Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 22:29

Bruxelles a élaboré ses propres éléments de preuve pour éviter une réglementation trop stricte sur ces produits chimiques dangereux par Stéphane Horel pour Le Monde le 29 novembre 2016.

Plus de quarante produits de tous les jours qui contiennent des perturbateurs endocriniens. JULIE BALAGUÉ POUR « LE MONDE »

Plus de quarante produits de tous les jours qui contiennent des perturbateurs endocriniens. JULIE BALAGUÉ POUR « LE MONDE »

Tout, ou presque, tient en ces quelques mots : " Les perturbateurs endocriniens peuvent (…) être traités comme la plupart des substances - chimiques - préoccupantes pour la santé humaine et l'environnement. " C'est sur cette simple phrase, issue de la conclusion d'un avis de 2013 de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), que Bruxelles fonde son projet de réglementation des perturbateurs endocriniens, ces substances omniprésentes capables d'interférer avec le système hormonal à des doses souvent infimes.

Cette proposition, qui devrait être votée sous peu par les États membres, fédère contre elle la France, le Danemark ou la Suède, mais aussi l'ensemble des organisations non gouvernementales (ONG) qui estiment qu'elle ne permet pas de protéger la santé publique et l'environnement. La communauté scientifique compétente, incarnée par l'Endocrine Society – une société savante qui rassemble quelque 18 000 chercheurs et cliniciens spécialistes du système hormonal – ferraille, elle aussi, contre le projet. Une opposition surprenante puisque la Commission européenne assure s'appuyer sur la science, c'est-à-dire sur une expertise scientifique de l'EFSA.

L'explication de ce singulier hiatus se trouve dans une série de documents internes de l'administration européenne, obtenus par Le Monde. Ils le montrent sans aucune ambiguïté : la phrase-clé sur laquelle repose l'édifice réglementaire proposé par la Commission a été rédigée avant même que l'expertise scientifique ait véritablement commencé.

" Conclusions écrites à l'avance "

En décembre  2012, l'EFSA expose déjà des " conclusions/recommandations " dans un courriel adressé aux experts qu'elle a rassemblés pour réaliser ce travail : " Les perturbateurs endocriniens et leurs effets nocifs devraient être traités comme tout autre produit chimique préoccupant pour la santé humaine ou l'environnement. " La phrase-clé est déjà là. Pourtant, la toute première réunion de mise en place du travail ne s'est tenue que quelques jours auparavant. Fin mars  2013, c'est-à-dire trois mois plus tard, elle figurera bel et bien dans les conclusions de l'avis publié par l'agence. " Il est certain que les conclusions étaient écrites à l'avance, sinon sur le papier, au moins dans la tête de certains des participants ", raconte une source proche du dossier au moment des faits. La Commission n'a pas donné suite aux questions du Monde. L'EFSA, quant à elle, assure avoir correctement effectué son mandat : " Le comité scientifique - de l'EFSA - a passé en revue les différents avis émanant de nombreux experts et assemblées ", réagit l'agence européenne.

Anodine pour le néophyte, la " phrase de l'EFSA " a en réalité une portée considérable. Car si les perturbateurs endocriniens sont effectivement des produits comme les autres, alors il n'est nul besoin d'une réglementation sévère. L'industrie des pesticides, la plus concernée par le dossier, l'a fort bien compris. Ses principales organisations de lobbying – l'Association européenne pour la protection des cultures (ECPA), CropLife International, CropLife America – ou encore les groupes agrochimiques allemands BASF ou Bayer répètent ad libitum la " phrase de l'EFSA " dans leurs argumentaires et leurs correspondances avec les institutions européennes, que Le Monde a pu consulter.

De fait, la fameuse phrase revêt une importance majeure pour la réglementation européenne sur les produits phytosanitaires. C'est en 2009 que le Parlement européen a voté un nouveau " règlement pesticides ". Selon ce texte de loi, les pesticides identifiés a priori comme " perturbateurs endocriniens " ne pourront plus accéder au marché ou y rester, sauf quand l'exposition est jugée négligeable. Cette disposition n'attend plus, pour être appliquée, que l'adoption de critères scientifiques pour définir les perturbateurs endocriniens – ce que propose aujourd'hui Bruxelles. Mais si ces perturbateurs sont des produits chimiques comme les autres – c'est la " phrase de l'EFSA " qui le dit – pourquoi les interdire a priori ? La Commission a donc modifié le texte. Il suffirait maintenant d'évaluer le risque qu'ils présentent au cas par cas, si des problèmes se présentent après la mise sur le marché. Et donc a posteriori. Au prix d'un changement de l'esprit du règlement de 2009 ?

Cette modification ouvrirait une " brèche majeure " dans la protection de la santé et de l'environnement, affirme EDC-Free Europe. Cette coalition d'ONG accuse la Commission de vouloir dénaturer la philosophie de la loi européenne. Surtout, cet amendement au règlement de 2009 pose un problème démocratique, un peu comme si des fonctionnaires avaient pris l'initiative de rédiger un décret d'application n'ayant rien à voir avec l'intention des élus. C'est aussi l'opinion du Parlement européen. Dans un courrier dont Le Monde a obtenu copie, le président de la commission de l'environnement du Parlement l'a écrit le 15  septembre au commissaire à la santé chargé du dossier, Vytenis Andriukaitis : la Commission a " excédé ses compétences d'exécution " en modifiant des " éléments essentiels " de la loi. Dans une note du 10  octobre, la France, le Danemark et la Suède ne disent pas autre chose, estimant qu'elle n'a pas le droit de revenir sur " le choix politique du législateur ".

Ce reproche est d'autant plus fâcheux pour la Commission qu'elle est déjà dans l'illégalité sur le sujet. La Cour de justice européenne l'a en effet condamnée en décembre  2015 pour avoir violé le droit de l'Union : elle devait régler la question des critères d'identification des perturbateurs endocriniens avant fin 2013.

La Commission, elle, reste imperturbable sous la giboulée de critiques. Elle assure avoir rempli la condition qui l'autorise à " actualiser " le règlement : prendre en compte l'évolution de " l'état des connaissances scientifiques ", à savoir la fameuse petite phrase de l'EFSA. Celle sur laquelle repose sa justification.

Un message mortifié

Mais pourquoi l'EFSA aurait-elle écrit à l'avance une conclusion en rupture avec le consensus scientifique ? Un document interne de la Commission obtenu par Le Monde jette une lumière crue sur les intentions de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (" DG santé "), aujourd'hui chargée du dossier à la Commission. Un compte rendu de réunion consigne noir sur blanc qu'elle envisageait, dès septembre  2012, de passer outre la volonté des élus européens. La DG santé disait alors ne pas être " opposée à l'idée de revenir à une réglementation fondée sur l'évaluation du risque "et être " même prête à changer complètement " la partie du règlement concernée. Le même document précise plus loin que la DG santé devra " parler à l'EFSA pour essayer d'accélérer la préparation " de son avis. Or, à ce moment-là, l'avis de l'EFSA n'existe pas encore… L'agence vient tout juste d'être saisie pour mettre en place un groupe de travail sur les perturbateurs endocriniens.

Les conditions très particulières de cette expertise se lisent d'ailleurs dans les courriels que s'échangent les experts et les fonctionnaires de l'agence. Un mois avant la remise du rapport de l'EFSA, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) publient un rapport conjoint sur les perturbateurs endocriniens. Un des experts commis par l'EFSA envoie un message mortifié à l'ensemble du groupe : " Il est presque embarrassant de comparer notre version actuelle avec le rapport OMS/PNUE. (…) Quand le rapport de l'OMS/PNUE parvient à la conclusion que la méthode traditionnelle d'évaluation des risques des produits chimiques est inadéquate - pour les perturbateurs endocriniens - , nous arrivons à la conclusion exactement opposée. "

Le scientifique juge indispensable de changer leurs conclusions. Le fonctionnaire de l'EFSA qui supervise le travail du groupe abonde dans son sens. Les " conclusions actuelles où nous expliquons que les perturbateurs endocriniens peuvent être traités comme la plupart des autres substances chimiques (…) nous isolent du reste du monde et pourraient être difficiles à défendre ", écrit-il. Pourtant, quand l'avis de l'EFSA est publié le 20  mars 2013, il comporte toujours, imperturbablement, la petite phrase. " Ce devait être une procédure fondée sur la science, une élaboration de politique fondée sur les preuves ", désapprouve quant à lui Axel Singhofen, conseiller du groupe des Verts-Alliance libre européenne au Parlement. " Mais ce à quoi nous assistons, ajoute-t-il, c'est à de l'élaboration de preuves fondée sur la politique. "

  • Le contexte

    Des substances omniprésentes

    Les perturbateurs endocriniens sont des produits chimiques présents partout dans notre environnement quotidien (plastiques, mobilier, cosmétiques…), qui contaminent la nature et nos aliments (pesticides, emballages…) et pénètrent dans nos organismes (sang, lait maternel…). Capables d'interférer avec le système hormonal, ils sont liés à de multiples maladies en augmentation chez l'homme. Ce sont les conséquences irréversibles d'une exposition pendant la grossesse qui suscitent le plus d'inquiétude. Cancers du sein, de la prostate et des testicules, diabète ou infertilité : la liste est longue et inclut des dommages sur l'intelligence collective avec des atteintes au développement du cerveau qui font baisser le quotient intellectuel moyen. Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Leonardo Trasande (université de New York) a estimé que leur coût pour la société s'élève à 157 milliards d'euros par an en Europe.

Un déni du consensus scientifique

La Commission européenne a fait le choix de s'appuyer sur des études financées par les industriels

L'évolution des connaissances scientifiques. " C'est sur elle que la Commission européenne assure s'appuyer pour justifier ses choix décriés en matière de réglementation des perturbateurs endocriniens. Pourtant, l'Endocrine Society, une société savante majeure, juge que la Commission " ignore l'état de la science ". Comment expliquer un tel hiatus ? Pour documenter sa réflexion, la direction générale santé et sécurité alimentaire, responsable du dossier à la Commission, a mené une étude d'impact de plus de 400 pages, publiée en juin après avoir été gardée sous clé comme un secret d’État (Le Monde daté 20-21 mai). Quelles " connaissances scientifiques " y évoque-t-elle plus précisément ?

La Commission cite avant tout l'avis émis par l'une de ses agences officielles, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, en 2013. Cet avis constitue en effet le socle de sa proposition de réglementation. Mais, comme le processus de décision a débuté en 2009, les " connaissances scientifiques " sur les perturbateurs endocriniens ont beaucoup évolué depuis cette date. Cette revue de la science, il se trouve que l'Endocrine Society l'a faite en 2015.

Elle a examiné 1 322 publications parues depuis sa dernière contribution, en 2009 justement. Conclusion : elles ne laissent " aucun doute sur la contribution des perturbateurs endocriniens au fardeau croissant des maladies chroniques liées à l'obésité, au diabète, à la reproduction, à la thyroïde, aux cancers et aux fonctions neurœndocriniennes et neurodéveloppementales ". En  2013, une vingtaine de chercheurs mobilisés pendant près de deux ans sous les auspices de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) étaient parvenus à des conclusions similaires. Leur rapport sonnait l'alerte sur une " menace mondiale à laquelle il faut apporter une solution ".

" Interprétation controversée "

Ces " connaissances scientifiques ", l'étude d'impact de la Commission les mentionne bien, mais pour les disqualifier, jugeant qu'elles ne méritent pas d'être prises en considération. " Les éléments de preuves sont dispersés et leur interprétation controversée, écrit-elle, de telle sorte qu'il n'y a pas d'accord entre les experts sur un lien de causalité ou même sur une possible association entre une exposition aux perturbateurs endocriniens à des niveaux environnementaux et les maladies mentionnées. "

Dans la foulée de cette appréciation lapidaire, elle réduit l'Endocrine Society à une " partie prenante " qui aurait publié une " déclaration ". Quant au rapport OMS/PNUE, sa méthodologie " a fait l'objet de critiques scientifiques ", indique-t-elle, citant plusieurs publications qui montrent, selon elle, que " la controverse ne semble pas résolue ". Mais quelles publications feraient donc tant autorité qu'elles pourraient pulvériser des travaux menés par les spécialistes les plus respectés du domaine ?

Ses appréciations négatives, la Commission les fonde notamment sur des " commentaires critiques ", publiés en  2014, contestant les méthodes et les conclusions du rapport OMS/PNUE. Parmi ses dix auteurs, sept travaillent pour Exponent et Gradient, des cabinets de consultants spécialisés en questions scientifiques connus sous l'appellation de " sociétés de défense de produits ".

Mais, surtout, c'est l'industrie qui a commandité l'article par le biais de ses organisations de lobbying : le secteur de la chimie avec le Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic) et American Chemistry Council, et celui des pesticides avec CropLife America, CropLife Canada, CropLife International et l'Association européenne pour la protection des cultures.

" Légende urbaine "

Rien de tout cela ne peut être ignoré des services de la Commission. Non seulement ces sponsors figurent clairement dans la déclaration d'intérêts à la fin de l'article, mais c'est l'industrie elle-même qui le lui a fait parvenir. Le Cefic l'a en effet envoyé par courriel à une trentaine des fonctionnaires européens impliqués dans le dossier le 17  mars 2014. Dans ce message consulté par Le Monde, les industriels expliquent qu'ils ont " commandité une analyse indépendante sur le rapport OMS/PNUE à un consortium d'experts scientifiques ", redoutant notamment que, " malgré ses sérieuses lacunes, il soit utilisé pour appeler à plus de précaution dans les réglementations chimiques ".

Parmi les autres publications que cite l'étude d'impact, on trouve également un article de deux pages, dont l'un des signataires est un personnage plus connu pour ses fonctions de consultant de l'industrie du tabac que pour ses compétences sur le thème. Parmi ses co-auteurs, des toxicologues rémunérés par les industries de la chimie, des pesticides ou du plastique.

Un autre article, encore, compte deux consultants sur ses trois auteurs et parle des perturbateurs endocriniens comme d'une " légende urbaine " posant des " risques imaginaires ". Ironisant sur les effets " hypothétiques " des perturbateurs endocriniens comme la " réduction de la longueur et de la taille du pénis ", ils demandent si la question " ne relève pas plutôt de la compétence du docteur Sigmund Freud que de la toxicologie ".

Peut-on vraiment assimiler ces textes à des " connaissances scientifiques " ? Pourquoi la Commission accorde-t-elle autant de crédit à des documents qui s'apparentent à du matériau de lobbying ? Dans une tribune publiée dans Le Monde de ce jour,des scientifiques indépendants s'inquiètent d'une " déformation des preuves scientifiques par des acteurs financés par l'industrie ". Signé par une centaine d'experts de deux domaines très différents – perturbateurs endocriniens et changement climatique –, leur texte évoque les " graves conséquences pour la santé des populations et l'environnement " de cette stratégie de " manufacture du doute ".

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 10:27

Sous un appel d’offres du ministère de l’intérieur pour quelque 5 000 places d’hébergements se cache un dispositif visant à faciliter le renvoi des demandeurs d’asile vers leur pays d’entrée en Europe par Maryline Baumard pour Le Monde le 8 novembre 2016

Après le démantèlement du camp parisien de Stalingrad, le 4 novembre (Benoit Tessier/Reuters)

Après le démantèlement du camp parisien de Stalingrad, le 4 novembre (Benoit Tessier/Reuters)

Fermeté et humanité… Avec les migrants censés demander l’asile dans un autre pays car ils y ont fait enregistrer leurs empreintes avant d’arriver en France, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, manie ses deux concepts préférés, au risque du « deux poids, deux mesures ». Ces demandeurs d’asile susceptibles d’être renvoyés en Italie ou en Grèce, tout le monde les appelle désormais les « dublinés », en référence aux accords de Dublin. Certains d’entre eux, qui souhaitent rester en France même si leurs empreintes ont été relevées ailleurs, font objet d’une grande « humanité », surtout s’ils ont accepté de quitter de leur plein gré la « jungle » de Calais, quand d’autres seront soumis à plus de fermeté… C’est la loi des équilibres politiques.

Les migrants qui viennent d’être évacués du bidonville de Calais bénéficient d’une bienveillance particulière : le ministre de l’intérieur s’est engagé à ce qu’ils ne soient pas renvoyés depuis les centres d’accueil où ils ont été emmenés. Ils pourront donc demander l’asile en France en dépit des accords de Dublin, mais risquent fort d’être les derniers. Tout est prévu, en effet, pour que les vagues suivantes d’arrivants passent, elles, sous le régime de la « fermeté » puisque le gouvernement va mettre en place un tout nouveau dispositif d’hébergement calibré pour faciliter leur renvoi hors les frontières.

11 000 requêtes de renvoi

Le 28 septembre, le ministère de l’intérieur a lancé un appel d’offres portant sur la création de 5 531 places d’hébergements réparties dans toute la France. Ce programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (Prahda) doit permettre, selon le cabinet du ministre, « de répondre à un besoin urgent de places d’hébergement ».

On pourrait donc croire à une simple variante des CAO, ces centres d’accueil et d’orientation qui hébergent les évacués de la « jungle » de Calais le temps qu’ils finalisent leur demande d’asile. Pourtant, ce n’est pas tout à fait ça. Une plongée dans le cahier des clauses particulières de ce marché public permet de comprendre que le Prahda est destiné à la « préparation du transfert des personnes sous procédure Dublin » et au « suivi des personnes assignées à résidence dans ce cadre ». Le document technique mentionne en effet clairement qu’avec le Prahda « les personnes placées sous procédure Dublin pourront être maintenues dans le lieu d’hébergement le temps nécessaire à la mise en œuvre effective de leur transfert vers l’État responsable de l’examen de leur demande d’asile ».

Les accords européens prévoient en effet qu’un demandeur d’asile ne choisit pas le pays d’Europe auquel il demande protection. Il est censé lancer sa procédure dans le premier pays qu’il foule, faute de quoi, il s’expose à y être renvoyé, c’est le règlement Dublin III. « Jusque-là les renvois étaient rares », note Gérard Sadik de la Cimade qui suit le sujet depuis dix ans. « Mais les données statistiques 2016 montrent une offensive en ce sens », ajoute le spécialiste. Les chiffres de la Direction générale des étrangers (DGEF) montrent en effet que sur les sept premiers mois de 2016, la France a saisi les États-membres de 11 698 requêtes de renvoi qui ont donné lieu à 605 transferts, soit déjà plus que sur toute l’année 2015 où 525 transferts avaient été opérés.

Assignations à résidence

« Le recours à l’assignation à résidence demeure néanmoins insuffisant » aux yeux du ministère de l’intérieur, si l’on en croit la Cyber lettre de la DGEF, du mois d’octobre où il est encore précisé que « les assignations à résidence doivent être considérées comme le principal outil de réalisation des procédures Dublin ». Le même document rappelle que l’instruction (non publique) relative à l’application du règlement de Dublin en date du 19 juillet 2016 reprenait le souhait que cet accord européen soit « pleinement et strictement appliqué ».

Le sujet des Dublinés est devenu crucial car il concerne de plus en plus de personnes. Pour Gérard Sadik, « 42 % des demandeurs d’asile enregistrés dans les Hauts-de-France sont concernés, c’est-à-dire que la France peut demander à un autre pays de les reprendre, comme 20 % de ceux qui fréquentent les campements en Ile-de-France ». Ce pourcentage est de plus en plus élevé parce que les pays d’entrée en Europe ont été instamment priés d’enregistrer les arrivées.

Mais d’un pays à l’autre, le taux d’octroi du statut de réfugié diffère, en l’absence d’une politique européenne de l’asile. Ainsi, « les Afghans auraient tendance à quitter l’Allemagne pour la France parce que là-bas seuls 48,4 % sont protégés contre 84,1 % en France au second trimestre 2016 », rappelle Gérard Sadik. Pour les Soudanais, en revanche, la France protège moins (40,6 %) que l’Allemagne (69,2 %). Pour beaucoup d’observateurs, cette politique de renvoi n’a jamais fait la preuve de son efficacité. Revenir d’Italie prend souvent moins de temps au migrant qu’aux forces de l’ordre qui l’ont accompagné.

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 08:31

par Vanina Delmas le 2 novembre 2016 pour Politis à lire sur www.politis.fr.

Les Faucheurs de chaises font leur retour dans les banques

Extrait de leur communiqué de presse commun :

Nous revendiquons la fin de l’impunité fiscale. Cela nécessite de renforcer chacun des maillons de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, notamment :

  • renforcer les moyens humains, juridiques et matériels de l’administration fiscale ;

  • faire sauter le « verrou de Bercy » en supprimant le monopole de Bercy en matière d’ouverture de poursuites pénales : chaque année, seuls 2 % des infractions fiscales sont transmises à la justice, un ratio à faire pâlir d’envie tous les autres délinquants ;

  • renforcer les effectifs et les moyens de la police fiscale et du parquet financier ;

  • ouvrir l’éventail des peines pour les fraudeurs fiscaux et ceux qui les aident (comptables, avocats, banquiers, commissaires aux comptes...) ;

  • interdire le pantouflage, c’est-à-dire les allers-retours entre le monde de la finance et de la politique (comme l’illustre le cas de José-Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission européenne recruté par Goldman Sachs, un recrutement validé par le comité d'éthique de la Commission).

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:38

Des députés européens aux chefs cuisiniers français, tous espèrent que la Commission européenne fera barrage à la fusion de Monsanto et Bayer. D'après Vanina Delmas pour Politis le 23 septembre 2016.

Une lettre signée par cinquante-cinq eurodéputés, principalement de gauche (verts, socialistes et gauche radicale), a été envoyée le 22 septembre à la Commission européenne, seule instance à pouvoir encore empêcher le rachat de Monsanto par Bayer, estimé à 59 milliards d’euros. Ils interpellent la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, sur les risques d’un tel oligopole agrochimique, en commençant par réduire la concurrence dans le marché intérieur, et lui demande de prendre ses responsabilités face à une multinationale qui totaliserait un chiffre d’affaires de 23 milliards de dollars : " Le chiffre d’affaires total réalisé sur le plan mondial par Bayer et Monsanto est bien au-dessus du seuil des cinq milliards d’euros qui permet à la Commission de déclencher une enquête sur l’impact d’une telle acquisition. "

Ils citent un rapport du Centre pour la sécurité alimentaire (CFS) de 2013 : « une telle fusion augmenterait indéniablement les prix des semences » car « Bayer contrôlerait 30% du marché mondial des semences, et 24% du marché des pesticides. »

De son côté, la Confédération Paysanne alerte sur « la mise sous dépendance des paysans qui n'auront plus d'autres choix que d'acheter les produits de ce nouveau monstre. »

La société civile n'est pas restée muette face à cette menace pour l’agriculture, la biodiversité, la santé et la culture culinaire. Une centaine de chefs cuisiniers, pâtissiers et vignerons français, dont Michel et Sébastien Bras, Yannick Alléno ou encore Thierry Marx, ont signé une « Lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes », publiée sur le site d’actualité gastronomique Atabula, dans laquelle ils expriment leurs inquiétudes : « Sans un produit sain et de qualité, sans diversité des cultures, le cuisinier ne peut plus exprimer son talent créatif. Il n’est plus en mesure de faire son métier comme il l’aime et de le transmettre avec passion. Quant au paysan et à l’agriculteur, ils se transforment en simples exécutants d’un grand tout agrochimique qui les dépasse : des ouvriers à la solde d’une entreprise apatride, hors sol. »

Partager cet article
Repost0
17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 17:10

Propos recueillis par Marie Charrel le 12 septembre 2016 pour Le Monde Économie

Taux de chômage élevé, croissance faible, montée des populismes : pour le Prix Nobel d’économie (2001) Joseph Stiglitz, l’euro est responsable des principaux maux dont souffre aujourd’hui la zone monétaire européenne. Et conduira, si rien ne change, les pays membres dans l’impasse, prévient-il.

Dans L’Euro. Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, son nouvel ouvrage publié le 14 septembre (Les liens qui libèrent, 462 pp., 24 euros), il dresse des pistes de réformes pour sauver l’union monétaire. Mais il évoque aussi, sans tabou, la possibilité d’un « divorce à l’amiable » au sein de l’Union européenne.

Question : Vous décrivez l’euro comme un échec économique. Quelles erreurs avons-nous commises ?

Joseph Stiglitz : Les malfaçons de la monnaie unique remontent à sa création. En 1992, les Européens ont imaginé qu’une union monétaire, où les pays ne seraient plus en mesure d’ajuster leurs économies par les taux de change et les taux d’intérêt, fonctionnerait néanmoins tant que les gouvernements maîtriseraient leurs finances publiques et que l’inflation serait sous contrôle. Ils ont donc instauré des règles budgétaires strictes et une banque centrale veillant sur les prix. Ils imaginaient que le marché corrigerait les autres déséquilibres. Ils avaient tort. L’euro n’a pas apporté la prospérité promise, mais la division et la divergence. Pire, il a aggravé les choses lorsque la crise a frappé.

Q : « Pendant la crise, les pays du sud de la zone euro n’ont pas pu dévaluer leur devise pour dynamiser leurs exportations » Pourquoi ?

Pendant la crise, les pays du sud de la zone euro n’ont pas pu dévaluer leur devise pour dynamiser leurs exportations et soutenir leurs économies. Ils ont dû réduire les salaires pour tenter de regagner de la compétitivité, tandis que le chômage a explosé. Face à cette situation, les jeunes diplômés ont massivement émigré, privant leur pays d’une précieuse ressource. Austérité oblige, les gouvernements ont cessé d’investir dans les infrastructures et l’éducation, ce qui a affaibli leur croissance future. Il est urgent de briser ce cercle vicieux.

Q : « Plus la zone euro tarde à accomplir les réformes nécessaires, plus le risque qu’une nouvelle crise frappe » La zone euro a renforcé ses institutions depuis la crise, notamment en instaurant l’union bancaire. N’est-ce pas suffisant ?

Non. Le troisième pilier de l’union bancaire, par exemple, à savoir l’assurance commune des dépôts, est encore inexistant. Certains États rechignent à le mettre en œuvre. Or plus la zone euro tarde à accomplir les réformes nécessaires, plus le risque qu’une nouvelle crise frappe et que des pays soient tentés de quitter la monnaie unique sera grand.

Q : Quelles devraient être les priorités ?

Achever l’union bancaire et mettre en place une forme de mutualisation des dettes publiques. Mais aussi, créer un fonds européen de solidarité pour la stabilisation, qui aiderait les pays confrontés à une récession. Il existe aujourd’hui des fonds structurels soutenant les États intégrant l’Union européenne. Pourquoi cesser de les aider une fois qu’ils sont à l’intérieur ? Enfin, il est crucial d’assouplir les règles budgétaires, afin que les États ne soient pas contraints de tailler dans les dépenses d’avenir pendant les récessions.

Q : « Une forme de budget européen, plus ambitieux que celui d’aujourd’hui, est indispensable. »  Vous appelez à augmenter les dépenses publiques. Où trouver l’argent ?

Une forme de budget européen, plus ambitieux que celui d’aujourd’hui, est indispensable. Les revenus pourraient provenir d’un petit impôt progressif instauré sur les particuliers et les entreprises. Cela aurait un double avantage : créer des recettes publiques européennes, mais aussi harmoniser les pratiques des États en la matière. Cela aiderait, au passage, à réduire la concurrence fiscale pratiquée notamment par l’Irlande et le Luxembourg. En outre, une base fiscale européenne commune crédibiliserait l’émission d’obligations européennes.

Joseph Stiglitz en entretien avec des journalistes de la presse internationale, en juillet 2015. GUIA BESANA POUR LE MONDE

Joseph Stiglitz en entretien avec des journalistes de la presse internationale, en juillet 2015. GUIA BESANA POUR LE MONDE

Q : Émettre des obligations européennes à l’heure où les gouvernements peinent à se faire confiance semble utopique…

L’argument du manque de confiance entre pays est une misérable excuse. Il est parfaitement possible d’émettre de la dette en commun tout en instaurant des règles qui limitent les excès et assurent la bonne gestion des finances publiques des membres.

Q : Quel est le problème avec la Banque centrale européenne (BCE) ?

Son mandat, à savoir assurer que l’inflation se rapproche de la cible de 2 %, est trop étroit. Il a conduit à de grossières erreurs, comme celle d’avoir relevé le taux directeur en 2011, en plein cœur de la crise. La mission de la BCE devrait être élargie à la croissance et à l’emploi, avec une grande flexibilité selon les périodes. Aujourd’hui, la priorité devrait être la baisse du chômage.

Q : Vous évoquez la possibilité d’un « divorce à l’amiable » entre pays membres. Comment se déroulerait-il ?

Si elle est organisée, une sortie de la zone euro par l’un des pays membres pourrait se passer dans de bonnes conditions. Plusieurs cas de figure sont possibles. Si l’Allemagne sortait, la valeur de l’euro pour les autres pays membres baisserait automatiquement, ce qui soutiendrait leurs exportations. L’Allemagne, elle, profiterait d’une monnaie plus forte, ce qui allégerait le poids de sa dette, toujours libellée en euros. « L’exemple de l’Argentine montre à quel point un pays libéré du fardeau de la dette (...) peut prospérer économiquement. » Si un pays tel que la Grèce sortait, il verrait automatiquement la valeur de sa devise s’effondrer – ce qui regonflerait sa compétitivité. En revanche, le poids de sa dette publique, toujours en euros, s’envolerait. Une restructuration de celle-ci serait donc inévitable : si elle est bien négociée, cela se déroulerait sans difficulté majeure. L’exemple de l’Argentine montre à quel point un pays libéré du fardeau de la dette, retrouvant au passage la pleine maîtrise de son taux de change, peut prospérer économiquement.

Q : Mais l’Argentine est aujourd’hui en plein marasme !

Après 2002, lorsque Buenos Aires a fait faillite et est reparti de zéro, le pays a enregistré une croissance forte, de 8 % par an, jusqu’en 2008. Les difficultés actuelles du pays sont liées aux erreurs de pilotage économique qui ont suivi.

Q : Un pays quittant la monnaie unique ne serait-il pas immédiatement attaqué par les spéculateurs ?

La zone euro vit déjà sous la menace permanente des spéculateurs. Si le non l’emportait au référendum italien sur la réforme constitutionnelle, organisé cet automne, par exemple, les spéculateurs s’en prendraient probablement aux banques du pays, très fragiles. Mais il existe des outils pour se protéger de telles attaques, comme le contrôle des capitaux. L’Islande y a eu recours en 2008 pour protéger sa devise, et son économie se porte aujourd’hui très bien. « L’adoption d’une monnaie électronique (...) faciliterait le suivi des transactions financières. Le cash est tellement XXee siècle !  »

Q : Vous suggérez qu’en cas de sortie de l’euro la Grèce adopte une monnaie électronique. Comment faire, dans ce pays où le cash est roi ?

Le cash est tellement XXe siècle ! Dans certains pays, notamment dans le nord de l’Europe, il a déjà quasiment disparu. Les particuliers utilisent le paiement sans contact, les entreprises font des virements… En la matière, les habitudes changent vite. L’adoption d’une monnaie électronique en Grèce, comme dans toute l’Europe, faciliterait le suivi des transactions financières. Elle limiterait les possibilités de fraude et d’évasion fiscale.

Q : En matière de divorce, le Brexit constitue un premier test. Comment gérer correctement une sortie britannique de l’Union européenne ?

Le risque serait de vouloir rendre la séparation très douloureuse pour le Royaume-Uni, afin que l’exemple britannique serve de repoussoir aux autres pays membres tentés par une sortie. Cela signifierait que le ciment de l’Union européenne est la peur plutôt que la solidarité. Ce serait un très mauvais signal. Les dirigeants européens devront trouver une nouvelle forme d’intégration économique avec les Britanniques, qui correspondra aux exigences de chacun et profitera à tous. Dans le cas contraire, tout le monde sera perdant.

Q : Outre le divorce à l’amiable, vous évoquez la possibilité d’un « euro flexible ». Comment fonctionnerait-il ?

L’idée serait de faire une pause au sein de l’union monétaire, afin de prendre le temps d’instaurer les réformes assurant la viabilité de la monnaie unique. D’ici là, deux, trois ou quatre groupes de pays homogènes se créeraient au sein de la zone euro, utilisant un euro différent, avec un taux de change différent. Une fois les réformes adoptées, ils retrouveraient la même monnaie, mais cette fois dans des conditions assurant la prospérité de tous.

Q : Cela ne résoudrait pas tous les problèmes de la zone euro, tels que les excédents courants ou le manque d’investissement de l’Allemagne, souvent pointés du doigt comme une source de déséquilibre. Que faire ?

L’excédent courant allemand signifie qu’en face, un ou plusieurs pays enregistrent un déficit, et c’est une mauvaise chose pour tout le monde. Instaurer une taxe sur les excédents serait une façon d’inciter Berlin à agir en la matière.

Q : Début août, vous avez quitté le comité de transparence du Panama, créé par le pays pour rendre son système financier plus transparent après le scandale des « Panama Papers ». Pourquoi ?

C’est très simple. Moi et l’expert anti-corruption, Mark Pieth, avions demandé une chose au gouvernement panaméen, à savoir que nos rapports d’enquête sur le système financier du pays soient rendus publics. Le gouvernement a refusé. Nous avons donc démissionné. Je doute que la volonté de transparence du président panaméen soit aussi solide qu’il ne l’affiche.

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 08:50

Le 2 septembre 2016 par Jade Lindgaard pour https://www.mediapart.fr/journal/france/020916/plus-les-agriculteurs-polluent-plus-ils-touchent-d-aides-de-l-europe

Alors que les pays européens tentent de trouver un accord sur la politique agricole commune en 2020, une étude démontre que les aides directes bénéficient le plus aux agriculteurs les plus pollueurs. Mais elle prouve aussi que dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.
C’est l’angle mort du récent conflit social dans le monde du lait et de la réunion des ministres de l’agriculture, le 2 septembre à Chambord : les effets de la production agricole et des aides européennes sur l’environnement. Pourtant, le choix par les producteurs laitiers de leur modèle économique ne peut plus ignorer le sujet : la politique agricole commune (PAC) consacre un budget spécifique aux aides agro-environnementales (appelé « second pilier »). Surtout, la protection de l’environnement est aujourd’hui l’un des principaux arguments mis en avant par les États membres pour justifier le versement de plus de 50 milliards d’euros d’aides annuelles directes au secteur agricole (soit plus de 40 % du budget communautaire).

Autour des notions de « bien commun », de « multifonctionnalité », de « services écosystémiques » et de « services environnementaux », les décideurs politiques européens intègrent de plus en plus le problème de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’eau dans leurs décisions touchant le domaine agricole – d’où les passes d’armes entre Bruxelles et la France sur Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens ou encore les nitrates. Cela dit, les aides directes européennes consacrées à la protection de l’environnement restent bien inférieures (20 %) aux aides à la compétitivité et aux revenus des agriculteurs (80 %).

Observant cet usage de l’environnement comme justification des aides de la PAC, une chercheuse doctorante, Alessandra Kirsch, s’est demandée si les aides directes versées par l’Europe aux agriculteurs répondaient aux objectifs environnementaux qu’elle affiche. Les réponses qu’elle apporte sont doublement instructives, alors que les producteurs laitiers sont loin d’être les seuls agriculteurs européens touchés par une crise économique – les céréaliers sont confrontés eux aussi à une sévère baisse des cours.

Sur l’ensemble des aides directes aux agriculteurs (à l’hectare, à la tête de bétail, ou par exploitant) et toutes productions confondues, les exploitants qui ont le moins bon impact sur l’environnement touchent le plus d’aides en moyenne. Selon les calculs d’Alessandra Kirsch, si l’on compare le niveau de subventions perçues par les exploitations, par hectare de surface agricole utile (SAU), en fonction du classement des exploitations selon leur degré de « durabilité environnementale »,
celles qui sont les moins respectueuses de l’environnement touchent les aides les plus élevées.

 

Manifestation d'agriculteurs aux abords du siège de Lactalis, à Laval, le 23 août 2016 ©Reuters

Autrement dit, les exploitations qui polluent le plus touchent le plus de subventions à l’hectare. C’est l’effet du mode de calcul des aides de la PAC, qui reflètent l’historique de l’exploitation. Le système des aides de la PAC d’avant 1992 reliait les aides aux rendements. Comme ils augmentaient avec l’usage des engrais et des pesticides, les exploitations les plus productives touchaient davantage de subventions. Les réformes suivantes ont attribué des montants d’aides fixes aux surfaces, en accordant des primes supérieures aux zones où les rendements étaient historiquement plus élevés.

Cela ne veut pas dire pour autant que c’est parce qu’ils touchent plus d’aides qu’ils polluent davantage, insiste Alessandra Kirsch. Mais qu’historiquement, les exploitants les plus indifférents à l’impact de leur activité sur l’écosystème ont bénéficié de plus de soutien que les autres. En réalité, les aides européennes à l’agriculture agissent de manière contradictoire. Les aides de la PAC sont réparties en deux « piliers » : aides à la compétitivité et aides à la protection de l’environnement. Les premières représentent 80 % des sommes versées, contre 20 % pour celles gratifiant la réduction des impacts négatifs sur l’écosystème.

Mais qu’est-ce qu’une exploitation qui traite bien son environnement ? Il n’est pas si facile de le définir, car il faut prendre en compte les impacts sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité. Or ils ne sont pas toujours corrélés. On peut avoir un bon taux de prairie, mais utiliser son tracteur plus que les autres et donc consommer beaucoup d’énergie. Par ailleurs, le monde agricole français est très divers. Les besoins et impacts de la culture des oléagineux et protéagineux (16 % des exploitations) sont très différents des élevages bovins. Chaque exploitation, à l’intérieur même d’un type de production donné, est caractérisée par des atouts et des faiblesses. La dernière réforme de la PAC, en 2013, veut harmoniser le paiement des aides quel que soit l’historique de l’exploitation, atténuant ainsi le déséquilibre en faveur des exploitations historiquement plus productives.

France Nature Environnement (FNE) a dénoncé cette année dans un rapport le faux verdissement de la PAC à cause des exceptions qui accompagnent plusieurs mesures environnementales. Deux exemples phares illustrent parfaitement la réalité derrière le verdissement de la PAC, explique dans un communiqué Marie-Catherine Schulz-Vannaxay, coordinatrice du réseau agriculture de FNE : « L’autorisation d’épandre des pesticides sur les 5 % de surfaces dédiées à la biodiversité dans les fermes, tandis que l’obligation de diversifier ses cultures pour réduire les usages de pesticides ou de fertilisants a été supprimée pour la principale monoculture, celle du maïs. »

Derrière ce triste diagnostic, se cache une bonne nouvelle : les performances économiques de ceux qui polluent le moins ne sont pas inférieures aux autres. C’est l’autre enseignement fort de l’étude d’Alessandra Kirsch : les exploitations impactant moins leur environnement produisent moins (de lait, de viande, de blé, de maïs…) que les autres, mais elles maîtrisent mieux leurs consommations intermédiaires. Si bien que les exploitants qui ont fourni le plus d’efforts pour réduire leur impact sur l’environnement ont un revenu au moins comparable aux autres. Ceux qui font le choix de modérer leurs objectifs de production consomment moins d’intrants (engrais, pesticides, herbicides…) et obtiennent ainsi des marges de rentabilité comparables, voire supérieures à ceux qui produisent plus mais dépensent plus pour maximiser leur production. C’est aussi vrai pour les grandes superficies : en grandes cultures, la dimension économique n’est pas un handicap au développement des pratiques plus favorables à l’environnement, constate la chercheuse. Dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande de lait, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.

Ce travail tout récent d’analyse empirique sur la distribution des revenus de la PAC – la thèse n’a pas encore été publiée – indique à quel point les injonctions politiques de l’Union peuvent être contradictoires sur l’agriculture. Cela n’aide pas les paysans et les exploitants à s’adapter à la nouvelle réalité économique – les quotas laitiers ont été supprimés le 31 mars 2015. Vendredi 2 septembre, plusieurs syndicats agricoles ont manifesté aux abords du château de Chambord, où se réunissaient les ministres européens pour trouver un accord sur la PAC en 2020. « Notre agriculture est à genoux », a indiqué le président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, qui organisait un « grand repas populaire » à l’entrée du domaine. Pendant ce temps, près de 120 militants de la Confédération paysanne manifestaient à Blois pour « une vraie régulation européenne pour les paysans en détresse », car « Pour nous, c’est pas la vie de château ».

Alors que les aides directes sont indispensables au revenu des agriculteurs européens (surtout pour les céréaliers et les éleveurs bovins, qui connaîtraient sinon des pertes comptables sèches, selon le réseau d’information comptable agricole), le monde agricole se trouve dans une situation économique si difficile qu’il peine à imaginer pouvoir changer de modèle et se divise sur fond de drame social.

 

 

Partager cet article
Repost0
31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 15:30

José Bové revient sur les déclarations du Secrétaire d’État français au commerce annonçant que la France demanderait à ses homologues européens l’arrêt des négociations du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis. L’eurodéputé demande qu’en toute cohérence l’accord avec le Canada (CETA) ne soit pas ratifié.

Mathias Fekl, Secrétaire d’État au Commerce extérieur, a annoncé ce matin qu’il demande à la Commission européenne de stopper les négociations pour la mise en place d’un accord commercial de libre-échange avec les États-Unis. Il rejoint l’Allemagne, qui a déclaré l’échec des négociations ce weekend. La mobilisation européenne massive a finalement payé, je m’en félicite. Après cette victoire nous devons maintenir la pression sur le Secrétaire d’État du Commerce extérieur pour qu’il s’oppose aussi à la signature de l’Accord avec le Canada, le CETA.

Les négociations avec le Canada sont calamiteuses. Sur le volet agricole, elles vont mettre en danger l’élevage extensif dans les zones de montagne. Avons-nous réellement besoin d’importer de la viande de bœuf produite au Canada ? À cette question de bon sens, Monsieur Fekl n’a pas de réponse convaincante. Les agriculteurs canadiens qui sont relativement protégés par un système de régulation des volumes, vont être ensevelis par la vague blanche européenne de lait. Des deux côtés de l’Atlantique les petits paysans seront éliminés.

Les consommateurs et les citoyens européens se sont mobilisés ces dernières années contre la course au productivisme en agriculture. Leur détermination a débouché sur des victoires _ qui n’ont rien de symbolique _ comme l’absence de culture d’OGM dans pratiquement tous les pays de l’UE, l’interdiction d’utiliser des hormones de croissance dans l’élevage bovin ou le coup d’arrêt au glyphosate. L’Europe applique, parfois contrainte et forcée, un principe de précaution dont le gouvernement canadien n’a que faire. Il n’est pas possible d’uniformiser nos standards de consommation.

Autre raison fondamentale à mon opposition à cet Accord, le peu de cas qui est fait de la protection des Appellations d’Origine Contrôlées. Sur 1400 AOP, l’Europe n’a réussi à en faire reconnaitre que 140, soit 10%. Le score final sur ce dossier est sans appel : Canada 9 - Union européenne 1. Aucun entraineur n’oserait qualifier cela de réussite. Lactalis a déposé la marque FETA Président aux États-Unis et se tient prêt à couper les pattes aux paysans grecs. Ceci est totalement inadmissible.

Enfin pour couronner le tout, la mise en place d’un système de tribunaux arbitraux permettant aux entreprises d’attaquer les législations des États et de l’Union européenne est maintenue avec quelques correctifs mineurs. De nombreuses entreprises globales américaines ont une filiale au Canada et pourront utiliser ce dispositif pour remettre en cause des avancées sociales ou environnementales. Peu étonnant dans ces conditions que le TAFTA soit arrêté : elles n’en ont plus vraiment besoin.

Mi-octobre, je me rendrai au Canada à l’invitation de Maud Barlow et du Conseil des Canadiens. Là-bas comme ici, les gens ne veulent pas de cet accord de libre-échange. Nous avons coulé le TAFTA. Il nous reste deux mois pour couler le CETA.

Partager cet article
Repost0
31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 14:50

Par Maxime Vaudano sur http://transatlantique.blog.lemonde.fr/2016/08/30/pourquoi-la-france-veut-elle-maintenant-enterrer-le-tafta/. 

Une pancarte anti-Tafta à Francfort (Allemagne), le 26 mars 2016. ( REUTERS/Ralph Orlowski)

Le demi-tour du gouvernement socialiste français sur l’accord Tafta est désormais achevé. Après avoir approuvé le lancement des négociations transatlantiques en 2013, après les avoir soutenues pendant plusieurs années envers et contre les oppositions qui montaient d’un peu partout dans la société civile et dans l’échiquier politique, François Hollande et son gouvernement ont planté mardi 30 août le dernier clou dans le cercueil de l’accord de libre-échange Europe/Etats-Unis.

L’annonce a été faite par la voix du secrétaire d’Etat au commerce extérieur Matthias Fekl, qui a promis sur RMC qu’il demanderait au nom de la France « l’arrêt pur, simple et définitif de ces négociations » lors de sa prochaine rencontre avec ses homologues européens, fin septembre.

1. Est-ce étonnant ?

Pas tant que ça. Le gouvernement français prépare le terrain depuis plusieurs mois. La défiance croissante de l’opinion et plusieurs fuites de documents de négociation avaient déjà poussé François Hollande et Manuel Valls à monter au créneau à partir du printemps 2016, en menaçant de mettre un véto français au Tafta (également désigné sous le sigle TTIP). L’annonce-choc de Matthias Fekl, qui intervient au lendemain dune déclaration similaire de son homologue social-démocrate allemand Sigmar Gabriel, n’est que le prolongement de cette position.

2. Pourquoi maintenant ?

A priori, rien ne justifie la brusque montée de fièvre de la France contre le Tafta. Lors du conseil européen des 28 et 29 juin, les Etats européens avaient reconfirmé un par un au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker leur volonté de poursuivre les négociations – y compris la France.

Depuis, un 14e cycle de négociation du Tafta s’est tenu en juillet, mais au vu de ce qui en a filtré, il ne s’y est rien passé de dramatique qui justifierait un arrêt brutal des négociations. Tout juste a-t-il pu confirmer le manque de bonne volonté des négociateurs américains, qui irrite au plus haut point des Européens.

Mais voilà, après avoir réfléchi tout l’été, Matthias Fekl considère que « nous sommes aujourd’hui à un moment de vérité et de décision » et qu’il faut arrêter les frais.

En réalité, ce coup de poing sur la table conjoint avec Sigmar Gabriel ne fait qu’acter l’impasse dans laquelle sont actuellement enlisées les négociations, fruit d’un attentisme bien logique des deux côtés de l’Atlantique à l’approche de rendez-vous électoraux importants – la présidentielle américaine en novembre 2016, la présidentielle française en avril-mai 2017 et les élections fédérales allemandes à l’automne 2017. Aucun des deux camps n’est prêt à des compromis substantiels (indispensables à l’avancée des négociations) avant d’être relégitimé par le poids politique de ces scrutins.

Comme le président Hollande sait qu’il n’y a aucune chance, dans les circonstances actuelles, que la négociation du Tafta se finisse avant la fin de son mandat, cela ne lui coûte pas cher de marquer son opposition à un accord que villipende une grande partie de la gauche.

3. Quel est l’intérêt d’arrêter les négociations ?

Aucun, si l’on est réaliste. En effet, contrairement à la gauche radicale ou aux écologistes, Hollande, Valls et Fekl ne s’opposent pas au principe même du Tafta et du libre-échange. Ils jugent simplement que les négociateurs européens n’obtiennent pour l’instant pas des concessions suffisantes de la part de leurs homologues américains, peu conciliants. Mais pourquoi ne pas laisser les négociations aller à leur terme avant de se faire une idée sur le contenu de l’accord, et éventuellement le rejeter ? « Attendons le résultat final pour ensuite faire notre choix », plaident ainsi les eurodéputés LR Tokia Saïfi et Franck Proust.

Matthias Fekl explique aujourd’hui que « sur l’alimentation, l’énergie, la santé, les services publics, la culture », la direction qu’ont prises les négociations n’est pas bonne, ce qui justifie « un coup d’arrêt clair, net et définitif ».

On est très loin du discours de ses débuts au gouvernement, il y a deux ans, lorsqu’il intimait aux critiques de prendre patience en attendant la fin des négociations pour se faire une idée claire du contenu de l’accord. « Je pourrais très bien aller demain devant les caméras et dire qu’on dénonce ce mécanisme et qu’on le refuse. Mais ça, c’est du spectacle ! Ce n’est pas ça la politique. On doit construire des positions à plusieurs », disait-il ainsi à l’automne 2014 à propos des tribunaux d’arbitrage, qu’il voulait réformer (et il a réussi) plutôt que rejeter en bloc. De même, il a toujours vanté son combat pour la transparence des négociations, qui avaient accompli selon lui des progrès considérables depuis son entrée en fonction, pour couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs.

4. Les négociations peuvent-elles vraiment s’arrêter ?

Comme l’a reconnu lui-même Matthias Fekl, la France n’a pas le pouvoir d’arrêter seule les négociations : « la Commission [européenne] a parfaitement la possibilité de continuer à négocier jusqu’à la fin des temps, et personne ne peut s’y opposer ». La réalité est que la seule chose que Paris peut faire, dans l’immédiat, c’est de retirer son soutien politique à la négociation – ce qui ne semble pas impressionner la commissaire européenne Cecilia Malmström, qui a assuré mardi que « les négociations continuent », en réaffirmant l’objectif (irréaliste) de les conclure d’ici la fin 2016.

Matthias Fekl espère que d’autres pays « emboîtent le pas » à la France en septembre, avec l’ambition de rassembler la majorité qualifiée indispensable pour annuler le mandat de négociation confié à la Commission européenne en 2013. Mais rien n’est moins sûr. Car même si le Royaume-Uni (fervent partisan du Tafta) est hors jeu pour cause de Brexit, l’accord transatlantique compte encore de nombreux partisans au Nord et à l’Est de l’Europe, sans même parler de l’Allemagne, où la conservatrice Angela Merkel pourrait s’opposer aux velléités de son ministre de l’économie social-démocrate Sigmar Gabriel de saborder un accord qu’elle a toujours soutenu.

Si la majorité voulue par la France n’est pas réunie, la Commission européenne pourra continuer de négocier au ralenti, comme actuellement, en se concentrant sur les sujets les moins politiques, en attendant l’arrivé de nouveaux dirigeants en France et aux Etats-Unis.

Si, au contraire, la France réussissait à saborder le Tafta, cela ne signerait pas forcément son arrêt de mort définitif. En effet, Matthias Fekl explique qu’il souhaite mettre un terme à cette négociation enlisée « pour ensuite pouvoir reprendre des discussions sur des bases modernes avec les Etats-Unis, prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME ». « Il faut reprendre plus tard les choses sur de bonnes bases, en faisant la transparence d’emblée, en mettant d’emblée les parlementaires et les citoyens devant les informations, et en concluant des accords modernes […] prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME […] – ce n’est pas le cas aujourd’hui », poursuit-il.

En clair, lancer un Tafta 2 pour réussir là où le Tafta 1 a échoué. On a du mal à voir ce qui pourrait empêcher cette nouvelle tentative d’achopper sur les mêmes résistances américaines…

5. Quid de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada ?

Si Matthias Fekl n’espère plus rien du traité transatlantique, il est toujours partisan de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada, qu’il qualifie de « bon traité », car « c’est l’anti-Tafta » sur « beaucoup de points qui sont critiqués » dans la négociation avec les Américains.

De l’avis général, le CETA est en effet beaucoup plus favorable à l’Europe que ce qui se profile pour le Tafta. Mais il est toutefois loin de faire l’unanimité : il a été négocié dans la même « opacité » que dénonce M. Fekl pour le Tafta, est loin d’être exemplaire au niveau de l’environnement et des normes sociales et contient toujours un mécanisme de règlement arbitral qui, bien que réformé, suscite encore des interrogations.

Malgré ça, le gouvernement français en est très satisfaite et ne devrait pas faire obstacle à sa ratification, qui doit commencer à l’automne. Ce qui montre qu’il est encore loin d’être passé dans le camp des adversaires du libre-échange.

Partager cet article
Repost0
18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 11:04

Une étude menée au Royaume-Uni sur dix-huit ans illustre de façon incontestable la relation entre pesticides et déclin des butineurs sauvages.

Par Martine Valo pour Le Monde le 18 août 2016.

Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, les plus efficaces jamais synthétisés, tuent massivement abeilles et bourdons. Il n’y a plus désormais que les firmes agro-chimiques pour le nier. Ou du moins pour sous-estimer le rôle de ces pesticides dans le déclin catastrophique des colonies d’insectes butineurs. Ces sociétés préfèrent le réduire à un facteur pathogène parmi d’autres : virus, monocultures réduisant et fragmentant leurs habitats, champignons, invasion de frelons, réchauffement climatique...

Il semble, au contraire, que les néonicotinoïdes multiplient par trois cette mortalité́ accélérée. C’est ce que défend une étude britannique publiée mardi 16 août par la revue Nature Communications et signée par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, un centre de recherche semi-privé sur l’environnement et l’alimentation sis à York (nord de l’Angleterre).

Voilà des années que les apiculteurs alertent sur l’impact des néonicotinoïdes, qu’ils lient à l’effondrement du nombre de leurs colonies d’abeilles, depuis que l’usage de ces produits chimiques s’est généralisé́ dans les campagnes occidentales, à partir de 1995.

De précédentes études scientifiques ont évalué́ leurs effets sub-létaux et neurotoxiques sur les abeilles domestiques, en particulier. Elles ont montré notamment que celles-ci perdent leur sens de l’orientation, ou que les bourdons donnent naissance à 80 % de femelles en moins...

Des preuves solides

Mais tous ces travaux n'ont pas apporté de « preuves solides » de l'impact de ces pesticides sur la disparition des espèces sauvages dans la nature, avancent les auteurs de la présente étude. À défaut d'établir un lien irréfutable de cause à effet, ces derniers estiment qu’ils illustrent cette fois de façon incontestable la relation entre produits chimiques et déclin des insectes en ayant croisé dix-huit années de données nationales, portant sur 62 des 250 espèces sauvages d’Angleterre, avec leur exposition aux champs de colza traités aux néonicotinoïdes. Cette échelle de temps paraît pertinente, écrivent-ils, pour observer les évolutions des populations d’insectes et, en parallèle, « les répercussions des changements historiques dans la gestion de l’agriculture ».

Les chercheurs ont eu recours aux relevés rigoureusement effectués au Royaume-Uni par des entomologistes volontaires, amateurs ou non, de la société́ nationale Bees, Wasps and Ants Recording, de 1994 à 2011. Ils en ont écarté́ les abeilles domestiques, car les apiculteurs les déplacent parfois en fonction des floraisons. Ils ont retenu les insectes sauvages repérés au moins cinq cents fois sur des parcelles d’un kilomètre carré ayant fait l’objet d’au moins deux recensements complets en dix-huit ans. Soit au final, une collection de 31 800 inventaires.

Quant au colza, il a été choisi pour sa progression fulgurante. Cet oléagineux est désormais la principale culture traitée aux néonicotinoïdes et couvre ainsi 8,2 millions d’hectares en Europe.

L’année 2002 sert enfin de référence : c’est celle où s’est répandue outre-Manche cette famille de pesticides qui a pour caractéristique d’enrober la semence, puis de persister dans toute la plante, fleurs y compris, et dans les sols. Les chercheurs ont comparé́ les courbes d’abondance que chaque espèce d’abeilles aurait dû suivre si ses effectifs avaient poursuivi la tendance dessinée avant 2002, avec les trajectoires réelles ultérieures.

Un déclin accéléré

Leurs modèles en ont déduit que, dans un premier temps, le colza fournit aux abeilles de quoi butiner, mais ce bienfait ne compense pas la toxicité́ des pesticides. Au contraire. « Nous estimons que, depuis 2002, l’usage de néonicotinoïdes est à lui seul responsable d’une perte supérieure à 20 % pour cinq espèces [Halicte tumulorum, Lasioglossum fulvicorne, L. malachurum, L. pauxillum et Osmia spinulosa] », affirment les auteurs. La même cause suscite un déclin de 10 % chez vingt-quatre espèces, de plus de 15 % pour onze autres, voire de 30 % chez les plus touchées.

Au total, les espèces sauvages friandes de colza traité aux néonicotinoïdes déclinent trois fois plus que les autres, observent-ils. Cependant, les non-butineuses ne sont pas non plus épargnées et semblent contaminées par d’autres fleurs ayant poussé́ à proximité́ de ces oléagineux.

Après bien des atermoiements, l’Union européenne a accepté́, en 2013, d’interdire sur son territoire trois insecticides néonicotinoïdes sur certaines cultures. Officiellement décidé pour deux ans, le moratoire est encore en vigueur aujourd’hui.

En France, la nouvelle loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée le 20 juillet, prévoit de tous les bannir au 1er septembre 2018 sur l’ensemble des terres agricoles… mais avec de possibles dérogations jusqu’en 2020.

Partager cet article
Repost0
21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 10:02
Un cerveau humain en 3D haute résolution_GUIDO-FOTOLIA

Un cerveau humain en 3D haute résolution_GUIDO-FOTOLIA

Par Stéphane Foucart le 20 juin 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/06/20/le-cerveau-assiege_4953797_1652666.html

En 2015, Edward Dutton (université d’Oulu, Finlande) et Richard Lynn (université d’Ulster, Royaume-Uni) publiaient, dans la revue Intelligence, une étude, passée inaperçue, mais dont les journaux auraient, peut-être, pu faire quelques manchettes. L’affaire est en effet d’une importance cardinale : les deux chercheurs documentaient, pour la première fois, une chute du quotient intellectuel (QI) moyen en France. Selon leurs estimations, ce dernier aurait perdu près de quatre points entre 1999 et 2009. A l’échelle d’une population, c’est énorme.

Ce genre de travaux essuie généralement un haussement d’épaules ou un revers de main. D’autant plus qu’en l’occurrence les auteurs ont fondé leurs calculs sur un petit échantillon de quatre-vingts personnes. Mais, à bien y regarder, l’étude des deux chercheurs britanniques mérite au contraire toute notre attention.

Plusieurs raisons à cela. La première est que, s’il est reproduit et confirmé par d’autres études, ce résultat signale la première inversion, en France, de la tendance séculaire qui voit augmenter régulièrement l’indice d’intelligence individuelle – c’est-à-dire, pour éviter de parler d’« intelligence », de l’amélioration des compétences cérébrales, au sens quasi mécanique du terme. La deuxième raison de prendre au sérieux les résultats de MM. Dutton et Lynn est que cette inversion de la tendance à l’augmentation du QI est également constatée en Norvège, au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Australie, en Suède…

Fonctions cognitives en régression

Dans de nombreux pays où les données permettent suffisamment de recul historique, une légère érosion des facultés cognitives est mesurée, environ depuis le milieu des années 1990. Il y a toujours, bien évidemment, des biais possibles, des erreurs, des effets d’échantillonnage… Mais même en Finlande, où la conscription donne lieu à des tests de QI standardisés, pratiqués sur toute une génération ou presque (25 000 jeunes par an sont testés depuis 1988), une étude des deux mêmes auteurs, publiée en 2013, montre une chute de deux points de QI entre 1997 et 2009, mesurée avec une grande précision. Les trois fonctions cognitives testées (représentation des formes, arithmétique, raisonnement verbal) sont toutes en régression.

Que viennent faire ces informations dans cette chronique ? Descartes nous a appris à nous placer si haut en surplomb du monde naturel, que nous avons bien du mal à imaginer que notre cerveau, siège du cogito, puisse être également modelé par notre environnement. Nous acceptons volontiers que notre foie puisse être intoxiqué, que notre prostate, nos glandes mammaires, notre pancréas puissent s’abîmer au contact des polluants de l’environnement. Mais que l’organe de notre intelligence soit affecté de la même façon, et que ces dégâts puissent altérer notre esprit, notre humeur, notre propension à la joie ou à l’insouciance, nous est intolérable. Le cerveau, pense-t-on, c’est de l’éducation greffée sur de la génétique. Un point c’est tout.

Lien entre perturbateurs endocriniens et troubles neuro-comportementaux

C’est pourtant faux. On peut, pour s’en convaincre, lire un livre savant paru fin mai en France, et dont il avait été question dans ces colonnes à sa publication par Oxford University Press (Le Monde du 3 décembre 2014). Dans Le Cerveau endommagé (Odile Jacob, 416 p., 39,90 euros), la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle) montre comment la perturbation du système hormonal par une multitude de substances présentes dans notre environnement domestique (solvants, plastiques, etc.) ou dans la chaîne alimentaire (pesticides, additifs, etc.), peut altérer la construction de certaines structures cérébrales, notamment au cours de la période intra-utérine.

La chercheuse, dont les travaux sur le système thyroïdien sont mondialement reconnus, travaille depuis plus de dix ans sur la question. Elle a ratissé toute la connaissance, de l’épidémiologie à l’épigénétique en passant par l’endocrinologie et la biologie du développement ; elle conclut à un lien fort entre l’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens — ces substances capables d’interférer avec le système hormonal — et l’augmentation d’une variété de troubles neuro-comportementaux (troubles de l’attention, hyperactivité, autismes, etc.).

Faillite réglementaire

Depuis longtemps, elle s’attend à ce que ses idées soient confortées par un début de baisse, dans la population générale, des capacités cognitives. Désormais, nous y sommes, même si d’autres causes que les contaminants chimiques ne sont pas à exclure…
S’il faut évoquer, aujourd’hui, les travaux de Barbara Demeneix, ce n’est pas seulement à l’occasion de la parution française de son livre. C’est aussi et surtout que la semaine passée a marqué le dernier épisode en date, et l’acmé, d’une interminable faillite réglementaire.

Mercredi 15 juin, avec, au compteur, deux ans et demi de retard et une condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne, Bruxelles a proposé des critères d’identification des perturbateurs endocriniens — critères qui permettront de les retirer du marché. Hélas, la proposition de Bruxelles exige des niveaux de preuve presque impossibles à atteindre pour déclarer une substance « perturbateur endocrinien ». Les sociétés savantes, les ONG et certains États-membres sont vent debout.

Bruxelles n’a pas compris qu’il ne s’agit plus de prendre des mesures de précaution, mais des mesures d’urgence. Nous ne le voyons plus seulement par les hausses d’incidence des maladies hormonales « classiques » (cancers hormono-dépendants, diabète, infertilité, etc.) : nos cerveaux et ceux des générations futures, condition sine qua non de notre intelligence collective, sont en première ligne.

Partager cet article
Repost0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet