Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 14:02

Dans leur rapport annuel publié hier, six associations dressent un bilan sévère du placement en CRA des étrangers en situation irrégulière pour l’année 2016. Elles dénoncent une politique migratoire axée sur le « quantitatif ». Par Émilien Urbach le mercredi 28 Juin 2017 pour l'Humanité.

«Recours trop systématique à l’enfermement », « pratiques abusives », « violations des droits »… Les six associations (1) habilitées à intervenir dans les 50 centres (CRA) ou locaux de rétention administrative (LRA) dressent un bilan sévère du placement des étrangers en situation irrégulière pour l’année 2016. Au total, près de 46 000 personnes ont été placées en rétention l’an dernier. C’est un peu moins qu’en 2015 (47 500 mesures) mais le niveau reste très élevé. « De 2012 à 2016, 23 2 162 personnes ont été privées de liberté » via la rétention, rappellent les organisations, qui y voient « le reflet de politiques migratoires axées sur le quantitatif, masquant mal des approches à court terme ».

La situation varie beaucoup en fonction des territoires. En métropole, le nombre de placements (24 000) baisse de 13 %, notamment en raison de l’état d’urgence, qui a mobilisé les policiers vers d’autres missions et donc entraîné la fermeture ou la réduction de capacité de certains CRA. Outre-mer, en revanche, le chiffre est en nette hausse (22 000 mesures de rétention). Le département de Mayotte atteint à lui seul 43 % du total national. « Les éloignements forcés y sont si rapides (17 heures en moyenne) que seule une faible proportion de personnes peut exercer ses droits », déplore le rapport.

Impressionnante augmentation du nombre d’enfants enfermés

En métropole, les autorités ont procédé en 2016 à 9 440 expulsions depuis la rétention, soit un taux de reconduite de 44 %, dont une grosse moitié seulement vers un pays extérieur à l’Union européenne. Vers l’UE, en revanche, on compte 1 017 reconduites de migrants « dublinés », c’est-à-dire ayant laissé leurs empreintes dans un autre pays européen. Certains sont plus éloignés que d’autres : Roumains (85,6 %) ou Albanais (81,7 %) notamment, souligne le rapport, qui dénonce un moyen pour certaines préfectures « de gonfler leurs chiffres ».

Les associations dénoncent l’utilisation parfois abusive des 1 823 places en CRA et 231 places en LRA. « Dans nombre de cas, la rétention a été détournée de son objet, en servant à éloigner les migrants des zones de campement sans pour autant avoir de perspectives raisonnables d’éloignement, la plupart provenant de pays à risques », précise le rapport. C’est ainsi que de nombreux migrants s’y sont retrouvés après la fermeture des campements de Paris et de la « jungle » de Calais. Dans le seul Pas-de-Calais, 630 Afghans ont ainsi été placés en rétention ainsi que 250 Irakiens.

La durée maximale de rétention – fixée à 45 jours depuis 2011 – est également sujette à caution, la plupart des décisions d’éloignement étant prises dans les deux premières semaines d’enfermement. Ainsi, en 2016, sur les 2 646 personnes retenues plus de 30 jours en métropole, 61 % ont finalement été libérées. Les auteurs du rapport posent donc la question de « l’efficacité » et de la légitimité d’une durée de rétention maximale aussi longue. Dernier point très inquiétant : l’impressionnante augmentation du nombre d’enfants enfermés. Malgré les cinq condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme en 2016, le nombre d’enfants privés de liberté, en métropole, a pratiquement quadruplé en deux ans, passant de 45 cas à 185. Et il atteint le chiffre ahurissant de 4 285 dans le seul département de Mayotte. Dans ce département, « l’enfermement des enfants en rétention continue à être massif et à s’exercer en violation de tous les standards du droit interne comme européen », déplore le rapport.

(1) Assfam, Forum réfugiés-Cosi, France Terre d’asile, Cimade, Ordre de Malte, Solidarité Mayotte.

Repost 0
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 15:43

Le politologue belge François Gemenne déconstruit l’expression « appel d’air », qui déshumanise les migrants et repose sur un mensonge. Entretien par Ingrid Merckx le 26 avril 2017 pour Politis. Lire aussi par François Gemenne Migrants : dix raisons de les accueillir dignement en Europe et d'ouvrir les frontières et Dynamiques nouvelles des migrations internationales.            Mobilisons-nous localement avec La Grande Grande Parade Métèque qui aura lieu cette année le samedi 1er juillet 2017. Premiers chars en construction début mai, tous les détails et l'adhésion sur cf http://www.lagrandeparademeteque.org/.

Philippe Huguen-AFP

Philippe Huguen-AFP

Spécialiste en géopolitique de l’environnement, François Gemenne explique en quoi l’idée d’appel d’air fait fi des études sérieuses sur les migrations pour servir le « bon sens populaire », alimenter la peur brandie par l’extrême droite et justifier des politiques d’accueil restrictives. Il rappelle que la France n’est plus un pays attirant et que ce qui pousse les gens à choisir un pays c’est la langue, la famille éventuellement déjà établie et la possibilité d’y trouver du travail.

D’où vient la notion d’appel d’air ? A-t-elle une réalité ?

François Gemenne : J’aurais beaucoup de mal à retracer la généalogie exacte de cette expression. Mais deux choses sont certaines. D’abord, elle s’inscrit dans la lignée des métaphores qui visent à déshumaniser les migrants : l’appel d’air, la vague, le grand remplacement, la fuite d’eau… Toutes ces expressions considèrent les migrants comme des choses matérielles, et les flux migratoires comme des problèmes à résoudre, voire des réparations domestiques à effectuer. Quand on sait que plus de 5 000 migrants sont morts l’an dernier en Méditerranée, ce vocabulaire est indécent.

Ensuite, comme toutes les expressions que je viens de mentionner, celle-ci trouve sa source dans un prétendu « bon sens populaire » qui ne se vérifie pas du tout dans les études sérieuses. Tout le problème de notre perception des migrations est là : nos connaissances ne corroborent pas nos a priori, nos perceptions des migrations sont très différentes des réalités. Mais un mensonge simple est plus facile à croire qu’une vérité compliquée, et beaucoup de politiques ont, hélas, parfaitement compris cela.

La thèse de l’appel d’air suppose que les migrants maîtrisent leur trajet et le choix de leur destination. Cette vision tient-elle face à une guerre, à une catastrophe, à des persécutions, à la misère… ?

L’idée de l’appel d’air, c’est qu’un pays qui aurait une politique migratoire plus ouverte, ou une politique sociale plus généreuse, attirerait automatiquement un grand nombre de migrants. Or, on sait que les politiques du pays d’accueil n’entrent pas en ligne de compte dans le choix du pays de destination : ce qui compte, c’est la maîtrise de la langue, la présence antérieure de membres de sa famille ou de sa communauté, et la possibilité d’y trouver un travail.

C’est encore moins le cas lorsqu’on doit fuir une situation désespérée : là, on va où l’on peut, et on essaie généralement de rester assez proche de la zone que l’on a fuie. N’oublions pas que la majorité des déplacés du conflit syrien, par exemple, ont fui à l’intérieur même de la Syrie, et les autres sont dans les pays limitrophes. Seule une toute petite minorité est en Europe. Et lorsqu’on doit avoir recours aux services d’un passeur, c’est évidemment le passeur qui décide. C’est pour cela que l’Europe, en fermant ses frontières extérieures, a de facto confié les rênes de sa politique migratoire aux passeurs : ce sont eux qui décident.

Cette crainte de l’appel d’air, qui était brandie par l’extrême droite, a contaminé une bonne partie de la gauche au pouvoir, qui l’utilise pour justifier des politiques d’accueil restrictives. Faut-il y voir une forme de lepénisation des esprits ou une conséquence de ce qu’on a appelé la « crise des réfugiés », avec des zones de concentration de migrants et une crispation de certains habitants des régions concernées, comme dans le Calaisis ?

Les deux facteurs ont dû jouer pour la gauche. D’abord, depuis le milieu des années 1980, elle a largement accepté le cadre de pensée de l’extrême droite sur les questions d’asile et d’immigration – ce que Laurent Fabius a exprimé avec sa célèbre formule « le FN pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses ». Depuis cette époque, c’est le FN qui pose les questions, dicte les termes du débat et impose le vocabulaire – de l’« appel d’air » aux « islamo-gauchistes ». Pour la gauche, c’est une défaite politique et morale absolue.

Ensuite, il y a bien sûr l’incapacité totale des gouvernements de l’Union européenne – à l’exception de quelques-uns, voir Berlin et Stockholm – et de l’Union européenne elle-même à gérer dignement la « crise des réfugiés », à apporter une réponse à la hauteur de l’ambition de son projet politique. Le résultat a été une fuite en avant généralisée, et l’on a concentré migrants et réfugiés dans des camps, aux points de fermeture des frontières : à Calais, en Grèce, en Serbie… Calais restera, qu’on le veuille ou non, un point de passage vers l’Angleterre, qui elle-même restera, qu’elle le veuille ou non, une destination majeure pour les migrants. Plus tôt on reconnaîtra cela, plus on pourra mettre en place une politique appropriée.

Hormis le NPA et Lutte ouvrière, les partis de gauche ne défendent plus l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et la régularisation des sans-papiers, comme lors du mouvement de défense des sans-papiers (avec l’occupation de l’église Saint-Bernard en 1996) ou de la création du Réseau -éducation sans frontières. La gauche marque-t-elle un recul sur l’accueil et la solidarité avec les migrants ?

Oui. Et c’est absolument dramatique. La gauche a considérablement reculé sur les questions d’ouverture et de solidarité. Elle a reculé sur les trois termes de la devise républicaine, en fait : la liberté de circulation, l’égalité des droits et la fraternité entre les hommes. Comme je le disais, c’est une faillite totale.

Cependant, il reste tout de même des raisons d’espérer : en Belgique, le parti écologiste francophone (Écolo), qui est un parti de gouvernement, une force politique importante dans le pays, vient d’inscrire la liberté de circulation dans les objectifs programmatiques. En France, un candidat comme Benoît Hamon a sollicité des chercheurs (dont moi-même) pour porter des propositions plus ouvertes sur cette question, tels le visa humanitaire ou la lutte contre les discriminations. Tout n’est donc pas perdu quand même !

Comment comprendre qu’on veuille ne pas « accueillir trop bien » pour ne pas créer un appel d’air ? En quoi l’appel d’air s’entrechoque-t-il avec les droits de l’homme et plus précisément le droit d’asile ?

C’est complètement absurde. C’est comme si l’on disait : faisons en sorte que notre marché du travail soit sclérosé, on attirera moins de migrants ! Imposons le breton comme langue nationale : puisque aucun migrant ne parle breton, ça les découragera de venir ! Le mieux que l’on puisse faire, pour ne pas créer un appel d’air, c’est de plonger le pays en récession et d’y supprimer les libertés publiques…

La réalité, c’est d’abord que la France n’est pas – n’est plus – un pays attirant pour les migrants et les réfugiés. L’exemple le plus frappant est celui de la jungle de Calais, où 10 000 personnes attendaient dans des conditions humanitaires lamentables dans l’espoir de franchir la frontière britannique, alors que 70 % d’entre eux étaient éligibles à l’asile en France ! La « France terre d’asile », c’est un mythe, une légende, hélas. En outre, il faut toujours rappeler que le droit d’asile est un droit de l’homme fondamental : un pays n’a pas à chercher à faire augmenter ou diminuer le nombre de demandeurs d’asile. Il doit accorder l’asile à ceux qui ont besoin d’une protection, selon les termes de la Convention de Genève. Il n’y a aucune discussion à avoir là-dessus.

Peut-on contredire l’argument de l’appel d’air ? Que répondre à ceux qui l’emploient, voire l’instrumentalisent ?

Ce qui crée cette idée, je crois, c’est l’impression qu’il existe une « crise migratoire » généralisée, avec des millions de personnes massées aux portes de l’Europe, et que tout pays qui ouvrirait une brèche dans la logique de rejet des migrants et des réfugiés les verrait débarquer en masse. Je pense que les gens restent marqués par l’exemple allemand, quand la décision digne et courageuse de la chancelière Angela Merkel de suspendre l’application des accords de Dublin (et donc de ne plus renvoyer les demandeurs d’asile à leur point d’arrivée en Europe) avait entraîné l’arrivée de près d’un million de réfugiés. Mais cette arrivée n’était pas chaotique, elle était organisée ! Et elle faisait partie de ce qu’Angela Merkel a appelé le « rendez-vous de l’Allemagne avec la mondialisation ».

Nous persistons à ne pas vouloir organiser les migrations de peur de créer un « appel d’air » : mais c’est précisément cette désorganisation, cette obstination à vouloir vainement « résister » aux migrations, qui crée le chaos ! C’est notre aveuglement idéologique qui empêche la recherche de toute solution pragmatique.

Tous les pays ne sont pas exposés de la même manière aux catastrophes climatiques, que devient l’appel d’air face à cette inégalité environnementale ?

Les impacts du changement climatique, qui déplacent aujourd’hui déjà des millions de personnes, touchent en premier lieu les pays en développement. Et les migrations liées au climat sont d’abord des déplacements internes, que les pays en développement ont souvent beaucoup de mal à gérer. C’est pour cela qu’une partie d’entre eux se transforment en migrations internationales, parfois vers l’Europe.

Rappelons que l’agriculture représente le principal moyen de subsistance d’environ 50 % de la population africaine. Cela signifie que toute variation climatique a un impact direct sur les revenus d’au moins 50 % des Africains. Ceux que nous appelons « migrants économiques » sont aussi souvent, en réalité, des « migrants climatiques ». Nous nous obstinons à vouloir séparer clairement les motifs des migrations, alors que ces différents motifs se superposent et s’influencent mutuellement : pour ceux qui dépendent directement de l’agriculture, l’environnement et l’économie, c’est la même chose ! De la même façon, nous persistons à séparer strictement les migrations internes des migrations internationales, alors que les secondes sont souvent la continuation des premières.

François Gemenne Chercheur en science politique à l’université de Liège (Cedem) et à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Cearc), chercheur associé au Ceri/Sciences Po.

Repost 0
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:04

Depuis deux décennies, les passeurs opérant en bandes organisées se succèdent autour de Calais et de Grande-Synthe, où le camp humanitaire a été ravagé par un incendie dans la nuit du 10 au 11 avril. Hommes invisibles qui dorment le jour, vivent la nuit, ils sont détestés des migrants mais indispensables pour franchir la frontière. Un ancien passeur a accepté de témoigner. Par Elisa Perrigueur le 11 avril 2017 pour Mediapart. Lire aussi Le maire de Grande-Synthe veut que le camp de migrants survive à l’incendie.

À la tombée de la nuit en 2015-2016, il était courant d’apercevoir des silhouettes marchant à travers champs pour rejoindre les autoroutes et, a priori, créer des barrages © Elisa Perrigueur

À la tombée de la nuit en 2015-2016, il était courant d’apercevoir des silhouettes marchant à travers champs pour rejoindre les autoroutes et, a priori, créer des barrages © Elisa Perrigueur

Parfois baptisés par les migrants les « parkings de l’enfer », ces lieux sont des ressources stratégiques. Une partie des camions qui filent vers le Royaume-Uni s’y garent. Il faut ensuite ruser pour y faire monter les migrants contre quelques milliers d’euros. Technique clandestine la plus utilisée, elle rapporte gros : entre 3 500 et 12 000 euros par tête. Être « chef de parking » est un statut qui se protège. Alors les groupes s’arment, « pistolets, couteaux et gaz lacrymos », confie Zirak, ancien passeur. Les passeurs sont généralement des tombes, mais lui accepte de révéler anonymement des bribes de ses années d’expérience. « Il y a eu des blessés dans des règlements de compte. » Le Kurde irakien l’admet : « 90 % des migrants ont peur de nous car il arrive que des personnes les battent. Ce sont ceux qui boivent, se droguent et perdent le contrôle. » Lui, sous sa carrure imposante, n’aime pas « ces comportements violents », dit-il.

Depuis une décennie, rien n’a changé sous le ciel du Nord. Les passeurs originaires du Kurdistan irakien et d’Albanie règnent sur ce business, organisant les montées dans les camions, mais également des passages clandestins avec de faux documents. Autour d’eux gravitent d’autres réseaux tenus par des Érythréens, des Soudanais, des Vietnamiens… ou encore des Iraniens qui, arrivés sur le tard en 2015, tentent les traversées par bateaux sur la Manche agitée, comme le 3 avril dernier au large de Calais. D’autres migrants, enfin, essayent seuls, se glissant sous les châssis des bus ou des camions. Ou lors de barrages sur les routes, comme à l’aube du démantèlement de la « jungle » de Calais, en octobre 2016. Spectaculaires mais peu efficaces. La stratégie de l’invisible est plus sûre.

Le « réservoir » de Grande-Synthe

Ces organisations criminelles résistent aux démantèlements successifs des camps. Celui du bidonville de Calais les a tout au plus déstabilisées. « Leur activité est constante. Lorsqu’on démantèle un réseau, on le désoriente pendant quelques mois, mais d’autres trafiquants reviennent systématiquement combler le vide », note Vincent Kasprzyk, capitaine de la Brigade mobile de recherches de Coquelles (BMR). Connus des réfugiés, les passeurs sont des spectres pour les riverains ou les associations. Autour d’eux, c’est l’omerta. Outre-Manche, les migrants se livrent sous anonymat. En France, ils restent muets. « C’est trop risqué de parler », souligne Sylvain de Saturne, de l’association L’Auberge des migrants. « Les réfugiés ne veulent pas griller leurs plans vers l’Angleterre, qui représentent un investissement énorme. Parfois, j’ai rencontré des gamins qui avaient été tabassés. Ils m’avaient affirmé que c’était la police, puisque ça arrive souvent… J’ai su après que c’était des trafiquants. Ils préféraient mentir pour se protéger. »

Car ces hommes de l’ombre sont au plus près des migrants. À l’exception des ressortissants albanais, pouvant circuler 90 jours avec des passeports biométriques et qui logent souvent dans des hôtels, la majorité s’installent dans les camps de réfugiés, se faisant eux-mêmes passer pour des migrants. Celui de la Linière, à Grande-Synthe, qui abritait 1 700 personnes dont des familles et qui a brûlé dans la nuit du 10 au 11 avril, « était un gros réservoir de passeurs. Ils étaient nombreux à vivre à l’intérieur », signale la BMR. Selon les premières informations concernant l’incendie, une rixe a éclaté entre Kurdes et Afghans, ces derniers étant mécontents de leurs conditions de logement, davantage précaires. « Le camp était tenu par les passeurs Kurdes irakiens, précise la BMR de Coquelles. Au départ, ils voulaient rester entre eux et n’acceptaient pas l’entrée des Afghans, qui ont fini par venir en grand nombre [à partir de décembre, après le démantèlement de la « jungle » de Calais – ndlr]. Des tensions étaient rapportées depuis plusieurs semaines… Pour que le camp finisse en cendres, cela suppose que plusieurs départs de feux aient été allumés. Il y avait une volonté de destruction. »

En 2017, sept filières trans-Manche ont été disloquées sur le littoral par cette brigade renforcée en septembre. Vingt l’année précédente. À coups d’écoutes téléphoniques, de surveillances, il faut deux à trois mois environ pour « taper » une cellule, selon le jargon policier. « Avec l’incendie de La Linière, cela risque de rendre les investigations plus compliquées. Les passeurs feront tout pour ne pas perdre leur marché, mais on ne sait pas où ils seront rassemblés. Ils seront moins visibles, indique la BMR. Tout ça est encore très flou. Ils vont se réorganiser… »

Entre eux, ils se donnent des surnoms : Dana, Kerouane, Soura… Ces hommes, plutôt jeunes et sans papiers, sont une centaine, calcule la police aux frontières (PAF). Les chiffres restent des estimations dans ce système obscur. Des micro-réseaux : cinq à six personnes. Une logistique dérisoire : des voitures, souvent immatriculées en Grande-Bretagne, des téléphones portables, dont les numéros sont eux aussi britanniques. Ils s’enrichissent vite. 3 500 euros le passage semble être le tarif minimum ; il peut vite flamber en fonction des nationalités. « On voit que les personnes érythréennes ou soudanaises paient moins cher, car elles ont peu d’argent. Les syriennes, elles, paieront plus, considérées comme plus aisées, détaille Vincent Kasprzyk. Les groupes albanais sont également beaucoup plus gourmands et ne font passer que des personnes originaires d’Albanie. »

« Ils opèrent comme les réseaux de stupéfiants »

Un autre agent de la BMR compare : « Ils opèrent comme les réseaux de stupéfiants : leurs marchandises sont des êtres humains qu’ils tentent de dissimuler de la même façon qu’ils cacheraient de la drogue pour la faire passer illégalement. » « On ne les aime pas, mais impossible d’aller en Grande-Bretagne sans un passeur », résume l’Iranien Olan. Dans le nord de la France, ils trouvent toujours du travail. Des Érythréens, Soudanais, Éthiopiens, Kurdes, Albanais, Afghans et Vietnamiens sont toujours candidats pour le Royaume-Uni. Arpentant les champs et les routes entre Calais, Dunkerque et Boulogne-sur-Mer, les passeurs connaissent également par cœur ces confins de la France. Des confins si barricadés que leur « expertise » de terrain devient indispensable. Car derrière les barbelés qui bordent les autoroutes, deux infrastructures aux allures de forteresses se dressent à la frontière. L’Eurotunnel et le port de Calais, principales portes d’entrée vers l’Angleterre, par où transitent des milliers de poids lourds chaque jour, n’ont cessé de renforcer leurs protections : chiens renifleurs, scanners, clôtures « végétalisées », caméras infrarouges, détecteurs de pulsations cardiaques… Mais autorités et migrants le concèdent : les traversées clandestines se poursuivent ; à un rythme peu intense mais régulier. Pour les passeurs, rien ne semble impossible.

Dans le nord, tout est question de routes pour les passeurs. D’après les policiers, les Kurdes d’Irak et les Albanais se sont « approprié » des parkings le long des autoroutes dans le courant des années 2000 © Elisa Perrigueur

Dans le nord, tout est question de routes pour les passeurs. D’après les policiers, les Kurdes d’Irak et les Albanais se sont « approprié » des parkings le long des autoroutes dans le courant des années 2000 © Elisa Perrigueur

Des « moineaux » par dizaines

Zirak, lui, a été « lieutenant » pendant des années, celui qui ferme les portes des camions pour dissimuler ceux que les réseaux nomment leurs « clients ». Cela se passe lorsque les villes dorment, cinq soirs par semaine, le samedi et dimanche étant des jours off, en raison du faible nombre de poids lourds. Le « lieutenant » raconte avec détachement son exercice d’autrefois, remuant lentement son café, la manière dont il se faufilait pour « charger », selon la formule, les migrants avec rapidité, ses « performances » : environ dix migrants à chaque fois, pour 3 500 euros par personne. Il jouissait d’une bonne réputation pour son travail, se remémore-t-il, satisfait. « Ça joue sur la régularité de tes prestations. Si jamais tu ne fais passer personne pendant trois semaines, tes clients iront voir ailleurs. Tout se sait. » L’ex-passeur, désormais loin de cet univers calaisien, a cessé cette activité illégale. « Trop fatigante », abrège-t-il, triturant le col de sa chemise. Il n’en dira pas plus sur sa nouvelle vie. Dans la bouche de Zirak, cela semblait un business comme un autre. « Je suis arrivé ici, je n’avais pas d’argent. On m’a proposé ce boulot. On le fait tous pour ça. En Irak, tout le monde est pauvre. Alors certains envoient de l’argent à leur famille, à un proche blessé au pays… »

C’est seulement à leur arrivée dans le nord que les migrants approchent le réseau. « Par téléphone ou par Facebook. Nos réputations se diffusent par le bouche-à-oreille. » Il est rare, précise l’ex-trafiquant, qu’un groupe organise tout le trajet des migrants à travers l’Europe. « Chaque frontière possède ses micro-réseaux indépendants. Ce sont toujours des Kurdes. Nous sommes sur toutes les frontières, nous avons ça dans le sang », sourit l’homme. Après les premiers contacts, les tentatives commencent. Et la plus courante : la tactique du « camion pollué », comme la qualifie le parquet de Boulogne-sur-Mer, lorsque les migrants montent à l’insu du chauffeur routier. « Si le client se fait prendre aux contrôles ou par les chauffeurs, on réessaye jusqu’à ce qu’il passe. C’est la prestation. Et ça fonctionne peu du premier coup », prévient l’Irakien. Durant leurs opérations, les passeurs utilisent des codes par téléphones, conscients des écoutes. « On rebaptisait nos clients de noms d’oiseaux, comme “moineaux”, et nos voitures devenaient des “ânes”. » Une fois que les migrants montent dans les camions, ils ne savent généralement pas où ils arrivent au Royaume-Uni. Leur itinéraire s’arrêtera à l’adresse de livraison du poids lourd. Aucun passeur ne les attend outre-Manche.

Zirak est monté en grade au sein du réseau. Il a commencé « transporteur », avant de devenir « lieutenant ». Pour que l’activité tourne à plein régime, la cellule se structure. Il y a d’abord le « rabatteur » qui recrute les « clients », le « transporteur », qui les mène aux aires d’autoroute, puis le « lieutenant ». En haut de cette hiérarchie, le « chef de parking », puis le « banquier », qui s’assure du paiement à l’arrivée. Un système informel sans traces : la hawala (mandat en arabe). Un transfert est effectué depuis le pays d’origine du payeur, trois quarts de la somme, souvent par la famille, au « banquier », intermédiaire généralement installé au Royaume-Uni. Le dernier quart n’est remis qu’une fois le « client » arrivé à destination. « S’il ne donne pas l’argent à l’arrivée, on va voir la famille au pays [d’origine – ndlr], on discute, on peut aussi baisser le prix, ajoute l’ex-passeur. Mais c’est rare que les gens ne payent pas. » Pour rembourser leurs dettes envers la famille ou les amis, une partie des migrants travaillent ensuite au noir au Royaume-Uni.

Le turn-over des « passeurs d’opportunité »

Bien sûr, l’homme avoue avoir eu peur de la prison, avoir connu les courses à tombeau ouvert pour fuir la police. De Dunkerque à Calais, en passant par Douvres, près de 600 agents de la PAF veillent. L’ancien passeur connaissait les peines maximales encourues, cinq ans ferme et 30 000 euros d’amende pour une aide à l’entrée et au séjour irréguliers. Dix ans ferme et 75 000 euros d’amende si le délit est effectué en bande organisée, dans des conditions dangereuses. Au contraire de Zirak, d’autres sont tombés dans le milieu. Des figures comme Pasha, dont les autorités évaluent les bénéfices à près de 5 millions d’euros entre août 2015 et septembre 2016. Cinq ans fermes, en septembre dernier.

Alors, pour se faire plus discret, « on va, on vient », dit Zirak. Lui se « mettait au vert », plutôt dans un autre pays d’Europe, ce que la PAF confirme. Une partie des membres des réseaux sont des récidivistes. « Tu travailles bien pendant trois mois, tu gagnes pas mal d’argent, puis tu pars en vacances pour te faire oublier des autorités et ensuite tu reviens, résume-t-il. Pendant ce temps-là, tu donnes tes clients à deux personnes de confiance. »

« On ne sait pas où est l’argent »

Plus sûre que le « camion pollué », les passeurs proposent la prestation du « passage garanti » ou « VIP » pour 10 000 à 12 000 euros. Lors de ce que le groupe appelle l’intifaqi, le chauffeur du véhicule est complice. Des caches sont aménagées dans les véhicules ou les poids lourds : à l’intérieur de la marchandise, derrière des doubles cloisons ou encore dans le bloc moteur… Des faux papiers peuvent également être fournis aux migrants.

Le chauffeur de mèche devient lui-même un « passeur d’opportunité », d’après l’expression de la police, un complice qui n’appartient pas au réseau. Les routiers de l’Est se laissent le plus souvent tenter, comblant un salaire de misère. Mais la gamme des « passeurs d’opportunité » est plus large que les seuls camionneurs. Zirak l’atteste, d’autres « petites mains » éphémères interviennent dans le business kurde irakien. Avec un large taux de turn-over. Quelques Français, rares, voulant arrondir leurs fins de mois. Mais surtout beaucoup de migrants eux-mêmes. « Si quelqu’un n’avait pas d’argent mais voulait aller en Angleterre, je lui proposais de travailler pour moi. Il acheminait les gens jusqu’au parking pendant 10-15 jours et je le faisais passer gratuitement. »

À l’aube du démantèlement de la « jungle », en octobre 2016, les barrages se sont multipliés sur les autoroutes © Elisa Perrigueur

À l’aube du démantèlement de la « jungle », en octobre 2016, les barrages se sont multipliés sur les autoroutes © Elisa Perrigueur

Ces « passeurs d’opportunité » défilent plusieurs fois par semaine dans les tribunaux du Nord. Pascal Marconville, procureur de la République à Boulogne-sur-Mer, rappelle que les comparutions immédiates de cette cour sont passées de quelque 250 en 2015 à 400 pendant l’année 2016. Sur ces affaires, la moitié environ concerne les passages clandestins. Pour Me Marie-Hélène Calonne, qui a souvent défendu ce type de passeurs, la comparution immédiate est « un moyen de poursuite extrêmement violent ». « On a souvent affaire, dans ces cas-là, à des hommes qui ont peur et craignent des représailles pour leur famille. Les peines sont extrêmement lourdes et c’est du ferme quasi systématique lorsque la personne est étrangère. Un Français se verra plus facilement accorder un sursis… », signale cette avocate. « Ce traitement différencié entre étrangers et Français me dérange. » Et de citer le cas de ce chauffeur polonais, qui, le 30 mars, a écopé de douze mois de prison, dont six fermes. « Il a perdu connaissance au tribunal », souligne-t-elle.

Les passeurs qui se retrouvent à la barre de la justice française ne sont souvent que des « ouvriers », selon le langage des groupes. Le haut de la pyramide est rarement dans l’Hexagone. Le trésor non plus. Sur les sept millions d’avoirs criminels autour du trafic de migrants saisis chaque année en France, les autorités ne dénichent presque rien sur le littoral. « On ne sait pas où est l’argent », admet Julien Gentile, patron de l’Ocriest.

Collaborer sur des enquêtes financières avec les États d’origine des passeurs en réseau s’avère complexe. « L’Albanie a plus d’intérêt à enquêter en raison des aides qu’elle reçoit de l’Europe, mais elle a peu de moyens. Quant au Kurdistan irakien, impossible : il n’y a pas d’État. » Reste la Grande-Bretagne, où se trouvent « beaucoup de commanditaires, au moins financiers », explique Julien Gentile. « Avant 2013-2014, le Royaume-Uni ne luttait pas contre les réseaux, considérant que les trafiquants étaient surtout en France. Ils débutent dans le domaine. » Une prise de conscience que le phénomène des passeurs trans-Manche ne concerne pas seulement le littoral. « Certains groupes descendent plus au sud, près de Reims, Orléans… sur des aires d’autoroutes moins surveillées, détaille Julien Gentile. Mais il y a aussi la voie aérienne, via Paris ou des petits aéroports avec des faux documents. » Depuis le début de l’année, six réseaux à destination de la Grande-Bretagne ont été démantelés loin du littoral du nord.

Repost 0
12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 12:27

Détruit par les flammes, le camp de réfugiés de Grande-Synthe est en sursis. Le maire, Damien Carême, n'entend pas laisser l'État en finir avec ce lieu dans lequel vivaient près de 1 500 personnes, principalement des Kurdes irakiens et des Afghans en transit vers l'Angleterre. Par Carine Fouteau pour Mediapart le 11 avril 2017. Lire aussi Un ancien passeur raconte le trafic de migrants entre la France et l’Angleterre.

Le camp de Grande-Synthe, après l'incendie qui l'a détruit dans la nuit du 10 au 11 avril 2017. © Reuters

Le camp de Grande-Synthe, après l'incendie qui l'a détruit dans la nuit du 10 au 11 avril 2017. © Reuters

Un gigantesque incendie a ravagé dans la nuit du 10 au 11 avril le camp de Grande-Synthe (Nord), qui hébergeait environ 1 500 migrants, provoquant la désolation de celles et ceux qui s’étaient démenés pour voir surgir de terre ce lieu, le premier campement aux normes internationales sur le sol français à accueillir des réfugiés. Désolation de voir des familles déjà éprouvées par l’exil subir un nouveau traumatisme ; désolation de voir leurs efforts partis en fumée ; désolation d’entendre leurs opposants politiques se saisir de ce drame, qui n’a pas causé de décès, pour dénoncer leur initiative.

« C’est un coup sur la tête, on se relève, il faut faire face, on continue, on va trouver des solutions », affirme Damien Carême, le maire EELV de la ville, à l’origine avec Médecins sans frontières (MSF) de l’ouverture du camp en mars 2016.

Personne ne le conteste, l’incendie est le fait des migrants eux-mêmes. Il a fait suite à deux rixes qui ont éclaté, dans l’après-midi et la soirée du 10 avril, entre des ressortissants kurdes irakiens et des ressortissants afghans, les deux principales communautés présentes sur place, entre lesquelles les tensions étaient récurrentes. Selon des témoignages recueillis par l’AFP, les Afghans étaient mécontents d’être parqués dans les cuisines collectives tandis que les Kurdes, arrivés avant eux, dormaient dans des chalets dont le nombre n’a pas été accru. « Lors de la première bagarre, un migrant a été blessé à l’abdomen par un coup de couteau, six personnes ont été blessées ; puis vers 22 heures, cela a repris, 15 autres personnes ont été blessées », raconte Damien Carême, joint par Mediapart en début d'après-midi.

« Ça s’est envenimé », poursuit-il : les Kurdes ont mis le feu aux cuisines collectives ; en représailles, les Afghans ont incendié les « shelters ». Le feu a été maîtrisé au milieu de la nuit, à la suite de l’intervention d’une soixantaine de sapeurs-pompiers ; les forces de l’ordre ont permis « de ramener le calme et de limiter le bilan des victimes à quelques blessés », indique le ministère de l’intérieur.

Sur les 291 cabanons en bois, seule une trentaine a été épargnée par les flammes. Le camp transformé en champ de ruines est aujourd’hui inaccessible, une enquête confiée au commissariat de sécurité publique de Dunkerque étant en cours. « Les familles sont désespérées, elles ont tout perdu : leur maigres affaires, leurs papiers, elles sont à nu, elles n’ont plus rien », indique le maire, réconforté par sa conversation téléphonique, en milieu de journée le 11 avril, avec le nouveau ministre de l’intérieur Matthias Fekl, qui a rappelé que « les premières victimes de ce drame étaient les migrants eux-mêmes ». Sur les 1 500 migrants délogés par l'incendie, 600 ont été hébergés dans trois gymnases mis à disposition par la municipalité ; les autres sont partis le long des routes, vers Calais ou Dunkerque, à la recherche d’emplacements pour passer la nuit.

« L’hébergement dans les gymnases ne peut pas durer ; des activités y sont programmées ; ces installations sont en ville, ce n’est pas gérable vis-à-vis de la population », indique le maire, prêt à recevoir la visite de Matthias Fekl et d’Emmanuelle Cosse, la ministre du logement, en fin d’après-midi. « Malgré la période électorale peu favorable, nous allons trouver des solutions », veut-il croire. Dans un premier temps, l’idée serait d’installer des tentes ou des conteneurs sur le campement, une fois les travaux de déblaiement terminés. « Ensuite, poursuit-il, nous pourrions envisager la reconstruction de maisonnettes. » « Peut-être pas en bois », ajoute-t-il.

La propagation rapide du feu a forcément interrogé le choix initial des cabanons en bois. « Il n’y a pas de solution miracle, rappelle la porte-parole de MSF – c'est l'ONG qui a conçu le camp – Corinne Torre. Le problème, ce n’est pas le matériau utilisé. Nous avons construit ce camp parce que personne ne faisait rien, que des gens dormaient dans des bois avec de la boue partout », souligne-t-elle. « Le problème, cela a plutôt été le management : ce camp est resté un camp au lieu de devenir un lieu de vie », estime-t-elle. MSF a créé l’espace, mais ne l’a jamais géré, deux structures associatives s’étant relayées à cette tâche : d’abord Utopia 56, puis l’Association des Flandres pour l’éducation, la formation des jeunes et l’insertion sociale et professionnelle (Afeji).

« Gérer ce genre de lieu suppose un encadrement solide, des travailleurs sociaux, des personnes capables de s’occuper de l’accompagnement des familles. Cela suppose beaucoup de ressources humaines. Or, sur place, ils n’étaient pas assez nombreux », observe Corinne Torre.

Aux tensions intercommunautaires s’ajoutait, à Grande-Synthe, un autre problème de taille : la présence de réseaux de « passeurs », principalement des Kurdes irakiens, installés dans les parages depuis des années (lire l’enquête d’Elisa Perrigueur) et faisant payer la traversée vers la Grande-Bretagne entre 3 500 et 12 000 euros par personne. Des armes circulaient, les règlements de comptes se terminant parfois en coups de feu ou coups de couteau. « Tout le monde était au courant de ce contexte explosif, poursuit la porte-parole de MSF. Il aurait fallu prendre cette situation à bras-le-corps. »

« Cela a été fait, rétorque Damien Carême. Des réunions hebdomadaires étaient organisées en mairie avec l'association gestionnaire, les forces de l’ordre et le procureur. Les personnes soupçonnées d’organiser le trafic étaient repérées et mises sur écoute : en un an, 31 personnes ont ainsi été interpellées. Certaines ont pris de lourdes peines. » Le maire ne nie cependant pas que les difficultés subsistaient : la Cimade avait par exemple décidé d'ouvrir son bureau d'aide juridique aux migrants en centre-ville, afin que les personnes demandant l'asile ne soient pas repérées par les passeurs et soumises à leur pression.

« Je soutiens l’État dans ses efforts pour trouver des hébergements en CAO »

Pour l’État, la priorité est double : « prévenir les troubles à l’ordre public », avec l’envoi d’unités de forces mobiles, et mettre à l’abri les personnes à la rue. Venu dans la nuit, le préfet du Nord, Michel Lalande, a semé le doute dans la matinée en évoquant la « fin » du camp, réduit à un « amas de cendres ». « Il sera impossible de remettre des cabanons à la place de ceux qui existaient auparavant », a-t-il ajouté, laissant penser que les autorités pourraient profiter du drame pour en finir avec ce campement, qu’elles financent pour partie mais qu’elles ont mis du temps à accepter et qu’elles ne voudraient pas voir perdurer trop longtemps.

 

Des migrants relogés dans un gymnase de Grande-Synthe, le 11 avril 2017, après l'incendie du camp dans lequel ils vivaient. © Reuters

Des migrants relogés dans un gymnase de Grande-Synthe, le 11 avril 2017, après l'incendie du camp dans lequel ils vivaient. © Reuters

Les ministres de l’intérieur et du logement communiquent d’ailleurs sur leur volonté d’orienter les migrants « désireux d’entrer dans la démarche d’asile » vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis partout en France. « Les tensions sont nées de la surpopulation du camp, confirme Damien Carême. Je soutiens donc l’État dans ses efforts pour trouver des hébergements en CAO. » Le maire souhaite revenir à l’effectif maximum de 700 atteint à l’automne dernier, avant le « démantèlement » de la « jungle » de Calais, qui a conduit plusieurs dizaines d'exilés à se réfugier à Grande-Synthe. Il demande aussi des renforts policiers « pour éviter que cela recommence ».

Mais il affirme rester sourd aux nombreuses attaques politiques qui n’ont fait que redoubler depuis la catastrophe. « L’incendie géant du campement de Grande-Synthe (…) est le signe du grand chaos migratoire qui bouscule notre pays depuis des années (...). Ce chaos doit cesser. L’ensemble des campements de migrants seront démantelés après mon élection si les Français m’élisent à la tête de l’État », a lancé Marine Le Pen, la présidente du FN. « Nous réduirons drastiquement l’asile. Nos frontières nationales seront immédiatement rétablies », a-t-elle ajouté. Le candidat des Républicains lui a emboîté le pas à quelques nuances près. « Ça montre que le démantèlement de Calais n’était pas suffisant, que la construction de camps n’est pas la solution, parce qu’elle amène sans cesse de nouvelles vagues de migrants et que la seule solution c’est le contrôle aux frontières », a affirmé François Fillon.

La question de la poursuite de l’engagement de l’État se pose donc dramatiquement en raison du contexte électoral. Le 17 mars 2017, Emmanuelle Cosse avait renouvelé pour six mois le soutien des pouvoirs publics ; mais elle avait dû, pour cela, démentir le ministre de l’intérieur, alors Bruno Le Roux, qui, quelques jours auparavant, avait affirmé vouloir « procéder au démantèlement » de Grande-Synthe « le plus rapidement possible ».

--------------------------------------

Incendie à Grande-Synthe : l’impasse de la Manche s’est encore assombrie

L’hypocrisie diplomatique qui se joue à Calais comme à Grande-Synthe doit cesser, elle conduit la France à contrôler la frontière d’un pays tiers et les personnes migrantes à se mettre en danger. Par La Cimade le 12 avril 2017.

Le maire de Grande-Synthe veut que le camp de migrants survive à l’incendie

Un incendie s’est propagé dans le camp de la Linière dans la nuit du 10 au 11 avril, réduisant en cendres une initiative de mise à l’abri dans des conditions dignes de personnes exilées « en transit » vers la Grande-Bretagne. Ce drame souligne l’urgence de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans une région où de nombreuses personnes continuent à arriver dans l’espoir de traverser la Manche.
En effet, le démantèlement du bidonville de Calais n’a pas mis fin à l’attraction du Royaume-Uni. L’État français doit sortir du statu quo et assumer son devoir de protection humanitaire de femmes, d’hommes et de mineurs isolés se trouvant en danger actuellement.
« L’impasse de la Manche s’est encore assombrie, mettant en danger encore plus de personnes en demande de protection : l’État ne peut pas persister dans ce déni de réalité », affirme Geneviève Jacques, présidente de La Cimade.
Le 28 février dernier, La Cimade interpellait avec ses partenaires – Amnesty International France, Médecins du Monde, le Secours Catholique, Emmaüs France, Médecins Sans Frontières, le Mouvement français pour le Planning familial et la Fondation Abbé Pierre – les ministres français de l’intérieur et du logement, sur « la nécessité de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans le Calaisis et le Dunkerquois pour permettre aux personnes migrantes de sortir de l’errance et des graves dangers auxquels elles sont exposées » face aux « conditions de vie et de sécurité devenues critiques à l’intérieur du camp » et à « l’apparent silence des autorités administratives et judiciaires ». La demande de réunion de crise est restée sans réponse.
La Cimade, qui assure une permanence d’accès aux droits installée dans la ville de Grande-Synthe depuis un an, réitère plus que jamais la nécessité de créer des lieux d’accueil humanitaire sur le littoral.
De plus, les personnes exilées qui souhaitent, après information, demander l’asile en France, doivent pouvoir le faire depuis un lieu aux conditions d’accueil dignes, avec un réel accompagnement social, sans risquer d’être renvoyées dans un autre pays européen en application du règlement « Dublin ».
Enfin, pour les personnes qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni, les démarches doivent être soutenues par l’État français. L’hypocrisie diplomatique qui se joue à Calais comme à Grande-Synthe doit cesser, elle conduit la France à contrôler la frontière d’un pays tiers et les personnes migrantes à se mettre en danger

Repost 0
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 10:27

Sous un appel d’offres du ministère de l’intérieur pour quelque 5 000 places d’hébergements se cache un dispositif visant à faciliter le renvoi des demandeurs d’asile vers leur pays d’entrée en Europe par Maryline Baumard pour Le Monde le 8 novembre 2016

Après le démantèlement du camp parisien de Stalingrad, le 4 novembre (Benoit Tessier/Reuters)

Après le démantèlement du camp parisien de Stalingrad, le 4 novembre (Benoit Tessier/Reuters)

Fermeté et humanité… Avec les migrants censés demander l’asile dans un autre pays car ils y ont fait enregistrer leurs empreintes avant d’arriver en France, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, manie ses deux concepts préférés, au risque du « deux poids, deux mesures ». Ces demandeurs d’asile susceptibles d’être renvoyés en Italie ou en Grèce, tout le monde les appelle désormais les « dublinés », en référence aux accords de Dublin. Certains d’entre eux, qui souhaitent rester en France même si leurs empreintes ont été relevées ailleurs, font objet d’une grande « humanité », surtout s’ils ont accepté de quitter de leur plein gré la « jungle » de Calais, quand d’autres seront soumis à plus de fermeté… C’est la loi des équilibres politiques.

Les migrants qui viennent d’être évacués du bidonville de Calais bénéficient d’une bienveillance particulière : le ministre de l’intérieur s’est engagé à ce qu’ils ne soient pas renvoyés depuis les centres d’accueil où ils ont été emmenés. Ils pourront donc demander l’asile en France en dépit des accords de Dublin, mais risquent fort d’être les derniers. Tout est prévu, en effet, pour que les vagues suivantes d’arrivants passent, elles, sous le régime de la « fermeté » puisque le gouvernement va mettre en place un tout nouveau dispositif d’hébergement calibré pour faciliter leur renvoi hors les frontières.

11 000 requêtes de renvoi

Le 28 septembre, le ministère de l’intérieur a lancé un appel d’offres portant sur la création de 5 531 places d’hébergements réparties dans toute la France. Ce programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (Prahda) doit permettre, selon le cabinet du ministre, « de répondre à un besoin urgent de places d’hébergement ».

On pourrait donc croire à une simple variante des CAO, ces centres d’accueil et d’orientation qui hébergent les évacués de la « jungle » de Calais le temps qu’ils finalisent leur demande d’asile. Pourtant, ce n’est pas tout à fait ça. Une plongée dans le cahier des clauses particulières de ce marché public permet de comprendre que le Prahda est destiné à la « préparation du transfert des personnes sous procédure Dublin » et au « suivi des personnes assignées à résidence dans ce cadre ». Le document technique mentionne en effet clairement qu’avec le Prahda « les personnes placées sous procédure Dublin pourront être maintenues dans le lieu d’hébergement le temps nécessaire à la mise en œuvre effective de leur transfert vers l’État responsable de l’examen de leur demande d’asile ».

Les accords européens prévoient en effet qu’un demandeur d’asile ne choisit pas le pays d’Europe auquel il demande protection. Il est censé lancer sa procédure dans le premier pays qu’il foule, faute de quoi, il s’expose à y être renvoyé, c’est le règlement Dublin III. « Jusque-là les renvois étaient rares », note Gérard Sadik de la Cimade qui suit le sujet depuis dix ans. « Mais les données statistiques 2016 montrent une offensive en ce sens », ajoute le spécialiste. Les chiffres de la Direction générale des étrangers (DGEF) montrent en effet que sur les sept premiers mois de 2016, la France a saisi les États-membres de 11 698 requêtes de renvoi qui ont donné lieu à 605 transferts, soit déjà plus que sur toute l’année 2015 où 525 transferts avaient été opérés.

Assignations à résidence

« Le recours à l’assignation à résidence demeure néanmoins insuffisant » aux yeux du ministère de l’intérieur, si l’on en croit la Cyber lettre de la DGEF, du mois d’octobre où il est encore précisé que « les assignations à résidence doivent être considérées comme le principal outil de réalisation des procédures Dublin ». Le même document rappelle que l’instruction (non publique) relative à l’application du règlement de Dublin en date du 19 juillet 2016 reprenait le souhait que cet accord européen soit « pleinement et strictement appliqué ».

Le sujet des Dublinés est devenu crucial car il concerne de plus en plus de personnes. Pour Gérard Sadik, « 42 % des demandeurs d’asile enregistrés dans les Hauts-de-France sont concernés, c’est-à-dire que la France peut demander à un autre pays de les reprendre, comme 20 % de ceux qui fréquentent les campements en Ile-de-France ». Ce pourcentage est de plus en plus élevé parce que les pays d’entrée en Europe ont été instamment priés d’enregistrer les arrivées.

Mais d’un pays à l’autre, le taux d’octroi du statut de réfugié diffère, en l’absence d’une politique européenne de l’asile. Ainsi, « les Afghans auraient tendance à quitter l’Allemagne pour la France parce que là-bas seuls 48,4 % sont protégés contre 84,1 % en France au second trimestre 2016 », rappelle Gérard Sadik. Pour les Soudanais, en revanche, la France protège moins (40,6 %) que l’Allemagne (69,2 %). Pour beaucoup d’observateurs, cette politique de renvoi n’a jamais fait la preuve de son efficacité. Revenir d’Italie prend souvent moins de temps au migrant qu’aux forces de l’ordre qui l’ont accompagné.

Repost 0
25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 10:06

Un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme du 24 octobre 2016.

L'État a engagé à nouveau le démantèlement de la « jungle » de Calais.

La Ligue des droits de l'Homme ne peut que s'interroger sur la préparation, les modalités et la finalité de cette opération qui intervient, à Calais et ailleurs, après une période de répression souvent brutale à l'encontre des migrants et parfois des militants et bénévoles qui leur viennent en aide.

En amont, peu d'efforts ont été faits pour établir un diagnostic fiable de la situation des personnes et trouver des solutions adaptées. Ainsi les mineurs n'ont pas été mis sous protection et ceux d'entre eux qui souhaitent rejoindre un membre de leur famille en Angleterre ne le pourront toujours pas et reviendront si on les éloigne de Calais. La France n'a ni tenté de renégocier la gestion de sa frontière avec le Royaume-Uni, ni envisagé de ne plus appliquer le règlement Dublin III qui fait peser une menace d'expulsion sur les migrants qui sont entrés dans l'Union européenne par des pays bien peu généreux en ce qui concerne les demandes d'asile.

Les migrants qui sont en voie d’évacuation, de leur plein gré pour les uns, par la force pour d'autres, sont emmenés vers des centres d’accueil et d'orientation (CAO) répartis sur l'ensemble du territoire. Il faut saluer à cet égard tous les maires, les élus locaux et les citoyens qui se sont engagés pour que cet accueil puisse se réaliser, malgré les campagnes xénophobes et les réactions hostiles fomentées ici et là.

Pour autant ces CAO sont avant tout des « lieux de répit », mis en place pour de courtes durées, qui risquent de ne pas avoir les moyens d'assurer les fonctions qu'on leur a définies : fournir un accompagnement social et faire un tri, souvent discutable, entre ceux qui pourraient avoir le droit de solliciter une protection au titre de l'asile et les autres. Encore faudrait-il que dans ce qui s'apparente à des « hotspots », l'État assure l'information, la traduction, l'intervention de juristes, c'est-à-dire les conditions permettant de respecter les droits des personnes, aussi bien que le suivi social, médical et psychologique souvent indispensable pour ces personnes qui ont fui, au péril de leur vie, des situations dramatiques et traumatisantes.

Ce dispositif apparaît aujourd’hui comme un pis-aller, alors que l'État se révèle incapable d'assurer le fonctionnement normal des procédures qui existent pourtant pour les demandeurs d'asile : pourquoi faut-il plusieurs mois pour avoir un rendez-vous dans les plateformes d’accueil ? Pourquoi le nombre de places dans les centres d'accueil des demandeurs d'asile (Cada) est-il ridiculement insuffisant ? Et ne convient-il pas de prendre en compte les raisons multiples et également légitimes qui poussent les migrants à partir, en assurant à tous des possibilités de s'insérer dans la société française ?

Souvent, au cours de l'histoire, des Français ont dû s'exiler. Ils ont trouvé sur des terres souvent lointaines bienveillance et solidarité. Aujourd'hui, c'est en tenant compte de ses propres principes que la République française doit accueillir ceux qui frappent à sa porte, dans le respect de la dignité des personnes et de leurs droits fondamentaux.

Repost 0
13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 09:54

Les réfugiés ne fuient pas que la guerre. Pour des femmes et des hommes d'Afrique ou du Moyen-Orient, il s'agit aussi d'échapper aux persécutions dues à leur homosexualité. Même si celles-ci sont loin de s'interrompre à leur arrivée en Europe.

Par Blaise Gauquelin, correspondant du Monde à Vienne (France).

POLINE HARBALI

POLINE HARBALI

Adeyinka est une " fière Nigériane ". C'est important pour elle de le dire, même si, comme, pour les autres réfugiés interrogés, nous avons dû changer son nom pour ne pas la mettre en danger. " Au pays ", elle ne manquait de rien. Son père avait beaucoup d'argent. Elle y a fait d'excellentes études. Et elle " aime sa religion ", l'islam. A 33  ans, hébergée dans un foyer réservé aux lesbiennes migrantes, dans la banlieue de Vienne, en Autriche, elle survit désormais avec les quelques dizaines d'euros que lui donne chaque semaine une association caritative chrétienne.

" Je suis belle, et cela m'a causé beaucoup de problèmes. Je serais morte si je n'avais pas pris la route ", énonce-t-elle sur un ton déterminé, dans un bar où elle se sent en confiance, parce qu'elle est accompagnée d'une responsable de l'association autrichienne Queer Base, l'une des très rares en Europe à apporter, grâce à des fonds municipaux, un soutien spécifique aux demandeurs d'asile gays, trans et lesbiens.

Le parcours d'Adeyinka est à l'image de celui des milliers d'homosexuels qui ont gagné l'Europe au milieu des Syriens, des Irakiens et des Afghans fuyant les conflits, à l'occasion de la vague historique des migrants de 2015. Il est entaché de la violence particulière -réservée aux minorités sexuelles, mais aussi éclairé d'une entraide qui semble spécifique à cette communauté.

Beaucoup de migrants prennent la route pour des raisons intimes. C'est un fait méconnu par les sociétés occidentales, comme par leurs pouvoirs publics. Et pour cause : la plupart du temps, les principaux intéressés cachent les raisons réelles de leur exil forcé, ce qui complique leur accès à l'asile.

Il est difficile de prendre contact avec eux. Encore plus dur d'obtenir leur confiance. Ils ont peur de la trahison et de la mort, car leur tête, souvent, est mise à prix par un clan, une tribu, un chef de famille ou une autorité religieuse.

C'est le cas pour Adeyinka, notre " belle Nigériane ", qui ose pour la première fois raconter la litanie de brimades que constitue sa vie. Elle a été mariée de force à un homme d'affaires " laid et vieux ". " Il se disait très pieux, mais cela ne l'a pas empêché de me -violer et de me mettre enceinte plusieurs fois, alors qu'il voyait le dégoût que m'inspirait le moindre de nos contacts. Ses enfants, mes enfants, je les ai détestés. "

Un jour, elle est surprise en train de faire l'amour avec sa maîtresse et battue à coups de ceinture. Son époux la jettera ensuite dans la voiture de deux hommes. " Ils m'ont enfermée dans une maison où j'ai été torturée sexuellement pendant des jours. J'ai réussi à m'enfuir, j'ai récupéré l'argent que j'économisais depuis des années en secret et je suis partie. "

Le Niger, la Libye : la jeune femme connaissait bien le chemin de l'Europe. Elle avait préparé sa route. Pour traverser la Méditerranée, comme des centaines de milliers d'anonymes, elle a payé ces passeurs redoutés, qui font basculer les destins. " Pour nous, femmes noires, la couleur de nos peaux est une malédiction. Aux yeux des trafiquants, nous valons plus que l'or ! Ils m'ont vendue à la mafia nigériane, en Italie. J'avais quitté un enfer, pour devoir en découvrir un autre, sans doute plus sombre encore. "

Adeyinka aurait dû servir dans un réseau de prostitution forcée. Pourtant, la route des migrants homosexuels est parfois semée d'anges gardiens. Car nombre d'entre eux doivent en effet leur survie à des gays et des les-biennes, qui les ont aidés dans leur périple. " Un homo italien a tout de suite compris que je n'étais pas comme les autres filles. Je me suis sentie en confiance. Je lui ai dit que j'étais lesbienne. Il m'a pris un billet de train et m'a dit d'aller en Autriche. Si j'étais restée en Italie, les Nigérians m'auraient tuée. Ici, dès que je croise une femme noire, je regarde ailleurs. Je sais que la mafia me recherche. Dans la rue, je ne parle à personne. Les hommes m'accostent sans arrêt : “How much, how much ?” Ils veulent encore -disposer de mon corps. "

" Surtout ne pas attirer les ennuis "

Adeyinka, qui ne sait pas ce que sont devenus ses enfants et ne pense pas les revoir un jour, ne se sent à son aise que les jeudis, à la tombée de la nuit. Toutes les semaines, une soirée est organisée pour que les demandeurs d'asile homosexuels puissent se retrouver, casser leur isolement, se rendre compte qu'ils ne sont pas tout seuls.

Le lieu de leur rencontre est tenu secret : les menaces sont multiples. Une transsexuelle a été retrouvée morte étranglée en janvier 2015 dans sa chambre de Vienne. Elle était pourtant originaire d'un pays souvent considéré comme sûr : la Turquie, où les conditions de survie des personnes transgenre sont en fait terrifiantes. Il est très difficile à leurs ressortissants d'obtenir le statut de réfugié en -Europe. Il n'y a pas longtemps, un Irakien jugé efféminé s'est fait insulter par une famille arabe, dans le métro. Il y a aussi les skinheads, qui aiment à " casser du pédé ". Et puis, bien sûr, le danger islamiste. " Mais heureusement, on a de bons contacts avec une des membres de l'association LGBT de la police, qui a sensibilisé ses collègues à notre cas particulier ", explique Cécile Balbous, une Française, salariée de Queer Base. Une fois à l'intérieur, les demandeurs d'asile se lâchent.

Ils sont chaque fois une cinquantaine. -Maçon originaire des territoires conquis au Moyen-Orient par le groupe Etat islamique, serveur somalien, étudiante afghane : tous échangent avec des Autrichiens venus pour les aider. Leur hantise : qu'un djihadiste se fasse passer pour homo et intègre à son tour la soirée. Chaque fois, les nouveaux venus sont scrutés. Et gare aux hommes trop " virils " ou à ceux qui n'ont pas les bons codes vestimentaires : on les prend souvent pour des espions. Les préjugés n'épargnent personne.

Parmi les piliers du jeudi, il y a Mokhran. Cet Erythréen a passé six mois dans un camp du Tyrol à tenter de masquer son homosexualité pour échapper aux questions insistantes de certains des migrants. " Il faut faire le bonhomme dans ces camps, raconte-t-il en tirant sur sa cigarette. Dissimuler qui on est vraiment : mettre une capuche, marcher comme les autres réfugiés. Surtout ne pas attirer les ennuis. "

Cette fois, la soirée est proposée par une association gay juive. Les disques qui passent sont israéliens ou syriens. Et c'est la découverte de tout un monde pour Mokhran qui, à 19  ans, n'a lui aussi connu que les humiliations, l'angoisse et les coups. " C'est la première fois que je peux m'amuser, danser, rigoler, être moi-même ", hurle-t-il pour tenter de couvrir la musique des divas orientales.

" Les réfugiés viennent d'une zone interdite, commente Marty Huber, une autre salariée de l'association Queer Base. Au début, ils ne savent pas comment gérer leur liberté nouvelle. Pour eux, être homo parfois, c'est faire des trucs trash. On tente de canaliser un peu ces découvertes qu'ils font, après des années de frustration. " Les primo-arrivants sont conseillés sur les pratiques à risque, notamment lorsqu'ils pensent à devenir des travailleurs du sexe. On leur suggère de se faire discrets sur les réseaux sociaux : la géolocalisation des applications de drague sur mobile a par exemple valu à l'un d'eux d'être passé à tabac.

Certains demandeurs doivent également monter des dossiers complexes pour la prise en charge de traitements antirétroviraux ou hormonaux, très chers dans les deux cas. D'autres menacent de se suicider, coincés dans des coins de campagne depuis plus d'un an où ils sont brimés, dans l'attente de leur premier entretien. S'ils quittent la commune dans laquelle ils sont enregistrés, leur dossier de demande d'asile est suspendu – ils se retrouvent alors sans hébergement, sans sécurité sociale et sans argent –, et les homosexuels ne sont pas toujours considérés comme faisant partie des groupes vulné-rables pouvant déposer une demande de transfert vers Vienne.

" frères de destin "

On leur conseille également de ne jamais mentir aux personnels qui étudient leur demande, alors que certains ont peur de dévoiler la raison exacte de leur fuite, notamment à cause des traducteurs, dont plusieurs ont été jugés ostensiblement homophobes. Il faut parfois répondre aux questions intimidantes de l'employé du ministère de l'intérieur, qui s'étonne de voir des parcours de lesbiennes mariées et mères de famille ou demande pourquoi tel jeune homme ne tait tout simplement pas ses préférences sexuelles pour pouvoir retourner dans son pays d'origine.

Les réfugiés homosexuels souffrent de solitude. Comme les autres migrants, ils ont laissé derrière eux leur culture, leur pays, leur langue d'origine, mais aussi, la plupart du temps, leur entourage, dont ils doivent faire le deuil. Pour se reconstruire, ils se raccrochent à leurs " frères de destin ", ceux qui, comme eux, ont dû fuir en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Un groupe d'Africains de l'Est, pas exemple, est devenu inséparable. Quatre garçons d'une vingtaine d'années, qui habitent tous dans une maison mise à leur disposition par la municipalité. Parmi eux, il y a Suleyman, qui ne sait ni lire ni écrire. Il a dû assister à la lapidation de son petit ami, enterré jusqu'à la tête. Lui-même a été condamné à mort.

Abdelkrim, un garçon androgyne de 19 ans qui veut devenir top-modèle et adore s'habiller en fille, est particulièrement content : hier, un dentiste lui a réparé les dents qu'on lui avait brisées, pour le punir de " s'être laissé monter comme une femme ". " Mes problèmes ont surgi lorsque j'avais 12 ans et que j'ai commencé à me maquiller, raconte-t-il. La tante qui m'élevait m'a alors interdit de sortir. Chez moi, si quelqu'un découvre que tu es gay, il doit te dénoncer, sinon il est puni aussi. " Emprisonné après un scandale, Abdelkrim devait être tué d'une balle dans la tête à sa majorité. Il a pu fuir grâce à la complicité d'un policier qui s'était entiché de lui. Un autre amoureux lui a fourni un faux passeport et le billet d'avion pour Istanbul.

Ce matin-là, flanqué de ses compagnons, il va chercher son allocation au siège d'une ONG. " On y va en groupe, comme ça, les autres réfugiés n'osent pas nous insulter ", murmure-t-il. Dans la rue, les quatre compères font semblant de ne pas se connaître. Ils écoutent Rihanna sur leurs iPhone.

En attendant le bus qui tarde à venir, Suleyman est accosté par un homme originaire du même pays que lui. Il ne lui répond pas. " S'il voit que je lui parle dans sa langue, il va nous filmer et poster la vidéo sur YouTube. " Des pages entières localisent les réfugiés homos en Europe et incitent à la violence à leur égard. Car même ici, la chasse aux gays n'est pas finie.

Repost 0
22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 12:42

À l’occasion de Journée mondiale des réfugiés 2016, un article de Maryline Baumard du 20 juin 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/06/20/avec-65-3-millions-de-deracines-fin-2015-la-planete-bat-un-nouveau-record_4953783_1654200.html et un appel collectif de plus de quatre-vingt associations : « Pour un accueil digne et respectueux des droits fondamentaux des étrangers en France ».

Des réfugiés dans un camp à Paris le 27 mai. MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

Pour la première fois, fin 2015, le seuil des 60 millions de personnes déracinées a été franchi. Ce sont 65,3 millions qui ont quitté leur foyer, chassés par les conflits et les persécutions, s’inquiète le rapport annuel du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), rendu public lundi 20 juin. L’augmentation a été importante en un an puisque, fin 2014, ils étaient 59,5 millions. Ces 65,3 millions représentent l’intégralité de la population française, ou un être humain sur 113.

Le groupe se compose des 21,3 millions de réfugiés que compte désormais le monde, auxquels s’ajoutent 3,2 millions de demandeurs d’asile en attente de traitement de leur dossier dans les pays industrialisés, et 40,8 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays.

« Politiques contre l’asile »

Ce record s’explique par la multiplication des conflits. À ceux qui durent depuis des décennies, comme en Somalie ou en Afghanistan, s’ajoute en 2015 l’impact important de situations plus récentes, comme la guerre en Syrie (qui dure depuis plus de cinq ans), ainsi que celles du Soudan, du Yémen, du Burundi, de l’Ukraine, ou de République centrafricaine. Par ailleurs, le rythme d’intégration des réfugiés et des personnes déplacées internes est en chute depuis la fin de la guerre froide, ce qui ne contribue pas à faire baisser le nombre de déracinés.

La Syrie en tête des pays les plus fuis

Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, s’appuie d’ailleurs sur la sortie du rapport pour faire une nouvelle fois part de ses craintes. « Davantage de personnes sont déracinées par la guerre et la persécution, c’est déjà inquiétant en soi, mais en plus, les facteurs menaçant les réfugiés se multiplient », déclare-t-il, insistant sur le fait qu’« un nombre terrifiant de réfugiés et de migrants décède en mer chaque année » et qu’« à terre, les personnes fuyant la guerre ne peuvent poursuivre leur voyage car les frontières sont fermées. Des politiques se dressent contre l’asile dans certains pays. »

Avec ses 4,9 millions de personnes chassées, la Syrie arrive en tête des pays les plus fuis. L’Afghanistan vient ensuite avec 2,7 millions, et la Somalie avec 1,1 million. A eux trois, ces pays produisent la moitié des réfugiés à travers le monde. Pour les déplacés internes, c’est la Colombie qui décroche le triste record avec 6,9 millions, suivi de la Syrie avec 6,6 millions et de l’Irak avec 4,4 millions. En 2015, c’est le Yémen qui a généré le plus grand nombre de nouveaux déplacés internes.

Alors qu’ils se pensent exclusivement terre d’accueil, les pays du Vieux Continent ont aussi produit quelque 593 000 réfugiés – originaires d’Ukraine pour la plupart, puisque les chiffres fournis par Kiev font état de 1,6 million d’Ukrainiens déplacés internes – et en ont accueilli 4,4 millions. Ce chiffre comprend le gros million de réfugiés et de migrants arrivés en 2015 dans l’Europe des 28, auxquels s’ajoutent les 2,5 millions de réfugiés installés en Turquie.

Près de 20% de réfugiés au Liban

En effet, 86 % des déracinés trouvent asile dans des pays à faible et moyen revenu, à proximité des situations de conflit, et la Turquie arrive au premier chef en 2015, comme les années précédentes. C’est même le plus important pays hôte au monde. Si l’on calcule en pourcentage de la population autochtone, c’est en revanche le Liban qui a accueilli le plus de réfugiés avec 183 pour 1000 habitants. L’Allemagne arrive en tête pour les demandes d’asile, avec 441 900 dépôts de dossiers, loin devant les États-Unis et leurs 172 700 dossiers.

Compte tenu de l’état du monde, seuls 201 400 réfugiés ont pu retourner dans leur pays d’origine en 2015. Le nombre des admis à une réinstallation n’a, lui, été que de 107 100, et moins de 32 000 réfugiés ont pu être naturalisés au cours de l’année, dont une majorité au Canada. Autant de données qui gonflent le groupe des déracinés.

---------------------------------

Journée mondiale des réfugiés 2016 :

 « Pour un accueil digne et respectueux des droits fondamentaux des étrangers en France »

Publié à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin 2016

Près de 60 millions de personnes étaient déplacées, demanderesses d’asile ou réfugiées à la fin de l’année 2015 selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés : un chiffre sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.

En France, un peu plus de 80 000 personnes ont sollicité l’asile en 2015. Si les premiers mois de l’année 2016 indiquent une augmentation relative (+23%) de ces demandes, ces chiffres sont sans commune mesure avec l’ampleur du défi et des efforts fournis par des pays tels que le Liban, la Turquie ou d’autres pays en d’Afrique.

S’il faut reconnaître les efforts déployés par le Gouvernement français pour renforcer les capacités d’accueil proposées aux réfugiés et demandeurs d’asile,  ces mesures sont très insuffisantes et ne permettent pas à la France d’honorer ses engagements : non hébergement de nombreuses personnes demandant l’asile, délai de plusieurs mois pour accéder à la procédure, dégradation de la qualité de l’accompagnement, persistance de campements indignes, etc.

A l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, nous demandons une nouvelle fois au gouvernement de prendre les mesures à la hauteur de la situation, de respecter ses engagements internationaux, et de favoriser l’accueil dans la dignité et de manière pérenne des personnes contraintes à fuir la guerre et les persécutions. Face à une Europe frileuse qui se ferme et se replie sur elle-même, la France doit montrer la voie en apportant une réponse courageuse et humaniste.

 

ACCES SECURISE DES ETRANGERS AU TERRITOIRE FRANÇAIS et EUROPEEN

Nous réaffirmons avec force qu’il est urgent d’assurer un accès légal et sécurisé au territoire français des étrangers fuyant les dictatures et les zones de guerre. Le renforcement des contrôles aux frontières et les accords bilatéraux qui conduisent à enfermer et trier les étrangers, à l’instar de l’accord UE-Turquie, sont indignes et contraires aux valeurs que les Etats prétendent défendre. Ces mesures sont en outre criminelles car elles incitent les exilés à se tourner vers les réseaux et à prendre toujours plus de risques pour rejoindre l’Europe.

Depuis le début de l’année 2016, plus de 2 800 personnes au moins sont mortes en Méditerranée.

A l’inverse des choix politiques qui font primer les intérêts sécuritaires au détriment des droits humains, nous demandons d’une part que soient généralisés les mécanismes de réinstallation vers l’Europe des réfugiés à partir des pays de premier accueil, et d’autre part que soit étendue et facilitée la délivrance de visas aux personnes présentes dans ces pays et, souhaitant solliciter l’asile en France ou en Europe.

 

POUR UN PLAN NATIONAL SUR LE PREMIER ACCUEIL

Un plan national d’accueil global des exilés assurant leur prise en charge dès leur arrivée sur le territoire doit être mis en place. Aujourd’hui, les exilés arrivant en France au terme de leur parcours et qui n’ont pas de ressources ou de soutien communautaire n’ont souvent d’autre choix que de grossir les campements, dans le Calaisis comme à Paris, parfois durant plusieurs mois, avant d’être orientés vers un hébergement. Durant cette période, les citoyens et les associations tentent d’apporter le minimum vital aux exilés : repas, couvertures, kits d’hygiène...

Ces conditions de vie déplorables, qui touchent des personnes déjà affaiblies, sont intolérables et viennent dégrader encore l’état de santé physique et mentale de ces personnes.

Afin d’accueillir humainement ces personnes et de respecter nos engagements européens, un plan d’accueil global assurant l’hébergement de l’ensemble des exilés dès leur arrivée doit être adopté. Il reposera, entre autres choses, sur l’augmentation de l'offre de logements et d’hébergements pour l’ensemble des publics à la rue, sur la réduction des délais d’attente pour accéder à la procédure d’asile, sur la mise en œuvre d’un accompagnement sanitaire et social adapté, sur l’amplification des ouvertures de places d’hébergement pour les demandeurs d’asile et des bénéficiaires d’une protection afin de fluidifier l’ensemble du dispositif.

 

AMELIORER L’ACCUEIL DES ETRANGERS POUR CONSTRUIRE UNE SOCIETE OUVERTE ET SOLIDAIRE

L’insertion des étrangers en France est fortement liée à l’accueil qui leur est réservé à leur arrivée. Elle dépend aussi de l’accompagnement social dont ils pourront bénéficier tout au long de leur parcours. Sur ce point, la réforme de l’asile de l’été 2015 a abouti à une dégradation de l’accompagnement dans les structures d’hébergement qui ont dû réduire leur mission d’insertion, et ce, alors qu’un tiers des demandeurs d’asile obtiennent une protection internationale. Le regard sur les demandeurs d’asile doit changer. Ils ne peuvent plus être considérés comme de potentiels déboutés, mais comme nos futurs concitoyens, amenés à construire avec nous une société commune. Atteindre cet objectif passera nécessairement par la mobilisation des services publics et des associations sur l’accompagnement et l’accès aux droits sociaux, l’accès aux soins, l’apprentissage du français, la scolarisation des enfants, l’accès au logement, la formation professionnelle et l’accès à l’emploi.

Des dizaines de milliers de citoyens, bénévoles, salariés d’associations sont déjà mobilisés au côté des exilés arrivés en France. Le gouvernement se doit de prendre enfin le relais de cette dynamique d’accueil et de solidarité et, au-delà des politiques de gestion de crise à court terme, d’engager une politique volontariste d’accueil et d’intégration conforme à nos engagements internationaux et aux valeurs de la République.

Signataires :

FNARS, Secours Catholique, Médecins du Monde,  Cimade, Emmaüs France, Emmaüs Solidarité, Comede, Fondation Abbé Pierre, France Terre d’Asile, Centre d’action social protestant (CASP), Fondation Armée du Salut, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, Réseau ELENA, Ligue des droits de l’homme (LDH), UNIOPSSJRS France, Mouvement des compagnons bâtisseurs, Groupement des Éducateurs Sans Frontières (GREF), Associations des cités du secours catholiques (ACSC), Fédération Entraide Protestante (FEP), Mouvement contre le racisme de pour l'amitié entre les peuples (MRAP) , Collectif National Droits de l'Homme (CNDH), Médecins sans frontières (MSF), Secours Islamique France, Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), Centre Primo Levi, CCFD Terre Solidaire, Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Habitat et Humanisme, ADVOCACY France, Dom'Asile, Mouvement des Amoureux au ban public, Association Service Social Familial Migrants (ASSFAM), Grdr, Fapil, Apprentis d’Auteuil, Osiris, Collectif Les morts de la rue, Hors la Rue, Collectif bidonville dans la ville,  Secours Populaire 76, Turbulences Marne La Vallée,  Carrefour des solidarités Littoral Nord, Ecodrom 93, Aide à la scolarisation des enfants tsiganes et jeunes en difficulté 69 (ASET 69), Association pour la Démocratie Nice, Association d'accueil des demandeurs d'asile (AADA), Français langue d’accueil, L’Auberge des Migrants, Habitat et Citoyenneté, SALAM Nord Pas de Calais, Welcome Metz, COVIAM, L’Union juive française pour la paix, Association montalbanaise d'aide aux réfugiés (AMAR), Agir Café Lyon, La Fanfare Des pavés (Association artis-Mbc), Comité Français pour la Solidarité Internationale, Collectif "lecture Lyon 02", Association Contact Moselle, Collectif Romeurope Antony-Wissous, Collectif Romeurope94, Collectif "Migrants: changeons notre regard!" Réseau de solidarité des associations messines (RESAM), Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l'égalité des droits (CATRED), Alynéa, Secours populaire du 76, Fédération de Seine-Maritime du Secours populaire, La belle porte, Flandre Terre Solidaire, Femmes migrantes debout Migrations Santé Alsace, Association Rasine Kaf, Observatoire régional de l'intégration et de la ville (ORIV), Association Habitat-Cité, Association À Travers Chants, Maison des femmes de Paris, RAJFIRE, Association C.L.A.S.S.E.S., "Un toit pas sans toi", CEMÉA Alsace, CCBL, Observatoire du CRA de Palaiseau, Roms Action Grenoble, Réseau rouennais de Solidarité avec les Migrants, réfugiés, exilés, étrangers (RSM), Université populaire de Lyon, Collectif Lyonnais pour l'Accès à la Scolarisation et le Soutien aux Enfants des Squats.

Repost 0
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 16:38

Tribune proposée par Sébastien Charles, Thomas Dallery et Jonathan Marie, Les Économistes Atterrés le 10 juin 2016 sur Le blog de Les Économistes Atterrés

Les monnaies locales ne sauraient être considérées comme la réponse à tous les problèmes. Malgré les évidentes limites de leur portée, elles peuvent contribuer à avancer dans la bonne direction. Nous envisageons ici trois chemins sur lesquels la monnaie locale pourrait être utile : aide aux migrants, revitalisation économique de certains territoires en difficulté et transition écologique.

Et si on pouvait, dans un même mouvement, améliorer le sort des migrants, revitaliser des territoires en difficulté et promouvoir une économie durable [1] ? Quel instrument serait susceptible de parvenir à une telle prouesse ? La réponse pourrait se trouver du côté des monnaies locales. Depuis la loi Hamon de juillet 2014, la reconnaissance des monnaies locales a été facilitée. Cet engouement pour les monnaies locales n'est pas propre à l'Hexagone : des projets similaires se sont multipliés dans d'autres pays européens récemment.[2] Le dernier dossier d'Alternatives Economiques propose justement de passer en revue les différentes potentialités de la monnaie comme moyen de réinventer un avenir commun.[3]

Une monnaie locale, késaco ?

Le concept de monnaie locale peut, de prime abord, effrayer. Précision : pour nous il ne s'agirait pas de l'introduction d'une monnaie destinée à remplacer l'euro. Les monnaies locales sont complémentaires à la circulation de la monnaie que nous connaissons, mais elles poursuivent des objectifs particuliers qui sont délaissés par le système traditionnel de création monétaire. Les monnaies locales sont destinées à redonner du sens à la monnaie, pour mieux flécher la création, l’émission et la circulation monétaire sur des besoins considérés comme essentiels : la dimension locale de ces monnaies vise à enraciner dans des territoires restreints les dépenses d'une collectivité fondée, au-delà de la proximité géographique, sur la défense de valeurs communes souvent en marge des circuits économiques traditionnels (bio, équitable, circuits courts,...).

La monnaie locale peut revêtir plusieurs formes et consister en des moyens de paiement, fiduciaires (billets de « banque ») ou électroniques (cartes de paiement). Concrètement, la monnaie locale se voit attribuée un nom symbolisant le territoire (le Bou'Sol à Boulogne, la SoNante à Nantes, le Sol-Violette à Toulouse,...), et, pour faciliter la manipulation de cette monnaie locale, une unité de monnaie locale équivaut alors à un euro, ce qui permet d'éviter les calculs compliqués de conversion pour se représenter la valeur lors des transactions effectuées.

En pratique, une monnaie locale est souvent gérée par une association qui « émet » une masse monétaire à due proportion de la quantité d'euros véritables déposés par des adhérents. La monnaie locale est donc entièrement gagée sur un stock d'euros : il n'y a aucun effet de levier qui pousserait à une trop grande émission de monnaie locale. Couplée à une possibilité de reconvertir sa monnaie locale en euros, cette limitation de l'émission de monnaie est là pour rassurer les utilisateurs de la monnaie locale sur sa valeur comme pour des raisons règlementaires. Une étape supplémentaire serait de permettre le règlement des impôts locaux en monnaie locale. Cela suppose la coopération des pouvoirs publics locaux, mais cette possibilité renforce la confiance dans la nouvelle monnaie locale.  

Pour l’exprimer autrement, la monnaie locale conserve les fonctions de la monnaie traditionnelle, pré-existantes à son introduction (unité de compte, moyen de paiement,  et même réserve de valeur, fonction qui n’est pas ici recherchée puisqu’elle limite la circulation de la monnaie). Mais l’innovation, c’est qu’on propose un outil complémentaire de financement de l’activité, un nouvel outil de régulation économique et que cet outil est porteur de valeurs qui peuvent être distinctes des valeurs génériques de la monnaie traditionnelle. Ce sont ces capacités qui nous semblent particulièrement intéressantes.

Monnaie locale et migrants : comment réconcilier deux perspectives a priori éloignées ?

La monnaie locale suppose par définition une implantation sur un territoire restreint. Son fonctionnement pourrait encourager une solidarité cohésive forte. Pour beaucoup de migrants, le lien avec le territoire sur lequel ils se trouvent n'est que temporaire : nombre d'entre eux ne sont que de passage et s'imaginent poursuivre leurs routes vers l'Angleterre. La fermeture de la frontière fait pourtant que les migrants restent bloqués dans des camps comme la fameuse « jungle » de Calais ou le nouveau campement humanitaire de Grande Synthe. Devant l'absence de solutions politiques au niveau européen, les migrants risquent donc de se retrouver piégés encore quelque temps dans ces territoires... Notre proposition ne saurait donc être accusée de former le piège autour de ces personnes. 

Plutôt que de poursuivre une politique de séparation sociale où migrants et résidents n'interagissent que peu, il serait judicieux d'inclure les migrants à l'intérieur d'un dispositif de monnaie locale. On pourrait imaginer que les migrants reçoivent une allocation individuelle en monnaie locale, allocation qui serait donc une forme de bons d'achat valables uniquement au niveau local.[4] Cette monnaie locale pourrait leur servir à s'approvisionner chez les commerçants partenaires, mais aussi à accéder à certains services publics dans le domaine des transports, de la culture, du sport,... Cette distribution de monnaie locale aux migrants a pour objectif de les pousser à investir la ville, à entrer en contact avec ses habitants. Pour les habitants, ces interactions favorisées sur le plan économique seraient profitables, car génératrices d’activité économique, et permettraient d’affaiblir la ghettoïsation des populations en multipliant les rencontres. Ce processus vertueux ne souffre pas de fuite économique vers l’extérieur : les dépenses en monnaie locale auraient en effet le mérite d'être localisées sur le territoire d'accueil. Les locaux eux aussi pourraient bénéficier de l’émission de la monnaie locale et auraient par la suite intérêt à l’utiliser.

Une monnaie locale, pour revivifier des territoires moribonds ?

Pour des territoires dont l'économie est en souffrance, l'accueil de migrants pourrait donc constituer une réelle bouffée d'air frais. La ville de Riace en Italie ne s'y est pas trompée. Alors qu'elle était sur le chemin de la désertification, la cité a accepté de recevoir des migrants dont les allocations seraient versées en monnaie locale. L'arrivée d'une population plus nombreuse a non seulement permis de relancer certains services publics menacés par une démographie faiblarde, mais elle a aussi entrainé l'émergence de nombreux commerces (pour recevoir la dépense de ces allocations). L'acceptation de la présence des migrants pourrait ainsi passer par l'intérêt économique et social des habitants.

Sur le plus pur plan économique, l'introduction d'une monnaie locale est un sérieux levier de développement. Vue avec les lunettes du multiplicateur keynésien, la monnaie locale tend à réduire les fuites en dehors du circuit de l'économie locale. On entérine ainsi un pouvoir d'achat captif du territoire. Pas d'importation pour affaiblir l'effet d'une éventuelle relance par cet intermédiaire, pas de déperdition de revenus hors du territoire à condition que la monnaie circule entre de multiples acteurs et pas seulement dans la relation migrant / commerçant et à condition qu’elle ne soit pas convertie en Euros immédiatement. Des frais de conversion désincitatifs peuvent être envisagés pour favoriser ce mécanisme. 

Une monnaie locale, pour s'engager sur la voie de la transition écologique ?

La monnaie locale participe également à la transition écologique. En favorisant les circuits courts, elle limite les possibilités pour les résidents d'acheter des produits en provenance de l'autre bout du monde, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre issues des transports. L'objectif serait bien de tendre vers une organisation économique écologiquement plus responsable.

Le développement d’une monnaie locale pourrait accompagner une modification des pratiques agricoles. Pour en finir avec les aberrations fréquentes d'une production agricole réalisée en France avant que la transformation n'ait lieu à l'autre bout de l'Europe, pour voir revenir les produits finis dans la grande distribution française, l'utilisation de monnaie locale permet de redonner du pouvoir aux consommateurs : par leurs actes d'achat, les consommateurs locaux pourraient ainsi accompagner les agriculteurs locaux dans une transition vers des modèles moins productivistes et plus respectueux de l'environnement. Dans une période où les crises agricoles se succèdent en poussant les agriculteurs à survivre par des subventions sur les prix et d'exonérations de cotisations sociales poussées toujours plus loin, il pourrait être intéressant de poser la question d'une réorientation d'une partie de ces aides publiques, en les fléchant vers les dispositifs de monnaie locale. Pour confirmer les efforts consentis dans la production, il faudrait que les producteurs puissent compter sur une demande captive grâce à la monnaie locale. Sur le territoire, la labellisation des commerçants partenaires garantit aussi de ne sélectionner que les seuls commerçants distribuant des produits bio et/ou issus du commerce équitable.

On l'aura compris, la monnaie locale est un outil formidable dans les mains d'un pouvoir exécutif volontariste. Celui-ci pourrait profiter de la monnaie locale pour distribuer des primes en complément de revenus déjà versés en euros, pour des activités qu'il estime prioritaire pour répondre à des besoins locaux : soutien scolaire, encadrement des activités sportives, aides à domicile des personnes âgées,... la seule limite étant ici la capacité budgétaire de la commune.

Monnaie locale : quels financements et quelle convertibilité ?

Faciliter l'accueil des migrants, redynamiser des territoires en difficulté, œuvrer pour la transition écologique, tout ceci peut paraître extrêmement prometteur. Mais comment établir le financement de la monnaie locale ?

La clef du financement reposerait initialement sur les collectivités locales. Ce serait en effet à elles de décider le niveau de masse monétaire qu'elles souhaitent subventionner auprès de l'association émettrice. Cette délibération devrait bien sûr se faire avec précautions dans le cas où la monnaie locale est acceptée en paiements des impôts locaux. Même si la monnaie locale a d'abord vocation à circuler sur le territoire et qu'elle n'est pas destinée à être utilisée massivement en paiement des impôts, on ne peut écarter a priori ce genre d'utilisation. Pour la collectivité locale concernée, ces impôts payés en monnaie locale seraient l'équivalent d'une dépense fiscale, d'un trou dans les recettes qu'il conviendrait de combler, notamment en réclamant à l'association émettrice la conversion de la monnaie locale détenue par la collectivité locale en euros véritables, ce qui reviendrait à détruire la monnaie locale ainsi restituée.

Pour limiter la charge sur les finances publiques territoriales, il pourrait être prévu des moyens de convertir la monnaie locale en euros véritables mais avec une décote. Le produit de la taxe pourrait à la fois désinciter les utilisateurs de monnaie locale à quitter le dispositif et renflouer les caisses des collectivités locales. Une autre solution pour préserver les finances publiques locales serait d'utiliser la monnaie locale pour financer une partie des dépenses publiques locales. Certaines primes aux élus et/ou aux fonctionnaires territoriaux pourraient être versées en monnaie locale. De même, pour les prestations sociales des Centres Communaux d'Action Sociale.

La question des migrants : comment faire payer l'État pour une mission qu'il se refuse à assumer...

Concernant l'accueil des migrants, le financement de la monnaie locale ne doit pas reposer sur les seules épaules des collectivités locales concernées par la présence des migrants. L'État pourrait pourtant être contraint de mettre la main à la poche, indirectement du moins. Si l'émission de monnaie locale passe par une association, il serait possible d'inciter les particuliers (ou même les entreprises) à réaliser des dons en faveur de cette association, dons qui seraient défiscalisés à hauteur de 66% (voire même 75% dans certaines conditions). En prenant l'exemple du campement humanitaire de Grande Synthe, l'association Médecins Sans Frontières, ayant assuré la logistique du site, pourrait émettre d'autant plus facilement de la monnaie locale au bénéfice des migrants que les donateurs privés verraient leurs dons déduits de leurs impôts : un don de 100€ à MSF ne coûterait réellement que 34€ au particulier, même si ces 100€ permettraient bien de distribuer un pouvoir d'achat local de 100€ au bénéfice des migrants, l'État contribuant ainsi malgré lui à hauteur de 66€ à cette distribution. Pour une fois, la défiscalisation ne profiterait pas à des super-riches échappant à l'impôt!

Une réflexion ouverte 

Bien sûr, de nombreuses questions restent en suspens : doit-on distribuer une allocation à l'ensemble des migrants ou aux seuls demandeurs d'asile en France, doit-on étendre la distribution de l'allocation aux personnes Sans Domicile Fixe du territoire, doit-on permettre la conversion de monnaie locale en euros avec ou sans pénalité, doit-on rendre la monnaie locale fondante pour accélérer son utilisation ? Mais la littérature sur les monnaies locales est aujourd'hui suffisamment vaste pour bien baliser le chemin de collectifs qui souhaiteraient se saisir de cet outil. Reste à convaincre les collectivités locales d'accompagner le mouvement en multipliant les expérimentations de monnaie locale et en articulant ces projets à la double question migratoire et écologique.

Tribune proposée par Sébastien Charles, Thomas Dallery et Jonathan Marie


[1] L’intérêt des monnaies locales dans la mise en œuvre du développement durables des territoires et dans le soutien aux investissements de la transition écologique est défendu par J. Blanc et B. Perrissin Fabert, « Financer la transition écologique des territoires par les monnaies locales», Note de l’Institut Veblen, Janvier 2016.

[2] Les crises économiques s'accompagnent souvent d'un développement des alternatives monétaires. Le WIR, monnaie locale inter-entreprise suisse, a été créé au beau milieu de la Grande Dépression. L'Amérique Latine (Brésil et Argentine notamment) a aussi connu une émergence de systèmes d'échange locaux durant les troubles monétaires des années 1990 et 2000. L'émergence des monnaies locales témoigne d'une volonté de reprise en mains par la société civile des phénomènes monétaires, après les dérives du système financier révélées par la crise.

[3] « Réinventer la monnaie », Les Dossiers d'Alternatives Economiques, n°6, mai 2016.

[4] L'idée de mettre en place une monnaie locale pour aider au sort des migrants n'est pas la solution qu'on souhaiterait voir mise en place dans un monde idéal. Bien évidemment une intervention de l'Etat central et/ou de l'Europe qui financeraient avec des vrais euros l'accueil des réfugiés et des populations les plus vulnérables serait préférable. Notre soucis dans ce texte est d'essayer de lever les blocages politiques qui existent au niveau de l'Etat central et des institutions européennes sur la question des réfugiés : ces autorités politiques ne veulent pas agir pour faciliter l'accueil. Nous cherchons donc à contourner cette opposition en nous appuyant sur des relais locaux qui pourraient potentiellement assumer le rôle que les autorités centrales abandonnent. En l'espèce, il existe sûrement plusieurs collectivités locales en France qui seraient prêtes à mettre en place un dispositif d'aides aux réfugiés. Nous ne visons donc pas une mise en place dans les seuls camps de Calais ou Grande Synthe, mais nous souhaiterions voir de nouvelles collectivités locales se déclarer prêtes à accueillir des réfugiés dans le cadre d'un dispositif intégrant une monnaie locale. Dans ce cadre, la monnaie locale joue le rôle d'une contrepartie politique pour faire plus facilement accepter aux populations locales l'arrivée des réfugiés : on donne aux réfugiés une allocation, mais elle n'alimentera pas les réseaux de passeurs, elle ne partira pas vers l'étranger, elle sera forcément dépensée sur le territoire ce qui fera tourner l'économie locale. En quelque sorte, ce serait un moyen de faire accepter la présence des réfugiés non pas en jouant sur les valeurs de solidarité, mais sur l'intérêt bien compris des commerçants locaux...

 

Repost 0
31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 14:19

Après un sprint final dans la dernière semaine, c'était l'édition 2016 de la Grande Parade Métèque ce samedi 28 mai - rapport en images de LGPM, visible sur notre chaine https://youtu.be/jbXsboKafsM
 et ci-dessous. N'hésitez pas à diffuser, partager, propager cette incroyable énergie de ce WE
... pour que ça continue, gratuit, indépendant, vos adhésions, vos dons sont bienvenus !

Repost 0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet