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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 12:54

Inquiétante accumulation des déchets nucléaires : Si 96 % du combustible nucléaire utilisé pourraient être recyclés, 1 % seulement est effectivement valorisé dans la filière française. Chaque année, EDF décharge 1 200 tonnes d’assemblages d’uranium, toxiques pendant des centaines de milliers d’années. Les déchets ultimes, 4 % du combustible, sont vitrifiés et doivent à terme être enfouis à Bure (Meuse), en 2026 ou 2027. Le plutonium, 1 %, est acheminé dans l’usine de Marcoule (Gard) et sert à la fabrication de MOX, réintroduit dans les réacteurs. Le reste du combustible est simplement stocké, le site du Tricastin (Drôme) en contient 21 000 tonnes. Par Pierre Le Hir et Nabil Wakim le 25 avril 2019 pour Le Monde. Lire aussi Déchets nucléaires : « Cigéo, c’est la solution la plus mauvaise car elle n’est pas réversible », Avec Bure, nous sommes toutes et tous des malfaiteurs !, Déchets nucléaires : l’État doit cesser de mentir et L’Autorité de sûreté nucléaire souligne le risque d’incendie au centre de stockage radioactif de Bure.

Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé
Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé

« Que léguerons-nous à nos enfants ? » Tel était le sujet de réflexion soumis à un « café philo », mercredi 24 avril, à Caen. Il s’agissait de la première de la vingtaine de rencontres organisées en France, dans le cadre du débat public sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR), qui s’achèvera le 25 septembre. La question résume, sous une forme lapidaire, l’enjeu essentiel d’une consultation aux multiples facettes, technique, économique, politique, sociétale, mais aussi éthique.

« La gestion des matières et déchets radioactifs nous concerne tous », souligne Isabelle Harel-Dutirou, présidente de la commission chargée de ce débat, qui espère une large mobilisation du public. Difficile pourtant d’en saisir la portée et la complexité. A commencer par l’intitulé même du PNGMDR : qu’appelle-t-on, dans l’industrie nucléaire, « matière » et « déchet » ?

Sur le papier, la distinction est simple : un déchet radioactif est un résidu ultime qui ne peut plus être utilisé, tandis qu’une matière radioactive est potentiellement recyclable. La filière nucléaire française met ainsi en avant le concept de « cycle fermé », en annonçant que 96 % du combustible usé est valorisable, dans une forme d’économie circulaire où le rebut d’un processus industriel se transforme en ressource pour une nouvelle production. La réalité est pourtant très différente aujourd’hui : 1 % seulement est effectivement valorisé. Explications.

Que devient l’uranium utilisé dans les centrales ?

Le parc électronucléaire français est à l’origine de déchets de haute ou de moyenne activité à vie longue, qui resteront dangereux, pour la santé et l’environnement, pendant des centaines de milliers d’années. Ils ne représentent, en volume, qu’un peu plus de 3 % du 1,6 million de mètres cubes de déchets radioactifs de toute nature accumulés par la France fin 2017, mais ils concentrent 99,8 % de leur radioactivité totale. Ce sont donc les plus problématiques.

Chaque année, EDF décharge de ses 58 réacteurs nucléaires, répartis dans 19 centrales, 1 200 tonnes de combustibles usés, dont la fission des noyaux d’uranium a permis la production d’énergie. Ils se présentent sous forme d’assemblages de pastilles d’uranium empilées dans des tubes métalliques, d’environ 4 mètres de haut.

Ces assemblages sont d’abord mis à refroidir, pendant un à quatre ans, dans les piscines de désactivation de chaque centrale. Ils sont ensuite acheminés par train, dans des emballages sécurisés, jusqu’au terminal ferroviaire de Valognes (Manche), à raison de 200 transports par an, soit plus d’un train tous les deux jours.

Ils rejoignent alors, par convoi spécial, les usines de La Hague (Manche) d’Orano (ex-Areva). Là, ils sont à nouveau immergés dans des piscines pour continuer à refroidir, pendant quatre à six ans, avant d’être retraités

Le combustible nucléaire irradié dans une piscine de stockage de l’usine de retraitement d’Orano, à La Hague (Manche), le 4 avril. BENOIT TESSIER / REUTERS

Le combustible nucléaire irradié dans une piscine de stockage de l’usine de retraitement d’Orano, à La Hague (Manche), le 4 avril. BENOIT TESSIER / REUTERS

En quoi consiste le retraitement ?

Les structures métalliques des assemblages sont cisaillées, compactées et placées dans des conteneurs, qui sont pour l’instant conservés dans des halls d’entreposage. Fin 2017, le site de La Hague comptait 15 600 de ces conteneurs, dont deux tiers issus de combustibles français, le reste devant retourner dans les différents pays (Pays-Bas, Allemagne, Italie, Belgique…) pour lesquels Orano assure aussi le retraitement.

Ces parties métalliques sont des déchets de moyenne activité à vie longue. A terme, ils sont destinés à être enfouis à Bure (Meuse), dans le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) qui devrait entrer en service en 2026 ou 2027.

Sur le combustible usé proprement dit, une fraction de 4 % est formée de produits de fission et d’éléments chimiques générés par la réaction nucléaire. Ils sont incorporés à une matrice de verre, dans des conteneurs eux aussi entreposés à La Hague. Leur nombre s’élevait à un peu plus de 16 000 fin 2017, à 99 % issus du parc nucléaire français. Il s’agit de déchets ultimes, de haute activité, appelés à rejoindre également le site de Bure.

Le combustible usé contient aussi 1 % de plutonium. Celui-ci est expédié à l’usine Melox d’Orano, à Marcoule (Gard), pour fabriquer un nouveau combustible, appelé MOX, composé d’un mélange d’environ 8 % de plutonium et 92 % d’uranium appauvri, un sous-produit de l’étape d’enrichissement de l’uranium naturel nécessaire à la fabrication du combustible initial. Actuellement, 22 réacteurs de 900 mégawatts (MW) utilisent du MOX : ceux du Blayais (Gironde), de Chinon (Indre-et-Loire), Dampierre (Loiret), Gravelines (Nord), Saint-Laurent (Loir-et-Cher) et du Tricastin (Drôme), à raison de 120 tonnes par an au total.

Enfin, les 95 % restants sont de l’uranium de retraitement, qui repart vers les installations du Tricastin d’Orano, où en sont entreposées 21 000 tonnes appartenant à EDF. De 1994 à 2013, l’électricien en a récupéré une partie pour fabriquer du combustible neuf – de l’uranium de retraitement enrichi –, utilisé dans les quatre réacteurs de la centrale de Cruas (Ardèche). Mais il a depuis arrêté cet usage.

Quel est le taux de recyclage ?

Additionnant l’uranium de retraitement et le plutonium, l’industrie nucléaire avance donc le taux de 96 % de combustible usé « valorisable ». Ce qui ne veut toutefois pas dire valorisé.

Seul le plutonium, soit 1 %, est actuellement réutilisé. Certes, la fabrication de MOX permet de réintroduire dans le circuit de l’uranium appauvri, qui resterait sinon en jachère, réduisant ainsi de 120 tonnes par an la consommation de combustible frais. Mais, même avec ce calcul, le taux de recyclage n’est que de 10 %. Autrement formulé, le retraitement assure aujourd’hui 10 % de la production d’électricité d’origine nucléaire.

En outre, le MOX, une fois passé en réacteur, n’est pas réutilisé, la France ne pratiquant pas le multirecyclage, même si celui-ci est techniquement envisageable. Il est donc, à son tour, entreposé dans des piscines de refroidissement – celles de La Hague en contiennent 1 400 tonnes et celles des centrales EDF environ 500 tonnes –, en attente d’un hypothétique emploi.

Se pose aussi la question de l’avenir de cette filière. Les réacteurs « moxés » étant les plus vieux du parc français, ils seront aussi les premiers à fermer. EDF prévoit de convertir à cet usage les réacteurs de la génération suivante, ceux de 1 300 MW. Une stratégie validée par le gouvernement dans le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie. Mais il faudra dix années d’études ainsi que des modifications sur ces unités. L’électricien annonce une « tête de série » en 2028, pour un déploiement à partir de 2032.

La situation pourrait cependant changer. EDF a annoncé une reprise de l’utilisation de l’uranium de retraitement à partir de 2023, d’abord à Cruas, puis, à l’horizon 2030, dans d’autres unités. A cette condition, le recyclage du combustible usé pourra être considéré comme intégral, à l’exception des 4 % de déchets ultimes. Le groupe prévoit même de réduire le stock actuel de cette matière, en en remettant dans la boucle 1 300 tonnes par an, soit davantage que les 1 000 tonnes générées annuellement.

Reste qu’une fois « brûlé » en réacteur, ce combustible ne sera plus exploité et finira lui aussi dans les piscines de La Hague. Autrement dit, le recyclage n’est pratiqué qu’une seule fois.

Le retraitement est-il avantageux ?

Au bout du compte, le retraitement présente-t-il un réel intérêt ? « Oui, répond Denis Lépée, directeur de la division du combustible nucléaire d’EDF. Il permet d’économiser 10 % de la ressource d’uranium naturel grâce à la valorisation du plutonium – et jusqu’à 25 % avec la reprise de la valorisation de l’uranium de retraitement –, ce qui contribue à la sécurité d’approvisionnement. Dans le même temps, il réduit significativement le volume des déchets destinés au stockage géologique. Il s’agit donc d’un cycle vertueux. »

Chez Orano, on défend bien sûr aussi une technologie qui « redonne une seconde vie à des matières radioactives pour en tirer tout le potentiel énergétique », tout en « réduisant fortement la radiotoxicité ainsi que le volume des déchets, auxquels est assuré un conditionnement sûr et stable ».

Les antinucléaires, eux, sont d’un tout autre avis. « Le mythe du déchet nucléaire valorisable ou recyclable a trop duré », estime Yannick Rousselet, de Greenpeace France. Selon lui, « le retraitement aggrave en réalité les risques, en multipliant les transports de combustibles usés dans toute la France et en générant des déchets supplémentaires, qu’il s’agisse des outils, filtres ou solvants contaminés par les opérations de retraitement, ou des rejets radioactifs des usines de La Hague dans l’air et dans la mer. »

C’est aussi l’analyse de l’ONG américaine Union of Concerned Scientists, pourtant très favorable à l’énergie nucléaire, qui estime que « le retraitement augmente au final le volume total de déchets ».

M. Rousselet pointe encore le danger que constitue l’accumulation, au fil des ans, d’un « stock de roulement » de 54 tonnes de plutonium issu du retraitement, conservé à La Hague, dans des bâtiments hautement sécurisés. Ce qui, outre la forte radiotoxicité de cet élément, fournirait les ingrédients d’une arme nucléaire si un groupe terroriste venait à s’en emparer.

Se pose aussi la question de l’arrivée à saturation des piscines d’entreposage de La Hague : déjà remplies à 93 %, elles atteindront les limites de leur capacité en 2030. C’est à cet horizon qu’EDF prévoit de mettre en service une « piscine centralisée », possiblement à Belleville-sur-Loire (Cher), pour regrouper ses combustibles usés à base de MOX et d’uranium de retraitement.

Quant à la rentabilité économique, elle est difficile à chiffrer. Si la filière nucléaire défend cette stratégie de retraitement, elle reconnaît que le coût complet du recyclage est sensiblement équivalent à celui du non-recyclage.

Que font les autres pays ?

La France se situe dans le camp très restreint des pays qui ont choisi le « cycle fermé », c’est-à-dire le retraitement et le recyclage du combustible usé. On y trouve également la Russie, où Rosatom et ses filiales maîtrisent des technologies similaires.

La situation dans les autres pays est plus complexe. Au Japon, qui a également fait le choix du retraitement, l’usine de Rokkasho-Mura rencontre des difficultés techniques récurrentes et ces installations connaissent un retard d’une vingtaine d’années par rapport au calendrier initialement envisagé. Après l’accident de Fukushima, le pays s’est retrouvé avec des stocks importants de plutonium, ce qui inquiète l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) et les Etats-Unis.

En Allemagne, en Belgique ou en Suisse, l’arrêt programmé du nucléaire a mis fin à la filière du retraitement. Au Royaume-Uni, qui dispose de longue date de cette technologie, l’usine de retraitement de Sellafield connaît d’importantes difficultés. Elle a dû cesser l’essentiel de son activité et est depuis embourbée dans un démantèlement coûteux et interminable.

La Chine, le pays le plus dynamique en matière de construction de réacteurs nucléaires, négocie depuis plusieurs années l’installation d’une usine de retraitement similaire à celle de La Hague avec Orano. Mais depuis l’annonce officielle de l’ouverture des discussions, en janvier 2018, les négociations commerciales semblent enlisées

D’autres pays, comme les Etats-Unis, se contentent d’entreposer leur combustible usé sans traitement particulier. Les Américains refusent notamment le retraitement et le recyclage par crainte de la prolifération du plutonium.

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 09:11

Générations Futures a publié le 16 avril un nouveau rapport sur les pesticides perturbateurs endocriniens. Plus de 41 molécules dangereuses actives, dont surtout le glyphosate et des substances interdites en Europe depuis 2003, sont présentes en moyenne dans les cours d’eau. Découvrez les cartes de France des eaux de surface au regard de la présence de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés ! D'après Générations Futures, et Les Echos et Le Monde le 16 avril 2019. Lire aussi Les cours d'eau européens gravement pollués par des produits agricoles interdits, Les cartes de la consommation française de pesticides et les Glyph’Awards de Générations Futures, Des pesticides et des perturbateurs endocriniens dans notre alimentation, et La France est-elle prête pour une cure de désintoxication des pesticides ?

Metz, en Moselle, 1er département en pourcentage (49 %) de pesticides perturbateurs endocriniens découverts dans les cours d’eaux. JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Metz, en Moselle, 1er département en pourcentage (49 %) de pesticides perturbateurs endocriniens découverts dans les cours d’eaux. JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Ce rapport s’inscrit dans une série de rapports publiés par Générations Futures sur la problématique des perturbateurs endocriniens. Il vise à informer sur la présence de pesticides perturbateurs endocriniens dans notre environnement à travers l’étude de leur quantification dans les eaux de surface et est basé sur des données officielles des agences de l’eau françaises regroupées dans la base de données Naïades (http://naiades.eaufrance.fr/).

Les principales conclusions de ce rapport, qui a nécessité de travailler plusieurs millions de résultats d’analyses sont les suivantes. D’après les données 2015 de la base Naïades sur les eaux de surface en France métropolitaine, Martinique et Réunion nous avons retrouvé :

  • Un total de 232 substances actives de pesticides ou de métabolites perturbateurs endocriniens suspectés recherchés au moins une fois dans un département, la moyenne par département est de 183 environ.
  • La moyenne par département de substances actives de pesticides ou de métabolites supposés perturbateurs endocriniens quantifiés est de plus de 41, soit 22,8 % environ des pesticides PE suspectés recherchés.
  • Le nombre de substances actives de pesticides ou métabolites supposées perturbateurs endocriniens quantifiés est très variable selon les départements : de 4 pour la Corse du sud à 90 pour le Calvados.
  • Les substances actives de pesticides ou les métabolites supposées perturbateurs endocriniens les plus fréquemment quantifiées par rapport au nombre d’analyses réalisées varient également selon les départements. Les 3 substances qui arrivent le plus fréquemment en tête sont : glyphosate (37 départements), Atrazine-Déséthyl* (30 départements), Métolachlor* (15 départements).
        • *substances interdites au niveau de l’UE

Diverses cartes sont mises en ligne pour illustrer ces données par départements, à consulter ici : https://www.generations-futures.fr/cartes/

  • L’une portant sur le nombre de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés quantifiés au moins une fois (Un moteur de recherche placé sous cette première carte permet de faire une recherche des données détaillées pour chaque département).
  • Une autre sur le pourcentage de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés quantifiés au moins une fois.
  • Une 3ème sur les 3 pesticides PE suspectés dont les pourcentages de quantification sont les plus importants.
  • Et une dernière sur le pourcentage d’analyses de glyphosate quantifiées dans les eaux de surface.

« Pour Générations Futures, ces données montrant l’existence d’importants cocktails de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés dans les eaux de surface de nombreux départements français sont inquiétantes. » déclare François Veillerette, Directeur de Générations Futures. « Elles montrent que la chimie agricole menace la biodiversité aquatique. Ces résultats sont également à interpréter comme l’indicateur d’une contamination importante de l’environnement dans lequel vivent les humains. Pour ces raisons ils doivent pousser les responsables à mettre en œuvre d’urgence une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens qui vise réellement à leur interdiction totale. » ajoute-t-il.

Les pesticides perturbateurs endocriniens présents dans les eaux de surface en France

Le record pour le Calvados avec 90 substances

Depuis une note de 2015 du Commissariat général au développement durable, on savait que la grande majorité (92 %) des cours d’eau français étaient contaminés par les pesticides utilisés massivement par les agriculteurs. Générations futures a cherché à quantifier la part de ces pesticides aux effets de perturbation endocrinienne.

L’association a d’abord identifié, à partir de deux bases de données (EU Pesticides database et TEDX qui porte spécifiquement sur les perturbateurs endocriniens), les pesticides (autorisés ou non) potentiellement PE. Elle a ensuite vérifié lesquels avaient été analysés par les agences de l’eau et répertoriés (département par département) dans la base de données nationale Naïades sur la qualité des eaux de surface.

Générations futures a dû remonter jusqu’à l’année 2015 pour obtenir la couverture territoriale la plus complète. Elle s’est également heurtée à des difficultés liées à l’absence d’harmonisation des méthodes et des listes de substances recherchées : les agences de l’eau n’utilisent pas les mêmes seuils de quantification et de détection et certaines substances ne sont pas testées dans tous les départements.

Sur la base des données 2015, le rapport établit qu’un total de 232 substances actives de pesticides ou de métabolites supposés PE ont été recherchés, soit une moyenne de 183 par département. En moyenne, plus de 41 (soit environ 23 %) ont été quantifiés. Avec des différences notables selon les départements.

Le record revient au Calvados (69 cours d’eau dont la Dives, l’Orne ou la Vire) avec pas moins de 90 substances quantifiées sur un total de 196 recherchées. En pourcentage, c’est la Moselle (91 cours d’eau dont la Moselle et la Sarre) qui occupe le haut du classement avec 49 % (67 sur 137 recherchées) de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés quantifiés au moins une fois.

Du glyphosate même dans la Seine

Dans le trio de tête des molécules les plus présentes figure sans surprise le glyphosate, le célèbre désherbant de Monsanto. On en retrouve dans 37 départements et même à Paris, dans la Seine. Sur les six prélèvements effectués en 2015 au point de mesure du pont de Tolbiac, dans le 12e arrondissement, il a été quantifié à chaque fois.

Deux autres herbicides, l’atrazine-Déséthyl (un métabolite de l’atrazine quantifié dans 30 départements) et le métolachlore (15 départements), complètent le trio de tête. Preuve de leur persistance dans l’environnement, car ils sont interdits depuis 2003. Utilisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies aux Antilles pour lutter contre le charançon, l’insecticide chlordécone contamine toujours les rivières en Martinique (les données n’étaient pas disponibles dans la base Naïades pour la Guadeloupe en 2015).

Au niveau des concentrations, certaines dépassent la limite autorisée (2 microgrammes par litre) pour la production d’eau potable. Ainsi, 35 dépassements sont constatés pour le glyphosate et 33 pour le métolachlore. Mais le danger est plus diffus. Il est souvent impossible de fixer un seuil d’exposition en dessous duquel aucun effet ne serait susceptible de survenir, s’accordent les chercheurs.

« Ces données sont inquiétantes, commente François Veillerette, le directeur de Générations Futures. Elles révèlent l’existence d’importants cocktails de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés dans les eaux de surface de nombreux départements français et montrent que la chimie agricole menace directement la biodiversité aquatique ».

Une étude scientifique remarquée a démontré dès 2010 les effets, même à faible dose, de l’herbicide atrazine sur le développement des grenouilles : les mâles se féminisent ou peuvent devenir hermaphrodites.

« Quand un écosystème aquatique est exposé à autant de molécules, cela signifie que l’environnement dans lequel vivent les humains est également très contaminé, poursuit François Veillerette. C’est un bon indicateur des expositions humaines ». Le directeur de Générations futures souligne « un risque de contamination des ressources en eau potable ». D’une part parce que les stations d’épuration ne filtrent pas tout. D’autre part parce que dans certaines régions, comme la Bretagne où les nappes phréatiques sont particulièrement polluées par les rejets de l’agriculture intensive, l’eau de surface sert à produire l’eau de consommation. Résultat, on peut retrouver des molécules comme l’atrazine dans l’eau du robinet.

« Mettre en œuvre une politique pour leur interdiction totale »

« Il est plus que temps d’agir ! », tonne François Veillerette qui déplore la « frilosité » du gouvernement sur le dossier des perturbateurs endocriniens. La France s’est dotée en 2014 d’une première « stratégie nationale », qui n’a pas permis de réduire l’exposition à ces substances. Aussi, une deuxième « stratégie » est en discussion. « Il faut mettre en œuvre d’urgence une politique qui vise réellement à leur interdiction totale », insiste le directeur de Générations futures qui invite également le gouvernement à porter le fer au niveau européen. Début avril, un rapport commandé par le Parlement européen rappelait que la réglementation européenne ne protégeait pas les citoyens.

A plus court terme, Générations futures demande au gouvernement de réviser l’arrêté du 4 mai 2017 sur l’utilisation des pesticides afin d’interdire leur épandage à proximité des lieux de vie et de tous les points d’eau. L’association réclame également d’exclure de la mise sur le marché les pesticides perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés.

Lors du premier comité d’orientation et de suivi du nouveau plan national de réduction des produits phytosanitaires (Ecophyto II +), le 10 avril, le gouvernement a redit sa « volonté ferme » de réduire l’usage des pesticides de moitié d’ici à 2025 et de sortie du glyphosate « pour une majorité des usages » d’ici à la fin 2020. Lors de cette réunion, le ministère de l’agriculture n’a pas été en mesure, pour cause de panne informatique, de communiquer les chiffres de 2018.

Les dernières données disponibles montrent cependant que ces objectifs ne seront pas atteints sans un changement radical de stratégie : en 2017, la consommation de pesticides était en très légère baisse (68 817 tonnes contre 70 640 sur la période 2015-2017) et les ventes de glyphosate ont même augmenté (8 831 tonnes en 2017 contre 8 673 tonnes depuis 2015).

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 09:07

En juin 2018, une étude anglaise a détecté dans 29 fleuves et rivières d'Europe 103 pesticides, dont 24 sont prohibés dans l'Union européenne. La responsable : l'agriculture intensive. Par Claude-Marie Vadrot le 15 avril pour Politis. Lire aussi Les cartes de la consommation française de pesticides et les Glyph’Awards de Générations Futures, Des pesticides et des perturbateurs endocriniens dans notre alimentation, La France est-elle prête pour une cure de désintoxication des pesticides ? et Un million de travailleurs concernés... Pesticides : le rapport explosif de l'ANSES sur l'exposition des agriculteurs.

Les cours d'eau européens gravement pollués par des produits agricoles interdits

Au mois de juin, la revue anglaise Science of the Total Environnement publiera une étude sur les pollutions chimiques d’origine agricole des fleuves, des rivières et des canaux européens. La recherche a été menée par les scientifiques du laboratoire de Greenpeace, hébergé par l’université anglaise d’Exeter, qui a vérifié ce travail avant publication. Elle pointe la responsabilité de l’agriculture intensive.

Les chercheurs ont mené leurs investigations en prélevant de nombreux échantillons dans 29 cours d’eau répartis dans dix pays européens (Autriche, Belgique, Allemagne, Danemark, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne et Royaume-Uni). Leurs recherches portaient sur l’identification par chromatographie de 275 pesticides et 101 produits vétérinaires. Ils ont mis en évidence la présence effective de 103 de ces pesticides.

Non seulement ont-ils trouvé des résidus de pesticides dans tous les échantillons, mais sur les 103 qu’ils ont identifiés, 24 sont des produits interdits à la vente et à l’utilisation depuis des années dans les pays appartenant à l’Union européenne. La moitié sont des herbicides, l'autre moitié essentiellement des fongicides et des insecticides.

La chercheuse Violette Geissen de l'Université de Wageningen au travail.

La chercheuse Violette Geissen de l'Université de Wageningen au travail.

Antibiotiques

En ce qui concerne les substances vétérinaires, ils en ont identifié 21 dans la plupart des cours d’eau et des canaux, essentiellement des antibiotiques. La plupart d'entre eux ne sont pas entièrement détruits par les systèmes digestifs des animaux auxquels ils sont administrés, parfois à haute dose, ce qui leur permet d’être dispersés dans la nature par leurs excréments ; et ils contaminent les fumiers qui sont épandus comme engrais dans les champs et gagnent ensuite les nappes superficielles et les rivières par ruissellement. La majeure partie de ces produits peuvent parvenir, sans être remarqués ni filtrés par les stations d’épuration, dans le circuit des eaux potables.

Cet envahissement de plus en plus important, auquel n’échappe pratiquement aucun cours d’eau, représente des risques pour la biodiversité et la santé humaine, particulièrement dans les petites rivières où les produits agrochimiques et les résidus médicamenteux sont beaucoup moins dilués que dans les fleuves.

Le problème, ajoute le rapport, ne peut être résolu qu’en éliminant ou en réduisant l’usage de ces substances et donc en optimisant les cultures et les élevages. L'étude met en évidence un besoin urgent pour les agriculteurs et les responsables des politiques agricoles de mettre en œuvre une politique menant à des pratiques de culture et d’élevage durables.

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 09:05

Une pétition réclamant des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore a rencontré un succès inédit en Bavière. L’immense succès de cette initiative citoyenne pousse la ministre de l’Environnement à prôner une réduction massive des pesticides dans tout le pays. Un avertissement lancé à des dirigeants politiques fort peu sensibilisés aux enjeux environnementaux. D'après Thomas Wieder et Rachel Knaebel pour Le Monde et Politis.                Lire aussi Les insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans, L'Europe doit choisir entre les abeilles et l’agrochimie..., La lutte biologique est une alternative efficace aux pesticides, L’Europe interdit trois pesticides néonicotinoïdes dangereux pour les abeilles et Une disparition des abeilles coûterait 3 milliards.

Manifestation pour réclamer des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore, à Munich, le 5 février. SACHELLE BABAR/ ZUMA PRESS / MAXPPP.

Manifestation pour réclamer des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore, à Munich, le 5 février. SACHELLE BABAR/ ZUMA PRESS / MAXPPP.

Ces derniers jours, les observateurs avaient senti qu’il se passait quelque chose : une affluence inhabituelle dans les bureaux de vote, une fébrilité singulière sur les réseaux sociaux… « Nous avons bien vu en recueillant les signatures que le sujet préoccupait beaucoup les gens. Mais nous ne nous attendions pas à un tel succès. » Uschi Anlauf et l’équipe de l’initiative citoyenne bavaroise pour la biodiversité ont surpris toute l’Allemagne mi-février. En quinze jours, ils sont parvenus à récolter 1 745 383 de signatures d’électeurs bavarois, soit 18,4 % des inscrits, pour leur « pétition populaire » (Volksbegehren) sur la défense de la biodiversité et la protection des abeilles, et le soutien de leur projet de loi régionale, ont annoncé, jeudi 14 février, les autorités du Land de Bavière. C’est presque un cinquième (18 %) du corps électoral du Land, et bien plus que le seuil nécessaire (10 %) pour obliger à l’organisation d’un référendum local.

Un tel niveau de participation est inédit. Depuis la seconde guerre mondiale, vingt consultations de ce type ont été organisées en Bavière. Jusqu’à présent, aucune n’avait mobilisé autant d’électeurs que celle de 1967 en faveur de « l’enseignement chrétien ». A l’époque, 17,2 % des inscrits avaient voté.

« C’est un jour historique pour les défenseurs de l’environnement en Bavière », s’est réjoui Ludwig Hartmann, le chef de file des Verts au Parlement régional, avant même l’annonce des résultats. Selon la Constitution bavaroise, une « pétition populaire » est recevable si elle est soutenue par plus de 10 % des électeurs. Dans ce cas, le Parlement doit s’en saisir et la transformer en proposition de loi. Soit celle-ci est adoptée, soit elle ne l’est pas, auquel cas le texte fait l’objet d’un référendum.

C’est à l’automne 2018 que la pétition approuvée jeudi a été lancée. A l’origine de celle-ci, le Parti écologiste-démocrate (ÖDP), une petite formation qui n’a recueilli que 1,6 % des voix aux élections bavaroises du 14 octobre, loin des 5 % nécessaires pour siéger au Parlement régional. Comment peser sans élu ?

Un texte combattu par les associations d’agriculteurs

C’est là que l’ÖDP a eu l’idée de cette pétition. Un texte centré sur la défense de la biodiversité, réclamant des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore, avec comme objectif que 20 % des terres arables de la région respectent les normes de l’agriculture biologique en 2025, avant d’atteindre 30 % en 2030.

Les auteurs de la pétition réclament également une réduction drastique de l’utilisation des pesticides et l’introduction de cours de sensibilisation aux problématiques environnementales dans les établissements scolaires.

Combattue dès l’origine par les associations d’agriculteurs bavarois, l’initiative a rapidement été soutenue par les Verts qui, fort de leur succès aux régionales (17,6 %), où ils sont arrivés à la deuxième place derrière les conservateurs (CSU), ont compris l’intérêt qu’ils avaient à s’associer à une démarche les maintenant en contact avec les électeurs.

Pour que le projet soit soumis au vote, 25 000 signatures étaient nécessaires. Plus de 100 000 ont été recueillies. En novembre 2018, le ministère bavarois de l’intérieur a donné son feu vert pour que le vote ait lieu quelques semaines plus tard, du 31 janvier au 13 février 2018.

Réveil civique et démocratique

Pour toucher les électeurs, les initiateurs de la pétition ont mis au cœur de leur campagne le sort des abeilles. Un choix particulièrement efficace dans un pays marqué par la publication d’études particulièrement alarmistes, ces dernières années, faisant état d’une diminution de près de 80 % du nombre d’insectes volants au cours des trois dernières décennies.

Avec l’abeille, la campagne a trouvé son « symbole » et sa « mascotte », a expliqué Agnes Becker, la présidente du parti ÖVP. Déguisés en abeilles, des milliers de Bavarois sont descendus dans la rue pour faire entendre des inquiétudes qui, jusque-là, s’étaient fort peu exprimées dans cette région prospère du sud de l’Allemagne.

Une sorte de réveil civique et démocratique dans un Land peu habitué à de tels soubresauts, comme ironisait, jeudi, la Süddeutsche Zeitung, le grand quotidien de centre gauche de Munich : « En Bavière, la plus grande partie de la population profite d’une prospérité économique sans précédent. Le chômage est presque un non sujet, beaucoup de gens ont des très bons salaires, les gens vivent dans des logements de plus en plus grands. (…) Et que font-ils ? Ils vont en masse dans les mairies contre la volonté de leur gouvernement, font la queue malgré les chutes de neige et votent pour une pétition intitulée : « Sauvez les abeilles. N’ont-ils vraiment pas d’autres problèmes ? »

Lancée par un petit parti écologiste à tendance conservatrice, l’Ökologisch-Demokratische Partei (ÖDP), l’initiative était aussi soutenue par la Ligue régionale de protection des oiseaux et par les Verts bavarois, qui ont obtenu près de 20 % des voix lors des dernières élections régionales, à l’automne. Leur projet prévoit, entre autres, l’interdiction des pesticides dans les zones naturelles protégées et un objectif de 30 % d’agriculture biologique dans la région d’ici à 2030. Aujourd’hui, environ 10 % des fermes bavaroises sont en bio (8 % au niveau de toute l’Allemagne).

Contraintes d’agir, les autorités du Land ont mis en place début avril des tables rondes pour discuter des mesures à prendre et, éventuellement, proposer un projet de loi alternatif. « Des agriculteurs, des communes, des acteurs de l’économie forestière participent aux réunions. Nous y avons aussi envoyé des experts. C’est une bonne manière de faire. Cela permet de parvenir à un meilleur consensus », estime Uschi Anlauf. Dès le 3 avril, le gouvernement de Bavière, dirigé par la très droitière CSU, a finalement déclaré qu’il approuvait le projet de loi tel quel.

Une loi fédérale pour sauver les insectes
Avant même d’arriver à ce réjouissant résultat, l’initiative bavaroise avait déjà eu des effets au niveau du pays tout entier

Manifestation pour la défense des insectes, le 19 janvier 2019 à Berlin. Photo Odd ANDERSEN. AFP

Manifestation pour la défense des insectes, le 19 janvier 2019 à Berlin. Photo Odd ANDERSEN. AFP

Les signatures à peine récoltées, la ministre de l’Environnement, la sociale-démocrate Svenja Schulze, a annoncé dans la presse qu’elle préparait un projet de loi fédérale pour la protection des insectes. Celui-ci devrait mettre en œuvre le programme d’action national adopté fin 2018 qui prévoyait de réduire l’utilisation des pesticides et d’investir 100 millions d’euros par an dans la recherche sur les insectes et leur protection. La ministre s’est aussi prononcée pour une sortie rapide du glyphosate.

Pour Uschi Anlauf, « il est évidemment plus que nécessaire de légiférer au niveau national sur les pesticides ». Mais le projet de la ministre est-il suffisamment ambitieux ? « Ce programme d’action contient des éléments importants, mais il faudrait aussi des objectifs concrets, comme une réduction de 50 % de l’utilisation des pesticides dans les prochaines années », analyse Corinna Hölzel, chargée de campagne à l’ONG environnementale Bund (branche allemande des Amis de la Terre). En outre, le projet de loi qui sera proposé par la ministre de l’Environnement devra aussi être accepté par celle de l’Agriculture, Julia Klöckner. Or cette condition peut être difficile à remplir dans un gouvernement de coalition : Julia Klöckner appartient au parti conservateur, la CDU, qui s’aligne souvent sur les positions du Groupement des agriculteurs allemands (Deutscher Bauernverband), fervent défenseur de l’agriculture intensive. À l’annonce du projet de loi à venir, ce dernier s’est empressé de s’y opposer, soulignant que la disparition des insectes n’était pas le seul fait des exploitations agricoles. « Il est pourtant établi que l’agriculture intensive contribue à la disparition des insectes, à cause des pesticides et de la monoculture, même si ce n’est pas la seule raison », répond Corinna Hölzel.

Quoi qu’il en soit, le temps presse. Selon une étude publiée en 2017 et qui avait fait grand bruit alors, le pays a perdu plus de 75 % de sa masse d’insectes volants entre 1989 et 2015 (2). Pourtant, en 2017, l’Allemagne a été l’un des pays qui a voté le renouvellement de l’autorisation du glyphosate au niveau européen, après une volte-face de dernière minute. C’est par ailleurs une multinationale allemande, Bayer, qui fabrique le Roundup, depuis qu’elle a racheté Monsanto.

Comme souvent, ce sont plutôt la population et les communes qui montrent la voie. Des initiatives citoyennes pour la protection des insectes sont sur le point d’être lancées dans deux autres régions allemandes. Et 460 communes du pays ont déjà interdit l’utilisation de tous les pesticides ou du seul glyphosate sur leurs terrains. En attendant que, peut-être, comme l’ont demandé les Bavarois, la biodiversité soit inscrite dans la Constitution.

Que la riche et sage Bavière se réveille, voilà qui n’était guère prévisible. Le succès sans précédent de cette « pétition populaire » en est pourtant le signe. Même là s’exprime l’inquiétude face à l’urgence écologique. Car, comme le titrait la Süddeutsche Zeitung, jeudi soir, ce vote est un avertissement à des dirigeants politiques jusque-là fort peu sensibilisés aux enjeux environnementaux. Une façon de leur dire : « Faites enfin quelque chose ! »

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 17:07

Le débat public sur l’avenir des déchets nucléaires s’ouvre aujourd’hui mercredi 17 avril jusqu’à fin septembre. Le physicien Bernard Laponche plaide pour ne pas se lancer dans des modes de stockage souterrain, comme programmé à Bure. D’après l’ANDRA et les propos recueillis par Coralie Schaub le 16 avril 2019 pour Libération. Lire aussi Avec Bure, nous sommes toutes et tous des malfaiteurs !, « Enfouir les déchets nucléaires est la pire des solutions », Déchets nucléaires : l’État doit cesser de mentir, L’Autorité de sûreté nucléaire souligne le risque d’incendie au centre de stockage radioactif de Bure et À Bure, la fabrique du consentement pour le projet contesté d’enfouissement de déchets radioactifs.

Déchets nucléaires : « Cigéo, c’est la solution la plus mauvaise car elle n’est pas réversible »

Lancé mercredi 17 avril, le débat public sur le cinquième Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) se tiendra jusqu’à fin septembre.

1 620 000 mètres cubes de déchets radioactifs ont été comptabilisés en France fin 2017. Soit l’équivalent de 648 piscines olympiques, créés en grande partie par soixante années d’exploitation nucléaire. 59 % du volume de ces déchets provient de l’industrie électronucléaire, 28 % de la recherche, le reste se partage entre la Défense, l’industrie non-nucléaire et le médical.

Ces chiffres ont été révélés par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) dans son dernier rapport. Cet organisme fournit l’inventaire annuel des stocks de matières et déchets radioactifs produits sur le territoire. « Un outil précieux pour le pilotage de la politique de gestion des matières et déchets radioactifs, notamment dans la perspective du débat public sur le PNGMDR qui démarrera en avril 2019 », précise l’Andra dans un communiqué.

Le PNGMDR ? C’est le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Établi sur trois ans, sa cinquième édition couvre les années 2019-2021. Et le débat public évoqué par le rapport, originellement prévu au second semestre 2018 en concertation préalable, n’a cessé d’être retardé. En cause : des « lourdeurs administratives » liées à la signature tardive de la convention financière permettant le financement du débat par le gouvernement, et l’attente des conclusions du grand débat national.

La Commission nationale du débat public (CNDP) se dit « particulièrement attachée » à l’échange éclairé entre concitoyens afin de « permettre leur participation effective sur un sujet trop souvent préempté par des experts ». L’occasion ici de vulgariser le lexique du détritus radioactif.

La nomenclature telle que présentée par l’Andra compte cinq grandes familles de déchets produits en France. Leur positionnement dans la classification dépend de leur période radioactive – soit le temps nécessaire pour que l’activité initiale d’une quantité d’un radionucléide donné soit divisée par deux –, et leur niveau de radioactivité. Se distinguent :

  • les déchets à très faible activité (TFA), qui proviennent majoritairement de gravats ou de ferrailles très faiblement contaminés, souvent issus des installations électronucléaires. Le temps nécessaire à la décroissance de leur radioactivité est non déterminant ;
  • les déchets à faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), principalement issus du fonctionnement, de la maintenance et du démantèlement des centrales nucléaires. Leur radioactivité sera dangereuse pour l’homme et l’environnement pendant environ trois siècles. Ces déchets sont stockés en surface dans l’Aube ;
  • les déchets à faible activité à vie longue (FA-VL), issus d’activités anciennes (premières centrales), ou d’activités industrielles telles que l’extraction de terres rares. Leur stockage à faible profondeur est encore à l’étude ;
  • les déchets à moyenne activité - vie longue (MA-VL) proviennent essentiellement des opérations de traitement de combustibles usés. Ils seront fortement radioactifs pendant des centaines de milliers d’années ;
  • les déchets à haute activité (HA), résidus hautement radioactifs provenant de la dissolution chimique des combustibles usés. Ces déchets sont incorporés dans du verre puis conditionnés dans des conteneurs en acier inoxydable. Avec les déchets MA-VL, leur stockage profond est en projet sur le site Cigéo, à Bure, dans la Meuse.

 

Déchets nucléaires : « Cigéo, c’est la solution la plus mauvaise car elle n’est pas réversible »

Selon les données que publie l’Agence nationale en open source sur sa plateforme, il est à noter que les déchets très faiblement actifs sont ceux qui ont connu la plus forte augmentation depuis 2013 (+ 23 % pour une moyenne générale de + 11 %). Ils constituent à eux seuls le tiers du volume total de déchets produits (en comparaison, les résidus au plus haut niveau de dangerosité (HA) ne représentent que 0,2 % de l’ensemble). Particularité française : tous les matériaux en provenance d’un site nucléaire sont systématiquement considérés comme des déchets potentiellement contaminés, même ceux dont le niveau de radioactivité est extrêmement faible. Ces mêmes déchets sont stockés en surface à Morvilliers, sur un site qui devrait arriver à saturation dans une dizaine d’années.

Un rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, 2016) explorait déjà la possibilité de la création d’un «seuil de libération» en deçà duquel les déchets très faiblement contaminés ne seraient pas traités. Une solution controversée, car susceptible de contaminer des biens de consommation courants.

Les prochains participants au débat public seront probablement conviés à en délibérer via un site internet dédié. Une première réunion publique doit avoir lieu à Paris aujourd’hui.

Sur le site de forage du projet Cigéo, à Bure dans la Meuse, le 8 avril. Photo Benoit Tessier. Reuters

Sur le site de forage du projet Cigéo, à Bure dans la Meuse, le 8 avril. Photo Benoit Tessier. Reuters

Alors que faire des 1,62 million de mètres cubes de déchets radioactifs fin 2017, issus à près de 60 % de l’industrie électronucléaire ? Entretien avec Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien du Commissariat à l’énergie atomique et cofondateur de l’association Global Chance.

Qu’attendre de ce débat ?

Global Chance et les autres ONG ont obtenu que soient mis sur la table certains grands sujets : que faire avec le combustible nucléaire irradié issu des réacteurs ? Faut-il le retraiter ? Comment entreposer les déchets ? Cela n’avait jamais été discuté. Mais ensuite, qu’en fera le gouvernement ? Le nucléaire connaît une crise inédite, technique et financière. Il est nécessaire de se demander si on s’entête avec une stratégie fixée dans les années 60 et qui risque de nous mener dans le mur, avec des réacteurs vieillissants et des déchets qui s’amoncellent.

Que pensez-vous du stockage géologique profond prévu à partir de 2035 avec le projet Cigéo, à Bure (Meuse) ?

D’abord, cela ne concerne qu’une partie des déchets, les plus radioactifs, or il y en a beaucoup d’autres (moyenne activité, faible activité…) qui s’accumulent un peu partout. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas de solution satisfaisante. On nous dit que celle-ci est la moins mauvaise. Au contraire, c’est la plus mauvaise car elle n’est pas réversible. On ne peut pas imposer quelque chose d’irréversible aux générations futures, pendant des centaines de milliers d’années, tout en reconnaissant que la solution n’est pas satisfaisante. Imaginez qu’un seul colis radioactif enfoncé dans des alvéoles de 100 mètres de long à 500 mètres sous terre soit défaillant et fuite, on ne pourra pas le récupérer.

Quels sont les risques ?

Il y a d’abord la construction du projet et l’enfouissement des déchets, qui doit durer plus d’un siècle. N’importe quel industriel dira qu’avant de construire un projet de cette taille, surtout si c’est une première - il n’y a jamais eu d’enfouissement en profondeur de déchets radioactifs de cette importance, en particulier dans l’argile -, il faut d’abord faire un pilote industriel et le tester pendant assez longtemps, c’est-à-dire, dans le cas de ces déchets, entre cinquante et cent ans. Après tout, si Cigéo doit être là pour des millions d’années, on peut se donner un siècle pour décider. Alors que là, on se lance tête baissée dans un projet qui peut présenter des tas de problèmes. C’est d’une arrogance technique hallucinante. Par exemple, les colis de combustibles qui sont au fond des alvéoles émettent de l’hydrogène, qui peut exploser. Il faut donc une ventilation colossale, qui ne peut être interrompue qu’une dizaine de jours au maximum. Comment imaginer que sur plus d’un siècle il n’y aura pas d’interruption de la fourniture d’électricité alimentant cette ventilation, à cause d’un événement naturel ou d’une agression extérieure ? Et quid de séismes inattendus, comme récemment dans la région de Bordeaux ? Il y a aussi les risques d’incendie, d’inondations… C’est comme si on faisait Superphénix d’un coup, et en plus à 500 mètres sous terre. C’est de la folie.

Et une fois le puits rebouché, vers 2150 ?

On nous dit que cela tiendra des millions d’années. Or la roche n’est pas totalement imperméable. En Allemagne, dans l’ancienne mine de sel d’Asse, les parois s’effondrent et l’eau est contaminée. Les autorités allemandes tentent de retirer les déchets entreposés, ce qui va coûter des milliards d’euros. En France, les déchets chimiques très dangereux enfouis sur le site de Stocamine, en Alsace, menacent la plus grande nappe phréatique d’Europe depuis un incendie survenu dans les années 2000. Faut-il les récupérer ? Le gouvernement estime que ce serait trop cher. Enfin, si on fait Cigéo, je crains que cela crée un précédent pour les déchets radioactifs et chimiques dans les autres pays.

Ces déchets existent. Qu’en faire, alors ?

Les déchets radioactifs à haute activité sont aujourd’hui vitrifiés et stockés à sec, à La Hague, dans des silos ventilés. Avant d’aller à Cigéo, ils devraient de toute façon y rester au moins soixante ans pour être refroidis. Nous proposons, au terme de ces soixante ans, de les mettre dans une enveloppe en acier puis un conteneur en béton avant de les stocker en sub-surface, par exemple dans un hangar à flanc de colline protégé des agressions extérieures. Un endroit contrôlable et réversible, accessible et surveillé. On sait déjà faire ce stockage à sec pour le combustible irradié, la moitié des conteneurs utilisés aux Etats-Unis pour cela sont d’ailleurs fournis par Orano (ex-Areva). Parallèlement, on donnerait du temps aux physiciens pour proposer une solution satisfaisante. La science nucléaire a moins d’un siècle, le neutron a été découvert en 1938, il y a des découvertes en physique en permanence sur la structure du noyau, on peut bien donner 200 ou 300 ans de plus aux chercheurs pour trouver une solution.

De quel type ?

Il y a déjà des recherches en cours et il faut mettre le paquet dessus. D’abord, la transmutation : vous séparez le corps que vous voulez éliminer, par exemple le plutonium, et le bombardez avec des neutrons afin de réduire la durée de radioactivité. On sait le faire en laboratoire mais cela pose des problèmes sur le plan industriel. Et le Nobel de physique Gérard Mourou travaille sur un projet permettant de réduire la radioactivité des déchets nucléaires grâce au laser. En tout état de cause, le coût colossal de Cigéo serait très supérieur à l’option « stockage à sec en sub-surface plus recherche ». L’Andra, le porteur du projet, l’a chiffré à 35 milliards d’euros. Il est probable que cela sera bien plus.

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 09:04

Depuis plusieurs semaines, la direction de l’électricien et l’exécutif préparent un plan pour séparer les activités de production et de fourniture d’électricité, afin de plaider auprès de Bruxelles qu’EDF n’est plus un monopole qui contrôle tous les maillons de la chaîne. « La volonté du gouvernement est de démanteler EDF en séparant le nucléaire, les réseaux et les autres activités pour pouvoir céder des pans entiers d'activités au privé » selon la CGT Energie. D'après Marion d'Allard, Nabil Wakim, Jean-Christophe Féraud le 15 avril 2019 pour l'Humanité, Libération et Le Monde. Lire aussi Députés et syndicats s’opposent à l’ouverture des centrales hydroélectriques à la concurrence, Nouveaux soucis pour l’EPR de Flamanville et Nucléaire : les difficultés économiques minent la sûreté des réacteurs.

Baptisé Hercule, le plan viserait à créer une maison mère 100 % publique. Celle-ci garderait la main sur la production nucléaire et absorberait les investissements inhérents. Benoît Tessier/Reuters

Baptisé Hercule, le plan viserait à créer une maison mère 100 % publique. Celle-ci garderait la main sur la production nucléaire et absorberait les investissements inhérents. Benoît Tessier/Reuters

« C’est intolérable. Une nouvelle fois, nous apprenons notre avenir par voie de presse. » Secrétaire général de la CGT mines-énergie, Sébastien Menesplier ne décolère pas. Le vaste projet de réorganisation des activités d’EDF, qui prévoit la séparation du secteur nucléaire du reste des activités du groupe, il l’a appris hier matin, dans les colonnes du Parisien.

Selon le quotidien, le plan, baptisé Hercule, viserait, à terme, à créer une maison mère 100 % publique – qui garderait la main sur la production nucléaire et absorberait les investissements inhérents –, à laquelle serait adossée une entreprise fille qui regrouperait l’ensemble des autres activités d’EDF, ainsi filialisées. « On est dans la caricature de la socialisation des pertes et de la privatisation des bénéfices », note l’essayiste Aurélien Bernier (1). Pour ce spécialiste du secteur de l’énergie, l’État s’apprête, en somme, à « recapitaliser le nucléaire, éponger les dettes (37 milliards d’euros cumulés pour EDF – NDLR) et financer les investissements à venir (100 milliards d’euros selon le Parisien – NDLR) en bradant tout le reste aux intérêts privés, y compris le secteur des énergies renouvelables », stratégique pour l’avenir. En opérant ainsi la scission d’EDF, « l’État fait les yeux doux aux marchés », renchérit Sébastien Menesplier. « Le nucléaire implique d’énormes investissements, dans un contexte où se télescopent le grand carénage (contrôle et renforcement de l’ensemble des emprises nucléaires du pays – NDLR), l’implantation d’un EPR à Hinckley Point, au Royaume-Uni, et le feuilleton de celui de Flamanville, dont les coûts ont explosé », poursuit le syndicaliste.

Le plan du gouvernement serait quasiment ficelé et prévu pour 2021

À en croire le Parisien, le plan du gouvernement, avec l’aval de Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, et même de l’Agence des participations de l’État, serait déjà quasiment ficelé, prévu pour une mise en œuvre effective en 2021. Restent quelques « détails », comme la place dans cette nouvelle structure des barrages hydroélectriques de très grosse capacité, qui pourraient, selon toute vraisemblance, être accueilli dans le holding de tête, avec le nucléaire et sa commercialisation sur le marché de gros. « Depuis longtemps EDF envisage de séparer les gros des petits barrages », explique Sébastien Menesplier. Cette hypothèse reviendrait, dans le cadre du plan Hercule, à « rapatrier ces derniers au sein de la filiale EDF Renouvelables, dont le capital sera ouvert au privé ». Mais quel que soit le scénario qui sera in fine retenu, poursuit le syndicaliste, « il ne tient compte ni des salariés ni de l’outil industriel. Le service public et l’intérêt général subissent les errements de la libéralisation du marché, et EDF a supprimé 5 000 postes depuis l’ouverture du marché, en 2004 ». Par ailleurs, il assure qu’« aucune négociation n’est en cours avec les organisations syndicales au sujet de ce plan Hercule ». Pis, confie Sébastien Menesplier, « la DRH m’a téléphoné hier, pour convoquer la CGT à une réunion bilatérale au sujet de cette réorganisation, en prenant soin de me demander si je savais de quoi il s’agissait ! » Curieuse concomitance avec la parution, dans la presse, des grandes lignes du projet Hercule…

Pour la CGT, la réponse au défi du secteur ne peut passer que par un véritable service public, reposant sur une entreprise intégrée qui maîtrise de bout en bout la production, la distribution, le transport et la commercialisation de l’énergie. Aux antipodes, « le gouvernement applique aujourd’hui pour EDF la même stratégie que pour la SNCF ou Engie, à savoir le morcellement de l’entreprise historique par activités, la séparation de la production, du réseau et de la commercialisation et l’ouverture à la concurrence de tout ce qui peut être rentable », note Aurélien Bernier. Dans le secteur de l’énergie, la méthode n’est d’ailleurs pas récente, rappelle l’essayiste. « Expérimentée au Chili sous Pinochet par les économistes de l’école de Chicago, elle a été importée en Europe par Margaret Thatcher, avant d’être traduite en directives européennes. »

(1) Auteur de les Voleurs d’énergie. Accaparement et privatisation de l’électricité, du gaz, du pétrole, Éditions Utopia, 2018.
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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 09:44

Les inondations, les canicules, les sécheresses et les tempêtes aggravent, et pour longtemps, la mortalité et la morbidité dans le monde. Cet enjeu est au cœur de la conférence mondiale « Santé et changements climatiques. Soigner une humanité à + 2° », organisée par la Croix-Rouge française à Cannes, les 15 et 16 avril, à l’occasion des 100 ans de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). D’après Audrey Garric le 13 avril 2019 dans le cadre d’un partenariat entre Le Monde et la Croix Rouge. Lire aussi La vie humaine totalement perturbée par le changement climatique : décès, famines, pénuries d’eau, migrations… et Des catastrophes cumulées entraînées par le dérèglement climatique, selon Nature Climate Change.

Au centre de santé de Beira, au Mozambique, le 26 Mars 2019. Mike Hutchings / REUTERS

Au centre de santé de Beira, au Mozambique, le 26 Mars 2019. Mike Hutchings / REUTERS

Il est en train de devenir le plus grand défi sanitaire du XXIe siècle. Le changement climatique, avec son lot de vagues de chaleur, d’inondations ou de sécheresses extrêmes, affecte d’ores et déjà la vie et la santé des humains, aggravant la mortalité et la morbidité aux quatre coins du monde. Autrefois perçus comme une menace lointaine ou incertaine, ces effets sont désormais documentés et confirmés par les récentes catastrophes, telles que le dévastateur cyclone Idai qui a tué plus de 1 000 personnes au Mozambique et au Zimbabwe mi-mars et a entraîné une épidémie de choléra.

Le changement climatique a déjà provoqué un accroissement du nombre de vagues de chaleur – la température mondiale a augmenté de 1 °C depuis le début de l’ère préindustrielle. En 2017, 157 millions de personnes supplémentaires ont été exposées à des événements caniculaires comparé à l’année 2000, selon la dernière édition du « compte à rebours sur la santé et le changement climatique » du Lancet, revue médicale britannique de référence.

Ainsi, les populations vulnérables, notamment les adultes de plus de 65 ans, sont exposées au stress thermique, ce qui augmente leur risque de développer des maladies cardio-vasculaires et rénales. Le phénomène a été particulièrement observé en Europe – 70 000 personnes ont succombé à la canicule en 2003 – et en Méditerranée orientale, probablement en raison d’une population plus âgée vivant en zone urbaine. Ces chaleurs extrêmes ont entraîné la perte de 153 milliards d’heures de travail en 2017 dans le monde, dont 80 % dans le secteur agricole. Une baisse de revenus qui affecte encore davantage, indirectement, la santé des plus fragiles.

« Niveau de risque inadmissible »

Le réchauffement provoque également une recrudescence des allergies. « La hausse des températures favorise la diffusion de végétaux allergènes, comme l’ambroisie ou le bouleau en Europe, précise Sophie Godin-Beekmann, directrice de recherche au CNRS. Les allergies sont plus fortes dans les villes polluées car les gens sont plus fragilisés. »

Plus largement, les aléas climatiques touchent actuellement 27 attributs de la santé humaine (mortalité, morbidité, blessures, malnutrition ou encore espérance de vie), selon une large recension parue dans Nature Climate Change en novembre 2018.

Les inondations, les incendies ou les tempêtes entraînent des noyades, des asphyxies, des famines et la recrudescence d’épidémies, telles que le paludisme, la dengue, le choléra ou des diarrhées. Les risques climatiques altèrent également la santé mentale : des dépressions et des stress post-traumatiques ont été recensés après des tempêtes aux Etats-Unis, comme l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans en 2005.

« Les tendances actuelles en matière d’impacts, d’expositions et de vulnérabilité face aux changements climatiques font apparaître un niveau de risque inadmissible pesant sur la santé actuelle et future des populations du monde entier », alerte Hilary Graham, professeure en sciences de la santé à l’université de York (Royaume-Uni).

Alors que le monde se dirige vers un réchauffement de plus de 3 °C d’ici à la fin du siècle, le changement climatique va-t-il se transformer en fléau de santé publique dans les prochaines décennies ? Il pourrait entraîner 250 000 morts supplémentaires chaque année entre 2030 et 2050, selon l’Organisation mondiale de la santé.

« Investissements insuffisants »

Une « projection très conservatrice » car elle ne « tient pas compte de toutes les conséquences du changement climatique, prévient Andy Haines, qui enseigne les changements environnementaux et la santé publique à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Une autre étude prévoit, par exemple, que 530 000 adultes de plus mourront chaque année à la suite de la baisse de la disponibilité alimentaire d’ici à 2050, en particulier des fruits et légumes. » La Banque mondiale, elle, estime que si nous ne parvenons pas à infléchir le réchauffement, l’extrême pauvreté frappera 100 millions de personnes supplémentaires en 2030.

Malgré une menace qui se dessine de plus en plus nettement, les systèmes de santé ne sont pas suffisamment adaptés. Dans plus de la moitié des 478 villes ayant participé à l’étude publiée dans The Lancet, on s’attend à ce que le changement climatique compromette sérieusement les infrastructures de santé, soit directement, en raison d’inondations ou de tempêtes qui les rendraient inopérantes, soit indirectement, en augmentant le nombre de patients à traiter.

Pourtant, seulement 22 % des hôpitaux et 20 % des centres de soins ont mis en place des plans pour répondre à ce défi, selon l’enquête. Par ailleurs, le secteur de la santé représente moins de 5 % des dépenses consacrées aux mesures d’adaptation au réchauffement. « Ces investissements sont particulièrement insuffisants dans les pays en développement, où les systèmes de santé sont déjà fragiles et fragmentés », précise Andy Haines.

Au-delà de la mise en place d’un système de santé résilient et de la formation des personnels à ces nouveaux enjeux, scientifiques, climatologues comme épidémiologistes, appellent à une « transition urgente vers une économie neutre en carbone ». La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, les transports ou l’agriculture bénéficierait à la santé humaine, en ralentissant le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. Hilary Graham l’assure : « Il est clair que la nature et l’ampleur de la réponse au changement climatique seront déterminantes pour la santé des nations dans les siècles à venir. »

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 09:09

L’ouverture du marché demandée par l’Union européenne est en discussion depuis 2010. Plus de cent députés s’y opposent. D’après Nabil Wakim pour Le Monde et Eric Serres pour l’Humanité le 11 avril 2019. Lire aussi L’État va-t-il privatiser ses stock d'eau potable ?.

Vestman from Helsinki, Finland, by Antti Leppänen CC BY 2.0 - 18 juin 2006

Vestman from Helsinki, Finland, by Antti Leppänen CC BY 2.0 - 18 juin 2006

Peut-on déjà parler d’un « effet ADP » ? En quelques semaines, le ton du gouvernement a singulièrement changé sur l’ouverture à la concurrence des barrages hydroélectriques. Début février, le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, estimait auprès de l’agence spécialisée Montel News que « le plan est d’ouvrir certains permis d’ici à la fin de 2019 ». Mais, depuis plusieurs semaines, les réponses du côté de l’exécutif se font plus floues.

La pression politique est montée d’un cran, mercredi 10 avril, avec la résolution déposée par plus de cent députés de tous bords contre l’ouverture à la concurrence. « C’est un sujet de souveraineté », a plaidé le député (LR) du Vaucluse Julien Aubert, ravi de partager une tribune commune avec des socialistes, des communistes, des insoumis et des centristes.

« On peut redouter, comme avec la privatisation des autoroutes, qu’il y ait des conséquences graves », a renchéri l’ancienne ministre de l’écologie, Delphine Batho.

Un regain de mobilisation, avec le soutien actif des syndicats du secteur, motivés par une mise en demeure adressée par la Commission européenne à la France, le 7 mars. Autrement dit, malgré l’approche des élections européennes, Bruxelles entend faire respecter à Paris ses engagements.

Voilà près de dix ans que la France a promis à la Commission d’ouvrir les centrales hydroélectriques à la concurrence. En 2010, François Fillon, alors premier ministre, avait fait cette concession à Bruxelles pour sauver les tarifs régulés de l’électricité d’EDF.

85 % des barrages sont exploités par EDF

En France, 85 % des barrages sont exploités par EDF, et le reste par Engie (ex-GDF-Suez) et la Compagnie nationale du Rhône (CNR). C’est bien ce qui pose problème à Bruxelles, qui estime qu’une ouverture à la concurrence permettrait à d’autres acteurs français ou européens de pénétrer sur ce marché. Et les candidats potentiels sont nombreux, qu’il s’agisse de Total, du suédois Vattenfall, ou du Finlandais Fortum.

Alors que le dossier traîne depuis des années, il est revenu sur le devant de la scène début 2018. Mis en demeure par Bruxelles, le gouvernement d’Edouard Philippe répond qu’il travaille à la mise en place d’appels d’offres très rapidement. Il évoque même une ouverture possible pour 150 barrages.

Les syndicats, EDF et les députés qui travaillent sur la question montent alors au créneau. Depuis, la situation politique a quelque peu changé. Le mouvement des « gilets jaunes » et la pression qui monte sur la privatisation d’ADP font douter, à Bercy et au ministère de la transition écologique, du bien-fondé d’agir vite. « La mise en demeure de la Commission nous donne l’occasion de reprendre la conversation là où on l’avait laissée », euphémise un conseiller ministériel. « Le gouvernement est gêné aux entournures », analyse le député communiste Hubert Wulfranc, signataire de la résolution.

« Cela va faire augmenter les prix et fragiliser tout le système »

De fait, l’exécutif a tout intérêt à attendre la nomination d’une nouvelle Commission européenne. Ce qui laisse aux opposants le temps d’affûter leurs arguments.

« Les consommateurs n’ont aucun intérêt à cette privatisation, cela va faire augmenter les prix et fragiliser tout le système », font valoir Philippe André et Anne Debrégeas, membres de SUD Energie. Le syndicat, minoritaire au niveau national, mais très présent dans l’hydraulique, a fait rédiger un rapport à un groupe d’experts – dont plusieurs anciens dirigeants d’EDF –, qui s’alarment des conséquences d’une prochaine ouverture à la concurrence.

Ils soulignent notamment une spécificité de l’hydraulique : les barrages ne se contentent pas de produire de l’électricité. L’eau qu’ils stockent est aussi utilisée pour l’agriculture, les loisirs ou le refroidissement des centrales nucléaires. Les concurrents d’EDF seront-ils tenus d’accomplir ces tâches, qui sont loin de toutes figurer dans le cahier des charges ?

La CGT dénonce également une « privatisation » à venir et estime que cette démarche revient à vendre au plus offrant des concessions sur des actifs très rentables, alors que l’investissement a été financé par l’Etat – donc par les contribuables.

« Ce qui nous importe, c’est que cette mise en concurrence soit équitable », explique-t-on chez EDF, avant d’ajouter : « Si elle a lieu. » Dans l’entreprise publique, beaucoup se prennent à souhaiter que le chantier de réorganisation du groupe, amorcé par le chef de l’Etat, n’offre une porte de sortie aux barrages, par exemple, en les intégrant avec le nucléaire dans une structure consacrée à la production d’électricité. La formule pourrait convenir aux syndicats, mais pas forcément à Bruxelles.

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 09:36

Un décès sur cinq dans le monde est dû à une alimentation déséquilibrée, selon une vaste étude internationale sur l’impact sanitaire d’un régime alimentaire déséquilibré dans 195 pays. Par Paul Benkimoun et Mathilde Gérard le 4 avril 2019 pour Le Monde. Lire aussi Le « régime de santé planétaire » ? Des protéines végétales et un steak par semaine !, L’agriculture bio est plus efficace que les pesticides contre les agents pathogènes, démontrent des chercheurs français et Nourrir la planète avec une agriculture 100% biologique en 2050, c’est possible.

Les quatre familles d'aliments : sucres lents, protéines, fruits et légumes. MAXIMILIAN STOCK LTD / PHOTONONSTOP

Les quatre familles d'aliments : sucres lents, protéines, fruits et légumes. MAXIMILIAN STOCK LTD / PHOTONONSTOP

Mal manger tue. En 2017, un total de 11 millions de décès dans le monde, soit un sur cinq, étaient attribuables à un mauvais régime alimentaire. C’est plus que le tabac (8 millions de morts chaque année). Aux premiers rangs des facteurs de risque figurent le sel, un apport insuffisant en céréales complètes et une ration quotidienne trop basse en fruits. Ce sont les conclusions d’une étude menée par 130 chercheurs réunis au sein du Global Burden of Disease (GBD, charge mondiale des maladies) par l’Institute of Health Metrics and Evaluation (IHME, Seattle) et que publie, mercredi 3 avril, l’hebdomadaire médical The Lancet.

Alors que les Nations unies ont lancé en 2016 une « décennie d’action pour la nutrition », ce vaste travail confirme la nécessité d’amplifier les efforts en matière de santé publique. « Cette étude est un signal d’alarme : à défaut d’adopter un régime sain, pour notre santé et pour l’environnement, nous n’irons pas très loin », avertit Francesco Branca, directeur du département de nutrition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’étude du GBD vient appuyer la prise en compte croissante des problématiques d’alimentation au niveau mondial. « Il y a une prise de conscience de plus en plus forte de l’impact de la nutrition sur les maladies chroniques, note Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, qui a participé aux travaux pour la France. La nutrition n’est plus une affaire de second rang, comme on pouvait l’entendre il y a une vingtaine d’années. »

Peu de données fiables sur la consommation de sel

Pour mener à bien cet imposant travail, les chercheurs avaient une triple tâche : constituer une base de données fiable et la plus large possible sur l’alimentation dans 195 pays ; distinguer les différentes consommations (sel, sucres, acides gras trans, fibres…), par excès ou par défaut, associées à un risque accru de maladie chronique et de décès ; enfin, évaluer pour chacune de ces manières de mal s’alimenter la part de maladies et de mortalité qui lui est attribuable, indépendamment des autres causes.

Le réseau du GBD a travaillé à partir de l’ensemble des études de qualité satisfaisante disponibles sur les consommations alimentaires, malgré les difficultés d’harmoniser les données émanant des 195 pays. Il a « également utilisé les enquêtes sur les dépenses des ménages, les chiffres de vente des denrées alimentaires et eu accès à des données non publiques de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture », comme l’explique au Monde Ashkan Afshin, de l’IHME et premier auteur de l’article.

La sélection des facteurs de risque s’est appuyée sur les relations de cause à effet établies entre le niveau de consommation d’un aliment ou d’un nutriment (sodium, calcium…) et une maladie donnée. « Pour chacun de ces composants alimentaires, nous avons retenu un seuil d’exposition à risque », précise Ashkan Afshin.

Ainsi un régime est considéré comme pauvre en fruit pour une ration de moins de 250 grammes par jour, pauvre en céréales complètes avec moins de 125 grammes quotidiens. Pour le niveau optimal de consommation de sel, la littérature scientifique fournit des valeurs variables. Les chercheurs ont retenu le seuil de 3g/j, avec une marge d’incertitude : peu de pays disposent de données fiables sur ce paramètre.

Ils ont ensuite évalué l’impact spécifique de quinze composants alimentaires sur la survenue de maladies et de décès. L’analyse globale fait apparaître le poids particulièrement élevé de certains facteurs de risque en termes de mortalité et de morbidité : une consommation de sel excessive (près de 3,2 millions de décès), un apport insuffisant en céréales complètes, en fruits ou en noix et graines (respectivement 3 millions, 2,4 millions et 2 millions de morts).

Les pays pauvres touchés par les carences alimentaires

L’étude, financé par la fondation Bill and Melinda Gates, montre qu’aucun pays dans le monde n’échappe à l’impact d’une mauvaise alimentation. Pas une seule des 21 grandes régions géographiques observées ne présentait en 2017 une consommation optimale de l’ensemble des quinze composants alimentaires étudiés, bien que certaines d’entre elles y parvenaient partiellement : l’Asie centrale pour les légumes, les pays riches de la zone Asie-Pacifique (Japon, Corée du Sud) pour les oméga 3, ou encore les Caraïbes, l’Asie du Sud et l’Afrique sub-saharienne pour les légumineuses.

Infographie Le Monde

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Si les carences alimentaires ne sont pas l’apanage des pays pauvres, ces derniers restent les plus durement touchés. L’impact des mauvais régimes y est ainsi beaucoup plus fort. Le taux de mortalité lié à l’alimentation est ainsi 10 fois plus important en Ouzbékistan (892 morts pour 100 000 habitants) qu’en Israël (89 pour 100 000), qui présente le taux le plus faible, suivi par la France, l’Espagne et le Japon.

Un « outil d’aiguillage » des actions de santé publique

« Nous nous attendions à une telle hiérarchie des risques, mais ce bilan permet de guider les actions de santé publique », note Mathilde Touvier. Pour la chercheuse, ce travail peut servir d’« outil d’aiguillage, dans un contexte où certaines mesures politiques sont contestées, comme par exemple la taxe soda mise en place dans plusieurs pays. »

L’un des principaux enseignements est l’impact sur la santé de la sous-consommation d’aliments sains (fruits et légumes, légumineuses, fruits à coques…). En 2017, il y a eu davantage de décès liés à un apport insuffisant en céréales complètes, fruits, noix et graines, que de morts associées à une consommation élevée d’aliments contenant des acides gras trans (présents dans les produits laitiers, les viennoiseries, les pizzas…), de boissons sucrées ou viandes rouges ou transformées.

Les chercheurs estiment donc qu’en matière de politique de santé, il est plus efficace de promouvoir ces aliments bons pour la santé, plutôt que de stigmatiser d’autres types de consommations plus délétères. « La notion de plaisir doit être centrale, insiste la chercheuse britannique Corinna Hawkes, directrice du Centre for Food Policy de la City University London. Il ne s’agit pas de forcer les gens à manger des aliments qu’ils n’aiment pas, mais de donner le goût et le plaisir de consommer, à un prix accessible, des fruits et des céréales complètes notamment. »

L’enquête du GBD apporte également la preuve de l’importance pour la santé d’une alimentation variée. Bien que le travail mené ne porte pas sur la sous-nutrition ou l’obésité, deux facettes de la malnutrition, Francesco Branca, de l’OMS, estime que la réponse aux crises alimentaires, qui affectent de façon aiguë plus de 100 millions de personnes dans le monde, selon un rapport de la FAO publié mardi 2 avril, ne peut porter seulement sur l’apport brut en calories, et qu’il faut veiller à maintenir dans toutes les régions une production suffisante en fruits et légumes.

Tout en agissant sur les prix : « Jusqu’à présent, les politiques se sont efforcées de convaincre les consommateurs de modifier leurs comportements alimentaires, mais nous devons travailler sur l’offre, relève M. Branca. Il faut que le modèle économique des systèmes alimentaires rende possible le choix d’une nourriture saine. »

L’équipe de GBD va prolonger ce travail, en collaboration avec l’OMS, en évaluant l’impact combiné de l’ensemble des problèmes de nutrition – malnutrition, surpoids et obésité, qualité de l’alimentation et sous-nutrition. Les résultats devraient être publiés à la fin 2019. « Nous devrions ainsi montrer comment certains pays supportent une double ou triple charge de maladies liées à ces problèmes », explique Ashkan Afshin, en évoquant des pays en développement.

Infographie Le Monde

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 14:55

Elle arrive même devant le changement climatique et l’alimentation, selon un sondage réalisé fin 2018 par l’IFOP pour Airparif, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France. Basées sur la collecte d’Airparif, les données que révèle l’association Respire permettent pour la première fois de connaître avec précision, établissement par établissement, les niveaux de pollution auxquels sont exposés les enfants aux abords des lieux qui les accueillent : crèches, écoles (maternelles et élémentaires), collèges et lycées, sur http://www.de-l-air-pour-nos-enfants.fr/. Le tableau est sombre. D’après https://www.respire-asso.org/, et Stéphane Mandard pour Le Monde les 27 et 28 mars 2019. Lire aussi La première conférence mondiale sur la pollution de l'air s'est ouverte à Genève100 000 euros d'astreinte journalière demandés à l'Etat face à l’inaction sur la pollution de l’air, Pollution de l’air : le match du siècleTreize nouveaux polluants dans l’air à surveiller selon l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire ANSES et La Commission européenne attaquée sur la pollution de l’air renvoie la France devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Polluants particules fines PM10 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Polluants particules fines PM10 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Le but de ce classement inédit n’est pas de proposer un énième palmarès des établissements sur la base d’un nouvel indice, fût-il de santé publique, mais de fournir une information qui fait aujourd’hui défaut : quelle est la qualité de l’air que nos enfants respirent à l’école ? Les enfants sont les premières victimes de la pollution de l’air. Asthme, infections respiratoires, altérations des fonctions pulmonaires, retard cognitif, autisme… elle a un « impact dévastateur » et « souvent négligé » sur leur santé et leur développement, alertait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport accablant publié fin octobre 2018.

Pour les particules fines PM2,5, les plus dangereuses, 91 % des établissements d’Ile-de France, dont tous ceux situés à Paris, ne respectent pas le plafond de l’OMS.

Infographie Le Monde

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Les résultats que nous publions montrent que les niveaux de pollution de l’air extérieur à proximité immédiate de la grande majorité des établissements franciliens, et en particulier parisiens, dépassent les plafonds sanitaires recommandés par l’OMS et dans des proportions parfois préoccupantes. Les trois polluants principaux ont été étudiés : les fameuses particules fines PM10 (de diamètre inférieur à 10 micromètres) et PM2,5 (inférieurs à 2,5 µm) ainsi que le dioxyde d’azote (NO2), gaz très toxique rendu célèbre par le scandale du « dieselgate » et marqueur du trafic routier, principalement des véhicules diesel.

Polluants particules fines PM25 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Polluants particules fines PM25 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Pour les PM2,5, les plus dangereuses car elles pénètrent profondément les voies respiratoires, 91 % des établissements d’Ile-de France (11 427), dont tous ceux situés à Paris (2 114), ne respectent pas le plafond de l’OMS fixé à 10 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle. Une cinquantaine d’écoles affichent même des concentrations environ deux fois supérieures (entre 19 et 20  µg/m3). La quasi-totalité des établissements parisiens (97 %) dépassent également la limite de l’OMS pour les PM10 (20 µg/m3) et la moitié à l’échelle de la région. Cette proportion est de 28 % pour le NO2 à Paris et de 6 % au niveau de l’Île-de-France.

Polluants particules fines NO2 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Polluants particules fines NO2 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

A la différence des particules fines PM2,5 et PM10 pour lesquelles l’Europe a des plafonds réglementaires beaucoup moins protecteurs que ceux de l’OMS (respectivement 25 et 40 µg/m3), la limite pour le NO2 a été alignée sur les lignes directrices de l’institution onusienne : 40 µg/m3. Ce qui signifie que pour 682 établissements franciliens dont 548 parisiens, outre les normes de l’OMS, les valeurs légales ne sont pas respectées.

Pour établir cette cartographie, l’association Respire s’est appuyée sur des données robustes : les cartes et bilans annuels (de 2012 à 2017) générés par Airparif à partir de ses stations de mesures. Elle les a ensuite superposées avec la localisation des établissements (publics et privés) accueillant des enfants.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces résultats. Le premier : les enfants les plus exposés sont les Parisiens. Plus on s’éloigne de la capitale, plus le nombre d’établissements sujets à des dépassements diminue. Ainsi, pour les PM10, 90 % des crèches à Paris sont concernées, 55 % en petite couronne (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Hauts-de-Seine) et seulement 6 % en grande couronne (Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne et Val-d’Oise). On retrouve la même tendance avec le NO2, avec 26 % des crèches parisiennes concernées contre 5 % en petite couronne et 0,5 % en grande couronne.

Infographie Le Monde

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Le niveau d’exposition est corrélé à la distance à un axe routier

Deuxième enseignement : les crèches ou haltes-garderies, qui accueillent le public le plus fragile et le plus sensible aux effets de la pollution, ne sont pas préservées. A Paris intra-muros, les normes en NO2 ne sont pas respectées pour 26 % d’entre elles, contre 23 % des écoles primaires et 30 % des collèges et lycées.

Troisième enseignement : le niveau d’exposition à la pollution est très fortement corrélé à la distance à un axe routier important. Des établissements situés directement sur une rue très passante peuvent ainsi présenter des concentrations supérieures à des établissements implantés à une centaine de mètres du périphérique.

L’établissement avec les niveaux de pollution les plus élevés du classement ne borde pas le périphérique : il est situé en plein cœur de la capitale, il s’agit de l’école primaire Saint-Merri, dans le 4e arrondissement, à deux pas du Centre Pompidou. Elle affiche des résultats deux fois supérieurs aux normes de l’OMS pour l’ensemble des polluants : 20 µg/m3 en PM2,5, 43 µg/m3 en PM10 et 90 µg/m3 en NO2. L’école possède le double handicap de border un axe embouteillé et d’être « posée » au-dessus de la sortie du parking souterrain des Halles.

Concernant les écoles en bordure du périphérique, le niveau de pollution est cependant sans doute sous-estimé. La valeur retenue dans ce classement est celle de l’adresse postale : celle-ci correspond à la porte d’entrée, souvent plus éloignée du périphérique que la cour et les bâtiments.

Le hiatus entre Paris et le reste de l’Ile-de France s’explique par cette distance. Selon une étude d’Airparif de 2012, à Paris, près de la moitié des écoles et des crèches se situent entre 50 mètres et 150 mètres d’un axe routier majeur (supérieur à 15 000 véhicules par jour) et seulement 9 % sont localisées à plus de 250 mètres. Au contraire, en grande couronne, la majorité des établissements sont à plus de 250 mètres.

Dans son dernier rapport, l’OMS recommande aux pouvoirs publics d’installer les écoles (et les terrains de sport) loin des voies de circulation dense dans les grandes agglomérations. Au Royaume-Uni, l’agence britannique de santé publique propose de créer des zones tampons pour interdire aux voitures de tourner au ralenti aux abords des écoles. « La pollution de l’air est un scandale sanitaire qui appelle des réponses politiques », commente Olivier Blond, le président de Respire, qui ambitionne de réaliser le même travail pour toutes les grandes agglomérations françaises.

L’association milite notamment pour l’intensification des zones dites à faibles émissions (ZFE). La ZFE vise à interdire progressivement la circulation des véhicules les plus polluants sur la base du système des vignettes Crit’Air. Déjà en vigueur à Paris, elle doit être étendue au-delà du périphérique, jusqu’à l’A86 (soit au niveau de 79 communes de la métropole du Grand Paris) à partir de juillet. Elle s’appliquera d’abord aux véhicules classés Crit’Air 5, c’est-à-dire aux diesels immatriculés avant 2001 et interdits dans la capitale depuis 2017.

Airparif a étudié l’impact qu’aurait la mise en place d’une ZFE excluant jusqu’aux véhicules Crit’Air 3 (diesels en circulation avant 2010 et essences immatriculés avant 2006) : la part d’établissements recevant du public dit « sensible » (crèches, écoles ou hôpitaux) soumis à des dépassements de NO2 passerait de 27 % à 1,5 %.

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