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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:04

Bienfaits et dangers de la révolution génétique par Jacques Testart, Biologiste, directeur honoraire de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), pour Le Monde Diplomatique de juillet 2017.

Misha Most " Run DNA " (ADN de la course), 2016.

Misha Most " Run DNA " (ADN de la course), 2016.

Le terme « eugénisme » a été inventé à la fin du XIXe siècle par Francis Galton, un anthropologue cousin de Charles Darwin, pour définir la « science de l’amélioration des races ». L’infanticide, la gestion des mariages, la stérilisation, l’extermination ou l’avortement risquent bientôt d’apparaître comme de bien piètres moyens pour améliorer la qualité humaine au regard des apports de la génétique moléculaire, alliée à l’informatique et à la biologie cellulaire.

La période récente a vu l’irruption de technologies génétiques complexes dont les pouvoirs, fascinants et redoutables, ont été popularisés par les médias : le Crispr-Cas9, « ciseau génétique », et le gene drive, ou « forçage génétique ». Un premier essai chinois ayant utilisé la technologie Crispr en 2015 pour réparer des embryons humains anormaux a accéléré l’autorisation de projets de recherche dans plusieurs autres pays dont le Royaume-Uni et les États-Unis. La perspective eugénique est largement évoquée, comme s’il était acquis que cette « édition du génome » (lire « Nous sommes tous des mutants ») puisse être parfaitement maîtrisée, une condition impérativement préalable à toute application humaine. Or un spécialiste l’explique : « Les techniques d’édition entraînent des dommages collatéraux. D’autres portions du génome que celles ciblées sont ainsi modifiées, sans que l’on comprenne toujours pourquoi ou que l’on puisse toujours en prédire l’existence. [De plus], les vecteurs utilisés, qu’il s’agisse de bactéries, de particules ou même d’une micro-injection, sont destructifs comme un bulldozer qui essaierait de venir faire de la dentelle dans votre cuisine : le stress induit laisse des traces incontrôlées, sous forme de mutations et d’épimutations (1)… » D’autres rares critiques modèrent les annonces d’une amélioration prochaine du génome humain (2).

À l’automne 2016 paraissait un résultat scientifique qui nous semble au moins aussi important, mais qui fut largement ignoré. Cette recherche démontre qu’il est possible de fabriquer des cellules « reproductrices » — c’est-à-dire des gamètes — en grand nombre grâce à la réorientation fonctionnelle de cellules prélevées dans la queue d’une souris, c’est-à-dire de fabriquer des embryons en quantité illimitée (3). Tout a commencé en 2005, quand le Japonais Yamanaka Shinya a découvert que des cellules normalement chargées par l’organisme d’une fonction spécifique (cellules de peau, du sang…) pouvaient être « recyclées » en cellules capables d’une fonction différente (cardiaque, rénale, nerveuse, etc.). L’ADN, qui est le même dans toutes les cellules d’un individu, reste susceptible de s’activer différemment tout au long de la vie pour mobiliser des compétences spécialisées, lesquelles sont éteintes parce que non nécessaires dans l’organe où ces cellules se trouvent. Il faut pour cela ramener ces dernières à l’état de cellules à potentiel multiple, ou cellules pluripotentes, avant de les redifférencier dans la fonction voulue.

Cette découverte, qui a valu le prix Nobel de médecine à Yamanaka en 2012, montre que les cellules somatiques (cellules qui constituent le corps) peuvent acquérir des compétences comparables à celles des cellules embryonnaires pour recomposer des organes défaillants, et elle donne déjà lieu à de nombreux essais thérapeutiques.

La question s’est bientôt posée de l’éventualité de transformer ces mêmes cellules somatiques en gamètes, une hypothèse condamnée a priori par le postulat ancien qui sépare absolument le soma (lignée de toutes les cellules pour le fonctionnement du corps) et le germen (lignée des gamètes pour la procréation). En quelques années, une série de travaux menés chez la souris ont marqué des avancées importantes dans la transformation in vitro de cellules somatiques en cellules reproductrices, mais sans parvenir à la production de nouveau-nés, jusqu’à la dernière publication japonaise, qui démontre la faisabilité de cette stratégie. Une telle passerelle induite entre soma et germen constitue un acquis considérable pour la connaissance fondamentale et la recherche, mais elle porte aussi des promesses d’intervention sur l’animal ou l’homme. Les scientifiques impliqués dans cette fabrication de gamètes demeurent peu bavards sur d’éventuelles applications humaines, évoquant seulement de possibles ouvertures pour la conservation des espèces animales menacées et la perspective de conjurer la stérilité de personnes ne produisant pas de gamètes. L’une des rares publications en langue française ayant relayé l’article des Japonais évoque des applications humaines « dans dix à vingt ans », qui pourraient concerner l’aide à la procréation des personnes stériles ou des homosexuels, ou encore l’autoprocréation (4).

L'immense question éthique est absente : quelles conséquences eugéniques si on parvient à fabriquer des gamètes humains en abondance ? Il semble que la sélection des humains qui pourrait en découler échappe aux journalistes comme aux élus, aux comités d’éthique et même aux propagandistes du transhumanisme. Tous n’envisagent la modification de l’espèce, pour la condamner ou pour la souhaiter, que par la modification active du génome de l’embryon — d’où la mobilisation médiatique et éthique autour des techniques d’édition du génome.

Pourtant, une « simple » sélection, rigoureuse et étendue, serait susceptible de conduire au modelage de l’espèce, sans s’accompagner des risques inhérents aux manipulations pour modifier le génome, risques qui viennent d’être montrés pour Crispr (5). C’est par la sélection que l’homme a obtenu des animaux et des plantes conformes à ses besoins. Et, si de très nombreuses générations ont été nécessaires pour une « amélioration » réalisée empiriquement à partir des performances de vivants adultes, l’outil génétique disponible aujourd’hui, ainsi que la profusion prévisible des cibles embryonnaires, permettrait la modification de l’espèce humaine en quelques générations.

Actuellement, le diagnostic préimplantatoire (DPI) permet le tri parmi les quelques embryons issus d’une fécondation in vitro (FIV) afin d’en retenir un (ou plusieurs) qui ne porte pas un caractère génétique redouté et de le transplanter dans l’utérus de la future mère. Cette pratique est limitée par des considérations éthiques (surtout en France), mais principalement par la pénibilité des actes médicaux nécessaires à la FIV d’une part et par le faible effectif d’embryons disponibles d’autre part. Depuis 1994, la loi française de bioéthique a réservé le DPI aux cas de couples « susceptibles de transmettre une maladie particulièrement grave et incurable au moment du diagnostic ». En réalité, les comités locaux d’éthique ont élargi progressivement les indications médicales, depuis les maladies monogéniques (mucoviscidose, myopathie), lesquelles permettent aussi l’interruption de grossesse, jusqu’à des maladies moins graves, comme l’hémophilie, ou même à des situations de risque génétique (en particulier les risques de cancer) au déterminisme complexe et largement imprévisible parce que impliquant de nombreux gènes et des facteurs environnementaux. C’est surtout la crainte motivée de transmission d’une grave pathologie qui amène actuellement des couples à recourir à la FIV-DPI : peu de personnes accepteraient ces servitudes médicales pour choisir le sexe d’un enfant, comme on peut le faire aux États-Unis, ou pour éviter son strabisme, comme cela a déjà eu lieu au Royaume-Uni.

Il faut imaginer le bouleversement à venir si la réalisation de la FIV n’imposait plus d’actes médicaux pénibles sur les femmes (sauf un prélèvement de tissu cutané) et si elle permettait simultanément l’élimination de nombreux traits génétiques réputés indésirables, voire la sélection de traits désirés. Il y a toutes les raisons de croire que ce qui fut possible chez la souris le sera dans notre espèce, et l’enjeu immédiat de la recherche va être d’optimiser les conditions expérimentales afin de rendre possible l’application biomédicale de la fabrication des gamètes. D’abord augmenter le rendement cellulaire, qui est actuellement d’environ un ovule obtenu pour mille cellules de peau, un rapport très faible mais classique dans les expériences pionnières. Ainsi, s’il a fallu d’innombrables cellules il y a vingt ans pour cloner la première brebis Dolly, cette performance a été depuis reproduite à des dizaines de milliers d’exemplaires, chez de nombreuses espèces. Ensuite, et c’est le plus important, vérifier que les reconversions imposées aux cellules et les manipulations nécessaires n’ont pas d’effets susceptibles de retentir sur la normalité et la santé de l’enfant à naître.

Rappelons que, si les cellules manipulées d’un individu (de banales cellules de peau) possèdent toutes le même génome, les gamètes qui en seraient issus sont tous différents pour avoir subi les mécanismes de la méiose (division cellulaire) : les chromosomes en provenant sont distribués aléatoirement dans chaque gamète, si bien qu’il est impossible que la même composition génétique se retrouve dans deux ovules ou dans deux spermatozoïdes issus de la même personne. Ainsi, les embryons « faux jumeaux » qui seraient produits en abondance constitueraient une population hétérogène propice à une démarche sélective. L’outil informatique décèle des situations de plus en plus nombreuses où la description de l’ADN est corrélée avec des probabilités : on constate que telle configuration d’un gène ou d’un ensemble de gènes correspond plus ou moins souvent à telle caractéristique de la personne, sans que soit connue la causalité biologique entre ces éléments. C’est dans ce champ que le DPI peut trouver des développements sans limites pourvu que les embryons testés soient abondants.

On peut penser que, dès qu’une méthodologie efficace, indolore et sécurisée sera proposée pour choisir un enfant parmi tous ceux qui auraient été possibles, l’afflux des couples saturera les services biocliniques. Les patientes étant dispensées des servitudes actuelles (stimulations hormonales, dosages sanguins, échographies, ponction ovarienne), un véritable criblage des génomes embryonnaires deviendrait possible, afin d’en comparer chaque aspect à celui du « génome normal » — lequel n’existe pas naturellement, puisque tout individu est porteur de plusieurs gènes potentiellement pathologiques —, et les critères choisis devraient largement converger vers une norme médicale ou sociétale. Cette nouvelle sélection diffère de l’ancienne en ce qu’elle est demandée par les futurs parents plutôt qu’imposée. Mais ses critères de choix risquent d’être communs à tous les couples, comme le remarque le Conseil d’État en notant qu’un certain eugénisme peut résulter de la convergence de décisions individuelles. L’économie de la santé bénéficierait de la réduction attendue de la fréquence de graves maladies par la présélection des naissances, mais l’appréciation statistique de prédispositions génétiques au déterminisme complexe pourrait conduire à des désillusions, surtout individuelles. Dans ce processus de normalité fabriquée visant le « meilleur » du patrimoine biologique de l’humanité, les différences ou déviances par rapport à la norme, y compris la norme comportementale et les maladies mentales, devraient s’avérer intolérables. Les dérives autoritaires au nom du bien collectif ne sont pas exclues, tandis que le nivellement « par le haut » des génomes pourrait conduire, en quelques générations, à s’écarter de l’Homo sapiens selon les vœux des transhumanistes et au péril d’une réduction drastique de la diversité.

Toutes les étapes pour la sélection humaine sont désormais réalisées ou en voie de réalisation :

— disposer d’ovules en grand nombre hors du corps féminin grâce à la reconversion de cellules somatiques (dont on vient juste de démontrer que c’est faisable) ;

— savoir les féconder, cultiver quelques jours les embryons et prélever deux cellules sur chacun (c’est ce que font déjà la FIV et le DPI) ;

— comparer le génome de ces cellules à un génome « normal » grâce à des algorithmes (le séquençage du génome entier est promis à court terme pour 1 000 euros) ;

— identifier les génomes indésirables et éliminer ces embryons avec le « consentement éclairé » des géniteurs ;

— transplanter in utero le « meilleur » embryon et conserver (cryopréservation) les autres embryons acceptables pour des usages ultérieurs (nouvelle chance de grossesse, don à un autre couple ou à la recherche).

Le concept de l’eugénisme souffre aujourd’hui de deux caricatures opposées : les stérilisations obligatoires du premier tiers du XXe siècle, et surtout les crimes de la période nazie, ont provoqué une « répulsion démocratique » qui réduit l’eugénisme à une politique autoritaire et nie ainsi le caractère potentiellement eugénique de toute pratique volontaire ; par ailleurs, l’exigence de protection de toute vie humaine, principalement par l’Église catholique, entraîne la qualification d’eugénisme pour tout acte éliminant un embryon ou un fœtus. Ainsi se trouve négligée une caractéristique essentielle de l’eugénisme : son potentiel de modification de l’espèce. C’est bien ce potentiel que pourrait nourrir le tri embryonnaire, sans commune mesure avec l’avortement sélectif après diagnostic prénatal, lequel ne peut évaluer qu’un fœtus par an, et seulement au prix de souffrances morales et physiques. Comment des résolutions éthiques ou législatives seraient-elles capables de s’opposer à la revendication de procréer des enfants « de meilleure qualité » dès que la proposition en sera faite ?

Pourtant, c’est dans l’indifférence que se prépare la sélection des humains dans les éprouvettes des biogénéticiens.

Jacques Testart

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 09:15

À trop courir après le modèle industriel, les progressistes n’ont pas imaginé un nouveau rapport à la nature. Pourtant, selon le philosophe, de Fourier à Reclus, écologie et égalité ont toujours été liées. Par Sonya Faure et Simon Blin le 26 mai 2017 pour Libération, suivi de Les affinités écologiques de la gauche, ear Fabien Escalona et Jade Lindgaard pour Mediapart le .

Serge Audier : La société écologique et ses ennemis - pour une histoire alternative de l'émancipation

Serge Audier : La société écologique et ses ennemis - pour une histoire alternative de l'émancipation

Privée d’un véritable candidat à l’élection présidentielle, l’écologie a trouvé une place de choix dans le nouveau gouvernement sous la houlette de Nicolas Hulot, nommé ministre d’État, dont l’intitulé du ministère, «Transition écologique et solidaire», allie action écologique et transformation sociale. Logique, d’après le nouveau rapport à la nature que le philosophe Serge Audier reconstitue dans son ouvrage la Société écologique et ses ennemis. Rappelant que la société écologique a été maltraitée par les mouvements progressistes au cours des deux derniers siècles, le maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV) estime que le respect de la nature et les questions d’égalité sociale sont indissociables.

Lors de la campagne présidentielle, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon ont clairement mis en avant leurs préoccupations écologiques. La gauche s’est-elle réconciliée avec ces questions ?

On assiste à une montée de la sensibilité écologique dans la société civile et les discours politiques. Par-delà les frontières françaises, le mouvement altermondialiste ou les Indignés ont promu le thème des «biens communs», ces ressources fondamentales aussi bien écologiques que sociales. Durant la campagne présidentielle, Hamon a repris le thème des limites des critères classiques de la richesse : le PNB occulte les dégâts sociaux, sanitaires et environnementaux de la croissance. Mais il a été lâché sans convaincre que son avenir était «désirable». Mélenchon a, lui, prôné une planification écologique et une «règle verte». Cependant, l’écologie se marie-t-elle avec son «populisme de gauche» emprunté à la philosophe Chantal Mouffe ? Celle-ci exalte les «affects» populaires nationaux, et, de fait, la stratégie mélenchonienne a privilégié un horizon très stato-national. Or, les enjeux écologiques relèvent aussi du cosmopolitisme. Quant aux «affects», sont-ils le moyen privilégié de promouvoir une politique écologique, qui suppose aussi un espace public réfléchi où prévalent les solutions argumentées ? Quoi qu’il en soit, l’échec de Hamon et de Mélenchon montre l’ampleur du défi : il n’y a pas d’hégémonie écologique. Ce qu’a confirmé le débat télévisé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, où l’écologie fut absente, comme s’il était acquis que les exigences de l’économie et des électeurs sont ailleurs. L’avenir dira si la nomination de Nicolas Hulot, dans un gouvernement si peu écologique, infléchit ces tendances.

Vous montrez que «les gauches» se sont penchées sur la nature et l’écologie avant d’oublier cette préoccupation…

Les mouvements socialistes puis anarchistes ont manifesté, dès les années 1820 et pendant quelques décennies, une sensibilité aux mutilations de la nature et de la santé provoquées par le capitalisme industriel. Des visions de la société future ont esquissé un lien entre transformations sociales et environnementales, en inventant un nouveau rapport à la nature qui ne soit pas destructif. Mais ces projets se sont souvent perdus ensuite, ou dilués dans le socialisme et le communisme. La gauche, par-delà son hétérogénéité, s’est convertie au modèle industrialiste qu’elle a nourri : le «progrès» industriel devait abolir la subordination des pauvres et diffuser le bien-être. Parallèlement, la critique de l’industrialisme a été captée par des milieux conservateurs, réactionnaires et préfascistes. Ce qui a renforcé la difficulté de la gauche à imaginer un nouveau rapport à la nature.

Vous ouvrez votre livre avec une phrase de Marcel Gauchet : «Sous l’amour de la nature, la haine de l’homme…»

Ce slogan fut lancé en 1990 dans la revue le Débat. Il est symptomatique d’une vulgate longtemps dominante véhiculant l’opposition binaire entre l’humanisme et le souci de la nature. L’article de Gauchet a inspiré d’autres diatribes anti-écologiques de Gilles Lipovetsky, de Luc Ferry [le Nouvel Ordre écologique] ou Pascal Bruckner [le fanatisme de l’Apocalypse], c’est-à-dire des intellectuels qui ont voulu incarner une sorte de «retour à la normale» dans les années 80-90. Avec l’eau du bain gauchiste qu’ils exécraient, ils ont jeté le bébé de la conscience écologique qui avait ressurgi dans les années 70. Ce que j’ai appelé la «pensée anti-68» a, de fait, réhabilité une forme de capitalisme libéral, en balayant des critiques subversives portées par le mouvement écologique après les contestations des années 60. Déjà, des protestataires contre la guerre du Vietnam avaient mis en avant, en plus de la tragédie humaine, la dévastation de la nature vietnamienne par le napalm. Puis le Club de Rome et les luttes écologistes avaient enclenché de fortes remises en question, provoquant des résistances à gauche, singulièrement dans le Parti communiste français. Mais la crise et le chômage ont agi comme une massue disciplinaire, qui a freiné l’effervescence écologique à gauche, tandis que la contre-révolution néolibérale - Milton Friedman et tant d’autres - assénait que les législations environnementales nuisaient à la croissance et aux libertés économiques. Après l’ennemi communiste est apparu l’ennemi écologiste.

En quoi l’histoire des mouvements de gauche permet-elle de dépasser les dichotomies - l’écologie contre le progrès, les hommes contre la nature… - qui ont longtemps détourné la gauche des questions écologiques ?

Mon livre est une tentative de produire un autre récit qui montre que, logiquement et historiquement, les luttes pour la liberté et l’égalité se sont articulées à des luttes pour défendre la «nature». Des mouvements émancipateurs ont investi avec cohérence, très tôt, ces enjeux, que ce soit parmi des libéraux républicains modérés, des anarchistes ou des socialistes. Alfred Russel Wallace, un savant proche de Darwin, de conviction socialiste, est l’un des premiers grands penseurs de la destruction de la planète par une logique capitaliste. Avant lui, un pionnier du socialisme, Charles Fourier, formule dès les années 1820 l’idée que le capitalisme industriel ravage le globe, que la déforestation a un effet catastrophique sur les sols et le climat. D’où le projet de Fourier et de ses disciples d’une reforestation de la Terre. Les utopies fouriéristes prônent un rapport esthétique à la nature, une relation de soin et de valorisation, qui relève d’un «socialisme jardinier». Mais il y a aussi une tendance humanitaire et romantique, représentée par George Sand ou Marie d’Agoult, célèbre militante républicaine des années 1830-1840. On trouve dans ces fragments de pré-écologie progressiste, sociale et féministe, une dimension universaliste qui les distingue de la critique réactionnaire de la modernité. Le géographe libertaire Elisée Reclus est quant à lui emblématique de la sensibilité des milieux anarchistes à la nature. Par anti-hiérarchisme et anti-autoritarisme, ce courant a déployé une vive critique de l’industrialisme capitaliste et du propriétarisme bourgeois, pointant leurs conséquences destructrices tant sur l’individualité que sur le monde naturel. Loin de l’allergie réactionnaire au monde urbain, Elisée Reclus voit dans la ville «verte» qu’il imagine le lieu même de la vie démocratique. Il croit aux progrès de la science et à la conquête du bien-être universel - pourvu que ces avancées s’effectuent dans la connaissance et le respect de la nature.

Au XIXe siècle, l’historien Jules Michelet - le républicain par excellence - attirait l’attention sur le sort fait aux animaux et aux océans…

On trouve chez Michelet, précurseur de l’éthique animale, une très grande réceptivité aux dévastations des océans et de leur faune. J’évoque aussi un savant lié aux cercles républicains, Edmond Perrier, le directeur du Muséum d’histoire naturelle, qui invitait les humains à cesser de détruire la Terre pour devenir ses sages usufruitiers sur le très long terme. Ces penseurs de la solidarité avec les animaux et la nature participaient d’un horizon républicain : pour eux, la République devait prendre soin de l’environnement et des générations futures.

Pourquoi l’écologie échoue-t-elle alors à chaque fois à s’imposer ?

Les pionniers de cette sensibilité pré-écologiste - Fourier, Reclus, Kropotkine - ont été marginalisés. Surtout, une puissante intériorisation de la nécessité d’une domination exponentielle de la nature s’est imposée. Un imaginaire de la croissance d’autant plus séduisant qu’il nourrit une promesse de bien-être universel. Les précurseurs de l’écologie ont peiné à prouver qu’un autre chemin pouvait être épanouissant pour tous.

Comment la gauche peut-elle concrétiser son ambition écologique ?

La bataille culturelle pour une écologie de gauche est devant nous. Et il faudrait établir une relation créative entre les mouvements de la société civile et la politique institutionnalisée. Tout un pan de l’écologie se déploie sous forme d’expériences locales ou de transformation personnelle. Mais si ces mouvements ponctuels ne s’articulent pas à la politique au niveau national et international, s’ils n’emportent pas la conviction de la majorité et échouent à générer une législation contraignante, ils risquent de rester des contre-expériences sans débouchés et d’apparaître comme excluant une grande partie de la population.

A quoi ressemblerait une «société écologique» ?

C’est une société solidaire qui ne se conçoit pas comme «l’autre» de la nature mais qui invente un rapport de partenariat et de soin vis-à-vis d’elle sur le très long terme. Tous les auteurs que je cite avaient déjà compris que l’être humain se réalise autrement que par la maximisation de son intérêt, que le travail et la nature ne sont pas des marchandises. La société écologique doit proposer un modèle alternatif de bien-être et de richesse, de relation à soi, aux autres et à la nature, de partage - autant d’intuitions qu’avaient déjà les présocialistes.

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Les affinités écologiques de la gauche

ar Fabien Escalona et Jade Lindgaard pour Mediapart le .

Depuis toujours, la gauche est un creuset de théories et de luttes écologiques, mais celles-ci ont été recouvertes par d’autres récits d’émancipation, au nom des Lumières, des luttes sociales et contre les discours réactionnaires de défense de la nature. C’est ce que démontre le philosophe Serge Audier dans La Société écologique et ses ennemis.

Il y a une « patte » Serge Audier, dont les plus fidèles de ses lecteurs sont conscients et s’amusent parfois entre eux, impressionnés par une érudition jamais surplombante, guidée qu’elle est par un sens et un goût évidents pour la pédagogie de ce spécialiste des idées politiques. Administrant sans relâche la preuve de ses affirmations, à travers une profusion de références en trois ou quatre langues, il cherche régulièrement à « déshomogénéiser » des courants de pensée (le républicanisme, le socialisme pré-marxiste, le néolibéralisme…) et à sortir de l’oubli des approches et des auteurs qui seraient pourtant précieux dans les débats intellectuels contemporains (solidaristes, socialistes libéraux, libertaires de gauche…).

Ce souci de briser les images d’Épinal de la philosophie politique, d’en complexifier les récits dominants et de rendre justice aux « perdants » ensevelis sous une Histoire souvent écrite par les vainqueurs se retrouve tout au long du nouveau livre d’Audier, La Société écologique et ses ennemis. Cette somme de plus de 700 pages, qui se lit néanmoins avec facilité, est tout entière tournée vers la mise au jour d’une « voie écologique, […] toujours minoritaire et bloquée », qui a existé « au sein des mouvements luttant pour l’égalité et l’émancipation de tous ». Les critiques à la fois écologistes et progressistes de la société capitaliste industrielle ont existé quasiment depuis les débuts de celle-ci, nourrissant également des propositions d’alternatives dont la richesse, une nouvelle fois, a largement été oubliée.

Conscient des dérèglements du système Terre, citant les travaux les plus récents qui attestent des menaces qui en résultent pour l’espèce humaine, Audier entend donc démontrer par l’exemple qu’il n’existe aucune incompatibilité logique entre les combats historiques de la gauche au sens large et les combats à mener aujourd’hui sur le front climatique. Réservant à un prochain ouvrage une véritable investigation sur les causes de l’échec de cette voie alternative vers l’émancipation, il fait de celui-ci un plaidoyer pour des « Lumières écologiques ». Au cours de l’entretien, il insiste sur le fait que les Lumières « réellement existantes » ont abrité deux « noyaux de sens », l’un tourné vers la domination, l’autre vers l’autonomie. C’est bien sûr ce dernier qu’il entend réévaluer, « en traçant les lignes d’une autre gauche […] qui conçut autrement que le pôle productiviste ce que le “progrès” pouvait vouloir dire ».

 
 
 

Serge Audier, La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipationLa Découverte, 27 euros.

 

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 09:59

Le 25 mars 2017 se tiendront les premières Rencontres de La Plaine, manifestation large pour favoriser l’échange entre militant-e-s de l’ESS et l’interpellation des responsables politiques en cette année électorale. Collectif pour Politis le 16 février 2017

Dans un contexte international inquiétant, et compte tenu des échéances électorales, 2017 doit être, tant pour l’ESS que pour la société tout entière, une année de luttes et de résistances face aux multiples enjeux.

Pour l’ESS,

• d’un côté la banalisation accélérée d’un trop grand nombre de ses grandes enseignes, de ses institutions,

• de l’autre, la résistance qui s’exprime au sein de certains secteurs mutualistes, coopératifs et associatifs, mais surtout la consolidation, l’émergence de structures innovantes engagées dans la transformation sociale.

L’enjeu, la survie d’une économie de l’initiative citoyenne, de la solidarité, d’un « entreprendre autrement » fondé sur la propriété collective, la gestion démocratique et la non-lucrativité, c’est-à-dire l’affectation des nécessaires résultats au développement du projet commun ancré dans les grands enjeux de notre époque.

Pour la société tout entière,

• d’un côté : la poursuite, l’accélération du démantèlement de l’État social, le développement des inégalités, la promotion par des médias entre les mains des pouvoirs économiques d’un modèle fondé sur le lucre et des conceptions antihumanistes des progrès technologiques, le développement de la crise écologique, l’absence de perspectives politiques du fait de l’éclatement du champ politique notamment du camp progressiste,

• de l’autre : les résistances de secteurs de plus en plus larges de l’opinion telle qu'elles se sont, par exemple, exprimées dans le soutien au mouvement social du printemps 2016, l’émergence de nouvelles formes de solidarité, les aspirations à un autre monde au-delà de toutes les frontières.

L’enjeu, la survie de la démocratie, économique, sociale, culturelle et environnementale, des conquêtes de deux siècles de mouvement social.

Pour nous, militant-e-s d’une ESS de transformation sociale et écologique et du mouvement social, conscient-e-s de notre tradition historique commune, il s’agit de définir une autre voie, de faire entendre d’autres voix, pour prendre toute notre place dans les initiatives de résistance et de reconquête d’une opinion dominée par la « doxa » libérale.

Cela passe notamment par des confrontations entre acteurs, une promotion des initiatives, une prise de parole dans le débat public et dans les campagnes présidentielles et législatives.

C’est pourquoi nous proposons l’organisation d’une manifestation, la plus large possible, associant des médias du mouvement social et progressiste afin de lancer un échange entre militant-e-s, qui permettra l’interpellation des forces politiques et une adresse à l’opinion.

Les Rencontres de La Plaine se tiendront le samedi 25 mars 2017 (9h30-17h) à la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord, 20, avenue George-Sand, 93210 Saint-Denis (métro Front populaire, ligne 12)

À l’initiative de : François Longérinas – CFD/EMI –, Jean-Philippe Milesy – Rencontres sociales –, Jack Potavin – Groupement des organismes employeurs de l'ESS (GOEES) –, Patrick Vassallo – conseiller territorial de Plaine-Commune.

Contacts : rencontresdelaplaine.ess@gmail.com / Jean-Philippe Milesy milesy@rencontres-sociales.org ; 06 85 56 38 58.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:07

Pourquoi l’humanité met-elle à mort des animaux pour les manger ? Pourrait-elle s’en passer ? Comment et pourquoi ? La philosophe Florence Burgat réfléchit aux raisons de la violence faite aux animaux, guidée par le souci d’étendre leurs droits. Un bel entretien avec Florence Burgat, par Lorène Lavocat pour Reporterre le 2 février 2017.

Lire aussi L'avis des bêtes, Pour un secrétariat d'État à la condition animale, et    Le véganisme est-il un humanisme ?... et aussi De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

Florence Burgat : « L’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité »

Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l’Inra, détachée aux Archives Husserl de Paris (ENS-CNRS). Ses recherches portent sur les approches phénoménologiques de la vie animale ; la condition animale dans les sociétés industrielles : le droit animalier (épistémologie juridique) ; l’anthropologie de l’humanité carnivore, à laquelle elle consacre son nouveau livre, L’humanité carnivore (Seuil).

 

Reporterre - Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la cause animale ?

Florence Burgat - Ce sont des images d’abattage que j’ai vues par hasard dans un film portant sur tout autre chose. En quelques instants, la viande a pris à mes yeux un sens totalement différent et je me suis mise à associer à cette chair inerte la réalité de son processus d’engendrement. J’ai alors pris une décision réfléchie : si je ne voulais pas participer à ce que je venais de voir, il était impératif de cesser de manger les animaux. J’ai compris que la viande n’avait aucune autonomie, qu’elle était la chair équarrie d’un animal tué — de trois millions d’animaux tués chaque jour en France, dans ses abattoirs.

Par la suite, j’ai décidé de consacrer mon travail en philosophie à cette question. Ma première interrogation a été la suivante : comment expliquer qu’une société comme la nôtre, policée et tranquille, puisse comporter dans ses replis des lieux où l’on égorge des animaux pour les manger alors que les ressources alimentaires dont nous disposons nous en dispensent ? Comment expliquer que nous nous accommodons si bien de cette violence, que nous nous racontons qu’elle n’existe pas ? L’abattoir est une monstruosité au sens propre du terme, une anomalie, un vice, une difformité engendrée par l’humanité carnivore, un lieu où le mal se déploie et se répète en toute impunité.

Qu’entendez-vous par autonome ?

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les animaux sont abattus et vendus dans la rue. Personne ne peut se raconter que la viande sur les étals n’a rien à voir avec les animaux dont elle provient. À partir de 1850 (et de la loi Grammont portant sur les mauvais traitements envers les animaux), les premiers abattoirs sont construits, pour des raisons d’hygiène, mais aussi pour soustraire aux yeux du public la mise à mort des animaux. Pour le législateur, la banalisation de la violence envers les animaux émousse en l’homme la disposition — c’est d’ailleurs ce que dit Kant — la plus utile à la moralité : la pitié ou la compassion. Autrement dit, s’habituer à la vue du sang, à la cruauté envers les animaux, c’est s’habituer à l’ouvrier qui tapera sa femme, ou à d’autres types de violence.

En quelques décennies, l’abattage des animaux va donc être soustrait à la vue du public. Les consommateurs n’auront plus affaire aux bouchers qui vendaient les animaux qu’ils avaient tués, mais à des commerçants dont le rôle est cantonné à la vente. Bien d’autres éléments concourent au mécanisme psychologique de « l’oubli » de l’animal dans la viande. Mentionnons parmi eux les stratégies parfaitement maîtrisées du marketing et leurs slogans publicitaires, les images trompeuses qui illustrent les « produits animaux » ou encore les discours vantant les mérites nutritionnels, prétendument irremplaçables, de la viande.

Longtemps, j’ai cru que cette occultation du processus de mise à mort expliquait la facilité avec laquelle nous mangeons de la viande sans penser que nous mangeons en vérité des animaux. Mais à présent, cette analyse me semble relever d’une courte vue. Nous n’ignorons en fait rien de cette vérité, et les animaux entiers ou reconnaissables dans les étals des bouchers sont là pour nous rappeler qu’il s’agit bien de cadavres d’animaux qui peu de temps auparavant étaient en vie comme nous souhaitons tous le rester ! La mauvaise foi ne doit pas être évincée de l’analyse, et moins encore l’ambivalence qui est au fondement de la vie psychique. « Nous savons bien, mais quand même », pour reprendre une formule chère aux psychanalystes…

Frans Snyders. Étal de gibier, entre 1625 et 1635.

Frans Snyders. Étal de gibier, entre 1625 et 1635.

L’idée selon laquelle nul (ou presque) ne veut renoncer à l’alimentation carnée s’est confirmée au moment de la diffusion des images de L214. La médiatisation des vidéos faisant la lumière sur la mise à mort des animaux dans les abattoirs aurait dû, si nous étions vraiment dans « l’oubli » de cette généalogie, entraîner une réaction massive de rejet de cette viande, dont la vérité était révélée. Il n’en fut rien, même si le véganisme a le vent en poupe, comme on dit. En effet, de nouvelles stratégies surgissent, de nouveaux discours œuvrent à pérenniser la consommation de « viande », qu’il est pourtant désormais impossible de dissocier de la mise à mort des animaux.

Dans mon livre L’Humanité carnivore, je montre en quoi l’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité, qui n’est bien sûr pas à entendre comme l’agrégat des individus, mais comme une entité qui prend conscience d’elle-même en se pensant contre l’animalité. La manducation [Ensemble des actions mécaniques qui constituent l’acte de manger, NDLR] des animaux ne répond plus depuis longtemps à une nécessité ; l’enjeu est métaphysique et identitaire dans cette violence très singulière qui ne consiste pas simplement à tuer, mais à manger, c’est-à-dire à absorber, digérer, excréter.

L’horreur que nous inspire le cannibalisme confirme la spécificité de la violence propre à la manducation qui suit une mise à mort. Les anthropologues ont en effet mis au jour un « cannibalisme de gourmandise », où des hommes mangent d’autres hommes « parce c’est bon ». Il peut être curieux de penser que le cannibalisme nous répugne plus que la torture, qui constitue une situation où l’autre continue à être tenu pour un sujet qui doit répondre à une question. La manducation, qui implique un processus de décomposition, ravale celui qui est ainsi traité à un rang qui ne peut être comparé à aucun autre. Quoi de plus absolu que la manducation pour affirmer une forme d’anéantissement d’autrui ?

Et quelles sont les pistes de réponse que vous avez pu trouver pour expliquer l’attachement de l’humanité à la manducation des animaux ?

Il n’y a pas une explication simple, d’une part, et l’on ne peut pas s’en tenir à l’Occident moderne et technicien, d’autre part, car c’est l’humanité tout entière qui est embarquée. C’est finalement à l’archéologie de la violence que la question de l’humanité confronte.

La violence de la manducation, quand elle s’institue, serait consubstantielle au moment où l’humanité prend conscience d’elle-même comme d’une entité séparée des animaux ; c’est du moins ainsi que, métaphysiquement, elle se pense. Elle aurait pu se penser autrement, et le transhumanisme qui se prépare constitue peut-être une définition entièrement neuve de l’humanité. Il est frappant de constater que même les sociétés dites « continuistes », qui, ne posant pas de coupure radicale entre l’humain et les non-humains, qui considèrent les animaux comme leurs lointains parents, les tuent et les mangent. Les rituels de « pardon » ne sont que des mascarades.

Frans Snyders. Nature morte avec fruits, gibier mort, légumes et singe, écureuil et chat vivants, avant 1657.

Frans Snyders. Nature morte avec fruits, gibier mort, légumes et singe, écureuil et chat vivants, avant 1657.

C’est dans le dernier chapitre de mon livre que je tente de montrer comment l’humanité pourrait changer de régime. Ce changement ne serait pas motivé par un sursaut moral ou éthique, mais pourrait être la réponse aux problèmes environnementaux et aux injustices causés par l’élevage. La végétalisation de l’alimentation pourrait s’imposer pour des questions de survie d’une humanité extraordinairement nombreuse. Si ce renversement advient, je pense que la cuisine végane, les viandes végétales, la viande in vitro [fabriquée à partir de cellules musculaires d’animaux] pourraient tout à fait continuer à occuper la place de la viande. Grâce à ces similicarnés, nous pourrions passer à un autre régime tout en pensant que nous mangeons toujours des animaux. Le marketing pourra en l’occurrence jouer un rôle déterminant, comme il joue actuellement un rôle déterminant dans l’édification de nos représentations de la viande que nous mangeons, en ménageant sciemment une distance avec les animaux dont elle provient. C’est lui qui forge de bout en bout nos représentations de la viande, de l’animal.

Faites-vous une distinction entre différents types d’élevages, de chasses ? N’y a-t-il pas notamment une différence à faire entre un élevage industriel et un élevage paysan ?


Les pratiques d’élevage incriminées dans le contexte de l’industrialisation — la séparation des animaux, la contention, les pratiques de mutilation — sont aussi anciennes que l’élevage. Par exemple chez les Romains, pour que les volailles grossissent sans bouger, on les mettait dans des poteries, puis dans des petites cages. Le processus est le même, seulement, il s’aggrave. L’élevage d’antan faisait en petit ce que l’élevage industriel fait en grand. La sélection génétique des animaux était réalisée par bricolage empirique, aujourd’hui elle utilise les outils de la génétique. Mais fondamentalement, l’élevage industriel n’a rien inventé. La différence tient dans des moyens scientifiques et techniques qui permettent à l’industrie de l’élevage d’enrôler dans son entreprise un nombre considérable d’animaux.

Antoine van Dyck et Frans Snyders. Chasse au sanglier, vers 1619.

Antoine van Dyck et Frans Snyders. Chasse au sanglier, vers 1619.

Pourrait-on imaginer créer un élevage qui respecte les animaux ?


Que signifie « respecter les animaux » ? Estimez-vous que faire naître dans le but d’engraisser rapidement un individu dans le but de le tuer pour le manger s’accommode avec le « respect ». Que respectez-vous dans un tel contexte, même si vous créez des conditions de vie convenables pour les animaux ? Le mot ne va pas. Je pense qu’il peut y avoir des règles du métier, une déontologie, un cahier des charges. Mais le respect, qui est un terme très fort, dont la connotation est d’abord morale, est incompatible avec le « meurtre avec préméditation » par lequel certains auteurs qualifient l’élevage pour la boucherie.

Bien sûr, il peut y avoir des conditions de vie différentes d’un type d’élevage à l’autre, mais aussi d’un éleveur à l’autre. Mais si l’on respecte les animaux, par principe, on fait autre chose qu’un métier qui vit de la mort, qui plus est en bas âge, des animaux.

Un collègue végétarien me rapportait une remarque qu’on lui avait faite : « Un animal qu’on aurait bien soigné, qui aurait eu une bonne vie, cela te gênerait-il de le manger ? » Sa réponse est d’après moi très intéressante : « En somme, tu me demandes si cela me gênerait de manger mon chat. »

Pourquoi fondamentalement ne faut-il pas de manger des animaux ?

Dans la mesure où nous ne sommes plus les charognards que nous avons été durant le paléolithique, manger les animaux revient à les tuer, et à les tuer en masse, puisque l’humanité est carnivore. On a envie de retourner la question à l’envoyeur : pourquoi la boucherie est-elle une bonne chose et pour qui ? Nous ne sommes pas dans des situations de survie ou de légitime défense qui, seules, justifient à mes yeux la mise à mort.

Dans deux précédents ouvrages de phénoménologie animale, j’ai montré que la vie animale est individuée, subjective. Contrairement à une vision contemporaine qui fait de l’animal un « simple vivant » et de l’homme un « existant », il faut convenir du fait que l’animal en face de moi est aussi un existant qui n’a qu’une vie à vivre, que son existence est singulière et que c’est la sienne. Aucune autre vie ne peut la remplacer. Voilà ce que l’éleveur de boucherie ne voit pas : il pense au mieux l’animal comme un élément d’un ensemble (le troupeau). La vie animale est elle aussi persévérance dans l’être.

Et que faites-vous des relations de prédation : il y a bien des animaux qui mangent d’autres animaux…

Certains animaux, les carnivores physiologiques, tuent d’autres animaux pour se nourrir, en effet. L’homme est un omnivore physiologique, qui peut donc adopter plusieurs régimes alimentaires. L’humanité n’a jamais été aussi libre qu’aujourd’hui pour choisir son régime. Et il n’est pas un prédateur comme un autre : il est armé de puissants artéfacts… Par ailleurs, il est curieux de voir que, s’agissant de l’alimentation carnée, l’interlocuteur qui la défend se plaît tout à coup à se présenter comme un « animal comme un autre », un vulgaire prédateur qui aurait lui aussi le droit naturel de tuer d’autres animaux. Alors que c’est évidemment en raison d’une position de surplomb, de supériorité sur le monde animal que nous avons institué un système dans lequel les animaux sont systématiquement les perdants, et l’homme le gagnant.

Frans Snyders. Lion tuant un sanglier.

Frans Snyders. Lion tuant un sanglier.

Qu’en est-il des végétaux ?

Les dissertations sur la vie végétale arrivent à un certain point de la conversation pour noyer le poisson, si l’on ose dire. Les plantes seraient elles aussi douées de sensibilité, etc. de sorte que les manger serait un geste aussi problématique que celui qui consiste à égorger un mammifère. L’argument manque de finesse et de discernement. La sensibilité ainsi entendue peut être une irritabilité, une réaction à une situation. Les plantes n’ont pas de soi, de vie personnelle, d’expérience en première personne.

Je mentionne ici quelques-uns des critères phénoménologiques qu’il faut prendre en compte. L’animal vit sa vie en première personne, c’est lui qui est sujet de ses expériences. Qu’est-ce qui atteste dans le comportement de la plante cette autonomie, cette liberté, cette spontanéité, cette épreuve de la vie et de la mort qui sont ce qui rassemble dans un même ensemble ontologique humains et animaux ?

Si nous devions établir des droits des végétaux, il faudrait fonder ces droits sur d’autres critères que ceux qui fondent les droits fondamentaux humains et ceux sur lesquels doivent de même être fondés ceux qu’il faut conférer aux animaux. Je veux parler du critère de la sensibilité : l’être sensible fait l’expérience de la douleur, précisons : de sa douleur.

On voit quand même des avancées, il y a des évolutions juridiques… par exemple, l’animal a été reconnu comme un être sensible.

Oui, vous avez raison. Des signes d’une évolution sont indéniables. La prise de conscience, comme on dit, précède toujours le changement dans les comportements et dans les pratiques. Le travail de déconstruction que nous faisons — les philosophes, les historiens, les juristes — joue un rôle déterminant dans la prise au sérieux d’un problème tourné en ridicule il y a encore très peu de temps. Dans les milieux universitaires, la question animale suscite beaucoup moins de la brutalité verbale et d’exclusion qu’il y a quinze ans. Quand j’ai commencé à travailler sur la « question animale », j’étais complètement isolée et mes amis à l’université jugeaient cette option de recherche suicidaire, du point de vue de la carrière. Je constate que plusieurs collègues ont modifié leur façon de penser et… leur façon de se nourrir. Une minorité, certes.

Frans Snyders. Le Concert des oiseaux, vers 1630

Frans Snyders. Le Concert des oiseaux, vers 1630

Que pouvons-nous faire, chacun d’entre nous, pour la défense de la cause animale ?

Bien des choses, selon ce qui nous touche le plus. Certains sont révoltés par la fourrure, d’autres par la corrida, d’autres encore par la chasse, d’autres par les abandons d’animaux dits de compagnie. Renoncer aux produits animaux constitue l’acte le plus important, et il est celui qui commande tous les autres. On n’a jamais vu un « végétarien éthique » être pour la fourrure, la corrida et les mauvais traitements envers les animaux ! C’est aussi l’acte le plus contraignant d’un point de vue moral en tout cas, le plus volontaire — tandis qu’être contre la chasse ou la corrida, voilà qui ne demande pas grand effort.

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 09:41

Pour sortir de la crise sociale, redistribuons les gains de productivité issus de l’automatisation en rémunérant le travail hors emploi. Tribune de Bernard Stiegler, philosophe, directeur de l'Institut de recherche et d'innovation, auteur de La Société automatique  (tome 1 : «  L’avenir du travail  », Fayard, 2015), tribune publiée par Le Monde le 4 janvier 2017.

LUCKEY_SUN/FLICKR/CC BY 2.0

LUCKEY_SUN/FLICKR/CC BY 2.0

L’avènement du Web en 1993 aura eu la même portée économique et politique que l’avènement de la chaîne de montage de la Ford T en 1913. L’une comme l’autre auront bouleversé les économies industrielles. Mais à la différence du taylorisme, qui fut la condition de l’avènement de l’« American Way of Life », l’automation fondée sur les algorithmes, la « data economy », les objets autonomes et la révolution robotique crée très peu d’emplois.

L’horizon économique et politique que verrouillent les entreprises de prédation, dont Uber est devenu le symbole, apparaît ainsi hermétiquement bouché, et c’est d’autant plus vrai que cette économie, qui est fondée sur le calcul automatisé, tend à former avec le capitalisme des plates-formes des systèmes clos sur eux-mêmes, éliminant la diversité qui seule pourrait nourrir des systèmes ouverts.

Ce que la juriste Antoinette Rouvroy (université de Namur, Belgique) a décrit comme une « gouvernementalité algorithmique » accroît ainsi les tendances au désordre entropique dont le mathématicien américain Norbert Wiener (1894-1964) analysait les dangers dès 1950 dans Cybernétique et société (1952, rééd. 2014, Seuil, « Points »). Ces tendances entropiques et court-termistes sont en outre aggravées par le fait qu’elles se combinent avec ce que les chercheurs en gestion Mats Alvesson (université de Lund, Suède) et André Spicer (Cass Business School, City University of London) ont décrit comme une « functional stupidity » managériale (la gestion par l’absurde dans les entreprises).

Ces caractères autodestructeurs – dont procédait aussi l’immense krach de 2008, dont aucune leçon n’aura pourtant été tirée – sont au sens propre précipités par la disruption qui semble de plus en plus inéluctablement conduire à la ruine des structures sociales. Dans un tel contexte, il est impossible que les populations qui subissent les conséquences de l’impuissance publique face à cette dynamique sans pilotes – mais non sans bénéficiaires – ne deviennent pas de plus en plus hostiles à ce qui est pourtant une évolution historique irréversible, en attendant de devenir proprement « furieuses ».

Processus de prolétarisation

Que faire ? Comme à l’époque du « New Deal » du président Roosevelt (1934), le monde entier – et pas seulement l’Amérique du Nord – est confronté à une mutation technologique et industrielle destructive qui requiert une transformation macro-économique de très grande ampleur. En sortir suppose une « nouvelle donne » capable de rendre durable un système industriel devenu planétaire à travers des réseaux numériques qui, faute d’une bifurcation majeure, accroîtra irréversiblement et fatalement son caractère autodestructeur.

Le développement industriel a conduit à une dégradation massive de la qualité de la vie en général et de l’espérance de la survie de l’espèce humaine, en particulier parce que depuis la fin du XVIIIe siècle, la division industrielle du travail a conduit à un immense processus de prolétarisation qui affecte désormais tous les types d’emplois, à tel point que le travail a été progressivement éliminé par l’emploi salarié. Si tant d’emplois sont susceptibles d’être remplacés par des automates logiques ou physiques, c’est parce qu’ils ne requièrent plus aucun savoir, c’est-à-dire plus aucune capacité de désautomatisation.

Au contraire de l’emploi ainsi prolétarisé, le travail est en effet ce qui produit du savoir – sous toutes ses formes : savoir vivre, savoir faire, conceptualiser… Autrement dit, le savoir est ce qui est capable de produire des bifurcations limitant l’entropie destructrice. Dès lors, il faut revaloriser le travail dans un contexte de dépérissement de l’emploi, ce qui signifie aussi qu’il faut redistribuer une part significative des gains de productivité issus de l’automatisation en rémunérant le travail hors emploi. C’est d’autant plus indispensable que faute de redistribution, le système engendrera une immense surproduction.

Revenu contributif conditionnel

Tels sont les constats et les concepts fondamentaux de « l’économie contributive », qui distingue fondamentalement travail et emploi, mais sans les opposer : il y a évidemment encore des emplois qui rémunèrent du travail – à peu près 50 % des emplois actuels si l’on en croit Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, à Oxford (The Future of Employment : how susceptible are jobs to computerisation ?, 2013) et Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, au MIT (Le Deuxième Age de la machine, éd. Odile Jacob, 2015).

Cette économie repose sur un revenu contributif conditionnel, inspiré à la fois par un régime d’allocation de ressources hors emploi, comme le régime des intermittents du spectacle, par l’organisation coopérative du travail qui s’est déployée depuis plus de trente ans autour du logiciel libre, et par l’organisation des « communs » définis par l’économiste américaine Elinor Ostrom, en tant que communautés de savoirs. Un modèle de revenu, de travail et d’emploi que la communauté d’agglomérations Plaine Commune entend expérimenter en Seine-Saint-Denis au cours des dix prochaines années.

Conditionnel comme l’est le régime des intermittents, le revenu contributif est complémentaire du revenu minimum d’existence, qui lui est en revanche inconditionnel. La combinaison de ces deux nouvelles formes de redistribution, conçues comme deux aspects d’une nouvelle réalité macro-économique et d’une nouvelle dynamique industrielle, rendra les économies contemporaines durables, désirables et capables de retrouver la rationalité qui leur fait désormais tellement défaut. Ce faisant, elles regagneront leur crédibilité auprès de populations profondément et dangereusement désemparées.

En complément : « Le capitalisme a réduit notre champ de vision sur le travail » , « Ce n’est pourtant pas le travail qui manque ! » , et Et si on remplaçait l’emploi par le travail ?

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 13:48

Préserver l’intérêt général contre les entreprises… et contre l’État

Revivifiée dès les années 1980, la notion de « communs » ou de « biens communs » connaît une popularité croissante chez les militants de gauche. Qu’il s’agisse de la fourniture d’eau potable ou des logiciels libres, la gestion collective fait un sort au mythe selon lequel la privatisation serait garante d’efficacité. Mais ses partisans se défient aussi de l’État, auquel ils n’attribuent qu’un rôle circonscrit. Par Sébastien Broca pour Le Monde Diplomatique de décembre 2016.

Jean Dubuffet. – « Empressement », 1980 © ADAGP, Paris, 2016 / Photo : Christie’s / Bridgeman Images

Jean Dubuffet. – « Empressement », 1980 © ADAGP, Paris, 2016 / Photo : Christie’s / Bridgeman Images

Le 11 janvier 2016, le secrétaire national du Parti communiste français Pierre Laurent présentait ses vœux pour l’année qui commençait et décrivait « la société que nous voulons » : « Un nouveau mode de développement où social et écologie se conjuguent pour l’humain et la planète, pour une société du bien-vivre et du bien commun. » « Bien commun » ? De l’autre côté de l’échiquier politique, le dirigeant du Mouvement pour la France, M. Philippe de Villiers, se réfère au même concept, mais pour justifier le recul de l’État auquel il souhaite œuvrer : « L’État n’existe plus comme fournisseur du bien commun. Il n’a aucun droit sur nous (1).  »

En mai 2016, quelques mois après l’annonce du Retour des communs par l’« économiste atterré » Benjamin Coriat (2), le libéral Jean Tirole publiait Économie du bien commun (3). À la rubrique « Nos idées » de son site, l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) dit vouloir « promouvoir les alternatives et récupérer les biens communs ». Quant à l’Institut de l’entreprise, il affirme, sous la plume de son délégué général, que « les initiatives privées se préoccupent du bien commun (4)  ».

Rarement concept se sera montré aussi malléable. Ses déclinaisons dans les champs politique et universitaire sont multiples : « bien commun », « biens communs », « commun », « communs »… D’un côté, l’expression « bien commun » — plus ou moins synonyme d’« intérêt général » — s’est érigée en élément de langage pour les dirigeants de tous bords. De l’autre, la notion de (biens) communs apporte un renouveau intellectuel et militant à un mouvement social parfois caractérisé par son ronronnement conceptuel. Difficile de s’y retrouver… Mais pas impossible.

Avril 1985, Annapolis (États-Unis). Lors d’une conférence financée par la National Research Foundation, des universitaires du monde entier présentent leurs recherches sur les « communs ». Le terme n’évoque en général qu’une histoire ancienne : celle de la transformation, à l’aube de l’ère industrielle, des terres dévolues au pâturage et gérées de façon collective en propriétés privées délimitées par des clôtures. Ce mouvement des enclosures est considéré comme un moment fondateur pour le développement du capitalisme. Il symbolise l’émergence de la propriété comme droit individuel : une « révolution des riches contre les pauvres », écrit Karl Polanyi (5). Les chercheurs réunis à Annapolis reprennent le fil de cette histoire et montrent qu’il existe encore de nombreux endroits dans le monde où des terres, des pêcheries ou des forêts sont gérées comme des communs : des ressources partagées au sein de communautés qui organisent collectivement leur exploitation.

Les chercheurs soutiennent que ces systèmes de communs sont souvent efficaces et qu’ils évitent la surexploitation des ressources (6). Il y a là un renversement total des thèses développées par Garrett Hardin dans son célèbre article sur la « tragédie des communs (7)  ». Au-delà, c’est toute l’orthodoxie économique libérale qui est attaquée, puisque pour elle la propriété privée exclusive est toujours le meilleur système d’allocation des ressources rares.

L’Italie en pointe

En 1990, l’économiste Elinor Ostrom synthétise les principaux acquis des recherches exposées à Annapolis. Elle insiste notamment sur les conditions institutionnelles qui permettent de pérenniser les systèmes de communs. Elle montre qu’un commun ne peut exister durablement sans règles pour encadrer son exploitation. Elle souligne aussi que ces règles peuvent être produites et appliquées par les communautés concernées, sans faire appel à la puissance surplombante de l’État. Parmi de nombreux exemples, elle cite le cas d’une pêcherie en Turquie, où « le processus de surveillance et d’exécution des règles (…) est pris en charge par les pêcheurs eux-mêmes (8)  ». Ces travaux lui valent en 2009 le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel — souvent considéré comme le « prix Nobel d’économie ».

En Italie, le renouveau de l’intérêt pour les biens communs s’étend au champ politique lorsqu’une commission créée par le gouvernement de M. Romano Prodi dévoile ses conclusions en 2008. Présidée par le juriste Stefano Rodotà, elle propose de les définir comme des « choses dont dépendent l’exercice des droits fondamentaux et le libre développement de la personne ». « Personnes juridiques publiques ou privées », le statut des titulaires de ces biens — leurs « propriétaires » — importe peu (9). La commission insiste en revanche sur le fait que les ressources doivent être gérées conformément à leur fonction, pour permettre l’exercice d’un droit. Qualifier l’eau de « bien commun » signifie ainsi que sa distribution, quel que soit l’acteur qui l’organise, doit garantir l’accès de tous à une eau saine et en quantité suffisante.

Sur la base des travaux de la commission Rodotà, de nombreux mouvements sociaux et politiques transalpins s’emparent de la notion de bien commun pour dénoncer le secteur privé et l’État néolibéral, également incapables de satisfaire les besoins collectifs fondamentaux (10). Forts de ce principe, 25 millions d’Italiens (sur 27 millions de votants) se prononcent en juin 2011 par référendum contre la privatisation des services publics locaux de fourniture d’eau potable.

Mais la redécouverte des communs ne se limite pas aux ressources naturelles. En 1983, Richard Stallman, jeune informaticien du Massachusetts Institute of Technology (MIT), poste un appel à contributions sur un groupe de discussion Usenet : il propose de développer un système d’exploitation distribué librement. Ainsi apparaît le mouvement du logiciel libre, en réaction à l’émergence d’une florissante industrie du logiciel qui transforme les programmes informatiques en biens marchands soumis au droit d’auteur (copyright) et protégés par des conditions d’utilisation restrictives (11). Ici, le code informatique n’est plus considéré comme la propriété exclusive d’un acteur privé ; il constitue une ressource librement accessible que chacun peut contribuer à améliorer. De nombreux communs numériques ont repris ces principes d’ouverture et de partage pour les appliquer à la production d’encyclopédies (Wikipédia), de bases de données (Open Food Facts) ou à des créations artistiques collectives placées sous des licences Art Libre ou Creative Commons.

En dépit de leurs différences, les diverses composantes du mouvement des communs opèrent une même remise en question de la propriété privée exclusive. Le mouvement italien des beni comuni réagit à la privatisation des services publics ; l’intérêt pour les communs dits « physiques » répond à l’accaparement massif des terres. Quant au développement des communs numériques, il s’oppose à la privatisation de l’information et de la connaissance : celle-ci a pris une telle ampleur que certains juristes ont pu évoquer un « deuxième mouvement des enclosures (12)  ».

Les communs portent ainsi le fer au cœur d’une des institutions centrales du néolibéralisme, en s’attaquant à la croyance selon laquelle davantage de propriété privée garantirait un surcroît d’efficacité économique. Les travaux d’Ostrom invalident ce postulat, et l’essor de nombreuses ressources partagées le contredit en pratique. S’agissant des ressources physiques, les communs reposent souvent sur des formes de propriété collective et s’appuient par exemple, en France, sur des structures coopératives ou des groupements fonciers agricoles (GFA). Les communs numériques sont quant à eux protégés par des licences spécifiques, qui subvertissent les formes classiques de propriété intellectuelle afin de permettre la circulation et l’enrichissement des créations collectives : General Public License (GPL), Open Database License (ODbL)…

Si les militants des communs remettent en question la propriété privée, ils critiquent également le dévoiement de la propriété publique dans un contexte de libéralisation massive. Lorsque l’État a toute latitude de brader les ressources dont il dispose pour équilibrer ses finances, la propriété publique offre-t-elle vraiment davantage de garanties que la propriété privée ? Ne se réduit-elle pas à un simple déplacement de la propriété privée entre les mains d’un acteur qui n’agit pas nécessairement dans l’intérêt de tous (13) ?

On comprend mieux, dès lors, la définition proposée par la commission Rodotà. En insistant sur la fonction sociale des biens communs, les juristes italiens ont voulu substituer à la logique classique de l’État-providence — la propriété publique comme gardienne de l’intérêt général — la garantie inconditionnelle de certains droits. Ce changement de perspective va de pair avec une lutte contre la bureaucratisation des services publics, vue comme la principale cause de leur incapacité à défendre l’intérêt de tous. La critique des faiblesses de la propriété publique se double ainsi d’une exigence de participation citoyenne, dont l’expérience d’Acqua Bene Comune (ABC) à Naples offre un exemple intéressant. Dans la foulée du référendum de 2011, la gestion de l’eau de cette ville a en effet été remunicipalisée et confiée à un « établissement spécial » de droit public nommé ABC. Ses statuts ont été pensés pour permettre une gestion démocratique et participative, grâce à la présence de deux citoyens au conseil d’administration et à la création d’un comité de surveillance où siègent des représentants des usagers et des associations.

Le retentissement politique de la notion de beni comuni en Italie signale le rapport ambigu des défenseurs des communs avec l’État. Né d’une critique percutante de la propriété privée et des renoncements de l’État néolibéral, le mouvement des communs aboutit parfois à un éloge sans nuance des capacités d’auto-organisation de la « société civile ». Avec un risque : celui de devenir les « idiots utiles » du néolibéralisme, en ne critiquant la sacralisation de la propriété privée que pour favoriser de nouveaux reculs de l’État social. Nombre de chercheurs et de militants sont toutefois conscients de ce danger. Comme le rappelle Benjamin Coriat, « les communs ont besoin de l’État pour se développer, car il doit créer les ressources (à commencer par les ressources juridiques) dont les commoners [les producteurs des biens communs] ont besoin pour exister (14)  ». Interdire la vente forcée d’ordinateurs avec certains logiciels — l’achat d’un PC correspondant en pratique à l’achat d’un ordinateur et de Windows — favoriserait par exemple le développement des logiciels libres.

Il s’agit donc de réaffirmer le rôle de l’État tout en réfléchissant à l’évolution de ses interventions. Cela implique de concevoir un cadre juridique propre à favoriser les communs et les structures — coopératives, par exemple — les mieux à même de les porter, y compris dans un cadre marchand. Cela suppose aussi de considérer que la propriété publique ne se résume pas à un patrimoine dont l’État peut faire un usage discrétionnaire, mais comprend l’ensemble des biens et des services destinés à l’usage public, qui doivent par conséquent être gérés dans l’intérêt de tous. Cela nécessite enfin de rappeler que l’État social a vocation à fournir aux individus les moyens temporels et financiers de développer des activités hors du seul champ de la propriété privée et de la recherche du profit.

Les communs invitent donc à revoir l’articulation entre la sphère marchande, les missions de l’État et ce qui peut être laissé à l’auto-organisation de collectifs librement constitués. Un beau sujet de philosophie politique, et peut-être aussi quelque espoir.

Sébastien Broca

Sociologue, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-VIII (Cemti). Auteur d’Utopie du logiciel libre. Du bricolage informatique à la réinvention sociale, Le Passager clandestin, Neuvy-en-Champagne, 2013.

(1) « Parlez-vous le Philippe de Villiers ? », BFMTV.com, 7 octobre 2016.

(2) Benjamin Coriat (sous la dir. de), Le Retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, Les Liens qui libèrent, Paris, 2015.

(3) Jean Tirole, Économie du bien commun, Presses universitaires de France, 2016.

(4) Frédéric Monlouis-Félicité, « Pour une élite économique engagée », L’Opinion, Paris, 16 avril 2015.

(5) Karl Polanyi, La Grande Transformation, Gallimard, Paris, 1983.

(6) Cf. National Research Council, Proceedings of the Conference on Common Property Resource Management, National Academy Press, Washington, DC, 1986.

(7) Garrett Hardin, « The Tragedy of the Commons », Science, vol. 162, no 3859, Washington, DC, 13 décembre 1968.

(8) Elinor Ostrom, Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, De Boeck Supérieur, Paris - Louvain-la-Neuve, 2010 (1re éd. : 1990).

(9) Commission Rodotà, conclusions citées par Ugo Mattei, « La lutte pour les “biens communs” en Italie. Bilan et perspectives », Raison publique, 29 avril 2014.

(10) Lire Ugo Mattei, « Rendre inaliénables les biens communs », Le Monde diplomatique, décembre 2011.

(11) Lire « L’étrange destin du logiciel libre », Le Monde diplomatique, juillet 2014.

(12) Cf. James Boyle, « The second enclosure movement and the construction of the public domain », Law and Contemporary Problems, vol. 66, no 1-2, Durham (États-Unis), hiver 2003.

(13) Cf. Pierre Crétois et Thomas Boccon-Gibod (sous la dir. de), État social, propriété publique, biens communs, Le Bord de l’eau, Lormont, 2015.

(14) « Ne lisons pas les communs avec les clés du passé. Entretien avec Benjamin Coriat », Contretemps, 15 janvier 2016.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 18:11

Grâce au numérique, la « civic-tech » veut impulser une autre façon de prendre part au débat politique, plus horizontale et plus participative. Doux rêve ou réelle vision citoyenne ? Par Julia Gualtieri pour Politis le 7 décembre 2016.

A Nuit debout, les outils numériques ont permis de relier rapidement différents acteurs.

A Nuit debout, les outils numériques ont permis de relier rapidement différents acteurs.

L’univers numérique a un nouveau dada : « les civic-tech ». Derrière ce néologisme se cacherait le moyen de renouveler notre démocratie en crise, de faire sa « mise à jour » et de la rendre plus interactive. Ces « technologies civiques », en bon français, ce sont par exemple les primaires citoyennes organisées par Primaire.org, qui entamera du 15 au 31 décembre le second tour de l’élection de son « candidat citoyen », avec presque autant de participants que la primaire écolo. Mais ce sont aussi des sites de contribution aux projets législatifs, à l’instar du site Parlement & Citoyens, ou encore des espaces de débat et de d’échanges tels que DemocracyOS.

La liste est encore longue : interpeller les élus avec le « PiPhone » de la Quadrature du Net, un outil de campagne téléphonique, ou mobiliser grâce au mastodonte qu’est devenu Change.org, avec ses sept millions de Français signataires, donner de son temps avec -Fullmob, un outil de « crowd-timing » … Autant dire que le registre des « civic-tech » est plutôt disparate. Avec cependant un point commun : se servir des technologies pour interroger la démocratie et proposer aux citoyens de participer en continu pour influer collectivement sur la sphère publique et politique. Un brin ambitieux ? « Les civic-tech portent un fort potentiel de transformation démocratique », estime le professeur de science politique Loïc Blondiaux.

La transformation est donc en marche ? Difficile de répondre simplement, vu la diversité des initiatives, qui n’ont pas toutes les mêmes ambitions. En comparaison de certaines tentatives institutionnelles, les civic-tech semblent bien plus efficaces pour mobiliser les citoyens. Le sociologue Dominique Cardon cite un exemple « un peu méchant », de son propre aveu. En 2013, l’Union européenne organisait une consultation publique sur la pêche en eaux profondes. Au même moment, la dessinatrice Pénélope Bagieu publie une bande dessinée accompagnée d’une pétition sur le même sujet. Résultats : 16 contributions pour la consultation contre 600 000 signatures pour la BD.

Illustration de la paresse supposée du citoyen ou réelle performance pétitionnaire ? Signer est en effet facile… et demande moins d’engagement que de se frotter aux CRS. Ainsi, les sujets qui mobilisent suscitent davantage de réactions émotionnelles que d’analyses réfléchies, favorisant ainsi une forme de démocratie d’opinion. Mais, selon Clément Mabi, chercheur à l’université de Compiègne et membre du collectif Démocratie ouverte, si les pétitions sont critiquables, il ne faut pas les sous-estimer. Simples et populaires, elles créent du débat public, « peut-être même plus que pas mal d’associations actuellement » et elles sont surtout les seules à permettre de décloisonner les publics.

Toutefois, en dépit du réel succès de ces pétitions, l’ensemble des civic-tech est loin d’avoir trouvé son public. Jean Massiet, créateur de la chaîne Accropolis, qui permet de commenter en direct les séances parlementaires, ne s’en formalise pas : « Avec mes 5 000 abonnés, je suis peut-être bien loin des YouTubeurs humoristes, mais j’ai une communauté fidèle, avec une vraie proximité. » L’enjeu des civic-tech, ouvrir la participation citoyenne, reste donc un vaste chantier. À l’inverse des moyens de démocratie participative traditionnelle, comme les conseils de quartier, les technologies civiques parviennent à attirer un public jeune, considéré comme éloigné de la participation politique, mais qui n’est pas pour autant plus représentatif de la population dans son ensemble.

À la mairie de Schiltigheim, dans le Bas-Rhin, -Laurent Py, le directeur des services techniques, en a fait le constat. L’installation de l’application Tell My City, qui recueille les doléances des citoyens, n’a pas permis de diversifier les publics. Selon un sondage réalisé auprès d’élus en mars 2016 par le think tank Décider ensemble, seul un tiers des municipalités ayant déployé ce type d’applications estime toucher des publics nouveaux. « Nombreux sont ceux qui n’ont pas accès au numérique ou n’ont ni les connaissances ni le temps nécessaire pour s’en emparer », analyse Clément Mabi. À l’évidence, les outils seuls ne peuvent activer l’engagement citoyen dans la sphère publique.

Stéphanie Wojcik, chercheuse en sciences de l’information et de la communication, relève une autre faiblesse. En dépit des discours, la collaboration collective est souvent la grande absente de ces initiatives : les civic-tech font le plus souvent dans la compilation de propositions, dans la vérification des programmes (fact-checking) ou dans le signalement, comme avec Tell My City. « En fin de compte, la dynamique est plus individuelle que collective, on évite de se demander comment débattre collectivement, comment faire pour que les gens s’écoutent et construisent ensemble. »

Un regret que partage Pierre, de la commission numérique de Nuit debout : « Il nous manque des outils qui s’inscrivent dans des dynamiques de délibération, de partage des compétences, et pas seulement dans la possibilité de donner son opinion. » Un réseau social local a cependant séduit la commission : Communecter, qui relie tous les acteurs d’une commune, des citoyens aux syndicats, des associations aux entreprises. Car, sans ce contact direct, les civic-tech risquent de « virtualiser un phénomène qui n’existe pas », précise Pierre.

Même avis du côté de Clément Mabi : « Ce qui m’intéresse, ce sont moins les créations de civic-tech que la façon dont elles peuvent venir servir d’autres luttes. » Une perspective qui est loin d’être partagée, sans pour autant être écartée. Pour le chercheur, les civic-tech se trouvent à un tournant : « Serons-nous dans une démocratie participative d’élevage, qui ne bouscule pas trop, ou dans une logique de transformation réelle ? » Rien n’est encore gagné. D’autre part, la civic-tech pourrait-elle se doter d’un projet politique ? Stéphanie Wojcik trouve, dans l’ensemble, les initiatives assez consensuelles : « Les acteurs d’aujourd’hui sont loin des utopies d’Internet des années 1980-1990, du rêve d’une démocratie directe et sans intermédiaire, de la volonté de faire des référendums permanents. »

Pour le moment, la tendance est plutôt de mieux faire fonctionner la démocratie représentative que de remettre en cause son fonctionnement ou le pouvoir décisionnel. D’abord parce que, en matière de décision et de mise en œuvre, les civic-tech restent dépendantes des institutions. Ensuite parce qu’une partie des outils est vendue à ces institutions. C’est le cas de la plupart des applications destinées aux communes. « Pour certains, dont je fais partie, explique Pierre, la civic-tech a été récupérée par des acteurs qui y voient avant tout un business. »

Stéphanie Wojcik acquiesce. « Depuis les campagnes de profiling américaines, il y a une forme de monétisation de la participation et des professionnels spécialisés. » Les sites de pétitions en sont les héritiers directs. Avaaz est une ONG, mais Change.org est une entreprise dont les revenus reposent sur la récupération de données, utilisées ensuite pour vendre des campagnes ciblées. Impossible toutefois de savoir exactement ce qu’engrange l’entreprise, car ses comptes ne sont pas publiés.

Il ne faudrait toutefois pas limiter la portée de civic-tech à ces « entrepreneurs de la participation ». De nombreuses initiatives vivent de crowdfunding et parfois de subventions… venues de Google. « Ce sont les seuls à donner de l’argent », relève Jean Massiet, d’Accropolis, quelque peu contrarié que le gouvernement, toujours prompt à saluer le travail de la civic-tech pour redorer son propre blason, n’ait pas encore créé une fondation, contrairement à d’autres pays d’Europe. La France s’apprête pourtant à accueillir, du 7 au 9 décembre, le 4e Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert, lequel regroupe 70 États et des organisations de la société civile agissant pour « la transparence, la participation citoyenne et l’innovation démocratique ».

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 09:46

La production agricole locale et bio augmente en Île-de-France. Pourtant, expliquent les auteurs de cette tribune, l’exécutif régional Les Républicains a réduit drastiquement les financements alloués à ces structures, au risque de briser cette dynamique.

  • Grande soupe musette jeudi 15 décembre 2016, dès 18 h, devant le conseil régional,

Pour Reporterre le 7 décembre 2016 par Maud Granger Remy, membre d’une Amap à Paris et Florent Sebban, paysan en Amap à Pussay. Ils coprésident le Réseau Amap Île-de-France. Amap désigne une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, comme La courgette solidaire, La tomate solidaire... aux Lilas, Le PréVert et La marmite sauvage au Pré Saint-Gervais.

extrait de « Découverte des circuits agricoles courts en Île-de-France »

extrait de « Découverte des circuits agricoles courts en Île-de-France »

Malgré les réserves formulées par une grande partie des groupes politiques représentés au conseil régional de la région Île-de-France (PS, EELV, Front de gauche, Modem, UDI), la majorité (Les Républicains) a décidé mercredi 16 novembre de réduire drastiquement les financements attribués aux structures historiques d’accompagnement de l’agriculture biologique. Ainsi, les financements alloués par la région au Réseau Amap Île-de-France diminuent de 35 %, ceux alloués au Groupement des agriculteurs biologiques de 30 %, quand les subventions destinées à Terre de liens et à la couveuse d’activités agricoles les Champs des possibles sont tout simplement réduites à néant. D’un autre côté, les financements pour l’agriculture biologique destinés aux chambres d’agriculture, pourtant rarement identifiées comme les avocats de la bio, augmentent de 318 %.

Cette décision très soudaine est assez compliquée à comprendre. Le fait qu’un mouvement similaire de transfert du pilotage de l’agriculture biologique des structures citoyennes aux chambres d’agriculture soit en cours en région Auvergne – Rhônes-Alpes ne suffit pas à l’expliquer.

Essayons de comprendre les conséquences que cette décision va entraîner.

Aujourd’hui, l’Île-de-France est une région où la consommation de produits issus de l’agriculture biologique est supérieure à la moyenne nationale et où elle ne cesse d’augmenter (57 % des Franciliens déclarent acheter des produits bio au moins une fois par mois). Par ailleurs, l’agriculture biologique constitue un véritable vivier d’emplois et une vraie opportunité de développement économique local. Toutefois, malgré un réel décollage ces dernières années, les surfaces cultivées en bio (2 %) restent bien inférieures à la moyenne nationale (6 %). Avec près de 300 fermes engagées en mode de production biologique fin 2016, l’agriculture francilienne ne parvient que très partiellement à répondre à cette demande.

Le développement d’une agriculture citoyenne répondant réellement aux attentes sociétales 

Le développement de la production agricole locale et bio est donc essentiel. L’État et la région Île-de-France se sont d’ailleurs mis d’accord sur un Plan bio 2014-2020 qui vise à « doubler les surfaces bio d’ici 2017 et les tripler d’ici 2020, dynamiser les conversions, en maintenant un objectif de 10 à 15 installations en agriculture biologique par an, développer les outils de structuration collective de filières pour soutenir le développement des produits bio locaux, et encourager l’introduction de produits locaux, en particulier issus de l’agriculture biologique, dans la restauration collective ».

En Ile-de-France, Les Républicains asphyxient l’agriculture biologique - Grande soupe musette au Conseil régional jeudi 15 décembre 2016 dès 18 h

Dans le même temps, de très nombreux candidat(e)s à l’installation en agriculture biologique tapent aux portes de la Région. Ils ont des profils très diversifiés. Certains sont issus de familles agricoles, mais souhaitent faire évoluer leurs fermes, d’autres n’ont pas de parents agriculteurs et cherchent à reprendre ou à créer des fermes. Ces candidats ont chacun(e) leurs particularités. Si l’on souhaite les accompagner pour développer l’offre francilienne en produits bio, il faut s’adapter à leurs profils.

C’est précisément ce que les structures de l’agriculture citoyenne ont su faire au sein du pôle Abiosol [1], et ce que les chambres d’agriculture connaissent moins, car elles n’accompagnent que très peu de candidats « hors-cadre familial ». De plus l’union des consommateurs et des producteurs au sein de ces structures permet le développement d’une agriculture citoyenne répondant réellement aux attentes sociétales, aussi bien des futurs paysans que de ceux qui les soutiennent. Ce partenariat est essentiel : les futurs paysans se sentent intégrés dans un réseau solide, ouvert et accueillant qui les aide à sauter le pas, les citoyens qui financent les installations se sentent investis par leur responsabilité et sensibilisés par ce rapport de proximité avec les producteurs et les porteurs de projets.

Ainsi, les structures du pôle Abiosol, soutenues par la Région, ont permis, depuis leur création en 2009, d’accompagner l’installation de 89 nouveaux paysans bio, de former 250 paysans et candidats à l’installation aux techniques de production biologique, de permettre à 40.000 Franciliens(ne)s d’établir des partenariats avec 95 producteurs de la région, d’offrir à 40 entrepreneurs à l’essai l’opportunité de tester leurs projets sur des fermes franciliennes, ou encore d’acquérir sept fermes biologiques avec le concours de l’épargne citoyenne.

L’implication citoyenne est un atout pour l’agriculture 

Le doublement des surfaces en bio intervenu en Île-de-France entre 2009 et 2015 est une conséquence directe des actions menées par les membres du pôle Abiosol. Ceci démontre que l’implication citoyenne est un atout pour l’agriculture ! Il serait absurde d’y mettre un terme en décidant du jour au lendemain que les structures citoyennes ne doivent plus se mêler de l’agriculture biologique. Les chambres d’agriculture ont bien entendu un rôle à jouer, mais elles ne pourront répondre seules aux attentes des nouveaux paysans.

C’est pourquoi les citoyens franciliens sont appelés à se mobiliser pour affirmer la nécessité de faire émerger une agriculture biologique, paysanne et citoyenne en Île-de-France. Les structures du pôle Abiosol ont lancé un appel dans ce sens.

Les Franciliens pourront également manifester leur joie et leur envie de manger bio et solidaire en participant à une grande soupe musette ce jeudi 15 décembre, dès 18 h, devant le conseil régional. Ce sera l’occasion de danser, de chanter et de festoyer pour l’agriculture biologique, paysanne et citoyenne, et d’interpeller l’exécutif régional, alors que les conseillers régionaux seront en plein débat sur le budget 2017.

[1] Le pôle Abiosol est composé des organismes suivants : Réseau AMAP IDF, Les Champs Des Possibles, Terre de Liens IDF, le Groupement des Agriculteurs Biologiques IDF

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 12:15

Après Incinérateur d’Ivry : un grand projet inutile et polluant aux portes de Paris - rassemblement vendredi 9 décembre, on y était hier matin, alors que commençait le Conseil du SYCTOM, afin de mettre un maximum de pression sur les élus tentés de faire un beau cadeau (durable pour le coup) à Veolia, de quelques milliards, une mobilisation des citoyens (dont beaucoup d'adhérents d'EELV) engagés dans le Plan B'OM http://www.planbom.org/ pour les ordures ménagères.

Faute d'avoir pu rester devant l'entrée de la rue Lobeau, à l'arrière de l'Hôtel de ville de Paris, sous la pression policière, nous nous sommes repliés sur le parvis de l'Hôtel de ville, bien encadrés par une petite compagnie de CRS, qui auraient pu être bien plus utile en allant coller des PV aux automobilistes ne respectant pas les consignes de circulation alternée ! Quelques images...
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
Ma pomme, Pierre Stoeber et Dominique Busson - le futur candidat aux élections législatives pour EELV en mai 2017 sur la circonscription 93-9 du Pré Saint-Gervais à Bondy en passant par Les Lilas, Romainville et Noisy-le-Sec (en père Noël).
 
En attendant de nous mobiliser contre le projet d'incinérateur à Romainville... on vous attend mardi 13 décembre à 19h à l'Hôtel du territoire Est Ensemble, 100 avenue Gaston Roussel, à Romainville !
Didier Delpeyrou
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 15:46
Incinérateur d’Ivry : un grand projet inutile et polluant aux portes de Paris - rassemblement vendredi 9 décembre

Pourquoi mettre en œuvre une véritable politique de réduction de nos déchets lorsque l’on peut simplement donner deux milliards d’euros à Vinci et Suez pour reconstruire un incinérateur géant aux portes de Paris ? Par Olivier Petitjean le 8 décembre 2016 pour l’Observatoire des multinationales. Une bonne question alors même qu’à Romainville, un projet d’incinérateur refait surface – nous vous tiendrons au courant dès que nous aurons suffisamment d’informations. Rassemblement ce vendredi 9 décembre à 8h30 devant l’Hôtel de Ville de Paris à 8h30 pour souhaiter un joyeux Noël à Suez et Vinci.

Triste symbole, à un moment où la région parisienne connaît un nouvel épisode de grave pollution atmosphérique : les élus de 84 communes franciliennes, dont la ville de Paris, sont appelés à donner leur feu vert, vendredi 9 décembre, au chantier de la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry Paris 13. Il s’agit de remplacer, en réduisant légèrement sa capacité, l’incinérateur existant, dont les deux tours se détachent depuis 1969 sur l’horizon de l’Est parisien, au bord de la Seine. 544 000 tonnes de déchets devraient y être traitées par an à partir de 2023. Une opération très coûteuse – deux milliards d’euros pour l’investissement et l’opération, soit quatre fois le budget de Notre-Dame-des-Landes - qui fera les beaux jours des grands groupes privés auxquels elle a été confiée : principalement Vinci, chargée du chantier, et Suez, qui gérera l’incinérateur pour le compte du Syctom, syndicat intercommunal de gestion des déchets de l’agglomération parisienne. Mais la capitale et sa banlieue ont-elles vraiment besoin d’un tel équipement, et est-ce la meilleure manière d’utiliser les deniers publics dédiés au secteur des déchets ?

Pour beaucoup, la réponse est clairement non à ces deux questions. Et il n’y a même pas besoin d’envisager des politiques ambitieuses de réduction et de tri de nos déchets, du type des politiques « zéro déchets » mises en œuvre à San Francisco et dans de nombreuses villes européennes. Comme le souligne Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, il suffirait que l’agglomération parisienne parvienne au même niveau de tri des déchets que des villes comme Lyon ou Nantes – dont la performance dans ce domaine n’a rien d’exceptionnel, précise-t-elle – pour rendre l’incinérateur d’Ivry Paris XIII inutile. Car la capitale, à l’heure actuelle, fait clairement figure de mauvaise élève. Près de la moitié des déchets qui se retrouvent dans les poubelles communes de Paris et de sa banlieue sont recyclables et ne devraient donc pas s’y trouver. 30% du contenu des poubelles jaunes (destinées aux recyclables) est refusé et redirigé vers les incinérateurs ou les décharges. « Pour ce qui est du geste de tri et du recyclage, Paris et sa région tirent la moyenne nationale vers le bas, et la politique du Syctom, focalisée sur les capacités d’incinération, en est en partie responsable », dénonce Annelaure Wittmann, co-présidente du Collectif 3R. La Chambre régionale des comptes elle-même a récemment dénoncé l’incapacité du syndicat à envisager une alternative à l’incinération. 80% des déchets que le syndicat traite sont aujourd’hui incinérés.

Priorité à l’incinération

Les hypothèses de collecte qui justifient la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry sont également en contradiction avec les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique – 10% de déchets ménagers en moins d’ici 2020, 65% de recyclage d’ici 2025 et la généralisation du tri à la source des déchets organiques, qui suffirait à elle seule à alléger la poubelle des parisiens de 30%. Le Syctom, plus important syndicat de traitement des déchets ménagers d’Europe, a apparemment choisi de faire comme si rien n’allait changer, ou le moins possible, en adoptant des scénarios de réduction des déchets très conservateurs, plus lents même que la tendance observée ces dernières années.

Pour ses opposants, l’incinérateur Ivry Paris 13 crée donc un précédent dangereux dont les enjeux dépassent largement le seul cadre francilien. Tout d’abord, le dimensionnement même du projet semble prendre pour acquis que les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique en matière de déchets ne seront pas atteints. Ensuite, il ancre pour plusieurs décennies le primat de l’incinération en Île-de-France, avec un effet dissuasif pour la mise en place de politiques préventives, puisque l’incinérateur aura besoin d’un approvisionnement continu pour fonctionner. À l’image d’autres incinérateurs surdimensionnés en Europe, celui d’Ivry Paris 13 pourrait ainsi être amené à importer des déchets du reste de la France ou de l’étranger.

Enfin, il entérine la stratégie des géants français du secteur, Suez et Veolia, consistant à repeindre en vert l’incinération (désignée désormais, dans la novlangue des multinationales, sous le nom de « valorisation énergétique ») en la présentant comme source d’énergie alternative au charbon ou au gaz. Une source d’énergie qu’elles n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier de « renouvelable » au motif que les déchets ne cessent d’arriver et qu’ils contiennent des biodéchets (ce qui leur permet aussi, au passage, de bénéficier d’avantages fiscaux appréciables) ! « C’est devenu la justification numéro un de l’incinération en France », témoigne Flore Berlingen. « Et depuis un ou deux ans, l’engouement ne fait que se confirmer avec le développement de la filière des combustibles solides de récupération. » En l’occurrence, le futur incinérateur d’Ivry alimentera les réseaux de chaleur de l’agglomération et produira accessoirement de l’électricité. Mais brûler du plastique et des matières organiques reste une source de gaz à effet de serre, ainsi que d’autres polluants. En outre, les matières organiques qui composent une grande partie des déchets incinérés brûlent très mal, de sorte que le bilan énergétique de ces installations n’est pas très favorable. Au final, les bénéfices climatiques de l’incinération sont donc plutôt douteux. Ceux du compostage et des politiques de réduction et de réutilisation des déchets paraissent bien plus évidents.

Politique du fait accompli

Tout ceci ressemble donc fort à un nouveau « grand projet inutile », aux portes de la capitale, qui illustre l’enfermement de nos structures politiques dans des logiques d’un autre temps, alors que des solutions alternatives plus efficaces et moins coûteuses sont à portée de main. Les opposants, avec le soutien du collectif 3R et de Zero Waste France, ont d’ailleurs élaboré leur propre projet, le plan B’OM (pour Baisse des ordures ménagères), qui propose un ensemble de mesures concrètes de prévention des déchets, d’extension de la collecte des biodéchets, d’amélioration du tri et de promotion de la réutilisation, qui permettraient de se passer totalement de l’incinérateur d’Ivry. Selon ses promoteurs, le plan B’OM ne nécessiterait qu’un investissement de 200 millions d’euros et créerait nettement plus d’emplois que la reconstruction de l’incinérateur.

Lors des débats publics, le Syctom a mis en avant divers projets complémentaires visant à donner une image plus verte au nouvel incinérateur. Il a ainsi longtemps été question d’y installer une unité de tri mécano-biologique (TMB), un procédé très contesté pour la mauvaise qualité du compost qu’il produit, d’ailleurs remis en cause par la loi de transition énergétique. La délibération proposée ce 9 décembre au conseil d’administration du Syctom, dont nous avons pu prendre connaissance, indique qu’une réflexion a été engagée avec Suez pour voir comment le projet pourrait s’accorder avec les objectifs énoncés par cette loi. Aujourd’hui, le Syctom évoque un système « plus simple », avec une « unité de valorisation organique », qui devrait en réalité surtout servir à produire des « combustibles solides de récupération », c’est-à-dire des déchets optimisés pour ... l’incinération ! La méthanisation, quant à elle, serait externalisée. Le tout sans aucun objectif ni tonnage précis. « La seule chose qui n’a pas varié d’un iota au cours du temps, c’est le principe d’un incinérateur d’une capacité de 350 000 tonnes. Pour le reste, c’est le flou total », constate Annelaure Wittmann. Ce qui n’empêche pas le Syctom de demander aux élus de valider immédiatement le lancement des procédures (permis de construire, de démolir et d’exploitation) en vue de la reconstruction de l’incinérateur proprement dit, avant qu’il n’arrive en fin de vie. Ce qui ressemble beaucoup à une tentative de créer un fait accompli.

Le poids des syndicats intercommunaux

Pourquoi la ville de Paris – dont le poids au sein du Syctom est important, quoique minoritaire - soutient-elle ce projet ? « On les sent un peu schizophréniques sur ce dossier », constate Anne-Laure Wittmann. La municipalité emmenée par Anne Hidalgo a annoncé, au début de l’année, des objectifs relativement ambitieux en matière de tri et de prévention des déchets, destinés à rattraper le retard parisien dans ce domaine. La ville va notamment généraliser la collecte des déchets organiques (avec une expérience pilote dans les 2e et 12e arrondissements), multiplier les recycleries-ressourceries de quartier, et a commencé à installer de nouveaux bacs de tri « Trilib’ » dans l’espace public. Comment cela est-il compatible avec la reconstruction de l’incinérateur ? En privé, de nombreux élus parisiens se déclarent opposés au projet, mais la ville a choisi de le soutenir, apparemment en raison d’arrangements politiques au niveau de l’agglomération parisienne. Le président du Syctom n’est autre qu’Hervé Marseille, sénateur-maire de Meudon. La ville est également liée par contrat commercial avec le Syctom via la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), dont elle est co-actionnaire à 33% avec Engie, qui utilise la chaleur de l’incinération pour alimenter une partie de ses réseaux.

L’affaire illustre donc aussi à sa manière le rôle peu démocratique des grands syndicats intercommunaux chargés d’assurer certains services publics au niveau de l’agglomération parisienne, où élus de tous bords se partagent les places depuis des décennies. En pratique, ces syndicats apparaissent surtout comme les champions de la délégation de ces services aux multinationales (on lira à ce sujet l’article de Marc Laimé, « Les âmes mortes du Grand Paris ».) On connaît le Sedif, le réseau d’eau de la banlieue parisienne présidé par André Santini et vendu corps et bien à Veolia (proche d’André Santini, Hervé Marseille est également vice-président du Sedif). Le SIAAP, chargé de l’assainissement, présidé par un conseiller général et adjoint au maire communiste de Montreuil, vient de passer discrètement un nouvel accord avec Suez entérinant la soumission de ce service au secteur privé. Le Syctom fait partie de ces structures techniques sinon technocratiques – qui collaborent d’ailleurs de plus en plus entre elles - où techniciens et secteur privé ont davantage de poids que les politiques, et d’où la société civile est totalement écartée. « Les trois quarts des élus ne savant pas pour quoi ils votent », soupire un observateur.

Mais certains peuvent parfois aussi se réveiller. Le conseil municipal d’Ivry, contre toute attente, a refusé le 20 octobre dernier de donner son feu vert au projet de reconstruction de l’incinérateur. Dans la foulée, le maire de la ville a demandé à ce que toutes les communes impactées puissent se prononcer sur le projet en conseil municipal. Le Syctom semble avoir choisi de passer outre. Vous avez dit démocratie ?

Olivier Petitjean

 Le collectif 3R et Zero Waste France appellent à un rassemblement ce vendredi 9 décembre à 8h30 devant l’Hôtel de Ville de Paris à 8h30 pour souhaiter un joyeux Noël à Suez et Vinci.

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