Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 09:23

La conférence internationale consacrée à la préservation du vivant s’est conclue le 29 novembre en Égypte. Elle ouvre la voie à deux ans de négociations censées accoucher, en 2020, d’un nouveau cadre d’action mondiale pour sauver les espèces et les écosystèmes. D’après Marie-Noëlle Bertrand le jeudi 29 novembre 2018 pour l’Humanité.                                                              Localement, nous avons participé aux Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre. Lire aussi Sur tous les continents, la nature et le bien-être humain sont en danger, Le plan de Nicolas Hulot pour sauver la biodiversité ne répond pas à l’artificialisation des sols  et Les échanges commerciaux qui menacent la vie sauvage.

Les scientifiques s’accordent à dire que la 6e extinction massive des espèces nous pend au nez, l’érosion du vivant ne cesse de s’accélérer. Antonio Scorza/AFP

Les scientifiques s’accordent à dire que la 6e extinction massive des espèces nous pend au nez, l’érosion du vivant ne cesse de s’accélérer. Antonio Scorza/AFP

Vaste, interconnectée et furieusement menacée par certaines activités humaines, la biodiversité est d’abord un néologisme, la synthèse des mots diversité et biologie prononcé pour la première fois en 1984 par le biologiste Edward O. Wilson, marqué par la généralisation de l’idée qu’une crise aiguë menace le vivant. De fait, la biodiversité est un concept bien plus vaste que la simple collection d’espèces animales et végétales. « C’est la diversité de la vie à tous ses niveaux d’organisation, du gène jusqu’aux écosystèmes », relève la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, sur son site. Certes, elle comprend l’ensemble des êtres vivants. Mais elle définit aussi les interactions qui les relient entre eux et avec le milieu où ils vivent. Les humains en sont une des composantes, et interagissent dans le temps et dans l’espace avec les autres.

On a compris, dès le XVIIIe siècle, que l’être humain pouvait provoquer la disparition d’espèces. Le dodo, oiseau de l’île Maurice, a été le premier à en faire les frais. En revanche, il n’existe pas d’unité commune permettant de qualifier la globalité des dégradations dont souffre le tissu vivant de la planète, par définition trop divers. Reste que des indicateurs fiables existent. La liste rouge des espèces animales en danger d’extinction, installée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2000, est de ceux reconnus. « Nous travaillons à en construire d’autres, entre autres pour les écosystèmes », explique Cyriaque Sendashonga, directrice des politiques de l’UICN.

Les principales causes de cette érosion de la biodiversité sont connues, identifiées, incontestées. La destruction des forêts, des sols ou autres écosystèmes du fait de l’urbanisation, de l’extractivisme ou encore de l’intensification agricole, arrive en tête de liste. En mars 2018, l’Ipbes, équivalent du Giec dédié à la biodiversité, établissait que seul un quart des terres n’est pas ou peu affecté par les activités humaines. Les zones humides sont les biotopes les plus touchés, avec une perte de 87 % de leur étendue à l’ère moderne. La surexploitation des ressources, la pollution, l’essor des espèces invasives et enfin le réchauffement climatique complètent la liste des causes majeures de l’érosion de la biodiversité.

Les zones humides sont les biotopes les plus touchés, avec une perte de 87 % de leur étendue à l’ère moderne. Ici le Pantanal, la plus grande zone humide de la planète en territoire brésilien, dans l'État du Mato Grosso. Photo Carl de Souaz/AFP

Les zones humides sont les biotopes les plus touchés, avec une perte de 87 % de leur étendue à l’ère moderne. Ici le Pantanal, la plus grande zone humide de la planète en territoire brésilien, dans l'État du Mato Grosso. Photo Carl de Souaz/AFP

Un nouveau pacte mondial pour la biodiversité en 2020 ?

L’érosion de la biodiversité a beau être éclatante, elle peine à sortir de l’ombre que lui fait la crise climatique. La COP14 sur la diversité biologique, cousine silencieuse, pour ne pas dire aphone, de la COP24 sur le climat, s’est déroulée du 17 au 29 novembre à Charm el-Cheikh, sans avoir réussi à se faire entendre. Ce rendez-vous, orchestré par l’ONU, marquait pourtant un moment charnière de la mobilisation internationale contre la disparition des espèces végétales et animales. Avec lui démarre un cycle de négociations qui va durer deux ans : en 2020, la communauté mondiale devra s’entendre autour d’un futur cadre de lutte pour la préservation de la biodiversité. Accord, protocole, traité… simple document politique ? Sa nature n’est pas encore arrêtée. Quoi qu’il en soit, c’est lui qui définira la stratégie que les 196 États parties prenantes du processus suivront jusqu’en 2030, afin d’enrailler la 6e extinction massive des espèces, dont les scientifiques s’accordent à dire qu’elle nous pend au nez. En bref, il sera, pour le vivant, ce qu’est l’accord de Paris pour le climat.

Échec sur toute la ligne pour les objectifs d’Aïchi

Car tous les indicateurs le montrent : l’érosion du vivant ne cesse de s’accélérer. Les populations d’animaux vertébrés n’ont jamais décliné à un rythme aussi rapide, aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur que celui calculé au cours des temps géologiques, rappelle ainsi le WWF en octobre, dans son rapport annuel sur l’état de la planète publié en octobre (lire encadré). Qu’elles portent sur les oiseaux, les abeilles, voire sur des écosystèmes entiers, qu’ils proviennent d’ONG, d’équipes scientifiques ou de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), les synthèses alarmantes se multiplient, offrant toutes des perspectives peu réjouissantes (voir ci-dessus).

Et pourtant, depuis 1992, date de la création de la convention sur la diversité biologique (CDB), chargée de piloter le travail diplomatique dédié à la question, trois stratégies mondiales se sont succédé visant enrayer le phénomène.

La dernière en date remonte à 2010. Adoptée au Japon, lors de la COP10, baptisée « objectifs d’Aïchi », elle établissait vingt cibles à atteindre pour 2020. Entre autres celles de diviser par deux le taux de perte des habitats naturels, de créer des aires protégées sur 17 % des surfaces terrestres et 10 % des zones maritimes, de restaurer au moins 15 % des espaces dégradés ou encore de réduire au minimum les pressions anthropiques (liées aux activités humaines) exercées sur les récifs coralliens et les autres écosystèmes marins vulnérables.

Huit ans après, seules ont progressé les créations d’aires protégées. Les autres objectifs sont pour ainsi dire au point mort. Très logiquement, le constat est le même pour les précédents engagements internationaux : tous, à ce jour, ont failli.

La vogue des réserves exclusives passée de mode

« Savoir pourquoi l’on échoue à agir est compliqué et pourtant finalement assez simple », relève Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). « Dès 2002, un premier bilan avait permis d’identifier une trentaine de problèmes, qui restent d’actualité. » Tous peuvent se synthétiser en un seul : le manque de volonté politique des États à transformer les choses en profondeur. « On peut créer toutes les aires protégées que l’on veut – et il en faut ! –, cela ne changera pas le problème sur le fond : nous restons partout pris par des contradictions entre les actions entreprises en faveur de la biodiversité et le modèle de développement actuel. » Visés, par le scientifique, les systèmes d’agriculture ou de pêche intensifs, la surexploitation des ressources, l’extraction minière ou encore les agrocarburants, dont l’essor grignote un peu plus les écosystèmes, entre autres forestiers. Autant de facteurs d’érosion de la biodiversité clairement identifiés, au point de ne quasiment plus faire débat.

« Contrairement à ce qui se passe dans le cadre des négociations climatiques, celles consacrées à la biodiversité abordent de front les responsabilités sectorielles », reprend Aleksandar Rankovic. La cible n° 3 des objectifs d’Aïchi commandait ainsi l’élimination des subventions néfastes à la biodiversité – autrement dit, celles accordées aux activités écocides. La cible n° 4 intimait les gouvernements à prendre des mesures « pour assurer une production et une consommation durables ». Mais les pays, ceux d’Europe singulièrement, « restent ancrés sur leurs vieux modèles », conclut le chercheur, lesquels continuent d’exercer une pression insoutenable sur le tissu vivant de la planète.

Longtemps, on aura tenté de contourner le problème. La vogue de créer d’immenses réserves exclusives, en Afrique ou en Amérique latine, interdisant toute forme d’activités humaines au point d’empêcher celles de populations autochtones, n’a plus le vent en poupe. Le principe, émergé au début des années 1990, de donner une valeur financière à la nature pour mieux la défendre est en revanche toujours d’actualité. « On a pu voir, au cours du temps, plusieurs projets de marchandisation, portés par l’idée très libérale selon laquelle on ne réussira à conserver la biodiversité que si cela rapporte, ou au moins que si l’on estime qu’elle a de la valeur », explique Valérie Boisvert, chercheuse à la faculté des géosciences et de l’environnement de Lausanne, en Suisse. Une vision pragmatique, supposée, aussi, parler aux décideurs. « Les milieux de la conservation eux-mêmes se sont convaincus qu’il n’y avait que cela qui parlerait aux gens », poursuit la scientifique.

Le mirage de la financiarisation fait long feu

Prenant pour modèle le rapport Stern, qui, en 2007, donnait une évaluation chiffrée des coûts induits par le réchauffement climatique, une flopée d’études ont fleuri pour démontrer ceux qu’aura la disparition des abeilles ou encore des mangroves. Dans la foulée, étaient créés des instruments de marché de la biodiversité, soutenus par l’idée que la nature regorgeait de ressources, entre autres génétiques, exploitables par milliers. Cette conviction ne devait pas manquer d’allécher les industriels, singulièrement ceux du secteur pharmaceutique, et les rendre du même coup désireux de protéger ce capital vivant. « Le problème, reprend Valérie Boisvert, c’est que cela reste de l’ordre de l’imaginaire. Donner un prix à ce qui n’en a pas est toujours compliqué. Quand on parle de quelque chose de vital, de grand cycle biogéochimique, de la présence d’espèces sur terre qui ne sont pas du domaine du marchand, ça n’a pas beaucoup de chance d’évaluer monétairement. » De fait, le mirage a passé, d’autant plus que les industriels ont vite appris à synthétiser les molécules dont ils avaient besoin.

A ce sujet, lire les analyses de Razmig Keucheyan sur ce blog, entre autre Quand la finance se branche sur la nature.

La question, cependant, continue de phagocyter les débats internationaux. Les problèmes éthiques qu’elle pose en matière d’accès et de partage des bénéfices, même limités, engendrés par l’exploitation de ces ressources génétiques, restent objet de conflits entre les pays dits du Nord et ceux dits du Sud. Schématiquement, ces derniers, qui ne disposent ni des mêmes forces industrielles, ni de la même recherche publique, mais qui abritent l’essentiel de la biodiversité mondiale, redoutent d’être, une fois de plus, les dindons de la farce. Un risque à conjurer d’autant plus vite qu’il contribue à ralentir, pour l’heure, les autres prises de décision.

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 10:22

Organisée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) du mardi 30 octobre jusqu’au 1er novembre, elle met en avant le combat contre « le plus grand risque environnemental pour la santé ». Le 30 octobre d’après l'OMS, atmo-grandest.eu et Le Monde. Lire aussi 100 000 euros d'astreinte journalière demandés à l'Etat face à l’inaction sur la pollution de l’air, Pollution de l’air : le match du siècle et Médecins et associations unissent leurs voix pour rappeler l’urgence d’agir face à la pollution de l’air.

Getty Images

Getty Images

La première conférence mondiale dédiée à la pollution de l’air et à la santé se tient du 28 octobre au 1er novembre 2018 à Genève (Suisse), au siège de l’OMS, autour des priorités suivantes :

> Améliorer la qualité de l’air ;
> Combattre le changement climatique ; 
> Sauver des vies.

La santé mondiale et la planète en danger

Dans son communiqué de presse du 2 mai 2018 (lire La pollution de l’air tue 7 millions de personnes dans le monde chaque année), l'OMS faisait ce constat sanitaire très alarmant : neuf personnes sur dix respirent un air pollué dans le monde, trop chargé en particules fines (PM 2,5, de diamètre inférieur à 2,5 µm) et sont exposés à des concentrations qui dépassent les recommandations sanitaires (10 µg/m³ par an). Cette surexposition chronique entraîne 6,5 millions de morts prématurées chaque année. C’est aussi l’un des facteurs principaux de mortalité non contagieux les plus importants au monde, davantage que les morts cumulés du sida (1,1 million), de la tuberculose (1,4 million), du diabète (1,6 million) et des accidents de la route (1,3 million). Enfin, la pollution atmosphérique contribue au changement climatique via les gaz à effet de serre. Cette conférence entend donc aborder ces problématiques en tenant compte des aspects AIR, CLIMAT, ENERGIE et SANTE.

Des pistes de réflexion

Cette conférence sera l’occasion pour les leaders mondiaux de s’engager à agir contre cette grave menace pour la santé, qui écourte les vies de près de 7 millions de personnes chaque année. Il faut agir, notamment de la façon suivante:     

  • Le secteur de la santé doit prendre des mesures pour informer, éduquer, fournir des ressources aux professionnels de la santé, et s’engager dans l’élaboration de politiques intersectorielles.
  • Des politiques doivent être mises en œuvre pour réduire la pollution de l’air: tous les pays doivent s’efforcer de respecter les recommandations mondiales de l’OMS en matière de qualité de l’air pour améliorer la santé et la sécurité des enfants. Pour y parvenir, les gouvernements doivent adopter des mesures telles que la réduction de la dépendance excessive à l’égard des combustibles fossiles dans le bouquet énergétique mondial, en investissant pour améliorer l’efficacité énergétique et en facilitant l’adoption des énergies renouvelables. Une meilleure gestion des déchets peut réduire le volume des déchets brûlés dans les communautés et par conséquent réduire la pollution de l’air au sein de celles-ci. L’usage exclusif de techniques et de combustibles non polluants pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage dans les habitations peut considérablement améliorer la qualité de l’air au sein des foyers et dans les communautés qu’ils forment.
  • Des mesures doivent être prises pour réduire au minimum l’exposition des enfants à la pollution de l’air: les écoles et les crèches doivent être situées loin des principales sources de pollution de l’air telles que les routes à fort trafic, les usines ou les centrales énergétiques.

A la différence du changement climatique, aucune convention des Nations unies n’encadre la pollution de l’air. La conférence ne débouchera pas sur une déclaration finale. « A chaque fois, il faut négocier des textes qui finissent par se retrouver vidés de leur substance, prévient Maria Neira, rompue aux négociations internationales. Nous avons préféré opter pour des engagements volontaires des Etats et des villes afin de créer une sorte d’émulation. » Pas dupe des effets d’annonce, la responsable de l’OMS précise que des groupes de suivi seront mis en place pour vérifier que les engagements seront bien tenus.

 

La première conférence mondiale sur la pollution de l'air s'est ouverte à Genève

Plus de 90% des enfants dans le monde respirent chaque jour un air pollué

Un communiqué de presse de l’OMS le 29 octobre 2018.

Chaque jour, près de 93% des enfants de moins de 15 ans dans le monde (soit 1,8 milliard d’enfants) respirent un air si pollué que leur santé et leur développement sont gravement mis en danger. Nombreux sont ceux qui vont en mourir: l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’en 2016, 600 000 enfants sont décédés d’infections aiguës des voies respiratoires inférieures dues à la pollution de l’air.

Un nouveau rapport de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé de l’enfant (Prescribing clean air) se penche sur le lourd tribut que la pollution de l’air ambiant (extérieur) et de l’air à l’intérieur des habitations fait peser sur la santé des enfants dans le monde, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Ce rapport paraît à la veille de la première conférence mondiale jamais organisée par l’OMS sur la pollution de l’air et la santé. 

Il révèle que quand les femmes enceintes sont exposées à un air pollué, elles risquent davantage d’accoucher prématurément, et de donner naissance à des nouveau-nés de faible poids. La pollution de l’air a aussi des répercussions sur le développement neurologique et les capacités cognitives, et peut provoquer de l’asthme et certains cancers de l’enfant. Les enfants qui ont été exposés à des niveaux élevés de pollution de l’air peuvent courir un risque élevé de maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires plus tard au cours de leur vie.

«La pollution de l’air empoisonne des millions d’enfants et détruit leur vie», déclare le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. «C’est inexcusable. Chaque enfant doit être en mesure de respirer un air non pollué de façon à pouvoir grandir et s’épanouir pleinement».

L’une des raisons pour lesquelles les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets de la pollution de l’air tient au fait qu’ils respirent plus rapidement que les adultes et absorbent ainsi davantage de polluants. Ils vivent aussi à une moindre distance du sol, où certains polluants atteignent des concentrations record – à un moment où leur cerveau et leur corps sont en plein développement.

Les nouveau-nés et les jeunes enfants sont aussi plus sensibles à la pollution de l’air à l’intérieur des habitations où les techniques et les combustibles utilisés régulièrement pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage sont polluants.

«La pollution de l’air freine le développement cérébral de l’enfant, et a une incidence sur sa santé de bien des façons, plus nombreuses que nous le pensons. Mais il existe de nombreux moyens simples de réduire les émissions de polluants dangereux», déclare le Dr Maria Neira, Directrice du Département Santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé à l’OMS.

«L’OMS soutient la mise en œuvre de mesures de politique générale favorisant la santé comme l’accélération du passage à des techniques et combustibles de cuisson et de chauffage non polluants, la promotion de l’utilisation de moyens de transport plus propres, des logements et de l’urbanisme écoénergétiques. Nous contribuons à poser les premiers jalons pour la production d’une électricité à faibles émissions, des technologies industrielles plus sûres et plus propres et une meilleure gestion des déchets au niveau local», a-t-elle ajouté.

Principales conclusions: 

  • La pollution de l’air affecte le développement neurologique, conduisant à des résultats plus faibles aux tests cognitifs, et a des conséquences négatives sur le développement mental et moteur.

  • La pollution de l’air endommage les fonctions pulmonaires des enfants, même à des taux d’exposition faibles.

  • À l’échelle mondiale, 93% des enfants de moins de 15 ans dans le monde sont exposés à des niveaux de particules fines dans l’air ambiant (PM2,5) supérieurs aux niveaux préconisés par les lignes directrices de l’OMS sur la qualité de l’air, parmi lesquels 630 millions d’enfants de moins de cinq ans, et 1,8 milliard d’enfants de moins de 15 ans.

  • Dans les pays à revenu faible et intermédiaire du monde entier, 98% des enfants de moins de cinq ans sont exposés à des niveaux de particules fines dans l’air ambiant (PM2,5) supérieurs aux niveaux préconisés par les lignes directrices de l’OMS sur la qualité de l’air. Par comparaison, dans les pays à revenu élevé, 52% des enfants sont exposés à des niveaux supérieurs aux niveaux recommandés par l’OMS.

  • Plus de 40% de la population mondiale – dont 1 milliard d’enfants de moins de 15 ans – est exposée à des niveaux élevés de pollution de l’air à l’intérieur des habitations, essentiellement dus aux techniques et combustibles polluants utilisés pour cuisiner.

  • Environ 600 000 décès chez des enfants de moins de 15 ans ont été attribués aux effets conjoints de la pollution de l’air ambiant et de l’air à l’intérieur des habitations en 2016.

  • Cumulées, la pollution de l’air intérieur due à la cuisson des aliments et la pollution de l’air ambiant (extérieur) causent plus de 50% des infections aiguës des voies respiratoires inférieures chez les enfants de moins de cinq ans dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

  • La pollution de l’air est l’une des principales menaces pour la santé de l’enfant, responsable de près d’un décès sur 10 chez les enfants de moins de cinq ans.

La première conférence mondiale sur la pollution de l'air s'est ouverte à Genève

La pollution de l’air est responsable de 422 000 décès prématurés en Europe

« La pollution atmosphérique est un tueur invisible », alerte l’Agence européenne de l’environnement dans son rapport 2018 sur la qualité de l’air.

L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) publie lundi 29 octobre son rapport 2018 sur la qualité de l’air en Europe. Comme le précédent, il n’est pas vraiment rassurant. « La pollution atmosphérique reste trop élevée dans l’ensemble de l’Europe », conclut l’AEE. Et les Européens continuent de le payer avec leur santé.

Selon les dernières données collectées par l’Agence, les concentrations de particules fines (PM2,5, de diamètre inférieur à 2,5 micromètres) ont été responsables d’environ 422 000 décès prématurés (avant l’âge de l’espérance de vie) dans l’ensemble des 41 pays européens en 2015, dont 391 000 dans les 28 Etats membres de l’UE. Soit une légère baisse par rapport à 2014 où le bilan macabre atteignait 399 000 à l’échelle de l’UE. C’est l’Allemagne qui paie le plus lourd tribut (62 300) devant la Pologne (60 600), l’Italie (44 500) et la France (35 800).

« La pollution atmosphérique est un tueur invisible et nous devons intensifier nos efforts pour agir sur ses causes, commente Hans Bruyninckx, le directeur exécutif de l’AEE. M. Bruyninckx appelle l’Europe à « redoubler d’effort » pour notamment « réduire les émissions causées par le transport », rappelant qu’elles sont « généralement plus nocives que celles provenant d’autres sources, car elles se produisent au niveau du sol et le plus souvent en ville, à proximité de la population ».

Dépassements persistants

Le rapport de l’AEE est établi à partir des données collectées par plus de 2 500 stations de surveillance de la qualité de l’air réparties à travers l’Europe. L’analyse des résultats pour l’ensemble de l’année 2016 révèle que « malgré de lentes améliorations, la pollution atmosphérique dépasse toujours les limites établies par l’Union européenne [UE] et les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé [OMS] », les seuils fixés par l’UE étant souvent moins exigeants que ceux prônés par l’OMS.

Ainsi, pour les PM2,5, le pourcentage de la population urbaine de l’UE exposée à des concentrations supérieures aux limites européennes (20 µg/m3 en moyenne annuelle) était de 6 % en 2016 contre 7 % l’année précédente. Mais cette proportion grimpe à 74 % si on se réfère aux normes de l’OMS, deux fois plus protectrices.

La valeur limite annuelle continue aussi à être « largement dépassée dans l’ensemble de l’Europe » pour le dioxyde d’azote (NO2), gaz principalement émis par les moteurs diesel, note le rapport. Un constat qui vaut aussi pour la France. Le ministère de la transition écologique et solidaire a publié vendredi 26 octobre son bilan national de la qualité de l’air pour 2017. S’il insiste, comme le rapport de l’AEE, sur la tendance globale à l’amélioration depuis 2000, l’année 2017 reste marquée par des dépassements des normes européennes. Ils concernent douze agglomérations dont Paris, Lyon et Marseille pour le NO2 et 27 agglomérations pour l’ozone. Des dépassements persistants qui valent à la France d’être renvoyée devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 11:29

Mardi 9 octobre à la Haye, près de 900 citoyens ont emporté une victoire historique en appel contre les Pays-Bas, condamnés à réduire les émissions de gaz à effet de serre aux Pays-Bas de 25 % d’ici à 2020. Le premier jalon d’une justice climatique. D’après Le Monde et La Croix le 10 octobre 2018. Lire aussi Des citoyens attaquent en justice l’Europe pour son échec à les protéger contre le réchauffement climatique, La Commission européenne attaquée sur la pollution de l’air renvoie la France devant la Cour de justice de l’Union européenne et Le Conseil d’État enjoint au gouvernement de prendre des mesures urgentes contre la pollution.

Marjan Minnesma, directrice de la fondation environnementale Urgenda, arrive au tribunal de La Haye en mai 2018. / Jerry Lampen/Epa/Maxppp

Marjan Minnesma, directrice de la fondation environnementale Urgenda, arrive au tribunal de La Haye en mai 2018. / Jerry Lampen/Epa/Maxppp

C’est une décision sans précédent en matière de justice climatique. L’Etat néerlandais a désormais l’obligation légale de prendre des mesures pour protéger ses citoyens contre les conséquences du changement climatique. Mardi 9 octobre, la cour d’appel de La Haye a confirmé un jugement rendu en première instance, le 24 juin 2015, ordonnant au gouvernement néerlandais de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays plus rapidement que prévu.

La juridiction a affirmé que l’Etat agissait « illégalement et en violation du devoir de diligence » sans prononcer de sanction contre lui. D’ici à la fin de l’année 2020, les émissions de CO2 néerlandaises devront être inférieures d’au moins 25 % au niveau qu’elles avaient atteint en 1990, afin de protéger sur le long terme la vie des populations néerlandaises et du reste du monde, une obligation consacrée par la Convention européenne des droits de l’homme.

« Compte tenu des grands dangers qui risquent de se produire, des mesures plus ambitieuses doivent être prises à court terme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de protéger la vie et la vie familiale des citoyens », a déclaré la cour dans un communiqué.

Pour Marie-Anne Tan-de Sonnaville, la juge qui présidait l’audience : « Tout report des réductions d’émissions exacerbe les risques liés au changement climatique. Le gouvernement néerlandais ne peut pas se cacher derrière les émissions d’autres pays. Il a le devoir indépendant de réduire les émissions de son propre territoire. »

« Le gouvernement doit se mettre au travail »

Cette décision marque une nouvelle victoire de l’organisation environnementale néerlandaise Urgenda. Cette ONG a engagé le recours au nom de 886 citoyens néerlandais dans le cadre d’une action de groupe. En juin 2015, un tribunal de district avait donné partiellement raison aux plaignants en demandant au gouvernement néerlandais alors en exercice de « faire plus » en matière climatique.

Ce gouvernement – qui avait fait appel en septembre 2015 – a depuis été remplacé. Celui aujourd’hui en fonctions – qui peut encore contester devant la Cour suprême la décision prise mardi par la cour d’appel – a fait savoir qu’il s’y conformerait, estimant que l’objectif pour 2020 « peut être atteint ».

« L’incertitude concernant l’objectif pour 2020 est très grande, a néanmoins déclaré la cour d’appel, mardi. Il y a un risque évident que la réduction n’atteigne pas l’objectif de 25 %, ce qui est inacceptable ». « Une baisse de 25 % d’ici à 2020 n’est que le minimum ! Le gouvernement doit se mettre au travail », a renchéri Urgenda sur Twitter, après le prononcé du jugement. En 2017, les émissions de GES des Pays-Bas, un des pays les plus pollueurs de l’Union européenne (UE), n’ont été inférieures au niveau de 1990 que de 13 %.

Ce jugement historique de la cour d’appel de La Haye intervient au lendemain de la parution du rapport spécial du GIEC sur la nécessité d’agir d’urgence en matière de climat. Le document souligne que les températures moyennes progresseront probablement jusqu’au seuil critique de 1,5 °C, entre 2030 et 2052, si le changement climatique continue au même rythme et que les Etats ne prennent pas des mesures « rapides » et « sans précédent ».

894 actions judiciaires en cours dans le monde

En mai, le gouvernement néerlandais a annoncé son intention de fermer les deux plus anciennes centrales à charbon du pays d’ici à 2025. Les trois autres centrales de même type qui produisent de l’électricité devront fermer d’ici à 2030. Fin juin, en effet, sept formations politiques représentant une large majorité au Parlement ont conclu autour d’une proposition de loi l’accord le plus ambitieux jamais exposé par un pays en matière climatique.

Inspiré par les Verts (GroenLinks) et le Parti social-démocrate (PvdA), et soutenu par les partis de gauche et de droite, ce texte prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 49 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, et de 95 % d’ici à 2050 par rapport à 1990, ainsi qu’un objectif de production de 100 % d’électricité neutre en carbone en 2050.

Le gouvernement néerlandais devra présenter tous les cinq ans un plan climat détaillant les principaux thèmes de politique climatique pour les années suivantes, et les mesures nécessaires pour tendre vers les objectifs. Ce plan sera évalué, voire révisé, tous les deux ans, et une Journée nationale du climat sera célébrée tous les quatrièmes jeudis d’octobre.

Le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, la France – avec sa loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la Norvège et la Suède, ainsi que le Mexique, ont légiféré sur le climat avant les Pays-Bas. Cette tendance est à mettre en parallèle avec la multiplication des contentieux dans ce domaine. En mars 2017, un rapport publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement a recensé 894 actions judiciaires en cours dans le monde.

A partir du 29 octobre, « Juliana v. US » (Juliana contre Etats-Unis), un autre procès emblématique des questions climatiques, doit s’ouvrir aux Etats-Unis. En 2015, vingt et un enfants et adolescents, aujourd’hui âgés de 10 à 21 ans et résidant pour la plupart dans l’Oregon, ont attaqué le gouvernement fédéral avec le soutien de l’ONG Our Children’s Trust. Ils s’estiment victimes de discrimination au profit des « intérêts économiques » d’un « autre groupe de citoyens » : les industriels exploitant des énergies fossiles. Mais le gouvernement fédéral a tenté une énième manœuvre dilatoire, le 5 octobre. Ses avocats ont déposé une requête devant le tribunal fédéral d’Eugene (Oregon) demandant un sursis en attendant l’examen de l’affaire par la Cour suprême des Etats-Unis.

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 09:57

Plus de cent juristes venus des cinq continents demandent aux Nations unies de voter en faveur d’un nouveau traité international. Tribune publiée le 9 octobre 2018. Lire aussi Examen de passage réussi pour le projet de pacte mondial pour l’environnement.

« L’ONU doit adopter le Pacte mondial pour l’environnement »

Le 10 mai 2018, l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) a adopté à une très large majorité une résolution ouvrant la voie à la négociation d’un Pacte mondial pour l’environnement. Ce traité international regrouperait dans un texte unique les grands principes juridiques qui guident l’action environnementale.

Depuis plus de trente ans, la communauté internationale des juristes appelle les Etats à l’adoption d’un tel texte, depuis les experts juridiques du rapport Brundtland de 1987 jusqu’au projet de Pacte sur l’environnement et le développement de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de 1995 et celui élaboré, en 2017, par un groupe d’experts, composé d’une centaine de juristes issus de quarante pays du Sud et du Nord, représentant toutes les traditions juridiques.

En 2015, l’adoption des Objectifs de développement durable et de l’accord de Paris sur le climat (COP 21) a créé une dynamique mondiale nouvelle en faveur de la protection et de la conservation de l’environnement. Ces textes ont marqué des avancées majeures.

Toutefois, les atteintes à l’environnement persistent et sont même d’une gravité sans précédent. Les années 2017 et 2018 ont été marquées par des températures record. La biodiversité continue de se dégrader à grande vitesse. Il est nécessaire de franchir une nouvelle étape. Au-delà de la question du climat, le besoin se fait sentir d’un texte plus global, fixant les principes directeurs de la gouvernance mondiale de l’environnement.

La pierre angulaire du droit international

Avec le Pacte mondial pour l’environnement, la communauté internationale se doterait pour la première fois d’un traité à caractère général, couvrant l’ensemble des domaines de l’environnement. Pierre angulaire du droit international de l’environnement, le Pacte constituerait un « umbrella text » permettant de créer un lien entre les différents traités sectoriels existants (climat, biodiversité, déchets, pollution, etc.).

Le Pacte n’entend pas se substituer à ces textes. Au contraire, il vise à les compléter et à en faciliter la mise en œuvre. Il pourrait ainsi combler leurs lacunes ou encore s’appliquer cumulativement à eux, lorsqu’il n’y a pas d’incompatibilité, afin de leur donner davantage d’effectivité et d’efficacité.

S’agissant de son contenu, ce nouveau traité refléterait les principes environnementaux partagés par la plupart des Constitutions dans le monde et consacrés dans certains textes internationaux importants mais sans valeur juridique, comme la Charte mondiale de la nature de 1982 ou la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement de 1992.

Il bénéficierait à tous les acteurs de la gouvernance de l’environnement, en rassemblant de façon systématique, en tant que socle minimal, les dispositions internationales, constitutionnelles et législatives déjà existantes dans de nombreux pays.

Harmonisation des règles du jeu

Dans chaque Etat, le législateur y trouverait des références pour l’adoption de lois plus protectrices de l’environnement. Les Cours suprêmes y puiseraient une inspiration commune pour consolider, dans le cadre d’un dialogue entre les juges, les fondements d’un droit global de l’environnement. Les citoyens et les organisations non gouvernementales verraient leurs droits environnementaux renforcés. Les entreprises tireraient parti de cette harmonisation des règles du jeu au plan mondial, qui favoriserait une plus grande sécurité juridique et des conditions de concurrence équitable.

Alors que sont célébrés les soixante-dix ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, et cinquante ans après l’adoption des deux pactes internationaux de 1966, relatifs l’un aux droits civils et politiques et l’autre aux droits économiques, sociaux et culturels, le moment est venu de franchir une nouvelle étape dans l’histoire du droit international.

C’est pourquoi nous appelons à l’adoption d’un troisième Pacte consacrant une nouvelle génération de principes fondamentaux : les droits et devoirs relatifs à la protection de l’environnement.

Les premiers signataires de cette tribune sont : Yann Aguila, président de la Commission environnement du Club des juristes ; Antonio Herman Benjamin, juge à la Haute Cour nationale du Brésil, président de la Commission mondiale du droit de l’environnement de l’UICN ; Laurent Fabius, ancien président de la COP21 ; Bruce Ackerman, Sterling professeur de droit et de sciences politiques, université de Yale ; Laurence Boisson de Chazournes, professeure, université de Genève ; David Boyd, professeur de droit, de politique et de développement durable, université de la Colombie-Britannique, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme et l’environnement ; Robert Carnwath, juge à la Cour suprême du Royaume-Uni ; Parvez Hassan, avocat à la Cour suprême du Pakistan, président émérite de la Commission mondiale du droit de l’environnement de l’UICN ; Marie Jacobsson, ancienne membre de la Commission du droit international des Nations unies de 2007 à 2016 et rapporteure spéciale ; Donald Kaniaru, ancien directeur de la mise en œuvre environnementale au PNUE ; Swatanter Kumar, ancien juge à la Cour suprême indienne, ancien président du National Green Tribunal indien ; Luc Lavrysen, juge à la Cour constitutionnelle de Belgique, président du Forum européen des juges pour l’environnement ; Pilar Moraga Sariego, professeure au Centre du droit de l’environnement, université du Chili ; Tianbao Qin, professeur, université de Wuhan, secrétaire général de la Société chinoise de droit de l’environnement et des ressources naturelles ; Nicholas A. Robinson, professeur à l’Ecole de droit Elisabeth Haub, université de Pace, New York ; Jorge E. Vinuales, professeur, université de Cambridge, président du Comité d’examen du respect des dispositions du Protocole sur l’eau et la santé de la CEE-ONU/OMS-Europe ; Margaret Young, professeure associée, université de Melbourne.

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 10:55

Limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C ? Encore possible, à condition d’aller vite vers des objectifs concrets, montrent les experts scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le rapport spécial sort aujourd’hui 8 octobre. Ce nouveau signe de l’échec des gouvernements intensifie les mobilisations au sein de la société civile, ONG, associations, réseaux, villes, régions, entreprises... Plus qu’un défi technologique de réduction des émissions de carbone, faire muter l’économie et les modes de vie dépend de la société et des décideurs. D’après Politis et Le Parisien le 8 octobre 2018.

Une action de Greenpeace sur le glacier d'Aletsch en Suisse, 2007 - Photo Fabrice Coffrin/AFP

Une action de Greenpeace sur le glacier d'Aletsch en Suisse, 2007 - Photo Fabrice Coffrin/AFP

Dans les tout derniers instants de la fameuse COP 21, conclue en décembre 2015 par la signature de l’accord de Paris sur le climat, une petite extension a été jointe au paragraphe des objectifs. Il est entendu depuis longtemps qu’il s’agit de ne pas dépasser 2 °C d’augmentation de la température planétaire moyenne, conformément aux préconisations de la communauté scientifique, qui explique qu’au-delà la dérive de l’ensemble du système climatique risque fort de conduire à des bouleversements incalculables (hausse de plusieurs mètres du niveau des mers, Amazonie transformée en savane, etc.). Mais les petits pays insulaires, notamment, qu’un monde à + 2 °C risque de voir disparaître, submergés par les océans, ont insisté pour que l’on mentionne une perspective plus exigeante : « Et poursuivre les efforts » vers l’horizon + 1,5 °C.

Le Giec a donc été saisi pour produire un rapport spécifique sur cette ambition, cernée par deux questions : quelle différence attendre de ce 0,5 °C gagné dans la bataille climatique ? Et comment y parvenir ?

La réponse à la première question est sans appel : il y a un univers d’écart entre les deux plafonds. Et si les chiffres varient, parfois largement, d’une étude à l’autre, selon la méthode ou le périmètre d’observation retenus, la tendance globale ne se dément pas. Résumé de Lucile Dufour, qui suit les négociations internationales au Réseau action climat (RAC) : « Chaque dixième de degré compte pour éviter des conséquences dramatiques pour les populations et la planète. » Et la compilation réalisée par le Giec, renforcée par les travaux parus depuis la date limite de réception que le groupe s’est donnée (fin 2017), montre aussi qu’un monde à + 2 °C, et même à + 1,5 °C, est déjà dramatiquement changé par rapport à celui que nous connaissons, plus chaud déjà de 1 °C depuis le début de l’ère industrielle. Ainsi, de nombreux récifs de coraux sont d’ores et déjà irrémédiablement condamnés.

L’indicateur géophysique le plus parlant est la hausse du niveau des mers : celle-ci est due à la dilatation des eaux par réchauffement et surtout, actuellement, aux glaciers terrestres, dont la vitesse de fonte est beaucoup plus rapide qu’auparavant. Une hausse de 2 °C au lieu de 1,5 °C reviendrait par exemple à « accepter » 120 cm d’élévation du niveau des mers au lieu de 90 cm à long terme (on approche déjà des 30 cm) : ce sont des centaines de millions de personnes qui devraient fuir leur lieu de vie actuel, notamment sur les terres rases du golfe du Bengale.

Le régime des pluies, crucial pour l’agriculture de nombreux pays africains et asiatiques, serait moins perturbé : à + 1,5 °C, le rendement de certaines céréales ne chuterait « que » de 45 % au lieu de 60 %, rapporte l’ONU, observatrice de la sécurité alimentaire. Et les trois quarts des pays sensibles (Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, Asie centrale et du Sud-Est, Amérique du Sud) subiraient une moindre augmentation de leur vulnérabilité à l’insécurité alimentaire. Selon une étude chinoise, le nombre de personnes exposées à des précipitations extrêmes diminuerait de 20 à 40 %. L’impact est spectaculaire pour la biodiversité : en rester à + 1,5 °C permettrait de conserver 14 % du globe comme zone refuge pour les espèces vivantes, au lieu de 5,5 %. Et de réduire de plus de 45 % le nombre d’espèces qui risquent de voir leur habitat naturel réduit de moitié.

Les chercheurs évaluent aussi les conséquences socio-économiques. Dépasser le seuil de + 1,5 °C pourrait provoquer une baisse très importante de la croissance des pays proches de l’équateur. Plus de 100 millions de personnes pourraient voir leur état de pauvreté s’aggraver encore. C’est un grand classique : ces populations, dont la responsabilité est marginale dans le dérèglement climatique, s’apprêtent à en encaisser la plus lourde facture. Inondations et sécheresses vont s’intensifier, avec leurs cortèges de décès, et plusieurs maladies véhiculées par des insectes vont étendre leurs zones d’endémisme – paludisme, dengue, maladie du Nil occidental, maladie de Lyme.

L’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA) a réalisé une étude originale et très frappante tant elle est démonstrative : à + 1,5 °C, 1,5 milliard de personnes (20 % de la population mondiale) présenteront en 2050 un risque modéré à élevé pour deux des trois secteurs vitaux : eau, énergie, alimentation-environnement.

Avec + 2 °C, ce sont 2,7 milliards de personnes qui seraient affectées, et vivant à plus de 90 % en Afrique et en Asie.

Question fort préoccupante, puisqu’elle détermine la marge de manœuvre qu’il reste à l’humanité : à quel moment le climat entrera-t-il dans la zone rouge ? Alors que les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse depuis trois ans dans le monde, le rythme du réchauffement s’accélère, et, si la tendance se poursuit, la planète franchira les 1,5 °C en 2040, selon le Giec. Mais les évaluations varient, parce que les dynamiques actuelles, généralement aggravantes, prennent souvent les chercheurs à contre-pied. Pour l’Institut météorologique britannique (le Met Office), le franchissement pourrait déjà avoir lieu au milieu de la décennie prochaine !

Dès lors, la réponse à la seconde question est globalement pessimiste. « Il est encore possible d’un point de vue géophysique de contenir le réchauffement à 1,5 °C, explique Myles Allen, de l’université d’Oxford, qui organisait mi-septembre une grande conférence sur le sujet. Mais cela signifie qu’il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % pour gagner 0,1 °C dans cette bataille ! Mais ce n’est pas la théorie qui déterminera les options, les politiques évalueront d’abord ce qui est praticable… »

La réponse ne réside en tout cas pas du côté de la technologie, insiste Michael Oppenheimer, de l’université Princeton. « C’est d’abord un défi de société : sommes-nous prêts à décarboner massivement notre économie ? Et surtout : les pays du Nord sont-ils disposés à modifier substantiellement leur mode de vie ? » Pour Simon Bullock, responsable de campagnes d’interpellation du réseau européen des Amis de la Terre, « c’est possible, bien sûr, si l’on comprend qu’il faut agir tout de suite et fort : plus besoin de débats pour s’en convaincre ».

La vertu principale de ce rapport du Giec, estime Lucile Dufour, est d’apparaître « comme la preuve scientifique définitive que la bataille de 1,5 °C est avant tout une question politique ». Avec des bénéfices attendus, s’il faut séduire du côté économique et social : limiter les émissions abaissera la pollution atmosphérique, cause de centaines de milliers de décès par an ; mettre le paquet sur l’isolation thermique des bâtiments et le basculement vers les énergies renouvelables fait miroiter la création de millions d’emplois durables, etc.

Le rapport du Giec tente de scénariser des trajectoires possibles vers le Graal 1,5 °C. La première étape consiste à inverser très rapidement la tendance actuelle, la hausse des émissions, pour les faire ensuite décroître drastiquement. Si les estimations varient quant au volume du « reste à émettre » (et donc au délai octroyé pour tenir l’objectif), une grande majorité s’accorde sur la nécessité absolue et prioritaire d’éradiquer, à terme rapproché, le charbon de la palette énergétique. C’est la source fossile la plus fortement émettrice de CO2 et encore la plus utilisée pour produire de l’électricité dans le monde.

La notion de neutralité carbone, consacrée pour la première fois comme objectif collectif à l’échelle internationale dans l’accord de Paris, devrait guider un bon nombre de décisions politiques. « Ce texte parle d’atteindre la neutralité carbone dans la seconde moitié du siècle, précise Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Mais elle représente un moment dans l’action climatique, un point de passage, et pas une fin en soi. Nous ne devons pas arriver à la neutralité et nous arrêter là. »

L’objectif pourrait être définitivement hors de portée, selon certains scénarios moins volontaristes, si l’on n’a pas recours à des mécanismes d’absorption du CO2 émis dans l’atmosphère. Le plus acceptable consiste à planter de vastes forêts, qui feraient le travail pendant la période de croissance des arbres (1). À condition qu’elles restent sur pied et que les risques de conflits d’usage soient réduits, notamment pour les petits paysans des zones tropicales, que la disponibilité des terres et la vitesse de croissance de la végétation rendent favorables aux projets de forêts fixatrices de CO2. Variante : orienter l’agriculture vers des pratiques favorisant l’absorption de CO2. Là encore, rien ne dit que l’intérêt des populations locales, notamment leur autonomie alimentaire, ne pâtirait pas de cet objectif climatique présenté comme prioritaire. « Mais ces technologies ne sont pas la panacée, car elles sont encore balbutiantes, et il serait dangereux de ne se reposer que sur elles », prévient Lola Vallejo.

Et puis restent les fantasmes de la géo-ingénierie, qui font hurler les écologistes. Cette approche technocratique du problème climatique consiste à agir massivement sur des mécanismes naturels pour réduire les radiations solaires (réflecteurs spatiaux, formation de nuages par ensemencement de l’atmosphère, etc.) ou accélérer l’absorption du CO2 par les océans (en « engraissant » les micro-algues marines, en favorisant la formation de calcaire…). Parmi ces hypothèses d’apprentis sorciers, dont plusieurs n’ont connu que des expérimentations limitées et peu convaincantes, se détache l’épouvantail de l’époque : la capture et la séquestration du CO2 dans des couches géologiques profondes. Il s’agit de canaliser les émissions des centrales à charbon pour les injecter dans d’anciennes veines d’énergies fossiles vides. Cette technologie séduit par son potentiel théorique, mais elle n’est pas vraiment au point, et son coût la rend pour le moment hypothétique. Jusqu’à quand ? Certaines expérimentations, dans le Sahara algérien par exemple, ont montré que les veines de stockage pouvaient relarguer une partie du CO2 dans l’atmosphère : une bombe radicale léguée aux générations futures.

(1) À maturité, l’absorption (par la photosynthèse) et le rejet (par la « respiration ») du CO2 se compensent.

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 09:08

35 % des zones humides, des milieux naturels à la biodiversité particulièrement riche, ont été détruits depuis 1970 sous le double effet de l’action de l’homme et du réchauffement. Par Martine Valo pour Le Monde le 27 septembre 2018. Lire aussi Sécheresse, surexploitation : le monde a soif et Les leçons de la crue.

Dans la mangrove de l’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau). Jean-François Hellio & Nicolas Van Ingen / Biosphoto

Dans la mangrove de l’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau). Jean-François Hellio & Nicolas Van Ingen / Biosphoto

Rarement avisé à l’égard de la nature, l’homme est en train de gommer de la surface de la terre l’un des écosystèmes qui lui rendent les services les plus fondamentaux : les zones humides. Lacs, rivières, marécages, marais, tourbières, mangroves ou récifs coralliens disparaissent trois fois plus rapidement que les forêts naturelles.

Drainés, asséchés, interrompus par de multiples barrages, canalisés, étouffés par les proliférations d’algues ou de plantes que dopent les engrais agricoles : 35 % de ces milieux à la biodiversité particulièrement riche ont été détruits depuis 1970 dans le monde. Sous l’effet accélérateur du réchauffement climatique, le rythme des destructions s’emballe depuis 2000 et atteint entre 0,85 % et 1,6 % par an (le taux annuel moyen de disparition des forêts s’élevait à 0,24 % par an entre 1990 et 2015).

Face aux besoins urgents de protéger les milieux humides restants, la Convention de Ramsar, du nom du traité adopté en 1971 dans cette ville iranienne, a établi un bilan inédit de la situation. La première édition de ses perspectives mondiales des zones humides est parue jeudi 27 septembre, en amont d’une conférence des parties consacrée à ces écosystèmes prévue à Dubaï du 21 au 29 octobre. L’objectif de cette publication est de rappeler leurs responsabilités aux 170 Etats et autres signataires du traité, qui vise à « conserver et utiliser de façon rationnelle les zones humides » en contribuant au « développement durable » dans le monde.

Selon les données agrégées pour ce rapport, ces biotopes fragiles, submergés plus ou moins régulièrement selon les saisons ou les marées, occupent encore 12,1 millions de kilomètres carrés à l’intérieur des terres (à 93 %), et sur les côtes. Entre 13 % et 18 % d’entre eux (soit plus de 2 300 sites) sont classés comme « d’importance internationale » et inscrits à ce titre sur la liste de Ramsar. Cela ne suffit pas forcément à les protéger – le secrétariat de la convention recense aussi les sites naturels présentés comme remarquables, mais bien mal en point dans les faits.

« On constate un lent éveil à la valeur des zones humides, estime néanmoins Martha Rojas Urrego, secrétaire générale de la Convention de Ramsar. Les législateurs doivent les intégrer dans les programmes politiques et investir dans leur pérennité. Nous devons éduquer le mon

 

Ressources génétiques

de à l’importance critique de cet écosystème dont la disparition est très rapide. Sans les zones humides, nous sommes tous menacés. »

Ressources génétiques

La tâche s’annonce ardue, car les ruisseaux, les fonds d’estuaires, et autres prairies humides sont largement sous-estimés. L’agriculture, l’industrialisation, la pression démographique concourent à la dégradation de ces écosystèmes. On y prélève en excès de l’eau, des sédiments, des poissons. Voire on les assèche pour gagner des terres. Boueuses, considérées comme des nids à moustiques, elles n’ont pas bonne réputation malgré leur grande diversité biologique.

Pourtant, riches d’une eau douce ou saumâtre selon les cas, elles fournissent poissons, coquillages et crustacés à des millions de personnes. Dans les sites de pêche à l’intérieur des territoires, on capturait 2 millions de tonnes de poissons en 1950, pour arriver à plus de 11,6 millions de tonnes en 2012. Sans compter la pisciculture pratiquée en eau douce.

Les zones humides procurent aussi des ressources génétiques pour la pharmacopée, elles filtrent certains contaminants, modèrent la sécheresse, protègent des inondations. Sur les littoraux où les mangroves n’ont pas été sacrifiées au profit de bassins aquacoles ou des marinas, elles atténuent l’impact des tempêtes. Les auteurs du rapport notent que les zones humides jouent en outre un rôle important dans les secteurs du transport, du tourisme, et qu’elles comportent des valeurs culturelles et spirituelles aux yeux de bien des peuples.

Qu’ils viennent s’y reproduire ou qu’ils y vivent, les animaux sont les premiers touchés par cette régression. Tortues marines, grands mammifères, reptiles d’eau douce, amphibiens, mollusques non marins, coraux, crabes, écrevisses figurent parmi les populations plus en danger de disparition, tandis que les oiseaux d’eau ne cessent de diminuer depuis la fin des années 1980.

Sur plus de 19 500 espèces dépendant des milieux humides, un quart sont désormais menacées d’extinction selon l’Union internationale pour la conservation de la nature – davantage que la faune terrestre –, en particulier dans les régions tropicales. De fait, de toutes les populations animales, ce sont celles qui vivent dans les rivières et les ruisseaux qui connaissent le déclin le plus marqué, davantage encore que celles des lacs et des marais. Depuis 1970, les poissons d’eau douce se sont effondrés de 81 % dans le monde. Le constat pour ces derniers est accablant à Madagascar, en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Europe et dans les Andes.

Tandis que les zones humides naturelles régressent comme peau de chagrin, étangs et surtout réservoirs et rizières artificiels se développent, mais sont loin de les compenser. C’est l’Asie qui en est globalement la mieux dotée : elle abrite 32 % de la superficie mondiale ; suivie de l’Amérique du Nord (27 %), de l’Amérique latine et des Caraïbes (16 %), de l’Europe (13 %), de l’Afrique (10 %), et de l’Océanie (3 %). Dans le trio des contrées qui ont le plus dilapidé leurs richesses, l’Amérique latine et les Caraïbes arrivent en tête avec près de 60 % de superficie en moins entre 1970 et 2015 ; l’Afrique en a perdu 42 % et l’Europe 35 % pendant à peu près la même période.

Les sociétés humaines se privent ainsi d’un autre service essentiel que leur rend la nature. Ainsi, bien qu’elles n’occupent que 3 % de la surface terrestre, les tourbières stockent deux fois plus de CO2 que toutes les forêts du monde. Les marais, les herbiers marins, les mangroves sont aussi des écosystèmes riches en carbone. Toutefois, les zones humides produisent aussi de 20 % à 25 % du méthane émis autour de la planète. Et l’augmentation des températures devrait augmenter leurs émissions de ce gaz à effet de serre, en particulier dans les régions de pergélisol.

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2018 5 28 /09 /septembre /2018 09:04

Les aides promises lors des sommets climat soutiennent un mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’énergie, dénonce Aurélien Bernier, essayiste et auteur des Voleurs d’énergie (1). Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand pour l’Humanité le jeudi 27 septembre 2018.

La centrale hydroélectrique de Soubre. En Côte d’Ivoire, le secteur de l’énergie a déjà été libéralisé. Xinhua/Xinhua-Réa

La centrale hydroélectrique de Soubre. En Côte d’Ivoire, le secteur de l’énergie a déjà été libéralisé. Xinhua/Xinhua-Réa

Les One Planet Summits se succèdent, et avec eux les promesses d’investissements qui se chiffrent en milliards dans les énergies renouvelables. Sommes-nous en voie de sauver le climat ?

Aurélien Bernier Qu’elles viennent du secteur privé ou des pays occidentaux, ces promesses sont réitérées à chaque sommet. Au final, les fonds publics n’arrivent pas. En revanche, ce que l’on voit, ce sont les multinationales qui se déploient dans les pays du Sud. Car ce que l’on dit moins, c’est que cette aide affichée cache une mécanique perverse de libéralisation des marchés. Pour que les énergies renouvelables (ENR) privées – car c’est bien de cela qu’il est question – se développent, on crée des fonds qui vont en grande partie financer le risque pris par les multinationales. L’étape préalable étant de démanteler les services publics là ou ils existent encore.

Le privé négocie argent contre révision des systèmes énergétiques nationaux ?

Aurélien Bernier C’est cela. Plus pervers encore : ces prétendus financements verts servent aussi à financer les bureaux d’études et cabinets juridiques pour conseiller les gouvernements sur le démantèlement à opérer. En Côte d’Ivoire, par exemple, qui a été l’un des premiers pays africains à libéraliser son service public de l’énergie, des bureaux d’études français ont conseillé l’État sur la meilleure façon de l’ouvrir à la concurrence. Ensuite, les multinationales se sont engouffrées dans la brèche.

Est-on en train de perdre la bataille de l’énergie publique ?

Aurélien Bernier Le XXe siècle a connu un mouvement mondial de nationalisation de l’énergie. Aujourd’hui, il se passe l’inverse. En ce moment, l’objectif est vraiment le marché africain. Lors des conférences climat, on prêche le développement des ENR sous forme de partenariat public-privé. Or, on sait ce que cela veut dire : les États financent ce qui n’est pas rentable, et le privé fait des bénéfices avec ce qui l’est. Dans l’énergie, ce qui n’est pas rentable, c’est le réseau, et ce qui l’est, c’est la production et la commercialisation. Cette logique est planétaire.

On perçoit bien le problème social. En quoi est-ce négatif pour le climat ?

Aurélien Bernier Les libéraux ont présenté la crise climatique comme un simple problème de pollution. Or, la crise environnementale n’est pas fondamentalement un problème de pollution, mais de surconsommation. Dans ce système, les ENR s’ajoutent aux énergies fossiles plutôt que de s’y substituer. Plutôt que d’impulser la sobriété et de réduire la consommation, on crée des capacités de production supplémentaires. On n’a jamais produit autant,ni transformé autant de matières premières. C’est cela qui crée l’empreinte écologique.

Il y a trente ans on reprochait au monde libéral de nier le changement climatique. Aujourd’hui, on s’inquiète qu’il s’empare de la bataille…

Aurélien Bernier La récupération de la bataille environnementale est vieille comme la lutte écologique. Dès 1970, une Journée de la terre était organisée aux États-Unis. Ce jour-là, Monsanto, Ford ou Dow Chemical ont multiplié les événements pour montrer leur implication. Elles ne s’embarrasseront plus de ce discours quand, au moment du tournant ultralibéral des années 1980, Ronald Reagan virera les responsables des agences environnementales. Cela reviendra dans les années 1990 avec la notion de développement durable. Entre-temps, le secteur privé s’est assuré que cela n’aurait pas d’impact pour lui.

Comment ?

Aurélien Bernier Dès 1972, le texte issu du premier sommet de la Terre, à Stockholm, autorisait les États à prendre des mesures, à condition de ne pas remettre en cause le libre-échange. Ce credo libéral consistant à soumettre l’environnement au commerce international est, depuis, repris dans toutes les déclarations. Si l’on assiste à un vrai positionnement en faveur des technologies vertes, c’est parce qu’il y a un marché. Des entreprises espèrent y faire tout leur chiffre d’affaires et font du lobbying pour des réductions d’émission de gaz à effet de serre. D’autres jouent sur les deux tableaux. Total investit d’une main dans les ENR et de l’autre fait des forages de gaz de schiste.

(1) Éditions Utopia, 10 euros, 200 pages.

Partager cet article
Repost0
26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 13:05

Regards, Politis et Mediapart publient cet appel de 150 personnalités pour l'accueil des migrants, l’engagement de personnalités qui sonnent l’alerte des consciences. Pas de demi-mesures : il faut secourir et accueillir les migrants. Nous invitons celles et ceux qui l’approuvent à le rejoindre en le signant en ligne sur change.org et en le partageant sur les réseaux sociaux sous le hashtag #pourlaccueildesmigrants. Lire aussi  Etienne Balibar : « Pour un droit international de l’hospitalité », Créons un groupe international d’experts sur les migrations et l’asile et Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire.

Manifeste pour l'accueil des migrants

Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public.

Le temps des boucs émissaires est de retour. Oubliées au point d’être invisibles, la frénésie de la financiarisation, la ronde incessante des marchandises, la spirale des inégalités, des discriminations et de la précarité. En dépit des chiffres réels, la cause de nos malheurs serait, nous affirme-t-on, dans la « pression migratoire ». De là à dire que, pour éradiquer le mal-être, il suffit de tarir les flux migratoires, le chemin n’est pas long et beaucoup trop s’y engagent.

Nous ne l’acceptons pas. Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité.

Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires. À vouloir le faire, on finit toujours par être contraint au pire. La régulation devient contrôle policier accru, la frontière se fait mur. Or la clôture produit, inéluctablement, de la violence… et l’inflation de clandestins démunis et corvéables à merci. Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contraintes ; les êtres humains ne le peuvent pas. Le libre mouvement des hommes n’est pas le credo du capital, ancien comme moderne.

Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages, et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous !

Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche. Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. Nous ne composerons pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite. La migration n’est un mal que dans les sociétés qui tournent le dos au partage. La liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses.

Manifeste pour l'accueil des migrants

Les 150 signataires

Christophe Aguiton, sociologue - Christophe Alévêque, humoriste et auteur - Pouria Amirshahi, directeur de Politis - Ariane Ascaride, comédienne - Jean-Christophe Attias, universitaire - Geneviève Azam, économiste - Bertrand Badie, politiste - Sébastien Bailleul,DG du CRID- Josiane Balasko, comédienne- Étienne Balibar, philosophe - Ludivine Bantigny, historienne - Pierre-Emmanuel Barré, auteur, humoriste - Lauren Bastide, journaliste, féministe - Christian Baudelot, sociologue - Edmond Baudoin, auteur, dessinateur de BD - Alex Beaupain, auteur, compositeur, interprète - François Bégaudeau, écrivain - Yassine Belattar, humoriste - Hourya Bentouhami, philosophe - Alain Bertho, anthropologue - Pascal Blanchard, historien - Romane Bohringer, comédienne - Benoît Borritz, chercheur militant - Alima Boumediene-Thiery, avocate - Rony Brauman, médecin, cofondateur de MSF - Michel Broué, mathématicien - Valérie Cabanes, juriste internationale - Hélène Cabioc’h, présidente de l’Ipam - Julia Cagé, économiste - Robin Campillo, réalisateur - Aymeric Caron, écrivain, journaliste - François Chaignaud, chorégraphe - Patrick Chamoiseau, écrivain - Paul Chemetov, architecte - Monique Chemillier-Gendreau, juriste - Mouhieddine Cherbib, Respect des libertés - Jean-Louis Cohen, historien - Cristel Cornil, enseignante-chercheuse - Marie Cosnay, écrivaine - Annick Coupé, syndicaliste - Alexis Cukier, philosophe - Jocelyne Dakhlia, historienne - Jean-Michel Daquin,architecte - Françoise Davisse, réalisatrice - Philippe de Botton, président de Médecins du monde - Laurence De Cock, historienne, Fondation Copernic - Catherine de Wenden, politologue - Christine Delphy, féministe - Christophe Deltombe, président de la Cimade - Rokhaya Diallo, journaliste, écrivaine - Georges Didi-Huberman, philosophe - Bernard Dréano, président du Cedetim - Michel Dru, anesthésiste réanimateur - Françoise Dumont, présidente d’honneur de la LDH - Annie Ernaux, écrivaine - Éric Fassin, sociologue, anthropologue - Corentin Fila, comédien - Geneviève Fraisse, philosophe - Bernard Friot, économiste, philosophe - Isabelle Garo, philosophe - Amandine Gay, réalisatrice - Raphaël Glucksmann, essayiste - Robert Guédiguian, réalisateur - Nacira Guénif, sociologue, anthropologue - Janette Habel, politologue - Jean-Marie Harribey, économiste - Serge Hefez, psychanalyste - Cédric Herrou, militant associatif - Christophe Honoré, réalisateur - Eva Husson, réalisatrice - Thierry Illouz, auteur, avocat pénaliste - Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de Regards - Geneviève Jacques, militante associative - Chantal Jaquet, philosophe - Juliette, chanteuse, parolière, compositrice - Gaël Kamilindi, pensionnaire de la Comédie-Française - Pierre Khalfa, syndicaliste, coprésident de la Fondation Copernic - Cloé Korman, écrivaine - Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’ENS de Lyon - Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue - Mathilde Larrère, historienne - Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH - Raphaël Liogier, sociologue, philosophe - Isabelle Lorand, chirurgienne - Germain Louvet, danseur étoile de l’Opéra de Paris - Gilles Manceron, historien, LDH - Philippe Mangeot, enseignant - Patrice Maniglier, philosophe - Philippe Marlière, politologue - Roger Martelli, historien, directeur de la publication de Regards - Christiane Marty, ingénieure-chercheuse, Fondation Copernic - Corinne Masiero, comédienne - Gustave Massiah, altermondialiste - Nicolas Maury, comédien - Marion Mazauric, éditrice - Caroline Mecary, avocate - Philippe Meirieu, pédagogue - Phia Ménard, jongleuse, performeuse, metteur en scène - Céline Meresse, présidente du CICP - Guillaume Meurice, auteur, humoriste - Pierre Micheletti, médecin, écrivain - Jean-François Mignard, secrétaire général de la LDH - Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue - Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg - Ludmila Pagliero, danseuse étoile à l’Opéra de Paris - Willy Pelletier, sociologue, Fondation Copernic - Nora Philippe, auteure, réalisatrice - Thomas Piketty, économiste - Edwy Plenel, journaliste, président et cofondateur de Mediapart - Emmanuel Poilane, président du CRID - Thomas Porcher, économiste - Didier Porte, humoriste - Mathieu Potte-Bonneville, philosophe - Olivier Py, auteur, metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon - Bernard Ravenel, historien - Éric Reinhardt, écrivain - Prudence Riff, co-présidente du FASTI - Michèle Riot-Sarcey, historienne - Vanina Rochiccioli, présidente du Gisti - Paul Rodin, directeur délégué du festival d’Avignon - Marguerite Rollinde, politologue spécialiste du Maghreb - Alexandre Romanès, cirque Romanès - Délia Romanès, cirque Romanès - Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon - Alain Ruscio, historien - Malik Salemkour, président de la LDH - Sarah Salesse, avocate - Christian Salmon, écrivain - Odile Schwertz-Favrat, ex-présidente de la Fasti - Denis Sieffert, président de la SAS Politis - Catherine Sinet, directrice de la rédaction de Siné Mensuel - Romain Slitine, enseignant à Sciences Po - Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH - Lilian Thuram, fondation Lilian Thuram-Éducation contre le racisme - Sylvie Tissot, sociologue - Michel Toesca, acteur, réalisateur - Marie Toussaint, militante associative, présidente de Notre affaire à tous - Assa Traoré, comité Adama - Enzo Traverso, historien - Catherine Tricot, architecte - Aurélie Trouvé, altermondialiste, agronome - Fabien Truong, sociologue - Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH - Dominique Vidal-Sephiha, journaliste - Jean Vigreux, historien - Thierry Vila, écrivain - Arnaud Viviant, écrivain, critique littéraire - Sophie Wahnich, historienne - Jacques Weber, comédien - Serge Wolikow, historien

Organisations de soutien

Assemblée citoyenne des Originaires de Turquie, Auberge des migrants, Baam, CCFD-Terre solidaire 93, Cedetim, CICP, la Cimade, Coalition internationale des sans-papiers et migrants, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie, Coordination 75 des sans-papiers, Coordination 92 des sans-papiers, Coordination 93 des sans-papiers, Droits ici et là-bas (DIEL), Fasti, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, Gisti, Initiatives pour un autre monde, Ligue des droits de l’homme, Roya citoyenne, Syndicat des avocats de France, Union juive française pour la paix (UJFP), Utopia 56

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 09:02

821 millions de personnes sont sous-alimentées ou en manque chronique de nourriture, selon un rapport de la FAO publié le 11 septembre 2018. D'après Rémi Barroux pour Le Monde.

Sécheresses en Afrique, inondations et tempêtes en Asie… Les dérèglements climatiques de plus en plus nombreux et intenses affectent la capacité des populations à se nourrir, et menacent les progrès qui avaient été réalisés dans la lutte contre la faim dans le monde depuis le début des années 2000, constate l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans un rapport publié mardi 11 septembre. Avec les conflits et les crises économiques, la « variabilité du climat » et ses phénomènes extrêmes sont une des principales causes de la sous-nutrition et de l’insécurité alimentaire dans le monde, selon la FAO.

Or le nombre d’habitants de la planète souffrant de la faim est en progression pour la troisième année d’affilée, et retrouve son niveau d’il y a dix ans. « Le nombre total de personnes sous-alimentées est passé de 804 millions en 2016 à près de 821 millions en 2017 », avance l’étude, publiée avec le concours du Fonds international de développement agricole, de l’Unicef, du Programme alimentaire mondial et de l’Organisation mondiale de la santé.

Le réchauffement climatique aggrave la faim dans le monde

L’objectif de développement durable (ODD) numéro 2, « faim zéro » à l’horizon 2030, adopté en septembre 2015 par les Nations unies, apparaît donc inatteignable. Au nombre de dix-sept, les ODD visent à assurer un avenir durable pour tous, et concernent l’éducation, la santé, l’agriculture, la lutte contre la pauvreté, l’énergie, l’eau… « Nous sommes extrêmement préoccupés, déclare Dominique Burgeon, directeur de la division des urgences à la FAO. On craignait l’an dernier que cette évolution ne devienne une tendance. Nos craintes se sont révélées exactes. »

« Il faut promouvoir des solutions de long terme »

Le message tombe à la veille de la 73e session de l’Assemblée générale des Nations unies, qui s’ouvrira à New York le 18 septembre. La FAO appelle à des « financements de grande ampleur en faveur de programmes de réduction et de gestion des risques de catastrophe et d’adaptation au changement climatique ». C’est aussi la question de l’aide humanitaire aux pays confrontés aux crises climatiques qu’il faut revoir, selon l’organisation. « Il faut faire de l’humanitaire de façon différente, affirme Dominique Burgeon. Après une catastrophe, les vies doivent certes être sauvées, mais cela ne suffit pas. Au-delà de l’urgence, il faut promouvoir des solutions de long terme, atténuer la vulnérabilité des pays touchés. »

Le constat est sans appel. Inondations, sécheresses et tempêtes tropicales sont les risques qui ont le plus d’incidence sur la production alimentaire. Le réchauffement climatique est directement en cause – même si la FAO prend la précaution de préciser que tout ne peut lui être imputé. Il influe sur la variabilité du climat, « qui se manifeste par un début précoce et/ou un raccourcissement de la saison de végétation », accroît l’intensité des événements, y compris les températures extrêmes (chaudes ou froides) et les variations des précipitations, partout dans le monde. « En 2017, 124 millions de personnes, dans 51 pays, ont été confrontées à des crises de sécurité alimentaire aiguës et ont eu besoin d’une aide alimentaire d’urgence. Dans 34 de ces pays, la cause principale était liée au choc climatique », explique Dominique Burgeon.

Le réchauffement climatique aggrave la faim dans le monde

Selon la FAO, les inondations provoquent plus de catastrophes que les autres événements climatiques extrêmes. Ce sont elles qui ont connu la plus forte augmentation (+ 65 %) depuis vingt-cinq ans. L’Asie est la région qui en subit le plus. Ces phénomènes ont en revanche diminué en Afrique depuis une douzaine d’années. La fréquence des tempêtes océaniques et des cyclones tropicaux n’a pas autant augmenté que celle des inondations, mais ils représentent la deuxième cause de catastrophes liées au climat.

Le document cite de nombreux exemples illustrant les interactions entre dérèglement climatique et progression de la sous-nutrition. A Wenchi, au Ghana, les agriculteurs estiment que la mauvaise répartition des précipitations et les sécheresses fréquentes sont les changements liés au climat les plus importants. Au Vietnam, dans le delta du Mékong, les variations de date et d’ampleur de la submersion en saison des pluies ainsi que l’invasion d’eau salée en saison sèche ont une incidence sur la culture du riz. Les catastrophes liées au climat au Pakistan (cyclone en 2007 et inondations en 2007, 2010 et 2011) ont occasionné des dommages et des pertes d’un montant de 6,6 milliards d’euros, un chiffre quatre fois supérieur au budget que l’Etat pakistanais a consacré au secteur agricole entre 2008 et 2011.

« Il faut promouvoir des agricultures paysannes et familiales »

« Au Malawi, une hausse de température de 1 degré Celsius fait reculer la consommation globale par habitant d’environ 20 % et la ration calorique de près de 40 % », détaille le rapport. Moindre qualité nutritionnelle, maladies pour les personnes et pour le bétail, retards de croissance sont aussi pointés par la FAO. En Afrique de l’Est, plus de la moitié des manifestations d’El Niño se sont accompagnées d’une flambée épidémique d’une maladie virale transmise aux animaux d’élevage, la fièvre de la vallée du Rift. « En 2006 et 2007, une épidémie dans le nord-est du Kenya a tué plus de 420 000 moutons et chèvres, et les pertes de lait prévues ont été estimées à plus de 2,5 millions de litres en raison des avortements subis par le bétail et les dromadaires », notent les auteurs.

Avant de mettre l’accent sur les conséquences du changement climatique, la FAO s’était intéressée en 2017 à l’influence des conflits sur la malnutrition. « Les deux problèmes sont souvent liés, avec des conséquences sur l’accès aux terres, à l’eau, aux pâturages. Sans ces problèmes d’accès aux ressources et de pertes de récoltes, la planète pourrait largement fournir de quoi nourrir tout le monde », insiste Dominique Burgeon.

Cet accès limité à la nourriture, « et en particulier à des aliments bons pour la santé », contribue aussi bien à la dénutrition qu’à l’excès pondéral et à l’obésité. Alors que le nombre d’enfants de moins de 5 ans avec un excédent pondéral reste à peu près stable, à 38 millions, soit un enfant sur cinq, l’obésité chez les adultes s’aggrave, un sur huit étant touché dans le monde, soit plus de 672 millions de personnes. Le risque d’insécurité alimentaire et de malnutrition augmente surtout parmi les populations les plus pauvres, alerte la FAO, leurs moyens d’existence étant particulièrement sensibles à la variabilité du climat.

Dès la publication du rapport, l’ONG Oxfam France a plaidé pour que les responsables politiques s’attaquent aux causes structurelles de la faim. Selon Hélène Botreau, chargée du plaidoyer sur la sécurité alimentaire à Oxfam France, « il faut promouvoir des agricultures paysannes et familiales, dont on sait qu’elles permettent de nourrir l’humanité, et garantir des financements aux pays les plus pauvres afin de permettre leur adaptation au changement climatique ».

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 12:25

D’Alain Delon à Patti Smith, tous ont répondu à l’appel de Juliette Binoche et de l’astrophysicien Aurélien Barrau pour une action politique « ferme et immédiate » face au changement climatique. Publié le 3 septembre 2018 dans Le Monde.

Des pompiers américains, le 2 août 2015 à Clear Lake (Californie, Etats-Unis). Photo JOSH EDELSON-AFP

Des pompiers américains, le 2 août 2015 à Clear Lake (Californie, Etats-Unis). Photo JOSH EDELSON-AFP

Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.

Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Pas trop tard pour éviter le pire

Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.

Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible. Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.

C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire. De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

Isabelle Adjani, actrice ; Laure Adler, journaliste ; Pedro Almodovar, cinéaste ; Laurie Anderson, artiste ; Charles Aznavour, chanteur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Pierre Arditi, acteur ; Niels Arestrup, acteur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, cinéaste ; Yvan Attal, acteur, cinéaste ; Josiane Balasko, actrice ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Alain Benoit, physicien (Académie des sciences) ; Jane Birkin, chanteuse, actrice ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Gilles Boeuf, biologiste ; Mathieu Boogaerts, chanteur ; John Boorman, cinéaste ; Romane Bohringer, actrice ; Carole Bouquet, actrice ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Zabou Breitman, actrice, metteuse en scène ; Nicolas Briançon, acteur, metteur en scène ; Irina Brook, metteuse en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, cinéaste ; Florence Burgat, philosophe ; Gabriel Byrne, acteur ; Cali, chanteur ; Sophie Calle, artiste ; Jane Campion, cinéaste ; Isabelle Carré, actrice ; Emmanuel Carrère, écrivain ; Anne Carson, auteure et professeure ; Michel Cassé, astrophysicien ; Laetitia Casta, actrice ; Bernard Castaing, physicien (Académie des sciences) ; Antoine de Caunes, journaliste, cinéaste ; Alain Chamfort, chanteur ; Boris Charmatz, chorégraphe ; Christiane Chauviré, philosophe ; Jeanne Cherhal, chanteuse ; François Civil, acteur ; Hélène Cixous, écrivaine ; Isabel Coixet, cinéaste ; Françoise Combes, astrophysicienne (Collège de France) ; François Cluzet, acteur ; Gregory Colbert, photographe, cinéaste ; Bradley Cooper, acteur ; Brady Corbet, acteur ; Béatrice Copper-Royer, psychologue ; Marion Cotillard, actrice ; Denis Couvet, écologue ; Camille Cottin, actrice ; Clotilde Courau, actrice ; Franck Courchamp, écologue (Académie européenne des sciences) ; Nicole Croisille, chanteuse ; David Cronenberg, cinéaste ; Alfonso Cuaro, cinéaste ; Willem Dafoe, acteur ; Philippe Decouflé, chorégraphe ; Sébastien Delage, musicien ; Vincent Delerm, chanteur ; Alain Delon, acteur ; Catherine Deneuve, actrice ; Claire Denis, cinéaste ; Philippe Descola, anthropologue (Collège de France) ; Alexandre Desplat, compositeur ; Manu Dibango, musicien ; Hervé Dole, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Valérie Dréville, actrice ; Diane Dufresne, chanteuse ; Sandrine Dumas, actrice, metteuse en scène ; Romain Duris, acteur ; Lars Eidinger, acteur ; Marianne Faithfull, chanteuse ; Pierre Fayet, physicien (Académie des sciences) ; Ralph Fiennes, acteur ; Frah (Shaka Ponk), chanteur ; Cécile de France, actrice ; Stéphane Freiss, acteur ; Thierry Frémaux, directeur de festival ; Jean-Michel Frodon, critique, professeur ; Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile ; Pierre-Henri Gouyon, biologiste ; Julien Grain, astrophysicien ; Anouk Grinberg, actrice ; Mikhaïl Gromov, mathématicien (Académie des sciences) ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Arthur H, chanteur ; Ethan Hawke, acteur ; Christopher Hampton, scénariste ; Nora Hamzawi, actrice ; Ivo Van Hove, metteur en scène ; Isabelle Huppert, actrice ; Agnès Jaoui, actrice, cinéaste ; Michel Jonasz, chanteur ; Camelia Jordana, chanteuse ; Jean Jouzel, climatologue (Académie des sciences) ; Juliette, chanteuse ; Anish Kapoor, sculpteur, peintre ; Mathieu Kassovitz, acteur ; Angélique Kidjo, chanteuse ; Cédric Klapisch, cinéaste ; Thierry Klifa, cinéaste ; Panos H. Koutras, cinéaste ; Lou de Laâge, actrice ; Ludovic Lagarde, metteur en scène ; Laurent Lafitte, acteur ; Laurent Lamarca, chanteur ; Maxence Laperouse, comédien ; Camille Laurens, écrivaine ; Bernard Lavilliers, chanteur ; Sandra Lavorel, écologue (Académie des sciences) ; Jude Law, acteur; Patrice Leconte, cinéaste ; Roland Lehoucq, astrophysicien ; Gérard Lefort, journaliste ; Nolwenn Leroy, chanteuse ; Peter Lindbergh, photographe ; Louane, chanteuse ; Luce, chanteuse ; Ibrahim Maalouf, musicien ; Vincent Macaigne, metteur en scène, acteur ; Benoît Magimel, acteur ; Yvon Le Maho, écologue (Académie des sciences) ; Andreï Makine, écrivain de l’Académie Française ; Abd al Malik, rappeur ; Sophie Marceau, actrice ; Virginie Maris, philosophe ; André Markowicz, traducteur ; Nicolas Martin, journaliste ; Vincent Message, écrivain ; Wajdi Mouawad, metteur en scène ; Nana Mouskouri, chanteuse ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Arthur Nauzyciel, metteur en scène ; Safy Nebbou, cinéaste ; Pierre Niney, acteur ; Helena Noguerra, chanteuse ; Claude Nuridsany, cinéaste ; Michael Ondaatje, écrivain ; Thomas Ostermeier, metteur en scène ; Clive Owen, acteur ; Corine Pelluchon, philosophe ; Laurent Pelly, metteur en scène ; Raphaël Personnaz, acteur ; Dominique Pitoiset, metteur en scène ; Denis Podalydès, acteur ; Pomme, chanteuse ; Martin Provost, cinéaste ; Olivier Py, metteur en scène ; Susheela Raman, chanteuse ; Charlotte Rampling, actrice ; Raphaël, chanteur ; Régine, chanteuse ; Cécile Renault, astrophysicienne ; Robin Renucci, acteur ; Jean-Michel Ribes, metteur en scène ; Tim Robbins, acteur ; Muriel Robin, actrice ; Isabella Rossellini, actrice ; Brigitte Roüan, actrice, cinéaste ; Carlo Rovelli, physicien (Institut universitaire de France) ; Eric Ruf, directeur de la Comédie-Française ; Céline Sallette, actrice ; Rodrigo Santoro, acteur ; Marjane Satrapi, cinéaste ; Kristin Scott Thomas, actrice ; Albin de la Simone, musicien ; Abderrahmane Sissako, cinéaste ; Marianne Slot, productrice ; Patti Smith, chanteuse, écrivaine ; Sabrina Speich, géoscientifique ; Marion Stalens, réalisatrice ; Kristen Stewart, actrice ; Tom Stoppard, dramaturge ; Peter Suschitzky, chef opérateur ; Malgorzata Szumowska, cinéaste ; Béla Tarr, cinéaste ; Gilles Taurand, scénariste ; Alexandre Tharaud, musicien ; James Thierrée, danseur, chorégraphe ; Mélanie Thierry, actrice ; Danièle Thompson, cinéaste ; Melita Toscan du Plantier, attachée de presse ; Jean-Louis Trintignant, acteur ; John Turturro, acteur ; Hélène Tysman, pianiste ; Pierre Vanhove, physicien ; Karin Viard, actrice ; Polydoros Vogiatzis, acteur ; Rufus Wainwright, chanteur ; Régis Wargnier, cinéaste ; Jacques Weber, acteur ; Wim Wenders, cinéaste ; Sonia Wieder-Atherton, musicienne ; Bob Wilson, metteur en scène ; Lambert Wilson, acteur ; Jia Zhang-ke, cinéaste ; Elsa Zylberstein, actrice

Partager cet article
Repost0

Archives

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les maires et élus écologistes ne se résignent pas à laisser l’avenir s’assombrir de jour en jour

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas