Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 17:11
Des écolières pataugent dans les eaux à Mabalacat (Philippines) le 8 octobre 2018 © AFP/Noel CELIS

Des écolières pataugent dans les eaux à Mabalacat (Philippines) le 8 octobre 2018 © AFP/Noel CELIS

AFP le 20 septembre 2019.

Des îles du Pacifique au delta du Gange, des centaines de millions de personnes risquent d'être chassées de chez elles par la montée des océans. Une fuite sans espoir de retour pour des "réfugiés climatiques" qui devront trouver une terre d'accueil.

Même si le monde parvenait à limiter le réchauffement de la planète à +2°C par rapport à l'ère pré-industrielle, l'augmentation du niveau des mers pourrait submerger les foyers de 280 millions de personnes, selon un projet de rapport des experts du climat de l'ONU obtenu en août par l'AFP.

Même à +2°C, les calottes glaciaires continueront à fondre et même si les scientifiques ne savent pas combien de temps ça prendra, à terme cela signifie "plus de 4,5 mètres d'élévation du niveau de la mer, probablement six mètres", explique à l'AFP Ben Strauss, le patron de l'institut de recherche Climate Central.

"C'est suffisant pour effacer de la carte la plupart des villes côtières", poursuit le chercheur qui avait déjà mis en avant dans une étude publiée en 2015 ce chiffre de 280 millions.

Selon ses recherches, une partie importante de la population de grandes villes se retrouverait sous l'eau, à Hong Kong (31%), Shanghaï (39%), Bombay (27%), Calcutta (24%), Amsterdam (92%), Bangkok (42%) ou Miami (43%).

Là où ce sera techniquement et financièrement possible, certains aménagements pourront être réalisés pour éviter la submersion. New York envisage par exemple des travaux de protection qui coûteront des milliards de dollars.

Les scientifiques estiment que la montée des eaux pourrait être de près d’un mètre d’ici 2100 si les émissions ne diminuent pas. AFP/François Lo Presti

Les scientifiques estiment que la montée des eaux pourrait être de près d’un mètre d’ici 2100 si les émissions ne diminuent pas. AFP/François Lo Presti

"Des digues de plus en plus hautes devront être construites", mais "voulons-nous vivre au fond d'une cuvette et à quelle profondeur ?", lance Ben Strauss. "En cas de méga-tempête, ou si quelqu'un pose une bombe..., plus la cuvette est profonde, plus elle se remplit vite".

Certaines communautés, notamment dans les régions polaires, risquent de toute façon d'"atteindre les limites de l'adaptation bien avant la fin du siècle" et certaines Etats insulaires pourraient devenir "inhabitables", estime le projet de rapport de l'ONU examiné à Monaco à partir de vendredi.

Qui protéger ou sacrifier ?

Cette dernière prédiction pourrait se réaliser très rapidement. Selon une étude parue en 2018 dans la revue Science Advances, la plupart des milliers d'atolls tropicaux seront inhabitables d'ici à 2050. Non parce qu'ils auront disparu sous les eaux -ce qui ne devrait pas se produire avant 2100 ou 2150- mais parce que la fréquence des inondations marines provoquera la contamination de l'eau potable.

Face à cet avenir sombre, "beaucoup de gouvernements de petits Etats insulaires sont pris dans un dilemme", note François Gemenne, un spécialiste en géopolitique de l'environnement travaillant à l'université de Liège.

Réfugiés climatiques au Bangladesh, mars 2014

Réfugiés climatiques au Bangladesh, mars 2014

"Ça pourrait sembler une bonne stratégie de négocier des accords de migration", explique-t-il à l'AFP. Mais "ils estiment que ça signifierait baisser les armes face au changement climatique".

Dans tous les cas, petites iles peu peuplées ou grandes mégalopoles côtières, cette "redistribution d'une partie de la population mondiale" doit être "organisée", "sur plusieurs générations", plaide le chercheur.

"Le pire serait d'attendre le dernier moment et d'être obligé de déclencher des opérations humanitaires" pour reloger dans l'urgence ces populations "sans qu'elles aient pu décider où refaire leur vie ailleurs", souligne-t-il.

Et même si ces mouvements de population devraient être principalement internes, selon les experts, ils n'iront pas sans difficultés.

Quelles populations protéger ? Quelles populations déplacer, comment, avec quelles compensations ? Pour certains gouvernements, « les populations les plus défavorisées ne seront pas forcément en haut de la liste et on imagine les tensions que vont provoquer les choix entre ceux qu'on protège et ceux qu'on sacrifie », prédit François Gemenne.

Le niveau de la mer n'est en plus pas le seul effet du réchauffement appelé à chasser de plus en plus de gens de chez eux.

Selon l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), 16 millions de personnes ont été déplacées en 2018 par des événements météo extrêmes appelés à se multiplier. 680 millions de personnes habitent dans des régions dont l’altitude ne dépasse pas dix mètres. Le dérèglement climatique est devenu un "moteur de migration", mettait en garde l'an dernier la Banque mondiale, qui prédit 143 millions de "migrants climatiques" d'ici à 2050.

Et si pour certains, il existe un espoir de rentrer un jour, pour ceux acculés par la montée des eaux, "ce sont des migrations sans retour possible", insiste François Gemenne.

Partager cet article

Repost0
19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 09:06

Le dérèglement climatique change les cadres du débat politique et devient un prisme incontournable de lecture du monde, explique François Gemenne, chercheur en sciences politiques, rattaché à l’université de Liège et enseignant à Sciences Po. Dans ce contexte, les chercheurs ont un rôle majeur à jouer et ne peuvent pas se dérober. Entretien avec Alexandre-Reza Kokabi et Lorène Lavocat pour Reporterre, mai 2019. Lire aussi  François Gemenne : « La France terre d’asile est une légende » et  Aux origines climatiques des conflits.

François Gemenne : « Le problème n’est pas tant le capitalisme que le court-termisme »

Reporterre — Dans votre enfance, quel était votre rapport à la politique et à l’écologie ?

François Gemenne — Mes parents étaient professeurs de lycée à Liège, en Belgique. J’ai grandi dans un milieu assez privilégié, très culturel. Petit, je regardais le journal télévisé et je connaissais les noms des principaux hommes et femmes politiques. Dans les supermarchés, je montais souvent sur des tabourets et je haranguais les gens en disant « je suis François Mitterrand », parce que j’avais identifié que Mitterrand portait le même prénom que moi.

J’étais déjà sensible aux questions écologiques, particulièrement la disparition des espèces. À l’école primaire, nous avions lancé un journal qui s’appelait Le Cri de la nature. Avec quelques amis, on rédigeait des articles sur les espèces en danger, on les photocopiait chez nous, et on vendait ce journal dans la cour de récréation. La revue marchait bien !

Plus tard, vous avez d’abord souhaité devenir diplomate, avant d’hésiter entre une carrière politique — vous étiez membre du parti belge Écolo — et le monde de la recherche… Qu’est-ce qui vous a fait pencher pour la recherche ?

L’affaire Francorchamps. Le parti Écolo avait réussi à faire voter une loi qui interdisait la publicité pour le tabac dans l’espace public. La Belgique avait un grand prix de Formule 1, Spa-Francorchamps, largement sponsorisé par les cigarettiers. Et l’infâme Bernie Ecclestone, grand patron de la Formule 1 à l’époque, avait dit : « Si la Belgique maintient cette loi, je retire le grand prix du calendrier. » La plupart des partis étaient prêts à faire une exception « Francorchamps », mais les Verts ont tenu bon. Ils sont apparus comme les fossoyeurs de l’économie, et ils se sont pris une dégelée électorale en 2004, où ils ont perdu la moitié de leur électorat.

Plutôt que de me retrouver politique dans l’opposition, j’ai décidé de mettre ce moment de disette électorale à profit pour faire une thèse sur les réfugiés écologiques. À l’époque, très peu de gens en parlaient, ça apparaissait comme un sujet de niche tout à fait anecdotique.

« En faisant de la recherche, je fais aussi de l’action politique, et je pense plus efficacement que si j’étais député. Nous devons nous investir dans les débats publics plutôt que de les fuir, comme certains collègues le font. »

« En faisant de la recherche, je fais aussi de l’action politique, et je pense plus efficacement que si j’étais député. Nous devons nous investir dans les débats publics plutôt que de les fuir, comme certains collègues le font. »

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Lors d’un stage à l’ONU, en 2001-2002, je me suis retrouvé coincé dans un ascenseur avec Enele Sopoaga, qui était ambassadeur du Tuvalu aux Nations unies. Il m’a expliqué que Tuvalu venait de réunir assez d’argent pour payer la cotisation d’adhésion à l’ONU et que sa mission était d’alerter les États sur la hausse du niveau des mers et la potentialité que les Tuvaliens deviennent des réfugiés climatiques. J’avais été fasciné par cette histoire. Par la suite, j’ai passé plusieurs mois à Tuvalu, un an à La Nouvelle-Orléans avec ceux qui avaient subi l’ouragan Katrina, puis avec les déplacés de la catastrophe de Fukushima.

Au cours de ma thèse, le sujet a trouvé de plus en plus d’écho et j’ai été sollicité pour en parler. En 2010, au moment de la COP16 à Cancún (Mexique), nous, chercheurs, sommes parvenus à faire passer dans la négociation internationale l’idée que les gens migrent aussi pour s’adapter, et pas seulement parce qu’ils ont échoué à s’adapter. Les migrations ont été reconnues comme une stratégie possible d’adaptation qui peut recevoir des financements.

Sur les migrations, des chercheurs se sont transformés en entrepreneurs politiques, pour porter cette cause, de la même manière que le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] est un entrepreneur politique sur la question du changement climatique.

Aujourd’hui, vous vous considérez donc comme un « chercheur entrepreneur politique » ?

La recherche, c’est le contraire de la tour d’ivoire. Être chercheur, c’est la plus grande possibilité de changer les choses, car la science pose les cadres du débat. En faisant de la recherche, je fais aussi de l’action politique, et je pense plus efficacement que si j’étais député. Nous devons nous investir dans les débats publics plutôt que de les fuir, comme certains collègues le font.

Quitte à accepter, comme vous l’avez fait, de débattre dans les médias avec des membres du Rassemblement national ?

Il faut accepter des débats avec des gens qui ne pensent pas comme nous, et même avec des gens qui font leur fonds de commerce de mensonges et de rumeurs. Quand Benoît Hamon ou Europe Écologie-Les Verts (EELV) m’ont sollicité pour les conseiller, j’ai évidemment dit oui. Mais je considère qu’un chercheur n’a pas à être partisan : il est au service de tous les partis démocratiques, pour que la décision publique et les orientations politiques s’appuient sur des faits et sur de la science. Particulièrement aujourd’hui dans un monde de « post-vérité », où tout le monde a tendance à transformer les informations. C’est pourquoi, à l’époque où Sarkozy était à l’UMP, j’étais intervenu à sa demande lors d’un congrès. Et c’est pourquoi je ne suis plus membre d’aucun parti politique. En tant que chercheur, on ne peut pas sombrer dans la partisanerie.

On a souvent cette image du chercheur qui doit, au nom d’une objectivité, rester neutre. Pour vous, ça n’a pas de sens ?

Le chercheur doit être honnête, il ne doit pas être neutre. La science n’est pas neutre. Quand on travaille sur des phénomènes aux implications sociales aussi importantes que le changement climatique ou les migrations, on ne peut pas publier ses résultats dans des revues académiques et ne pas prendre part au débat. Le climatologue qui fait des mesures de concentration de gaz à effet de serre et qui voit que ça s’emballe, ne peut pas se contenter de publier ses travaux dans Global Environmental Change. Bien sûr qu’il doit sonner l’alarme, bien sûr qu’il doit s’impliquer dans le Giec ! Je me reconnais tout à fait dans la démarche du Giec : fournir un condensé de la science, et laisser les politiques prendre leurs décisions.

Que disent les migrations environnementales du monde dans lequel nous vivons ?

Elles disent que les problèmes sont profondément imbriqués les uns dans les autres : ces migrations sont tout autant économiques et politiques qu’environnementales, elles ne sont pas séparées des autres dynamiques migratoires. En Afrique subsaharienne, la moitié des gens dépendent de l’agriculture de subsistance, et c’est leur principale source de revenus. Si l’environnement se dégrade, si les températures ou la pluviométrie changent, ils perdent leur source de subsistance.

Avec le changement climatique, toute une série de cadres d’analyse n’a plus de sens : les frontières, la souveraineté. Qu’est-ce que veut dire la souveraineté nationale à Tuvalu, quand les côtes de votre pays sont grignotées par la mer en raison du mode de vie d’autres pays, à l’autre bout du monde ? Que veut dire le concept de frontière quand la géographie des cartes est complètement redessinée ?

Les migrations environnementales nous disent qu’aujourd’hui le futur et le présent de populations sont complètement transformés à cause de facteurs sur lesquels ils n’ont plus aucune prise. Ça implique de penser les choses de manière « anthropocénique » : notre place sur cette planète ne s’arrête pas à nos frontières nationales et notre responsabilité en tant qu’humains ne s’arrête pas à des frontières géographiques ou générationnelles. Il faut repenser les relations internationales pour les transformer en relations globales.

« Il faut concevoir les luttes et mobilisations locales comme étant une déclinaison de l’international. On ne peut pas se dire “je vais aller tout seul cultiver mon lopin de terre en permaculture et tant pis pour les autres” ».

« Il faut concevoir les luttes et mobilisations locales comme étant une déclinaison de l’international. On ne peut pas se dire “je vais aller tout seul cultiver mon lopin de terre en permaculture et tant pis pour les autres” ».

Lors de notre dernier entretien, vous aviez souligné la tendance des luttes écolos à se replier dans le cadre des frontières et se concentrer sur des solutions principalement locales. N’est-ce pas la preuve d’un échec de l’action internationale ?

Oui, mais c’est une défaite à laquelle je ne me suis pas encore résolu. La politique internationale est extrêmement décevante, malgré certaines avancées. L’Accord de Paris reste un succès important, le pacte mondial de l’ONU sur les migrations aussi. C’est compliqué de penser l’action au niveau international mais le localisme est un repli qui va à l’encontre de tout ce que je suis. Ce n’est pas un hasard si le Rassemblement national (RN) a choisi le localisme comme son nouveau credo écologiste.

Les mobilisations étudiantes pour le climat ou l’Affaire du siècle sont essentielles, mais exiger de la France qu’elle réduise ses émissions, c’est insuffisant. Même si nous devenions un pays exemplaire, ça ne changerait quasiment rien au dérèglement climatique global. Il faut aussi demander que la France fasse tout ce qu’elle peut pour réduire les émissions à l’étranger, en subsidiant massivement les renouvelables partout dans le monde, en cessant les subsides aux énergies fossiles.

Comment peut-on agir au niveau international ?

Il faut concevoir les luttes et mobilisations locales comme étant une déclinaison de l’international. On ne peut pas se dire « je vais aller tout seul cultiver mon lopin de terre en permaculture et tant pis pour les autres ».

Il faut soutenir des mouvements sociaux ou des ONG, comme 350.org ou Greenpeace, qui dépassent les frontières. Ensuite, il faut faire pression collectivement sur des banques ou des entreprises multinationales. Je suis révulsé quand des gens viennent me dire « qu’est-ce qu’on peut y faire, de toute façon, on est en France, ce sont des multinationales qui décident ». Les banques qui investissent massivement dans les énergies fossiles sont BNP Paribas et la Société générale. Lafarge est le numéro 1 du ciment, Nissan Renault est le numéro 1 de l’automobile ! Je suis effrayé de voir combien les gens se sentent déconnectés de l’action internationale. La France a un siège au Conseil de sécurité, nom d’un chien (sic) ! Qu’on puisse se sentir impuissant quand on est dans un minuscule pays comme Sao Tomé-et-Principe ou Tuvalu, d’accord, mais quand vous êtes Français, vous ne pouvez pas dire des choses comme ça.

Vous retrouvez-vous dans les actions d’ANV-COP21, qui a bloqué des sièges de multinationales ?

Bien sûr, ça permet de mettre l’accent là où il y a un problème. Mais la question c’est aussi : comment travailler avec ces entreprises pour les faire changer. Car, dans dix ans, ces entreprises seront toujours là. Donc, soit on se dit que ce sont de grands méchants avec qui on ne peut rien faire, soit on cherche à les faire changer. Le but n’est pas de fermer Total, mais de transformer l’entreprise en leader énergétique d’un monde post-carbone. Il faut aussi mettre le doigt sur l’hypocrisie, et dénoncer les partenariats de Total avec Sciences Po. Mais j’ai peur que si on se dit « il faut tout renverser, il faut sortir du capitalisme », on n’ait pas le temps.

« Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. »

« Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. »

À l’inverse, beaucoup de personnes disent qu’on n’a pas le temps pour les petits pas, pour changer les pratiques dans telle et telle entreprise, et que la seule solution, c’est de changer radicalement les choses. Qu’en pensez-vous ?

Je voudrais pouvoir croire au grand soir. Mais c’est un risque considérable à prendre, et vu les enjeux, je n’y suis pas prêt. Car peut-être qu’en 2022 tout va s’écrouler et qu’on mettra autre chose en place. Mais si ça n’arrive pas très très rapidement… on est foutus. Tandis que je vois ce qu’il est possible de faire au quotidien en travaillant avec ces entreprises, et ce n’est pas forcément une stratégie des petits pas. Il s’agit de leur montrer à quel point, sur le long terme, elles ont intérêt à la transition écologique, y compris en matière de profit. Le problème aujourd’hui n’est pas tant le capitalisme que le court-termisme. Les entreprises sont aujourd’hui otages de leurs actionnaires, qui s’en fichent de l’avenir à long terme. Si elles étaient à nouveau dirigées par leurs dirigeants, on aurait moins de licenciements économiques, et une stratégie de long terme.

Lors de notre dernière rencontre, vous aviez « acté que l’Europe serait bientôt gouvernée par l’extrême droite ». Maintenez-vous ce constat ?

Je suis très inquiet — sans doute davantage que lors de notre dernière rencontre — de la montée de l’autoritarisme. De plus en plus de gens, y compris parmi les Gilets jaunes, se disent prêts à accepter un régime autoritaire, souhaitent un leader fort pour faire table rase et mettre fin « à tous les privilèges ». Dans toutes les sociétés européennes, il existe une appétence pour les dictatures. Macron l’a bien compris.

Je suis très inquiet, aussi, de la manière dont le gouvernement réagit au mouvement des Gilets jaunes, avec la montée des restrictions aux libertés publiques. Ça devient compliqué de manifester en France, sans parler des blessures physiques. Les gens deviennent des ennemis les uns pour les autres. Même si tous proviennent a priori du même milieu social, connaissent les mêmes difficultés pour les fins de mois, les uns vont enfiler un gilet jaune, les autres un uniforme de CRS, et ils vont s’affronter. Je ne peux pas me résoudre à vivre dans une telle société, où il s’agirait de faire triompher le camp du bien sur le camp du mal.

En Belgique, j’ai fait plein de marches pour le climat avec mon gamin de 6 ans sur les épaules. Je n’oserai jamais le faire en France. On ne peut pas se résoudre à ça dans une démocratie. Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. Il faut repenser en urgence la gestion du maintien de l’ordre en France, avoir une vraie réflexion par rapport aux techniques policières, aux nasses, à l’utilisation des armes comme les grenades, les LBD, et plus globalement sur comment réinstaurer un dialogue entre les services de police, de gendarmerie et les manifestants.

Faut-il encore faire des enfants ?

Je comprends qu’on puisse se poser la question, sachant que les conséquences futures du changement climatique sont déterminées par les émissions passées, ça ne va pas être joli à voir pour ceux qui vont naître maintenant. Et sachant que faire un enfant en Europe ou dans un pays occidentalisé représente une empreinte carbone relativement conséquente.

Mais, d’un autre côté, s’il n’y a pas de générations futures, à quoi bon se battre ? Je vais aller travailler dans une banque, gagner trois fois plus d’argent et passer tous mes week-ends à Las Vegas. Je ne vais pas m’emmerder (sic) à être chercheur. Les enfants, c’est une bonne façon de s’extraire de la question de court-terme et de penser sur le long terme.

« Emmanuel Macron est arrivé comme le candidat du “nouveau monde” et on réalise qu’il était sans doute le dernier rempart de l’“ancien monde”. »

« Emmanuel Macron est arrivé comme le candidat du “nouveau monde” et on réalise qu’il était sans doute le dernier rempart de l’“ancien monde”. »

Prenez-vous toujours l’avion ?

Oui. En tant que chercheur, je le prends infiniment plus que la moyenne de la population, mais je l’assume parce que c’est justifié pour des raisons professionnelles. Il ne faut pas voir l’avion comme une sorte de grand méchant du changement climatique.

Lors des réunions du Giec, beaucoup s’interrogent quant au paradoxe à se retrouver à l’autre bout du monde pour écrire le prochain rapport sur le changement climatique. Non ! C’est une semaine nécessaire de travail intensif avec des chercheurs du monde entier, de pays en développement et de pays industrialisés. Quand la réunion se déroule en Inde, cela peut nous paraître le bout du monde, mais c’est en réalité plutôt proche pour de nombreux chercheurs.

Il y a donc toute une série de déplacements en avion qui restent légitimes. L’avion apporte des bénéfices sociaux, y compris l’aviation low cost, qui a permis à des familles de partir en vacances à l’étranger. Je ne voudrais pas qu’on en arrive à une situation où les gens ne prennent plus l’avion, où les billets d’avion deviennent trop chers, où les familles les plus pauvres, voire les classes moyennes, ne puissent plus du tout partir à l’étranger et soient obligées de rester chez elles.

Mais on peut prendre moins l’avion : il faut interdire les déplacements très courts, les petits vols intraeuropéens, et instaurer une taxe sur le kérosène. Ça implique de baisser drastiquement le prix des trains, de créer une agence européenne des chemins de fer.

Qu’est-ce qui fait que vous n’êtes pas déprimé, aigri ou angoissé ?

J’ai le sentiment qu’un basculement s’opère dans l’opinion. Les gens vont manifester dans la rue parce qu’ils identifient l’environnement comme une lutte profondément politique et sociale. On sort d’une phase incantatoire où les chercheurs disaient « il faut sauver le climat ». Et on entre dans une période difficile, où la question de l’environnement va devenir un sujet polémique et controversé, facteur de tensions.

Cette période peut déboucher sur le pire et le meilleur. Le choix collectif est tellement immense qu’on pourrait avoir une position de repli et dire « c’est trop radical comme changement », ne faisons rien. Sauf qu’on est la dernière génération à pouvoir changer les choses. C’est à la fois une terrible responsabilité, parfois écrasante, mais c’est aussi une formidable occasion d’inventer autre chose. Cette aspiration à « autre chose » explique aussi pourquoi le ressentiment envers Emmanuel Macron est si fort. Emmanuel Macron est arrivé comme le candidat du « nouveau monde » et on réalise que c’était sans doute le dernier rempart de l’« ancien monde ».

Partager cet article

Repost0
26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 13:05

Regards, Politis et Mediapart publient cet appel de 150 personnalités pour l'accueil des migrants, l’engagement de personnalités qui sonnent l’alerte des consciences. Pas de demi-mesures : il faut secourir et accueillir les migrants. Nous invitons celles et ceux qui l’approuvent à le rejoindre en le signant en ligne sur change.org et en le partageant sur les réseaux sociaux sous le hashtag #pourlaccueildesmigrants. Lire aussi  Etienne Balibar : « Pour un droit international de l’hospitalité », Créons un groupe international d’experts sur les migrations et l’asile et Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire.

Manifeste pour l'accueil des migrants

Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public.

Le temps des boucs émissaires est de retour. Oubliées au point d’être invisibles, la frénésie de la financiarisation, la ronde incessante des marchandises, la spirale des inégalités, des discriminations et de la précarité. En dépit des chiffres réels, la cause de nos malheurs serait, nous affirme-t-on, dans la « pression migratoire ». De là à dire que, pour éradiquer le mal-être, il suffit de tarir les flux migratoires, le chemin n’est pas long et beaucoup trop s’y engagent.

Nous ne l’acceptons pas. Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité.

Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires. À vouloir le faire, on finit toujours par être contraint au pire. La régulation devient contrôle policier accru, la frontière se fait mur. Or la clôture produit, inéluctablement, de la violence… et l’inflation de clandestins démunis et corvéables à merci. Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contraintes ; les êtres humains ne le peuvent pas. Le libre mouvement des hommes n’est pas le credo du capital, ancien comme moderne.

Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages, et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous !

Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche. Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. Nous ne composerons pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite. La migration n’est un mal que dans les sociétés qui tournent le dos au partage. La liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses.

Manifeste pour l'accueil des migrants

Les 150 signataires

Christophe Aguiton, sociologue - Christophe Alévêque, humoriste et auteur - Pouria Amirshahi, directeur de Politis - Ariane Ascaride, comédienne - Jean-Christophe Attias, universitaire - Geneviève Azam, économiste - Bertrand Badie, politiste - Sébastien Bailleul,DG du CRID- Josiane Balasko, comédienne- Étienne Balibar, philosophe - Ludivine Bantigny, historienne - Pierre-Emmanuel Barré, auteur, humoriste - Lauren Bastide, journaliste, féministe - Christian Baudelot, sociologue - Edmond Baudoin, auteur, dessinateur de BD - Alex Beaupain, auteur, compositeur, interprète - François Bégaudeau, écrivain - Yassine Belattar, humoriste - Hourya Bentouhami, philosophe - Alain Bertho, anthropologue - Pascal Blanchard, historien - Romane Bohringer, comédienne - Benoît Borritz, chercheur militant - Alima Boumediene-Thiery, avocate - Rony Brauman, médecin, cofondateur de MSF - Michel Broué, mathématicien - Valérie Cabanes, juriste internationale - Hélène Cabioc’h, présidente de l’Ipam - Julia Cagé, économiste - Robin Campillo, réalisateur - Aymeric Caron, écrivain, journaliste - François Chaignaud, chorégraphe - Patrick Chamoiseau, écrivain - Paul Chemetov, architecte - Monique Chemillier-Gendreau, juriste - Mouhieddine Cherbib, Respect des libertés - Jean-Louis Cohen, historien - Cristel Cornil, enseignante-chercheuse - Marie Cosnay, écrivaine - Annick Coupé, syndicaliste - Alexis Cukier, philosophe - Jocelyne Dakhlia, historienne - Jean-Michel Daquin,architecte - Françoise Davisse, réalisatrice - Philippe de Botton, président de Médecins du monde - Laurence De Cock, historienne, Fondation Copernic - Catherine de Wenden, politologue - Christine Delphy, féministe - Christophe Deltombe, président de la Cimade - Rokhaya Diallo, journaliste, écrivaine - Georges Didi-Huberman, philosophe - Bernard Dréano, président du Cedetim - Michel Dru, anesthésiste réanimateur - Françoise Dumont, présidente d’honneur de la LDH - Annie Ernaux, écrivaine - Éric Fassin, sociologue, anthropologue - Corentin Fila, comédien - Geneviève Fraisse, philosophe - Bernard Friot, économiste, philosophe - Isabelle Garo, philosophe - Amandine Gay, réalisatrice - Raphaël Glucksmann, essayiste - Robert Guédiguian, réalisateur - Nacira Guénif, sociologue, anthropologue - Janette Habel, politologue - Jean-Marie Harribey, économiste - Serge Hefez, psychanalyste - Cédric Herrou, militant associatif - Christophe Honoré, réalisateur - Eva Husson, réalisatrice - Thierry Illouz, auteur, avocat pénaliste - Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de Regards - Geneviève Jacques, militante associative - Chantal Jaquet, philosophe - Juliette, chanteuse, parolière, compositrice - Gaël Kamilindi, pensionnaire de la Comédie-Française - Pierre Khalfa, syndicaliste, coprésident de la Fondation Copernic - Cloé Korman, écrivaine - Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’ENS de Lyon - Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue - Mathilde Larrère, historienne - Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH - Raphaël Liogier, sociologue, philosophe - Isabelle Lorand, chirurgienne - Germain Louvet, danseur étoile de l’Opéra de Paris - Gilles Manceron, historien, LDH - Philippe Mangeot, enseignant - Patrice Maniglier, philosophe - Philippe Marlière, politologue - Roger Martelli, historien, directeur de la publication de Regards - Christiane Marty, ingénieure-chercheuse, Fondation Copernic - Corinne Masiero, comédienne - Gustave Massiah, altermondialiste - Nicolas Maury, comédien - Marion Mazauric, éditrice - Caroline Mecary, avocate - Philippe Meirieu, pédagogue - Phia Ménard, jongleuse, performeuse, metteur en scène - Céline Meresse, présidente du CICP - Guillaume Meurice, auteur, humoriste - Pierre Micheletti, médecin, écrivain - Jean-François Mignard, secrétaire général de la LDH - Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue - Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg - Ludmila Pagliero, danseuse étoile à l’Opéra de Paris - Willy Pelletier, sociologue, Fondation Copernic - Nora Philippe, auteure, réalisatrice - Thomas Piketty, économiste - Edwy Plenel, journaliste, président et cofondateur de Mediapart - Emmanuel Poilane, président du CRID - Thomas Porcher, économiste - Didier Porte, humoriste - Mathieu Potte-Bonneville, philosophe - Olivier Py, auteur, metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon - Bernard Ravenel, historien - Éric Reinhardt, écrivain - Prudence Riff, co-présidente du FASTI - Michèle Riot-Sarcey, historienne - Vanina Rochiccioli, présidente du Gisti - Paul Rodin, directeur délégué du festival d’Avignon - Marguerite Rollinde, politologue spécialiste du Maghreb - Alexandre Romanès, cirque Romanès - Délia Romanès, cirque Romanès - Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon - Alain Ruscio, historien - Malik Salemkour, président de la LDH - Sarah Salesse, avocate - Christian Salmon, écrivain - Odile Schwertz-Favrat, ex-présidente de la Fasti - Denis Sieffert, président de la SAS Politis - Catherine Sinet, directrice de la rédaction de Siné Mensuel - Romain Slitine, enseignant à Sciences Po - Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH - Lilian Thuram, fondation Lilian Thuram-Éducation contre le racisme - Sylvie Tissot, sociologue - Michel Toesca, acteur, réalisateur - Marie Toussaint, militante associative, présidente de Notre affaire à tous - Assa Traoré, comité Adama - Enzo Traverso, historien - Catherine Tricot, architecte - Aurélie Trouvé, altermondialiste, agronome - Fabien Truong, sociologue - Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH - Dominique Vidal-Sephiha, journaliste - Jean Vigreux, historien - Thierry Vila, écrivain - Arnaud Viviant, écrivain, critique littéraire - Sophie Wahnich, historienne - Jacques Weber, comédien - Serge Wolikow, historien

Organisations de soutien

Assemblée citoyenne des Originaires de Turquie, Auberge des migrants, Baam, CCFD-Terre solidaire 93, Cedetim, CICP, la Cimade, Coalition internationale des sans-papiers et migrants, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie, Coordination 75 des sans-papiers, Coordination 92 des sans-papiers, Coordination 93 des sans-papiers, Droits ici et là-bas (DIEL), Fasti, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, Gisti, Initiatives pour un autre monde, Ligue des droits de l’homme, Roya citoyenne, Syndicat des avocats de France, Union juive française pour la paix (UJFP), Utopia 56

Partager cet article

Repost0
22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 15:01

Etienne Balibar, philosophe, professeur émérite à l’Université de Paris-Ouest, s’insurge contre les violences faites aux migrants, « que l’histoire jugera sans doute criminelles ». Cette tribune publiée dans Le Monde du 16 août 2018, reprend et précise des idées que le philosophe a développées le 13 juillet à Saorge (Alpes-Maritimes), dans le cadre du festival des Passeurs d’humanité de la vallée de la Roya. Lire aussi Créons un groupe international d’experts sur les migrations et l’asile et Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire.

25 juin 2018, Porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris, sur des murs désaffectés contre lesquels dorment des réfugiés, un dessin de Bansky interpelle, avant d'être dégradé quelques jours plus tard.

25 juin 2018, Porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris, sur des murs désaffectés contre lesquels dorment des réfugiés, un dessin de Bansky interpelle, avant d'être dégradé quelques jours plus tard.

En Méditerranée, la situation ne cesse de se tendre. Une hécatombe quotidienne, en partie dissimulée. Des Etats instituant ou tolérant des pratiques d’élimination que l’histoire jugera sans doute criminelles. Entre les deux, des initiatives incarnant l’effort de solidarité de la « société civile » : villes refuges, « passeurs d’humanité », navires de sauvetage trop souvent contraints à la guérilla contre l’hostilité des pouvoirs publics.

Cette situation n’est pas sans analogues dans le monde. Mais pour nous, citoyens d’Europe, elle revêt une signification et une urgence particulières. Elle appelle une refonte du droit international, orientée vers la reconnaissance de l’hospitalité comme « droit fondamental » imposant ses obligations aux Etats, dont la portée soit au moins égale à celle des grandes proclamations de l’après-guerre (1945, 1948, 1951). Il faut donc en discuter.

Et d’abord, de qui parlons-nous : de « réfugiés », de « migrants », ou d’une autre catégorie qui les englobe ? Ces distinctions, on le sait, sont au cœur des pratiques administratives et de leur contestation. Mais surtout, de la façon dont nous nommons les humains qu’il s’agit de protéger ou de contraindre dépend aussi le type de droits que nous leur reconnaissons, et la façon dont nous qualifions le fait de les en priver.

Le terme auquel je pense est celui d’errants. Il me conduit à parler d’errance migratoire ou de migrance plutôt que de « migration ». Le droit international de l’hospitalité doit s’adresser aux errants de notre société mondialisée, refléter les caractères de l’errance migratoire comme telle, en particulier du fait des violences qui se concentrent sur son parcours.

Les Etats transforment des migrants en réfugiés sans refuge

Plusieurs arguments iraient dans ce sens. D’abord, l’obsession pour le refoulement de l’immigration dite clandestine et l’identification des « faux réfugiés » a fini par produire un « retournement du droit de l’asile » (Jérôme Valluy, politologue).

Les gouvernements utilisent la catégorie de « réfugié » non pour organiser l’accueil des individus fuyant la cruauté de leur existence, mais pour délégitimer quiconque ne correspond pas à certains critères formels ou ne sait pas bien répondre à un interrogatoire. Ceci ne serait pas possible, cependant, si les critères officiels n’étaient pas extraordinairement restrictifs, de façon à disjoindre l’obtention du statut de réfugié et le droit de circulation, tout en plaçant la souveraineté des Etats hors d’atteinte d’une véritable contestation.

Aussi ne font-ils aucune place aux conditions de guerre civile ou de guerre économique, dictature ou restriction de la démocratie, catastrophe environnementale qui sont aujourd’hui à la racine des errances. De plus, en déniant ces réalités en même temps qu’ils font violence à ceux qui les vivent, les Etats transforment à leur tour des masses de migrants en réfugiés sans refuge, pourchassés d’un campement à l’autre. Ce sont les usages (et mésusages) de la distinction qui nous obligent aujourd’hui à repenser le problème, pour lui apporter une solution qui passe aussi par le droit.

« Le principe des principes, c’est que les migrants en situation d’errance jouissent de droits opposables aux lois et règlements étatiques »

Les discussions montrent toutefois qu’elle peut chercher à se justifier diversement. Une conception humaniste posera que la liberté de circulation est un des droits de l’homme, aussi fondamental que la liberté d’expression ou l’habeas corpus. Elle exigera que les Etats lui fassent le moins d’obstacles possible. Une conception libérale exprimera la même exigence en termes de « laissez-passer », valant pour les hommes aussi bien que pour les marchandises, les capitaux ou les informations. Dans ses variantes égalitaires, elle insistera sur l’injustice qu’il y a à réserver le droit de changer de résidence aux individus puissants et fortunés, en excluant les pauvres et les exploités.

Ces raisonnements ne manquent ni de force ni de fondement, mais ne me semblent pas affronter la spécificité de la migrance contemporaine, parce qu’ils neutralisent le choc des situations de détresse et des interventions étatiques qui les visent.

Beaucoup plus pertinente me semble l’application rigoureuse des notions contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme à propos de la circulation, de la résidence et de l’asile : d’une part en raison de sa logique consistant à corréler des droits de signe contraire (comme le droit d’émigrer et le droit au retour), d’autre part en raison de son souci d’éviter la formation d’individus privés de droits ou de non-personnes.

Leur grande limitation, c’est qu’elles font de l’appartenance nationale et de la souveraineté territoriale l’horizon absolu des dispositifs de protection des personnes, alors que, dans la situation actuelle, la nécessité criante est de limiter l’arbitraire des Etats, en leur opposant des contre-pouvoirs légitimes internationalement reconnus.

C’est pourquoi je suggère de passer au-delà de ces textes en donnant corps à un droit de l’hospitalité, dont le principe est que les errants (et ceux qui leur portent secours) peuvent obliger l’Etat « souverain » lui-même, de façon que leur dignité et leur sécurité ne soient pas, comme aujourd’hui, systématiquement foulées aux pieds.

Des droits opposables aux lois et règlements étatiques

Il n’en est pas moins nécessaire de se rattacher ici à l’une des formules clés de 1948 : « Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique » (article 6 de la Déclaration universelle). En tous lieux veut dire même dans un office d’immigration, dans le cadre d’un contrôle frontalier, dans un camp de réfugiés, et si possible dans le fond d’un radeau pneumatique dérivant en haute mer…

Là où il faut demander à une autorité de remplir ses obligations, mais aussi là où il faut lui résister, en raison de sa tendance propre à sacrifier les droits humains à des exigences sécuritaires, voire identitaires.

Le principe des principes, c’est que les migrants en situation d’errance jouissent de droits opposables aux lois et règlements étatiques, ce qui implique aussi qu’ils puissent se défendre ou être représentés devant des juridictions ad hoc ou de droit commun.

De ce principe découleraient plusieurs ordres de conséquences. En tout premier lieu, l’interdiction de refoulement : non seulement les errants ne peuvent pas être violemment écartés d’une frontière ou d’une côte, mais ils doivent pouvoir exprimer leurs besoins dans des conditions qui respectent leur dignité, leur intégrité corporelle, leur autonomie individuelle, et tiennent compte des souffrances endurées. La « charge de la preuve » ne doit pas être du côté des errants, mais du côté des Etats hésitant à les accueillir.

« La « charge de la preuve » ne doit pas être du côté des errants, mais du côté des Etats hésitant à les accueillir »

Deuxièmement, les Etats et leur police opérant aux frontières ou à l’intérieur du territoire ne doivent pas brutaliser les errants : notion hélas très vaste qui s’étend des violences exercées contre des individus sans papiers jusqu’à la création de ce que la première ministre britannique Theresa May avait appelé un « hostile environment » pour les étrangers, en passant par l’enfermement dans des camps et la séparation des familles.

Les errants sont une partie mobile de l’humanité

Troisième point : les Etats ne doivent pas établir des listes de pays d’origine dont les ressortissants sont interdits d’entrée a priori en fonction de critères raciaux, culturels, religieux ou géopolitiques (nonobstant la nécessité pour eux de se prémunir contre les entreprises terroristes auxquelles l’errance peut servir de couverture).

Quatrièmement : les opérations militaires ne doivent pas chercher à détruire des organisations ou des réseaux de passeurs au risque de la vie des errants eux-mêmes, qui sont leurs victimes et non leurs commanditaires. A fortiori, les décisions qui interdisent les opérations de secours ou tentent de les faire échouer doivent être considérées comme des complicités de crimes (éventuellement de crimes contre l’humanité).

Enfin, en cinquième et dernier point : les Etats ne doivent pas, pour se défausser, externaliser la « gestion » des flux de migrants et de réfugiés. En particulier, ils ne doivent pas négocier avec des pays tiers – qualifiés de « sûrs » pour la circonstance – des accords de troc (rétention forcée contre subventions) qui, de façon inavouable, les rabaissent au même niveau que les « passeurs » mafieux dont ils dénoncent les activités.

Pour qu’humanité rime enfin avec égalité

Ces dispositions formulent des limites ou des interdits plutôt qu’elles ne prescrivent des comportements. Ceci est conforme à la nature du discours juridique lorsqu’il entreprend de rectifier une violence ou un abus.

Il ne s’agit pas de mettre fin par décret à l’errance des migrants et des demandeurs d’asile, non plus que de supprimer les causes qui ont déterminé leur exode. Mais il s’agit d’empêcher que, sous couvert de hiérarchiser ces causes, la politique des Etats transforme l’exode en un processus d’élimination. Les migrants en proie à l’errance et ceux qui leur viennent en aide doivent avoir le droit avec eux, dans leurs efforts pour y résister. C’est peu – à moins que ce ne soit beaucoup.

Il n’y a pas de droit à l’hospitalité, car l’hospitalité est une disposition collective relevant de la liberté, une « responsabilité partagée » (M. Delmas-Marty). Mais il faut développer le droit de l’hospitalité, activité civique en plein essor, à la mesure de l’urgence. Dépassant la proposition kantienne d’un « droit cosmopolitique » limité au droit de visite, il en généraliserait la norme fondamentale : les étrangers ne doivent pas être traités en ennemis. Or tel est précisément l’effet des politiques d’un nombre croissant d’Etats contre la migrance globale.

« Merci l’Espagne ». Le 9 août 2018, JUAN MEDINA / REUTERS.

« Merci l’Espagne ». Le 9 août 2018, JUAN MEDINA / REUTERS.

Les errants ne sont pas une classe. Ils ne sont pas une race. Ils ne sont pas « la multitude ». Je dirais qu’ils sont une partie mobile de l’humanité, suspendue entre la violence d’un déracinement et celle d’une répression.

Ce n’est qu’une partie de la population mondiale (et même une petite partie), mais hautement représentative, parce que sa condition concentre les effets de toutes les inégalités du monde actuel, et parce qu’elle porte ce que Jacques Rancière a appelé la « part des sans-part », c’est-à-dire le manque de droits qu’il faut combler pour qu’humanité rime enfin avec égalité. Il s’agit de savoir si l’humanité expulse de son sein cette partie d’elle-même, ou si elle en intègre les exigences à son ordre politique et à son système de valeurs. C’est un choix de civilisation. C’est notre choix.

Partager cet article

Repost0
1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 09:08

Dans une tribune parue le 28 juin dans Le Monde, un collectif rassemblant plus de 300 chercheurs et universitaires français et internationaux demande la création d’un comité intergouvernemental sur la question des réfugiés, calqué sur celui qui existe déjà pour le climat. Lire aussi Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire et L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui.

Une nouvelle unité de police de patrouille frontalière appelée Puma ainsi que des artistes « étrangers » participent à l’exercice « ProBorders » au poste frontière de Spielfeld en Autriche le 26 juin. Plusieurs centaines de policiers et de soldats autrichiens ont simulé une frontière,  un exercice de contrôle au point de passage avec la Slovénie par lequel des milliers de migrants avaient transité en 2015, une initiative de Vienne qui défend un durcissement de la politique migratoire européenne. RENE GOMOLJ / AFP

Une nouvelle unité de police de patrouille frontalière appelée Puma ainsi que des artistes « étrangers » participent à l’exercice « ProBorders » au poste frontière de Spielfeld en Autriche le 26 juin. Plusieurs centaines de policiers et de soldats autrichiens ont simulé une frontière,  un exercice de contrôle au point de passage avec la Slovénie par lequel des milliers de migrants avaient transité en 2015, une initiative de Vienne qui défend un durcissement de la politique migratoire européenne. RENE GOMOLJ / AFP

Tribune. Comme le changement climatique, la migration est un phénomène mondial qui doit être appréhendé et géré à la fois à l’échelle nationale et internationale. Comme les politiques environnementales, les politiques migratoires et les politiques d’asile requièrent une approche dépassionnée, scientifique et humaniste.

La régulation des mouvements de populations est un des points d’achoppement de la coopération internationale. La crise de l’asile survenue en Europe en 2015 a révélé que même dans des régions profondément intégrées et dans des contextes de forte coopération comme celui de l’Union européenne, l’impréparation, la confusion et le manque d’information généraient des réponses politiques non seulement inadéquates mais aussi extrêmement coûteuses humainement et politiquement. A l’échelle mondiale, depuis la Convention de l’ONU sur les droits des travailleurs migrants (1990) jusqu’aux discussions actuelles sur les « global compacts » (Pacte mondial), les tentatives pour coordonner les politiques publiques et favoriser une gouvernance globale des migrations ont échoué.

L’arrivée de centaines de milliers de demandeurs d’asile syriens aux portes de l’Europe en 2015 a forcé les responsables politiques et les citoyens européens à prendre conscience de la crise globale de l’asile qui se déroule principalement dans les pays du Sud. L’arrivée de ces réfugiés est entrée en résonance avec des débats plus larges sur l’immigration, l’intégration et la diversité dans des sociétés européennes ébranlées par la crise économique de 2008.

La crise européenne de 2015 est donc faite d’une confusion entre des phénomènes de long et court terme, entre la régulation de l’immigration et de l’asile, de débats autour des droits, des enjeux politiques et économiques de la migration, qui ne peuvent pas être tenus exclusivement à l’échelle nationale.

Conséquences pour les sociétés d’origine et d’accueil

Au-delà de l’Europe, l’émergence ou la consolidation de crises politiques cristallisées autour des migrations et de l’asile invitent à réagir collectivement de manière urgente.

Nous, scientifiques et experts, associés aux organisations de la société civile, des citoyens et des responsables politiques concernés, décidons de rassembler nos voix et nos forces pour permettre une meilleure compréhension des migrations qu’elles soient forcées ou non, de leurs déterminants, de leurs conséquences à la fois pour les sociétés d’origine et d’accueil.

Nous souhaitons ce faisant proposer des bases nouvelles et plus solides pour développer des politiques publiques fondées sur des faits scientifiques, des pratiques plus saines, loin des discours partisans qui prévalent dans les débats médiatiques et politiques aujourd’hui.

Cet appel pour un changement d’approche des politiques migratoires est urgent.
Depuis peu, les politiques migratoires et les politiques d’asile en Europe et en Amérique du Nord comme dans d’autres pays du monde (Kenya, Arabie saoudite etc.) ont généré des attaques sans précédent contre les droits humains des populations migrantes et une mise en danger du droit d’asile à l’échelle globale.

Inefficacité

Depuis les années 1990, les tentatives globales ou régionales de réguler les migrations et l’asile ne résistent pas à l’épreuve des afflux de réfugiés (d’Irak, de Syrie, du Soudan, de Birmanie) et des crises politiques liées à l’intégration des migrants ou la gestion de sociétés de plus en plus diverses.

Les choix politiques des pays de l’OCDE en la matière – construire des murs, externaliser les politiques migratoires et les politiques d’asile à des pays tiers – ont non seulement un coût politique et financier exorbitant mais ils ont en outre démontré leur inefficacité. Ces politiques n’empêchent pas les migrations, et n’ont pas d’impact sur les déterminants ou les effets de la migration comme en attestent à la fois les recherches menées par les sciences sociales mais aussi les expériences politiques récentes.

Le manque de compréhension des effets de la mobilité dans les pays d’origine et d’accueil des migrants produit des politiques désastreuses qui s’inscrivent malheureusement dans la durée. Au lieu d’analyses fondées sur les faits et des connaissances scientifiques, discours alarmistes et fausses vérités imprègnent les agendas politiques. Les scientifiques et les experts de la migration et de l’asile ne sont pas entendus.

Bien entendu, les controverses existent dans le champ scientifique en matière de migration. Certaines vérités ont néanmoins été fermement établies dans différents champs des sciences sociales. Elles demeurent pourtant inaudibles et ne sont pas utilisées dans l’action publique.

  • Les migrations prennent place majoritairement entre pays d’une même région et non entre continents. Les migrants sont majoritairement localisés dans les pays du Sud, en particulier les réfugiés.

  • Les 246 millions de migrants présents dans le monde ne représentent que 3,4 % de la population mondiale, beaucoup moins qu’au XIXe siècle, par exemple.

  • Les restrictions en matière de visa augmentent l’installation des migrants dans les pays d’accueil : au lieu de circuler entre leurs pays d’origine et d’accueil, les travailleurs migrants restent. L’impossibilité d’obtenir des visas pour les demandeurs d’asile depuis leur pays d’origine ou leurs premier pays d’exil augmente l’immigration clandestine et le recours aux passeurs.

  • La fermeture des frontières met à mal le rôle des migrants dans les échanges, les transferts financiers, la circulation des savoirs et des idées dans le monde

  • L’accès rapide au logement, à l’éducation, ainsi qu’au marché du travail légal améliore la qualité de l’intégration des migrants et des demandeurs d’asile, et réduit d’autant les inégalités et l’exclusion.

  • L’impact de l’immigration sur les dynamiques démographiques est limité, notamment parce que les comportements de fertilité des migrants convergent rapidement vers ceux des populations des pays d’accueil

  • Financer le développement des pays d’origine des migrants peut augmenter l’émigration : la relation entre migration et développement est de fait beaucoup plus complexe que ne le laissent penser les discours et politiques publiques contemporains.

  • L’effet de l’immigration sur le marché du travail et la croissance économique dans les sociétés d’accueil est globalement neutre ou positif ; il dépend largement des contextes et conjonctures économiques dans lesquels la migration prend place, de la mobilité de tous les travailleurs, et des politiques de régulation à l’œuvre.

Une rupture franche avec les options politiques inadaptées

Pour comprendre l’impact des migrations, il faut à la fois connaître les contextes spécifiques dans lesquels elles prennent place et les dynamiques globales qui les encadrent. Le manque de données fiables sur les migrations et l’asile est mis en avant à la fois par les chercheurs et les décideurs publics. Pourtant, au-delà de la faible qualité, voire de l’absence de données sur les migrations, c’est un manque d’objectivité et de solidité scientifique qui mine l’action publique aujourd’hui. Des politiques génériques, inadaptées à leurs contextes et imprégnées de croyances fantaisistes, ne peuvent pas être efficaces.

Nous appelons à la formation d’un groupe d’experts et de scientifiques sur les migrations et l’asile, pour travailler avec les responsables politiques et les représentants de la société civile. Nous demandons de manière urgente une rupture franche avec les options politiques court-termistes et inadaptées, qui sont aujourd’hui privilégiées et qui ont généré en Europe et au-delà une crise politique et humanitaire sans précédent. Nous réclamons un changement radical d’approche des questions migratoires, fondé sur la rationalité, le réalisme, les résultats de la recherche scientifique, et l’humanisme.

Les premiers signataires de cette tribune sont : Pieter Bevelander, Malmö University, Suède ; Christina Boswell, politiste, université d’Edimbourg, Royaume Uni ; Andrew Geddes, politiste, European University Institute, Italie ; François Héran, démographe, collège de France ; Jean Jouzel, climatologue, membre fondateur du GIEC ; Michèle Lamont, sociologue, université Harvard, Etats-Unis ; Ferruccio Pastore, Directeur du FIERI (Forum Internazionale ed Europeo di Ricerche sulle Migrazioni), Italie ; Peter Scholten, politiste, Erasmus university Rotterdam, Pays Bas ; Steven Vertovec, anthropologue, directeur du Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity, Allemagne ; et Dina Vaiou, géographe,Technical University of Athens (NTUA), Grèce. Retrouvez la liste complète des signataires sur Lemonde.fr

Partager cet article

Repost0
13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 09:08

815 millions de gens ont faim dans le monde, et 60 % d’entre eux vivent en zone de conflit. « A chaque fois que la faim augmente de 1 %, les migrations augmentent de 2 % », prévient David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial de l’ONU. D’après les propos recueillis par Rémy Ourdan le 11 juin 2018 pour Le Monde. Lire aussi Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire, Migrants : dix raisons de les accueillir dignement en Europe et d'ouvrir les frontières, 470 associations lancent les États généraux des migrations pour soutenir les lanceurs d'accueil, Le prochain génocide sera écologique et Dynamiques nouvelles des migrations internationales.

Lors d’une distribution de nourriture du Programme alimentaire mondial, à Thonyor (Soudan du Sud), en février 2017. Siegfried Modola/REUTERS

Lors d’une distribution de nourriture du Programme alimentaire mondial, à Thonyor (Soudan du Sud), en février 2017. Siegfried Modola/REUTERS

Ancien gouverneur de Caroline du Sud, membre du Parti républicain, David Beasley est directeur du Programme alimentaire mondial (PAM), l’agence humanitaire des Nations unies, depuis 2017. Il a visité, depuis, une cinquantaine de pays et arrive d’Afrique de l’Ouest. Il s’est rendu à Paris, vendredi 8 juin, pour rencontrer des membres du ministère des affaires étrangères, des représentants de l’Agence française de développement et des députés.

Quel est aujourd’hui votre regard sur la question de la faim dans le monde ?

Le nombre de personnes qui ont faim a diminué durant des décennies : il est passé de 1 milliard il y a vingt-cinq ans à 777 millions en 2016, alors que la population mondiale augmente. C’est la bonne nouvelle. De même, l’état de pauvreté et de faim aiguës est passé de 90 % il y a deux cents ans à environ 10 % aujourd’hui.

Mais pour la première fois depuis fort longtemps, la faim et la malnutrition augmentent de nouveau : on est passé de 777 à 815 millions de personnes en un an. Et les cas de famines aiguës, dues aux conflits et aux migrations forcées, croissent aussi : de 80 à 124 millions de personnes en un an. Pourquoi ? Le changement climatique mis à part, la réponse principale est que les famines sont la responsabilité de l’homme, elles sont dues aux guerres provoquées par les humains.

Parmi les 815 millions de gens qui ont faim, 60 % vivent en zone de conflit, et si plus personne n’avait faim en Chine et en Inde, ce serait 90 %. D’ailleurs, 80 % des budgets du Programme alimentaire mondial sont alloués aux zones de guerre. Plus de 50 % de l’aide humanitaire globale en 2017 a été consacrée à quatre pays : Syrie, Irak, Yémen, Soudan du Sud. Ces pays en guerre captent tout l’argent au détriment de régions du monde qui ont aussi cruellement besoin d’aide humanitaire, comme les pays du Sahel.

Donc, pour atteindre l’objectif fixé par la communauté internationale Faim Zéro 2030 [les Nations unies annoncent vouloir d’ici cette date éliminer la faim et assurer la sécurité alimentaire dans le monde], il faudrait mettre fin aux guerres. Or si je pense que l’on pourrait en finir avec les famines et la malnutrition dues à la pauvreté et au sous-développement d’ici à 2030, je ne crois pas que nous mettrons un terme aux guerres. Je dis donc aux dirigeants de la planète que je rencontre : soit vous arrêtez les guerres, soit il faut nous donner davantage d’argent pour combattre les famines, mais aussi pour changer d’approche, pour soutenir le développement.

Au-delà des quatre conflits évoqués, quelle est la situation en Afrique actuellement ?

Le Sahel et ses alentours sont la région la plus touchée par la faim en dehors de ces quatre conflits. Ce que je crains aujourd’hui [après la perte de ses territoires en Syrie et en Irak], c’est que l’organisation Etat islamique [EI] utilise le Sahel pour infiltrer des vagues de migration. L’EI part de Syrie vers le Sahel, via des réseaux liés à Boko Haram ou à Al-Qaida. Ces groupes terroristes ont une approche stratégique de cette région. Ils utilisent la faim comme outil de recrutement, particulièrement dans les zones de conflit et celles touchées par les changements climatiques, et dans les pays pauvres. Leur rêve est de déclencher encore davantage de vagues de migration vers l’Europe afin de les infiltrer.

Les gens privés de nourriture sont vulnérables. A chaque fois que la faim augmente de 1 %, les migrations augmentent de 2 %. La réponse de la communauté internationale doit bien sûr être sécuritaire, mais elle doit aussi être dans le développement durable. On ne peut pas se contenter d’apporter de la nourriture. Quand on le peut, au lieu d’en distribuer, on arrive avec de l’argent et on tente de relancer la production de vivres. On rencontre les meuniers, puis les paysans, qui embauchent des travailleurs, et ainsi de suite. Puis c’est cette nourriture que l’on donne aux plus pauvres, à ceux qui ont faim. La fierté et l’espoir reviennent quand les gens racontent, avec le sourire, que leurs enfants n’ont plus besoin de migrer.

Les Européens doivent comprendre qu’il faut investir dans le développement, que les Syriens ou les Africains ne veulent pas quitter leurs maisons ! Les Européens doivent comprendre que ces migrants préféreraient ne pas venir en Europe et rester chez eux, dans leurs pays.

Est-ce le message que vous êtes venu délivrer à Paris ?

Je suis venu parler du Sahel aux dirigeants français. Quand on assure une meilleure sécurité alimentaire, le recrutement par les extrémistes diminue et les migrations aussi. De la France, j’attends de la coopération en Afrique davantage que de l’argent. La France a une expérience historique au Sahel et on a besoin d’elle pour la nutrition, l’éducation, le développement du secteur privé. La France doit envoyer des instituteurs et des professeurs dans le Sahel. C’est une zone francophone.

Vous avez ardemment soutenu la campagne de Donald Trump et vous êtes proche de son administration, qui n’est pas une grande supportrice de l’ONU et du multilatéralisme. Votre proximité avec le président américain vous aide-t-elle à obtenir soutien et crédits ?

Donald Trump est un businessman. Quand il voit les faits, il prend les bonnes décisions. Le président a annoncé lui-même une augmentation de l’aide alimentaire l’an dernier. Donc oui, j’utilise mes relations pour éviter que les Etats-Unis ne réduisent les crédits accordés au PAM. Et on travaille dur pour rendre l’ONU plus efficace. Je crois qu’il y a un nouvel état d’esprit au sein des Nations unies, pour davantage d’efficacité.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté en mai une résolution mettant en évidence le lien entre la faim et les conflits. Est-ce une prise de conscience ?

Les dirigeants du monde commencent à comprendre que sans sécurité alimentaire, les conséquences seront très graves. Cette résolution met le problème sur la table de manière permanente. Aucun problème ne sera résolu sans sécurité alimentaire.

La faim est actuellement la pire crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale. L’humanité doit se réveiller ! Des millions d’êtres humains meurent ! Quand un enfant souffre, c’est toute l’humanité qui souffre.

Et si on ne réagit pas, la Syrie n’aura été qu’un problème presque « mineur » par rapport à la catastrophe qui s’annonce en Afrique. Un cataclysme, une « tempête parfaite » [perfect storm] arrive et ses conséquences vont être encore plus terribles que les conséquences du conflit syrien. Les dirigeants du monde doivent s’entendre pour mettre fin à des guerres telles qu’en Syrie ou au Yémen et investir dans le développement en Afrique. Sinon, les extrémistes auront la formule parfaite pour déclencher de nouveaux conflits et de nouvelles migrations.

Partager cet article

Repost0
11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 17:28

On vous a déjà parlé de la Marche Solidaire dans Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire. Voici l'occasion de pratiquer avec La Grande Parade Métèque qui nous propose ci-dessous... Et pour ceux qui ont du mal à marcher : la Marche Solidaire vous donne rendez-vous dimanche 17 juin, à Paris, à 16h place de la Bastille.

 

Marche Solidaire pour les migrants le 17 juin en Île-de-France

Pour ceux qui souhaitent faire l'étape de Villeneuve St Georges / Paris, nous vous donnons rdv gare de Lyon RER D, train de 8h39, arrivée 8h55 à Villeneuve Saint-Georges. Il y a 16 mn de trajet. C'est un jour de grève mais les trains ne seront annoncés que la veille et dans ce cas nous prendrons le suivant.
Pour le rdv du début de la marche à Villeneuve St Georges, il est généralement annoncé la veille également sur le facebook des marcheurs
ICI
N'oubliez pas de vous inscrire sur le site des marcheurs ICI, pour leur permettre de bien gérer leur organisation, et notre doodle ICI pour nous retrouver, (ok beaucoup de liens).

Salut et fraternité les métèques, à dimanche…

Partager cet article

Repost0
1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 09:04

La Marche Solidaire, de Vintimille (30 avril) à Douvres ou Londres (8 juillet) veut plaider pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité » et contre le blocage des frontières. Participez ! Lire aussi L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe, Pour une Europe plus sociale, plus écolo, plus solidaire et L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui.

Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire

Marche Citoyenne et Solidaire

Nous marchons pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité », contre le blocage de la frontière franco-italienne et de la frontière franco-britannique.

LAISSEZ LES PASSER !

Nous demandons la liberté de circulation et d’établissement des migrants en Europe et en France : pas de blocage des frontières à l’intérieur de l’Europe, notamment entre la France et l’Italie, entre la Grande-Bretagne et la France ; pour les migrants, liberté de choix du pays dont ils veulent demander la protection.

ACCUEILLONS LES !

Nous sommes solidaires avec les migrants : nous demandons l’ouverture de centres d’accueil inconditionnel, la fin du « délit de solidarité » et des autres entraves au travail des citoyens et des organisations d’aide aux migrants.

https://www.laubergedesmigrants.fr/wp-content/uploads/2018/03/logofinalMarchefondrose-300x285.png

La Marche commence le 30 avril 2018 à Vintimille et se termine le 8 juillet à Douvres. Elle a aussi pour objectif de valoriser le travail des citoyens, des associations, des collectifs qui aident les migrants, dans les 60 villes-étapes, de créer du dialogue avec les citoyens.

Elle a aussi pour objectif la collecte de fonds et l’encouragement à la collecte des biens nécessaires aux migrants (vêtements, chaussures, couvertures, …)

Organisation et programme, parcours et calendrier

L’organisateur de la Marche est l’Auberge des Migrants, en lien avec la Roya Citoyenne, et avec des « relais locaux », citoyens, associations et collectifs d’aide aux réfugiés.

Voir la bande annonce de la marche ?

La Marche part de Vintimille le 30 avril 2018 et se termine à Calais le 7 juillet, et éventuellement Douvres le 8 juillet. Elle comporte 60 étapes, et passe notamment par Nice, Marseille, Lyon, Dijon, Paris et Lille. Voir la carte et la liste des étapes

Chaque étape suivra, sauf cas particulier, les horaires approximatifs suivants : départ 9h30, arrivée 16h30. L’étape moyenne est de 20 à 25 km. Cela suppose, en enlevant une heure de pause, en moyenne 5 à 6h de marche à 4 km/h. L’itinéraire de chaque étape sera défini en évitant les grandes voies de circulation. Il empruntera donc si possible des routes à faible circulation ou des chemins, puis des grandes artères à l’arrivée de la ville-étape. L’itinéraire, et notamment le parcours en ville, sera signalé aux autorités (préfecture, municipalité), et éventuellement négocié au préalable. Nous nous appuyons sur des “relais” locaux pour chaque étape. Ils nous aident à trouver l’hébergement et le lieu pour les repas, à définir l’itinéraire précis et à organiser l’événement permettant une rencontre avec les citoyens et la valorisation des actions locales d’aide aux migrants. Ils pourront également mobiliser les médias locaux avant et pendant la Marche.

Les participants sont les marcheurs(euses) qui se sont inscrit(es) au préalable, pour une ou plusieurs étapes. Ils participent financièrement à la Marche à la mesure de leurs moyens. Ces marcheurs sont rejoints à l’entrée de chaque ville-étape par des personnes et des organisations en accord avec leurs objectifs de la Marche et souhaitant manifester leur soutien. Pour les marcheurs inscrits, l’organisation prendra en charge l’hébergement, les repas et la sécurité. Les personnes mineures pourront être inscrites mais seront obligatoirement accompagnées d’un adulte responsable. L’inscription des marcheurs(euses) se fera au préalable auprès de l’organisateur mais les responsables pourront aussi inscrire la veille au soir ou le matin de l’étape, dans la limite de 50 personnes en tout.

Comment sera structuré le cortège ? Il sera précédé d’un fourgon sonorisé, et suivi d’un autre fourgon, lorsque le parcours empruntera des routes. Il est probable que la gendarmerie ou la police assureront ici ou là la sécurité avec un véhicule propre. Un des fourgons disposera d’une trousse de secours. Les personnes légèrement blessées ou très fatiguées pourront faire une partie de l’étape dans un des fourgons. Les responsables du cortège auront en leur possession un ou plusieurs numéros de téléphone pour prévenir un médecin, les secours ou les autorités en cas de problème.

Hébergement et repas : l’hébergement pourra se faire par la mise à disposition d’un local, ou l’hébergement citoyen, ou sur le terrain d’un camping, ou sur un terrain mis à disposition. Les organisateurs prévoient le maximum d’autonomie : tentes, matelas, matériel de cuisine… Un fourgon avec une équipe permettra de remettre en état les lieux d’hébergement après le départ du cortège, transporter le matériel vers les prochaines ville-étape, d’installer les tentes, si nécessaire, de faire les approvisionnements et de préparer le repas du soir, le petit-déjeuner suivant et les casse-croûte du midi.

Animation et rencontre avec les citoyens : dans la mesure du possible, il sera organisé, à chaque ville-étape, un événement permettant la rencontre, le dialogue et/ou la fête : repas partagé, conférence-débat, projection de film, concert… Les dépenses et recettes liées à cette organisation seront, sauf accord contraire, attribuées aux relais locaux participants à l’organisation.

Voir le dossier de présentation completPour consulter le flyer, le communiqué de presse et le document de présentation de la Marche, c'est ici.

Le budget global de la Marche est de 60 000 € (logistique, hébergement, repas, sécurité, transports, communication). Si vous soutenez cette initiative, vous pouvez aider financièrement les organisateurs, en parrainant une étape ou des marcheurs. L’excédent éventuel contribuera à aider les migrants à Calais, dans la Vallée de la Roya, et sera versé en partie au budget des Etats Généraux des Migrations.

Toutes les informations sont ici :  https://www.laubergedesmigrants.fr/fr/la-marche-citoyenne

Si vous souhaitez participer à la Marche : http://www.laubergedesmigrants.fr/fr/sinscrire-a-la-marche-solidaire/

Si vous souhaitez accueillir les marcheurs : https://www.helloasso.com/associations/l-auberge-des-migrants/collectes/parrainer-la-marche-et-les-marcheurs

Un des points forts de la Marche sera « La République Solidaire », le dimanche 17 juin, de 16 h à 20 h, place de la République, à Paris, une scène musicale et des prises de parole d’humanitaires, de réfugiés et de politiques. Cet événement est dimensionné à 10 000 personnes, avec un budget de 60 000 € (scène, sonorisation, backline, éclairage, vidéo, sécurité). Si vous souhaitez être associé à cet événement, et éventuellement lui apporter une contribution financière, écrivez à marche.auberge@gmail.com

La Marche fera l’objet d’une production cinématographique, dont le réalisateur sera un réfugié iranien, encore présent dans la jungle de Calais il y a deux ans, et qui participera à la totalité de la Marche. Le budget (équipements, réalisation, montage, sonorisation) sera de 20 000 € environ. Si vous souhaitez financer ou cofinancer ce film, vous pourrez être associé à son image et à l’exploitation de ses droits en écrivant à marche.auberge@gmail.com.

https://www.facebook.com/AubergeMigrants/videos/10155973530130339/

La Marche Solidaire est parrainée par les Etats Généraux des Migrations. Elle a le soutien notamment de R.E.S.F., de la Ligue de l’Enseignement et de Help Refugees (G.B.). 

Elle mobilise les bénévoles des associations L’Auberge des Migrants, La Roya Citoyenne, Défends Ta Citoyenneté et Utopia 56.

Contacts La Marche Solidaire. L’Auberge des Migrants, B.P. 70113, 62100 Calais-Cedex. Tel 06 78 02 05 32 ou 06 08 49 33 45. Mail : marche.auberge@gmail.com

Partager cet article

Repost0
7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 09:05

Au palais du littoral de la ville du Nord, près de 2 000 personnes ont participé, les 1er et 2 mars, à la première Convention nationale sur l’accueil et les migrations destinée à infléchir la politique d’accueil des migrants en s’inspirant d’expériences locales. D’après Eugénie Barbezat le 4 mars 2018 pour l’Humanité. Lire aussi 470 associations lancent les États généraux des migrations pour soutenir les lanceurs d'accueil, Monsieur le Président, vous avez instauré à Calais un protocole de la bavure et L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui.

L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe

Durant deux jours, le palais du littoral de Grande-Synthe a été en effervescence. Dans cette ville du Nord devenue un symbole en parvenant à imposer à l’État l’ouverture d’un camp humanitaire pour les migrants, 2 000 militants associatifs, citoyens, élus et chercheurs se sont réunis, jeudi et vendredi, pour participer à la première convention nationale pour l’accueil des migrants. Avec un ordre du jour : partager les expériences réussies d’intégration et montrer ensemble qu’une autre politique migratoire est possible. Dès le départ, les débats ont permis de « mettre un coup de projecteur sur ce qui fonctionne en matière d’accueil, de complémentarité entre les associations, les citoyens et les collectivités locales », souligne Damien Carême, maire écologiste de Grande-Synthe. Ils ont aussi permis aux militants et aux élus qui luttent au quotidien de se rencontrer et de développer des convergences. « Nous retrouver nous fait énormément de bien, cela nous donne de la force, on réalise que l’on n’est pas seuls à agir », témoigne Geneviève Jacques, présidente de la Cimade.

L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe
L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe

Le rejet des migrants n’est pas une fatalité. C’est ce qu’a permis de mettre en lumière la convention en se penchant sur la situation de ces villes et villages où des migrants ont été répartis dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) ouverts à la suite de l’évacuation de la « jungle » de Calais. « À chaque fois, au départ, il y avait une hostilité du maire et de la population. Mais, dans 99 % des cas, au bout de six mois, la situation s’est inversée. Non seulement cela s’est arrangé au niveau des élus mais, surtout, la population est venue donner un coup de main », souligne Patrick Doutreligne, le président de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux). Une analyse partagée par nombre de citoyens venus apporter leurs témoignages. « Des enfants syriens sont venus dans ma classe et j’ai compris toutes les conséquences de la guerre chez eux. Quand je vois des gens dans la rue, je leur apporte des vêtements chauds, on n’a pas besoin d’être adulte ou de faire partie d’une association pour aider », a expliqué Rose, une collégienne de 13 ans. D’autres se sont interrogés sur les modalités de leur participation. « Comment aider ? À qui s’adresser pour proposer nos compétences, nos idées ? », s’interroge une jeune Dunkerquoise. Pour Patrick Doutreligne, il y a un problème de « doxocratie, c’est-à-dire, pour reprendre Platon, le pouvoir de ceux qui pensent connaître l’opinion. Les politiques sont persuadés que l’opinion est défavorable ou mitigée sur l’accueil des migrants et qu’il faut se montrer très ferme, mais ils ont tort ».

« Contrer l’instrumentalisation de la peur de l’autre »

« Nous pouvons opposer des vérités scientifiques aux mensonges sur les exilés », affirme l’anthropologue Michel Agier, qui dirige le programme de recherche participatif Babels, destiné à sortir du « gouffre d’ignorance » qui caractérise les polémiques sur l’accueil des réfugiés. « La plupart des chiffres qui circulent à la télévision ou dans la bouche de nos gouvernants sont faux ou totalement instrumentalisés. Nous ne sommes pas face à une invasion. Il y a 504 millions d’habitants dans l’Union européenne et seulement 3,4 millions de titres de séjour délivrés, dont 7 % en France. » Autre idée reçue dénoncée par la politiste Catherine Wihtol de Wenden : « En France, on pense que plus on accueille mal les migrants, moins ça fera un “appel d’air”, toutes les études prouvent le contraire ! » Reconnaissant la nécessité de livrer bataille contre ces fake news, Benoît Hamon, l’ex-candidat socialiste, dit espérer que cette convention sera « un point de départ pour contrer l’instrumentalisation de la peur de l’autre comme ciment social ».

Face à la diversité de la situation, il n’y a pas de réponse universelle. C’est un des constats qui s’est dégagé au fil des débats. Dans les villes qui servent de points de passage comme Calais, Grande-Synthe, Briançon, Menton ou même Paris, les migrants n’ont souvent besoin que d’un lieu d’accueil pour se reposer, reprendre des forces avant de poursuivre leur route. Les localités choisies par les migrants pour s’installer, comme Nantes ou Grenoble, doivent, elles, s’engager dans l’accompagnement des nouveaux arrivants à travers la scolarisation, l’inclusion sociale et citoyenne, mais aussi pour les recherches d’emploi et de logement. Répondant à ces situations diverses, des centaines de collectifs militants et associatifs locaux ont développé des expertises en parallèle de celle des grandes organisations nationales. Rassemblés en réseau depuis juin 2017 dans le cadre des états généraux des migrations (EGM) pour partager leurs expériences et leurs savoir-faire, ces acteurs ont pu pour la première fois se réunir de visu à l’occasion des journées de Grande-Synthe. « L’idée est de permettre aux grosses organisations nationales d’avoir des retours précis et diversifiés de ce qui se passe sur le terrain, et aux petites associations locales de pouvoir se prévaloir du label EGM, pour avoir davantage de poids quand il s’agit d’interpeller les institutions locales », a précisé Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale d’Emmaüs International et initiatrice des EGM. Aujourd’hui, cette mise en commun, qui permet de faire l’inventaire des situations de déni de droits et de mettre en place des stratégies communes, est plébiscitée : la rencontre de Grande-Synthe a permis de réunir des collectifs militants, des associations, mais aussi des élus venus d’agglomérations allant du petit village de l’Aisne aux villes de Strasbourg et Nantes.

Mais les initiatives locales se heurtent à la politique de l’État, qui refuse d’accorder des droits aux réfugiés. « C’est l’État qui est hors la loi en empêchant les personnes de circuler », a martelé Cédric Herrou. L’agriculteur de la Roya, également président de l’association Défends ta citoyenneté, était venu à Grande-Synthe témoigner de l’acharnement dont il est victime à cause de ses actions de solidarité envers les migrants à la frontière franco-italienne. Damien Carême l’a rappelé : devant à la criminalisation de la solidarité, « il faut mettre l’État face à ses contradictions, faire appel à d’autres textes comme le Code de la famille et les règlements internationaux signés par la France, concernant les villes durables par exemple ». « Nous sommes dans un combat politique, a rappelé la députée PCF Elsa Faucillon. Et la loi asile immigration qui se prépare est une attaque violente à notre idéal républicain. » À Grande-Synthe, le maire n’a pas baissé les bras malgré l’incendie qui a ravagé le camp des migrants en avril 2017. Cet hiver, il a ouvert le gymnase de sa ville aux réfugiés. Parallèlement, il se bat « contre les accords passés entre Emmanuel Macron et Theresa May qui prévoient la fin des dispositifs d’accueil dans les villes côtières ». En évoquant la bataille qui se mène aussi au niveau européen pour obtenir la révision des accords « injustes et inefficaces » de Dublin, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a conclu : « C’est ici, à Grande-Synthe, que l’on est dans le sens de l’histoire. » Ce premier grand rassemblement aura sans doute contribué à démontrer que le réalisme et la sécurité sont du côté des solidaires et des hospitaliers.

Partager cet article

Repost0
24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 09:51

Une semaine après la charge d’Emmanuel Macron à Calais contre les associations de soutien aux migrants, l’écrivain et réalisateur Yann Moix interpelle le chef de l’Etat, dont il dénonce la politique migratoire. Il affirme avoir filmé, dans le cadre d’un documentaire qu’il est en train de réaliser sur place, des « actes de barbarie». Tribune parue dans Libération le 21 janvier 2018. Lire aussi L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui, 470 associations lancent les États généraux des migrations pour soutenir les lanceurs d'accueil et L’évolution de la température mondiale accroîtrait le nombre de demandes d’asile auprès de l’Union européenne.

Yann Moix à Calais filme le sort des migrants.  PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Yann Moix à Calais filme le sort des migrants. PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Monsieur le Président de la République,

Chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris.

Vous avez affirmé, dans votre discours de Calais, que «ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires». Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul.

Je ne suis pas, comme vous dites, un «commentateur du verbe» : je suis un témoin de vos actes. Quant à votre verbe, il est creux, comme votre parole est fausse et votre discours, double.

J’affirme, monsieur le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

Vous menacez de saisir la justice si les «faits dénoncés» ne sont pas «avérés». Voici donc, monsieur le Président, les images des conséquences obscènes de votre politique.

Ces actes de barbarie, soit vous les connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction. Ces preuves, si vous les demandez, les voici ; si vous faites semblant de les demander, les voici quand même. Les Français constateront ce que vous commettez en leur nom.

«Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques», avez-vous dit. Ajoutant : «Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné». D’abord, vous menacez de procès en diffamation ceux qui démasquent votre politique ; ensuite, vous menacez de procédures de sanction ceux qui l’appliquent.

« La brutalité du monde »

Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe.

Soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres imprécis, et vous êtes incompétent. Ou bien les directives sont données par vous, et vous nous trahissez ; ou bien les directives sont données par d’autres, et l’on vous trahit.

Quand un policier, individuellement, dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on appelle cela un protocole. Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure.

Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement. Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces actions souillant la dignité de l’homme ? Vous y avez répondu vous-même : «Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.»

L’histoire a montré qu’on peut parfois reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit toujours reprocher à un président de mal commander, précisément quand le respect humain est bafoué. En dénonçant les violences policières, en cherchant à savoir qui est le donneur de ces ordres, je ne fais que défendre la police, parce que lui donner de tels ordres, c’est justement porter atteinte à son honneur.

«La situation est ce qu’elle est par la brutalité du monde qui est le nôtre», dites-vous. Peut-on attendre, monsieur le Président, qu’une situation aussi complexe soit démêlée par une pensée aussi simpliste ? Que des décisions si lourdes soient compatibles avec des propos si légers ? On attendait Bonaparte, arrive La Palisse.

Serez-vous plus enclin à l’émotion qu’à la réflexion ? Ecoutez la voix de ces jeunes qui, fuyant les assassins et la dictature, rançonnés puis suppliciés en Libye, traversent la Méditerranée sur des embarcations douteuses pour accoster, à bout de forces, dans une Europe que vous défendez par vos formules et qu’ils atteignent par leur courage.

Vous avez osé dire : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l’humanité durable dans la République.» Au vu de ce qui semblerait être votre conception de «l’humanité», les associations préfèrent l’aide que vous leur avez refusée à celle que vous leur promettez. A Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas.

Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberration.

La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un «crime contre l’humanité». Ne prenez pas la peine de vous rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité.

Faites, monsieur le Président, avant que l’avenir n’ait honte de vous, ce qui est en votre pouvoir pour que plus un seul de ces jeunes qui ne possèdent rien d’autre que leur vie ne soit jamais plus violenté par la République sur le sol de la nation. Mettez un terme à l’ignominie. La décision est difficile à prendre ? On ne vous demande pas tant d’être courageux, que de cesser d’être lâche.

Saccages d’abris, confiscations d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchage, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais, monsieur le Président. Hélas, vous ne connaissez rien de Calais. Le Calais que vous avez visité mardi dernier n’existe pas : c’était un Calais pipé ; c’était un Calais imaginaire et vide ; c’était un Calais sans «migrants». Un Calais sur mesure, un Calais de carton-pâte. Le Calais que vous avez visité, monsieur le Président, ne se trouve pas à Calais.

Crime

Le Défenseur des droits a dénoncé, lui aussi, le «caractère exceptionnellement grave de la situation», qu’il n’hésite pas à décrire comme étant «de nature inédite dans l’histoire calaisienne». Une instance de la République, monsieur le Président, donne ainsi raison à ceux à qui vous donnez tort. Mais je vous sais capable de ne pas croire vos propres services, tant vous donnez si souvent l’impression de ne pas croire vos propres propos.

Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime.

Je citerai enfin les conclusions de la «mission IGA-IGPN-IGGN relative à l’évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois» d’octobre 2017 - mission qui dépend du ministère de l’Intérieur : « L’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage disproportionné des aérosols lacrymogènes, la destruction d’affaires appartenant aux migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO [le référentiel des identités et de l’organisation]

Permettez-moi, monsieur le Président, de traduire cette phrase dans un français non policier : «Nous croulons sous les preuves de violences policières, notamment de gazages, mais nous refusons de les considérer comme des preuves au sens strict, car cela risquerait de froisser monsieur le ministre de l’Intérieur, qui serait obligé d’enquêter sur l’épidémie d’anonymat qui saisit ses troupes au moment de l’assaut contre les migrants.»

Vous dites : « Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» Les violences vous dérangeraient-elles moins que le fait qu’on les laisse accréditer ?

A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une «fake news», vous nous rappelez de manière salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, arrive Pinocchio.

Mesures antimigratoires

Je ne sais exactement de quoi vous êtes responsable ; je sais seulement en quoi vous êtes irresponsable. Le grand mérite de votre politique, c’est qu’on peut la voir à l’œil nu.

Surtout à Calais, où tout est fait pour rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire ? Attendre qu’on leur brûle la rétine ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée ?

Vous menacez en tout, monsieur le Président, des gens qui ne nous menacent en rien. Votre politique ne fait pas que trahir nos valeurs, elle les insulte. Les mesures antimigratoires sont toujours populaires. Mais voulant faire plaisir à la foule, vous trahissez le peuple.

Le préfet du Pas-de-Calais m’a appelé, furieux, osant se réclamer de Jean Moulin ; mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix ; cessez de faire la guerre aux martyrs vivants.

Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois.

Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour diffamation ; la postérité portera plainte contre vous pour infamie.

Partager cet article

Repost0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet