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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 12:02

Un premier recours pour « carence fautive de l’État » doit être déposé mercredi devant le tribunal administratif de Paris. D’autres devraient suivre dans plusieurs régions. Par Stéphane Mandard le 7 juin 2017 pour Le Monde. Lire aussi Chiche, on attaque en justice la Commission européenne ?, La pollution de l'air, troisième cause de mortalité en France, La France désarmée face à la plus grave pollution de l’air depuis 10 ans et Paris annonce la création d’un observatoire mondial de la pollution de l’air, mais aussi les premières plaintes en 2015 2,3 millions de Franciliens respirent un air trop pollué, ou  Vivre près des axes routiers accroît le risque de démence et Qualité de l'air : l'ultime coup de semonce de l'Europe à la France.

Clotilde Nonnez, professeure de yoga, pratique la chandelle pour désencombrer ses bronches, chez elle, à Paris le 2 juin. AGNES DHERBEYS POUR LE MONDE

Clotilde Nonnez, professeure de yoga, pratique la chandelle pour désencombrer ses bronches, chez elle, à Paris le 2 juin. AGNES DHERBEYS POUR LE MONDE

Chaque matin, c’est le même rituel. Lorsqu’elle se lève, Clotilde Nonnez lance fébrilement l’application Airparif sur son smartphone pour découvrir l’indice de pollution de la journée. Puis elle prend deux grandes bouffées d’Innovair 200, un comprimé de Singulair, un sachet d’Exomuc et se lance dans quelques exercices de respiration et de méditation. « Si je ne faisais pas de yoga, je vivrais depuis longtemps sous assistance respiratoire », dit-elle.

Elle souffre de problèmes respiratoires qui se transforment en cauchemar à chaque pic de pollution. Lors du dernier épisode de décembre 2016, elle a bien cru qu’elle allait « y laisser [sa] peau ».

Alors, cette Parisienne de 56 ans, qui donne des cours de hatha yoga, a décidé de réagir. Et de demander des comptes à l’État. Mercredi 7 juin, son avocat, François Lafforgue, doit déposer une requête devant le tribunal administratif de Paris pour « carence fautive ». Une première.

« Nous engageons la responsabilité de l’État, car nous considérons que les déboires médicaux subis par les victimes de la pollution sont le résultat de l’inaction des autorités administratives contre la pollution de l’air, qui cause chaque année 48 000 morts prématurées en France », explique François Lafforgue. L’avocat, qui s’est forgé une solide réputation dans les dossiers de santé publique (AZF, amiante, Monsanto), assure qu’une vingtaine de recours, au total, sont prêts à être déposés dans les prochaines semaines auprès de tribunaux des agglomérations de Paris, de Lyon, de Lille et dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie).

« Des gens meurent tous les jours »

Le cas de Clotilde Nonnez, s’il est emblématique, n’est pas isolé. L’association Respire, qui l’accompagne dans sa démarche avec Écologie sans frontière (ESF) et Générations futures, a recueilli près de 600 témoignages, en trois ans, de personnes souffrant de la mauvaise qualité de l’air. « Les victimes de la pollution de l’air sont comme la pollution : invisibles, résume Olivier Blond, le président de Respire. On est un peu comme dans la situation de la Gay Pride il y a vingt-cinq ans, des gens meurent tous les jours et tout le monde s’en fout. On veut les rendre visibles. »

Et comme « rien d’autre ne marche pour faire bouger les décideurs », ils ont convaincu Clotilde Nonnez de se retourner contre l’État. « Jusqu’à maintenant, il nous a toujours manqué le lien de causalité avec les victimes, explique Franck Laval dont la plainte – avec son association ESF – pour mise en danger d’autrui lors du pic de pollution de 2014, déjà avec Me Lafforgue, avait été classée sans suite après l’ouverture d’une enquête préliminaire. Mais là, le dossier est solide judiciairement. »

Que dit précisément le dossier de Clotilde Nonnez ? Que cette ancienne danseuse du Crazy Horse aux yeux bleu délavé a commencé à développer, trois ans après son arrivée en 1979 dans la capitale depuis sa Bretagne natale, des pathologies respiratoires (asthme et bronchites chroniques). Qu’elle a enchaîné les traitements lourds à base de corticoïdes, d’antibiotiques, d’injections, de kinésithérapie respiratoire et autres cures thermales. Qu’elle a multiplié les séjours à l’hôpital (« une dizaine, souvent au moins dix jours ») pour des pneumopathies à répétition, des sinusites, des otites et une pleurésie.

Clothilde Nonnez, chez elle à Paris le 2 juin. Elle souffre de problèmes respiratoires qui s’accentuent à chaque pic de pollution. AGNES DHERBEYS POUR LE MONDE

Clothilde Nonnez, chez elle à Paris le 2 juin. Elle souffre de problèmes respiratoires qui s’accentuent à chaque pic de pollution. AGNES DHERBEYS POUR LE MONDE

« Vous auriez pu faire un arrêt cardiaque »

La dernière hospitalisation remonte à l’hiver 2016. Dans la nuit 5 au 6 décembre, alors que l’Ile-de-France vient de passer en état d’alerte pollution (les taux de particules fines PM10 ayant atteint 104 µg/m³, soit deux fois le seuil limite), Clotilde Nonnez est victime d’un malaise associé à une crise d’insuffisance respiratoire aiguë.

Les bouffées de Ventoline et d’Innovair ne la calment pas. Prise de douleurs thoraciques, elle est emmenée par son compagnon aux urgences à l’hôpital Cochin, où on lui diagnostique une infection virale. Le lendemain, elle consulte son médecin traitant qui fait immédiatement « un lien direct avec l’épisode de pollution », comme elle l’écrit sur le certificat que Clotilde Nonnez a soigneusement conservé.

Malgré la prise de cortisone et d’antibiotique, la douleur se fait plus intense. La professeur de yoga n’est plus en mesure d’assurer ses cours. Elle prend rendez-vous le 13 décembre chez son pneumologue. « J’avais mal au cœur, c’était à hurler », raconte Clotilde Nonnez, qui croise alors son cardiologue qui lui fait passer aussitôt un scanner. « Vous avez beaucoup de chance, car depuis huit jours, vous auriez pu faire un arrêt cardiaque à tout moment », lui lance le médecin, qui diagnostique une péricardite avec un épanchement important. « J’avais de l’eau autour du cœur, c’est pour ça que j’étais totalement épuisée », traduit Clotilde Nonnez pour qui le jargon médical n’a plus de secret.

Pour soigner sa péricardite, la Parisienne, qui vit dans le 5e arrondissement, a dû ajouter pendant cinq mois à son traitement de fond quotidien des prises de Colchicine, trois séances de kinésithérapie respiratoire par semaine et un antibiotique (l’azithromycine) pour prévenir les infections bronchiques, qu’elle devra sans doute garder à vie.

« Quitter Paris pour ne pas y laisser ma peau »

Mais aujourd’hui, Clotilde Nonnez n’a pas retrouvé ses capacités d’avant le pic de pollution et a dû réduire ses cours de yoga. « Il n’y a pas un jour où je suis bien, confie-t-elle sans pouvoir contenir les crépitements qui montent de ses poumons et l’obligent à cracher régulièrement dans un mouchoir. Le week-end de l’Ascension, il y avait de la pollution à l’ozone à Paris, personne n’en parlait, mais moi je peux vous dire que j’en ai encore pleuré. »

Elle qui ne supporte plus la cortisone et les séances de kiné a dû se lever en pleine nuit pour faire la chandelle contre le mur, tête en bas, afin d’essayer d’évacuer ce qui l’encombre, raconte-t-elle en joignant le geste à la parole.

« Je vieillis… Un jour, je ne pourrai plus faire tout ça, et je serai obligée de quitter Paris pour ne pas y laisser ma peau, dit Clotilde Nonnez, qui a conservé son port de danseuse. Mais mon avocat m’explique que ce n’est pas à moi de partir, mais à l’État de payer. »

François Lafforgue, dont la première demande d’indemnisation, le 28 février, auprès du ministère de l’environnement et du préfet de Paris, est restée lettre morte, attend aujourd’hui du tribunal administratif qu’il « déclare l’État responsable du préjudice subi » par sa cliente et le condamne au paiement de 140 000 euros.

La France mise en demeure par Bruxelles

Dans le cas du pic de pollution de décembre 2016, qui a duré quasiment un mois, l’avocat reproche notamment aux services de l’État de ne pas avoir pris les mesures efficaces comme l’interdiction d’utiliser du bois en chauffage individuel d’appoint ou d’avoir attendu une semaine avant de décider la circulation alternée et de ne pas l’avoir maintenue.

Des « carences fautives de l’État » au regard du droit national (le code de l’environnement reconnaît à chacun le « droit à respirer un air qui ne nuise pas à santé ») et du droit européen (la France fait l’objet d’une mise en demeure de Bruxelles pour dépassement des valeurs limites des particules fines et de dioxyde d’azote, particulièrement en Ile-de-France).

« Ce combat, c’est pour améliorer notre air à tous, dit simplement Clotilde Nonnez, qui confie avoir de plus en plus de « problèmes déontologiques : je passe ma vie à expliquer aux gens comment respirer… un air pollué ».

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 18:33

Porté par Auchan et un investisseur chinois, soutenu par la région Ile-de-France et l’Etat, ce projet consommerait quelque 700 hectares de terres agricoles. Par Rémi Barroux, envoyé spécial à Gonesse (Val d’Oise) le 22 mai 2017 pour Le Monde. Lire aussi EuropaCity : une étude remet en cause la création des 11 500 emplois promis, Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables, EuropaCity, l'hyperconsumérisme en débat et Le Bêtisier d'Europacity, chapitre 1 : Images d'Épinal.    

Notre candidat-député écologiste Dominique BUSSON était là !

Mobilisation contre le megaprojet Europacity dans le Val d’Oise
À Gonesse (Val-d'Oise), dimanche 21 mai 2017, un millier de manifestants protestent contre le projet Europa City, visant à implanter un méga centre commercial et des activités de loisirs dans le triangle de Gonesse. Photo : R. Bx.

À Gonesse (Val-d'Oise), dimanche 21 mai 2017, un millier de manifestants protestent contre le projet Europa City, visant à implanter un méga centre commercial et des activités de loisirs dans le triangle de Gonesse. Photo : R. Bx.

Aux cris de « des radis, pas des caddies » ou « des patates et des radis, non à Europa City », des centaines de personnes ont manifesté, dimanche 21 mai, jusque dans le centre-ville de Gonesse (Val d’Oise) pour clamer leur refus d’un projet d’hypercentre commercial promu par le groupe de grande distribution Auchan.

Organisée par le Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), la manifestation, qui s’est déroulée dans une ambiance bon enfant et sous un soleil de plomb, était soutenue par de nombreuses organisations, dont France nature environnement (FNE), Les Amis de la terre, la Confédération paysanne, Solidaires, la CGT d’Ile-de-France ou encore Attac, Biocoop et le réseau d’Amap. Venus en car de Nantes, les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont aussi marqué leur solidarité contre un autre « projet d’artificialisation de terres agricoles ».

« Les similitudes sont nombreuses entre nos combats, explique Julien Durand, l’une des figures historiques de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa). Les décisions sont prises par des grands groupes financiers, Vinci chez nous, Auchan ici. » Pour entretenir ces liens de solidarité, le CPTG et la lutte de Gonesse seront les invités d’honneur du rassemblement annuel qui se tiendra sur la « zone à défendre » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, les 8 et 9 juillet.

3 décharges, 2 aéroports et 2 autoroutes

Dans le triangle de Gonesse, l’enjeu n’est pas un aéroport. Celui-ci est déjà construit, à Roissy et les avions survolent sans relâche la zone. « Nous avons trois décharges, deux aéroports et deux autoroutes sur notre petit territoire, ça suffit, il faut s’opposer à ce projet nuisible et très coûteux », tonne dans la sono le président du CPTG, Bernard Loup. Ce projet devrait bénéficier d’« un milliard d’euros de financement public » pour construire une gare, destinée à desservir un centre commercial géant, ainsi qu’un parc d’attractions climatisé. Une piste de ski artificielle a même un temps été envisagée.

Soutenu par l’État et la région Ile-de-France, le projet de 3,1 milliards d’euros est porté par Immochan (filiale d’Auchan) et un investisseur chinois, Dalian Wanda, spécialisé dans l’immobilier et le divertissement. Avant de voir le jour en 2024, il aura consommé 701 hectares de terres agricoles.

Si aucune ZAD ne s’est installée sur ces lieux immenses où pourrait être construite cette vaste zone d’activité commerciale et hôtelière, la guérilla juridique est, elle, bien engagée. En mai 2016, le député européen écologiste Pascal Durand a saisi la Commission des pétitions du Parlement européen pour violation par le projet du Triangle de Gonesse de plusieurs directives européennes, notamment – comme pour Notre-Dame-des-Landes – l’absence d’évaluation globale du caractère cumulatif des différents projets (ZAC, Europa City, Golf de Roissy, ligne 17 du futur métro du Grand Paris Express qui desservirait la gare de Triangle de Gonesse et qui a été déclarée d’utilité publique le 16 février).

Diverses procédures judiciaires

La bataille est aussi menée devant la justice française. Diverses procédures sont en cours, dont le recours, déposé en novembre 2016, contre l’arrêté préfectoral de création de la ZAC devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, contre la déclaration d’utilité publique ou, bientôt, contre le futur Plan local d’urbanisme (PLU).

Certains écriteaux, dans la manifestation, apostrophent le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. « Hulot, au boulot », peut-on notamment lire. « S’il fait vraiment la transition écologique, nul doute qu’il s’opposera à ce projet comme à toutes les privatisations de l’espace collectif, ces disparitions de terres agricoles », espère Annie Lahmer, conseillère régionale d’Europe Écologie Les-Verts (EELV).

Dimanche 21 mai 2017, à Gonesse (Val-d'Oise), des manifestants espèrent que le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, mettra fin au projet d'Europa City. Photo : R. Bx.

Dimanche 21 mai 2017, à Gonesse (Val-d'Oise), des manifestants espèrent que le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, mettra fin au projet d'Europa City. Photo : R. Bx.

Perchée sur son vélo, Aline Vue arbore un tee-shirt vert aux couleurs d’Alternatiba. La jeune femme refuse ce projet qui se fait au détriment d’une agriculture qui serait, selon elle, nécessaire pour nourrir l’Ile-de-France. « Il faut affirmer la résistance fertile pour préserver cette agriculture, plutôt que de construire des lieux où les gens viendront consommer en faisant des trucs débiles », affirme Aline Vue qui, dès le matin de ce dimanche ensoleillé, est venue planter symboliquement avec de nombreux enfants sur quelque 1 300 m2. Ce projet mené par le géant Auchan n’est pas le seul du genre.

La militante, normande et employée d’une mairie du Val-de-Marne, était de la lutte de la ferme des Bouillons qui, près de Rouen et depuis 2012, a lutté contre un autre projet d’Immochan. « Plusieurs collectifs anti-Auchan existent et se coordonnent contre ces projets inutiles et nuisibles, explique Aline Vue. À Cavaillon [Vaucluse], ce sont 45 ha visés, ou encore près d’Orléans, à Saint-Jean-de-Bray, le projet de village Oxylane de Décathlon [cette marque appartient, comme Auchan et de nombreuses enseignes, Kiabi, Saint-Maclou… à la famille Mulliez] », dénonce la jeune militante.

Agitant un drapeau aux couleurs de la CGT, Philippe (qui a préféré taire son nom), salarié de Servair, sur la plate-forme aéroportuaire de Roissy, déplore aussi ce projet nuisible à l’emploi et à l’environnement. « Les autres centres commerciaux qui existent dans le coin vont être menacés, les commerces de centre-ville vont être détruits par cette nouvelle concurrence et le climat, lui, va en prendre un coup avec de massives émissions de CO2. Tout va être bétonné, pourtant, c’est un joli coin ici », affirme le syndicaliste.

12 500 emplois promis

À Gonesse (Val-d'Oise), dimanche 21 mai 2017, contre le projet d'Auchan qui consommerait des centaines d'hectares de terres agricoles. Photo : R. Bx

À Gonesse (Val-d'Oise), dimanche 21 mai 2017, contre le projet d'Auchan qui consommerait des centaines d'hectares de terres agricoles. Photo : R. Bx

Pas convaincu par les « 12 500 emplois directs » promis par les porteurs du projet, Philippe espère que la mobilisation va s’amplifier. Car les centaines de personnes, un succès pour les organisateurs, témoignent d’une mobilisation encore faible. « A Notre-Dame-des-Landes, il y a des agriculteurs qui résident sur les terres où doit être construit l’aéroport, alors qu’ici, ce ne sont que des terres agricoles, il n’y a pas de maisons expulsées. Ceux qui habitent ici ne sont même pas au courant de ce qui se prépare », explique Jean-Yves Souben, vice-président du CPTG.

Pour contrer ce dossier vieux de cinq ans, les opposants ont conçu une alternative, le projet Carma, soit coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole. « Nous voulons remettre une agriculture durable au centre, avec un pôle de production, de l’agroforesterie, un pôle de transformation et une conserverie, un pôle consommateur avec, par exemple, les cantines des lycées, et un dernier pôle de retraitement des déchets qui serviront à produire de l’humus qui ira sur les terres », développe Robert Levesque, un ingénieur agronome. Ce projet devrait être présenté le 4 juin à la ville de Paris, qui détient une partie des terres de ce triangle de Gonesse.

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 09:32

Trois entreprises ont comparu pour avoir déversé 31 000 tonnes de mâchefer en Seine-et-Marne. Par Patricia Jolly le 18 mai 2017 pour Le Monde.

C’est Gomorra en Île-de-France ! si proche de la mafia italienne qui se nourrit de trafics de déchets… A mettre évidemment en relation avec notre lutte locale contre l’incinérateur prévu à Romainville, et donc, avec le tri sélectif en particulier des bio-déchets, et l’autonomie de notre territoire en matière de traitement de déchets. Lire aussi Incinérateur d’Ivry : un grand projet inutile et polluant aux portes de Paris - rassemblement vendredi 9 décembre, À Romainville contre l’incinération et Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?.

Séverin Millet

Séverin Millet

Entre le 3 août et le 14 septembre 2012, une noria de camions-bennes chargés de mâchefers est venue troubler l’atmosphère bucolique de Saint-Cyr-sur-Morin. Les habitants de ce village de Seine-et-Marne de 1 966 âmes l’ignoraient encore mais, durant cette période, les poids lourds ont acheminé pas moins de 31 000 tonnes de cette boue grisâtre issue de l’inciné­ration d’ordures ménagères du Val-de-Marne, afin de les enfouir illégalement sur des terrains agricoles de leur commune.

Avant d’être interrompue par les protestations de riverains auprès de la mairie, l’opération avait pour but de faire disparaître fraudu­leusement, à moindres frais et en en tirant un large bénéfice financier, jusqu’à 80 000 tonnes de mâchefers. Lorsqu’ils ne peuvent être recyclés comme matériaux de sous-couches routières, ces déchets non toxiques doivent en effet être transportés aux frais de leur gestionnaire, et stockés dans des installations spécialisées pour un coût de 50 à 70 euros par tonne.

« Poupées russes »

Mardi 16 mai, dans l’affaire de Saint-Cyr-sur-Morin, trois entreprises des secteurs du traitement des déchets et des travaux publics répondaient, devant la 31e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, de gestion irrégulière de déchets, d’exploitation d’une installation classée pour la protection de l’environnement sans autorisation, de dépôt illégal de déchets et d’infraction aux dispositions du plan local d’urbanisme.

« C’est un système de poupées russes, sauf qu’ici la petite est destinée à cacher la grosse », a résumé le procureur pour décrire le montage réalisé par Remblais Terre Route Groupe Environnement (RTR), l’entreprise de transports Vitrans et Cideme, un centre technique de valorisation de mâchefers qui est une filiale de TIRU, société détenue à 75 % par EDF.

Tout a commencé en juin 2012, lorsque Habib Ben M’Hamed, un proche du clan mafieux Hornec, avec lequel il participait à des affaires d’extorsions, a loué pour le compte de RTR, pour trois ans et contre 1 800 euros mensuels, des parcelles agricoles à des particuliers de Saint-Cyr-sur-Morin. L’homme, mort depuis les faits, ­disait vouloir faire remblayer par la société Vitrans ces terrains en légère déclivité avec 30 000 mètres cubes de « terre inerte sans matière polluante », afin de créer une plate-forme de recyclage et de concassage de déchets de béton.

« Personne n’en voudra »

La mairie qui lui en a accordé l’autorisation ignorait qu’au lieu de terre Vitrans comptait remblayer les terrains avec 31 000 tonnes de mâchefers qu’elle venait d’acheter à Cideme pour 124 000 euros. Les deux entre­prises prétendent qu’il s’agissait de les « valoriser en technique ­routière ». Vitrans a facturé 430 000 euros à Cideme pour le transport des déchets dont la valorisation n’a jamais eu lieu et qui ont transformé les terrains agricoles de Saint-Cyr-sur-Morin en dépôt sauvage.

Des courriels lus à l’audience prouvent que les responsables des deux sociétés étaient informés de la nature illégale du chantier de Saint-Cyr-sur-Morin. Ainsi, un responsable de Cideme écrit à sa supérieure hiérarchique, peu avant le début de l’opération, à propos des encombrants mâchefers : « Personne n’en voudra. La seule planche de salut c’est S. [le responsable de Vitrans ayant joué l’intermédiaire], qui maîtrise certains de ces chantiers… »

Pour approfondir leurs connaissances du marché et des pratiques en vigueur dans le traitement du mâchefer,les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, chargés de l’enquête, ont interrogé les responsables de plusieurs entreprises concurrentes de Cideme. Tous sont restés pantois devant le tonnage déversé à Saint-Cyr-sur-Morin. « Trente et un mille tonnes, c’est énorme, leur a affirmé l’un d’eux. Ça ne se fait plus, il a peut-être dû y avoir une petite opération financière [à la clé]. » Grâce à ce dispositif clandestin, les entreprises impliquées ont en tout cas échappé à la taxe générale sur les activités polluantes qui, pour la quantité de mâchefers déposée dans le village, aurait dû se monter à plus de 3 millions d’euros.

« Morceaux de pare-chocs »

À la barre, mardi, Edith Theodose, la maire de Saint-Cyr-sur-Morin, ne décolérait pas. Sa commune, partie civile dans le dossier, réclame des dommages et intérêts et souhaite que Cideme la débarrasse de ce dépôt illégal de mâchefers. Celui-ci s’érige aujourd’hui en un surplomb haut de deux mètres au moins sur 12 000 mètres carrés et a été recouvert par un « sarcophage » d’argile de 30 centimètres d’épaisseur sur recommandation de la direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie.

« Ces sociétés viennent délibérément commettre leurs délits dans de petites communes qui n’ont ni service juridique ni police, a déploré l’élue. Chez nous, elles ont creusé un trou de 6 à 8 mètres de profondeur et l’ont rempli jusqu’à ce que les mâchefers surplombent largement la route. Les lapins et la végétation se sont chargés de démonter le sarcophage. Les déchets, gris comme de la cendre, sont aujourd’hui à l’air libre, avec des fourchettes, des cuillères et des morceaux de pare-chocs qui dépassent. »

Le procureur a sorti sa calculatrice. Il a requis 300 000 euros d’amende contre Cideme, 100 000 contre Vitrans. Rien contre RTR, qui est en liquidation judiciaire et présente déjà 3 millions d’euros de créances. Les avocats de la défense, eux, ont plaidé la relaxe. En ce qui concerne le retrait des mâchefers, ces derniers ont assuré qu’il causerait plus de nuisance que sa conservation sur place. Le jugement sera prononcé le 4 juillet.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 18:02

En 2014, le Premier ministre a voulu affaiblir la loi censée encadrer les loyers. La plus haute juridiction administrative, saisie par Julien Bayou, vient de rendre sa décision. Par Hugo Boursier le 16 mars 2017 pour Politis.

Loi Alur : le Conseil d'État confirme un « excès de pouvoir » de Manuel Valls

Loi Alur : 1 – Manuel Valls : 0. Le Conseil d’État a mis fin, mercredi 15 mars, au régime d’exception décidé par l’ancien Premier ministre, à propos de l’encadrement des loyers. En août 2014, le socialiste avait décidé que la mise en place de cette disposition serait limitée « à titre expérimental à la ville de Paris ». L'institution a jugé qu'il n'appartenait pas au membre du gouvernement de s'opposer à l'application de la loi.

Loi Alur : le Conseil d'État confirme un « excès de pouvoir » de Manuel Valls

Cette décision du Premier ministre avait empêché des millions de citoyens d'accéder à des loyers réduits dans les zones dites « tendues », où la demande, largement supérieure à l’offre immobilière, fait grimper les prix.

En août 2015, le porte-parole d’Europe écologie-Les Verts, Julien Bayou, avait donc déposé un recours – sous l’égide de l’association Bail à part – auprès de la plus haute juridiction administrative française, pour faire annuler ce qu’il considérait comme un recul de la loi, en requérant un « excès de pouvoir » de la part du gouvernement.

Le Conseil d’État lui a donné raison. Le candidat aux législatives dans les IIIe et Xe arrondissement de Paris, explique sur son site : « Se pliant à la volonté du gouvernement, les préfets n'ont pas édicté les valeurs maximales de location, et les collectivités n'ont pas fondé d'observatoires des loyers. En conséquence, par la volonté de Manuel Valls, ce sont plusieurs millions de locataires qui ont été privés du bénéfice de cette mesure, qui était l’une des rares avancées sociales de ce quinquennat raté. »

Loi Alur : le Conseil d'État confirme un « excès de pouvoir » de Manuel Valls

Le porte-parole d’EELV a donc mis en ligne une pétition pour que l’encadrement des loyers soit mis en place rapidement par le gouvernement.

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 10:29

Le comité syndical du SYCTOM (Syndicat Intercommunal de Traitement des Ordures Ménagères de la région parisienne) du vendredi 9 décembre 2016 a décidé de soumettre son projet pour le centre de traitement de Romainville/Bobigny à une concertation. Le garant de cette concertation, prévue pour se dérouler au second semestre 2017, vient d’être nommé par la Commission nationale du débat public. Un article de Francis Redon, président d'Environnement 93, le 2 février 2017 dans le bulletin de liaison de France Nature Environnement-Île-de-France .

Une pseudo-concertation d’ores et déjà rejetée

En 2013, le précédent projet a été abandonné suite à la forte mobilisation citoyenne et suivi par la prise de conscience des dangers du tri-mécanobiologique (TMB) par les élus du Syctom (vote à l’unanimité de l'abandon du projet) et par l’Assemblée Nationale (interdiction de soutien public au TMB).
Suite à cet abandon, le Syctom avait précisé (1) que le nouveau projet serait planifié et élaboré en concertation avec l’ensemble des acteurs du territoire, conscient du débat maintenant nécessaire pour justifier des investissements publics conséquents, compte tenu des enjeux environnementaux. De nombreuses réunions et autres comités de pilotage ont bien eu lieu mais le projet soumis à la concertation à venir n’a jamais été présenté.

Il n’y aura donc pas de débat mais une concertation sur un projet imposé, sur lequel pour l’heure seules des bribes d’informations sont disponibles. Les bases de la concertation décrite sur le site internet du Syctom se résument à : le projet ou rien. De même que pour le projet d’usine d’incinération à Ivry-Paris XIII, le Syctom (2) a déjà posé les préalables de la transformation de l’unité de traitement, sur lesquels il faudrait maintenant débattre et accepter quelques aménagements qui ne pourraient être apportés qu’à la marge.
Le refus du Conseil territorial du 13 décembre 2016 de l’Établissement Public Territorial Est Ensemble (3) de voter une délibération allant dans le sens du projet du Syctom démontre également la non-co-construction de ce projet.

Les incohérences du Syctom

Les projets du Syctom à Ivry Paris-XIII ou Romainville se basent sur un scénario d’évolution de la prévention et du recyclage pour déterminer le dimensionnement des unités de traitement des déchets résiduels.
Ce scénario présenté lors de la concertation sur le projet d’Ivry-Paris XIII, qui vient de se clôturer, est contredit par l’ensemble des associations environnementales d’Ile-de-France. De plus, comme l’a rappelé le rapport de la Commission nationale du débat public, aucune preuve de la compatibilité du projet avec les nouvelles exigences de la Loi Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV) n’a été apportée lors de la concertation sur le projet Ivry-Paris XIII.
Pour justifier l’opportunité de ces équipements, le scénario du Syctom est très éloigné des objectifs de la LTECV : dans les huit ans à venir, la prévention des déchets serait minime (inférieure à la période précédente) et le recyclage augmenterait peu (11 % en 2015 à 20 % en 2023). Ce taux de recyclage maintiendra les performances de notre territoire très éloignées de celles des autres agglomérations européennes d’ores et déjà supérieures à 40 %.Voulons-nous réellement lutter contre le réchauffement climatique ? Croyons-nous en nos forces ?

Il est donc maintenant nécessaire que l’EPT Est Ensemble organise enfin le débat, attendu par les habitants et les associations, qui concerne aussi bien les impératifs d’une collecte des déchets, en particulier les biodéchets des ménages et des professionnels, que leur traitement, en prenant en compte les opportunités du territoire incluant le canal de l’Ourcq.

(1) Le président du SYCTOM saluait pourtant le 19 avril 2013 « la mobilisation nouvelle des habitants et des élus du territoire sur la question des déchets ménagers », ainsi que la nouvelle phase de dialogue qui s’ouvrait.
(2) http://www.syctom-paris.fr/installations-et-projets/projets/romainvillebobigny/transformation-du-centre.html
(3) ÉPT Est Ensemble sur lequel est implanté l’actuel centre de transfert de Romainville

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 14:12

Un très grand nombre d'erreurs et contre-vérités ont été émises par les promoteurs d'Europacity, temple de la consommation et des loisirs, pour arracher l'autorisation d'implanter ce projet pharaonique sur les excellentes terres agricoles du Triangle de Gonesse, entre les deux aéroports de Roissy et du Bourget. Revue de détail du bêtisier de ce projet, prix Pinocchio "greenwashing" 2012. Par Jacqueline Lorthiois le 18 déc. 2016 pour son blog sur Mediapart.

LE BETISIER D’EUROPA CITY - Chapitre 1 : UN CATALOGUE D’IMAGES D’EPINAL

Pour valider la construction de son projet pharaonique de centre commercial et de loisirs Europacity sur les excellentes terres agricoles du Triangle de Gonesse, Auchan ne recule devant aucun sacrifice pour vanter les mérites du projet qu’il prétend poursuivre à tout prix, quitte à bafouer la vraisemblance la plus élémentaire. Revue de détail sur la fabrication de « l’image » du projet par son entreprise porteuse, Alliages et Territoires, filiale d’Immochan, société immobilière d’Auchan.

Tour Eiffel sur pilotis

Sur la splendide maquette du projet Europacity réalisée par le cabinet d’architecte lauréat BIG, on aperçoit à l'horizon la tour Eiffel, qui se dresse dans toute sa grandeur. Un spectacle de rêve, immortalisé sur sa tablette par une touriste virtuelle.

 

Figure 1, site www.europacity.com

Figure 1, site www.europacity.com

Figure 2, site www.nonaeuropacity.com (@Yann Guillotin)

Figure 2, site www.nonaeuropacity.com (@Yann Guillotin)

Curieusement, l’appareil photo du Collectif pour le Triangle de Gonesse - qui s’oppose au projet Europacity -, emporté sur le site et même perché sur ses pieds, se révèle incapable d’embraser une vue panoramique aussi magnifique. Au réel, la tour Eiffel semble avoir rapetissé de moitié, cachée par une grande barre d’immeuble qui ne révèle que le dernier étage du célèbre monument (fig. 2). Mais rien n'est impossible au groupe Auchan (porté par la famille Mulliez, première fortune de France) grâce à son architecte magicien M. Bjarke Ingels, qui, dans son cahier des charges, a sans doute reçu pour mission de mettre la tour Eiffel sur pilotis, ce qui lui permettrait d’être visible depuis le site, dans toute son entière majesté.

Avions invisibles ou de la taille d’un colibri

Autre merveilleux miracle : le ciel de la maquette du cabinet BIG (fig. 1) est vierge de tout avion, comme si le Triangle de Gonesse s’était transformé en Triangle des Bermudes ! À Europacity semble régner un microclimat idéal : le ciel est perpétuellement d’un magnifique bleu layette, admirablement dégagé à toute heure même de pointe.

Dans ces circonstances, saluons le louable effort d’une once de vérité de l'Etablissement Public d'Aménagement Plaine de France, car un avion figure dans le paysage de l’affiche jointe (fig. 3) produite en 2013, dans le cadre d’une réunion dite de « concertation ». Toutefois l’effort reste mince : l’avion est seul et surtout minuscule, de taille inférieure au petit oiseau qui vole à ses côtés, sous un ravissant petit nuage de beau temps et les rayons d’un beau soleil !

Figure 3, EPA Plaine de France

Figure 3, EPA Plaine de France

Pourtant le site pressenti est bel et bien situé entre deux aéroports d’intense activité : Roissy, au 2e rang européen, 10e mondial avec 1700 avions/jour et Le Bourget 1er aéroport d'affaires d'Europe avec 160 avions/jour. Soit pour Roissy un avion toutes les 90 secondes en journée. À croire que les appareils arrivant à proximité de l’aéroport volent en sous-sol…

Ciel continuellement limpide

Toujours sur la maquette d’architecte de la figure 1, nous observons un ciel sans nuage, d'où l'on admire en permanence cette vue imprenable sur la tour Eiffel vantée plus haut. Pourtant, comme le soulignent nos collègues dans la vidéo « Auchan, c’est méchant »[1] le nombre de jours d’ensoleillement relevé dans la ville voisine de Garges-lès-Gonesse est de 75/an, soit « 290 jours de pluie, brouillard, neige et couverture nuageuse ». Car le Triangle de Gonesse est longé par l'autoroute A1, axe le plus fréquenté de France (220 000 véhicules/jour à Saint-Denis) et enclavé entre deux aéroports, faisant des abords de Roissy la zone la plus polluée de la région après le boulevard périphérique, selon AirParif. D’où l’intérêt de conserver en zone urbanisée des terres agricoles cultivées qui jouent le rôle de « piège à carbone » et de dilution de particules. Mais contrairement à l’ambiance « purée de pois » saisie par la photo prise dans la semaine du 5 au 10 Décembre dernier (fig. 4)… dans le monde merveilleux d’Europacity ne règne apparemment aucun désordre climatique. Le ciel est d’un bleu perpétuel et comme dans le Candide de Voltaire « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

Figure 4, site RTL, 5-10 décembre 2016

Figure 4, site RTL, 5-10 décembre 2016

Bande-son coupée au montage

Et merveille des merveilles, non seulement on ne voit pas les avions, mais on ne les entend pas non plus, car sur la vidéo de propagande du site Europacity, les visiteurs se promènent dehors et flânent en toute tranquillité. Mieux encore sur l’affiche réalisée par l’EPA Plaine de France (fig. 3), une mère de famille pousse un landau avec un bébé qui semble profondément endormi. La réalité serait sans doute plus prosaïque : il hurlerait de toute la force de ses petits poumons, dérangé sans cesse dans son sommeil par le vrombissement des moteurs. Mais on a coupé la bande son. Pourtant le Triangle de Gonesse localisé sous les pistes de deux aéroports, est frappé par un PEB (Plan d’Exposition au Bruit) qui interdit la construction de logements sur son site. Ce qui n’empêche pas Immochan et les pouvoirs publics de parler abusivement de « quartier » et même de « ville » (fig. 3), alors qu’il ne peut exister de ville sans habitants ! Et qui envisagent sans rire d’y attirer 31 millions de visiteurs annuels, soit la totalité de tous les visiteurs des 300 parcs d’attraction français. Mais rien n’est impossible à la famille Mulliez qui a su obtenir le soutien du président de la République dans le cadre de l’élaboration du Grand Paris.
Soulignons pourtant que les résidents du territoire sont d’autant plus sensibles au bruit que Roissy est le seul grand aéroport qui ne possède pas de couvre-feu nocturne
[2] (à l’inverse d’Orly par ex) avec un avion toutes les 3 minutes entre 22 H et 6 H du matin. Ceci en raison d’un « chantage à l’emploi » de la société américaine FEDEX (soutenue par les élus du Val d’Oise) qui effectue du fret aérien en nocturne et menace de quitter le site, en cas d’interdiction de vols de nuit, supprimant ainsi 3000 emplois. Chiffre surestimé puisque nous apprenons au détour d’un communiqué récent de FEDEX son projet de doubler son trafic, créant ainsi 200 à 400 emplois qui viendraient s’ajouter à… 2500 emplois existants. On mesure au vu de ces chiffres les gains de productivité accomplis par cette société qui avec 100% d’augmentation d’activité, ne génère que 12% d’effectif supplémentaire. Mais apparemment, Fedex serait la seule entreprise qui verrait sa productivité augmenter d'ici 2024. Car les prévisions d’emplois d’Europacity présentées lors du débat public établies en 2009 ne tiennent absolument pas compte de ce critère.

Redorer l'image du territoire

D’après les élus du Val d’Oise, grâce au projet Europacity, le département pourrait se débarrasser de son image de banlieue pauvre qui lui colle aux baskets. Ils rêvent d’un « effet Europacity » comme il y aurait eu un « effet grand stade » à Saint-Denis. C'est oublier que l’équipement en question s'appelle « stade de France » et que c’est ce titre qui prévaut auprès des touristes. De même, Eurodisney a accolé le terme Paris à son nom, se faisant baptiser « Disneyland-Paris ». Personne n’a jamais entendu parler de la commune de Chessy sur laquelle le parc de loisirs est implanté. Croire que la ville de Gonesse bénéficierait d’une célébrité soudaine et deviendrait mondialement connue des touristes étrangers relève d’illusions qui ont toutes les chances d’être aussi perdues que celles de Balzac.

Quant à l’image misérabiliste de pauvreté de l’Est du Val d’Oise, les élus en sont les premiers porteurs, croyant que de jouer les « pleureuses » leur permettra de récupérer moult aides nationales et européennes. Alors que la réalité s’avère beaucoup plus complexe : Roissy petit village de 2700 habitants et de 86000 emplois engrange des taxes juteuses, tandis que la commune voisine de Goussainville est une « commune-dortoir » très défavorisée [3].

Mais les images d’Épinal ont la vie dure, comme le mythe de « Roissy, manne d’emplois » qui continue à susciter les appétits des élus et l’admiration des pouvoirs publics (« ça fait des milliards » se réjouit M. Carenco, préfet d’Ile-de-France, dans une vidéo qui n’est sans rappeler la prestation de Louis de Funès dans La Folie des Grandeurs[4]), tandis que la « courbe de l’emploi » du pôle pique du nez (comme feu le Concorde) venant démentir cette vision idyllique. Mais n’anticipons pas sur le chapitre 2 du bêtisier d’Europacity : l’Emploi.


[1] Voir reporterre.net/5-minutes-d-une-video-detonnante-sur-le-fantasme-d-europacity

[2] Voir le site de l’ADVOCNAR qui lutte contre les nuisances aériennes et réclame des mesures anti-pollution : http://www.advocnar.fr/2016/12/communique-advocnar-pic-de-pollution-trafic-aerien-toujours-mis-a-contribution/

[3] Voir le texte « l’Est du Val d’OISE est-il un territoire pauvre ? » www.nonaeuropacity.com/informer/territoires-banlieues/lest-val-doise-territoire-pauvre

[4] Voir sur le site www.nonaeuropacity.com/non-classe/grand-paris-quand-jean-francois-carenco-fait-un-deni-de-democratie

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 09:46

La production agricole locale et bio augmente en Île-de-France. Pourtant, expliquent les auteurs de cette tribune, l’exécutif régional Les Républicains a réduit drastiquement les financements alloués à ces structures, au risque de briser cette dynamique.

  • Grande soupe musette jeudi 15 décembre 2016, dès 18 h, devant le conseil régional,

Pour Reporterre le 7 décembre 2016 par Maud Granger Remy, membre d’une Amap à Paris et Florent Sebban, paysan en Amap à Pussay. Ils coprésident le Réseau Amap Île-de-France. Amap désigne une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, comme La courgette solidaire, La tomate solidaire... aux Lilas, Le PréVert et La marmite sauvage au Pré Saint-Gervais.

extrait de « Découverte des circuits agricoles courts en Île-de-France »

extrait de « Découverte des circuits agricoles courts en Île-de-France »

Malgré les réserves formulées par une grande partie des groupes politiques représentés au conseil régional de la région Île-de-France (PS, EELV, Front de gauche, Modem, UDI), la majorité (Les Républicains) a décidé mercredi 16 novembre de réduire drastiquement les financements attribués aux structures historiques d’accompagnement de l’agriculture biologique. Ainsi, les financements alloués par la région au Réseau Amap Île-de-France diminuent de 35 %, ceux alloués au Groupement des agriculteurs biologiques de 30 %, quand les subventions destinées à Terre de liens et à la couveuse d’activités agricoles les Champs des possibles sont tout simplement réduites à néant. D’un autre côté, les financements pour l’agriculture biologique destinés aux chambres d’agriculture, pourtant rarement identifiées comme les avocats de la bio, augmentent de 318 %.

Cette décision très soudaine est assez compliquée à comprendre. Le fait qu’un mouvement similaire de transfert du pilotage de l’agriculture biologique des structures citoyennes aux chambres d’agriculture soit en cours en région Auvergne – Rhônes-Alpes ne suffit pas à l’expliquer.

Essayons de comprendre les conséquences que cette décision va entraîner.

Aujourd’hui, l’Île-de-France est une région où la consommation de produits issus de l’agriculture biologique est supérieure à la moyenne nationale et où elle ne cesse d’augmenter (57 % des Franciliens déclarent acheter des produits bio au moins une fois par mois). Par ailleurs, l’agriculture biologique constitue un véritable vivier d’emplois et une vraie opportunité de développement économique local. Toutefois, malgré un réel décollage ces dernières années, les surfaces cultivées en bio (2 %) restent bien inférieures à la moyenne nationale (6 %). Avec près de 300 fermes engagées en mode de production biologique fin 2016, l’agriculture francilienne ne parvient que très partiellement à répondre à cette demande.

Le développement d’une agriculture citoyenne répondant réellement aux attentes sociétales 

Le développement de la production agricole locale et bio est donc essentiel. L’État et la région Île-de-France se sont d’ailleurs mis d’accord sur un Plan bio 2014-2020 qui vise à « doubler les surfaces bio d’ici 2017 et les tripler d’ici 2020, dynamiser les conversions, en maintenant un objectif de 10 à 15 installations en agriculture biologique par an, développer les outils de structuration collective de filières pour soutenir le développement des produits bio locaux, et encourager l’introduction de produits locaux, en particulier issus de l’agriculture biologique, dans la restauration collective ».

En Ile-de-France, Les Républicains asphyxient l’agriculture biologique - Grande soupe musette au Conseil régional jeudi 15 décembre 2016 dès 18 h

Dans le même temps, de très nombreux candidat(e)s à l’installation en agriculture biologique tapent aux portes de la Région. Ils ont des profils très diversifiés. Certains sont issus de familles agricoles, mais souhaitent faire évoluer leurs fermes, d’autres n’ont pas de parents agriculteurs et cherchent à reprendre ou à créer des fermes. Ces candidats ont chacun(e) leurs particularités. Si l’on souhaite les accompagner pour développer l’offre francilienne en produits bio, il faut s’adapter à leurs profils.

C’est précisément ce que les structures de l’agriculture citoyenne ont su faire au sein du pôle Abiosol [1], et ce que les chambres d’agriculture connaissent moins, car elles n’accompagnent que très peu de candidats « hors-cadre familial ». De plus l’union des consommateurs et des producteurs au sein de ces structures permet le développement d’une agriculture citoyenne répondant réellement aux attentes sociétales, aussi bien des futurs paysans que de ceux qui les soutiennent. Ce partenariat est essentiel : les futurs paysans se sentent intégrés dans un réseau solide, ouvert et accueillant qui les aide à sauter le pas, les citoyens qui financent les installations se sentent investis par leur responsabilité et sensibilisés par ce rapport de proximité avec les producteurs et les porteurs de projets.

Ainsi, les structures du pôle Abiosol, soutenues par la Région, ont permis, depuis leur création en 2009, d’accompagner l’installation de 89 nouveaux paysans bio, de former 250 paysans et candidats à l’installation aux techniques de production biologique, de permettre à 40.000 Franciliens(ne)s d’établir des partenariats avec 95 producteurs de la région, d’offrir à 40 entrepreneurs à l’essai l’opportunité de tester leurs projets sur des fermes franciliennes, ou encore d’acquérir sept fermes biologiques avec le concours de l’épargne citoyenne.

L’implication citoyenne est un atout pour l’agriculture 

Le doublement des surfaces en bio intervenu en Île-de-France entre 2009 et 2015 est une conséquence directe des actions menées par les membres du pôle Abiosol. Ceci démontre que l’implication citoyenne est un atout pour l’agriculture ! Il serait absurde d’y mettre un terme en décidant du jour au lendemain que les structures citoyennes ne doivent plus se mêler de l’agriculture biologique. Les chambres d’agriculture ont bien entendu un rôle à jouer, mais elles ne pourront répondre seules aux attentes des nouveaux paysans.

C’est pourquoi les citoyens franciliens sont appelés à se mobiliser pour affirmer la nécessité de faire émerger une agriculture biologique, paysanne et citoyenne en Île-de-France. Les structures du pôle Abiosol ont lancé un appel dans ce sens.

Les Franciliens pourront également manifester leur joie et leur envie de manger bio et solidaire en participant à une grande soupe musette ce jeudi 15 décembre, dès 18 h, devant le conseil régional. Ce sera l’occasion de danser, de chanter et de festoyer pour l’agriculture biologique, paysanne et citoyenne, et d’interpeller l’exécutif régional, alors que les conseillers régionaux seront en plein débat sur le budget 2017.

[1] Le pôle Abiosol est composé des organismes suivants : Réseau AMAP IDF, Les Champs Des Possibles, Terre de Liens IDF, le Groupement des Agriculteurs Biologiques IDF

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 14:52
Bagnolet, lundi. L’association des Sans-radios de l’Est parisien, présidé par Michel Léon, a obtenu la pose d’un émetteur de Radio numérique terrestre sur la tour des Mercuriales. Avec un poste adapté, finie le brouillage sur les ondes. (LP/E.M.)

Bagnolet, lundi. L’association des Sans-radios de l’Est parisien, présidé par Michel Léon, a obtenu la pose d’un émetteur de Radio numérique terrestre sur la tour des Mercuriales. Avec un poste adapté, finie le brouillage sur les ondes. (LP/E.M.)

Après une action collective en justice à laquelle j’ai participé, voici le communiqué de l’association fondée il y a 14 ans, et l’article du Parisien rendant compte de cette victoire citoyenne. Bonne lecture                                                                 Pierre Stoeber

Communiqué   Radio France en RNT dans l’Est parisien 
Les Sans Radio retrouvent les ondes

♦ La lutte engagée depuis 2002 a enfin abouti : les Sans Radio de l’Est parisien constatent, après ce pénible combat citoyen de quatorze ans, qu’il est enfin possible d’écouter dans de bonnes conditions les stations de service public du groupe Radio France autour de la porte de Bagnolet. C’était leur principal objectif !

♦ En effet, suite à une décision du CSA du 22 juin 2016, l’opérateur TowerCast a reçu l’autorisation de diffuser, depuis juillet dernier et jusque fin mars 2017, à titre expérimental, selon la norme DAB+ en RNT (Radio numérique terrestre), à partir d’une des tours Mercuriales, les sept stations du groupe Radio France. Plus de brouillage sur France Inter, plus de souffle sur France Musique ou sur FIP, plus de grésillements ni sur France-Culture, ni sur France Info, le Mouv ou France Bleue.

♦ Les Sans Radio se félicitent de l’adoption localement par le Groupe Radio France de cette solution technologique, déjà en cours dans l’Europe entière, et qui ici, dans l’Est parisien, perpétue l’égalité d’accès au service public, droit constitutionnel pour lequel les Sans Radio se sont battus sans relâche.

Les Sans Radio de l’Est parisien - 15, av de la Dhuys - 93170 Bagnolet

< sans.radio@laposte.net > 06 79 41 78 77

L’ensemble du dossier est disponible sur le site de la ville de Bagnolet, http://www.ville-bagnolet.fr

Pour trouver le Bon de commande / « Sans Radio de l’Est parisien », aller sur http://www.sansradio.org/2016/10/radio-france-en-rnt-c-est-parti.html

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Quatorze ans de combat pour pouvoir écouter la radio dans l’Est parisien !

Par Elsa Marnette pour Le Parisien le 3 octobre 2016.

Tout automobiliste qui s’approche de la porte de Bagnolet le sait : la chanson qui sort de son autoradio risque d’être temporairement enfouie sous un brouhaha de grésillements. Pareil pour 40 000 foyers de Bagnolet, Montreuil, Romainville, Les Lilas et du XXe arrondissement de Paris qui vivent dans un rayon d’1,8 km autour des tours des Mercuriales : ils ne reçoivent pas correctement un tiers des 48 stations FM.

Mais cela va s’arranger, au moins pour écouter les sept fréquences du groupe Radio France et quelques radios libres : l’association des Sans-radios de l’Est parisien a récemment trouvé un accord avec Towercast pour que la société — dont une antenne est en partie responsable du brouillage — installe un émetteur de radio numérique terrestre (RNT) en haut des Mercuriales. En achetant un appareil adapté, miracle ! Aucun brouillage des ondes.

« C’est un moment important de notre histoire »

Validée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, cette expérimentation commencée en juillet durera au moins jusqu’à mars 2017. Une sacrée victoire pour Michel Léon, le président des Sans-radios qui s’est lancé dans la bataille en 2002, à coups de pétitions, de rencontres avec les élus et d’actions en justice. L’idée d’utiliser la RNT a germé parmi les experts de l’association dès 2008.

 « Du conseil régional au conseil d’arrondissement, toutes les strates des collectivités locales ont émis des vœux, vante celui qui a fédéré jusqu’à 380 adhérents. C’est un moment important de notre histoire. » Ils sont aujourd’hui encore une centaine et les plus actifs, qui ont participé financièrement aux actions en justice, recevront une subvention pour acheter une radio (dont les prix vont de 50 à 300 €). L’association précise qu’elle bénéficie de tarifs préférentiels chez un fabricant.

« Vous vous rendez compte du temps qu’il a fallu »

« Maintenant, on veut faire en sorte que le maximum d’auditeurs de la zone écoutent la radio, pour convaincre que la RNT, c’est quand même top », poursuit Michel Léon.

Ce lundi après-midi, il est allé remettre sa nouvelle radio à une habitante du XXe arrondissement. L’appareil trônera bientôt à côté du lit de la vieille dame, où l’écoute de France Culture chassera « les pensées déprimantes ». « Vous vous rendez compte du temps qu’il a fallu ? interroge-t-elle. Je considérais ça comme un mépris des gens du XXe arrondissement. »

Qui dit expérimentation dit bilan à l’issue, précise Towercast, assurant être « en accord total » avec l’association et le CSA. Pour Michel Léon, le dossier est clos puisque « l’égalité d’accès au service public » est respectée. Il souhaite bientôt organiser une « grande fête », sans doute que la bande sonore y sera assurée par Radio France.

www.sansradio.org

Les sans-radios, un combat qui remonte à 2002

Qu’est-ce que la radio numérique terrestre ?

Comme son nom l’indique, la radio numérique terrestre (RNT) s’apparente à la télévision numérique terrestre (TNT). Elle a été mise en service en 2014 à Paris, Marseille et Nice, et le Conseil supérieur de l’audiovisuel a récemment lancé un appel pour couvrir d’autres zones. La RNT vient en plus de la bande FM, apportant une « qualité du son, un enrichissement de l’offre radiophonique, un maintien de la gratuité et de l’anonymat de l’écoute » selon le CSA. Mais son développement se fait dans une relative discrétion, au grand désespoir du président des Sans-radios de l’Est parisien. Michel Léon assure que « la Norvège va abandonner la bande FM à la fin de l’année et que la RNT se développe partout en Europe ».

Pour commander un récepteur via le Bon de commande / « Sans Radio de l’Est parisien », aller sur http://www.sansradio.org/2016/10/radio-france-en-rnt-c-est-parti.html

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 09:12
Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le 15 juillet 2016, par Lorène Lavocat pour Reporterre sur https://reporterre.net/Europacity-le-debat-public-se-conclut-sur-des-positions-inconciliables

Pendant quatre mois, plus de 2.000 personnes ont participé aux discussions sur le projet pharaonique d’Europacity à Gonesse, dans le Val-d’Oise. Porté par le groupe Auchan, ce complexe de commerces et de loisirs conduirait à la perte de terres cultivées de grande qualité pour une création d’emplois discutée.

Cinq réunions publiques, neuf ateliers, trois conférences-débats, un bus dédié, un forum internet... pour discuter du mégaprojet d’Europacity, la Commission nationale du débat public (CNDP) n’a pas lésiné sur les moyens. Depuis le 15 mars, plus de 2.000 personnes ont ainsi participé aux assemblées organisées dans le Val-d’Oise et en Seine-Saint-Denis. Au cœur des débats, le pharaonique complexe à 3,1 milliards d’euros, porté par le groupe Auchan, mêlant commerces, loisirs et culture, prévu en 2024 à Gonesse (Val-d’Oise). « La Commission a fait le maximum pour qu’il y ait des échanges voulus », observe Alain Boulanger, qui a assisté à la plupart des réunions.

Pourtant, cet opposant historique au projet, membre du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPGT), dénonce un faux débat : « C’était un double monologue, pas un dialogue. » Un sentiment partagé — quoique nuancé — par la présidente la Commission particulière. Dans ses conclusions, présentées au public le 4 juillet dernier, Claude Brévan a ainsi noté des « points de vue inconciliables », notamment quant à la délicate question de l’opportunité du projet.

« Le travail n’a peut-être pas été totalement inutile »

Car si le débat public devait avant tout s’interroger sur la pertinence d’Europacity, les opposants ne sont pas parvenus à faire table rase du mégacomplexe. « On nous a sans cesse caricaturés comme des écolos antitout, hors du temps, alors comment discuter ? » se demande Alain Boulanger. Claude Brévan se veut pourtant optimiste : « Oui, ce débat a souvent semblé piétiner. Mais en réalité, on voit une progression, même si les partisans ne sont pas devenus des opposants et vice versa. On a vu apparaître des “oui, mais...”, des nuances dans les affirmations des uns et des autres. »

La présidente espère ainsi que « le travail n’a peut-être pas été totalement inutile ». C’est également l’avis de Christophe Dalstein, le directeur d’Alliages et Territoires (la filiale d’Auchan porteuse du projet), qui salue, dans un communiqué, « un temps d’échange riche et particulièrement dense, un grand moment de démocratie locale ». Même Alain Boulanger reconnaît l’utilité du débat pour « bousculer les certitudes ». « Ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes, philosophe-t-il. Après ces quatre mois de réunion, tout un chacun doit être ébranlé dans ses convictions. »

La maquette du projet Europacity.

Mais au sortir de ce débat public, nombre de questions restent en suspens. Dont un point principal : le nombre d’emplois « nets » (les emplois créés moins ceux détruits) créés par Europacity. Une étude, réalisée par le cabinet McKinsey pour l’intercommunalité Paris, terre d’envol, estime qu’Europacity va cannibaliser 75 à 90 % du chiffre d’affaires des commerces du secteur, et créer… 1.400 emplois, au lieu de 11.800 annoncés par Auchan. Plus tempéré, l’expert mandaté par la CNPD chiffre la création d’emplois nets entre 7.400 et 8.100, dont la moitié seulement serait en effet accessible aux habitants de la zone.

« Psychopathes de la croissance » 

« Si le projet se poursuit, il y a encore du travail à faire, conclut Claude Brévan. Le public a le sentiment qu’on a affaire à un projet fermé sur lui-même, conçu comme si l’on était sur une île, et qui n’est pas ramifié avec le reste : il a été conçu comme un paquebot, en quelque sorte. » Un paquebot qui vient à peine de débuter sa traversée, comme le rappelle Alain Boulanger : « Le débat ne fait que commencer ! »

La discussion vient d’ailleurs de s’engager au niveau du Conseil régional d’Île-de-France. Si la présidence de la région, via Jérôme Chartier (élu Les Républicains du Val-d’Oise), s’est prononcée en faveur d’Europacity, vu comme « une potentielle dynamisation de la capacité du territoire à attirer des investisseurs internationaux privés pour des projets d’envergure », les élus écologistes se sont montrés très réservés.

« Je crois qu’il est extrêmement dangereux de s’engager sur ce projet, irréversible pour ce qui est des terres agricoles, pour se retrouver dans quelques années avec un éléphant blanc, en se disant : “Mince, on n’avait pas envisagé que les centres commerciaux allaient se cannibaliser ou que les touristes ne passent pas ici” », a ainsi déclaré Julien Bayou lors de la réunion de clôture, le 4 juillet dernier.

Mais peut-on encore stopper le « paquebot » ? Dans sa contribution au débat public, l’eurodéputé écologiste Pascal Durand se montre pessimiste : « Rien ne semble arrêter cet instinct de mort et de destruction du vivant. Ni la qualité du sol, pourtant exceptionnelle, ni la présence de paysans, ni le respect de l’environnement ou les objectifs de limitation des gaz à effet de serre, ni la sauvegarde des emplois locaux, ni le maintien d’un cadre de vie en harmonie avec le vivant. » Et il conclut : « Ces “psychopathes de la croissance”, selon la formule de Fabrice Nicolino, ne conçoivent la société que comme ça : des parkings à la place de fermes urbaines, des échangeurs, du béton, du bitume et, pour horizon, une piste de ski sur une montagne en kit. »

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 15:11

Le projet EuropaCity, qui propose d'urbaniser plusieurs centaines d'hectares du Triangle de Gonesse, est pensé comme une bulle consumériste sans lien avec le tissu urbain et social qui l'environne.

Une tribune collective du Monde du jeudi 9 juin 2016

Aux portes du Grand Paris, un grand projet concernant un site stratégique de 800 hectares est en ce moment l'objet d'un débat public. Ce débat est fondamental parce qu'il interroge les conceptions que l'on peut avoir des modes de vivre et de fabriquer la mégapole parisienne. Nous, architectes urbanistes, ne pouvons y être indifférents.

De quoi s'agit-il ? D'urbaniser, ou non, plusieurs centaines d'hectares de riches terres agricoles du « Triangle de Gonesse », situé entre le Bourget et Roissy et bordé par l'autoroute A1. Le projet en débat, nommé Europa City, propose, dans un premier temps, d'installer sur ces terrains 80 hectares de constructions – 470 000 m² dont 235 000 m² de surfaces commerciales, culturelles et de loisirs, et 100 000 m² d'espaces à usage public, mais pas de logements, car ils se trouveraient sous le corridor aérien. 11 800 emplois sont promis.

Ce projet, en forme de grande ellipse refermée sur elle-même, serait desservi par des voies rapides déjà très saturées et, en 2024, par une station du Grand Paris Express (GPE). Il est présenté comme un puissant attracteur pour un tourisme mondialisé et régional. La commission du débat public va rendre compte des discussions et rassembler les avis émis ces dernières semaines. Nous voudrions contribuer à ce débat.

Tout d'abord, nous jugeons ce projet inopportun, ici et maintenant.

Il est pensé comme une bulle consumériste, déconnecté des territoires en (re) construction, si ce n'est en captant une station du GPE à son profit principal. Il aura pour effet de détruire les emplois des commerces existants en centre-ville, dans les cités ou dans les centres commerciaux aujourd'hui insérés dans la nappe urbaine, alors qu'il y a déjà suroffre de surfaces commerciales récentes.

L'argument de la création d'emplois, auquel évidemment tout le monde est sensible, n'a pas de sens si on n'évalue pas en parallèle les emplois détruits et les investissements nécessaires pour reconstituer des tissus économiques et sociaux à l'aide de l'argent public. Le projet proposé répond encore une fois à la logique financière qui conduit à faire toujours plus grand et plus loin, donc plus dépendant de l'automobile.

Des alternatives existent

Il est de plus inopportun au regard de trois autres projets en cours : Le Bourget, où un vrai morceau de ville habitable est en cours d'élaboration ; Villepinte-Tremblay, entre le Parc international des expositions (2 millions de visiteurs par an) et l'aéroport Charles-de-Gaulle, où les ingrédients d'un projet d'envergure existent aussi et pourraient être reliés, fédérés et mis en synergie ; enfin, PSA Aulnay dont les terrains au bord de l'autoroute A1 sont aujourd'hui libérés et risquent de partir à la découpe, faute à ce jour de projet d'envergure et de véritables liaisons avec les villes d'Aulnay et Villepinte.

Ensuite, des alternatives existent. Il faut repenser le projet actuel de façon à ce que les habitants en profitent réellement. L'idée d'associer des programmes de toute nature est porteur d'une véritable innovation sociale, économique, urbanistique, architecturale, mais à condition qu'ils soient connectés aux tissus urbains et sociaux. On peut ainsi imaginer de nouveaux modèles d'hybridation rassemblant à l'échelle locale des équipements et des services.

Si « l'Etat ne peut pas tout payer », raison de plus pour qu'il privilégie les projets les plus proches des lieux de vie existants ou potentiels, plutôt que de les cannibaliser par un projet hors-sol, en décourageant des générations de militants de la ville et de la vie urbaine.

Associer et répartir plutôt que séparer et concentrer, fédérer – les communes, les départements, la région, la métropole, le public et le privé – plutôt que diviser, optimiser les ressources…

Il est temps de mettre les actes en accord avec les politiques publiques.

Frédéric Bonnet, Antoine Brès, Christian Devillers, Antoine Grumbach, David Mangin, Béatrice Mariolle, Christian de Portzamparc, architectes-urbanistes ■

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