume d’ici 2100. Plus globalement, toutes les glaces de montagne sont en sursis.

L’accès à l’eau potable pourrait devenir très compliqué 

Une étude parue mi-septembre dans Nature Geoscience montre une situation critique dans les Andes : « La perte totale atteint 23 gigatonnes par an, précisait le communiqué de l’Université Toulouse III, dont certains chercheurs ont participé aux travaux. Cela correspond à 10 % de la contribution globale des glaciers (hors calottes polaires) à la hausse du niveau des mers, alors que les Andes contiennent moins de 5 % des glaciers du globe. » Au sud de la Patagonie, un glacier a même connu un amincissement record de 44 mètres par an entre 2000 et 2018.

Conséquence directe de cette fonte, l’accès à l’eau potable pourrait devenir très compliqué pour les quelque deux milliards de personnes qui dépendent des glaciers pour leur approvisionnement. « En Amérique du Sud et dans certaines zones de l’Himalaya, l’eau du glacier arrivait pour la saison sèche, afin d’irriguer les cultures », ajoute Catherine Ritz. Quand ces masses de glace auront disparu, elles ne pourront plus jouer leur rôle de château d’eau naturel atténuant les sécheresses.

Dans les Andes boliviennes, en avril 2006.

Dans les Andes boliviennes, en avril 2006.

Enfin, selon les experts du Giec, un tiers, voire jusqu’à 99 % du pergélisol, cette couche de sol gelée en permanence, pourrait fondre d’ici 2100 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Loin d’être anecdotique, cette quasi-disparition d’une couche glacée recouvrant une large partie de la Sibérie, du nord de Canada ou de l’Alaska pourrait entraîner une augmentation du réchauffement climatique, le pergélisol piégeant de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Bref, il ne reste plus qu’à enfouir notre cou d’autruche dans la neige qui fond ! « Non, rétorque Alexandre Magnan, aucun effort n’est vain. » Selon le chercheur, à 2 °C, « on reste avec un océan qu’on connaît, alors que dans un monde à 4 ou 5 °C, c’est un autre univers, insiste-t-il. Lors de la dernière période glaciaire, on avait 5 °C de moins qu’aujourd’hui et une grande partie de l’Europe se trouvait sous la glace… Donc, imaginez avec 5 °C de plus ! » Il n’y a donc pas à tergiverser, poursuit-il, puisque « même s’il y a une forme d’irréversibilité dans la montée des eaux, on peut la freiner en se rapprochant d’une sobriété carbone et en se préparant ». Atténuer au maximum et s’adapter, tel est le credo qu’il répétera certainement à Monaco.

La montée des eaux pourrait ainsi déplacer au moins 280 millions de personnes, dans un scénario optimiste 

Mégapoles ou communautés villageoises vont être frappées de plein fouet dès lors qu’elles se situent près de la mer. Aujourd’hui, 680 millions de personnes résident dans des régions situées à moins de 10 mètres d’altitude et elles seront probablement au moins un milliard en 2050. Tandis que 4 millions d’habitants de l’Arctique sont déjà confrontés à un environnement en pleine mutation. Enfin, 670 autres millions vivent dans des régions de haute montagne, à moins de 100 km de glaciers menacés de disparaître, les privant de leur précieuse ressource hydrique.

Même les régions du monde qui ne sont pas les plus directement menacées auront à essuyer des tempêtes plus violentes et ne resteront pas à l’abri des désordres climatiques. Toutes ne sont pas confrontées à la même urgence. D’une part, le niveau des eaux s’élève à une vitesse qui peut varier par endroits de 30 % par rapport à la moyenne mondiale. D’autre part, les conséquences diffèrent selon la densité des populations sur les littoraux et des moyens qu’elles pourront déployer pour se protéger. « Dans le résumé, pour les décideurs, nous n’avons pas retenu le chiffre de 280 millions de personnes déplacées à cause du réchauffement, car une seule étude arrivait à cette conclusion, rapporte Alexandre Magnan, chercheur en géographie humaine à l’Iddri, l’un des coauteurs du résumé pour les décideurs. Nous ne reprenons que des constats suffisamment documentés, car nous nous devons d’être solides pour dégager un consensus. »

Fonte des glaces, réchauffement et élévation des océans, inondations… le constat alarmant du GIEC

Quatre types de géographies côtières ont été pris en compte dans l’évaluation des risques induite par la montée des eaux : les mégacités comme Shanghaï, New York ou Rotterdam ; les grands deltas agricoles : le Gange-Brahmapoutre, par exemple ; les îles urbanisées des atolls, Tuvalu, par exemple ; enfin, les communautés arctiques. Ces deux dernières catégories « vont être soumises à des risques élevés », résume-t-il.

Acidification et perte d’oxygénation

Ces phénomènes ne vont pas affecter que les humains. Du sommet des montagnes, d’où vont disparaître des espèces dépendantes de l’enneigement, à la faune des lagons et même des abysses, les changements vont être sévères pour les organismes vivants. Dans le milieu marin, l’eau devient plus acide, ce dont pâtissent les coquillages. En raison d’une réduction des échanges avec l’atmosphère et du réchauffement, l’océan a perdu entre 0,5 % et 3 % de son oxygène entre 1970 et 2010. La respiration des bactéries s’accroît, produisant davantage de CO₂. Les aires en hypoxie, dites « zones mortes », se sont étendues de 3 % à 8 % durant cette même période. Les espèces tendent à migrer vers les pôles – elles se déplacent de 30 km à 50 km par décennie depuis les années 1950. Du moins celles qui peuvent se déplacer. Les autres, comme les coraux d’eau chaude, sont très mal en point.

Quelles solutions ?

Construire des digues – à condition d’avoir les moyens de les entretenir –, des bâtiments sur pilotis ou regagner de l’espace sur la mer peut constituer une réponse – limitée – aux changements dans l’océan. Reste la solution la plus radicale : céder la place, reculer devant l’eau qui monte. Les rapporteurs plaident pour une restauration des milieux naturels : mangroves, récifs coralliens, herbiers sous-marins, plages, dunes constituent les meilleurs remparts pour atténuer les vagues. Mais ils sont eux-mêmes mis à mal par l’intensification des tempêtes et les activités humaines.

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 17:11
Des écolières pataugent dans les eaux à Mabalacat (Philippines) le 8 octobre 2018 © AFP/Noel CELIS

Des écolières pataugent dans les eaux à Mabalacat (Philippines) le 8 octobre 2018 © AFP/Noel CELIS

AFP le 20 septembre 2019.

Des îles du Pacifique au delta du Gange, des centaines de millions de personnes risquent d'être chassées de chez elles par la montée des océans. Une fuite sans espoir de retour pour des "réfugiés climatiques" qui devront trouver une terre d'accueil.

Même si le monde parvenait à limiter le réchauffement de la planète à +2°C par rapport à l'ère pré-industrielle, l'augmentation du niveau des mers pourrait submerger les foyers de 280 millions de personnes, selon un projet de rapport des experts du climat de l'ONU obtenu en août par l'AFP.

Même à +2°C, les calottes glaciaires continueront à fondre et même si les scientifiques ne savent pas combien de temps ça prendra, à terme cela signifie "plus de 4,5 mètres d'élévation du niveau de la mer, probablement six mètres", explique à l'AFP Ben Strauss, le patron de l'institut de recherche Climate Central.

"C'est suffisant pour effacer de la carte la plupart des villes côtières", poursuit le chercheur qui avait déjà mis en avant dans une étude publiée en 2015 ce chiffre de 280 millions.

Selon ses recherches, une partie importante de la population de grandes villes se retrouverait sous l'eau, à Hong Kong (31%), Shanghaï (39%), Bombay (27%), Calcutta (24%), Amsterdam (92%), Bangkok (42%) ou Miami (43%).

Là où ce sera techniquement et financièrement possible, certains aménagements pourront être réalisés pour éviter la submersion. New York envisage par exemple des travaux de protection qui coûteront des milliards de dollars.

Les scientifiques estiment que la montée des eaux pourrait être de près d’un mètre d’ici 2100 si les émissions ne diminuent pas. AFP/François Lo Presti

Les scientifiques estiment que la montée des eaux pourrait être de près d’un mètre d’ici 2100 si les émissions ne diminuent pas. AFP/François Lo Presti

"Des digues de plus en plus hautes devront être construites", mais "voulons-nous vivre au fond d'une cuvette et à quelle profondeur ?", lance Ben Strauss. "En cas de méga-tempête, ou si quelqu'un pose une bombe..., plus la cuvette est profonde, plus elle se remplit vite".

Certaines communautés, notamment dans les régions polaires, risquent de toute façon d'"atteindre les limites de l'adaptation bien avant la fin du siècle" et certaines Etats insulaires pourraient devenir "inhabitables", estime le projet de rapport de l'ONU examiné à Monaco à partir de vendredi.

Qui protéger ou sacrifier ?

Cette dernière prédiction pourrait se réaliser très rapidement. Selon une étude parue en 2018 dans la revue Science Advances, la plupart des milliers d'atolls tropicaux seront inhabitables d'ici à 2050. Non parce qu'ils auront disparu sous les eaux -ce qui ne devrait pas se produire avant 2100 ou 2150- mais parce que la fréquence des inondations marines provoquera la contamination de l'eau potable.

Face à cet avenir sombre, "beaucoup de gouvernements de petits Etats insulaires sont pris dans un dilemme", note François Gemenne, un spécialiste en géopolitique de l'environnement travaillant à l'université de Liège.

Réfugiés climatiques au Bangladesh, mars 2014

Réfugiés climatiques au Bangladesh, mars 2014

"Ça pourrait sembler une bonne stratégie de négocier des accords de migration", explique-t-il à l'AFP. Mais "ils estiment que ça signifierait baisser les armes face au changement climatique".

Dans tous les cas, petites iles peu peuplées ou grandes mégalopoles côtières, cette "redistribution d'une partie de la population mondiale" doit être "organisée", "sur plusieurs générations", plaide le chercheur.

"Le pire serait d'attendre le dernier moment et d'être obligé de déclencher des opérations humanitaires" pour reloger dans l'urgence ces populations "sans qu'elles aient pu décider où refaire leur vie ailleurs", souligne-t-il.

Et même si ces mouvements de population devraient être principalement internes, selon les experts, ils n'iront pas sans difficultés.

Quelles populations protéger ? Quelles populations déplacer, comment, avec quelles compensations ? Pour certains gouvernements, « les populations les plus défavorisées ne seront pas forcément en haut de la liste et on imagine les tensions que vont provoquer les choix entre ceux qu'on protège et ceux qu'on sacrifie », prédit François Gemenne.

Le niveau de la mer n'est en plus pas le seul effet du réchauffement appelé à chasser de plus en plus de gens de chez eux.

Selon l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), 16 millions de personnes ont été déplacées en 2018 par des événements météo extrêmes appelés à se multiplier. 680 millions de personnes habitent dans des régions dont l’altitude ne dépasse pas dix mètres. Le dérèglement climatique est devenu un "moteur de migration", mettait en garde l'an dernier la Banque mondiale, qui prédit 143 millions de "migrants climatiques" d'ici à 2050.

Et si pour certains, il existe un espoir de rentrer un jour, pour ceux acculés par la montée des eaux, "ce sont des migrations sans retour possible", insiste François Gemenne.

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 09:06

Le dérèglement climatique change les cadres du débat politique et devient un prisme incontournable de lecture du monde, explique François Gemenne, chercheur en sciences politiques, rattaché à l’université de Liège et enseignant à Sciences Po. Dans ce contexte, les chercheurs ont un rôle majeur à jouer et ne peuvent pas se dérober. Entretien avec Alexandre-Reza Kokabi et Lorène Lavocat pour Reporterre, mai 2019. Lire aussi  François Gemenne : « La France terre d’asile est une légende » et  Aux origines climatiques des conflits.

François Gemenne : « Le problème n’est pas tant le capitalisme que le court-termisme »

Reporterre — Dans votre enfance, quel était votre rapport à la politique et à l’écologie ?

François Gemenne — Mes parents étaient professeurs de lycée à Liège, en Belgique. J’ai grandi dans un milieu assez privilégié, très culturel. Petit, je regardais le journal télévisé et je connaissais les noms des principaux hommes et femmes politiques. Dans les supermarchés, je montais souvent sur des tabourets et je haranguais les gens en disant « je suis François Mitterrand », parce que j’avais identifié que Mitterrand portait le même prénom que moi.

J’étais déjà sensible aux questions écologiques, particulièrement la disparition des espèces. À l’école primaire, nous avions lancé un journal qui s’appelait Le Cri de la nature. Avec quelques amis, on rédigeait des articles sur les espèces en danger, on les photocopiait chez nous, et on vendait ce journal dans la cour de récréation. La revue marchait bien !

Plus tard, vous avez d’abord souhaité devenir diplomate, avant d’hésiter entre une carrière politique — vous étiez membre du parti belge Écolo — et le monde de la recherche… Qu’est-ce qui vous a fait pencher pour la recherche ?

L’affaire Francorchamps. Le parti Écolo avait réussi à faire voter une loi qui interdisait la publicité pour le tabac dans l’espace public. La Belgique avait un grand prix de Formule 1, Spa-Francorchamps, largement sponsorisé par les cigarettiers. Et l’infâme Bernie Ecclestone, grand patron de la Formule 1 à l’époque, avait dit : « Si la Belgique maintient cette loi, je retire le grand prix du calendrier. » La plupart des partis étaient prêts à faire une exception « Francorchamps », mais les Verts ont tenu bon. Ils sont apparus comme les fossoyeurs de l’économie, et ils se sont pris une dégelée électorale en 2004, où ils ont perdu la moitié de leur électorat.

Plutôt que de me retrouver politique dans l’opposition, j’ai décidé de mettre ce moment de disette électorale à profit pour faire une thèse sur les réfugiés écologiques. À l’époque, très peu de gens en parlaient, ça apparaissait comme un sujet de niche tout à fait anecdotique.

« En faisant de la recherche, je fais aussi de l’action politique, et je pense plus efficacement que si j’étais député. Nous devons nous investir dans les débats publics plutôt que de les fuir, comme certains collègues le font. »

« En faisant de la recherche, je fais aussi de l’action politique, et je pense plus efficacement que si j’étais député. Nous devons nous investir dans les débats publics plutôt que de les fuir, comme certains collègues le font. »

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Lors d’un stage à l’ONU, en 2001-2002, je me suis retrouvé coincé dans un ascenseur avec Enele Sopoaga, qui était ambassadeur du Tuvalu aux Nations unies. Il m’a expliqué que Tuvalu venait de réunir assez d’argent pour payer la cotisation d’adhésion à l’ONU et que sa mission était d’alerter les États sur la hausse du niveau des mers et la potentialité que les Tuvaliens deviennent des réfugiés climatiques. J’avais été fasciné par cette histoire. Par la suite, j’ai passé plusieurs mois à Tuvalu, un an à La Nouvelle-Orléans avec ceux qui avaient subi l’ouragan Katrina, puis avec les déplacés de la catastrophe de Fukushima.

Au cours de ma thèse, le sujet a trouvé de plus en plus d’écho et j’ai été sollicité pour en parler. En 2010, au moment de la COP16 à Cancún (Mexique), nous, chercheurs, sommes parvenus à faire passer dans la négociation internationale l’idée que les gens migrent aussi pour s’adapter, et pas seulement parce qu’ils ont échoué à s’adapter. Les migrations ont été reconnues comme une stratégie possible d’adaptation qui peut recevoir des financements.

Sur les migrations, des chercheurs se sont transformés en entrepreneurs politiques, pour porter cette cause, de la même manière que le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] est un entrepreneur politique sur la question du changement climatique.

Aujourd’hui, vous vous considérez donc comme un « chercheur entrepreneur politique » ?

La recherche, c’est le contraire de la tour d’ivoire. Être chercheur, c’est la plus grande possibilité de changer les choses, car la science pose les cadres du débat. En faisant de la recherche, je fais aussi de l’action politique, et je pense plus efficacement que si j’étais député. Nous devons nous investir dans les débats publics plutôt que de les fuir, comme certains collègues le font.

Quitte à accepter, comme vous l’avez fait, de débattre dans les médias avec des membres du Rassemblement national ?

Il faut accepter des débats avec des gens qui ne pensent pas comme nous, et même avec des gens qui font leur fonds de commerce de mensonges et de rumeurs. Quand Benoît Hamon ou Europe Écologie-Les Verts (EELV) m’ont sollicité pour les conseiller, j’ai évidemment dit oui. Mais je considère qu’un chercheur n’a pas à être partisan : il est au service de tous les partis démocratiques, pour que la décision publique et les orientations politiques s’appuient sur des faits et sur de la science. Particulièrement aujourd’hui dans un monde de « post-vérité », où tout le monde a tendance à transformer les informations. C’est pourquoi, à l’époque où Sarkozy était à l’UMP, j’étais intervenu à sa demande lors d’un congrès. Et c’est pourquoi je ne suis plus membre d’aucun parti politique. En tant que chercheur, on ne peut pas sombrer dans la partisanerie.

On a souvent cette image du chercheur qui doit, au nom d’une objectivité, rester neutre. Pour vous, ça n’a pas de sens ?

Le chercheur doit être honnête, il ne doit pas être neutre. La science n’est pas neutre. Quand on travaille sur des phénomènes aux implications sociales aussi importantes que le changement climatique ou les migrations, on ne peut pas publier ses résultats dans des revues académiques et ne pas prendre part au débat. Le climatologue qui fait des mesures de concentration de gaz à effet de serre et qui voit que ça s’emballe, ne peut pas se contenter de publier ses travaux dans Global Environmental Change. Bien sûr qu’il doit sonner l’alarme, bien sûr qu’il doit s’impliquer dans le Giec ! Je me reconnais tout à fait dans la démarche du Giec : fournir un condensé de la science, et laisser les politiques prendre leurs décisions.

Que disent les migrations environnementales du monde dans lequel nous vivons ?

Elles disent que les problèmes sont profondément imbriqués les uns dans les autres : ces migrations sont tout autant économiques et politiques qu’environnementales, elles ne sont pas séparées des autres dynamiques migratoires. En Afrique subsaharienne, la moitié des gens dépendent de l’agriculture de subsistance, et c’est leur principale source de revenus. Si l’environnement se dégrade, si les températures ou la pluviométrie changent, ils perdent leur source de subsistance.

Avec le changement climatique, toute une série de cadres d’analyse n’a plus de sens : les frontières, la souveraineté. Qu’est-ce que veut dire la souveraineté nationale à Tuvalu, quand les côtes de votre pays sont grignotées par la mer en raison du mode de vie d’autres pays, à l’autre bout du monde ? Que veut dire le concept de frontière quand la géographie des cartes est complètement redessinée ?

Les migrations environnementales nous disent qu’aujourd’hui le futur et le présent de populations sont complètement transformés à cause de facteurs sur lesquels ils n’ont plus aucune prise. Ça implique de penser les choses de manière « anthropocénique » : notre place sur cette planète ne s’arrête pas à nos frontières nationales et notre responsabilité en tant qu’humains ne s’arrête pas à des frontières géographiques ou générationnelles. Il faut repenser les relations internationales pour les transformer en relations globales.

« Il faut concevoir les luttes et mobilisations locales comme étant une déclinaison de l’international. On ne peut pas se dire “je vais aller tout seul cultiver mon lopin de terre en permaculture et tant pis pour les autres” ».

« Il faut concevoir les luttes et mobilisations locales comme étant une déclinaison de l’international. On ne peut pas se dire “je vais aller tout seul cultiver mon lopin de terre en permaculture et tant pis pour les autres” ».

Lors de notre dernier entretien, vous aviez souligné la tendance des luttes écolos à se replier dans le cadre des frontières et se concentrer sur des solutions principalement locales. N’est-ce pas la preuve d’un échec de l’action internationale ?

Oui, mais c’est une défaite à laquelle je ne me suis pas encore résolu. La politique internationale est extrêmement décevante, malgré certaines avancées. L’Accord de Paris reste un succès important, le pacte mondial de l’ONU sur les migrations aussi. C’est compliqué de penser l’action au niveau international mais le localisme est un repli qui va à l’encontre de tout ce que je suis. Ce n’est pas un hasard si le Rassemblement national (RN) a choisi le localisme comme son nouveau credo écologiste.

Les mobilisations étudiantes pour le climat ou l’Affaire du siècle sont essentielles, mais exiger de la France qu’elle réduise ses émissions, c’est insuffisant. Même si nous devenions un pays exemplaire, ça ne changerait quasiment rien au dérèglement climatique global. Il faut aussi demander que la France fasse tout ce qu’elle peut pour réduire les émissions à l’étranger, en subsidiant massivement les renouvelables partout dans le monde, en cessant les subsides aux énergies fossiles.

Comment peut-on agir au niveau international ?

Il faut concevoir les luttes et mobilisations locales comme étant une déclinaison de l’international. On ne peut pas se dire « je vais aller tout seul cultiver mon lopin de terre en permaculture et tant pis pour les autres ».

Il faut soutenir des mouvements sociaux ou des ONG, comme 350.org ou Greenpeace, qui dépassent les frontières. Ensuite, il faut faire pression collectivement sur des banques ou des entreprises multinationales. Je suis révulsé quand des gens viennent me dire « qu’est-ce qu’on peut y faire, de toute façon, on est en France, ce sont des multinationales qui décident ». Les banques qui investissent massivement dans les énergies fossiles sont BNP Paribas et la Société générale. Lafarge est le numéro 1 du ciment, Nissan Renault est le numéro 1 de l’automobile ! Je suis effrayé de voir combien les gens se sentent déconnectés de l’action internationale. La France a un siège au Conseil de sécurité, nom d’un chien (sic) ! Qu’on puisse se sentir impuissant quand on est dans un minuscule pays comme Sao Tomé-et-Principe ou Tuvalu, d’accord, mais quand vous êtes Français, vous ne pouvez pas dire des choses comme ça.

Vous retrouvez-vous dans les actions d’ANV-COP21, qui a bloqué des sièges de multinationales ?

Bien sûr, ça permet de mettre l’accent là où il y a un problème. Mais la question c’est aussi : comment travailler avec ces entreprises pour les faire changer. Car, dans dix ans, ces entreprises seront toujours là. Donc, soit on se dit que ce sont de grands méchants avec qui on ne peut rien faire, soit on cherche à les faire changer. Le but n’est pas de fermer Total, mais de transformer l’entreprise en leader énergétique d’un monde post-carbone. Il faut aussi mettre le doigt sur l’hypocrisie, et dénoncer les partenariats de Total avec Sciences Po. Mais j’ai peur que si on se dit « il faut tout renverser, il faut sortir du capitalisme », on n’ait pas le temps.

« Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. »

« Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. »

À l’inverse, beaucoup de personnes disent qu’on n’a pas le temps pour les petits pas, pour changer les pratiques dans telle et telle entreprise, et que la seule solution, c’est de changer radicalement les choses. Qu’en pensez-vous ?

Je voudrais pouvoir croire au grand soir. Mais c’est un risque considérable à prendre, et vu les enjeux, je n’y suis pas prêt. Car peut-être qu’en 2022 tout va s’écrouler et qu’on mettra autre chose en place. Mais si ça n’arrive pas très très rapidement… on est foutus. Tandis que je vois ce qu’il est possible de faire au quotidien en travaillant avec ces entreprises, et ce n’est pas forcément une stratégie des petits pas. Il s’agit de leur montrer à quel point, sur le long terme, elles ont intérêt à la transition écologique, y compris en matière de profit. Le problème aujourd’hui n’est pas tant le capitalisme que le court-termisme. Les entreprises sont aujourd’hui otages de leurs actionnaires, qui s’en fichent de l’avenir à long terme. Si elles étaient à nouveau dirigées par leurs dirigeants, on aurait moins de licenciements économiques, et une stratégie de long terme.

Lors de notre dernière rencontre, vous aviez « acté que l’Europe serait bientôt gouvernée par l’extrême droite ». Maintenez-vous ce constat ?

Je suis très inquiet — sans doute davantage que lors de notre dernière rencontre — de la montée de l’autoritarisme. De plus en plus de gens, y compris parmi les Gilets jaunes, se disent prêts à accepter un régime autoritaire, souhaitent un leader fort pour faire table rase et mettre fin « à tous les privilèges ». Dans toutes les sociétés européennes, il existe une appétence pour les dictatures. Macron l’a bien compris.

Je suis très inquiet, aussi, de la manière dont le gouvernement réagit au mouvement des Gilets jaunes, avec la montée des restrictions aux libertés publiques. Ça devient compliqué de manifester en France, sans parler des blessures physiques. Les gens deviennent des ennemis les uns pour les autres. Même si tous proviennent a priori du même milieu social, connaissent les mêmes difficultés pour les fins de mois, les uns vont enfiler un gilet jaune, les autres un uniforme de CRS, et ils vont s’affronter. Je ne peux pas me résoudre à vivre dans une telle société, où il s’agirait de faire triompher le camp du bien sur le camp du mal.

En Belgique, j’ai fait plein de marches pour le climat avec mon gamin de 6 ans sur les épaules. Je n’oserai jamais le faire en France. On ne peut pas se résoudre à ça dans une démocratie. Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. Il faut repenser en urgence la gestion du maintien de l’ordre en France, avoir une vraie réflexion par rapport aux techniques policières, aux nasses, à l’utilisation des armes comme les grenades, les LBD, et plus globalement sur comment réinstaurer un dialogue entre les services de police, de gendarmerie et les manifestants.

Faut-il encore faire des enfants ?

Je comprends qu’on puisse se poser la question, sachant que les conséquences futures du changement climatique sont déterminées par les émissions passées, ça ne va pas être joli à voir pour ceux qui vont naître maintenant. Et sachant que faire un enfant en Europe ou dans un pays occidentalisé représente une empreinte carbone relativement conséquente.

Mais, d’un autre côté, s’il n’y a pas de générations futures, à quoi bon se battre ? Je vais aller travailler dans une banque, gagner trois fois plus d’argent et passer tous mes week-ends à Las Vegas. Je ne vais pas m’emmerder (sic) à être chercheur. Les enfants, c’est une bonne façon de s’extraire de la question de court-terme et de penser sur le long terme.

« Emmanuel Macron est arrivé comme le candidat du “nouveau monde” et on réalise qu’il était sans doute le dernier rempart de l’“ancien monde”. »

« Emmanuel Macron est arrivé comme le candidat du “nouveau monde” et on réalise qu’il était sans doute le dernier rempart de l’“ancien monde”. »

Prenez-vous toujours l’avion ?

Oui. En tant que chercheur, je le prends infiniment plus que la moyenne de la population, mais je l’assume parce que c’est justifié pour des raisons professionnelles. Il ne faut pas voir l’avion comme une sorte de grand méchant du changement climatique.

Lors des réunions du Giec, beaucoup s’interrogent quant au paradoxe à se retrouver à l’autre bout du monde pour écrire le prochain rapport sur le changement climatique. Non ! C’est une semaine nécessaire de travail intensif avec des chercheurs du monde entier, de pays en développement et de pays industrialisés. Quand la réunion se déroule en Inde, cela peut nous paraître le bout du monde, mais c’est en réalité plutôt proche pour de nombreux chercheurs.

Il y a donc toute une série de déplacements en avion qui restent légitimes. L’avion apporte des bénéfices sociaux, y compris l’aviation low cost, qui a permis à des familles de partir en vacances à l’étranger. Je ne voudrais pas qu’on en arrive à une situation où les gens ne prennent plus l’avion, où les billets d’avion deviennent trop chers, où les familles les plus pauvres, voire les classes moyennes, ne puissent plus du tout partir à l’étranger et soient obligées de rester chez elles.

Mais on peut prendre moins l’avion : il faut interdire les déplacements très courts, les petits vols intraeuropéens, et instaurer une taxe sur le kérosène. Ça implique de baisser drastiquement le prix des trains, de créer une agence européenne des chemins de fer.

Qu’est-ce qui fait que vous n’êtes pas déprimé, aigri ou angoissé ?

J’ai le sentiment qu’un basculement s’opère dans l’opinion. Les gens vont manifester dans la rue parce qu’ils identifient l’environnement comme une lutte profondément politique et sociale. On sort d’une phase incantatoire où les chercheurs disaient « il faut sauver le climat ». Et on entre dans une période difficile, où la question de l’environnement va devenir un sujet polémique et controversé, facteur de tensions.

Cette période peut déboucher sur le pire et le meilleur. Le choix collectif est tellement immense qu’on pourrait avoir une position de repli et dire « c’est trop radical comme changement », ne faisons rien. Sauf qu’on est la dernière génération à pouvoir changer les choses. C’est à la fois une terrible responsabilité, parfois écrasante, mais c’est aussi une formidable occasion d’inventer autre chose. Cette aspiration à « autre chose » explique aussi pourquoi le ressentiment envers Emmanuel Macron est si fort. Emmanuel Macron est arrivé comme le candidat du « nouveau monde » et on réalise que c’était sans doute le dernier rempart de l’« ancien monde ».

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 18:04
Marchons pour le climat les 20 et 21 septembre 2019

 

Cet été, la planète nous a envoyé des signaux d’urgence. La planète entière suffoque. L’Amazonie brûle. Nous n’en pouvons plus des discours : place aux actes ! Aux côtés de nombreuses organisations et syndicats, mobilisons-nous contre ce système qui détruit la planète et l'humain, en commençant par les plus vulnérables et précaires. Nous sommes une force et une vague qu’on ne peut arrêter : montrons-le !

 

Vendredi 20 septembre, Greta Thunberg et les jeunes du monde entier appellent à faire grève quel que soit son âge « pour mettre en pause l’espace d’une journée ce système économique ». A Paris, le rendez-vous est donné dès 12h30 à Nation pour une marche qui démarrera à 13h. Rassemblement au Parc de Bercy de 14h à 18h avec au programme des ateliers, des conférences, un village associatif et des assemblées citoyennes. Puis, à 18h, place à une soirée festive et engagée avec des concerts et performances artistiques.

Samedi 21 septembre, nous marcherons par milliers dans les rues, partout en France, pour dénoncer l’inaction climatique et exiger la justice sociale. Cette marche sera engagée, festive et familiale : que vous veniez seul·e, en famille ou entre amis, nous marcherons côte à côte pour faire du bruit dans les rues ! Nous ferons écho aux mobilisations qui se tiennent partout dans le monde, dans le cadre de la semaine internationale pour le climat du 20 au 27 septembre. Objectif ? Mettre la pression sur les responsables politiques et les pousser à prendre des mesures concrètes : lundi 23 septembre se tient à l’ONU un sommet spécial dédié à l’urgence climatique. Ne laissons pas aux Etats d’autre choix que d’agir !

Rendez-vous à 13h Place Edmond Rostang, devant les jardins du Luxembourg, pour une prise de parole à 13h30, puis un départ de la marche à 14h, arrive prévue vers 16h30.

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Appel de Gilets jaunes aux écologistes pour une marche commune le 21 septembre

« Si nous avons échoué jusqu'à maintenant, c'est parce que nous sommes restés séparés » ! Des Gilets jaunes et collectifs en lutte exhortent les écologistes à une marche commune le 21 septembre, à Paris.

Nous souhaitons envoyer un appel fort à toutes les organisations écologistes. Pour l'instant, il semblerait que Gilets Jaunes et Marche pour le climat vont manifester séparément le 21 septembre à Paris. Les Gilets Jaunes ont prévu de venir de toute la France à Paris, et de manifester autour des Champs-Elysées. A l'autre bout de Paris, la Marche pour climat est censée aller de Duroc à Place d'Italie. Nous ne voulons plus revivre ce scénario qui n'a permis aucune victoire le 8 décembre 2018 et le 16 mars 2019.

Nous rejoignons l'idée mentionnée dans la charte d'une de ces organisations écologistes, Alternatiba, selon laquelle il est nécessaire « d'unir tous ceux qui d'une manière ou d'une autre, par les alternatives ou les combats dont ils sont porteurs, contribuent, parfois sans le savoir, à préserver le climat ».

Nous demandons à toutes les organisations écolos, jusqu'à présent frileuses ou inquiètes à l'idée de cette unification, de comprendre que désormais, seule une stratégie de décloisonnement pourra peser dans les combats sincères. Nous estimons que la situation écologique, économique et sociale va continuer à s'aggraver ainsi que les violences d'Etat et la répression. Les stratégies visant à diviser les mouvements sociaux doivent donc être réduites à néant par un rassemblement de forces inédit. Si nous avons échoué jusqu'à maintenant, c'est parce que nous sommes restés séparés.

Notre objectif est le même : construire une société, un environnement, un monde plus équilibrés, plus humains et plus justes. Il nous faudra rétablir la justice et la dignité de tous, entre et à l'intérieur des peuples. Les luttes écologistes et sociales ne peuvent donc se faire sans des mouvements comme celui des Gilets Noirs mais aussi bien d'autres.

Les luttes écologistes et sociales doivent s'allier à ces mouvements qui s'opposent à l'exploitation, à l'humiliation et à la chasse aux immigrés avec ou sans papiers ici, et, qui luttent contre le racisme et l'impérialisme de la France qui pille les ressources des colonisés là-bas. « Fin du monde, fin du mois, même système, même combat » : nous l'avions écrit sur nos banderoles, maintenant, nous voulons l'application de ce slogan dans la rue.

Le 21 septembre, à Paris nous devons tenter l'impossible, il n'y a pas d'autre alternative ! Pas de division des forces, pas de désolidarisation dans les médias ! Compte-tenu de l'urgence, une simple "coexistence" des différentes tactiques ne suffira pas. Il est temps de mettre en œuvre une véritable coordination de nos tactiques, dans le respect des modes d'expression de chacun.

Il y aurait plusieurs manières de nous allier, et nous devons en décider ensemble. La principale contrainte est que les Gilets Jaunes comptent se rassembler spontanément autour des lieux de pouvoir, qui sont dans l'ouest parisien. A partir de là, plusieurs options sont envisageables pour le 21 septembre. Il pourrait y avoir une manifestation commune dans l'ouest parisien à un moment de la journée, ou alors les écolos pourraient rejoindre les Gilets Jaunes le matin sur les Champs-Elysées, puis organiser un départ commun vers la Marche pour le climat. Quant aux Gilets Jaunes qui le souhaitent, ils pourront rejoindre la Marche pour le climat, mais elle a lieu très loin des Champs...

Autre proposition : un signal très fort, et très attendu par de nombreux Gilets Jaunes, serait que la marche climat du 21 septembre se termine dans l'Ouest parisien, aux alentours des Champs-Elysées. Cela ferait sens pour tout le monde de se rassembler à cet endroit, puisque c'est là que sont les lieux de pouvoir ! Une telle convergence serait assurément historique.

Une rencontre a déjà eu lieu entre Gilets Jaunes, collectifs en lutte et organisations écolos à Paris, actant ainsi le début de la prise de contact entre l'inter-orga climat et nous. Mais en l'état actuel des choses, la convergence en acte paraît très incertaine. Une future réunion est prévue et devrait être décisive. Aura-t-elle lieu ? Le temps presse. C'est pourquoi nous publions cette tribune. Maintenant, prouvons-nous que nos discours d'unité sont sincères. Tous ensemble le 21 septembre à Paris !

Ce texte est ouvert à signature jusqu'au 19/09/2019. Pour les organisations, vous pouvez envoyez votre signature à l'adresse suivante : 21septembre-paris@riseup.net

Signataires :

  • Action Antifasciste Paris Banlieue

  • Action Crolles - 38 (GJ)

  • ACTA

  • Association familiale laïque de Commercy

  • Blocage 17 novembre Toulouse (page GJ)

  • Clap33 Bordeaux

  • Climat Social

  • Cerveaux non disponibles

  • Collectif Peuple révolté

  • Collectif écoféministes Strasbourg

  • Comité Adama

  • Des Gilets Noirs en lutte

  • Désarmons-les

  • Désobéissance Ecolo Paris

  • Extinction Rebellion Boulogne

  • Extinction Rebellion Brest

  • Des membres de Extinction Rebellion Bretagne

  • Extinction Rebellion Metz

  • Extinction Rebellion Rennes

  • Femmes Gilets Jaunes Île de France

  • Floraisons

  • France en colère 08 (GJ)

  • Frric (French Ric) Bordeaux

  • Gilets Jaunes Argenteuil

  • Gilets Jaunes Belleville

  • Gilets Jaunes Brest Rebelle

  • Gilets Jaunes de Buchelay

  • Gilets Jaunes de Commercy

  • Gilets Jaunes de Gennevilliers

  • Gilets Jaunes Île Saint Denis

  • Gilets Jaunes Lyon

  • Gilets Jaunes Montélimar

  • Gilets jaunes Nancy Porte

  • Gilets Jaunes de Pantin

  • Gilets Jaunes Place des fêtes

  • Gilets Jaunes Poitiers

  • Gilets Jaunes Rungis Île-de-France

  • Gilets Jaunes Toulouse en Action (page GJ)

  • Gilets Jaunes Verdun

  • Grève Jaunérale : Riposte Générale (page GJ)

  • La Chapelle Debout !

  • Le Printemps du changement (GJ - Marche climat - Youth for Climate)

  • Le Peuple Uni (page GJ)

  • Les Zafficheurs Jaunes Bordeaux

  • Maison du peuple de Saint-Nazaire et alentours (GJ)

  • Plateforme d'enquêtes militantes

  • Plein le dos (collectif GJ)

  • Radiaction

  • Rennes en Lutte pour l'environnement

  • Résistance Ecolo Reims

  • Résistance Gilets Jaunes France

  • RESOME

  • Sanglier Jaune (automédia YouTube)

  • Sepanso Landes

  • Ultimatum Gilets Jaunes Occitanie

  • Youth for Climate Paris

  • Youth for Climate Brest

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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 09:09

Greenpeace a évalué les gaz à effet de serre émis au cours de leur cycle de vie par les véhicules des douze principaux constructeurs mondiaux. Les voitures vendues en 2018 laisseront une empreinte carbone de 4,8 gigatonnes de CO2. D’après Greenpeace et Stéphane Mandard pour Le Monde le 10 septembre. Lire aussi Contre la pollution de l’air aux particules ultrafines, la réduction du trafic automobile est nécessaire, La pollution diesel coûte plus de 50 milliards de frais de santé par an aux Européens« Une civilisation durable ne peut pas être une civilisation de la voiture » et Diesel : les constructeurs automobiles continuent d’enfumer nos villes.

Greenpeace indique que la «la part de marché des SUV, trop polluants, a quadruplé au cours des dix dernières années en Europe». LP/Philippe Lavieille

Greenpeace indique que la «la part de marché des SUV, trop polluants, a quadruplé au cours des dix dernières années en Europe». LP/Philippe Lavieille

Le chiffre ne manquera pas d’alimenter les discussions dans les travées du Salon de Francfort, la grand-messe de l’automobile qui s’ouvre mardi 10 septembre. Il devrait aussi être brandi en France, sur les bancs de l’Assemblée nationale, où doit être discutée cette semaine la loi sur les mobilités. Et pour cause, il est faramineux : 4,8 gigatonnes. C’est la quantité de dioxyde de carbone (CO2) que vont émettre les voitures vendues dans le monde en 2018 au cours de leur cycle de vie, selon un rapport inédit de Greenpeace auquel Le Monde a eu accès. C’est davantage que les émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) de tous les pays de l’Union européenne (UE), estimée à 4,1 gigatonnes d’équivalent CO2.

Pour établir ce chiffre, l’ONG a évalué l’empreinte carbone des 12 premiers constructeurs mondiaux sur les cinq principaux marchés : Etats-Unis, UE, Chine, Japon et Corée du Sud. La palme du plus gros pollueur revient sans surprise au leader mondial Volkswagen, avec 582 millions de tonnes d’équivalent CO2 émis par ses 10,8 millions de véhicules vendus en 2018. Il est suivi de près par le groupe Renault-Nissan (577 millions de tonnes). Le japonais Toyota complète le podium, avec un total de 562 millions de tonnes. Des émissions de GES bien supérieures à celles d’un pays comme l’Australie (533 millions de tonnes en 2018). Avec 878 millions de tonnes, l’empreinte carbone des trois marques allemandes (Volkswagen, Daimler et BMW) dépasse celle de l’Allemagne (866 millions de tonnes).

Fiat Chrystler, champion des émissions par véhicule

Si on rapporte cette empreinte par véhicule, c’est cette fois la firme italo-américaine Fiat Chrysler qui occupe la tête du classement, avec 63,1 tonnes de GES en moyenne par voiture vendue, devant les américains Ford (61,4 tonnes) et General Motors (61,3 tonnes).

Pour mesurer cette empreinte, Greenpeace a cherché à évaluer l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre que vont émettre tout au long de leur cycle de vie (de la production au recyclage et pas seulement à l’échappement) les voitures que commercialise un constructeur au cours d’une année. Une gageure. Le calcul des valeurs des émissions de CO2 à l’échappement se fonde sur des cycles d’essais standardisés que les constructeurs sont dans l’obligation de suivre pour certifier chaque modèle, mais qui sous-estiment les niveaux d’émissions en conditions réelles de conduite. Aussi l’ONG a appliqué un facteur de correction issu des travaux de l’Agence internationale de l’énergie. Elle a opté pour 200 000 km comme « durée de vie » moyenne pour un véhicule.

Les données étant encore plus éparses concernant les émissions dues à la production et à la fin de vie (et au recyclage) des voitures, les experts de Greenpeace ont retenu respectivement 6,5 et 2,7 tonnes d’équivalent CO2 pour ces deux phases du cycle de vie. Pour être tout à fait complets, ils ont également tenté de prendre en compte les émissions en « amont » liées au carburant : extraction, raffinage, transport et distribution.

« L’urgence climatique est chaque jour plus palpable. Pourtant l’industrie automobile continue de conduire le climat droit dans le mur », commente Sarah Fayolle, spécialiste transport pour Greenpeace France.

La bataille des émissions de CO2 des voitures est d’autant plus capitale que le secteur du transport est le premier émetteur de GES au niveau européen. Et le trafic automobile représente à lui seul environ 12 % des émissions générées par les pays de l’UE. Or, si depuis 1990 l’UE a réussi à réduire ses émissions de 23 %, celles liées au transport routier ont crû d’environ 20 %.

Fin de vente des essences et diesel d’ici à 2025

La loi sur les mobilités, concoctée par la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, lorsqu’elle occupait encore le portefeuille des transports, prévoit la fin de la vente des véhicules à moteur thermiques (essence et diesel) en 2040. Beaucoup trop tard pour les écologistes. « Les constructeurs automobiles devraient planifier de toute urgence la fin des véhicules carburant au pétrole : pour limiter la hausse globale des températures à 1,5 °C, les dernières voitures essence, diesel ou hybride devront être vendues en Europe d’ici à 2028 », estime Sarah Fayolle, en se référant à une étude réalisée par le Centre aérospatial allemand.

Souvent présentées comme l’option la plus efficace (car moins onéreuse que les modèles tout-électrique) pour réduire les émissions du parc automobile, les hybrides, dont les ventes sont soutenues en France par la fameuse prime à la conversion, ne constituent pas des solutions pérennes. Utilisant une double technologie (combustion et électricité), ils peuvent produire d’importantes émissions de CO2, notamment s’ils ne fonctionnent pas de manière optimale, soit essentiellement sur des trajets courts.

Mais, pour Greenpeace, l’absence de progrès du secteur automobile dans la réduction des GES incombe surtout à la mode des SUV, ces grosses berlines aux faux airs de 4 × 4. Plus lourds et moins aérodynamiques, ils enregistrent des émissions de CO2 bien supérieures aux autres modèles. En Europe, leur part de marché a plus que quadruplé, pour passer de 8 %, en 2008, à 32 %, dix ans plus tard.

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A Paris, même les diesels les plus récents           dépassent largement les normes de pollution

Une étude inédite a permis de mesurer les émissions réelles des voitures et des deux-roues. Les nouveaux diesels aggravent les pics de pollution à l’ozone l’été.

Les voitures à moteur diesel, même les plus récentes, continuent à émettre des oxydes d’azote (NOx), gaz très toxique rendu célèbre par le scandale du « dieselgate », à des niveaux très supérieurs aux normes d’homologation et aux véhicules essence. Telle est l’une des principales conclusions d’une étude inédite à laquelle Le Monde a eu accès et dont les résultats devaient être présentés mardi 10 septembre.

Entre le 18 juin et le 16 juillet 2018, une campagne de collecte de données sans précédent a été menée dans les rues de Paris dans le cadre du projet TRUE (The Real Urban Emissions Initiative). Pilotée par le Conseil international pour un transport propre (ICCT), l’organisation non gouvernementale à l’origine de la révélation du « dieselgate », elle a permis d’obtenir une photographie précise de la réalité de la pollution automobile dans la capitale à partir des mesures effectuées sur près de 180 000 véhicules en circulation.

En utilisant des portiques équipés de lasers, les experts de l’ICCT ont pu analyser précisément la composition et la concentration des gaz et particules sortis directement des pots d’échappement. Sans possibilité de fraude, contrairement aux tests qui sont pratiqués en laboratoire lors de l’homologation des véhicules.

Premier enseignement, la majorité des véhicules qui sillonnent les rues de la capitale sont encore des diesels (64 %) et récents (28 % sont des Euro 6, immatriculés après 2014). Or, révèle l’étude, les Euro 6 diesel émettent six fois plus de NOx que la norme d’homologation (80 milligrammes par kilomètre) et 4,8 fois plus que les Euro 6 essence.

« Pas adapté à la ville »

« Cette étude nous montre une nouvelle fois que le diesel n’est pas adapté à la ville et que les émissions réelles des véhicules sont très différentes de celles annoncées par les constructeurs », commente Christophe Najdovski, adjoint à la Mairie de Paris chargé des transports. « Elle nous conforte dans notre opposition au projet du ministère de l’économie de requalifier les diesels les plus récents en Crit’Air 1 [catégorie aujourd’hui réservée aux essences les plus performantes et aux hybrides], poursuit l’élu écologiste. Il n’y a pas de diesel propre. »

Les diesels Euro 6 bénéficient pourtant de la vignette Crit’Air 2, c’est-à-dire qu’ils ne seront pas interdits à Paris avant le bannissement de tous les diesels en 2024 et qu’ils peuvent circuler même en cas de pic de pollution, le nouveau principe de circulation différenciée entrée en vigueur cet été ne s’appliquant qu’aux véhicules les plus anciens (Crit’Air 4 et 5).

Autre découverte majeure de la campagne menée par l’ICCT : au-delà de 30 °C de température extérieure, les diesels Euro 6 recrachent de 20 % à 30 % de plus de NOx qu’entre 20 °C et 30 °C. Or les NOx contribuent à la formation d’ozone lors des vagues de chaleur. « Ces résultats démontrent que les diesels mêmes récents viennent aggraver les épisodes de pollution à l’ozone auxquels nous avons été confrontés cet été et qui vont se reproduire. Aussi, tous les diesels devraient être interdits de circulation pendant les pics », considère M. Najdovski.

Dernier résultat marquant de l’étude : la pollution des deux-roues, jusqu’ici mal documentée. Les mesures de l’ICCT montrent que les motos et scooters, très présents à Paris, recrachent jusqu’à six fois plus de NOx et onze fois plus de monoxyde de carbone (CO) que les voitures essence les plus récentes. Très toxique pour l’homme, le CO est aussi un précurseur de la formation d’ozone et contribue, à l’instar des NOx, aux pics de pollution l’été.

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3 septembre 2019 2 03 /09 /septembre /2019 10:11

Albert Levy, architecte, urbaniste et chercheur, pointe les incohérences des pouvoirs publics qui défendent le projet d’un mégacomplexe de loisirs et de commerce au nord de Paris, tout en parlant de transition écologique et de lutte contre le réchauffement. Tribune publiée le 2 septembre 2019 par Le Monde. Lire aussi Les opposants à EuropaCity occupent le triangle de Gonesse et continuent à bloquer les travaux de la future gare.

« L’Etat veut passer en force et a démarré cet été les travaux de la gare en plein champ, à 1,7 km de toute habitation, face à des militants sur place résolus à les freiner » (Vue d'artiste du projet Europacity, méga-complexe de loisirs et de commerce porté par le français Auchan et le chinois Wanda). EUROPACITY

« L’Etat veut passer en force et a démarré cet été les travaux de la gare en plein champ, à 1,7 km de toute habitation, face à des militants sur place résolus à les freiner » (Vue d'artiste du projet Europacity, méga-complexe de loisirs et de commerce porté par le français Auchan et le chinois Wanda). EUROPACITY

La canicule du début de cet été avait une triple origine : la météo, le réchauffement climatique et l’îlot de chaleur urbain causé par la forte bétonisation et bitumisation de la région parisienne, caractérisée par un faible ratio d’espace vert par habitant, fruit d’un urbanisme inconséquent. Le thermomètre est monté jusqu’à 43 °C à Paris le 25 juillet. Il est urgent de stopper l’hyperdensification et de repenser les grands projets parisiens et franciliens poursuivis malgré les positions et plans sur le climat, la pollution, les mesures prises pour la transition énergétique.

Le projet Europacity, au nord de Paris, dans le Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), est emblématique de cette contradiction : est prévu sur 80 hectares un projet d’un autre temps, avec un centre commercial de 230 000 m2 (500 boutiques), un parc de loisirs de 150 000 m2 (piste de ski artificiel, centre aquatique climatisé, salles de spectacle), des hôtels (2 700 lits), une zone de bureaux, etc., le tout desservi par une gare du Grand Paris Express (GPE) construite sur fonds publics. Un centre commercial de plus ruinerait ce qui reste de petits commerces des villes environnantes.

Promoteur mégalo

Ce projet pharaonique, anachronique, résulte de la coalition d’un promoteur mégalo, le groupe Auchan et son partenaire chinois Wanda, d’un architecte star danois à l’ego démesuré, Bjarke Ingels, de l’Etat, de la région et du maire PS de Gonesse médusés par un investissement de… 3,1 milliards d’euros. Comment peut-on promouvoir un pareil urbanisme dans le contexte de crise climatique et écologique actuel ?

Pourtant, la commission départementale de préservation des espaces naturels (Copenaf) est contre, l’ex-ministre Nicolas Hulot y était opposé, le plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse a été rejeté, la ZAC Triangle de Gonesse annulée. Mais malgré cela, l’Etat veut passer en force et a démarré cet été les travaux de la gare en plein champ, à 1,7 km de toute habitation, face à des militants sur place résolus à les freiner.

Nous voulons rappeler les incohérences des responsables politiques qui déclarent ce projet d’« utilité publique » et qui ont fait appel contre l’annulation de la ZAC, revalidée le 11 juillet, tout en parlant de transition écologique et de lutte contre le réchauffement climatique.

On constate, en Ile-de-France, un appauvrissement, voire un déclin de la biodiversité ces treize dernières années (Natureparif, 2016). Les plantes ont diminué de 20 % et les papillons de 18 % entre 2009 et 2015, la richesse des espèces a chuté de 45 % dans les grandes cultures dépourvues de bordures végétales (biotopes) contre 15 % dans celles qui en sont pourvues.

Disparition des oiseaux

Les effectifs d’oiseaux ont baissé de 30 % en onze ans en Ile-de-France, contre 17 % au niveau national, et cela s’accélère avec l’usage croissant d’insecticides neurotoxiques (néonicotinoïdes) persistants, responsables du déclin des abeilles et des insectes. Les pratiques agricoles intensives et l’étalement urbain dû à l’urbanisation galopante sont à l’origine de cette extinction des espèces dans la région.

Cela a précipité la disparition des oiseaux avec la suppression des haies, des bandes enherbées, des arbres, des fossés, des talus, des niches écologiques favorables à la diversité des espèces. Les causes se trouvent dans l’intensification des pratiques (drainage, fertilisation azotée, sélection variétale, extension des surfaces irriguées) et, surtout, dans l’usage de pesticides qui ont fortement dégradé la qualité des habitats et réduit de plus de 10 %, en moyenne, la population des oiseaux (la moitié des bruants et des pinsons, par exemple, a disparu). Ce déclin des oiseaux, des plantes, des insectes est néfaste à l’agriculture qui dépend aussi de cette biodiversité (pollinisateurs).

L’étalement urbain et l’artificialisation des sols en Ile-de-France, par la construction de routes, d’infrastructures, et le mitage pavillonnaire périurbain, responsables chaque année de la disparition de 200 hectares de terre agricole (en cinquante ans, plus de 100 000 hectares ont été engloutis), réduisent les territoires de la faune et fragmentent leurs biotopes. Par sa taille, le projet Europacity va renforcer ce processus qu’il faut inverser par deux actions.

D’une part, en faisant évoluer les pratiques agricoles vers des solutions alternatives conformément aux objectifs du plan Ecophyto du Grenelle de l’environnement qui veut limiter l’usage des pesticides de 50 % pour 2025, en développant l’agroécologie, la diversification des cultures, l’agriculture bio, l’agroforesterie, la permaculture ; utiliser la biodiversité en restaurant les habitats semi-naturels favorables à l’installation des « auxiliaires » de culture, alternative aux pesticides, pour rendre les agroécosystèmes plus résilients, rétablir des habitats refuges, des continuités/corridors écologiques à grande échelle pour faciliter leurs déplacements, selon les objectifs même du schéma régional de cohérence écologique (SRCE).

Préserver les terres arables

D’autre part, il faut limiter la bétonisation, la densification et l’artificialisation des sols en Ile-de-France pour lutter contre le dérèglement climatique et préserver les terres arables, surtout quand elles sont excellentes, comme ici, à Gonesse, et en conséquence stopper Europacity.

Ces objectifs de protection des terres arables, de la biodiversité, de transformation de l’agriculture en Ile-de-France, sont au centre même du projet alternatif Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir) et du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG).

Le changement climatique causé par les activités humaines émettrices de gaz à effet de serre (GES), avec pour conséquences canicules, sécheresses, inondations, diffusion d’agents pathogènes nouveaux, est aujourd’hui largement prouvé. Les effets sanitaires du stress thermique sont aussi bien connus (près de 20 000 morts en France en 2003). Les villes, par leur forme, leur densité, leur fonctionnement, leur activité, leur métabolisme, sont les principales sources d’émission de GES (80 %), 20 % des émissions restantes venant, en France, de l’agriculture (fertilisation des sols et élevage).

Le changement climatique n’est qu’une facette du changement global caractérisé par l’érosion de la biodiversité qu’une hausse de plus de 1,5 °C finirait de dévaster. On sait que les écosystèmes en bon état de conservation contribuent à la lutte climatique (captage et stockage du COatmosphérique par les sols et la biomasse). Une double politique s’avère nécessaire d’atténuation par transition énergétique vers l’objectif zéro carbone et d’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique par un alterurbanisme fondé sur/avec la nature (végétalisation).

Plusieurs pistes possibles

L’agriculture de la région Ile-de-France, responsable de 7 % des émissions de GES, se distingue par une forte mécanisation sur de grandes exploitations peu favorables à la biodiversité, et l’élevage y est faible (7 % des exploitations), l’atténuation des émissions de GES dans l’agriculture passe surtout par la diminution des intrants chimiques fertilisants et la production d’énergie renouvelable (méthanisation, éolien…)

Au total, plusieurs pistes sont possibles : encourager la diversification des cultures (légumineuses), protéger et développer les habitats favorables à la biodiversité (fossés, haies, arbres, bosquets, mares, lisières…), renforcer le stockage du carbone dans les sols et la biomasse par des prairies, introduire des arbres dans les cultures pour favoriser la fertilité biologique des sols et réguler leur humidité.

La région a signé le 20 mars, la charte du RES (Réseau environnement santé), « Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens », devenant ainsi la première région française à s’engager contre l’usage des substances chimiques toxiques, en respectant ses cinq points, dont les deux premiers qui exigent de « restreindre et éliminer à terme l’usage des produits phytosanitaires et biocides qui contiennent des perturbateurs endocriniens et accompagner les habitants dans cette démarche », et de « réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens en développant la consommation d’aliments biologiques ».

Plus de deux cents villes et territoires ont signé cette charte, dont Paris. Les effets sanitaires des perturbateurs endocriniens (PE) sont connus : baisse de la fécondité masculine et des naissances masculines, anomalies dans les organes reproducteurs mâles, problèmes de fertilité des femmes, puberté précoce, cancers du sein et de la prostate, maladies immunitaires et auto-immunes, maladies neurodégénératives, obésité, diabète… Ils sont responsables d’une crise sanitaire d’ampleur épidémique selon l’OMS.

92 % des cours d’eau contaminés

La région veut s’engager dans la production d’une alimentation saine, sans PE, et le Plan régional santé environnement 3e génération (PRSE3) a fait de la santé environnementale un enjeu majeur de santé publique, de la lutte contre les PE une grande cause régionale, avec la suppression totale des pesticides utilisés par l’agriculture intensive et néfastes pour la biodiversité, la santé des agriculteurs et plus largement des consommateurs.

De plus, une étude menée en 2015 par le commissariat général au développement durable (CGDD) a révélé que 92 % des cours d’eau et nappes phréatiques sont contaminés par ces pesticides. Avec son pacte agricole, la région voudrait bannir ces intrants chimiques à l’horizon 2030 en déployant une agroécologie à grande échelle dénuée de tout produit phytosanitaire, une agriculture bio, sans PE. La stratégie régionale pour la biodiversité voudrait également diminuer les effets des PE sur les écosystèmes.

Là encore, le projet Carma, qui se pose à la fois comme une alternative dans la région à l’artificialisation des sols et à l’agriculture intensive, pour la production d’une alimentation saine, s’intègre totalement dans ces objectifs qui lient santé des écosystèmes et santé humaine.

Ces arguments, en faveur du projet agricole Carma, démontrent les incohérences des pouvoirs publics et de la planification régionale qui soutiennent le projet Europacity, à l’heure de la crise écologique et du débat sur le climat.

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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 10:46

Appeler à une alliance impossible entre écologie et capitalisme, c’est accélérer la chute. Une tribune de Jérôme Gleizes publiée dans Politis le 29 août 2019. Lire aussi Il faut immédiatement mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle, Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050 et De l’impuissance des politiques à l’effondrement écologique.

Le thème de l’effondrement est le nouveau sujet écologiste à la mode, abondamment traité par les médias. L’enjeu d’un possible effondrement de nos sociétés est sérieux. Yves Cochet le définit comme « un processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi (1) ».

La question est d’ailleurs très bien documentée scientifiquement. Jared Diamond l’a popularisée en 2005 avec son livre Effondrement, dans lequel il décrit précisément des chutes de civilisations comme à l’île de Pâques ou chez les Mayas. En 2012, la revue Nature publie un article décrivant les différents scénarios d’effondrement de la biosphère (2). Cette thématique a même suscité un nouveau domaine de recherche, la collapsologie. L’effondrement à venir est donc un fait objectivé (3). Les différentes armées dans le monde (Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni, France…) s’y préparent depuis longtemps. En 2003, le département de la Défense américaine a publié un rapport qui examine les implications des dérèglements environnementaux sur la sécurité nationale ainsi que les risques de déstabilisations locales et internationales.

De l’extrême droite à l’extrême gauche, le sujet est débattu. Entre ceux qui voient la possibilité de développer une société débarrassée des populations surnuméraires grâce à un survivalisme guerrier et ceux qui imaginent la fin du capitalisme, les interprétations sont multiples. Mais une vision s’impose : l’urgence de la situation nécessiterait de dépasser le clivage gauche-droite pour une action au-delà des partis.

Or il faut lier résilience et impératif de justice sociale. La question sociale ne doit pas être secondaire, mais centrale. L’humanité va se trouver confrontée à un moment singulier de son histoire, au risque de sa disparition ou, plus exactement, de l’implosion de ses sociétés du fait d’un accroissement exponentiel des inégalités entre une minorité qui pourra se replier sur elle-même et gérer la pénurie et le dérèglement des écosystèmes, et une majorité confrontée à une lutte sans merci pour sa survie. La minorité, propriétaire de ressources devenues rares, privatisera la violence légitime pour se garantir la possibilité de vivre « comme avant ».

Plus que jamais, il faut engager un combat qui ne doit pas se réduire à des discours et actions sur l’adaptation. Réduire les inégalités et maîtriser son environnement est la seule manière d’assurer l’émancipation de la plus grande partie de l’humanité. Ne pas le faire, se contenter d’un appel à une alliance impossible entre une transition écologique douce et un capitalisme rénové, c’est accélérer le processus qui nous conduira sans nul doute à la chute douloureuse et violente de nos sociétés. Nous en serons les premières victimes, à nous donc de réagir maintenant en mettant en place des politiques radicalement écologistes.

(1) « Faire société face à l’effondrement », sur www.institutmomentum.org, 4 juin 2016.

(2) « From approaching a state shift in Earth’s biosphere », A. D. Barnosky et al., Nature, n° 7401, p. 52-58.

(3) Pour aller plus loin, voir « Effondrement ou bifurcation ? », Le Bruit des arbres.

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 12:25

Depuis l’introduction des insecticides néonicotinoïdes, il y a moins de trente ans, les trois quarts des populations d’insectes volants ont disparu. Cet été, l’Union européenne a renoncé à protéger rapidement ces pollinisateurs. Par Stéphane Foucart le 27 août 2019 pour Le Monde. Lire aussi L’Europe interdit trois pesticides néonicotinoïdes dangereux pour les abeillesLes électeurs volent au secours des abeilles en Bavière... une loi pour sauver les insectes en Allemagne ?  Les insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans, L'Europe doit choisir entre les abeilles et l’agrochimie...  Nous voulons des coquelicots...  et Ce que les abeilles murmurent à l’oreille des humains.

« Danser en travaillant », tel est le mantra des abeilles butineuses. Les plus expérimentées d’entre elles partent en exploration, à la recherche de délicieux pollens. Une fois ceux-ci dénichés, elles frétillent de l’abdomen pour appeler leurs jeunes collègues. Ces dernières sont ainsi formées à détecter le top des pollens, avant d’aider leurs aînées à transporter le précieux chargement. Photographie de Mark W. Moffett

« Danser en travaillant », tel est le mantra des abeilles butineuses. Les plus expérimentées d’entre elles partent en exploration, à la recherche de délicieux pollens. Une fois ceux-ci dénichés, elles frétillent de l’abdomen pour appeler leurs jeunes collègues. Ces dernières sont ainsi formées à détecter le top des pollens, avant d’aider leurs aînées à transporter le précieux chargement. Photographie de Mark W. Moffett

Il n’y aura pas de répit pour les abeilles. L’Union européenne a décidé de passer outre l’avis de ses propres experts, et de la communauté scientifique au sens large, dans la protection de ces insectes. Après six années d’atermoiements, l’un de ses comités techniques a adopté au cœur de l’été, le 17 juillet, un texte réglementaire parmi les plus lourds de ­conséquences pour l’avenir de la biodiversité sur le Vieux Continent.

Le texte en question – une mise à jour des principes d’évaluation des effets des pesticides sur les abeilles – fait l’impasse sur l’essentiel des recommandations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’agence d’expertise officielle de l’Union. L’écrasante majorité des mesures proposées par l’agence sont renvoyées à un examen ultérieur, au mieux, après l’été 2021. Et ce, alors que l’EFSA fait savoir depuis le printemps 2012 que les tests réglementaires actuels ne protègent pas les abeilles et les pollinisateurs sauvages (bourdons, abeilles solitaires, papillons, etc.). Interdits depuis fin 2018 en Europe, les trois principaux insecticides néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) pourraient ainsi être remplacés par des produits aussi problématiques.

Nouvelles générations de pesticides systémiques

Ce nouveau report d’au moins deux ans dans l’adoption de nouveaux « tests abeilles » intervient alors que les études soulignant l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs succèdent aux alertes du monde apicole. La plus marquante de ces études, publiée en octobre 2017 dans la revue PLoS One, suggère que la biomasse d’insectes volants a chuté de plus de 75 % entre 1989 et 2016 dans une soixantaine de zones protégées d’Allemagne. Avec un pic à plus de 80 % de déclin lorsque la mesure est faite au cœur de l’été.

La disparition des abeilles programmée en Europe

Au cours de ces vingt-sept ans, expliquent les auteurs, ni l’évolution des températures ni celle des précipitations, du nombre de jours de gel, de l’éclairage, de la quantité d’azote dans les sols ou du couvert végétal ne permettent d’expliquer un tel effondrement de l’entomofaune, dont les auteurs suspectent qu’il soit représentatif des « paysages de basse altitude d’Europe occidentale dominés par les activités humaines » – une suspicion que le « syndrome du pare-brise propre » constaté par les automobilistes âgés de plus de 40 ans, étaye largement.

Ce déclin abrupt de l’abondance d’insectes dans les campagnes européennes coïncide avec l’introduction des nouvelles générations de pesticides systémiques – néonicotinoïdes et fipronil – utilisés de manière préventive en enrobage de semences, sur des millions d’hectares de grandes cultures. « Les alertes des apiculteurs français, consécutives à l’utilisation de ces produits, remontent à 1994, et force est de constater que, depuis, la réglementation n’a pas vraiment évolué, en termes d’évaluation des risques des pesticides pour les pollinisateurs », déplore Martin Dermine, chargé de mission à l’ONG Pesticide Action Network-Europe (PAN-Europe).

Toxicité chronique

Dès 2003, un groupe d’experts français, le Comité scientifique et technique sur l’étude multifactorielle des troubles de l’abeille (CST), missionné par le ministère de l’agriculture, avait montré que les tests réglementaires en vigueur sont inaptes à évaluer les risques des nouvelles générations de produits phytosanitaires sur les abeilles. Le CST avait d’ailleurs développé sa propre méthodologie d’évaluation des risques.

Son rapport conduisit à la suspension, en France, de certains usages d’un néonicotinoïde courant – l’imidaclopride – mais il ne remit pas en cause les « tests abeilles » réglementaires. Il faudra attendre près d’une décennie pour que la Commission européenne prenne la question au sérieux et qu’elle saisisse l’EFSA de cette question. Mandatée pour passer en revue les tests en question, l’agence rassemble ses experts maison avec une vingtaine de scientifiques du monde académique. Le résultat de l’expertise, publié en mai 2012 dans un rapport de plus de 250 pages, est accablant.

Les tests en laboratoire requis avant la mise sur le marché d’un pesticide ne cherchent, par exemple, à déterminer que la toxicité aiguë pour l’abeille adulte. Les experts réunis par l’EFSA ­estiment qu’il faudrait également documenter la toxicité chronique, c’est-à-dire les effets d’une exposition répétée, plusieurs jours durant. Ce n’est pas un détail. Dès 2001, des travaux conduits à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont montré que des doses d’imidaclopride plusieurs milliers de fois inférieures à la dose de toxicité aiguë, administrées chaque jour, étaient susceptibles de tuer une abeille domestique en huit jours.

« Depuis qu’on a découvert que la toxicité des néonicotinoïdes sur les insectes est renforcée par la durée de l’exposition, il est clair que l’évaluation du risque basée sur la seule toxicité aiguë est insuffisante car elle sous-estime le risque de long terme, explique le toxicologue néerlandais Henk Tennekes, auteur de plusieurs travaux théoriques sur le sujet. Les produits relativement stables dans les sols et dans l’eau seront létaux pour les insectes à des concentrations très inférieures aux niveaux de toxicité immédiate. » Pour le cas de l’imidaclopride et de l’abeille, en estimant le risque à partir de la seule toxicité aiguë, on sous-estime ainsi de plus d’un facteur mille le risque réel encouru par les butineuses. « L’imidaclopride est un cas d’école, assure M. Tennekes. Ce produit a causé un déclin massif des insectes à des concentrations très inférieures à celles induisant une toxicité aiguë. »

En 2013, un an après la publication de son rapport détaillant les failles des « tests abeilles » en vigueur, l’EFSA publie un « document-guide », c’est-à-dire un ensemble d’effets délétères potentiels qu’il faudrait tester avant d’autoriser une molécule à entrer sur le marché. L’EFSA recommande de contrôler en laboratoire sa toxicité chronique sur l’abeille, mais aussi sur les larves, de contrôler la toxicité des molécules ­résultant de la dégradation du pesticide (ou métabolites) – celles-ci pouvant être plus toxiques encore que le produit commercialisé.

L’agence européenne recommande en outre de tenir compte de différentes voies d’exposition : les abeilles ne sont pas uniquement exposées par le biais du pollen et du nectar des cultures traitées, mais aussi par l’eau de « guttation » exsudée par les plantes et à laquelle les insectes viennent parfois s’abreuver ou encore par les poussières contaminées émanant des semoirs pneumatiques… L’EFSA ne s’arrête pas là et ­recommande également que les effets sublétaux (non directement mortels : perte de fertilité, d’immunité, d’orientation, etc.) soient pris en compte, de même que les effets cumulés de produits fréquemment rencontrés dans l’environnement. Toutes choses aujourd’hui absentes des « tests abeilles » réglementaires.

En théorie, d’autres « tests abeilles » réglementaires, en plein champ, sont supposés mettre en évidence d’éventuels problèmes que n’auraient pas détecté les tests en laboratoire. Mais là encore, les tests actuels censés reproduire au plus près les effets des pesticides sur les butineuses dans les conditions réelles, sont frappés, selon l’EFSA, de « faiblesses majeures ». Dans leur rapport de 2012, les experts commis par l’agence européenne notaient que les colonies enrôlées dans ces essais sont placées devant une surface test de 2 500 m2 à 1 hectare en fonction de la culture traitée. Or, de telles surfaces ne représentent que 0,01 % à 0,05 % de la surface visitée par une butineuse autour de sa ruche… L’exposition au produit est donc, là encore, potentiellement plusieurs milliers de fois inférieure à la réalité. L’EFSA propose aussi de revoir de fond en comble les protocoles de ces tests en plein champ.

A Bruxelles, entre 2013 et 2019, le fameux document-guide de l’EFSA a été inscrit à l’ordre du jour du comité technique européen ad hoc (le Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed, ou SCoPAFF) à une trentaine de reprises. Aucun accord des Etats membres n’a pu être trouvé pour l’adopter. Interrogée par Le Monde, la Commission européenne assure avoir bataillé ferme pour le faire adopter, mais a dû renoncer faute de bonne volonté d’une majorité d’Etats membres.

« Exercice d’acrobatie politique »

Le 17 juillet, aucune des avancées proposées par l’EFSA n’a en définitive été adoptée : le seul consensus obtenu a été de reconduire une évaluation des risques fondée sur la toxicité aiguë des substances testées. L’exécutif européen a donc demandé à son agence de réviser son document-guide. Remise de la copie : juin 2021. Reprendra alors le cycle de la remise à l’ordre du jour des réunions du SCoPAFF d’une nouvelle liste de recommandations…

Officiellement, il ne s’agit pour l’EFSA que de remettre à jour, en fonction des connaissances nouvelles, ses propositions. « En réalité, on sent bien que ce qui est implicitement demandé à l’EFSA n’est pas vraiment une expertise scientifique, mais plutôt un exercice d’acrobatie politique visant à réduire les ambitions pour satisfaire les Etats membres réticents, dit Martin Dermine. On ne voit d’ailleurs pas trop comment cela sera possible, puisque tout ce qui est publié dans la littérature scientifique va plutôt dans le sens d’une exigence de précaution encore accrue, par rapport à ce que l’on savait en 2012. »

De son côté, l’association française Pollinis, qui participe au comité des parties prenantes mis en place sur le sujet par l’EFSA, dénonce l’intense lobbying des industriels de l’agrochimie. Ceux-ci ont adressé aux responsables de l’exécutif européen au moins une dizaine de courriers protestant vigoureusement contre le document-guide de l’EFSA. De fait, les enjeux industriels sont considérables. « Les estimations conduites par les scientifiques de l’industrie eux-mêmes montrent que près de 80 % des usages d’herbicides, 75 % des usages de fongicides et 92 % des utilisations d’insecticides échoueraient à passer les tests de toxicité chronique sur l’abeille domestique », explique Barbara Berardi, responsable du pôle pesticides de Pollinis.

L’European Crop Protection Association (ECPA), l’association professionnelle des fabricants de pesticides, ne fait pas mystère de son opposition au document-guide proposé par l’agence européenne. « Nous soutenons pleinement un système robuste d’évaluation du risque pour les pollinisateurs, qui permet d’identifier les substances préoccupantes, dit-on à l’ECPA. Mais le document-guide proposé par l’EFSA débattu depuis 2013 ou les “principes uniformes” récemment adoptés [le texte réglementaire adopté le 17 juillet] ne permettent pas cela. »

Les industriels font valoir que les études en plein champ les plus exigeantes proposées par l’agence européenne ne sont pas réalisables. Pour qu’ils soient mis en œuvre, ces protocoles devraient couvrir plusieurs dizaines de kilomètres carrés, selon les plaidoyers transmis par l’ECPA à la Commission européenne, que Le Monde a pu consulter. En outre, ajoutent les industriels, il n’existe encore « aucune méthodologie reconnue au niveau international pour plusieurs des études requises par l’EFSA ». Enfin, les tests requis sont si contraignants, assure l’ECPA, que des produits utilisés en agriculture biologique échoueraient à les passer sans encombre…

Bourdons et abeilles solitaires

« On voit que l’industrie cherche à négocier les coefficients permettant d’estimer les niveaux de risques acceptables, avec des arguments extrêmement techniques, explique Barbara Berardi, sur la foi de documents que Le Monde a pu consulter. Par exemple, l’industrie demande à la Commission de relever à 20 % la perte d’abeilles au sein d’une colonie comme seuil acceptable, au lieu des 7 % recommandés par l’EFSA. »

Encore ne s’agit-il là que de considérations sur l’abeille domestique. Dans son document-guide de 2013, l’EFSA demande aussi que soient pris en compte des pollinisateurs sauvages importants, comme les bourdons et les abeilles solitaires. Jusqu’à présent, aucun test réglementaire ne se préoccupe d’évaluer les effets délétères des pesticides sur ces invertébrés. L’EFSA recommande d’en inclure. Elle n’est d’ailleurs pas la seule instance à exiger une telle mesure.

En 2015, deux ans après la publication du document-guide de l’agence d’expertise, le bras exécutif des académies des sciences des Etats membres de l’Union, l’European Academies Science Advisory Council (Easac), publiait un rapport sur les néonicotinoïdes, estimant qu’« il existe des preuves claires que de très faibles niveaux de néonicotinoïdes ont des effets sublétaux de longue durée sur des organismes bénéfiques ». Et que ce fait « devrait être pris en compte par les procédures d’approbation [des pesticides] de l’Union européenne ».

Stress chimique

L’un des points-clés du rapport était de souligner la grande fragilité des pollinisateurs sauvages face au stress chimique – plus grande que celle des abeilles domestiques, dont l’organisation sociale complexe permet des marges d’adaptation et une résilience que n’ont pas les autres insectes. « Il est probable que, à partir du moment où les abeilles domestiques ont commencé à décliner, des dégâts bien plus grands étaient déjà ­consommés pour les autres pollinisateurs, explique Michael Norton, qui a coordonné le rapport de l’Easac. A partir de ce constat, il semble nécessaire d’évaluer les risques des pesticides non seulement sur l’abeille domestique, mais au moins aussi sur d’autres insectes sauvages qui jouent un rôle bénéfique pour les activités humaines. »

Comme toutes les autres propositions de l’EFSA, ces tests sur des pollinisateurs sauvages, s’ils sont maintenus dans les futures recommandations de l’agence, ne seront pas discutés par les Etats membres avant l’été 2021. Presque une décennie après que l’alerte a été officiellement lancée sur la cécité des tests réglementaires actuels.

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