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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 09:11

Pour fixer les normes limitant l’exposition des travailleurs aux substances cancérogènes, responsables chaque année de 100 000 décès, Bruxelles s’appuie sur des experts majoritairement liés aux industriels. Par Stéphane Horel le 24 février 2017 pour Le Monde. Lire aussi Cancers professionnels : seulement dix-huit substances réglementées. Et aussi Nouvel échec européen sur les perturbateurs endocriniens, Halte à la manipulation de la science, et Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensonge.

Travailler à en mourir. Chaque année en Europe, 100 000 personnes meurent d’avoir été exposées à des produits qui leur ont causé un cancer tandis qu’elles exerçaient leur métier. Poumons, cavité nasale, vessie, prostate, larynx, maladie de Hodgkin, lymphomes, etc. : 100 000 cancers professionnels si bien documentés qu’ils sont dits « évitables ». Pour réduire le risque au maximum, voire l’éliminer totalement, les employeurs sont tenus d’adapter les conditions de travail de leurs employés en fonction de normes appelées « valeurs limites d’exposition ». Encore faut-il que ces normes, fixées substance par substance, soient suffisamment protectrices. Qui en décide ?

Dans l’Union européenne (UE), la détermination de ces valeurs limites découle des recommandations d’un comité officiel largement inconnu, le Comité scientifique en matière de limites d’exposition professionnelle (Scoel). Or la majorité de ses experts (15 sur 22) entretiennent des liens avec les secteurs industriels directement concernés par les substances soumises à leur évaluation.

Des liens on ne peut plus étroits pour trois d’entre eux, directement employés par les groupes BASF (chimie) et Shell (pétrole et gaz). Mais surtout, l’enquête du Monde démontre que c’est en toute connaissance de cause que la Commission européenne a choisi de confier à ces experts l’intégrité physique de plusieurs millions de travailleurs.

« Les travailleurs ont l’illusion d’être protégés »

Si le sujet prend un relief particulier aujourd’hui, c’est parce que l’Union européenne a entrepris de réviser sa « directive sur la protection des travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents cancérogènes ou mutagènes au travail ». Le Parlement européen examinera mardi 28 février ses propositions. Elles concernent une quinzaine de substances : chlorure de vinyle, chrome hexavalent, différents types de fibres minérales (des isolants qui ont remplacé l’amiante et posent également question), poussières de bois, etc. Pas moins de 20 millions de personnes y sont exposées.

Mais les valeurs limites d’exposition proposées par la Commission sont « beaucoup trop élevées », déplore Laurent Vogel, juriste, chercheur à l’Institut syndical européen (ETUI), un centre de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats. La valeur proposée pour le chrome hexavalent, par exemple, est vingt-cinq fois supérieure à celle appliquée en France.

Plus de 1 million d’ouvriers européens sont exposés à cette substance qui provoque des cancers du poumon. « Des valeurs limites très élevées aboutissent à des désastres, estime M. Vogel. Les travailleurs ont l’illusion d’être protégés. Dans la pratique, ces valeurs limites se convertissent alors en une autorisation de tuer accordée aux entreprises. » Et ces valeurs limites dérivent toutes des avis émis par le Scoel, le comité d’experts européen.

Le Scoel est composé de vingt membres et de deux « invités ». Aucun n’est employé à temps plein par la Commission : ces experts ne sont pas des fonctionnaires européens, mais exercent une activité professionnelle principale comme professeurs d’université, chercheurs au sein d’instituts, etc., à Berlin, Edimbourg (Ecosse) ou Utrecht (Pays-Bas). Plusieurs fois par an, la Commission organise des réunions du Scoel auxquelles ils participent.

Des experts liés à l’industrie délibérément sélectionnés

C’est la Commission qui a choisi chacun d’entre eux pour un mandat de trois ans, en fonction « de leur expertise et leur expérience scientifiques reconnues », ainsi que l’exigent les textes européens. Mais les membres ont dû, au moment de la soumission de leur candidature, remplir des « déclarations d’intérêts ». Dans ces formulaires, il leur est demandé de consigner toute activité pouvant les mettre en situation de conflit d’intérêts. C’est-à-dire toute collaboration, au cours des cinq années qui précèdent, avec des entités « ayant un intérêt dans le champ d’activité » du Scoel, ce qui recouvre à peu près tous les secteurs industriels européens.

Les déclarations d’intérêts étant des documents publics, Le Monde a pu prendre connaissance des informations dont la Commission disposait pour éclairer son choix et constater qu’elle a délibérément sélectionné quinze experts liés – à différents degrés – à l’industrie. Chimie, métaux, fibres minérales ou encore automobile : la plupart des secteurs « représentés » dans le Scoel sont d’ailleurs impliqués dans des actions de lobbying visant à influencer leurs obligations futures dans la directive sur la protection des travailleurs. Pour les industriels, des valeurs limites strictes, synonymes de mise en conformité, représentent un coût.

La Commission n’ignorait donc pas que Robert Landsiedel et Edgar Leibold sont employés par le groupe allemand BASF, et Peter Boogaard, par Shell. Le leader mondial de la chimie et le géant de l’industrie pétrolière doivent appliquer les valeurs limites inspirées par les avis du Scoel. « Je suis tout à fait conscient du conflit d’intérêts potentiel (perceptible) et tout à fait capable, professionnellement, de faire les distinctions appropriées », a écrit Peter Boorgaard dans un courriel au Monde.

Les clients de Sebastian Hoffmann, le dirigeant d’un cabinet de consultants en toxicologie, doivent aussi appliquer les normes d’exposition : ce sont des industriels de la chimie. La Commission a néanmoins considéré que M. Hoffmann n’avait « aucun » conflit d’intérêts. C’est le mot qu’elle a inscrit en face de plusieurs noms dans son tableau d’appréciation des membres du Scoel, en contradiction flagrante avec les informations figurant dans leurs déclarations d’intérêts.

L’expertise européenne sur les substances cancérogènes entachée par les conflits d’intérêts

L’expertise européenne sur les substances cancérogènes entachée par les conflits d’intérêts

Tableau d'évaluation des conflits d'intérêts au sein du Comité scientifique en matière de limites d’exposition

Tableau d'évaluation des conflits d'intérêts au sein du Comité scientifique en matière de limites d’exposition

Fréquentes omissions

C’est aussi le cas pour Hermann Bolt et Helmut Greim qui n’auraient, selon la Commission, « aucun » conflit d’intérêts. Retraités de longue date de leurs activités universitaires respectives, membres du Scoel depuis sa création il y a plus de deux décennies, les toxicologues allemands en sont désormais des membres « invités », présents à toutes les réunions ou presque. M. Bolt a pourtant déclaré être membre du conseil scientifique de l’EUGT, une organisation au service de l’industrie automobile et dirigée par BMW, Daimler et Volkswagen. Conseil scientifique d’ailleurs présidé par le second expert, M. Greim. Longtemps expert au sein de divers comités scientifiques européens, celui-ci s’est distingué au cours des dernières années pour prôner, auprès de la Commission, une réglementation minimaliste des perturbateurs endocriniens, des substances chimiques qui interagissent avec le sytème hormonal.

Si M. Greim a bien indiqué être consultant et conseiller pour les industriels de la chimie et des fibres minérales, il ne mentionne pas des collaborations que plusieurs médias européens, dont Le Monde, ont documentées dans le détail au cours des derniers mois. M. Greim est, entre autres, membre d’un groupe mis en place par Monsanto pour défendre le glyphosate, principe actif du Roundup, son célèbre herbicide soupçonné d’être cancérogène, et officie comme consultant pour BASF. La rubrique prévue pour les « membres de famille proche » est vide dans sa déclaration d’intérêts alors que son épouse, Heidrun Greim, codirigeait une société de consultants en toxicologie jusqu’en 2016.

A noter que les oublis ne sont pas rares : cinq experts ont omis de consigner certains travaux. Le président du Scoel par exemple, Leonard Levy, déclare être consultant pour l’industrie des métaux, mais oublie une mission de consultant pour l’industrie des fibres minérales effectuée en 2015 en compagnie de M. Greim.

« Honteux »

« Quand l’industrie me demande conseil, je le fais comme expert indépendant, et l’industrie sait très bien qu’elle ne peut pas influencer mes évaluations », a assuré M. Greim au Monde, qui lui demandait si ses collaborations avec des organisations défendant des intérêts commerciaux pouvaient altérer son jugement. Des experts mentionnés, seuls MM. Boogaard et Greim ont répondu aux sollicitations du Monde.

Si les experts sont libres de collaborer avec qui bon leur semble, la Commission, selon les textes européens, doit, elle, veiller à ce que les recommandations du Scoel se fondent « sur les principes éthiques de l’excellence, de l’indépendance, de l’impartialité et de la transparence », a écrit la porte-parole de la Commission européenne au Monde. Des « mesures d’atténuation pour éviter des conflits d’intérêts » ont été mises en place, assure-t-elle. « Ainsi, les membres qui ont un lien avec une certaine branche industrielle ne peuvent pas participer aux discussions concernant les substances spécifiques. »

« C’est honteux !, réagit la sociologue Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et grande figure de la santé au travail en France. J’ai du mal à comprendre que la Commission européenne, qui doit œuvrer pour le bien de tous, s’affranchisse d’un recours à une expertise effective, libérée de tout lien avec l’industrie. »

La Commission assume

Deux cas singuliers, enfin. Les experts Ivonne Rietjens et Angelo Moretto ont en commun d’avoir dû démissionner de panels scientifiques d’une autre agence officielle, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), en raison, précisément, de leurs conflits d’intérêts. Un article de presse spécialisée avait révélé que Mme Rietjens avait été rémunérée un peu plus de 50 000 euros en 2014 pour sa présence assidue au conseil de surveillance de Royal Wessanen, une entreprise agroalimentaire néerlandaise.

M. Moretto avait quant à lui quitté le panel traitant de la question des pesticides après avoir fait l’objet, en 2011, de l’une des deux uniques procédures de « rupture de confiance » dans l’histoire de l’agence. Il n’avait pas déclaré posséder 17 % des parts d’un cabinet de consultants en toxicologie qu’il avait cofondé, Melete. Il en possédait toujours 10 % quand il a été désigné membre du Scoel, en mai 2015, sans que la Commission, cette fois, trouve cela problématique.

Sur les seize collaborations que M. Moretto déclare au total, la moitié correspond à des expertises dans le cadre de procès. En clair, des industriels ont recours aux services de M. Moretto pour se défendre dans des procédures les opposant à des employés – plus souvent les proches de ceux-ci quand ils en sont morts – qui leur réclament des dédommagements pour des maladies liées à leur exposition à l’amiante, au benzène, au cobalt, au chrome et plus généralement à des produits de la pétrochimie.

« Il est indispensable d’avoir des experts qui ont une vraie expertise de terrain », assume la porte-parole de la Commission, justifiant la pertinence de confier les normes européennes de protection contre le cancer professionnel à des experts qui assistent les entreprises qui en sont à l’origine.

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 12:06

Une centaine de députés de gauche estiment que l’accord de libre-échange Europe-Canada place les multinationales au-dessus des citoyens, des élus et des petites entreprises. Par Erwan Manach le 22 février 2017 pour Politis à lire sur www.politis.fr . Lire aussi Tou⋅te⋅s à Strasbourg pour stopper le vote du CETA !, Nous pouvons stopper le CETA !, « Au cœur du CETA », épisode 3 : CETA et climat font-ils bon ménage ? et 12 raisons de s’opposer au CETA !

Photo : Emmanuele Contini / NurPhoto

Photo : Emmanuele Contini / NurPhoto

Cent quatre députés de gauche (EELV, Front de Gauche, PS) ont saisi mercredi le Conseil constitutionnel au sujet de l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada, ratifié le 15 février par le Parlement européen. L’institution aura un mois pour juger de la compatibilité du traité avec la Constitution française.

Le CETA, qui prévoit une « harmonisation » des règles du commerce d’une rive à l’autre de l’Atlantique, doit entrer en application provisoire (à 90 %) à partir du mois d’avril, avant le vote des parlements nationaux. Mais de nombreuses ONG l’estiment inconciliable avec la Constitution française, pour trois raisons : 1 – Les citoyens passent après les multinationales, 2 – Les investisseurs ne sont plus égaux devant la loi, 3 – Le « principe de précaution » n’est pas respecté. (...)

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 11:01

Des aides d’État massives en faveur des énergies renouvelables ont fait de l’Allemagne le premier exportateur européen d’électricité, fragilisant les systèmes de production des autres États membres. Plutôt que de favoriser ce mercantilisme, l’avenir de l’Europe de l’énergie passe par une politique commune de soutien à la transition énergétique. Par Nicolas Govillot et Pierre Jérémie, polytechniciens, ingénieurs des mines, pour Les Echos le 21 février 2017.

L'Allemagne a fait le choix de l'Energiewende, pour sortir du nucléaire et investir massivement dans les énergies renouvelables (ENR). Ces dernières ne pouvant pas être déployées à grande échelle aux conditions de marché, l'État allemand a développé un mécanisme de soutien public ambitieux dès les années 2000. La part des ENR dans l'électricité allemande a ainsi triplé entre 2004 et 2014, de 9 % à 28 %, gagnant 19 points : une performance inégalée en Europe.

Ces investissements entraînent des surcapacités en Allemagne et chez ses voisins. Lorsque les 45,5 GW d'éoliennes allemandes (l'équivalent de 32 réacteurs nucléaires de 1400 MW) produisent, il arrive que la puissance apportée sur le réseau excède largement la demande allemande. Cette énergie est alors exportée à travers les interconnexions. L'interconnexion France-Allemagne est utilisée à 76 % dans le sens de l'import ; elle est alors saturée à 90 %.

Les exportations d'électricité allemande à bon marché sont favorables aux consommateurs européens, car elles diminuent le prix de l'électricité. Mais elles pénalisent les producteurs d'électricité (allemands et européens) en réduisant la rentabilité de leurs installations conventionnelles. Comme le montre l'analyse économétrique des prix de marché français et allemand et des parts respectives de production d'origine renouvelable, pour chaque gigawatt supplémentaire d'éolienne qui tourne en Allemagne, c'est 0,73 EUR en moins sur le prix de gros français.

Pour un acteur comme EDF, l'Energiewende "coûte" donc de l'ordre de 35 à 45 MEUR par an pour les seules centrales thermiques françaises (cf. article de P. Jérémie disponible en ligne).. En principe, toute aide d'État doit être proportionnée aux objectifs visés pour être autorisée par la Commission européenne. Or, l'aide d'État allemande va bien au-delà du minimum nécessaire : au rythme actuel, l'Allemagne dépassera de 4 points sa cible de 18 % en 2020 imposée par la directive sur les énergies renouvelables.

Osons le terme : la politique allemande, sans l'assumer explicitement, est mercantiliste. Cette politique n'est soutenable, et acceptée par le consommateur allemand (qui supporte 6,88 c€/kWh sur sa facture), que parce qu'elle conduit à un dumping : la balance commerciale allemande en électricité est aujourd'hui excédentaire de 50 TWh annuels contre 20 TWh en 2008.

Ce dumping est payé par l'équivalent allemand de la CSPE, qui représente près de 25 Mds€ cette année soit un montant cumulé de l'ordre de 400 Mds€ pour les 20 prochaines années (contre environ 100 Mds€ dans le cas français). Et il alimente un compte courant déjà largement excédentaire, de plus de 8 points de PIB en 2015. En somme, le soutien massif aux ENR allemands est un programme de grande ampleur de soutien à l'exportation d'électricité, qui a un impact fort sur l'équilibre européen du système électrique et les filières de production des autres États membres.

Si tous les pays reproduisaient l'exemple allemand, les déséquilibres commerciaux en matière électrique se résorberaient, mais au prix d'une gigantesque surcapacité de production à l'échelle européenne, qui ne manquerait pas d'entrainer des difficultés à maintenir l'équilibre du système électrique. Dans ce jeu à somme nulle, évitons la fuite en avant : l'Allemagne dispose d'une plus forte capacité d'endettement que nous.

Aucun énergéticien européen n'a jusqu'à présent contesté le mécanisme d'aide d'État allemand devant la Cour de justice de l'UE. Dans le cas d'EDF, il serait effectivement politiquement délicat pour son actionnaire principal, l'État, de mettre ainsi en cause une politique structurante de notre partenaire allemand. Il n'en demeure pas moins qu'une question légitime de proportionnalité des aides allemandes aux objectifs visés, une fois pris en compte les effets négatifs sur d'autres États membres, pourrait, en droit, être posée.

Pour avancer dans l'Europe de l'énergie, il faut sortir du mercantilisme et construire une véritable politique européenne commune de soutien à la transition énergétique. Le projet de directive révisée sur les ENR, publié par la Commission le 30 novembre dernier, se refuse désormais à fixer des objectifs nationaux contraignants après 2020. Cet arbitrage renonce à trancher le nœud gordien : comment promouvoir la décarbonation de l'économie européenne par des outils nationaux sans entraîner de fortes perturbations des échanges entre États membres ?

Au sein du couple franco-allemand et dans l'intérêt européen, nous devons plaider pour une transition d'un soutien aux ENR par des aides d'État déterminées au niveau national vers une véritable politique commune, dont le cœur serait une augmentation du prix du carbone au service de la transition énergétique. C'est le prix du carbone qui rémunérera durablement les énergies renouvelables, à proportion des émissions de gaz à effet de serre évitées, dans le cadre d'un mécanisme de marché. L'Europe de l'énergie brûle, et nous regardons ailleurs.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 10:38

La présence de ce radioélément a été mesurée en janvier dans plusieurs pays, dont la France, à des niveaux sans risque pour la santé. Par Pierre Le Hir le 20 février 2017 pour Le Monde.

Instruments de mesure de la pollution de l'air sur le toit d'une habitation dans la région lilloise en 2007. DENIS CHARLET / AFP

Instruments de mesure de la pollution de l'air sur le toit d'une habitation dans la région lilloise en 2007. DENIS CHARLET / AFP

« De l’iode 131, radionucléide d’origine artificielle, a été détecté, courant janvier, à l’état de traces dans l’air au niveau du sol en Europe. » L’annonce, faite lundi 13 février, dans un communiqué, par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, n’a guère fait de bruit. Sans doute parce que les niveaux mesurés sont « sans aucune conséquence sanitaire ». Il n’en reste pas moins que cette contamination, même très faible, reste un événement rare dont la cause n’a pas encore été élucidée.

Les données recueillies proviennent d’un réseau européen d’experts, Ring of Five, qui compte un peu plus d’une centaine de stations de mesures et auquel l’IRSN participe. Le premier signalement de la présence d’iode radioactif a été fait au cours de la deuxième semaine de janvier, dans l’extrême nord de la Norvège. Dans les semaines suivantes, jusqu’à la fin du mois de janvier, ce radioélément a aussi été décelé dans l’air ambiant en Finlande, en Pologne, en République tchèque, en Allemagne, en France et en Espagne.

Les teneurs mesurées dans les filtres à air des stations de collecte d’aérosols sont infimes, de l’ordre de quelques microbecquerels par mètre cube d’air (µBq/m3). Les plus élevées ont été décelées en Pologne près de Varsovie (5,9 µBq/m3). En France, les analyses faites dans trois stations du réseau Opera-Air de l’IRSN, dans l’Essonne, en Côte-d’Or et dans le Puy-de-Dôme, révèlent des concentrations comprises entre 0,1 et 0,31 µBq/m3.

Des traces de contamination atmosphérique décelées dans plusieurs pays européens. IRSN

Des traces de contamination atmosphérique décelées dans plusieurs pays européens. IRSN

« Teneurs anecdotiques »

L’IRSN précise que ces mesures ne portent que sur « la fraction particulaire de l’iode », qui se fixe sur les aérosols et peut être ainsi piégée dans les filtres, et non pas sur la fraction gazeuse, qui est « 3 à 5 fois » plus importante, mais qui est plus difficile à détecter. Au total, gaz et aérosols confondus, le niveau mesuré en France est donc estimé « au plus à 1,5 µBq/m3 ». « D’un point de vue sanitaire, ces teneurs sont anecdotiques », précise au Monde Jérôme Joly, directeur général adjoint de l’IRSN chargé de la radioprotection. A titre de comparaison, elles sont de l’ordre du millième de celles relevées en France après l’accident de Fukushima du 11 mars 2011. Et du millionième de celles que l’on trouvait dans le « nuage » radioactif de Tchernobyl qui avait traversé l’Hexagone entre le 30 avril et le 5 mai 1986.

Mais d’où vient ce radionucléide voyageur ? L’iode 131 est un radioélément artificiel, dont la présence peut avoir plusieurs origines, accidentelles ou non. Il est notamment produit par la réaction de fission dans les réacteurs nucléaires, mais aussi, à des fins médicales de diagnostic par imagerie ou de radiothérapie, dans des centres spécialisés.

« Des mesures effectuées dans l’est de l’Europe montrent que l’on a pas trouvé trace d’autres produits de fission, comme du césium radioactif, qui auraient été présents eux aussi dans l’air dans le cas d’un rejet accidentel provenant d’un réacteur nucléaire, déclare M. Joly. L’hypothèse la plus probable est que la source soit une usine de production de radioéléments à usage radiopharmaceutique ou radiothérapeutique. »

Un élément est en tout cas acquis : le rejet d’iode 131, dont on ne sait pas pour l’instant s’il a été ponctuel ou s’il s’est étalé sur une période de temps plus importante, est relativement récent. Ce radioélément a une période de vie d’environ huit jours, ce qui signifie que sa radioactivité décroît de moitié tous les huit jours et qu’il a totalement disparu au bout de quatre-vingts jours.

« Conditions météorologiques défavorables »

Une autre possibilité existe. « De nombreuses installations en Europe et dans les pays voisins sont autorisées à rejeter de l’iode 131 dans l’atmosphère, rappelle la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), dans un communiqué daté du 14 février. Il s’agit par exemple des installations liées à la production d’électricité d’origine nucléaire mais aussi des installations liées à l’utilisation d’iode 131 dans le domaine médical. »

Selon cet organisme, les taux mesurés ces dernières semaines pourraient résulter, non pas d’une augmentation anormale des rejets autorisés, mais de « la diminution des possibilités de dilution » de ces éléments radioactifs. Cela en raison des « conditions météorologiques particulières » qui ont prévalu en janvier et qui étaient propices à « la stagnation des poussières dans les couches inférieures de l’atmosphère ». L’IRSN note également que « les conditions météorologiques défavorables, liées notamment à des “inversions de température”, ont vraisemblablement participé au niveau de concentration de l’iode 131 », comme cela a été aussi le cas pour d’autres radionucléides d’origine naturelle ou pour les particules fines.

La Criirad n’en estime pas moins que « le faible nombre de points de mesure ne permet pas d’exclure l’existence de rejets anormalement élevés d’une ou plusieurs installations ». Fin 2011, des concentrations anormales d’iode 131 avaient déjà été relevées dans l’air de plusieurs pays européens. L’enquête avait établi qu’elles avaient pour origine l’Institut hongrois de recherche sur les isotopes de Budapest.

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 14:06

Pas moins de 400 organisations demandent à la Commission européenne de protéger les terres comme elle protège l’air et l’eau. Une tribune du 19 février 2017 par Françoise Vernet, Présidente de Terre et Humanisme, Pierre Rabhi, Cofondateur et président d’honneur de Terre et Humanisme, Freddy Le Saux, Président de Terre de liens, et Michel Dubromel, Vice-président de France-Nature-Environnement.

Pour l’agriculture de demain, protégeons les sols européens

Après soixante années d’une révolution dite «verte», le travail des agriculteurs a été dénaturé et a généralisé des pratiques insoutenables pour les terres. Par la transformation technologique de fond et la massification de l’usage de produits chimiques, l’Union européenne (UE) a réussi à augmenter les rendements agricoles pour nourrir une population grandissante. Le prix à payer est trop élevé. Il est temps d’instaurer un cadre pour réglementer la protection des sols. Cette agriculture du XXe siècle s’est enrayée et s’est détournée de son objectif premier : nous nourrir. Surproduction alimentaire, utilisation excessive d’intrants chimiques, surendettement. La population d’agriculteurs a fondu comme neige au soleil et les fermes sont devenues gigantesques. Malade, ce système a mis les agriculteurs sous perfusion monétaire et chimique. Il est difficile pour eux de s’en extirper. Le modèle agricole européen est à bout de souffle et le sol, ressource de base pour le travail d’agriculteur, a été malmené. Erodé car laissé nu entre deux cultures, tassé car arpenté par des tracteurs de plus en plus lourds, contaminé car nourri aux produits phytosanitaires, artificialisé pour répondre aux besoins de l’expansion urbaine. Cette base de l’agriculture est en piteux état. Heureusement, le sol est un milieu résilient.

Des alternatives fleurissent déjà sur tous les territoires, avec pour objectif de produire mieux avec moins. Une meilleure qualité, un meilleur revenu pour le producteur et surtout une meilleure intégration de la ferme dans son environnement. Travailler avec la nature et non contre elle. Laisser les vers de terre aérer le sol au lieu de le faire par le labour, remettre des haies pour que leurs habitants se nourrissent des ravageurs, associer certaines variétés entre elles et augmenter la diversité des cultures pour combattre les maladies. Ces solutions alternatives aux traitements chimiques représentent une économie de temps et d’argent pour l’agriculteur. Ces systèmes agricoles innovants prennent leurs racines dans l’agroécologie. Ils visent la triple performance économique, environnementale et sociale, et s’inscrivent dans un mouvement de réduction de consommation de protéine animale et de produits lactés. Pour arrêter de scier la branche sur laquelle elle est assise, la profession agricole doit amorcer ce virage et remettre la santé des sols au cœur de son fonctionnement. Le renouveau passera par la diversité des paysages et le maintien des fermes à taille humaine qui alimentent les circuits de distribution de proximité. La sauvegarde des sols est un enjeu sociétal fort au regard des nombreux services qu’il nous rend, en stockant du carbone, en filtrant notre eau, etc. L’agroécologie considère la qualité du sol comme essentielle au développement des systèmes agricoles. Elle propose un nouveau pacte entre l’agriculture et la société. La France est le plus gros producteur agricole en Europe. C’est donc par nous que viendra le changement.

En 2009, la France faisait partie des pays qui ont bloqué le projet de directive-cadre sur les sols. Ne répétons pas nos erreurs : à la veille des élections présidentielle et législative et de l’ouverture du Salon de l’agriculture, il est temps que le monde agricole français et européen trouve un nouveau souffle. Cet appel à la mobilisation citoyenne pour la protection des sols vise à réconcilier l’agriculture et l’environnement. Si l’UE a participé à la réorientation d’une profession il y a soixante ans, pourquoi ne pourrait-elle pas le faire aujourd’hui pour généraliser l’agroécologie ? C’est le pari qu’ont fait 400 organisations (associations de protection de la nature, chercheurs, agriculteurs) qui ont rejoint le mouvement People4soil en demandant à la Commission européenne de protéger les sols comme elle protège aujourd’hui l’air et l’eau. Comment ? Grâce à l’initiative citoyenne européenne. Ce mécanisme de démocratie directe permet à 1 million de citoyens européens de proposer une mesure et d’interpeller directement la Commission européenne. Nous avons jusqu’à septembre pour atteindre le million à travers la campagne People4soil (sur le site www.lappeldusol.fr).

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 11:50

Bruxelles menace Paris de saisir la justice européenne si elle ne prend pas de nouvelles mesures. L'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et l'Espagne font l'objet du même ultimatum. Par Joël Cossardeaux d’après l’AFP le 15 février 2017 pour Les Échos.

Paris est régulièrement touché par des pics de pollution. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Paris est régulièrement touché par des pics de pollution. LIONEL BONAVENTURE / AFP

C'est ce qui s'appelle aggraver son cas. Mise en demeure en 2015 par la Commission européenne de se conformer aux valeurs limites qu'elle a fixées en 2008 sur les émissions de dioxyde d'azote (NOx), la France, visiblement trop lente à s'exécuter, a reçu mercredi un nouvel avertissement de Bruxelles. Un coup de semonce qui pourrait être le dernier, fait-on comprendre au siège de l'exécutif européen, où l'on s'agace de voir que la France n'a toujours « pas remédié aux infractions répétées » qu'elle a commises. Si elle devait encore tarder à le faire, la Commission a indiqué qu'elle pourrait saisir sous deux mois la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) pour contraindre Paris à rétablir un air plus sain dans ses principales agglomérations.

La dureté de cet ultimatum est dictée par la situation. La persistance de niveaux élevés de NOx, dont 40 % des émissions proviennent du trafic routier et tout particulièrement des véhicules diesel (80 % des émissions liées à ce même trafic), « constitue un grave problème pour la santé », rappelle la Commission. En 2013, le dépassement des valeurs limites de NOx a, toujours selon elle, « entraîné la mort prématurée de près de 70.000 Européens, soit presque trois fois le nombre de décès par accident de la route ».

Un chiffre qui peut parfaitement baisser moyennant certaines mesures, notamment celles visant à réduire le trafic et à encourager l'usage des véhicules électriques, signale la Commission. C'est justement ce à quoi la France s'emploie avec la récente et progressive mise en œuvre de la vignette Crit'Air dans plusieurs grandes agglomérations, comme Paris ou Lyon.

Un mieux pas suffisant

« La situation s'améliore en France, mais ce n'est pas assez », a estimé très récemment un représentant de la Commission européenne. Le but de celle-ci n'est d'ailleurs pas tant de sanctionner que d'inciter les États à se mettre en règle en prenant des dispositions toujours plus efficaces. Et nombreuses sont celles qui doivent encore faire leurs preuves. L'ultimatum lancé mercredi à la France l'a été, et dans les mêmes termes, à l'Allemagne, au Royaume-Uni, à l'Italie et à l'Espagne. Autant de pays où des plans et des mesures de restriction de la circulation automobile en zone urbaine ont aussi été adoptés et de plus longue date.

En fait, Bruxelles joue sur la peur du gendarme. La France, déjà maintes fois grondée, n'en est pas encore à devoir payer des peines d'amende susceptibles d'atteindre 200 millions d'euros par an. ■

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 10:10

Une décision européenne devrait intervenir cet été pour déterminer si le pesticide est « cancérogène probable » ou pas. Par Stéphane Foucart le 9 février 2017 pour Le Monde.

Une quarantaine d’ONG européennes lancent une initiative citoyenne contre le glyphosate

La saga mouvementée de la ré-homologation du glyphosate dans l’Union européenne (UE) devrait connaître son dénouement dans les prochains mois, après deux années et demie de vives controverses.

Mais la société civile maintient la pression sur Bruxelles. Une quarantaine d’organisations de défense de la santé ou de l’environnement (Greenpeace, Les Amis de la Terre, Health and Environment Alliance, etc.), issues de quatorze États membres, ont lancé, mercredi 8 février, une initiative citoyenne européenne (ICE), afin d’obtenir l’interdiction de l’herbicide – principe actif du Roundup de Monsanto – et une réorientation de la politique communautaire en matière d’agriculture et de produits phytosanitaires (insecticides, fongicides, herbicides).

Prévue par le traité de Lisbonne, l’ICE permet d’« inviter la Commission européenne », de manière formelle, à prendre des dispositions législatives. Pour être considérée comme valide, elle doit rassembler un million de signatures en moins d’un an.

Emblématique, le glyphosate est le pesticide de synthèse le plus utilisé en Europe et dans le monde, et le plus fréquemment retrouvé dans la nature. De toutes les substances utilisées en agriculture, il n’est toutefois ni le plus néfaste pour l’environnement ni le plus dangereux pour la santé humaine.

« Opacité »

Mais son classement par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) comme « cancérogène probable pour l’homme », en mars 2015, en a fait un abcès de fixation. D’autant plus que le processus de ré-homologation du produit était alors en cours au niveau européen, concluant, à l’inverse du CIRC, au caractère probablement non cancérogène de la substance et proposant donc sa remise en selle en Europe…

« Le glyphosate a nourri la controverse parce que sa sûreté a été évaluée par les instances européennes à partir d’études industrielles secrètes, explique Martin Pigeon, chercheur à l’ONG Corporate Europe Observatory, participant à l’initiative citoyenne. Cette opacité favorise l’industrie et empêche de contrôler scientifiquement les décisions européennes en matière de sûreté de l’alimentation. Les pesticides ne devraient être évalués que sur des éléments de preuve scientifiques publiés. »

Aux côtés de la demande d’interdiction du glyphosate sur le Vieux Continent, c’est l’une des trois principales requêtes portées par l’initiative.

Le troisième axe de l’ICE relève plutôt d’un rappel à la loi. « Nous demandons aussi à ce que des objectifs de réduction de l’usage des pesticides soient fixés au niveau européen, précise François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures, associée à l’ICE. Mais en théorie, cette disposition est déjà présente dans la directive de 2009 sur les pesticides. Il semble seulement que tout le monde ait oublié son existence… »

À la différence d’une majorité d’autres États membres, la France a choisi de s’y conformer, avec le plan Ecophyto, dont la première version prévoyait une division par deux de l’usage des pesticides entre 2008 et 2018. Mais l’échec est consommé – l’utilisation des « phytos » ayant augmenté depuis 2008 – et la deuxième version du plan prévoit cette fois-ci d’atteindre le même objectif, mais en 2025. Ce qui paraît en l’état tout aussi irréaliste.

La fixation d’objectifs obligatoires au niveau européen permettrait, ajoute M. Veillerette, « d’éviter des distorsions de concurrence entre les agriculteurs au sein même de l’UE ». Et, pour rendre de telles mesures acceptables, « tout cela doit aller de pair avec des mesures de soutien aux agriculteurs », précise M. Pigeon.

L’initiative aboutira-t-elle ? Le temps presse. Car la décision européenne devrait intervenir cet été, après la remise d’une dernière expertise, confiée à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Celle-ci doit arbitrer la controverse entre le CIRC, pour qui le glyphosate est « cancérogène probable », et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), pour qui il ne l’est pas… L’ECHA doit conclure avant l’été. « Pour avoir une chance de peser sur le processus de décision, il nous faudra réunir le maximum de signatures d’ici quatre à cinq mois », décrypte M. Veillerette.

Réévaluation aux États-Unis

Un paramètre inattendu pourrait aussi jouer un rôle dans la décision européenne. Le glyphosate est en effet, aussi, en cours de réévaluation aux États-Unis, où l’expertise de ce type de substance incombe à l’Environmental Protection Agency (EPA). En cours de reprise en main par l’administration Trump, l’EPA n’a pas donné d’échéance pour la remise de ses conclusions. Mais si elles étaient rendues avant celles de l’ECHA, elles pourraient influencer ces dernières.

Outre-Atlantique, les grandes manœuvres ont commencé avant l’élection de M. Trump. Les premières réunions du groupe d’experts assemblé par l’EPA ont déjà généré leur lot de polémiques. Dans une lettre du 12 octobre 2016 révélée par l’association US Right To Know (USRTK) et adressée à l’EPA, CropLife America (le syndicat américain représentant les intérêts de l’agrochimie) demande ainsi que l’un des experts choisis par l’agence, l’épidémiologiste Peter Infante, soit démis de ses fonctions. Le syndicat met en cause la neutralité d’un autre scientifique du panel, le biostatisticien Kenneth Portier…

Aux États-Unis, la bataille ne se joue pas uniquement au niveau fédéral. Poursuivie par Monsanto pour avoir décidé de rendre obligatoire l’étiquetage des produits à base de glyphosate comme cause possible de cancer, l’agence de sécurité sanitaire de Californie (Office of Environmental Health Hazard Assessment) a obtenu gain de cause, le 27 janvier, devant la justice de l’Etat. Ce qui ne changera pas l’opinion des firmes agrochimiques, pour lesquelles le glyphosate est actuellement le désherbant le plus sûr du marché.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 15:10

Faute de majorité, la Commission a repoussé le vote de sa proposition de réglementation Par Stéphane Horel le 22 décembre 2016 pour Le Monde.

Lire aussi sur ce sujet Halte à la manipulation de la science, Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensongeLe coût faramineux des perturbateurs endocriniens, et Perturbateurs endocriniens : l’histoire secrète d’un scandale.

Reculer pour mieux sauter. Ou pour mieux échouer ? Alors qu’elle avait avancé la date de son propre chef, la Commission européenne a finalement renoncé à soumettre au vote sa proposition de réglementation des perturbateurs endocriniens. Les représentants des États membres, réunis mercredi 21 décembre au sein du comité permanent de la chaîne alimentaire et de la sécurité animale, devaient se prononcer sur ce texte clé destiné à appliquer l’interdiction des pesticides identifiés comme perturbateurs endocriniens. Une disposition prévue dans le règlement européen sur les pesticides de 2009.

Omniprésents dans notre environnement quotidien (plastiques, cosmétiques, électronique, pesticides, etc.), ces produits chimiques peuvent interférer avec le système hormonal des êtres vivants à des doses infimes. Alors qu’on détecte plusieurs de ces molécules chez la totalité des femmes enceintes, comme l’a montré une étude nationale de Santé publique France début décembre, on les relie désormais à l’augmentation de certains cancers, de l’infertilité, du diabète, de l’obésité ou encore de troubles de développement du cerveau.

Feu nourri de critiques

Un enjeu de santé publique majeur, auquel la proposition de la Commission ne répond pas, estime la communauté scientifique compétente. Présenté le 15 juin avec trois ans de retard par rapport aux délais fixés par la loi, le texte essuie un feu nourri de critiques de la part des scientifiques, du Parlement européen, des organisations non gouvernementales (ONG) et de certains États membres. Le niveau de preuves requis pour retirer les perturbateurs endocriniens du marché est, selon eux, bien trop élevé.

Si la Commission a préféré reporter le vote, c’est parce qu’elle ne parvient pas à réunir de majorité qualifiée. La France fait partie des Etats membres qui refusent de voter le texte en l’état, le jugeant « inacceptable ». La ministre de l’environnement Ségolène Royal s’en est plainte au président de la Commission. Dans une lettre adressée mardi à Jean-Claude Juncker, elle évoque une « évolution réglementaire qui marquerait un recul dans l’action de l’Union européenne de protection de la santé de nos concitoyens et de notre environnement ».

En particulier, la France reproche à la Commission de refuser d’adopter, malgré les demandes insistantes de plusieurs États membres, un système d’identification des perturbateurs endocriniens inspiré de la classification des cancérigènes. Ce dispositif permettrait de catégoriser les substances de façon graduée en fonction des connaissances scientifiques disponibles : perturbateurs endocriniens « suspectés », « présumés » et « avérés ».

Stratagème

Se sachant en difficulté, la Commission avait pourtant scindé sa proposition en deux. Elle espérait ainsi pouvoir emporter l’adhésion d’une majorité sur la première partie, le volet scientifique qui énonce les critères d’identification. La seconde partie, le volet réglementaire, introduit une dérogation que le service juridique du Parlement européen a estimé illégale en septembre.

Or non seulement le stratagème n’a pas fonctionné – selon nos informations, seulement douze États membres étaient prêts à voter pour, soit 39,34 % –, mais il semble s’être retourné contre elle. Au moins autant de pays ont choisi le camp de l’abstention, certains conditionnant leur vote à la réunification du texte. Seuls quatre se sont prononcés contre : Danemark, Espagne, France et Suède.

Malgré les tensions qu’il suscite, un paragraphe inséré à la dernière minute à la demande de l’Allemagne, pays siège des groupes BASF et Bayer, fabricants de pesticides concernés par la réglementation, figure toujours dans le texte. Le Monde avait révélé mardi qu’il créait une exception pour au moins une quinzaine de pesticides connus pour être des perturbateurs endocriniens. « Des discussions supplémentaires sont nécessaires », a reconnu un porte-parole de la Commission. Une nouvelle date, probablement en janvier 2017, reste à fixer.

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 10:52

Partout en Europe, des travailleurs reprennent leur usine en faillite. Ils se sont retrouvés à Thessalonique pour échanger sur leur rêve d’égalité et de solidarité. Par Erwan Manac’h le 7 décembre 2016 pour Politis à lire sur www.politis.fr.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 18:26

Près de cent scientifiques demandent à l'Europe et à la communauté internationale d'agir contre les perturbateurs endocriniens. Ils dénoncent la fabrication du doute par les industriels, déjà à l'œuvre dans la lutte contre le changement climatique dans Le Monde du 30 novembre 2016.

Olivier Bonhomme

Olivier Bonhomme

Depuis des décennies, la science est la cible d'attaques dès lors que ses découvertes touchent de puissants intérêts commerciaux. Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. Cette manufacture du doute a retardé des actions préventives et eu de graves conséquences pour la santé des populations et l'environnement.

Les " marchands de doute " sont à l'œuvre dans plusieurs domaines, comme les industries du tabac et de la pétrochimie ou le secteur agrochimique. À elle seule, l'industrie pétrochimique est la source de milliers de produits toxiques et contribue à l'augmentation massive des niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique, à l'origine du changement climatique.

La lutte pour la protection du climat est entrée dans une nouvelle ère avec l'accord de Paris de 2015, malgré la farouche opposition de climatosceptiques sourds au consensus établi par les scientifiques engagés pour travailler dans l'intérêt général. Une lutte comparable fait rage autour de la nécessaire réduction de l'exposition aux perturbateurs endocriniens. La Commission européenne s'apprête à mettre en place la première réglementation au monde sur le sujet. Bien que de nombreux pays aient également manifesté leur inquiétude à l'égard de ces produits chimiques, aucun n'a instauré de réglementation qui les encadrerait globalement.

Jamais l'humanité n'a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l'ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non-descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique. La très grande majorité des scientifiques activement engagés dans la recherche des causes de ces évolutions préoccupantes s'accordent pour dire que plusieurs facteurs y contribuent, dont les produits chimiques capables d'interférer avec le système hormonal.

Des sociétés savantes signalent que ces produits chimiques, appelés les perturbateurs endocriniens, constituent une menace mondiale pour la santé. Parmi ceux-ci : les retardateurs de flamme présents dans les meubles et l'électronique, les agents plastifiants dans les matières plastiques et les produits d'hygiène, ou encore les résidus de pesticides dans notre alimentation. Ils peuvent interférer avec les hormones naturelles lors de périodes critiques du développement, pendant la grossesse ou la puberté, lorsque notre organisme est particulièrement vulnérable.

Une réglementation nécessaire

On ne peut faire face à ce fardeau croissant de maladies à l'aide de meilleurs traitements médicaux : non seulement ces traitements n'existent pas toujours, mais les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé sont bien souvent irréversibles. Les possibilités de réduire notre exposition à un niveau individuel en évitant certains produits de consommation sont, elles aussi, limitées. La plupart de ces substances atteignent notre organisme par le biais de notre alimentation.

Seule solution pour enrayer la hausse des maladies liées au système hormonal : prévenir l'exposition aux produits chimiques à l'aide d'une réglementation plus efficace. Or le projet d'établir une réglementation de ce type dans l'Union européenne est activement combattu par des scientifiques fortement liés à des intérêts industriels, produisant l'impression d'une absence de consensus, là où il n'y a pourtant pas de controverse scientifique. Cette même stratégie a été utilisée par l'industrie du tabac, contaminant le débat, semant le doute dans la population et minant les initiatives des dirigeants politiques et des décideurs pour développer et adopter des réglementations plus efficaces.

Les discussions sur le changement climatique et sur les perturbateurs endocriniens ont toutes deux souffert de cette déformation des preuves scientifiques par des acteurs financés par l'industrie. La plupart des scientifiques pensent qu'exprimer publiquement leur point de vue sur des questions politiques et participer aux débats de société pourrait compromettre leur objectivité et leur neutralité. Ce serait effectivement inquiétant si nos opinions politiques obscurcissaient notre jugement scientifique. Mais ce sont ceux qui nient la science qui laissent leurs opinions politiques obscurcir leur jugement. Avec, pour conséquence, des dommages irréparables. La manipulation de la science concernant les effets de la fumée du tabac a coûté des millions de vies.

Nous considérons qu'il n'est plus acceptable de nous taire. En tant que scientifiques, nous avons en fait l'obligation de participer au débat et d'informer le public. Nous avons la responsabilité de rendre visibles les implications de nos travaux pour la société et les générations futures, et d'attirer l'attention sur les graves dangers qui nous menacent. Les enjeux sont importants, et l'action politique pour endiguer l'exposition aux perturbateurs endocriniens et les conséquences des émissions de gaz à effet de serre est devenue une urgence.

Scientifiques spécialistes des perturbateurs endocriniens ou du changement climatique, nous avons uni nos forces, car un grand nombre d'actions essentielles à la limitation des effets des perturbateurs endocriniens contribueront également à lutter contre le changement climatique. La plupart des substances chimiques synthétisées par l'homme sont des dérivés de combustibles fossiles produits par l'industrie pétrochimique. Une réduction de la quantité de pétrole raffiné permettra aussi de réduire la quantité de sous-produits utilisés dans les plastiques et celle de plastifiants : ces produits chimiques compromettent la santé reproductive masculine et contribuent au risque de certains cancers.

Une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles et un encouragement au développement des énergies alternatives entraîneront non seulement une baisse des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de celles de mercure. Le mercure, un contaminant issu du charbon, émis dans l'air et accumulé dans le poisson, finit par atteindre nos organismes et compromet le développement du cerveau.

Créer l'équivalent du GIEC

Bien que de nombreux Etats aient exprimé la volonté politique de traiter le problème des gaz à effet de serre, la traduction des connaissances scientifiques sur le changement climatique en action politique effective a été bloquée, notamment à cause de la désinformation du public et des dirigeants. Les gouvernements sont déjà en retard. Il est important de ne pas répéter ces erreurs avec les perturbateurs endocriniens, et d'apprendre de l'expérience des scientifiques du climat et de la recherche en santé publique.

La Commission européenne a l'occasion de choisir des instruments de réglementation qui pourront fixer de nouveaux standards pour le monde entier afin de nous protéger des effets nocifs des perturbateurs endocriniens. Nous sommes cependant préoccupés par les options réglementaires que propose aujourd'hui la Commission, très éloignées des mesures nécessaires pour protéger notre santé et celle des générations futures. Les options proposées pour identifier les perturbateurs endocriniens requièrent un niveau de preuve bien plus élevé que pour d'autres substances dangereuses, comme celles cancérigènes. Dans la pratique, il sera très difficile de reconnaître une substance dangereuse comme perturbateur endocrinien dans l'Union européenne.

Des actions urgentes sont nécessaires sur les deux thèmes. Pour cette raison, nous appelons à la mise en œuvre de mesures qui s'attaqueraient aux perturbateurs endocriniens et au changement climatique de façon coordonnée. Un moyen efficace pourrait être la création, sous les auspices de l'Organisation des Nations unies, d'un groupe ayant le même statut international et les mêmes prérogatives que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ce groupe serait chargé d'évaluer les connaissances scientifiques destinées aux responsables politiques dans l'intérêt général et mettrait la science à l'abri de l'influence des intérêts privés. Nous le devons aux générations qui vivront demain.

Les premiers signataires de ce texte sont : Andreas Kortenkamp, université Brunel (Royaume-Uni) ; Barbara Demeneix, CNRS/ Muséum national d’histoire naturelle ; Rémy Slama, Inserm, université Grenoble-Alpes ; Edouard Bard, Collège de France ; Ake Bergman, université de Stockholm (Suède) ; Paul R. Ehrlich, université Stanford (États-Unis) ; Philippe Grandjean, Harvard Chan School of Public Health (États-Unis) ; Michael E. Mann, université Penn State (États-Unis) ; John P. Myers, université Carnegie Mellon (États-Unis) ; Naomi Oreskes, université Harvard (États-Unis) ; Eric  Rignot, université de Californie (États-Unis) ; Thomas Stocker,  université de Berne (Suisse) ;  Kevin Trenberth, National Centre for Atmospheric Research (États-Unis) ; Carl Wunsch,  Massachusetts Institute of Technology (États-Unis) ;  R. Thomas Zoeller, université du Massachusetts à Amherst (États-Unis).

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