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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 12:09

Une équipe scientifique a détecté des substances chimiques toxiques dans trois objets en plastique de consommation courante sur quatre. D’après Environmental Science and Technology et Stéphane Horel pour Le Monde.                           Lire aussi Le bisphénol S, substitut du bisphénol A, est un perturbateur endocrinien aussi dangereux, Les microplastiques polluent jusque dans les montagnes, Seule la plasticité pourra nous sauver des plastiques et Nous mangeons du plastique.

Une étude passe au crible la toxicité des plastiques d’usage quotidien

Pots de yaourt, couvercles de tasse à café ou flacons de shampooing : la majorité (74 %) des produits en plastique testés par un groupe de chercheurs basé en Allemagne (Université Goethe et Institut pour la recherche sociale et écologique de Francfort) étaient toxiques. Si elle ne concerne que trente-quatre produits, l’étude, publiée dans la revue Environmental Science and Technology mardi 17 septembre, est cependant la plus complète à ce jour. L’objectif du groupe de recherche, dénommé PlastX, était de tester in vitro des produits de consommation courante constitués de huit différents types de plastiques : polychlorure de vinyle (PVC), polystyrène (PS), polypropylène (PP), etc.

Les objets n’ont pas été choisis au hasard, mais sélectionnés en fonction de l’importance de leur part dans les déchets municipaux. Outre ceux déjà cités, éponges de bain pour enfants, tampons à récurer la vaisselle, sets de table ou encore sachets de bonbons ont été taillés en pièces puis passés au crible d’une batterie de tests. Le tout a été reproduit trois fois, si bien que l’ensemble de ces opérations fastidieuses a pris dix-huit mois.

Les chercheurs ont pu observer que ces plastiques déploient tout un éventail de toxicité. Six produits sur dix induisent une toxicité dite de référence ; quatre sur dix provoquent un stress oxydatif, à l’origine d’inflammations potentiellement nocives pour l’organisme ; trois sur dix sont toxiques pour les cellules ; trois sur dix également indiquent une perturbation endocrinienne, certains imitant les œstrogènes, d’autres bloquant les hormones sexuelles masculines.

Ces résultats, dans leur ensemble, n’ont pas surpris l’équipe, mais ont suscité une grande frustration. « Il est impossible de dire quels produits sont sûrs et lesquels ne le sont pas », regrette Martin Wagner, l’un des auteurs, biologiste spécialiste de l’impact des plastiques sur l’environnement et la santé. Sur quatre pots de yaourt par exemple, la moitié présentait une toxicité, l’autre, aucune. « Ce qui est frustrant pour nous mais aussi pour le public, car les gens ne peuvent pas savoir lesquels acheter. »

Leurs analyses, en revanche, permettent de désigner les plastiques renfermant un potentiel toxique plus important que les autres. C’est le cas du PVC (code 3 dans le triangle d’identification) et du polyuréthane (code 7, avec les autres types de plastique) – qui peut se présenter sous la forme de mousse dans les éponges ou les sets de table. « C’était attendu pour le PVC,explique Martin Wagner, qui contient beaucoup d’additifs. » Agents ignifuges, antioxydants, pigments, etc. : des composés issus de la pétrochimie sont intégrés aux plastiques lors de leur fabrication. Certains phtalates, par exemple, des plastifiants sont toxiques pour la reproduction et perturbateurs endocriniens.

Véritable « boîte noire »

Bien moins attendu, en revanche, le plastique biodégradable, l’acide polylactique (PLA), figure aussi parmi les plus toxiques. « Nous devons sortir des matières fossiles, mais il faudrait choisir des produits chimiques sûrs dès le départ », commente le chercheur. Le groupe PlastX a d’ailleurs décidé de tester ces bioplastiques en plus grand nombre. A l’inverse, le polytéréphtalate d’éthylène (PET, qui ne contient pas de phtalates contrairement à ce que son nom évoque) et le polyéthylène haute densité (HDPE) ne contiennent que très peu, voire pas du tout, de substances toxiques. Des produits plus sûrs existent donc sur le marché…

Tous ces tests ont été réalisés in vitrosur des bactéries ou des cellules. « Ce n’est pas parce qu’une substance tue des bactéries qu’elle tue les humains, explique Martin Wagner, mais le résultat de cette batterie de tests constitue « un bon indicateur de la présence d’un produit chimique ayant un potentiel toxique » et représente une première étape avant des études plus poussées.

Contrairement aux produits qu’ils contiennent ou constituent, les plastiques ne sont pas vendus avec la liste de leurs ingrédients, et leur composition en soi est une véritable « boîte noire ». Pas moins de 4 000 substances sont employées rien que pour la fabrication des plastiques destinés au contact alimentaire.

Or, parmi les 1 400 produits chimiques détectés dans leur petit échantillon, les chercheurs de PlastX ne sont parvenus à en identifier que 260. Et il leur reste impossible de désigner ceux qui provoquent une toxicité. Ce « challenge scientifique »,insiste Martin Wagner, ne fait que renforcer l’importance des études sur les « effets cocktail » des substances constituant les objets du monde moderne.

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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 09:09

Greenpeace a évalué les gaz à effet de serre émis au cours de leur cycle de vie par les véhicules des douze principaux constructeurs mondiaux. Les voitures vendues en 2018 laisseront une empreinte carbone de 4,8 gigatonnes de CO2. D’après Greenpeace et Stéphane Mandard pour Le Monde le 10 septembre. Lire aussi Contre la pollution de l’air aux particules ultrafines, la réduction du trafic automobile est nécessaire, La pollution diesel coûte plus de 50 milliards de frais de santé par an aux Européens« Une civilisation durable ne peut pas être une civilisation de la voiture » et Diesel : les constructeurs automobiles continuent d’enfumer nos villes.

Greenpeace indique que la «la part de marché des SUV, trop polluants, a quadruplé au cours des dix dernières années en Europe». LP/Philippe Lavieille

Greenpeace indique que la «la part de marché des SUV, trop polluants, a quadruplé au cours des dix dernières années en Europe». LP/Philippe Lavieille

Le chiffre ne manquera pas d’alimenter les discussions dans les travées du Salon de Francfort, la grand-messe de l’automobile qui s’ouvre mardi 10 septembre. Il devrait aussi être brandi en France, sur les bancs de l’Assemblée nationale, où doit être discutée cette semaine la loi sur les mobilités. Et pour cause, il est faramineux : 4,8 gigatonnes. C’est la quantité de dioxyde de carbone (CO2) que vont émettre les voitures vendues dans le monde en 2018 au cours de leur cycle de vie, selon un rapport inédit de Greenpeace auquel Le Monde a eu accès. C’est davantage que les émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) de tous les pays de l’Union européenne (UE), estimée à 4,1 gigatonnes d’équivalent CO2.

Pour établir ce chiffre, l’ONG a évalué l’empreinte carbone des 12 premiers constructeurs mondiaux sur les cinq principaux marchés : Etats-Unis, UE, Chine, Japon et Corée du Sud. La palme du plus gros pollueur revient sans surprise au leader mondial Volkswagen, avec 582 millions de tonnes d’équivalent CO2 émis par ses 10,8 millions de véhicules vendus en 2018. Il est suivi de près par le groupe Renault-Nissan (577 millions de tonnes). Le japonais Toyota complète le podium, avec un total de 562 millions de tonnes. Des émissions de GES bien supérieures à celles d’un pays comme l’Australie (533 millions de tonnes en 2018). Avec 878 millions de tonnes, l’empreinte carbone des trois marques allemandes (Volkswagen, Daimler et BMW) dépasse celle de l’Allemagne (866 millions de tonnes).

Fiat Chrystler, champion des émissions par véhicule

Si on rapporte cette empreinte par véhicule, c’est cette fois la firme italo-américaine Fiat Chrysler qui occupe la tête du classement, avec 63,1 tonnes de GES en moyenne par voiture vendue, devant les américains Ford (61,4 tonnes) et General Motors (61,3 tonnes).

Pour mesurer cette empreinte, Greenpeace a cherché à évaluer l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre que vont émettre tout au long de leur cycle de vie (de la production au recyclage et pas seulement à l’échappement) les voitures que commercialise un constructeur au cours d’une année. Une gageure. Le calcul des valeurs des émissions de CO2 à l’échappement se fonde sur des cycles d’essais standardisés que les constructeurs sont dans l’obligation de suivre pour certifier chaque modèle, mais qui sous-estiment les niveaux d’émissions en conditions réelles de conduite. Aussi l’ONG a appliqué un facteur de correction issu des travaux de l’Agence internationale de l’énergie. Elle a opté pour 200 000 km comme « durée de vie » moyenne pour un véhicule.

Les données étant encore plus éparses concernant les émissions dues à la production et à la fin de vie (et au recyclage) des voitures, les experts de Greenpeace ont retenu respectivement 6,5 et 2,7 tonnes d’équivalent CO2 pour ces deux phases du cycle de vie. Pour être tout à fait complets, ils ont également tenté de prendre en compte les émissions en « amont » liées au carburant : extraction, raffinage, transport et distribution.

« L’urgence climatique est chaque jour plus palpable. Pourtant l’industrie automobile continue de conduire le climat droit dans le mur », commente Sarah Fayolle, spécialiste transport pour Greenpeace France.

La bataille des émissions de CO2 des voitures est d’autant plus capitale que le secteur du transport est le premier émetteur de GES au niveau européen. Et le trafic automobile représente à lui seul environ 12 % des émissions générées par les pays de l’UE. Or, si depuis 1990 l’UE a réussi à réduire ses émissions de 23 %, celles liées au transport routier ont crû d’environ 20 %.

Fin de vente des essences et diesel d’ici à 2025

La loi sur les mobilités, concoctée par la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, lorsqu’elle occupait encore le portefeuille des transports, prévoit la fin de la vente des véhicules à moteur thermiques (essence et diesel) en 2040. Beaucoup trop tard pour les écologistes. « Les constructeurs automobiles devraient planifier de toute urgence la fin des véhicules carburant au pétrole : pour limiter la hausse globale des températures à 1,5 °C, les dernières voitures essence, diesel ou hybride devront être vendues en Europe d’ici à 2028 », estime Sarah Fayolle, en se référant à une étude réalisée par le Centre aérospatial allemand.

Souvent présentées comme l’option la plus efficace (car moins onéreuse que les modèles tout-électrique) pour réduire les émissions du parc automobile, les hybrides, dont les ventes sont soutenues en France par la fameuse prime à la conversion, ne constituent pas des solutions pérennes. Utilisant une double technologie (combustion et électricité), ils peuvent produire d’importantes émissions de CO2, notamment s’ils ne fonctionnent pas de manière optimale, soit essentiellement sur des trajets courts.

Mais, pour Greenpeace, l’absence de progrès du secteur automobile dans la réduction des GES incombe surtout à la mode des SUV, ces grosses berlines aux faux airs de 4 × 4. Plus lourds et moins aérodynamiques, ils enregistrent des émissions de CO2 bien supérieures aux autres modèles. En Europe, leur part de marché a plus que quadruplé, pour passer de 8 %, en 2008, à 32 %, dix ans plus tard.

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A Paris, même les diesels les plus récents           dépassent largement les normes de pollution

Une étude inédite a permis de mesurer les émissions réelles des voitures et des deux-roues. Les nouveaux diesels aggravent les pics de pollution à l’ozone l’été.

Les voitures à moteur diesel, même les plus récentes, continuent à émettre des oxydes d’azote (NOx), gaz très toxique rendu célèbre par le scandale du « dieselgate », à des niveaux très supérieurs aux normes d’homologation et aux véhicules essence. Telle est l’une des principales conclusions d’une étude inédite à laquelle Le Monde a eu accès et dont les résultats devaient être présentés mardi 10 septembre.

Entre le 18 juin et le 16 juillet 2018, une campagne de collecte de données sans précédent a été menée dans les rues de Paris dans le cadre du projet TRUE (The Real Urban Emissions Initiative). Pilotée par le Conseil international pour un transport propre (ICCT), l’organisation non gouvernementale à l’origine de la révélation du « dieselgate », elle a permis d’obtenir une photographie précise de la réalité de la pollution automobile dans la capitale à partir des mesures effectuées sur près de 180 000 véhicules en circulation.

En utilisant des portiques équipés de lasers, les experts de l’ICCT ont pu analyser précisément la composition et la concentration des gaz et particules sortis directement des pots d’échappement. Sans possibilité de fraude, contrairement aux tests qui sont pratiqués en laboratoire lors de l’homologation des véhicules.

Premier enseignement, la majorité des véhicules qui sillonnent les rues de la capitale sont encore des diesels (64 %) et récents (28 % sont des Euro 6, immatriculés après 2014). Or, révèle l’étude, les Euro 6 diesel émettent six fois plus de NOx que la norme d’homologation (80 milligrammes par kilomètre) et 4,8 fois plus que les Euro 6 essence.

« Pas adapté à la ville »

« Cette étude nous montre une nouvelle fois que le diesel n’est pas adapté à la ville et que les émissions réelles des véhicules sont très différentes de celles annoncées par les constructeurs », commente Christophe Najdovski, adjoint à la Mairie de Paris chargé des transports. « Elle nous conforte dans notre opposition au projet du ministère de l’économie de requalifier les diesels les plus récents en Crit’Air 1 [catégorie aujourd’hui réservée aux essences les plus performantes et aux hybrides], poursuit l’élu écologiste. Il n’y a pas de diesel propre. »

Les diesels Euro 6 bénéficient pourtant de la vignette Crit’Air 2, c’est-à-dire qu’ils ne seront pas interdits à Paris avant le bannissement de tous les diesels en 2024 et qu’ils peuvent circuler même en cas de pic de pollution, le nouveau principe de circulation différenciée entrée en vigueur cet été ne s’appliquant qu’aux véhicules les plus anciens (Crit’Air 4 et 5).

Autre découverte majeure de la campagne menée par l’ICCT : au-delà de 30 °C de température extérieure, les diesels Euro 6 recrachent de 20 % à 30 % de plus de NOx qu’entre 20 °C et 30 °C. Or les NOx contribuent à la formation d’ozone lors des vagues de chaleur. « Ces résultats démontrent que les diesels mêmes récents viennent aggraver les épisodes de pollution à l’ozone auxquels nous avons été confrontés cet été et qui vont se reproduire. Aussi, tous les diesels devraient être interdits de circulation pendant les pics », considère M. Najdovski.

Dernier résultat marquant de l’étude : la pollution des deux-roues, jusqu’ici mal documentée. Les mesures de l’ICCT montrent que les motos et scooters, très présents à Paris, recrachent jusqu’à six fois plus de NOx et onze fois plus de monoxyde de carbone (CO) que les voitures essence les plus récentes. Très toxique pour l’homme, le CO est aussi un précurseur de la formation d’ozone et contribue, à l’instar des NOx, aux pics de pollution l’été.

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 12:49

Ils sont massivement utilisés dans l’agriculture depuis les années 2000, et on en retrouve partout, jusque dans nos assiettes. Selon un groupe de spécialistes, qui réclament leur suspension, les fongicides SDHI présentent un risque important pour la santé. Et la Consultation publique sur les pesticides lancée par le gouvernement concernant la distance minimale entre les habitations et les zones d’épandage est hypocrite - seuls les commentaires sur 5 ou 10 m sont possibles. D’après Émilie Torgemen pour Le Parisien, Fabrice Nicolino et https://nousvoulonsdescoquelicots.org/, 6 au 12 septembre 2019. Lire aussi Fongicides SDHi : vers un nouveau scandale sanitaire ?

Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), en 2018. Parmi les fongicides SDHI, on compte notamment le Boscalid, vaporisé sur les champs de blé, d’orge et les vergers. (Illustration.) AFP/Rémy Gabalda

Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), en 2018. Parmi les fongicides SDHI, on compte notamment le Boscalid, vaporisé sur les champs de blé, d’orge et les vergers. (Illustration.) AFP/Rémy Gabalda

Fraises, salades, pommes, blé, gazons des terrains de sport… « Personne ne les connaît, ils sont pourtant épandus partout ! » s'alarme Fabrice Nicolino, qui publiera jeudi 12 septembre une enquête très fouillée sur les SDHI : « Le Crime est presque parfait » (Ed. Les liens qui libèrent, 224p., 20 euros). Cette famille de fongicides est au cœur d'une guerre de tranchées entre scientifiques et experts des autorités sanitaires.

Pourquoi ? Côté pile, les SDHI s'attaquent à la succinate déshydrogénasse, enzyme qui participe à la chaîne respiratoire des champignons, et permettent ainsi de détruire ces nuisibles qui attaquent les récoltes. Mais côté face, selon plusieurs chercheurs, ils peuvent de la même manière bloquer le système respiratoire des animaux et des êtres humains.

« Conséquences potentiellement catastrophiques »

« C'est une folie que d'utiliser massivement ce produit. Nous avons testé ces inhibiteurs en laboratoire, ils tuent aussi bien l'enzyme du ver de terre, de l'abeille que de l'homme avec des conséquences potentiellement catastrophiques », affirme Pierre Rustin, chercheur à l'Inserm.

Ce spécialiste mondialement reconnu a découvert par hasard que les agriculteurs utilisaient massivement ces produits potentiellement très toxiques. « On en relargue des centaines de tonnes dans la nature », se désole le scientifique, qui a aussitôt contacté les autorités sanitaires. Une alerte restée sans réponse pendant des mois.

Alors, aux côtés de huit autres chercheurs -cancérologues, médecins, toxicologues-, Pierre Rustin a publié une tribune appelant à « suspendre l'utilisation tant qu'une estimation des dangers et des risques n'aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants ». On soupçonne la SDHI d'entraîner de graves encéphalopathies et d'être à l'origine de cancers.

Des évaluations vont être lancées

En réponse, l'ANSES, l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, a publié un rapport en janvier qui conclut que l'alerte n'est pas fondée et qu'il n'y a pas lieu d'interdire ces produits. « Le rapport était d'une indigence incroyable, regrette Pierre Rustin. Il évoque par exemple l'effet dose de ces produits chimiques. Or, dans les maladies mitochondriales ( NDLR : pathologie en rapport avec la chaîne respiratoire ), on ne connaît pas grand-chose mais l'on sait que ce n'est pas la quantité de produit qui crée le problème. »

Les neuf spécialistes travaillent aujourd'hui d'arrache-pied pour publier dans des revues scientifiques des preuves de la dangerosité scientifique des SDHI. Contactée, l'Anses renvoie de son côté vers le point publié cet été sur son site. Ce communiqué rappelait d'une part qu'« à ce jour, aucun nouvel élément n'est venu confirmer l'existence d'une alerte sanitaire », tout en précisant que l'agence qui ne clôt pas ce dossier et va lancer des projets de recherche pour vérifier la dangerosité de ces pesticides.

Quels sont les noms de ces fongicides ?

Il y a le Boscalid, commercialisé par BASF et « vaporisé » sur le blé, l’orge, les vergers. Il y a aussi l’Exteris stressgard spécialiste des gazons de foot, ou encore l’Isopyrazam de Syngenta, entre autres pour protéger les bananes d’un terrible champignon. Sous ces noms commerciaux, onze substances actives de la famille des inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI) sont autorisées en France.

Controversés, ces pesticides luttent contre certains champignons et moisissures qui attaquent les cultures. Ces fongicides ont été utilisés entre les années 1960 et les années 1990, mais c’est surtout depuis les années 2000 que les SDHI font leur grand retour. La plupart ont été autorisées en 2013 en France.

Ils sont depuis omniprésents dans le traitement des récoltes, parfois utilisés en enrobage directement sur les semences. Jusqu’à 80 % des champs de blé sont traités avec des SDHI. Le Boscalid est selon les ONG, le pesticide qui laisse le plus de traces dans nos assiettes.

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Il faut cesser cette folie

Les SDHI, ces pesticides qui alarment les scientifiques

Dans son nouveau livre d'enquête qui est sorti le 12 septembre, « Le Crime est presque parfait » (Ed. Les liens qui libèrent, 224p., 20 euros), Fabrice Nicolino s'est penché sur les très controversés fongicides SDHI. L'auteur de « Nous voulons des coquelicots », qui avait initié le mouvement anti-pesticides des coquelicots, réclame avec sa faconde un moratoire immédiat sur ces fongicides.

Pourquoi ? Côté pile, les SDHI s'attaquent à la succinate déshydrogénasse, enzyme qui participe à la chaîne respiratoire des champignons, et permettent ainsi de détruire ces nuisibles qui attaquent les récoltes. Mais côté face, selon plusieurs chercheurs, ils peuvent de la même manière bloquer le système respiratoire des animaux et des êtres humains.

Dans votre ouvrage, vous semblez accuser l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail) d'avoir délibérément négligé l'alerte de grands chercheurs ?

Fabrice Nicolino : Bien sûr. L'Anses est l'organisme qui donne les autorisations de mise sur le marché pour les pesticides et qui doit ensuite en être le juge. De qui se moque-t-on? Cette agence a démontré que, même secoué par d'éminents scientifiques, elle ne peut pas fournir une expertise indépendante. Après la première alerte de Pierre Rustin (NDLR : ce chercheur à l'Inserm a publié une tribune appelant à « suspendre l'utilisation tant qu'une estimation des dangers et des risques n'aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants » ), qui aurait dû stopper la diffusion le temps d'avoir des études indépendantes, l'agence a fait le mort près de neuf mois.

Le problème n'est-il pas simplement celui des tests réglementaires moins performants que la recherche fondamentale ?

Non. Les autorités sont désormais trop liées aux industries. Chaque année, elles publient des notes pour vanter ce type de fongicides et dire comment épandre ces produits potentiellement toxiques. Est-ce le rôle de l'Anses qui vit de l'argent public et promet de protéger la société? Poser la question, c'est y répondre. Le problème est que cette famille de fongicide est un nouvel Eldorado. On estime que son chiffre d'affaires mondial de 2 milliards d'euros va encore augmenter.

Que réclamez-vous ?

Moi, je me contente de répéter la demande légitime de scientifiques reconnus. Ils estiment que les SDHI représentent un danger colossal, qu'il faut stopper l'utilisation immédiatement. De mon point de vue, rien ne changera sans une mobilisation massive de la société. Il faut cesser cette folie avant que les SDHI ne deviennent le nouveau scandale sanitaire, comme la chlordécone dans les Antilles (un insecticide cancérigène utilisé dans les bananeraies) ou le DDT (interdit depuis trente ans mais dont on trouve encore des traces).

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5 ou 10 mètres des habitations ? Vous vous        foutez de nous !
Les SDHI, ces pesticides qui alarment les scientifiques

Le gouvernement organise depuis le lundi 9 septembre une consultation publique sur les conditions d’épandage des pesticides, à laquelle chacun est invité à donner son avis. Cette consultation publique est une farce, car le résultat en est d’ores et déjà annoncé: à partir de 2020, il faudra respecter une distance de 5 à 10 mètres entre les traitements chimiques et les habitations.

Ni 5 mètres, ni 10 mètres

Une telle décision est une insulte à la science et à notre santé, car les pesticides ne respectent pas les décrets. Ils voyagent sur des kilomètres, rejoignent les cours d’eau, montent dans l’air et les nuages, atteignent facilement le cœur des villes et jusqu’aux foetus. Ils saturent l’air et polluent les pluies. Le lobby des pesticides vient de montrer une nouvelle fois sa puissance. La seule solution scientifiquement fondée, comme le réclame le mouvement des Coquelicots depuis un an: la fin de tous les pesticides de synthèse.

Le gouvernement regarde ailleurs

Des maladies en pagaille. Une nature qui disparait silencieusement. Un monde agricole au désespoir. Une autonomie alimentaire qui n’est plus qu’un rêve… Si près de neuf Français sur dix sont pour la fin des pesticides en cinq ans, c’est qu’ils ont compris que ces poisons sont une impasse mortelle. Pour tous. Mais il n’y a pire sourd que celui qui a intérêt à ne pas entendre et l’incroyable scandale des pesticides montre le gouffre qui s’agrandit chaque jour entre dirigeants et dirigés. La démocratie, ce n’est pas cela. Un élu de la République n’est pas au service des intérêts privés. Il doit d’abord et avant tout protéger la population dont il a la charge. Et il ne le fait pas. C’est très grave.

A quoi joue l’ANSES?

Pour préparer son décret-scélérat, le gouvernement et son ministère de l’Agriculture s’appuient sur des recommandations de l’ANSES, notre agence publique sanitaire. Entre 5 et 10 mètres, donc. Mais nous n’avons plus aucune confiance en elle. L’affaire des SDHI https://www.youtube.com/watch?v=dDjHyukzu-k&t=22s – une nouvelle classe de fongicides toxiques pour la santé – montre qu’elle a partie liée avec l’industrie des pesticides (1). Car malgré des alertes lancées par des scientifiques indépendants, elle laisse ce redoutable poison être épandu dans toute la France. Cette agence, celle-là même qui donne les autorisations de mise sur le marché (AMM) de ces poisons peut-elle sérieusement nous protéger contre ses propres décisions? Cela ne peut plus durer. Cette consultation publique est une honte pour notre République.

Plus que jamais, l’Appel des coquelicots, qui exige la fin de tous les pesticides de synthèse, est la seule issue!

(1) Un livre paru ce 12 septembre 2019 raconte cette affaire: «Le crime est presque parfait, l’enquête-choc sur les pesticides et les SDHI» (LLL), par Fabrice Nicolino, fondateur de Nous voulons des coquelicots.

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 16:09

Elisabeth Borne et Agnès Buzyn ont lancé mardi 3 septembre la deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Simultanément, l’Agence nationale de santé publique a mesuré pour la première fois la présence de ces polluants dits « du quotidien » dans l’organisme d’un large échantillon représentatif de la population française, et publie une étude alarmante sur l'imprégnation du public aux polluants. D’après Stéphane Mandard et Santé Publique France le 4 septembre 2019. Lire aussi Le bisphénol S, substitut du bisphénol A, est un perturbateur endocrinien aussi dangereux et Le rapport-choc de l’IGAS sur les perturbateurs endocriniens interrogent l’inaction des pouvoirs publics.

Des chercheurs analysent la présence de bisphénol A dans la nourriture, à Saint-Martin-du-Touch près de Toulouse, le 4 avril 2015. (REMY GABALDA / AFP)

Des chercheurs analysent la présence de bisphénol A dans la nourriture, à Saint-Martin-du-Touch près de Toulouse, le 4 avril 2015. (REMY GABALDA / AFP)

Bisphénols, phtalates, parabens, éthers de glycol, retardateurs de flamme bromés, composés perfluorés (PFC)… Pour la première fois, Santé publique France a mesuré la présence de ces polluants dits « du quotidien » dans l’organisme des enfants et des adultes, auprès d’un large échantillon (1 104 enfants et 2 503 adultes) représentatif de la population française.

Les résultats sont aussi édifiants qu’alarmants : ces substances omniprésentes dans les objets de la vie courante et qui sont souvent des perturbateurs endocriniens ou des cancérigènes, avérés ou suspectés, sont « présents dans l’organisme de tous les Français » et « des niveaux d’imprégnation plus élevés sont retrouvés chez les enfants ».

Cette étude inédite a été publiée mardi 3 septembre. Elle doit servir de référence à la nouvelle stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (PE), présentée le même jour par la ministre de la santé, Agnès Buzyn, par son homologue à la transition écologique, Elisabeth Borne, et par le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet. Les PE sont capables d’interférer avec le système hormonal et sont impliqués dans une variété de troubles et de pathologies : obésité, baisse du quotient intellectuel, cancers du système reproducteur, etc.

Etablir des valeurs de référence d’imprégnation

L’étude de Santé publique France devrait notamment permettre d’établir enfin des valeurs de référence d’imprégnation dans la population, qui existent parfois à l’étranger pour certains polluants, mais font toujours défaut en France.

Cette première grande étude de biosurveillance sera par ailleurs suivie de deux autres volets, sur les métaux et les pesticides. Pour ce premier volet, près de soixante-dix biomarqueurs ont été analysés. A quelques exceptions près, les niveaux d’imprégnation relevés sont comparables à ceux d’autres études menées à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et au Canada.

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer les niveaux plus élevés chez les enfants. Des contacts cutanés et de type « main-bouche », plus fréquents avec les objets du quotidien comme les jouets ou les peintures, vecteurs de bisphénols ou d’éthers de glycol (solvants) notamment. Des expositions plus importantes, par exemple, aux poussières domestiques pouvant contenir ces substances. Ou un poids relativement plus faible par rapport à leurs apports alimentaires, également contaminés par ces polluants. L’imprégnation par les bisphénols S, utilisés depuis plusieurs années comme alternatives au bisphénol A, augmente ainsi avec la consommation d’aliments préemballés dans du plastique.

Effets toxiques sur la reproduction

Mais, souligne l’étude, l’alimentation n’est pas la source d’exposition exclusive à ces substances. L’utilisation de produits cosmétiques et de soins, notamment, augmente les niveaux d’imprégnation des parabens et des éthers de glycol. Pour certains des composés de ces solvants, Santé publique France relève que les concentrations retrouvées chez les Français dépassent les « valeurs seuils sanitaires » établies à l’étranger.

Or, rappelle l’organisme, les éthers de glycol sont suspectés d’entraîner des effets toxiques sur la reproduction et le développement chez l’homme : diminution de la fertilité masculine, augmentation du risque d’avortement spontané ou encore de malformation fœtale.

La fréquence de l’aération du logement a également une influence sur les niveaux d’imprégnation pour les retardateurs de flamme bromés et les PFC, avertit Santé publique France. Logiquement, plus l’air des logements est renouvelé, moins l’imprégnation est forte.

L’organisme préconise enfin de répéter ce type d’étude, afin de suivre à la fois les évolutions des expositions des Français dans le temps et d’évaluer l’impact des politiques publiques visant à les réduire, à commencer par la nouvelle stratégie nationale sur les PE pour la période 2019-2022. Dévoilée mardi, elle ne comporte pas de mesures radicales.

« Un plan d’urgence pour protéger les populations »

L’Agence nationale de sécurité sanitaire devra établir une liste de perturbateurs endocriniens, en expertisant au moins six substances en 2020, puis neuf par an à partir de 2021. Un site Internet devrait être lancé avant la fin de l’année pour permettre au grand public de s’informer sur la présence éventuelle de PE dans les objets de la vie courante. Un autre site (Agir pour bébé) a été mis en ligne, mardi, pour donner des conseils pratiques aux jeunes parents, afin de limiter l’exposition aux produits chimiques, dont les perturbateurs endocriniens, pendant la grossesse et après la naissance.

« Un site Internet pour informer le grand public ? A l’évidence, ça ne suffit pas ! », réagit Gérard Bapt, l’ancien député socialiste et médecin à l’origine de l’interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires, en 2012. Il manque des mesures concrètes et contraignantes pour en finir avec les revêtements dangereux des poêles ou les sols en PVC dans les habitations privées. » M. Bapt s’offusque également qu’à l’issue de son étude Santé publique France « ose conclure qu’on ne peut pas prédire un risque sanitaire, alors qu’il est maintenant avéré pour les perturbateurs endocriniens ».

Insuffisant aussi pour l’association Générations futures, qui a participé aux différents groupes de travail mis en place par le gouvernement pour élaborer sa nouvelle feuille de route sur les PE. Elle réclame « un plan d’urgence pour protéger les populations de ces polluants dangereux ». Pour son directeur, François Veillerette, « les ambitions de la nouvelle stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens doivent être revues à la hausse pour faire de la disparition rapide des substances pointées par Santé publique France de notre environnement une priorité de santé publique absolue ».

Le Réseau Environnement Santé (RES) demande, lui, un financement équivalent à celui du plan cancer (1,5 milliard d’euros sur cinq ans). Le RES a lancé en 2017 la charte des villes et territoires sans perturbateurs endocriniens. Deux cents communes, trois régions (Ile-de-France, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine) et trois départements (Tarn, Haute-Garonne, Bouches-du-Rhône) l’ont déjà signée.

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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 10:00

195 pays ont approuvé le rapport du GIEC publié aujourd’hui jeudi 8 août sur l’utilisation et la gestion durable des terres, la dégradation des sols, la désertification et la sécurité alimentaire. Décrivant une planète surexploitée, les scientifiques du Giec rappellent l’urgence de changer notre alimentation trop carnée. D'après AFP, Le Monde et Aude Massiot pour Libération le 8 août 2019. Lire aussi Mal manger tue davantage que le tabac, Le « régime de santé planétaire » ? Des protéines végétales et un steak par semaine ! Ne pas dépasser +1,5 °C ? Une question politique alors que le climat de la France se dérègle,  et Un rapport parlementaire contre la malbouffe industrielle : « Reprendre le pouvoir sur nos assiettes ».

 

Le Giec a axé son rapport sur comment le réchauffement climatique affecte les terres consacrées aux cultures, à l’élevage ou encore les forêts. Ryhor Bruyeu (Grisha Bruev)/Grigory Bruev – stock.adobe.com

Le Giec a axé son rapport sur comment le réchauffement climatique affecte les terres consacrées aux cultures, à l’élevage ou encore les forêts. Ryhor Bruyeu (Grisha Bruev)/Grigory Bruev – stock.adobe.com

Au terme d’une session marathon, les États ont approuvé, mercredi 7 août, à Genève (Suisse) le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui porte sur l’utilisation des terres. Il doit être rendu public jeudi, avec, en toile de fond, la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire d’une population mondiale croissante et la lutte contre le réchauffement.

Les délégations des 195 pays membres du GIEC étaient réunies depuis vendredi, à huis clos pour examiner ce rapport spécial des experts des Nations unies (ONU) pour le climat consacré au « changement climatique, à la désertification, à la dégradation des sols, à la gestion durable des terres, à la sécurité alimentaire et aux flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ».

En clair : comment le réchauffement climatique affecte les terres consacrées aux cultures, à l’élevage ou encore les forêts, et par ricochet la sécurité alimentaire, mais aussi comment les pratiques agricoles ou la déforestation agissent sur le climat.

Débats menés par consensus

Le GIEC a finalisé les termes de ce rapport thématique « après une session finale marathon » vers 12 h 30, heure locale, ce mercredi, a tweeté Stephen Cornelius, du Fonds mondial pour la nature (WWF).

L’examen ligne par ligne du « résumé à l’intention des décideurs politiques » du rapport complet d’environ 1 200 pages aurait dû s’achever mardi en fin d’après-midi, mais les discussions se sont prolongées lors d’une session finale d’adoption d’environ 28 heures.

Le résultat des débats menés par consensus, ce qui peut donc conduire à édulcorer certaines formulations, sera dévoilé dans la matinée de jeudi à Genève.

« Nous sommes très heureux que le rapport ait été approuvé », s’est réjouie Fernanda Carvalho du WWF. Ce texte est essentiel car il souligne « que la façon dont nous utilisons les terres n’impacte pas seulement le climat, mais la capacité des terres à fournir les moyens d’existence aux gens, à la nature et à la biodiversité », a-t-elle ajouté.

Système alimentaire mondial

Cette expertise scientifique, la plus complète à ce jour sur le sujet, fait le point sur l’état des terres, les impacts des changements climatiques actuels et à venir, mais aussi sur la façon dont la modification de l’usage des sols joue sur le climat.

Ses auteurs se sont aussi penchés sur le système alimentaire mondial, ses limites et l’évolution des régimes alimentaires, avec une consommation croissante de viande. Environ 820 millions de personnes souffrent de la faim, 2 milliards d’adultes sont obèses ou en surpoids et 30 % de la nourriture serait perdue.

Le rapport aborde également la lutte contre la désertification, le rôle des femmes et des communautés autochtones.

Derrière ce sujet complexe, qui touche à des domaines très divers – les conditions de vie de nombreuses personnes, la préservation des écosystèmes, les intérêts de puissantes industries agroalimentaires et forestières – se niche une question fondamentale : comment nourrir une population mondiale qui pourrait atteindre 11,2 milliards d’individus en 2100, tout en contenant le réchauffement climatique à 1,5 °C, objectif idéal de l’Accord de Paris sur le climat ?

Un espoir à trouver dans nos assiettes et derrière la porte des étables

Les scientifiques refrènent tout de même les plus idéalistes : une transformation majeure et durable de nos systèmes alimentaires et agricoles est nécessaire. Ces conclusions ne sont ni nouvelles ni révolutionnaires. Mais elles permettent de rappeler l’extrême urgence à revoir tous nos acquis. L’avenir dessiné par ces nouveaux modèles agricoles donne même sacrément envie.

L’alimentation est au cœur de la lutte contre le changement climatique car elle en est à la fois une des principales causes, et en subit durement les conséquences. Le secteur agricole représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre et occupe 40 % des terres. Des proportions promises à augmenter avec l’amélioration du niveau de vie dans de nombreux pays.

En parallèle, chaque degré de réchauffement réduira de 6 % les rendements de blé, de 3 % ceux de riz et de soja et de 7 % ceux de maïs. Or ces cultures fournissent deux tiers des apports en calories de l’humanité et les salaires de millions d’individus. En outre, l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère provoque une baisse de zinc et de fer dans les céréales et les légumes. De quoi aggraver la recrudescence des maladies liées aux carences en oligo-éléments.

Angoisse des agriculteurs

Face à ces sombres perspectives, le choix entre le burger et les lasagnes végétariennes un midi pourrait faire la différence sur la durée. «La consommation en viande doit être réduite d’au moins 50 % dans les pays industrialisés, alerte Tim Searchinger, chercheur au think-tank World Resources Institute et coauteur du rapport "Créer un futur alimentaire durable" publié en juillet par l’ONU Environnement et la Banque mondiale. Le plus dommageable pour l’environnement reste le bœuf, l’agneau et la chèvre.»

Cela pour trois raisons : ils émettent de grandes quantités de méthane, un gaz à l’effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2 ; leur lisier dégage de l’oxyde nitreux qui appauvrit les sols et acidifie les mers ; surtout, les terres occupées par les animaux et utilisées pour cultiver leur nourriture le sont au détriment des forêts, pourtant essentielles pour capter le CO2 de l’atmosphère. Tim Searchinger recommande de réduire d’au moins 10 % la production de porc et de volaille.

Les produits laitiers ne sont pas à épargner. Pour produire du lait, les femelles doivent être enceintes régulièrement. «Enormément de veaux et de chevreaux naissent dans les élevages sans qu’on sache quoi en faire, décrit Laure Ducos, chargée de mission agriculture pour Greenpeace France. De plus en plus d’associations de défense du bien-être animal s’alarment du traitement qui leur est réservé.» L’ONG a établi que, pour limiter le réchauffement, la consommation de produits laitiers doit être réduite à 33 kilos par habitant par an. Or les Français, champions hors catégorie, en ingurgitent plus de 260 kilos par an. Une dynamique positive est engagée : la consommation de viande, sauf la volaille, baisse déjà en France.

Face à ces recommandations, on imagine l’angoisse des agriculteurs. Laure Ducos se veut rassurante : «Les éleveurs européens s’y retrouveront, dans le modèle agricole nécessaire pour limiter le dérèglement du climat. Tout le monde ne doit pas devenir végétarien mais manger beaucoup moins de viande, et préférer la production locale et de qualité.» Cette Europe passée à l’agroécologie reverrait naître sur son territoire plus de petites fermes adeptes de l’élevage extensif (et non plus intensif). Les agriculteurs seraient plus nombreux, mieux payés et moins dépendants de marchés fluctuants des matières premières. Les citoyens mangeraient des plats moins carnés mais plus nutritifs, et toujours plus variés, car la diversité d’aliments végétaux bons pour le climat et la santé laisse de la place à l’imagination culinaire.

Révolution des modes de pensée

Ce monde idéal n’est pas une utopie. L’Institut du développement durable et des relations internationales en a publié un plan détaillé, appelé Ten Years for Agroecology in Europe («dix ans pour l’agroécologie en Europe»), revu en avril pour le rendre cohérent avec l’objectif de zéro émission nette en 2050. Il implique la généralisation de l’agriculture biologique, le redéploiement des prairies permanentes et, malgré une baisse de 35 % de la production, permettrait de nourrir localement 530 millions d’Européens, et d’arrêter d’importer de la nourriture pour l’élevage.

Cette dernière mesure est cruciale car elle permettrait de redonner des terres à la forêt, en Amérique latine surtout. D’après le Giec, au rythme actuel, l’Amazonie rongée par la déforestation, au profit de l’élevage ou de champs de soja, pourrait bientôt devenir une source nette de carbone dans l’atmosphère, et non plus le puits précieux qu’elle est actuellement. En réduisant la consommation de viande, l’idée n’est pas de compenser en mangeant de l’avocat ou du quinoa importés de l’autre bout de la planète. Ce changement d’alimentation appelle à une révolution des modes de pensée et de consommation, vers plus de local et plus de qualité. Un moyen de mieux préparer les sociétés face aux futurs chocs environnementaux.

Le dernier rapport avait secoué l’opinion publique

Comment nourrir la population mondiale sans créer une compétition intense pour l’usage des sols et dégrader encore plus les écosystèmes, alors que les activités humaines ont déjà abîmé environ un quart des terres émergées non couvertes par des glaces ?

Certains sont partisans de solutions fondées sur les bioénergies – c’est-à-dire les énergies produites à partir de bois, de produits agricoles ou de déchets organiques, et la technologie des « BECCS » –, qui visent à produire de l’énergie tout en retirant du CO2 de l’atmosphère.

D’autres acteurs mettent en garde contre le danger que représente l’usage de ces techniques à grande échelle, car elles nécessiteraient des surfaces terrestres importantes, qui ne pourraient plus être consacrées à l’agriculture et à l’élevage. Ce sujet a constitué un des principaux points d’achoppement des discussions à Genève, selon des observateurs.

Ce rapport spécial fait suite à celui consacré à la faisabilité de l’objectif de 1,5 °C, publié en octobre 2018. Ce dernier avait secoué l’opinion publique et avait conduit des centaines de milliers de personnes à descendre dans la rue pour exiger de leurs gouvernements qu’ils agissent plus vite.

Un troisième rapport « spécial » dédié aux océans et à la cryosphère (banquise, glaciers, calottes polaires) sera adopté fin septembre à Monaco, au moment où l’ONU organisera un sommet sur le climat à New York.

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 09:28

Des scientifiques s’efforcent d’évaluer les risques liés à l’utilisation d’une des substances remplaçant le bisphénol A depuis son interdiction. D’après une étude américaine en 2013 et la revue Environmental Health Perspectives le 17 juillet 2019 par Clémentine Thiberge pour Le Monde. Lire aussi Le rapport-choc de l’IGAS sur les perturbateurs endocriniens interrogent l’inaction des pouvoirs publics, Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensonge et Perturbateurs endocriniens : l’histoire secrète d’un scandale.

Une nouvelle étude française suggère que la principale substance de remplacement du bisphénol A, le bisphénol S, serait tout aussi dangereuse pour l’organisme.

Une nouvelle étude française suggère que la principale substance de remplacement du bisphénol A, le bisphénol S, serait tout aussi dangereuse pour l’organisme.

Publiée mercredi 17 juillet dans la revue Environmental Health Perspectives, l’étude, menée par une équipe de l’École nationale vétérinaire de Toulouse et du laboratoire Toxalim (Institut national de recherche agronomique), en collaboration avec les universités de Montréal (Québec) et de Londres, a montré chez le porcelet que le bisphénol S (BPS) persiste plus longtemps dans l’organisme et à des concentrations beaucoup plus élevées que le bisphénol A (BPA).

« Cette étude comble une lacune importante dans nos connaissances sur la manière dont les produits chimiques de remplacement du BPA sont métabolisés par le corps, soutient Laura Vandenberg, professeure associée à l’université du Massachusetts (États-Unis), spécialiste des perturbateurs endocriniens. Alors que le public continue de poser des questions sur la sécurité du BPA, de nombreuses industries remplacent ce composé par d’autres produits chimiques ayant des fonctions similaires. Malheureusement, la plupart des substituts sont d’autres bisphénols – qui ont des effets relativement inconnus sur le corps. »

Le bisphénol A est une substance de synthèse utilisée dans certains plastiques rigides, résines, etc. En juin 2017, l’Agence européenne des produits chimiques avait classé le BPA sur la liste des substances « extrêmement préoccupantes » (« substance of very high concern »), pour ses propriétés de perturbation endocrinienne, « à l’origine probable d’effets graves sur la santé humaine, soulevant un niveau équivalent de préoccupation aux substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques » – c’est-à-dire affectant la fertilité ou le développement de l’enfant à naître.

Présence dans de nombreux matériaux

En raison de mesures restrictives de son utilisation dans un grand nombre de pays, dont la France, telles que l’interdiction dans les biberons en 2011 et dans les contenants alimentaires en 2015, les industriels ont progressivement remplacé le BPA par des composés analogues, principalement le bisphénol S. Cette substance est aujourd’hui présente dans de nombreux matériaux, notamment les plastiques, les résines époxy (utilisées dans les revêtements intérieurs de boîtes de conserve et canettes) et le papier thermique (étiquettes alimentaires, tickets de caisse, de parking ou de musée).

« Nous avons choisi de faire cette recherche, car l’utilisation du BPS augmente et il est nécessaire d’avoir plus d’informations sur cette substance », explique Véronique Gayrard, professeure en physiologie à l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et première auteure de l’étude. Ainsi, pour leur rapport, les chercheurs ont administré du BPS par voie orale à des porcelets. « Etant donné que le BPS est un contaminant alimentaire, c’est la principale voie d’entrée dans le corps, précise la chercheuse. De plus, nous avons utilisé un animal qui a de grandes similitudes physiologiques avec l’homme pour reproduire les conditions les plus semblables. »

Les résultats montrent que la quantité de BPS ingérée qui accède à la circulation sanguine générale de manière inchangée est environ 100 fois supérieure à celle du BPA. Elle est de 57 % pour le BPS et 0,5 % pour le BPA. De plus, selon l’étude, l’élimination de la substance de remplacement est 3,5 fois inférieure à celle du BPA. « En combinant ces deux éléments, soutient Véronique Gayrard, on se retrouve avec des concentrations de BPS dans le sang environ 250 fois supérieures à celles du BPA pour une même exposition. »

Les fonctions gastro-intestinales du porc et de l’humain étant comparables, ces résultats suggèrent que le remplacement du BPA par le BPS pourrait conduire à augmenter l’exposition de l’être humain à un composé hormonalement actif. « Cette étude est très importante, insiste Laura Vandenberg, qui n’a pas participé à ces travaux, car elle permet d’affirmer que les effets du BPS seront observables à des doses plus faibles que le BPA, car le corps ne le métabolise pas aussi facilement. »

En avril 2017, une étude du magazine 60 millions de consommateurs avait déjà appelé les autorités et les consommateurs à réagir. L’association de consommateurs avait fait analyser par un laboratoire indépendant une mèche de cheveux d’un panel de 43 enfants et adolescents de 10 à 15 ans, habitant « sur tout le territoire » français, tant en ville qu’en milieu rural, pour y rechercher 254 substances. Le bisphénol A n’avait été retrouvé que dans 20 % des échantillons, preuve de « l’efficacité » de son interdiction en France dans tous les contenants alimentaires depuis 2015, selon 60 millions de consommateurs. En revanche, le bisphénol S, utilisé en substitution, était présent dans 98 % des échantillons.

Bien que les données toxicologiques soient encore insuffisantes pour évaluer précisément le danger associé, ces résultats soulignent l’importance de l’estimation de l’exposition dans le processus d’analyse du risque pour la santé humaine lié à la substitution de substances préoccupantes.

« Avantages pour les industriels »

« Nous avons des centaines d’études sur le BPA suggérant qu’il peut causer des dommages au corps humain, soutient Laura Vandenberg. Mais seulement une douzaine sur le BPS. Nous ne savons presque rien du BPS dans la population humaine. Nous obtenons maintenant de bonnes données de biosurveillance qui vont nous permettre de mieux évaluer le risque de la substance. » Les rares études sur le sujet suggèrent cependant que le BPS aurait des effets hormonaux œstrogéniques comparables au BPA, « voire supérieurs pour d’autres capteurs », alerte l’auteure de l’étude.

Aujourd’hui, les chercheurs sont unanimes : il est impossible de remplacer une substance dangereuse par une autre qui n’a pas été suffisamment étudiée. « Pour les industriels, le BPS n’a que des avantages : les biens de consommation conservent leurs propriétés souhaitées, mais ce n’est pas du BPA, ce qui leur permet d’étiqueter les produits “sans BPA”, fait valoir Laura Vandenberg. Ce qui ne veut pas dire pour autant sans danger. »

Alors par quoi remplacer ces différentes substances hormonalement actives ? « C’est une vraie question pour les chimistes, répond la chercheuse américaine. Ce qu’on sait pour l’instant, c’est que, chaque fois que nous pensons remplacer un composé par un autre, nous devons faire preuve de prudence quant à la sécurité du nouveau produit chimique et le tester de manière appropriée. Sinon, nous nous retrouvons avec des substitutions regrettables. La réglementation chimique est remplie de tels exemples et nous devons faire mieux avec le BPA. »

Selon les associations de consommateurs, la solution la plus satisfaisante reste pour l’instant d’utiliser des alternatives aux plastiques pour les contenants alimentaires, tels que le verre, le silicone ou la céramique.

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 09:08

A Paris et en Île-de-France, l'eau du robinet est radioactive. Presque deux millions de personnes alimentées par l’usine d’eau potable de Choisy-le-Roi consomment une eau polluée par un élément radioactif, le tritium. Plus de 6 millions de personnes en France boivent de l’eau légèrement contaminée au tritium, un élément radioactif. L'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) a révélé cette contamination dans sa publication du 17 juillet 2019. La concentration moyenne de tritium dans cette eau du robinet atteint les 10 Bq/L (becquerel par litre). D’après l’ACRO, Reporterre et Candice Vacle pour son blog sur Mediapart du 17 au 20 juillet 2019. Lire aussi Ils disent non au lave-linge du nucléaireCes déchets nucléaires près de chez vous et La face cachée des expérimentations atomiques en France.

Pollution radioactive de l'eau du robinet le long de la Seine, de la Loire, à Paris, en Île-de-France...

Ce n'est pas un cas isolé car, en France, 6,4 millions de personnes sont concernées par la présence de pollution au tritium dans l’eau du robinet.

Qu’est-ce que le tritium ?

C’est un atome d’hydrogène radioactif et sa demi-vie est de 12,32 ans. Ce qui veut dire qu’après 12,32 ans, il en reste encore la moitié et ainsi de suite.

D'une manière générale, est-ce dangereux pour la santé de boire une eau contenant du tritium ?

Le tritium a une radiotoxicité faible. Il émet des rayons radioactifs bêta sur une faible distance. Sa demi-vie de 12,32 ans, lui laisse largement le temps d’aller s’infiltrer là où il se trouve.

Aucune étude ne permet de savoir s’il peut causer le cancer chez l’homme. Le danger du tritium provenant de l’industrie du nucléaire est si important que les sénateurs de notre Sénat (chambre haute du Parlement français ) ont rédigé un texte sur le sujet. Le site du Sénat écrit concernant les dangers de la contamination interne par le tritium que le résultat des expériences sur le tritium « nous imposent d'appliquer strictement le principe de précaution et de tout mettre en œuvre pour réduire au maximum l'exposition au tritium des travailleurs et des populations ». «  Les rejets de tritium dans l'environnement risquent de devenir dans les années à venir un problème majeur et certainement un des principaux axes de la contestation antinucléaire. » Toutefois, « certaines études ont ... montré de façon très nette que, chez des animaux, l'exposition ou l'injection de tritium entraînait une importante augmentation des cancers. » Site du Sénat - Les dangers de la contamination interne par le tritium. Ce que l'on sait scientifiquement c’est qu'il s’incorpore facilement à l’eau. Et sachant que 65% de notre corps est fait d'eau, il peut facilement s'y intégrer et passer dans le sang.

« Le tritium peut poser un risque pour la santé s’il est ingéré par la consommation d’eau ou de nourriture, ou s’il est inhalé ou absorbé par la peau. » « L'eau tritiée (contenant du tritium) a été estimée être la première source de risque d' exposition humaine au tritium » (Rejets de tritium et conséquences sur les doses au Canada en 2006 Wikipédia - Tritium dans l'environnement).

Dans le Livre Blanc du Tritium de l’ASN, il est reconnu que les risques du tritium sont sous-évalués. En effet, un rapport d’experts a montré que le tritium peut s’intégrer à l’ADN. Alors, les rayons ionisants (rayons radioactifs) du tritium risquent d'endommager l’ADN (Livre Blanc du Tritium Le tritium Le tritium et l’environnement Les effets des rayonnements sur la santé  p.268).

Est-ce dangereux pour la santé de boire l'eau de Paris et d'Île-de-France ayant une concentration moyenne de tritium de 10 Bq/L ?

Déjà, l'idée de boire une eau radioactive est fortement déplaisante. D'autant plus, lorsqu'on sait qu'il s'agit d'une radioactivité artificielle provenant des rejets radioactifs liquides dans la Seine de la Centrale Nucléaire de Nogent située à environ 100 km en amont de Paris. Et oui, aussi aberrant que se soit, une centrale nucléaire a été construite en amont de Paris alors que l’on savait qu’elle rejetterait de la pollution radioactive dans l’eau venant alimenter les réservoirs d'eau potable de Paris !

La Préfecture d’Île-de-France se veut rassurante et dit qu'à Paris « l’eau du robinet peut être consommée ». Ceci est de la pure désinformation car l'ACRO est un organisme agréé avec qui Greenpeace a pour habitude de travailler. L'ACRO s'est basé sur les données fournies par le Ministère de la Santé pour faire cette étude.
Selon Eau de Paris, entreprise publique qui gère l'eau potable à Paris, la pollution au tritium ne représente aucun risque car les mesures sont en dessous de la référence de qualité française.

A partir de quelle quantité est-il dangereux de boire de l’eau contenant du tritium ?

Pour le tritium, la référence de qualité de la réglementation française est de 100 Bequerelles par litre (transposition d’une directive de l’Union Européenne). Sachant que la radioactivité naturelle des eaux de surface se situe entre 0,1 et 0,9 Bq/L (UNSCEAR), et que dans les nappes phréatiques anciennes, (qui n'ont pas été touchées par les retombées en tritium des essais nucléaires) les niveaux de tritium sont de l'ordre de 0,1 Bq/L, cette référence de qualité correspond, donc, à plus de 100 fois la radioactivité naturelle (Doc Criirad Tritium contamination p.2, et Fiche IRSN - Tritium et environnement p.5.). Cette référence peut être dépassée, en toute impunité - rien de contraignant pour la faire respecter.

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la valeur de référence est de 10 000 Bq/L. Soit 100 fois plus que la référence européenne et française. Les variations de ces valeurs de références interrogent sur leur crédibilité.

La CRIIRAD conteste ce chiffre de l’OMS car il est le résultat d’un calcul et non pas d’une expérience scientifique. Qui plus est ce chiffre de 10 000 Bq/L a été arrondi, par l’OMS, largement au dessus du résultat du calcul initial qui était de 7 800 Bq/L. Pourquoi ? L’OMS est liée à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) qui est pro nucléaire. Le Dr. Michel Fernex ancien médecin de l’OMS dénonce ce qu'il appelle les « liens malsains » entre l’OMS et l'AIEA comme l’accord référencé «WHA12-40», l’exigence de confidentialité dans certains domaines ou le fait que l’OMS répète les chiffres de l’AIEA. L’OMS ne fait pas ses propres mesures de la radioactivité.

Il y a une seconde hypothèse, selon la CRIIRAD, c’est qu'il est difficile de garder le tritium dans un contenant. Comme il est difficilement confinable, il est difficile (voir impossible) pour l'industrie nucléaire de ne pas le laisser s'échapper dans l’eau ou dans l’air car il traverse le béton et le métal (Sortir du nucléaire - Contaminations au tritium).

Alors, comme l’OMS est liée à l'AIEA et que le tritium est difficilement confinable, l’OMS a peut être préféré choisir la référence douteuse et surévaluée de 10 000 Bq/L.
En bref, même s’il existe des valeurs de références institutionnelles concernant le tritium, il n’y a pas d’études scientifiques permettant de dire la dangerosité de doses précises de tritium dans l’eau pour l’être humain. Sans compter, qu'il n'y a aucune normes pour les enfants ou les femmes enceintes alors qu'ils sont plus sensibles à la radioactivité que le reste de la population.
En somme, les valeurs de références institutionnelles du tritium ne nous protègent pas et correspondent à un risque que l’Etat accepte de nous faire prendre pour pouvoir avoir une industrie nucléaire. Ceci sans que notre avis ait été consulté.

Est-ce que cette quantité de tritium de 10 Bq/L dans l’eau de Paris et d’Île-de-France est dangereuse pour la santé, selon des spécialistes de la santé et du nucléaire ?
Selon la Docteur Françoise Boman, « aucune dose de radioactivité, si faible soit-elle, n'est anodine pour le corps humain. Or, le tritium n'a rien à faire dans l'eau et ne devrait pas y être. Pour ma part, je veux zéro radioélément artificiel dans l'eau que je bois. »

Roland Desbordes, de la CRIIRAD, pour répondre, utilise le sievert qui est l'unité permettant d’évaluer l'impact des rayonnements de la radioactivité sur l'homme. « Il explique que si une personne boit presque 2 litres d’eau de Paris à 10 Bq/L par jour soit environ 7OO litres par an, ça ferait 0,12 μSv/ an (microsievert par an) soit 0,000 12 mSv (millisievert par an).

Il ajoute: « La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) et les directives Euratom, reprises dans le droit français (Code de la Santé Publique), estiment qu’à partir de 0,01 mSv le risque existe. »  (mail Roland Desbordes 20/07/2019) Ce risque est jugé acceptable par les experts scientifiques à partir de 0,01 mSv/an. Et, à partir de 0,1 mSv/an et pour l’eau du robinet seule, le risque est considéré comme inacceptable par ces mêmes experts, selon la directive euratom 96/29 et 2013/59. (mail Roland Desbordes 22 juillet 2019).

Donc, dans la logique de la réglementation française. C'est cohérent.  Site du Ministère de la Transition écologique et solidaire - La radioprotection  »

L'ennui, c’est que cette dose de 0,01 mSv correspond à un niveau de risque jugé acceptable. Donc, le risque réel pour la santé n’est pas totalement écarté. De plus, la CRIIRAD sait, avec certitude, que cette norme de 1 millisievert par an est basée sur un risque sanitaire (nombre de malades et morts) sous-évalué, mais les scientifiques ne savent pas encore de combien. « 1 mSv infligé à 100 000 personnes va causer 5 morts par cancer (dont 17 cancers et 12 guérissables à court terme) et environ 3 anomalies génétiques graves. Ce n'est pas rien ! Cela ressort des études validées sur Hiroshima et Nagazaki.» (mail R. Desbordes, 7 avril 2018).

Sans compter que 10 Bq/L de tritium pour l'eau provenant de l'usine de Choisy-le-Roi est une moyenne. Les mesures en tritium provenant de cette usine peuvent être bien plus élevées. Selon David Boilley de l'ACRO, « Pour l'eau de l'usine de Choisy-le-Roi :
- En 2016, 20 mesures ont été réalisées avec une valeur moyenne de 5,75 Bq/L.
- En 2017, 20 mesures ont été réalisées avec une valeur moyenne de 14,25 Bq/L.
» En bref, une fois encore, on constate que les valeurs ou dose de références institutionnelles concernant la radioactivité ne nous protègent pas.
 
Est-ce que l’exposition à une radioactivité de faible dose sur un temps prolongé est sans risques, selon les scientifiques ?

Ernest Sternglass, physicien, a joué un rôle pionnier, comme scientifique et lanceur d’alerte, dans l’étude des conséquences sanitaires des faibles doses de radioactivité. De même, Alice Stewart, en 1955, épidémiologiste pionnière, a démontré pour la première fois que la radiographie des femmes enceintes provoque des leucémies infantiles. John Gofman, chimiste nucléaire, médecin et professeur de biologie cellulaire et moléculaire, a, lui aussi, joué un rôle central dans des travaux ayant conduit la communauté scientifique à prendre en compte les risques de cancer dus aux faibles doses de radiation.

Plus récemment, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a publié sur le site internet de la revue scientifique The Lancet Haematology, une étude validant, entre autre, le fait qu'il n’y a pas de dose radioactive sans risque.
De même, à la fin de la vidéo de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
IRSN, il est écrit: « Toute dose présente un risque ». La Docteur F. Boman écrit: « La contamination interne par ingestion d’eau...contaminés par des radionucléides est nocive pour la santé et pour la vie, même à très faibles doses. Les contrôles de la radioactivité ou "qualité radiologique" de l’eau de boisson en France sont insuffisants. »

En somme, il serait une erreur de considérer l’exposition à une faible dose de radioactivité sur un temps prolongé, comme anodine. Donc, boire 2 litres de l’eau de Paris et d’Île-de-France contenant du 10 Bq/L tritium tous les jours sur une longue période, ce n’est pas rien. Tous les risques et dangers que ça comportent ne sont pas connus.

Candice Vacle remercie Roland Desbordes, de la CRIIRAD, pour les informations données et sa relecture. 

Une carte de France de l’eau contaminée par du tritium radioactif

Une carte de France de l’eau contaminée par du tritium radioactif

Mercredi 17 juillet, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro) a publié une carte de la contamination radioactive de l’eau potable en France métropolitaine. Les données lui ont été fournies par le ministère de la Santé et représentent la valeur moyenne de tritium, l’hydrogène radioactif rejeté par les installations nucléaires, présent dans l’eau potable sur les années 2016-2017.

Plus de 268 communes sont concernées par la présence de tritium dans l’eau potable en France métropolitaine, soit 6,4 millions de personnes, mais aucune valeur relevée ne dépasse le critère de qualité fixé à 100 Bq/L par les autorités sanitaires. Cependant, comme l’a noté le réseau Sortir du nucléaire suite à la parution de la carte, la Criirad — une commission de recherche indépendante sur la radioactivité — estime que le taux de tritium relevé dans l’eau potable ne devrait en aucun cas dépasser 10 Bq/L, seuil déjà franchi par des communes comme Tours, Nantes ou Corbeil-Essonnes. Et au Canada, l’Ontario Drinking Water Advisory Council demande à ce que le niveau de tritium dans l’eau potable municipale des collectivités ne dépasse pas 20 Bq/L.

Le tritium est composé d’hydrogène radioactif issu de la réaction nucléaire. « Extrêmement mobile dans l’environnement, il s’associe à l’oxygène pour former de l’eau tritiée, qui pénètre facilement dans les matières organiques et peut endommager l’ADN des cellules », a détaillé le réseau Sortir du nucléaire dans un communiqué.

La carte fait apparaître plusieurs zones avec une présence régulière de tritium dans l’eau du robinet :

  • Le long de la Seine, de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine à l’Île-de-France ;

  • Le long de la Vienne et de la Loire à cause des rejets radioactifs des installations nucléaires d’EDF (Belleville, Dampierre, St-Laurent, Chinon et Civaux) ;

  • Autour du centre du CEA de Valduc, non loin de Dijon, où le tritium est produit pour l’armement nucléaire ;

  • Autour du centre CEA de Saclay, dans les Yvelines, « où il doit s’agir d’une pollution rémanente », selon l’Acro.

Pour le réseau Sortir du nucléaire, « cette pollution quotidienne doit d’autant plus alerter qu’elle concerne une eau prélevée dans des rivières et fleuves, où la contamination est diluée. En outre, la manière dont les mesures ont été effectuées peut laisser soupçonner l’existence de valeurs encore plus élevées. En effet, certaines petites communes situées en aval d’une installation nucléaire n’apparaissent pas sur la carte, n’effectuant de prélèvement que tous les cinq ans. »

L’Acro demande ainsi que la pollution radioactive soit mieux prise en compte et prévenue par les autorités, et que des contrôles plus fréquents soient effectués pour l’eau potable des petites communes. Par ailleurs, l’Acro demande que les rejets radioactifs soient soumis au principe pollueur-payeur et entrent dans le périmètre des Agences de l’eau, ce qui n’est pas le cas actuellement.

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 09:06

Le Conseil d’Etat annule en partie l’arrêté de 2017 encadrant l’utilisation des pesticides, notamment parce qu’il ne prévoit pas de dispositions destinées à protéger les riverains. D’après Générations futures et Stéphane Mandard pour Le Monde le 26 juin 2019. Lire aussi Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio, Les pesticides perturbateurs endocriniens présents dans les eaux de surface en France et Les cartes de la consommation française de pesticides et les Glyph’Awards de Générations Futures.

L’arrêté ministériel du 4 mai 2017 régissant l’usage des pesticides contesté devant le Conseil d’Etat. AFP/PHILIPPE HUGUEN

L’arrêté ministériel du 4 mai 2017 régissant l’usage des pesticides contesté devant le Conseil d’Etat. AFP/PHILIPPE HUGUEN

Nouveau revers pour le gouvernement sur le front environnemental. Quelques heures après le premier rapport du Haut Conseil pour le climat, accusant l’Etat de ne pas tenir ses engagements, c’est au tour du Conseil d’Etat de rendre une décision défavorable. Dans un jugement prononcé mercredi 26 juin, la haute juridiction administrative a annulé en partie l’arrêté qui régit l’usage des pesticides, estimant qu’il ne protège pas suffisamment la santé des citoyens et l’environnement.

Le Conseil d’Etat a décidé de retoquer plusieurs dispositions de l’arrêté interministériel du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants, comprendre les pesticides. Le gouvernement a six mois pour revoir sa copie.

Entre juillet 2016 et mai 2017, après des mois de débats, la France s’est dotée d’un nouvel arrêté encadrant l’utilisation des pesticides [1]. Les associations Eau et rivières de Bretagne, Générations Futures et l’Union Syndicale Solidaires, soutenues par des associations impliquées sur le territoire [2], ont engagé une action juridique, jugeant cet arrêté non conforme à la loi et trop peu ambitieux sur la question de la protection de la ressource en eau et des riverains. Avec de l’aide leurs avocats Maîtres Eva JOLY et François LAFFORGUE, ils ont déposé contre ce texte le 3 novembre 2017 trois recours juridiques (en annulation et modification) devant le Conseil d’État [3].

Le 5 juin lors de l’audience au Conseil d’Etat, le rapporteur public, dans ces conclusions avait purement et simplement demander l’annulation de l’arrêté « en tant qu’il ne prévoyait pas de dispositions destinées à protéger les riverains des zones traitées par des produits phytopharmaceutiques. » concluant aussi à la nécessité de renforcer les zones non traitées et les délais de rentrée à tous les modes d’application des pesticides faisant « injonction aux ministres de prendre les mesures réglementaires induites par la présente décision dans un délai de six mois ».

Victoire !

Le conseil d’État vient de rendre aujourd’hui sa décision et nos associations se félicitent de cette dernière. En effet, le Conseil d’Etat dans son jugement suit une grande partie des attentes des ONG, des conclusions du rapporteur public et demande l’annulation d’une partie de l’arrêté “en tant qu’il ne prévoit pas de dispositions destinées à protéger les riverains des zones traitées par des produits phytopharmaceutiques.” Le juge indique en outre que l’Etat devra verser à l’Associations Générations futures et à l’association Eau et rivières de Bretagne, une somme de 2 000 euros chacune au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les jugent rappellent que les seules mesures de protection existantes ne portent que sur certains lieux fréquentés par des publics vulnérables comme les aires de jeu destinées aux enfants en bas âge, les établissements de santé, les maisons de retraite ou les espaces de loisirs ouverts au public.

La haute juridiction administrative estime également que ce texte ne protège pas les cours ou points d’eau contre les risques de pollution liés à l’usage des pesticides, en particulier sous la forme d’épandage de granulés ou d’injection de produits dans les sols, qui représentent une menace, y compris pour les eaux de surface en dehors des sites traités. Autre lacune relevée par les juges, l’arrêté ne prévoit pas de mesures précises pour éviter ou pour réduire le risque de pollution par ruissellement en cas de fortes pluies.

« Illégal »

Le Conseil d’Etat juge enfin que l’arrêté est « illégal » dans la mesure où il limite l’application des « délais de rentrée » (les périodes pendant lesquelles il est interdit de pénétrer dans les zones où ont été utilisés des pesticides) aux seuls cas où ces produits sont utilisés sur une végétation en place, sans rien prévoir lorsque les mêmes produits ont été utilisés sur des sols vierges de végétation.

Cette décision intervient à la veille d'une réunion du groupe de travail 3 du plan Ecophyto II « protection des populations et de l’environnement » au ministère de l’agriculture portant notamment sur les chartes de « bon voisinage ». L’occasion de saisir la balle au bond et de tenir compte de ce jugement lors de la rédaction du nouvel arrêté et des textes encadrant les chartes.

Pour les associations requérantes, Eau & Rivières de Bretagne, Génération futures, l’Union Syndicale Solidaires ainsi que pour les organisations de terrain impliquées sur ces dossiers et soutenant cette action, c’est une nouvelle victoire qui devra avoir pour effet une meilleure prise en compte des riverains et des milieux exposés à ces pesticides dangereux. Elles restent déterminées pour qu’enfin soit atteint un haut niveau de protection des populations vulnérables exposées et des milieux impactés par ces produits !

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 14:32

Le projet de loi Énergie-Climat est arrivé mardi 25 juin devant l’Assemblée nationale. Il fixe les nouveaux objectifs du gouvernement en matière de transition énergétique et de réduction des émissions de CO2. Il entérine ainsi l’atteinte d’une neutralité carbone en 2050, décrète l’état d’urgence climatique et écologique et prévoit aussi d'élargir le périmètre de l’article 173. Cinq points à retenir, dont le problème des logements non-isolés est le plus criant.  Une vingtaine de députés LRM voulaient interdire la location des logements étiquetés « F » et « G » d’ici 2025, sans succès. D’après Conception Alvarez pour Novethic et Isabelle Rey-Lefebvre pour Le Monde le 25 juin 2019. Lire aussi Urgence climatique : pour la simple et bonne ration, Des taxes carbone efficaces et approuvées par la population – c’est possible ! et Rétablir la justice fiscale en taxant les entreprises les plus polluantes.

Aurel, pour Le Monde.

Aurel, pour Le Monde.

1 - L’urgence écologique et climatique décrétée

C’est sans doute la mesure la plus emblématique du texte. En commission la semaine dernière, les députés ont inscrit à l'unanimité "l'urgence écologique et climatique" à l'article 1er du projet de loi. Une façon de répondre aux attentes des jeunes qui se mobilisent pour le climat depuis plusieurs mois. Avant la France, le Royaume-Uni était devenu début mai le premier pays au monde à déclarer l'urgence climatique après avoir fait l'objet de nombreux blocages de la part du mouvement Extinction Rebellion. Dix jours plus tard, le parlement irlandais approuvait lui aussi un amendement en ce sens.

2 - Neutralité carbone en 2050 sans crédits carbone internationaux

Conformément à l’engagement du gouvernement, le texte prévoit d'atteindre la "neutralité carbone" à l'horizon 2050. Ce principe suppose de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que le pays ne peut en absorber via notamment les forêts ou les sols. Pour y arriver, la France compte diviser par six ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Et pour compenser les émissions résiduelles, elle n’utilisera pas de crédits internationaux de compensation carbone, souvent source de polémique.

3 - Fin des subventions aux énergies fossiles

Un amendement porté par la députée Delphine Batho a été adopté en commission des affaires économiques, contre l’avis du gouvernement. Il vise à mettre fin aux subventions publiques aux énergies fossiles accordées sous forme de garanties à l’export pour des opérations liées à l’exploration, l’exploitation, le transport ou la combustion d’énergies fossiles. Entre 2015 et 2018, Bpifrance Assurance Export, qui est l’agence de crédit à l'exportation de l’État, a pris en garantie plusieurs projets d’énergie fossiles à hauteur d’environ 1,5 milliard d’euros d’argent public. La fin de ces crédits pour le charbon avait été actée en 2015 sous le précédent quinquennat.

4 - L’article 173 étendu à la biodiversité

La commission a adopté un autre amendement défendu par la députée Bénédicte Peyrol (LREM) visant à compléter l’article 173 sur le reporting extra-financier des investisseurs. Jusqu’à présent cantonné aux objectifs climatiques, celui-ci devra également prendre en compte "la préservation de la biodiversité des écosystèmes et des ressources naturelles, notamment la participation à l’objectif de zéro artificialisation nette et l’utilisation d’énergies renouvelables". Cet amendement a obtenu l’avis favorable du rapporteur et du gouvernement.

5 - L’expérimentation dans la lutte contre les « passoires thermiques » divise la majorité

L’interdiction progressive de la mise en location des passoires thermiques a été rejetée alors qu’il s’agissait d’une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. À la place, les députés ont prévu une expérimentation à partir de 2021 au moment de la vente de ces logements. Une part du montant de la transaction - qui ne pourra pas dépasser 5 % du produit total – sera mise sous séquestre pour financer des travaux de rénovation énergétique. L'idée est d'inciter l'acquéreur à réaliser ces travaux. L’expérimentation durera deux ans dans les zones tendues.

Les députés ont par ailleurs voté l’intégration en 2022 d’un plafond de consommation d’énergie dans les critères de définition d’un logement décent. La mesure toucherait entre 200 000 et 400 000 logements. Enfin, la révision des loyers, en cas de travaux, sera conditionnée à l’atteinte d’au moins la classe énergétique "E". 

Contre l’avis du gouvernement

Le premier ministre, Edouard Philippe, l’avait promis lors de son discours de politique générale, le 12 juin : l’acte II du quinquennat serait écologique. Le projet de loi relatif à l’énergie et au climat qui arrive, mardi 25 juin, en première lecture à l’Assemblée nationale, est l’occasion de concrétiser ce propos. Le texte, à l’origine composé de huit, puis de douze articles, en compte finalement, à l’issue du travail en commissions, une trentaine de plus, et il est assorti de 750 amendements.

L’article premier affirme, ou réaffirme, l’objectif de parvenir, avant 2050, à la neutralité carbone entre émission et absorption de gaz à effet de serre. Cela revient à diviser ces émissions par six au lieu de quatre, tel qu’inscrit dans la précédente loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, du 17 août 2015.

Or, les immeubles de tous types consomment, à eux seuls, 45 % de l’énergie du pays et émettent 25 % des gaz à effet de serre. Le résidentiel représente 31 % de la consommation et 10 % des émissions et sa rénovation massive, programmée de plan en plan depuis 2012, prend du retard. L’objectif de mettre aux normes 500 000 logements par an, dont 120 000 logements sociaux et 150 000 « passoires thermiques », n’a jamais été atteint.

En 2018, seuls 290 000 chantiers de rénovation étaient engagés, dont 90 000 vraiment performants et faisant gagner deux grades dans l’échelle des consommations d’énergie. Reste à traiter en priorité 7,4 millions de logements étiquetés F et G, c’est-à-dire qui consomment plus de 350 kilowattheures (kWh) par mètre carré et par an – les fameuses « passoires thermiques ».

Seuls les bailleurs sociaux font le travail sur leur propre parc, dont il ne reste que 20 % des logements à réhabiliter, mais ce n’est pas le cas du parc privé, notamment locatif, dont 43 % des 7,2 millions de logements sont des « passoires thermiques ». C’est un enjeu non seulement climatique, mais aussi social, puisque ces appartements énergivores sont habités par des ménages modestes ainsi soumis à des niveaux de charges insupportables.

Risques de bouleversement du marché locatif

Un groupe d’une vingtaine de députés La République en marche (LRM), emmené par Marjolaine Meynier-Millefert (Isère), coanimatrice du plan de rénovation énergétique des bâtiments, a pris le premier ministre au mot et veut passer à l’action. Leur amendement propose d’interdire purement et simplement la location des passoires thermiques, d’ici à 2025 dans les zones tendues et 2028 ailleurs. Mais, bien qu’adopté en commission du développement durable, il a dû être retiré à la demande du chef du gouvernement, inquiet des risques de bouleversement du marché locatif.

« La majorité est très divisée sur cette question, entre ceux préoccupés d’écologie, qui ne veulent pas voir sans arrêt repousser les échéances, et les élus plus proches du monde du logement, explique Marjolaine Meynier-Millefert J’ai conscience que bloquer la location de ces biens jusqu’à ce qu’ils soient mis aux normes peut être anxiogène. » La divergence de vue existe également au sein du gouvernement, entre le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, et celui chargé du logement, Julien Denormandie.

La députée compte cependant revenir à la charge dans l’hémicycle et elle a signé, lundi 24 juin, avec 34 de ses collègues et une quinzaine d’institutions – la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme, la Fondation Abbé Pierre, le Secours catholique, le syndicat CFDT, le think tank Terra Nova –, une lettre ouverte au premier ministre qui rappelle les propositions du candidat Emmanuel Macron, qui promettait, en 2017 : « Nous allons lancer un grand plan Marshall de la rénovation du bâtiment (…). Les passoires énergétiques seront interdites à la location à partir de 2025 (…). A cette fin, via un fonds public, nous prendrons intégralement en charge les travaux des propriétaires les plus précaires, avec un remboursement au moment de la vente du bien. »

« Traiter les passoires thermiques est l’un des leviers essentiels pour agir et il serait incongru que rien ne figure à ce sujet dans le texte », estime Mathieu Orphelin, député (non inscrit mais LRM jusqu’en février) du Maine-et-Loire, proche de Nicolas Hulot. « L’idée de ce fonds public est ingénieuse et pas si coûteuse que cela, puisqu’il se renfloue au fil des ventes qui interviennent, en moyenne, tous les sept ans. Il faut une mise de départ, à inscrire au budget 2020, mais où la trouver ? Il y a de quoi s’inquiéter que, au nom de l’équilibre budgétaire, les sommes consacrées au crédit d’impôt transition énergétique aient, dans le budget 2019, été divisées par deux », déplore-t-il.

Une situation de flou juridique et financier

Quant aux professionnels de l’immobilier, ils regimbent : « Cette mesure hérisse les bailleurs au moment où l’offre locative est déjà insuffisante dans les zones tendues, plaide Frédéric Verdavaine, directeur général délégué de Nexity, premier promoteur, gestionnaire et syndic de France. On risque de freiner la fluidité du marché locatif. »

Les trois quarts des logements concernés sont situés dans des copropriétés et leurs propriétaires n’ont donc pas, seuls, le pouvoir de décider de lourds travaux : c’est à la copropriété de les entreprendre. Cet obstacle devrait être levé par une ordonnance visant à simplifier ce processus de décision. En attendant, dans le flou juridique et financier actuel, rien ne se fera.

Le gouvernement propose, en guise de lot de consolation, d’intégrer dans les critères qui définissent le logement décent sa performance énergétique, avec un seuil minimal de consommation au-dessous duquel soit il n’est pas possible de le louer, soit le locataire peut faire baisser son loyer ou exiger des travaux. « C’est une vieille idée qui remonte à 2009, se souvient Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre, déjà inscrite dans la loi de 2015 mais affadie par son décret d’application de mars 2017, puisqu’avait disparu le critère de seuil de consommation pour celui, assez vague, d’étanchéité à l’air ».

« Toutes les passoires énergétiques F et G ne sont pas des logements indécents, un qualificatif que l’on peut réserver à ceux qui consomment plus de 700 kWh par mètre carré annuel, soit environ 200 000 », rectifie-t-on au ministère de la transition écologique et solidaire. Pour Manuel Domergue, « on se battra pour faire baisser ce seuil, s’il est voté, mais c’est un premier pas ».

Face à l’exigence imprévue de ses députés, le gouvernement semble improviser. Une mesure spectaculaire a ainsi été introduite in extremis. Elle vise encore les passoires thermiques F et G. Lors de leur vente, et après un audit chiffrant les travaux à réaliser, 5 % du prix serait séquestré pour financer la mise aux normes. Une idée séduisante, mais qui soulève des questions : qui réalise l’audit ? Chez qui consigner la somme ? Comment contrôler la bonne fin des travaux ? Dans quel délai les réaliser ? Des questions qui devront être tranchées au moins en partie lors du débat parlementaire.

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21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 13:09

Associé notamment à des déficits de QI chez l’enfant, l’insecticide est toujours autorisé malgré des études scientifiques accablantes. Son processus de renouvellement dans l’UE arrive à son terme. Par Stéphane Horel le 17 juin 2019 pour Le Monde. Lire aussi Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio et Les pesticides perturbateurs endocriniens présents dans les eaux de surface en France.

D’après des estimations, l’exposition à la famille des pesticides organophosphorés est associée à 59 300 cas de déficience intellectuelle par an en Europe

D’après des estimations, l’exposition à la famille des pesticides organophosphorés est associée à 59 300 cas de déficience intellectuelle par an en Europe

C’est une famille de pesticides qui vole en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel (QI) à chaque enfant européen. Son principal représentant, comme beaucoup de produits chimiques, porte un nom compliqué qui lui garantit le confort d’un certain anonymat. Pourtant, il contamine notre vie quotidienne. D’abord pulvérisé sur les cultures pour éliminer pucerons ou chenilles, le chlorpyrifos poursuit son existence sous la forme de traces dans les oranges, les pommes, la laitue, l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes.

Au fil d’un demi-siècle de pulvérisation, les données scientifiques se sont accumulées sur les effets nocifs de cet insecticide. Censé remplacer le DDT et ses effets délétères en 1965, le produit de la firme américaine Dow endommage en fait le cerveau des enfants de manière irréversible.

Les éléments scientifiques sont désormais si accablants que, d’après les informations du Monde, la Commission européenne s’apprête à proposer son retrait du marché. Or, notre enquête démontre que les autorités ont mis près de vingt ans avant d’évaluer les données du fabricant. Des données qui, de plus, étaient erronées.

Huit pays européens n’autorisent pas, ou plus, le chlorpyrifos pour un usage agricole. Depuis 2016, la France ne permet plus qu’une exception pour les épinards. Une évaluation de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a conclu à une absence d’effets nocifs dans les conditions d’usage. Mais l’exposition à l’insecticide ne s’arrête pas aux frontières : elle perdure par le biais des produits importés.

« Neurotoxique et perturbateur endocrinien »

« On peut se demander pourquoi il n’a pas déjà été interdit, déplore Barbara Demeneix, professeure de biologie au laboratoire Evolution des régulations endocriniennes (CNRS-Muséum national d’histoire naturelle) à Paris. Le chlorpyrifos est toxique pour le système nerveux central, c’est-à-dire neurotoxique, et c’est un perturbateur endocrinien qui agit notamment sur la signalisation thyroïdienne. Il peut donc interférer avec le développement du cerveau. »

Mis au point comme gaz innervant pendant la seconde guerre mondiale, les organophosphorés, dont fait partie le chlorpyrifos, ont ensuite été adaptés pour tuer les insectes à des doses plus économiques. Pour ce faire, ce dernier inhibe les circuits d’une enzyme qui dégrade un neurotransmetteur essentiel au bon fonctionnement du système nerveux central, l’acétylcholine. Or, de nombreux animaux sont également équipés de ce circuit. Parmi eux : les êtres humains.

A cela s’ajoute que l’insecticide est un perturbateur endocrinien qui interagit avec l’axe thyroïdien, comme l’a récemment démontré une équipe française. Or, les hormones thyroïdiennes jouent un rôle essentiel dans le développement du cerveau pendant la grossesse. Un déficit de ces hormones chez les mères peut entraîner des retards mentaux chez leurs enfants.

Si l’ensemble des mécanismes biologiques de sa neurotoxicité ne sont pas totalement éclaircis, il n’existe aucun doute pour les chercheurs compétents dans le domaine : le chlorpyrifos cambriole le cerveau des enfants.

Les données scientifiques viennent principalement d’études de suivi des populations menées aux Etats-Unis sur de longues durées. Leurs résultats se recoupent. Une exposition au chlorpyrifos ou à ses cousins organophosphorés, avant la naissance ou dans les mois qui suivent, est associée à des déficits de QI allant jusqu’à sept points pour les enfants plus exposés, à un retard de développement mental, une mémoire de travail réduite, des troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Augmentation de la fréquence de l’autisme et lésions cérébrales

Menée en Californie et publiée en mars, la dernière étude en date montre une augmentation de la fréquence de l’autisme et de lésions cérébrales précoces chez des enfants exposés au chlorpyrifos avant et après la naissance. Facteur déterminant : leurs mères vivaient à moins de 2 000 mètres d’un lieu de pulvérisation.

Peu après, la Californie, le plus grand Etat agricole américain, a annoncé son intention d’interdire le chlorpyrifos. Cinq autres Etats ont annoncé leur intention de lui emboîter le pas (Hawaï, Oregon, New York, Connecticut, New Jersey). Si l’insecticide est toujours autorisé au niveau fédéral, c’est parce que l’administration Trump en a décidé ainsi. A peine arrivé à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) début 2017, Scott Pruitt avait torpillé le processus lancé par sa propre institution, alors qu’elle s’apprêtait à l’interdire au vu des données scientifiques.

Cultures de légumes à El Ejido, dans la province d'Almeria (Espagne), en juin 2017. Le chlorpyrifos y est couramment utilisé. MARCOS GARCIA REY

Cultures de légumes à El Ejido, dans la province d'Almeria (Espagne), en juin 2017. Le chlorpyrifos y est couramment utilisé. MARCOS GARCIA REY

Plus impressionnant encore : les dégâts du chlorpyrifos sur le cerveau se voient presque à l’œil nu. En 2012, l’équipe de Virginia Rauh à l’université Columbia (New York) avait employé l’imagerie par résonance magnétique pour examiner les cerveaux de quarante enfants âgés de 6 à 11 ans. Plus ils avaient été exposés pendant la grossesse, plus l’épaisseur de leur cortex cérébral était amoindrie. « Nos travaux, concluaient les chercheurs, indiquent qu’une exposition prénatale au chlorpyrifos, à des niveaux d’utilisation courante (non professionnelle) et inférieurs au seuil montrant des signes d’exposition aiguë, a un effet mesurable sur la structure du cerveau. »

Des dommages aussi spectaculaires ont également un impact à plus grande échelle. En 2015, un groupe de scientifiques a entrepris de le mesurer. D’après leurs estimations, l’exposition à la famille des pesticides organophosphorés est associée à 13 millions de points de QI perdus et 59 300 cas de déficience intellectuelle par an en Europe. Or, chaque point de QI en moins coûte très cher à la société : il correspond à une perte de productivité sur l’ensemble d’une vie. Ces chercheurs ont évalué la facture à 146 milliards d’euros par an.

Le feuilleton du glyphosate, herbicide connu sous le nom de Roundup, avait tenu le monde en haleine jusqu’à la reconduction de son homologation dans toute l’Union européenne pour cinq ans, fin 2017. C’est maintenant le tour du chlorpyrifos, inconnu du public. Son sort doit en effet être scellé, après avoir suivi la même procédure que le glyphosate, avant le 31 janvier 2020.

La loi a beau exiger une « évaluation indépendante, objective et transparente à la lumière des connaissances scientifiques et techniques actuelles » pour les pesticides, elle permet aux industriels de garnir leur dossier de demandes de renouvellement des études scientifiques de leur choix. Ainsi, les autorités évaluent le chlorpyrifos sur la base de données rassemblées non pas par les chercheurs traquant ses effets nocifs sur le cerveau des enfants, mais par les industriels qui en font commerce.

Plusieurs volumes d’informations complexes

Ainsi, en 2014, une « chlorpyrifos task force », créée par Dow et par les autres fabricants, soumet un dossier de demande de renouvellement de l’insecticide à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Responsable du processus, l’agence délègue alors l’examen du dossier à un « Etat membre rapporteur ». Pour le glyphosate, c’était l’Allemagne. Ici, ce sera l’Espagne. L’Espagne, premier producteur d’agrumes dans l’Union européenne, dont 9,5 % des échantillons de fruits et légumes, testés en 2016, contenaient des résidus de chlorpyrifos…

Composé de plusieurs volumes d’informations complexes qui se déploient sur plusieurs milliers de pages, ce dossier ne se feuillette pas dans une salle d’attente. Les données scientifiques qu’il comporte sont de deux natures différentes. Il est désormais censé inclure les études académiques publiées dans les revues scientifiques au cours des dix dernières années, réalisées sur financements publics pour la plupart. Une nouvelle obligation instaurée par le règlement sur les pesticides adopté par l’UE en 2009.

La sélection de la task force est plutôt maigre. Sa liste ne compte que 131 études. Soit seulement 13 % des articles scientifiques existants et disponibles, selon une analyse effectuée par l’ONG Générations futures, dont Le Monde a pu prendre connaissance. En faisant une recherche dans PubMed, l’une des principales bases de données de publications scientifiques, l’organisme a trouvé 1 023 études traitant de la toxicité du chlorpyrifos, publiées entre 2006 et 2017. En d’autres termes, près d’un millier de résultats potentiellement défavorables au chlorpyrifos « ont été complètement ignorés », conclut le rapport, encore inédit.

Etudes protégées par le secret commercial

Cela n’a pas non plus échappé à l’Etat membre rapporteur. « Les résultats disparates (nombre final de références pertinentes et fiables) (…) semblent montrer que les stratégies de recherche appliquées n’étaient pas appropriées », souligne l’Espagne dans son rapport d’évaluation du chlorpyrifos, rendu public par l’EFSA, fin 2017.

Mais le dossier du chlorpyrifos est aussi et surtout constitué d’une batterie d’études dont la quasi-totalité a été effectuée ou financée par Dow et consorts. C’est en suivant la saga du glyphosate que le public avait découvert, stupéfait, que l’EFSA faisait confiance à des industriels qui n’ont aucun intérêt à présenter leur produit sous un jour désavantageux.

Or, si le soupçon est bien là, personne n’a jamais été en mesure de jauger ces études des fabricants et leurs possibles biais : elles sont confidentielles, protégées par le secret commercial. Personne, en dehors de l’EFSA ou des experts des Etats membres, ne pouvait donc les examiner à la loupe. Personne, jusqu’en 2017.

Trois spécialistes scandinaves du développement du cerveau et de la toxicité des pesticides décident alors d’en avoir le cœur net. « De nombreuses études indépendantes constatent des effets du chlorpyrifos sur le développement du cerveau, alors que celles financées par les firmes n’en constatent aucun », souligne Axel Mie, professeur associé à l’Institut Karolinska, à Stockholm (Suède).

Anomalies troublantes

Philippe Grandjean, Christina Ruden et lui contournent le secret entourant les études des industriels. Ils s’appuient sur la loi suédoise, qui garantit un large accès aux documents de l’administration, pour demander aux autorités du pays la communication de deux études commanditées par Dow sur des rats pour étudier la neurotoxicité développementale du chlorpyrifos – soit ses effets sur le cerveau avant et après la naissance. L’une faite en 1998, l’autre en 2015 avec un insecticide très proche, le chlorpyrifos-méthyl. Puis ils patientent. Leurs efforts en valaient la peine.

Quelques mois plus tard, documents sous les yeux, les chercheurs découvrent des anomalies troublantes. Ils relèvent que des données manquent. Constatent que des protocoles statistiques ont été modifiés après l’expérience. Ou encore que les fenêtres d’exposition des ratons au chlorpyrifos et au chlorpyrifos-méthyl ne correspondent pas aux mêmes stades du développement du cerveau chez les petits humains.

Plus crucial encore : ils remarquent que l’épaisseur du cervelet des animaux les plus jeunes exposés au chlorpyrifos était significativement amoindrie à toutes les doses – faibles ou élevées. Mais Dow a complètement omis de le signaler. « A partir du moment où l’on voit des choses comme un ralentissement de la croissance du cerveau, c’est alerte rouge. Ce n’est vraiment pas quelque chose que l’on peut ignorer. C’est pourtant ce qu’ils ont fait », explique Philippe Grandjean, professeur de médecine environnementale à l’Université du Danemark du Sud et à la Harvard School of Public Health (Etats-Unis).

Mais Dow défend les méthodes de travail employées par ses scientifiques. Dans une lettre adressée à la revue Environmental Health, que dirige Philippe Grandjean et dans laquelle l’analyse des études a été publiée, des scientifiques maison et des contractants de la firme soutiennent que le rétrécissement de la taille du cervelet s’explique par un séjour des cerveaux dans du formol. Une réponse « embarrassante », selon le chercheur danois. Le formol est certes connu pour faire rétrécir les tissus cérébraux dans leur ensemble. Pas pour s’en prendre au cervelet et uniquement au cervelet.

Puzzle scientifique

Ces omissions étaient-elles vraiment involontaires ? En 1998 déjà, l’EPA avait qualifié l’étude d’« inacceptable », avant d’évoquer une « manipulation inappropriée et peu concluante des données » en 2000.

Les autorités européennes n’ont-elles donc rien vu ? La conclusion générale de l’Espagne sur la question de la neurotoxicité développementale dans son rapport d’évaluation du chlorpyrifos de 2017 indique pourtant que si. « Une nouvelle étude de neurotoxicité développementale est nécessaire pour clarifier les inquiétudes », écrit-elle parmi ces milliers de pages impénétrables pour les non-initiés.

Aux aguets sur la question, l’ONG Pesticide Action Network Europe nous a signalé que cette requête n’était pas inédite. En 2013 déjà, et dans les mêmes termes, les rapporteurs espagnols demandaient à Dow de faire cette étude. Alors pourquoi n’a-t-elle toujours pas été effectuée ?

Une seule et unique étude dans le dossier, menée en 1998, financée par Dow, truffée d’anomalies ? L’empilement de ces informations donne le vertige

Tout simplement parce que Dow n’a pas jugé « nécessaire » de la faire… C’est ce que la firme, dont la branche agrochimique s’appelle désormais Corteva, a répondu au Monde dans un courriel. « Les informations produites par la première étude de neurotoxicité développementale, ainsi que la nouvelle étude menée sur le chlorpyrifos-méthyl, sont suffisantes pour conclure qu’il n’existe aucun indice d’un mécanisme inconnu sur le système nerveux en développement. »

La réponse de l’EFSA apporte la dernière pièce décisive à ce puzzle scientifique. Si l’Espagne insistait tant auprès de Dow, c’est parce que le dossier des industriels ne comportait, depuis le départ, qu’une seule étude de neurotoxicité développementale, a expliqué un porte-parole de l’EFSA. Une unique étude datée de 1998 qu’il décrit comme souffrant de « plusieurs insuffisances » telles qu’une « absence de résultats sur le témoin positif » ou une « fenêtre d’exposition » incorrecte.

Coïncidence aux implications lourdes

Une seule et unique étude dans le dossier, menée en 1998, financée par Dow, truffée d’anomalies ? L’empilement de ces informations donne le vertige. Car c’est en fait de la seule et même étude qu’il est question dans la réponse de Dow et dans celle de l’EFSA. Mais qui est aussi celle examinée, en 2018, par le trio de scientifiques scandinaves…

Une coïncidence aux implications lourdes. Ainsi, depuis le début des années 2000, l’évaluation de la toxicité du chlorpyrifos sur le développement du cerveau des enfants par l’Europe se serait appuyée sur une seule et unique étude confidentielle aux conclusions erronées. Si grossièrement erronées que l’agence américaine EPA l’avait aussitôt consigné dans son rapport en caractères gras.

Mais cette évaluation a-t-elle été effectuée par les autorités européennes ? Aussi inouï que cela puisse paraître, la réponse est non. Des documents officiels et des correspondances avec les autorités européennes, consultés par Le Monde, montrent que l’étude n’a, en près de vingt ans, n’a jamais fait l’objet d’une évaluation.

Dow l’avait pourtant soumise à ces dernières dès décembre 1999, dans le cadre d’une procédure de renouvellement. En 2005, après examen par l’Espagne, déjà rapporteur à l’époque, le chlorpyrifos a été reconduit pour quinze ans, puis réévalué en 2014. Mais il a fallu attendre 2017 pour que l’Espagne, enfin, examine l’étude.

Si l’EFSA, créée en 2002, n’était pas responsable du précédent processus de renouvellement, elle a cependant eu l’occasion d’examiner les données à plusieurs reprises depuis lors. Critiqués ces dernières années pour leur évaluation du glyphosate, l’EFSA et son directeur exécutif, Bernhard Url, n’ont cessé de répéter que l’agence s’appuyait « principalement sur les études originales et leurs données brutes qu’ils vérifi[ai]ent eux-mêmes ».

La Commission européenne décidera du sort de l’insecticide en fonction des conclusions de l’agence, attendues dans les prochaines semaines. Dans son courriel, cette dernière précise que l’analyse d’Axel Mie et ses collègues a été « prise en compte » au cours de ces discussions qui doivent compléter et valider le rapport de l’Espagne.

Une source a en effet assuré que « la Commission ne proposera pas le renouvellement de l’autorisation du chlorpyrifos, car les inquiétudes quant aux effets sur la santé sont très claires ». Rien, en revanche, n’est encore décidé pour le chlorpyrifos-méthyl, les données n’étant « pas aussi claires ».

Corteva, pour sa part, semble prête à défendre son produit jusqu’au bout. Inscrite depuis quelques jours à peine dans le registre de transparence de l’UE, la firme estime à entre un et 1,5 million d’euros ses dépenses de l’année en activités de lobbying. Un montant qui représente une centaine de points de QI.

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L’enquête transfrontalière sur le chlorpyrifos a été lancée par Investigative Reporting Denmark et DanWatch, et effectuée en collaboration avec des journalistes de Knack, en Belgique, El Confidencial, en Espagne, Dagbladet, en Norvège, Newsweek, en Pologne, et Ostro, en Slovénie, avec une contribution du Midwest Center for Investigative Reporting, aux Etats-Unis. L’enquête a bénéficié du soutien de Journalismfund.eu.

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