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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 11:35

Elle nous touche intimement au niveau politique, même si des faits similaires existent dans d'autres milieux professionnels, arts et spectacles, finances, industries - merci pour l'histoire et l'analyse d'Alain Lipietz sur son blog le 11 mai 2016.

Mon témoignage. Pourquoi nous n’avons rien su ou rien dit.

« On a merdé ». C’est la réaction quasi-unanime de toutes et tous les Verts sur l’affaire Baupin. On savait, on pensait qu’il était un peu lourd, on avait entendu dire que ça allait plus loin, on n’a rien fait… Nous sommes pourtant « responsables de tout et devant tous, et moi particulièrement », comme dit Hans Jonas, pour illustrer le principe de responsabilité, valeur cardinale des Verts.[note 1]

Balayons quelques commentaires parasites. Denis Baupin est « réputé innocent jusqu’à ce que ce que… » ? Oui, devant la justice, mais pas politiquement. Car les huit femmes qui l’accusent sont aussi réputées innocentes du délit de diffamation. Et toute façon, on sait bien qu’elles disent "en gros" vrai.

S’il y a des choses à dire en faveur de Denis et de l’omerta en faveur de Baupin, c’est que ce fut longtemps un bon copain, admiré à juste titre pour son engagement écologiste et sa compétence, et que j’ai toujours estimé « d’ingénieur à ingénieur ». N’oublions pas non plus la dimension pathologique individuelle. Denis n’est pas DSK (autre ami hyper-compétent de ma jeunesse), DSK n’est pas M le Maudit, mais cette dimension ne devra pas être oubliée. « Ça se soigne » ? Probablement, mais ce qui nous intéresse ici est le contexte social et politique qui fait que « ça s’aggrave ».

Une affaire opportunément sortie après la scission de « la Firme » Duflot-Placé , ce groupe dirigeant qui depuis le milieu années 2000 a imposé aux commandes « la politique des postes » ? Ça a pu aider dans le « timing », au trimestre près. Mais qui ne voit que l’affaire s’inscrit dans le long combat du féminisme ? Et plus particulièrement dans l’action, depuis des années, de l’association Élues Contre les Violences faites aux Femmes, un an après la pétition des femmes journalistes politiques, quelques semaines après la dénonciation de Sapin… C’était dans l’air, c’était mûr. On ne dit plus cette fois « Rien d’autre qu’un troussage d’assistante. »

Et ce n’est pas un hasard si cela éclate dans le parti écologiste, et j’en suis fier. Parce que ce parti est dès l’origine (en France comme d’abord en Allemagne – et nous n’en remercierons jamais assez les Grünen - et dans tant d’autre pays) la « courroie de transmission » vers la sphère politique de la sensibilité féministe. Et pas exclusivement du mouvement des femmes organisé, qui par exemple était divisé face à l’exigence d’une loi de parité portée par Dominique Voynet dans sa campagne de 95. Dès la pétition des journalistes, notre parti fut le premier à mettre en place une ligne internet et une cellule de lutte interne contre le harcèlement sexuel. Et je suis fier que la parole de Vertes libère la parole des femmes jusque dans les autres partis, jusque dans ces partis où les porcs vannent sans filtre.

Sauf que voilà : nous aurions dû le faire vingt ans plus tôt, et pas seulement au sujet de Denis.

L’affaire Denis, c’est comme la grenouille dans un bassine que l’on chauffe progressivement : au début on pense que c’est pas bien grave. Or, à un moment, c’est devenu grave et nous n’avons rien fait, ou plus exactement (on le verra plus loin) pas assez.

Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est le témoignage de cette élue parisienne à qui il est arrivé « la même chose qu’à Sandrine Rousseau », en… 1996 !!! Et Annie Lahmer parle de 1999. Ces années là, je dirigeais la thèse de Sandrine Rousseau et j’étais très proche politiquement d’Annie Lahmer. J’étais le seul homme publié dans la revueNouvelle Question Féministe. Ma compagne était la grande féministe Francine Comte, unanimement respectée dans le parti et aimée pour son humanité et sa capacité à assumer les « questions délicates », très proche du secrétaire national Jean-Luc Benhamias, qui la consultait non seulement pour les questions féministes en général, mais aussi les « questions délicates » en particulier.

Et de ce « passage d’un cran », n’en avons rien su, nous en restions à « il est vraiment lourd ». Quand je dis « nous avons merdé et moi particulièrement », je dis ce que je dis.

Les secrétaires nationales successives de ces dernières années (C. Duflot, E. Cosse) diront comment elles ont « géré le problème ». Moi je ne peux parler valablement que de ces années charnières (disons de 1995 à 2001), car peu après j’ai basculé vers l’Europe, puis je ne suis jamais revenu vraiment vers la vie nationale du parti, et Francine Comte a consacré à la Coordination Nationale du Droit des Femmes les quelques forces que lui laissait le cancer qui devait l’emporter. C’est l’époque où Denis – et pas seulement lui - a sans doute basculé du « lourdingue » au harcèlement, tandis que, avec Dominique Voynet, s’ouvrait une période, qui ne s’est jamais achevée, où des femmes se sont succédées à la tête du parti.

Premier problème, collectif, celui des Verts. Oui, nous étions un parti particulièrement soixante-huitard, sexuellement libéré, libertaire, porteur de toutes les revendications des femmes, des homos, etc. Or nous savons, depuis le Don Juan de Molière ou de Mozart, que la révolution libérale-libertine du XVIIIe siècle était grosse d’une contradiction : la liberté de tous exige la protection des plus faibles, à commencer par les femmes (et les enfants, ce qui a clos rapidement le débat des années 70 sur la pédophilie).

Dans les années 80-90, les comportements comme ceux reprochés à Denis étaient officiellement réprouvés dans les organisations « mixtes » progressistes, mais les femmes avaient le droit de trouver « mignons » les jeunes gens qu’étaient alors les Baupin et les DSK, tout en les trouvant « un peu lourds ». Elles étaient censées les « remettre à leur place elles-mêmes ». Je pense qu’il y a eu un moment où ils étaient en effet simplement « lourds », et j’ai vu Denis se faire remettre à sa place par des filles, en riant.

Il y avait peut-être à cette époque, dans la jeunesse du féminisme, plus de solidarité et c’est là-dessus que Francine comptait. A l’époque les féministes répétaient qu’il fallait que les femmes prennent en main leur propre défense, en comptant sur la solidarité des autres femmes.

Erreurs idéalistes ? Nous avons probablement sous-estimé l’étiolement de la force du féminisme au fur et à mesure que la loi donnait aux femmes de plus en plus de droits, dans un pays qui transmute tout mouvement social en exigence d’une loi, sans trop se soucier suffisamment de la transformation des mentalités, dans la société civile. Nous avons sous –estimé la force de la contre-révolution individualiste qui abolissait les conquêtes de la solidarité dans les glorieuses années 70, et rendait le pouvoir aux Don Giovanni, à ces hommes qui en vieillissant troquaient l’effort nécessaire pour « séduire » contre le pur rapport de force, au fur et à mesure que l’âge effaçait leur charme tout en leur donnant plus de « pouvoir ».

Car dans les années 90 Les Verts se transformait en parti de pouvoir, avec des « places » à offrir, avec des salariées, et des élues. Une PME comme les autres. Or la montée du chômage érodait chez les jeunes femmes le rapport de force que le plein emploi avait jadis offert à la montée de l’indépendance féminine. « Monter » chez les Verts devenait aussi la conquête d’un emploi. Même chez les Vertes (et même chez les Verts !) le désir de promotion put se conjuguer avec le désir de coucher avec tel ou telle, même là se montrèrent des femmes qui « considèrent que la parité est suffisamment respectée une fois qu’elles sont servies ». Mais surtout - et c’est ce qui différencie un parti politique d’une PME, surtout un parti chargé d’un fort contenu idéologique - la « défense du parti » s’additionne à toutes les raisons classiques des femmes pour se taire, de l’admiration pour les « hommes de pouvoir » à la peur d’être stigmatisées ou ridicules si elles parlent, ou la peur de perdre leur emploi ou de voir briser leur carrière.

Ce qui n’explique pas que les femmes n’en aient pas parlé en interne, au moins dans la commission Femmes des Verts. En vérité nous avons surestimé ce que le mouvement des femmes apportait comme défense individuelle aux femmes.

Une des plaignantes de l’affaire Baupin parle de sidération, « comme quand un oncle vous tripote ». Cela, c’est le sort universel des femmes, et le fait d’être dans un parti féministe imposant la parité n’y change pas grand chose quand ça vous arrive. Répéter, comme le faisaient nos féministes à l’époque de Francine Comte, qu’ « il faut avoir recours aux tiers, il ne faut pas garder ça pour soi » est politiquement et historiquement juste, et c’est comme ça qu’on fait reculer le viol, et surtout la honte d’avoir été violée, et enfin - ultime piège - le refus, la révolte de n’être connue qu’en tant que victime. Mais ce n’est pas d’une grande aide quand ça vous arrive.

Attention, je ne dis pas que ce sont les cordonnières les plus mal chaussées. Encore une fois, sur l’affaire Baupin, et bien avant, ce sont des Vertes qui sont à l’avant-garde et instaurent des normes qui demain s’imposeront à tous les autres partis. Mais combien ce fut, combien cela reste difficile.

Jean Luc et Francine, comme Dominique et moi et d’autres parmi les dirigeants de ce temps-là en eurent bien conscience, en discutèrent, et ajoutèrent au discours officiel (« il ne faut pas hésiter à porter plainte, les femmes doivent collectivement prendre leur défense en main ») de discrète mesures de protection individuelles et d’admonestation des harceleurs entre 4 yeux, quand le harcèlement toucha des salariées. La différence avec la hiérarchie catholique face aux prêtres pédophiles (désolé pour la disproportion : encore une fois les faits reprochés à Denis sont moins graves, mais puisque je parle ici de NOTRE responsabilité, je suis bien obligé de prendre des points de repères) c’est que nous disions aux quelques copines qui discrètement nous faisaient des confidences : « si tu portes plaintes, on te soutiendra. » Sauf que ça ne suffisait pas.

Ça ne suffisait pas, mais qu’aurions nous pu faire de plus ? Les Américaines avaient pris les choses à bras le corps en sanctionnant préventivement la possibilité même d’un flirt, et même de « plaisanteries entre adultes consentants sur les lieux de travail » (et pas seulement dans les situations où existait un rapport de pouvoir). Il y avait à l’époque des attaques incessantes et hypocrites dans la presse française contre la « political correctness », et ceux d’entre nous qui connaissaient les facs anglo-saxonnes étaient effectivement horrifiés de ne pas avoir le droit de fermer la porte de son bureau quand on recevait une collègues (et pas seulement une étudiante !) en tête à tète.

On a du mal à s’imaginer aujourd’hui (au lendemain de l’affaire Baupin) la violence du « back-lash » anti-féministe qui régnait alors en France. Lorsque fut sanctionné par les Verts, au début des années 2000, des faits similaires de la part d’une de nos jeunes « vedettes » (affaire S. P.) , la même presse qui se moque aujourd’hui de notre silence à propos de Denis se déchaina contre nous : « vengeance du lobby des femmes » ou (injure suprême !) « puritanisme anglo-saxon ».

Reste qu’entre le jouir sans entrave et la protection contre les prédateurs, nous n’avons pas trouvé mieux que ce qui était notre ligne d’alors. J’en suis désolé pour Sandrine, pour Annie, pour toutes les femmes que nous n’avons pas su protéger. Mais ce qui se met en place, avec elles, peu à peu, résulte aussi de nos schémas peut-être dogmatiques de l’époque.

Alain Lipietz

[note 1 blog] : La citation reprise par Hans Jonas est de Dostoïevski dans Les frères Karamazov.

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 12:34

Communiqué de presse du 9 mai 2016

Suite à la parution des enquêtes de Médiapart et de France Inter, Europe Écologie Les Verts salue le courage des militantes qui ont brisé la loi du silence en apportant leurs témoignages accusant Denis Baupin d’agression et de harcèlement sexuels.

Les écologistes sont convaincus que seules la dénonciation systématique de tels actes et la mise en œuvre d’une réponse collective permettront de faire reculer ces comportements et de protéger les femmes.

Dans notre société, les femmes sont victimes d’une « double peine » d’abord en tant que victimes mais aussi quand certains minimisent ce qu’elles ont vécu, voire les en rendent responsables.

Après le salutaire manifeste «Bas les pattes» co-signé par une quarantaine de journalistes révélant de fréquents comportements déplacés — indignes et irresponsables — de certains hommes politiques issus de tous les partis, Europe Écologie Les Verts avait décidé de réagir en invitant les journalistes concernées à signaler d’éventuelles attitudes sexistes de la part d’élus et militants écologistes au moyen d’une adresse email.

Dans l’immédiat, Europe Écologie Les Verts entend mettre en œuvre de nouveaux dispositifs internes pour faciliter la libération de la parole, en accompagnant les personnes victimes de comportements répréhensibles, en recueillant leur parole, en les accompagnant vers des associations spécialisées et en mettant à disposition des moyens pour les soutenir dans d’éventuelles démarches juridiques.

Europe Écologie Les Verts ne peut qu’espérer que le courage des lanceuses d’alerte soit contagieux et que la parole se libère à l’encontre de tous les harceleurs et agresseurs que ce soit en politique ou plus généralement. La peur et la honte doivent changer de camp.

David Cormand, secrétaire national
Élise Lowy et Jean Desessard, secrétaires nationaux adjoints

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 10:44

Éclaircie pour les droits humains : Jean-Pierre Bemba condamné pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre

Un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme du lundi 21 mars 2016

(Bangui, La Haye, Paris) Aujourd’hui la Chambre d’instance III de la Cour pénale internationale (CPI) a condamné à l’unanimité l’ancien Vice-Président de la République Démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre perpétrés en République centrafricaine (RCA ) en 2002 et 2003. Nos organisations se félicitent vivement de ce verdict historique de la CPI qui, pour la première fois, condamne un accusé, en tant que supérieur hiérarchique, pour viols et insiste sur l’importance de ce jugement pour les milliers de victimes qui ont longtemps attendu que justice leur soit rendue.

« La condamnation de Bemba envoie un message puissant aux auteurs de crimes internationaux : quelle que soit leur fonction, ils ne peuvent échapper à la justice et seront tenus responsables de leurs crimes. »  Karim Lahidji, Président de la FIDH.

Jean-Pierre Bemba a été reconnu coupable de viols, assassinats et pillage en sa qualité de commandant militaire du Mouvement de Libération du Congo. L’importance de ce verdict découle de deux précédents importants qu’il établit. En premier lieu, il s’agit de la première affaire à la CPI qui concerne essentiellement les crimes de violence sexuelle, dont le viol qualifié crime de guerre et crime contre l’humanité. Les crimes de violence sexuelle contre les femmes, les hommes et les enfants ont été utilisés comme un moyen de terroriser la population civile centrafricaine. Ensuite, et pour la première fois, les juges ont considéré que l’accusé devait être tenu pénalement responsable en tant que commandant militaire pour les crimes commis par les troupes agissant sous son contrôle.

« L’importance primordiale de ce verdict ne peut être surestimée. Il constitue un pas supplémentaire sur le chemin de la justice pour les victimes de crimes de violence sexuelle car il s’agit de la première condamnation pour ces crimes devant la CPI. Ce procès a contribué à sensibiliser sur les conséquences de ces crimes atroces sur les victimes et leur vie. »  Maître André Olivier Manguereka, Président de la LCDH.

Depuis 2002, la FIDH et ses organisations membres en République Centrafricaine, la LCDH et l’OCODEFAD, ont soutenu l’accès des victimes à la justice et à la CPI , en soumettant régulièrement des communications au Bureau du Procureur de la CPI sur les crimes commis en RCA, insistant sur la gravité de ces crimes, ainsi que sur l’absence de volonté et de capacité de l’État à enquêter sur ces crimes et à poursuivre leurs auteurs. Dans la procédure devant la CPI, les éléments de preuve soumis par la FIDH ont été repris par la Bureau du Procureur, les représentants des victimes et les juges, y compris dans leur jugement, et ont ainsi joué un rôle déterminant pour prouver les crimes et le rôle de Jean-Pierre Bemba dans cette affaire.

Les nouvelles autorités centrafricaines et la communauté internationale doivent continuer à soutenir les mécanismes de justice pour les crimes internationaux en RCA.

« Il est d’une importance capitale d’établir la Cour pénale spéciale sans plus tarder et de continuer à soutenir la CPI dans sa deuxième enquête en cours sur les crimes commis depuis 2014. »  Karim Lahidji, Président de la FIDH.

La défense dispose désormais d’un délai de 30 jours pour faire appel du jugement. La Chambre de première instance doit désormais déterminer la peine applicable et décider des réparations pour les victimes qui incluent la restitution, l’indemnisation et la réadaptation. Nos organisations appellent tous les États parties à contribuer au Fonds au profit des victimes de la CPI et coopérer avec la Cour en veillant à ce que les victimes reçoivent les réparations adéquates et intégrale auxquelles elles ont droit en raison des crimes graves soufferts.

Contexte :

L’enquête de la CPI en RCA a été ouverte le 22 mai 2007, après que l’Etat centrafricain ait saisi le Procureur de la CPI en 2004.

En 2002, le Président en exercice de Centrafrique avait demandé au groupe armé dirigé par Jean-Pierre Bemba, Mouvement de Libération du Congo (MLC) en République Démocratique du Congo (RDC) d’intervenir en République Centrafricaine pour mater une tentative de coup d’état. Le MLC est accusé d’avoir perpétré les pires atrocités contre les civils, ayant recours aux viols et meurtres systématiques sur la période allant de 2002 à 2003.

Jean-Pierre Bemba était le chef du MLC, puis vice-président de la République Démocratique du Congo (RDC). Trois chefs d’accusation pour crimes de guerre ont été retenus contre lui (meurtre, viol et pillage), ainsi que deux chefs d’accusation pour crimes contre l’humanité (meurtre et viol), alors qu’il occupait un poste de commandement militaire. Les crimes dont il est accusé ont été perpétrés durant le conflit armé qui s’est déroulé entre 2002 et 2003 en République Centrafricaine, alors que le MLC soutenait les forces armées du Président de l’époque, Ange-Félix Patassé, contre une tentative de coup d’état menée par François Bozizé, l’actuel Président de la République Centrafricaine.

Jean-Pierre Bemba a été arrêté en Belgique le 24 mai 2008, puis transféré à La Haye, au centre de détention de la CPI le 3 juillet 2008.

Le procès contre Jean-Pierre Bemba s’est ouvert le 22 novembre 2010 et les plaidoiries finales se sont achevées en novembre 2014.

En mai 2014, la Présidente de République Centrafricaine a saisi à nouveau la CPI pour enquêter et poursuivre les responsables des crimes alors perpétrés dans le pays par les milices Seleka et anti-Balakas. Le Bureau du Procureur a ainsi ouvert une deuxième enquête en RCA le 24 septembre 2014. Aucun mandat d’arrêt n’a pour l’instant été émis.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 14:56

 

Aujourd’hui 16 février, les députés sont appelés à se prononcer sur une nouvelle prolongation de trois mois de l’état d’urgence, après celle votée le 20 novembre dernier, une semaine après les attentats qui ont bouleversé notre communauté nationale. Les députés écologistes ne voteront pas pour cette nouvelle prolongation.

En indexant la durée de l’état d’urgence sur la menace terroriste et la mise hors d’état de nuire de Daech, le gouvernement prend le risque de transformer l’état d’urgence en régime permanent. Nous ne pouvons-nous y résoudre. Il est important de rappeler ici que l’état d’urgence écarte l’autorité judiciaire des procédures anti-terroristes, confiées à l’administration et à l’exécutif. Or les procédures judiciaires offrent des garanties dont sont dénuées les actions de l’administration. Cet état d’urgence dont l’efficacité est contestable constitue donc  une entorse à l’État de droit qui doit rester exceptionnelle.

S’il nous semble essentiel de donner plus de moyens humains et matériels aux services de renseignements, à la justice et aux forces de l’ordre, nous rappelons que l’État de droit n’est pas un État de faiblesse. Nous renouvelons notre confiance dans les capacités de notre système judiciaire pour répondre au défi du terrorisme et dans les vertus de la République et de la démocratie.

Nous, députés écologistes, attachés à nos valeurs communes : liberté, égalité, fraternité, ne voterons pas la prolongation de l’état d’urgence convaincus que la France doit rester la patrie des droits de l’homme et que la défense de nos valeurs est la meilleure réponse à faire à ceux qui nous attaquent.

Laurence ABEILLE, Brigitte ALLAIN , Isabelle ATTARD, Danielle AUROI, Michèle BONNETON, Sergio CORONADO, Cécile DUFLOT, Noël MAMERE, Jean-Louis ROUMEGAS, Eva SAS, députés  écologistes, sur http://www.ecolodepute-e-s.fr/2016/02/17/pourquoi-nous-ne-voterons-pas-la-prolongation-de-l-%C3%A9tat-d-urgence/

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 09:32

… avec un peu de retard, rapport remis le 23 octobre 2015 .

Le rapport de la Commission d’enquête de la LDH sur les conditions ayant conduit à la mort de Rémi Fraisse (Sivens, octobre 2014)

Suite aux événements qui ont provoqué la mort de Rémi Fraisse dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, la Ligue des droits de l’Homme a constitué en novembre 2014 une Commission d’enquête citoyenne visant à recenser systématiquement les faits liés à cet événement, à analyser son contexte et à porter ainsi un éclairage sur les conditions qui ont conduit à la mort de ce jeune militant écologiste sur le site de Sivens.

Mobilisant une vingtaine de personnes, cette Commission a procédé, sur la période d’une année, à une trentaine d’auditions sur les lieux même de l’événement et à proximité, auprès de personnes ayant été directement ou indirectement les protagonistes de ce drame, qui ont bien voulu répondre à ses questions (« zadistes », responsables associatifs, élus, témoins directs des événements du 25 octobre et de la période qui les a précédés). Ce travail a été complété par la lecture et le visionnage critiques de l’ensemble des écrits et documents audiovisuels publics et privés disponibles concernant cette affaire.

Le rapport s’attache à l’historique du projet de barrage, aux conditions de gestion du dossier et de la décision publique, ainsi qu’au jeu des différents acteurs impliqués. Dans une deuxième partie, il considère l’ensemble des violences commises sur le site dès la mise en œuvre du chantier, tant celles commises sur les forces de l’ordre que celles perpétrées par ces dernières à l’encontre des opposants au barrage. Le rapport examine de façon particulière le contexte spécifique du décès de Rémi Fraisse et particulièrement les conditions d’intervention des agents et des autorités responsables du maintien de l’ordre. Enfin, il revient sur ce qu’ont été les réactions des autorités étatiques et judiciaires dans les heures et les jours qui ont suivi cette mort.

Se décalant très sensiblement des informations et des rapports précédents qui ont pu être diffusés durant toute la période considérée, et à l’occasion même des faits, ce rapport d’enquête les éclaire d’un jour original en les passant tant au crible du droit qu’à celui des pratiques démocratiques et citoyennes. Il se conclut par une série de préconisations, à partir de l’analyse critique développée.

Téléchargez le rapport

Téléchargez les annexes du rapport

Voici le début du résumé - pour lire la suite, Téléchargez l’abstract . Bonne lecture !

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 07:55

Un point de vue de Benjamin Joyeux écrit le 05 mai 2015 sur son blog.

Ce mardi 5 mai a finalement été adopté à l'Assemblée nationale le projet de loi du gouvernement portant sur le renseignement. Celui-ci a d'ores et déjà fait couler beaucoup d'encre et provoqué un certain nombre de réactions très critiques. De la Ligue des droits de l’homme à la Quadrature du Net, d'Amnesty International à la CGT-Police en passant par le Syndicat de la magistrature, le conseil de l'ordre et le Bâtonnier du Barreau de Paris, sans oublier la CNCIS (Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité) ou encore les associations d'hébergeurs français de sites internet menaçant de s'exiler à l'étranger, tous ont dénoncé le caractère attentatoire aux libertés fondamentales de ce texte, voté qui plus est selon une procédure d'urgence peu propice à la sérénité des débats. Le gouvernement et la majorité ne s'en sont absolument pas émus et sont apparus bien résolus à faire passer leur loi dans le climat ultra-sécuritaire actuel qu'ils ont allègrement entretenu depuis les attentats de janvier dernier.

Les principaux reproches faits à ce projet de loi sont l'extension significative des activités des services de renseignements, des mesures de surveillance intrusives qui portent atteinte de façon disproportionnée aux droits fondamentaux et l'insuffisance de garde-fous, notamment judiciaires, face aux nouveaux pouvoirs octroyés à ces services, n'ayant de compte à rendre qu'au Premier Ministre. Et les quelques ajustements effectués par les députés en commission des lois n'y ont rien changé, ou si peu. 

Le gouvernement a balayé d'un revers de main ces arguments, en rétorquant qu'il entendait simplement légaliser des activités déjà largement pratiquées en dehors de tout cadre juridique, et le Président de la République a proposé face à la montée légitime des interrogations de saisir le conseil constitutionnel, cas assez unique dans l'histoire de la 5e république de dévoyement institutionnel et de mélange des genres à des fins politiques.

Le rôle du législateur n'est sûrement pas de légaliser des pratiques illégales. Il est avant toute chose de défendre l'intérêt général. En l'espèce, l'intérêt général imposait d'équilibrer le cadre législatif entre la nécessaire sécurité de nos concitoyens face aux menaces d'attentats et la protection de leurs libertés fondamentales. Nous ne tirons toujours pas les bonnes leçons des erreurs du passé. Par exemple, les auteurs des attentats de Charlie Hebdo avaient parfaitement été identifiés par nos services de renseignements. C'est leur suivi qui avait fini par être abandonné, non par manque d'outils juridiques spécifiques, mais par manque de moyens humains. 

Si Hayat Boumeddiene (la compagne du terroriste du magasin casher de la Porte de Vincennes Amedy Coulibaly) a pu s'enfuir en Syrie, c'est par manque de coordination entre les autorités françaises et européennes et les autorités turques. Si d'autres attentats ont pu être perpétrés depuis, comme au Danemark le 14 février ou au musée du Bardo à Tunis le 18 mars, c'est que les groupes terroristes n'ont que faire des frontières nationales et cherchent à frapper et à entraîner la panique partout. La lutte contre le terrorisme global nécessite donc avant toute chose une coordination suivie et renforcée entre les services de renseignements et les forces de police à l'international, et bien entendu en premier lieu à l'échelle de l'Union européenne, avec des moyens humains et matériels conséquents. Or ce nouveau texte ne répond ni à cette pénurie de moyens ni à ce manque de coordination entre les différents services des Etats membres de même qu'avec leurs homologues à l'extérieur des frontières européennes. A l'heure où l'UE débat de la fameuse directive sur les données des dossiers passagers (PNR- texte qui contraindrait les compagnies aériennes à transmettre aux pays de l'UE les données des passagers qui entrent ou quittent le territoire européen), la volonté de se doter d'un nouvel arsenal juridique sécuritaire spécifiquement français, sans réelle vision européenne, est totalement illusoire. 

Les Etats-Unis, de dérives du Patriot Act en scandales des écoutes de la NSA, ont foulé au pied un certain nombre de leurs libertés et de leurs valeurs suite aux attentats du 11 septembre sans réussir à réellement garantir une plus grande sécurité à leurs concitoyens. Nombre d'Américains semblent aujourd'hui avoir compris qu'à troquer leurs libertés pour plus de sécurité, ils ont au final perdu sur les deux tableaux. Alors, des attentats du 11 septembre 2001 à « l'esprit du 11 janvier » 2015, les dirigeants doivent enfin comprendre que cette démagogie ultra-sécuritaire qui consiste à toujours renforcer l'arsenal répressif, c'est tomber dans le piège tendu par les terroristes : mettre à bas les principes qui fondent nos Etats démocratiques en nous incitant à abandonner nos libertés fondamentales au prétexte d'une plus grande sécurité totalement illusoire.

C'est un triste jour pour les libertés publiques en France. Pendant que les députés, en majorité « de gauche » en retournent à leurs pénates après avoir adopté ce texte, Cabu, Charb, Tignous, Wolinski et les autres, si grands défenseurs de la Liberté avec un L majuscule, doivent se retourner dans leur tombe. Et sur 18 députés écologistes, députés issus d'une tradition libertaire et d'un parti extrêmement attaché aux libertés publiques et privées, il s'en est trouvé cinq pour voter pour ce projet de loi. Triste époque où tout se perd... 

En tous cas, François Hollande et le gouvernement auraient mieux fait de faire preuve au moins de curiosité européenne, en s'apercevant de l'incongruité de leur texte vu d'Allemagne, rappelant les heures les plus sombres de la Stasi (surtout avec la polémique actuelle où les services de renseignements allemands sont accusés d'avoir espionner leurs partenaires européens au profit de la NSA américaine), ou en s'inspirant de ces mots du premier ministre norvégien Jens Stoltenberg après le massacre d'Utoya perpétré par Anders Breivik en juillet 2011 : 

«J’ai un message pour celui qui nous a attaqué et pour ceux qui sont derrière tout ça: vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur. Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance.»

Alors concernant ce triste projet de loi adopté aujourd'hui, pour paraphraser Churchill : "Ils ont accepté la restriction des libertés pour avoir la sécurité. Ils auront la restriction des libertés et l'insécurité."

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 21:26

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(Place de la République, 18h)

Horreur, amitié, détermination

C’est l’horreur qui nous a saisis, ce matin, quand l’incroyable nouvelle est survenue : un attentat sanglant contre Charlie Hebdo, des hommes armés, douze morts, près de vingt blessés. L’horreur, qui nous abasourdit. Et nous laisse sans mots.

L’amitié, ensuite, pour ceux et celles que nous connaissons et que nous aimons, et pour ceux et celles que nous ne connaissons pas. La douleur pour les morts, la désolation pour les blessés, l’amitié et le désir de réconfort pour leurs proches, leurs amis, leurs enfants. Comment vous dire qu’on est avec vous, avec notre tendresse et notre impuissance ? Mais nous sommes avec vous, de tout notre cœur.

Et puis la détermination. Ce sont des journalistes qu’on a voulu tuer, c’est la presse qu’on a voulu abattre, c’est la liberté qu’on a voulu détruire. Eh bien, nous le disons : nous ne céderons pas. Dans les temps difficiles d’aujourd’hui, et les jours sombres qui se profilent, il est vital que la liberté continue, s’exprime, s’affirme. Nous continuerons notre travail d’information et de témoignage, avec encore plus de détermination et d’énergie que jamais.

Ce texte est publié en commun par Actu Environnement, Arrêt sur images, Basta Mag, Global Magazine, Huffington Post, Libéweb, Mediapart, Politis, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain.

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 18:16

http://www.mediapart.fr/journal/france/121114/mort-de-remi-fraisse-le-recit-des-gendarmes-place-linterieur-dos-au-mur

Mediapart 12 novembre 2014, par Michel Deléan

Mediapart a eu accès à de nouveaux documents sur les circonstances du décès du jeune manifestant Rémi Fraisse. Ils confirment que les autorités ont menti durant plus de 48 heures.
—• Rémi Fraisse est mortellement touché, à 02 h 03 précises: «Il est décédé le mec. Là c’est vachement grave. Faut pas qu’ils le sachent», dit un gendarme.
—• Les responsables savent aussitôt que c’est bien une grenade offensive qui a tué le manifestant.
—• Le lieutenant-colonel qui commandait le dispositif: «Le préfet du Tarn nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté»
—• Selon le décompte officiel, plus de 700 grenades en tout genre ont été tirées, dont 42 grenades offensives.


Malgré les mensonges par omission et les atermoiements des représentants de l’État pendant 48 longues heures, les circonstances et les causes du décès de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive de la gendarmerie dans la forêt de Sivens, dans la nuit du 25 au 26 octobre, ont été presque immédiatement connues. C’est ce qui ressort de la lecture de documents issus de l’enquête, inédits à ce jour, dont Mediapart a pu prendre connaissance.

Ainsi, sur le journal de bord du Groupement tactique gendarmerie (GTG), d’abord transmis à la chaîne hiérarchique puis remis aux enquêteurs de la section des recherches de Toulouse, les gendarmes mobiles ont indiqué, pour cette nuit-là, à 01 h 45 précise, et sans équivoque, la mention suivante : « Un opposant blessé par OF », c’est-à-dire une grenade offensive, arme dont seuls les militaires sont dotés, et que seuls leurs gradés peuvent utiliser (le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a suspendu l’usage de ces grenades quatre jours après la mort de Rémi Fraisse). Moins de quinze minutes plus tard, à 01 h 59, le journal du GTG indique ceci : « Opposant blessé serait décédé. Hémorragie externe au niveau du cou. »

Par ailleurs, le compte-rendu d’intervention, rédigé le 27 octobre par le lieutenant-colonel L., qui dirigeait le GTG, indique ceci : « A 01 h 45, un petit groupe, constitué de 5 personnes, s'approche de la zone vie par l'est. Des jets de projectiles sont effectués envers les FO (NDLR : les forces de l’ordre). Après avertissements, un gradé du peloton C procède au jet d'une grenade OF, un manifestant tombe. Le GTG, présent à l'autre extrémité du dispositif, décide de l'envoi d'un PI (NDLR : peloton d’intervention) pour récupérer l'individu blessé. Après extraction, le décès est constaté par un personnel infirmier de l'EGM 28/2 La Réole (NDLR : l'escadron de gendarmes mobiles 28/2 venu de La Réole, en Gironde). A 02 h 17, arrivée des pompiers, récupération du corps. »

Signe que la situation intéressait au plus haut point les autorités, il est également fait état, plus tôt, vers 17 h 30, dès les premiers incidents du 25 octobre, d’un entretien téléphonique du GGD 81 (NDLR : Groupement de gendarmerie du Tarn) avec le DGGN (NDLR : directeur général de la gendarmerie nationale) donnant l’ordre de « procéder à des interpellations ».

Le lieutenant-colonel qui commandait le dispositif ce soir-là, entendu comme témoin, déclare par ailleurs ceci : « Je tiens à préciser que le préfet du Tarn, par l'intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d'une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l'ordre. »


Par ailleurs, selon la retranscription d’un enregistrement vidéo remis aux enquêteurs, et également cité aujourd'hui par Le Monde, on entend un gendarme mobile dire, au plus fort des incidents violents, au moment où Rémi Fraisse est mortellement touché, à 02 h 03 précises : « Il est décédé le mec. Là c'est vachement grave. Faut pas qu’ils le sachent. »

Selon le décompte officiel, le nombre d’engins tirés par les militaires, cette nuit-là, est impressionnant : plus de 700 grenades en tout genre. À savoir 312 grenades lacrymogènes MP7, 261 grenades lacrymogènes CM6, 78 grenades explosives assourdissantes F4, 10 grenades lacrymogènes instantanées GLI, 42 grenades offensives OF, ainsi que 74 balles en caoutchouc LBD 40 mm. Les grenades offensives OF, les plus dangereuses, sont lancées à la main, à 10 ou 15 mètres maximum.

Pour cette soirée-là, on comptera officiellement six blessés chez les CRS (postés sur la zone jusqu’à 21 heures pour certains, et minuit pour d'autres), dont une ITT de 30 jours pour une blessure à la main, mais aucun chez les gendarmes mobiles, suréquipés et surentraînés, malgré la violence des assauts subis et le nombre de projectiles reçus entre minuit et trois heures du matin. Les manifestants les plus remuants seraient alors 100 à 150 environ, et harcèlent les gendarmes mobiles à tour de rôle, par petits groupes.


« Ils ont vu quelqu'un tomber suite à l'explosion »
Comme le révélait Mediapart dès jeudi 6 novembre, les témoignages des gendarmes mobiles sont convergents.
Le lanceur : le maréchal des logis chef J., appelé « chef » J., est entendu à chaud, dès le dimanche 26 à 4 heures du matin.
« C'était la première fois, dans ma carrière de mobile que je voyais des manifestants aussi déterminés, violents et agressifs tant dans les mots que les actes. Ils nous jetaient toutes sortes de projectiles, pierres, cocktails Molotov, mortiers, fusées diverses et variées », raconte le gradé aux enquêteurs.
Des incidents violents ont déjà eu lieu la nuit précédente dans la forêt de Sivens, un gendarme mobile a été blessé et des grenades mobiles tirées. « Lors de nos instructions, il nous est rappelé que les grenades de quelque nature qu'elles soient ne doivent pas être jetées sur les manifestants du fait de leur dangerosité. Ils étaient tellement mobiles que dès fois ils se retrouvaient à l'endroit de chutes de nos grenades », tient à préciser le chef J.
La nuit du 25 au 26, le chef J. est à la tête d’un groupe de huit militaires positionné dans la « zone de vie », un espace protégé par un grillage et un fossé, où se trouvaient encore la veille des engins de chantier et un préfabriqué. Avec trois autres groupes, qui ont relevé les CRS à minuit, ils doivent « tenir » le site.
« Comme pour la veille, il fait nuit noire. Il y a effectivement des petits feux de part et d'autre mais pas suffisamment pour voir l'ensemble des manifestants. Nous utilisons nos projecteurs des véhicules. Pour ma part, j'utilise les intensificateurs de lumière. J'arrive à estimer que les manifestants sont entre 80 et 100. D'autres, par contre, progressent en approche de nos positions en empruntant et en logeant la RD 132. »
« Petit à petit, la situation se dégrade. Ils jettent des projectiles sur les militaires situés au niveau de portail d'accès. Ces projectiles sont du même genre que ceux que j'ai décrits précédemment. Ils provoquent. Ils harcèlent. Nous avons le sentiment qu'ils cherchent une réponse de notre part. »
« Dans un premier temps, les directives de notre hiérarchie sont claires à savoir qu'on maintient notre position sans réplique de notre part. L'agression des manifestants devient plus intense et violente toujours par le biais de leurs moyens. Ils se rapprochent de nos positions. Ils sont de plus en plus nombreux. Les directives de notre commandement varient. Il est fait état d'usage de lacrymogènes. »
« Les sommations sont faites pour les inviter à quitter la zone. Le conducteur effectue les sommations à l'aide du haut-parleur de nos véhicules de dotation. Ces sommations sont claires et audibles. Malgré nos injonctions, la situation perdure. Ils sont toujours violents et prêts à aller à l'affrontement. Les sommations sont, une nouvelle fois, réitérées. Cette fois, des grenades lacrymogènes sont projetées en direction des manifestants. Elles sont lancées à l'aide de "Cougar". La situation dégénère. Ils sont de plus en plus nombreux et viennent au contact. Maintenant en plus de la position devant le portail, ils occupent clairement le RD 132 et se déploient par petits groupes devant ma position. »
« Malgré ces sommations, la pression des manifestants s'accentue. A ce moment là, nous n'avons pas été agressés, les opposants se focalisaient sur la porte d'entrée. Plusieurs manifestants passaient devant notre position sans nous voir. Conformément aux ordres nous effectuons des tirs isolés de LBD (lanceur de balle de défense - ndlr) sur les individus les plus virulents. A un moment donné, un individu est touché, au lieu de reculer, il a appelé ces compagnons. J'ai constaté qu'un groupe de 5 à 6 personnes déterminées venait vers nous. Il était suivi de quelques mètres par un groupe plus nombreux. Ils étaient violents agressifs et motivés. J'ai vu cela alors que je regardais avec des "IL" (NDLR : jumelles à intensificateur de lumière). »
« Ils nous projetaient des pierres », poursuit le chef J. « Là, une demande de renfort est faite par mon commande de peloton. Au vu de la situation qui à mes yeux était critique, je prends la décision de jeter une grenade offensive. Avant de la jeter, je préviens les manifestants de mon intention. Devant moi il y a un grillage et je suis obligé de la jeter par-dessus celui-ci. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je prends soin d'éviter de l'envoyer sur les manifestants eux mêmes mais à proximité de ces derniers. Donc, je la dégoupille, il fait noir mais je connais leur position puisque je l'ai vue grâce à l'observation à l'aide des "IL". Je précise qu'au moment du jet les individus me font face. »
« Je la projette sur ma droite pour les éviter, mais là encore comme je vous l'ai dit, ils bougent beaucoup et je ne sais pas ce qu'ils font au moment où je jette effectivement la grenade. La grenade explose à proximité des personnes qui sont présentes. Personnellement je ne vois pas ce qu'il se passe après le jet de ma grenade. Par contre, deux de mes camarades me disent qu'ils ont vu quelqu'un tomber suite à l'explosion. D'abord je prends les " IL", et je regarde si les manifestants sont partis. Ils sont partis. Mais par contre je vois une masse au sol. Je demande à un collègue qui se trouve à mes côtés d'éclairer l'endroit où se trouve cette masse. Là, nous distinguons qu'il s'agit d'une personne qui est au sol. »
« Je rends compte verbalement à mon commandant de peloton de l'incident. Nous mettons en place un gros projecteur et là effectivement nous constatons la présence d'un corps. Ce projecteur, nous ne nous en sommes pas servi avant car, à cause de sa puissance, il a peu d'autonomie. »
« Après avoir identifié ce corps, et constatant que tous les manifestants sont éloignés, nous organisons une opération pour aller chercher la personne allongée au sol. C'est le peloton d'intervention qui se charge de cette mission. Il passe par le portail, et longe le fossé qui se trouve devant le grillage jusqu'au corps. Ils sont couverts par le reste de l'escadron qui noie la zone dans un nuage de lacrymogène. La personne est ramenée dans la zone de vie. Je vois la manœuvre. A partir de la, nous reculons nous mettre à l'abri de notre véhicule car les projectiles pleuvent sans arrêt. Une fois le corps de la personne ramené dans la zone de vie, je ne sais pas ce qui se passe. A un moment donné, on me demande de rejoindre mon commandant d'unité. Celui-ci m'explique que je vais être entendu par la BR (NDLR : la brigade de recherches) de Gaillac car la personne que le PI (NDLR : le peloton d’intervention) a secourue est décédée. »
« Entre le moment où j'ai jeté la grenade et le moment de l'annonce par mon commandant d'unité du décès de la personne, il s'est écoulé environ 5 ou 10 minutes. Ce temps, j'étais occupé à défendre notre position. Nous étions harcelés en permanence par les opposants qui continuaient leur agression », conclut le gradé.

« Je m'aperçois immédiatement que c'est grave »
Autre témoignage précieux, celui de l’officier responsable des opérations cette nuit-là. Le lieutenant-colonel L., qui commande le GTC (composé de trois escadrons de gendarmes mobiles et un de CRS), est entendu dimanche 26 à 4 h 30 du matin. Le samedi 25 au matin, à 9 h 30, expose-t-il, une réunion a été organisée à la compagnie de gendarmerie de Gaillac, dirigée par l’adjoint au commandant de groupement du Tarn, le lieutenant-colonel Andréani.
« La mission que je reçois est de tenir la zone vie sur le chantier dans la forêt, Sivens à Lisle-sur-Tarn, ainsi que de tenir et défendre le site où sont stationnés les engins de chantier sur la commune de Rabastens. » Le dispositif prévu par le GTC est validé à la mi-journée par le lieutenant-colonel Rénier, commandant du groupement du Tarn.
Cette journée du 25 octobre se passe calmement jusqu’à 15 h 30, où commencent les premiers incidents. L’officier raconte. « Il est à noter que depuis 21 heures des groupes de jeunes s'installent à côté de la zone de vie en allumant des feux et en se resserrant progressivement sur la zone vie. Il y a environ 150 personnes à ce moment là.
 Vers une heure la pression des jeunes est de plus en plus importante, ils sont à environ 20 mètres de la zone et ont commencé à caillasser les forces de l'ordre.
 Trois pelotons sont impactés, à savoir Alpha et India au niveau de la grille et Charlie à l'autre extrémité du dispositif face à un grand découvert. »
« Les jets de pierres deviennent de plus en plus virulents, nous recevrons des fusées de détresse et des cocktails Molotov, je fais régulièrement des comptes rendus au CORG (NDLR : le centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie, à l’échelon départemental) par téléphone. Je rends compte également au niveau du commandant de groupement en second, le Lieutenant colonel Andréani, qui me confirme ma mission à savoir tenir le site. Je tiens à préciser que le préfet du Tarn, par l'intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d'une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l'ordre », rappelle le lieutenant-colonel L.
« Après des avertissements répétés plusieurs fois par l'intermédiaire des "publics-address" (NDLR : des haut-parleurs) dont sont dotés les Iris Bus, à l'adresse des manifestants qui n'ont pas pu ne pas les entendre, et qui réagissaient à chaque fois en sifflant et vociférant à notre encontre, et devant l'augmentation des jets de projectiles et le risque couru par les forces de l'ordre dû à la proximité des lanceurs, il est décidé afin de sécuriser la troupe et en application du code de la sécurité intérieure d'employer la force (grenades lacrymogènes à mains) puis l'usage des armes. »
L'officier poursuit son récit. « Dans un premier temps, grenades lacrymogènes à fusils, puis grenades à fusil F4 et grenades à main offensives. La situation est à ce moment là particulièrement tendue devant les positions des pelotons India et Alpha situés sur la gauche du dispositif puisqu'ils sont harcelés depuis les hauteurs. Dans le glacis qui fait face à la zone vie, des groupes nous harcèlent aussi bien du côté d'India que d'Alpha que du côté de Charlie qui est isolé sur la droite du dispositif. »
« L'usage des armes est régulé à un rythme contrôlé et modéré par le commandant de la troupe (moi-même) et le commandant de l'escadron le capitaine J., qui est un officier expérimenté et très calme. Il est à noter que des tirs de LBD ont eu lieu. Dans le glacis à un moment une personne semble être blessée, la projection du peloton d'intervention permet de ramener cette personne dans nos rangs et de constater qu'elle est seulement choquée suite à un projectile de LBD. »
À propos du décès de Rémi Fraisse, qualifié d'« incident », voici ce que dit l'officier. « Au moment de l'incident qui fait l'objet de la présente procédure, je me trouve à la gauche du dispositif, derrière les pelotons India et Alpha, avec le capitaine commandant l'escadron. La situation est difficile à ce moment là, car les opposants sont de plus en plus virulents et agressifs. L'usage des armes sous les trois formes déjà mentionnées (Offensives, F4 et Lacrymogènes) sont nombreux (sic). »
« Dans ce contexte, je ne peux pas voir tous les usages des armes. J'effectue cependant régulièrement des rappels concernant l'usage qu'il en est fait, afin de le limiter à la stricte nécessité. »
« A un moment, l'information me remonte qu'un individu serait étendu sur la droite de notre dispositif. En observant bien la zone, nous avons un doute, nous ne savons pas s'il s'agit d'une personne ou de matériels abandonnés. Après confirmation qu'il s'agit bien d'une personne qui est étendue et semble inanimée, je donne l'ordre très rapidement à l'escadron de La Réole de procéder à la récupération de la personne afin de la mettre en sécurité et éventuellement de procéder aux soins dont elle aurait besoin. »
« Je tiens à préciser que la récupération de la personne constitue une opération difficile étant donné le degré de violences des opposants à ce moment là. Le peloton d'intervention est donc projeté et ramène la personne derrière nos lignes. Je m'aperçois immédiatement que c'est grave car la personne semble inconsciente et ne réagit pas. Elle est étendue à l'arrière d'un Iris Bus, celui Alpha 2 il me semble, je demande à l'escadron s'il a un secouriste dans ses rangs. On me répond par l'affirmative et le secouriste arrive immédiatement. Simultanément, j'appelle le CORG pour demander l'intervention des secours », poursuit le lieutenant-colonel.
« Alors que j'attends d'être mis en relation avec le Samu, l'infirmier me rend compte que la personne semble décédée. Après avoir eu le médecin du Samu au téléphone, je décide de lui passer l'infirmier, ceux-ci échangent pendant une à deux minutes. L'infirmier n'arrivant pas à convaincre le médecin d'envoyer une équipe médicale, je reprends le téléphone. Le correspondant me dit qu'il n'y a plus de médecins disponibles au SAMU suite à leur engagement sur d'autres interventions, et que d'après les échanges avec l'infirmier de l'escadron, la mort ne semble pas faire de doute. »
« Il est finalement décidé d'envoyer les pompiers de Gaillac. Ceux-ci arrivent quelques minutes plus tard. Le corps du décédé étant resté dans l'Iris Bus. J'aperçois du sang qui coule au niveau de son cou. Les opposants ne réagissent pas, n'ayant pas conscience de la gravité de l'affaire. A l'arrivée des pompiers, et de façon discrète, ceux-ci mettent le corps dans un sac de transport afin de le mettre dans le VSAB (NDLR : véhicule de secours aux asphyxiés et blessés) et d'évacuer la zone. »
« Des gendarmes départementaux étaient arrivés sur le site environ 30 min avant cet incident. Ils sont aussitôt informés de ce fait, et recueillent immédiatement les premières informations auprès des militaires les plus proches de la zone de découverte de la personne. Ces militaires ont principalement eu un entretien avec un gradé de l'escadron qui aurait fait usage d'une grenade offensive peu de temps avant la découverte de la personne décédée et dans une zone proche de celle-ci », conclut l'officier.

« J'ai vu la silhouette d'un individu s'écrouler »
Autre témoignage éclairant, celui du major A., qui est entendu par les enquêteurs dimanche 26 à 3 h 55 du matin.
« Ce jour, à minuit, nous avons relevé l'escadron déjà en place. Mission pour moi et mon groupe de renseigner et de maintenir à distance l'adversaire sur le secteur droit de la RD 132. Avec moi, se trouvaient 8 personnels scindés en deux équipes, les mêmes missions confiées à ces deux groupes mais deux secteurs déterminés », commence-t-il.
« La situation a continué de croître et j'ai à nouveau fait les avertissements réglementaires disant que nous allions faire usage de grenades explosives après avoir invité les individus présents à quitter les lieux. »
« J'ai donné l'ordre au chef J. de jeter une grenade de type OF en direction des adversaires », assure le major, alors que le chef J. dit avoir fait ce choix de lui-même. « Je n'ai pas vu le jet et donc la trajectoire prise par la grenade. Je l'ai entendue exploser et me suis retourné de suite. Les manifestants étaient à proximité. Il s'agissait d'un petit groupe de 5 à 6 personnes. Bien que nous étions toujours dans le noir et qu'il y avait des nuages de lacrymogène, on distinguait les silhouettes des individus. Quand j'ai regardé pour voir si les manifestants quittaient les lieux ou du moins, se dispersaient, j'ai vu la silhouette d'un individu s'écrouler à terre. Je ne peux vous dire avec certitude si la personne s'est écroulée au même endroit que l’endroit où a explosé la grenade. » 
« Les autres adversaires ont reculé et nous avons éclairé la zone car il me semblait que l'individu que j'avais vu s'écrouler n'avait pas quitté les lieux. Nous avons vu que la personne était toujours au sol. Je précise que nous étions séparés des adversaires par un grillage et que tous les jets de projectiles et de grenade s'effectuaient par dessus. Je pense qu'il devait faire aux alentours de 180 cm de hauteur. J'ai donc rendu compte à mon commandant d'escadron qui a décidé d'engager un peloton (le peloton d'intervention) pour aller voir quelle était la situation. J'ai poursuivi ma mission avec mes hommes. »
« C'est le commandant d'escadron le capitaine J. qui m'a informé que l'individu avait été extrait de la zone et il rentrait sur notre zone. J'ai su qu'il avait été extrait par le P.I et que lorsqu'ils étaient sur notre zone, ils avaient constaté que l'individu présentait des blessures et des saignements. Le commandant d'escadron m'a appelé afin que le gendarme D., qui est également infirmier, se rende au niveau du véhicule où se trouvait la victime. Le capitaine par la suite m'a informé que la personne était décédée. J'ai appris par la radio que le corps allait être pris en charge par les pompiers. Je précise que toute cette situation est montée crescendo et que les moyens ont été adaptés à la situation. »
Saisis par le parquet d'Albi, les gendarmes de la section des recherches (SR) de Toulouse arrivent environ une heure plus tard (le passage à l'heure d'hiver, cette nuit-là, perturbe un peu la chronologie effectuée par les gendarmes), et reprennent l’enquête commencée par leurs collègues de la BR de Gaillac. Dès dimanche matin, au vu de ces deux témoignages très précis, et d’une dizaine d’autres dont Mediapart a pu prendre connaissance, il ne faisait en tout cas guère de doute qu’une grenade lancée par le militaire avait tué un jeune manifestant. Pourtant, la communication du préfet du Tarn et du procureur d'Albi, comme celle du ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve, seront plus que floues sur cette responsabilité des services de l'État.

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 14:47

Après la Suède en 1997, la Norvège, l’Islande et la Corée du Sud, voici maintenant que le Canada et l’Irlande du Nord s’engagent contre le système prostitueur en adoptant une loi qui prévoit de pénaliser les clients-prostitueurs, mais non les personnes prostituées.

Au Canada, la loi C36 adoptée le 13 octobre 2014 introduit la criminalisation des « acheteurs de services sexuels » et rétablit celle des proxénètes et des entremetteurs, notamment les vendeurs de publicités sur papier ou en ligne pour ces « services » ; la vente de « services sexuels » ne sera pas traitée comme un acte criminel, sauf si elle a lieu à proximité de parcs, d’écoles ou d’établissements religieux.

En Irlande du Nord, dans le cadre d’un projet de loi sur la traite d'êtres humains, le parlement a approuvé le 21 octobre 2014 un amendement qui prévoit de pénaliser les « clients » de prostituées. Ce texte doit encore être soumis à deux votes parlementaires. L'Irlande du Nord, où les bordels et le proxénétisme sont interdits, est la première région du Royaume-Uni à voter une telle interdiction.

En France, la proposition de loi dont une disposition (la seule dont on ait débattu dans les médias) prévoit de pénaliser les clients-prostitueurs a été adoptée par l’Assemblée nationale le 4 décembre 2013, et doit encore être votée par le Sénat.

Zéromacho Des hommes contre la prostitution et pour l’égalité dénonce un scandale, voyez le site http://zeromacho.wordpress.com/2014/10/28/senat-zeromacho-revele-une-manipulation/, ainsi que « Bidouillages au Sénat », article de Gérard Biard dans Charlie-hebdo :

La proposition de loi contre le système prostitutionnel, votée à l’Assemblée nationale, tarde à être inscrite à l’ordre du jour du Sénat. Pour ses opposants, tous les moyens sont bons. L’exemple suédois démontre le contraire : le 20 mai 2014, la commission spéciale du Sénat auditionnait le Suédois Simon Häggström, inspecteur chef de la brigade anti-prostitution de Stockholm et témoin capital pour juger de quinze années d’application de la loi pénalisant les clients-prostitueurs, mais le compte rendu de son intervention a été tronqué et falsifié sur plusieurs points importants. En résumé, voici les trois arguments centraux pour s’opposer à la pénalisation des « clients », et les réponses suédoises. 

* la mise en danger des personnes prostituées que la pénalisation aggraverait encore :

-> l’inspecteur affirme (vidéo à 30’) : 

« Les femmes prostituées disent que la Suède est un pays plus sûr que les autres. Beaucoup ont vendu du sexe avant, dans d’autres pays européens, et elles disent que les Suédois qui viennent les voir ont très peur, parce qu’ils savent que la police les recherche, et savent qu’il faut qu’ils se conduisent bien parce que s’ils se conduisent mal, la femme peut appeler la police sans être punie, sans encourir aucune pénalité

* Le déplacement de la prostitution en dehors des villes ou à l’étranger

-> L’inspecteur nous dit à propos des mythes répandus :

« Une critique est que la loi conduira les clients vers d’autres pays : c’est en partie vrai, car 70 % des clients disent que leur achat précédent s’est fait dans un autre pays. Mais c’est la preuve que la loi marche parce que les Suédois n’osent pas acheter du sexe en Suède. C’est pour cela qu’il faut que plus de pays adoptent cette législation ou une législation similaire. »

* L’impossibilité de trouver les « clients » contrevenants et de prouver leur culpabilité

-> L’inspecteur témoigne :

« 8 clients sur 10 admettent le crime immédiatement sur les lieux d’arrestation. Sans même que nous ayons eu à les conduire au poste de police. ».

En France, Rosen Hicher, ancienne prostituée, a marché pendant 740 km, et est arrivée devant le Sénat le 12 octobre 2014 pour demander l’inscription à l’ordre du jour  de la proposition de loi. Des membres du collectif Abolition 2012, dont fait partie Zéromacho, se sont joints à elle pendant plusieurs étapes de sa marche et l’ont accueillie à son arrivée à Paris.

Malgré la marche de Rosen, couverte par de nombreux médias, malgré le travail persévérant d’Abolition 2012, aucune date n’a encore été fixée pour le vote au Sénat.

Fondé en 2011, Zéromacho, réseau international d’hommes, groupe les signataires d’un manifeste contre le système prostitueur et pour l’égalité femmes-hommes (2 714 hommes de 56 pays)  Responsables : Gérard Biard, Patric Jean et Frédéric Robert

80 quai de Jemmapes 75010 Paris  info.zeromacho@gmail.com   site http://www.zeromacho.eu/

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 12:14

Cette "plateforme 93", texte-appel à signatures en Seine saint Denis, émane de membres de différentes associations, collectifs, individus qui, s'intéressant à la situation des Rroms, souhaitent continuer à participer à une réflexion sur cette problématique même en dehors "d'urgence locale". Europe Ecologie Les Verts 93 en est évidemment signataire. L'objectif de cette plateforme est bien sûr dans un premier temps d'interpeller le préfet du 93 afin de le faire réagir... et de participer ensemble à une réflexion sur le fond.


Plateforme 93 de soutien aux Rroms occupant des terrains

 

Dans le cadre d'une politique marquée depuis plusieurs années par la stigmatisation des étrangers, le gouvernement a accéléré les destructions de campements et les expulsions de Rroms migrants. Dans un contexte de précarisation générale, où le chômage explose, où la pauvreté atteint de plus en plus de personnes, où le mal-logement persiste, l’Etat cible des catégories de population pour fabriquer de nouveaux « ennemis de l’intérieur », qu’ils soient jeunes de banlieue, Gens du Voyage ou Rroms, il exalte l’ « identité nationale » et le rejet de l’étranger, légitimé par le discours de N. Sarkozy à Grenoble et en voie d'être légalisé par le projet de loi sur la « sécurité intérieure » (LOPPSI 2), qui fournira les moyens d'une répression accrue. .

 

Pour autant, la situation des Rroms venant d’Europe de l’Est n’a guère changé depuis des années. En France, les destructions des campements et les expulsions collectives, organisées selon des critères ethniques ont commencé bien avant les annonces xénophobes de Nicolas Sarkozy au mois de juillet. Les expulsions continuent, des cars de CRS accompagnés de bulldozers jettent dehors les habitants des terrains de fortune et des squats, rasent les maisons construites par leurs habitants, terrorisent des enfants et détruisent les formes de vie précaires qui s’y étaient organisées. Selon les déclarations d'Eric Besson à l'Assemblée nationale le 3 novembre dernier, sur 21384 personnes expulsées de France entre janvier et septembre 2010, 13241 (7472 retours forcés et 6769 retours "aidés") concernent des Roumains et des Bulgares, soit près de 62%.

 

Mais une résistance s'organise. Le 4 septembre dernier, des manifestations dans toute la France ont rassemblé des dizaines de milliers de manifestants pour dénoncer la politique xénophobe et sécuritaire du gouvernement, condamnée aussi par des autorités religieuses diverses et des instances internationales comme l'Union Européenne et les Nations Unies. Localement aussi, une solidarité active avec les Rroms se manifeste.

Nous, habitants de Seine-Saint-Denis, constatons les dégâts humains de cette politique : aggravation de conditions sanitaires, interruptions de scolarité, rupture des liens établis avec le voisinage et les associations, destructions des biens accroissant la précarité,...

Nous ne nous laisserons pas diviser et enfermer dans des catégories ethniques. Depuis des mois, avec les Rroms, nous (voisins, groupes locaux, associations) nous organisons en comités de soutien pour nous opposer aux destructions et aux expulsions, par exemple à Bobigny, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Le Pré-Saint-Gervais, Saint-Denis, Tremblay-en-France… et réclamer la mise en oeuvre d'une autre logique politique en faveur des Rroms comme de l'ensemble des migrants accueillis sur notre sol.

 

Nous exigeons de l’Etat :

- L’arrêt immédiat des destructions des terrains occupés et du harcèlement policier ;

- La fin des expulsions du territoire français ;

- La fin du régime transitoire qui empêche les ressortissants de Roumanie et de Bulgarie, pourtant citoyens européens, d’accéder à l’emploi ;

- L’arrêt des discriminations et l’accès aux droits fondamentaux (séjour, emploi, logement, santé, éducation).

 

Nous exigeons des collectivités territoriales (communes, département, région) :

- Un engagement public aux côtés des Rroms menacés d’expulsion et une intervention directe auprès des propriétaires tels que Réseau Ferré de France ou la Ville de Paris ;

- Une participation à la construction de solidarités locales indispensables pour que tous ensemble, nous obtenions des engagements et financements de l’Etat ainsi que de l’Union Européenne ;

- Des services minimums assurés aux familles, par la mise à disposition des terrains viabilisés (accès à l’eau potable, à l’électricité, à des toilettes propres, au ramassage des déchets…) afin de permettre des conditions de vie dignes ;

- La mise en place de la scolarisation des enfants, l’accès aux soins, dans des structures de droit commun (PMI, dispensaires, …), la domiciliation des personnes ;

- La recherche de solutions locales en collaboration avec les familles concernées, dans le respect de leurs droits et libertés.

- La participation des Rroms à tous les aspects de la vie des communes, afin de favoriser leur expression culturelle et ainsi faire reculer les préjugés racistes.

 

Premiers signataires : Alternative libertaire 93, ASET 93, CGT-Educ'action 93, Comités de soutien aux Rroms de Bobigny, Bondy, Bry et Noisy-le-Grand, Montreuil, Sevran-Temblay-Villepinte, EELV 93 , GIB (Groupe d'Intervention Bidonville) 93200, LDH 93, MRAP 93, NPA 93, Union Syndicale Solidaires 93.... Cette plateforme est soutenue par le GISTI


Dans un 2ème temps, les signataires se chargeront de proposer ce texte aux départements de la région, voir ensuite de le faire circuler sur le plan national, recherchant un grand mouvement de réflexions et d'actions sur la situation des Rroms car -même si l'actualité (il y a toujours des expulsions de terrain ou distribution de reconduites à la frontière) et la période hivernale rendent moins visibles leurs conditions d'accueil et de vie en France, nous savons tous que le problème reste entier.



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