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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:17

Par Nicolas Celnik et Martine Valo pour Le Monde le 7 août 2016.

ROBERTO SCHMIDT / AFP

ROBERTO SCHMIDT / AFP

La journée mondiale du « dépassement » ne se célèbre pas, elle résonne comme un cri d’alerte. A partir du lundi 8 août, l’humanité va vivre à crédit, puisant au-delà de ce que la planète peut lui procurer comme ressources naturelles en une année. C’est la date – un peu approximative, mais édifiante – qu’a arrêtée, pour 2016, le Global Footprint Network (GFN).

Cet institut de recherches international, basé à Oakland (Californie), aux Etats-Unis, mène régulièrement cette campagne d’information axée sur ce jour fatidique (Earth Overshoot Day, en anglais). Ses experts estiment qu’au rythme actuel, les humains auraient besoin de l’équivalent de 1,6 Terre pour assouvir leur surconsommation globale annuelle.

Les Australiens et les Américains sont les champions de cette démesure : si tous les Terriens vivaient sur le même pied qu’eux, ils engloutiraient les bienfaits d’au moins cinq planètes. La croissance démographique est loin de justifier un tel appétit. La consommation moyenne par habitant augmente continuellement autour du globe.

LA DATE FUNESTE ARRIVE DE PLUS EN PLUS TÔT

Exploitation – durable ou non – des sols agricoles, des forêts, des pâturages, des populations de poissons, sans compter l’accélération vertigineuse de l’artificialisation des terres qui bride la production de matières organiques : ce que nous prélevons a-t-il le temps de se renouveler ? C’est ce qu’analysent les experts de GFN à partir de données émanant des Nations unies (ONU).

Pour évaluer notre empreinte écologique sur la Terre, ils prennent en compte non seulement la pression que nous exerçons sur les ressources naturelles, mais la « biocapacité » de la planète, c’est-à-dire son aptitude à se régénérer tout en absorbant les déchets. Leur diagnostic est sans appel : le jour du dépassement survient de plus en plus tôt.

En 1970, ils avaient estimé que la date funeste correspondait au 23 décembre ; en 1990, au 13 octobre ; en 2010, au 28 août : soit en moyenne quatre jours plus tôt chaque année. Le rythme semble cependant avoir légèrement ralenti ces cinq dernières années.

Maigre consolation, car cette surexploitation généralisée épuise notre capital naturel. La déforestation, l’érosion des sols, la désertification et l’appauvrissement de la biodiversité en témoignent. Mais le principal indicateur de nos excès est d’abord à chercher dans l’atmosphère, où le dioxyde de carbone s’accumule à cause de notre propension à brûler toujours plus d’énergie. Nos émissions de CO2 représentent désormais plus de 60 % de notre empreinte écologique globale.

LA VOLONTÉ POLITIQUE FAIT DÉFAUT

Mathis Wackernagel, cofondateur de Global Footprint Network, rappelle que l’année 2015 s’est close par l’annonce d’un accord mondial en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre, à la Conférence de Paris sur le climat, la COP21.

Il y voit un signe encourageant pour le développement des énergies renouvelables et l’adaptation au réchauffement. La transition « va requérir de gros efforts », estime-t-il, mais elle est possible. Pour réduire notre empreinte carbone, « la seule ressource qui nous fasse véritablement défaut aujourd’hui est la volonté politique », assure-t-il.

Même constat du côté du WWF, le Fonds mondial pour la nature, l’un des vingt-cinq partenaires de cette opération. « Nous continuons à creuser notre dette écologique, constate Pascal Canfin, directeur général du WWF FranceNous devons impérativement changer de modèle de développement. La bonne nouvelle est que les solutions sont là. »

99 % D’ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE

Pour l’heure, les champions de la révolution énergétique ne sont pas légion. Le Costa Rica a été capable de fonctionner avec 99 % d’électricité renouvelable en 2015, et s’est donné pour objectif de devenir neutre en CO2 en 2021. Mais, même pour un Etat aussi vert que lui, de telles ambitions sont difficilement atteignables : l’électricité ne répond qu’à un quart des besoins du pays. Souvent cité en exemple lui aussi, le Portugal a réussi à n’avoir recours qu’à des énergies vertes pendant quatre jours consécutifs.

Et si l’effet d’entraînement venait plutôt des villes ? Dans la dynamique qui a suivi l’accord de Paris, 533 grandes cités ont décidé de mesurer leur empreinte écologique, de partager leurs données en la matière et se sont engagées à modérer leurs émissions de CO2. De New York à Tokyo en passant par Londres et Johannesburg, ce sont ainsi 621 millions de personnes qui se trouveraient potentiellement impliquées.

Enfin, le laboratoire d’idées d’Oakland suggère au grand public plusieurs résolutions bénéfiques pour la planète. L’ONG incite chacun à poster les clichés de ses bonnes actions sur Internet avec le mot-clé #pledgefortheplanet (« promesse à la planète »).

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