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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:24
Lannion (Côtes-d’Armor), hier. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier pour dénoncer le début de l’extraction du sable coquillier dans la baie de Lannion. Une exploitation qui menacerait l’écosystème.AFP/FRED TANNEAU

Lannion (Côtes-d’Armor), hier. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier pour dénoncer le début de l’extraction du sable coquillier dans la baie de Lannion. Une exploitation qui menacerait l’écosystème.AFP/FRED TANNEAU

En baie de Lannion (Côtes-d’Armor), l’extraction de sable coquillier a commencé la semaine dernière. Les opposants ne baissent pas les bras.

Le 12 septembre 2016 par Nora Moreau, correspondante du Parisien à Lannion

Ils veulent être le grain de sable qui va gripper la machine. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier matin dans les rues de Lannion (Côtes-d'Armor) pour dire, une nouvelle fois, non à l'exploitation sous-marine de sable coquillier en baie de Lannion par la Compagnie armoricaine de navigation (CAN), filiale du groupe Roullier. Avec des slogans sans équivoque : « Non au pillage ! », « Dunes à défendre », « Sauvons nos poissons ».

Ce dossier polémique, ouvert depuis plusieurs années, est vu par les habitants du Trégor, au nord-ouest des Côtes-d'Armor, comme une « véritable menace écologique ». Deux actions en justice ont été engagées pour s'y opposer, d'abord par les élus de treize communes littorales, puis par des associations environnementales locales réunies sous le nom Peuples des dunes de Batz à Bréhat. Plusieurs associations Peuples des dunes se sont constituées pour faire barrage à cette exploitation dévastatrice du littoral atlantique, à la suite de la première lutte victorieuse contre le projet Lafarge d'extraction de sable en mer, dit PER Sud Lorient – cf. http://le-peuple-des-dunes.org/

« Le recours des collectivités pour contrecarrer cette extraction a été rejeté lundi dernier par le tribunal administratif de Rennes et il aura fallu moins de 24 heures à la CAN pour venir extraire, en pleine nuit, des milliers de mètres cubes de sable », s'indigne Yves-Marie Le Lay, membre du jeune collectif.

Ces premières extractions nocturnes ont déclenché un véritable branle-bas de combat en Bretagne. « Nous allons, nous aussi, faire appel et saisir le Conseil d'Etat dans les dix prochains jours », prévient Alain Bidal, président de Peuples des dunes, qui sera reçu, cet après-midi à Paris par la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, elle-même opposée à l'extraction.

Une nouvelle qui soulage un peu les opposants, après un week-end passé à grincer des dents à la suite des propos tenus par Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Economie a en effet déclaré samedi qu'il n'était « pas acceptable » que ces extractions « à la sauvette » aient été faites avant « toute décision définitive du tribunal ». « Il est gonflé ! C'est quand même lui qui a donné son feu vert à la CAN en avril 2015 », s'offusque le collectif.

Un décret paru en septembre 2015 autorisait officiellement l'entreprise à commencer des prélèvements. La zone d'extraction, d'une surface totale de 4 km², est située entre deux zones Natura 2000. Le volume d'extraction ne pourra pas excéder 250 000 m³ par an (pas plus de 50 000 m³ la première année). La vente de ce sable calcaire se ferait principalement aux agriculteurs.

« On est en train de piller un bien public, s'indigne Corinne, 53 ans, militante anti-extraction de la première heure. C'est inadmissible. » Et Yves-Marie Le Lay d'ajouter : « La faune et la flore sont menacées. On compte plus de 90 espèces vivantes dans les dunes. Des coquillages, des algues, des vers, des poissons... dont le lançon, qui est un maillon essentiel de cet écosystème. Si les extractions continuent, d'ici deux ans, les dommages seront irréversibles. »

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 13:52

Les milieux vierges ont reculé de 3 millions de kilomètres carrés, soit 10 %, en vingt ans

par Clémentine Thiberge pour Le Monde le 9 septembre 2016

Trois millions de kilomètres carrés, c’est la superficie de l’Inde. C’est aussi la surface de nature sauvage que notre planète a perdue depuis le début des années 1990, selon une étude australienne parue jeudi 8 septembre dans la revue Current Biology.

Pour établir ce résultat, les auteurs, James Watson et James Allan, se sont basés sur des cartes représentant l’empreinte humaine mondiale, c’est-à-dire l’ensemble des zones modifiées par l’homme. En comparant les données actuelles à celles du début des années 1990, ils sont arrivés à un constat alarmant : en vingt ans, 10 % des espaces sauvages – libres de toute perturbation humaine – ont disparu de la Terre.

Répartis en majorité en Amérique du Nord, dans le nord de l’Asie, en Afrique du Nord et sur le continent australien, ils ne couvrent aujourd’hui que 30,1 millions de km2 – soit moins d’un quart de la surface terrestre. « La perte du caractère sauvage de la planète en seulement deux décennies est stupéfiante », alerte James Watson, professeur de conservation de la biodiversité à l’université du Queensland.

Or, les milieux sauvages sont indispensables à la biodiversité mais aussi à l’absorption du carbone atmosphérique, à la régulation du climat à l’échelle locale ou encore à la vie de certaines populations humaines. « Leur valeur écologique est indéniable, confirme James Watson. Avec l’être humain qui altère une grande partie des processus naturels, ces zones servent aussi d’observatoires naturels pour étudier les impacts écologiques du changement climatique. »

« Risque d’extinction »

Dimanche 4 septembre, la mise à jour de la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a également montré que les zones sauvages de la Terre sont des refuges pour de nombreuses espèces en péril comme les zèbres des plaines, les éléphants d’Afrique ou encore les lions. « L’habitat d’un tiers des espèces mammifères terrestres se chevauche avec des milieux sauvages, indique James Watson. La perte de ces zones augmente donc le risque d’extinction des espèces déjà menacées. »

Toutes les régions du monde ne sont pas égales face au déclin de ces milieux. En Amazonie et en Afrique centrale, la situation vire à la catastrophe. Avec des pertes respectives de 30 % et 14 %, la dégradation des territoires sauvages s’y est accélérée significativement ces deux dernières décennies. « L’exploitation forestière et l’agriculture sont plus importantes dans ces zones, explique James Watson. Et la mise en place des espaces protégés prend du temps. »

Certes, les chercheurs australiens ont réussi à observer une augmentation des zones de protection dans le monde – leur surface a presque doublé depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Mais, malgré cette progression, les efforts ne suffisent pas à pallier les pertes : en vingt ans, 2,5 millions de km2 ont été déclarés zones protégées pendant que 3,3 millions de km2 disparaissaient. « Aujourd’hui, les milieux sauvages se dégradent à une vitesse supérieure à celle de leur protection, prévient James Allan. Si on continue à ce rythme, il ne restera aucune parcelle de nature vierge d’ici à la fin du siècle. »

La situation est irréversible. « Ces milieux ne peuvent pas retourner à l’état sauvage s’ils ont été occupés par l’homme, insiste James Watson. Une fois érodés, les processus écologiques qui maintiennent ces écosystèmes ne reviennent jamais à leur état initial. »

Pour Harold Levrel, professeur d’économie écologique à AgroParisTech, qui n’a pas participé à l’étude, ce phénomène, « bien qu’intolérable, n’est pas complètement surprenant » dans un contexte de croissance démographique. « Il faut savoir qu’en vingt ans, à l’échelle mondiale, le nombre d’êtres humains a augmenté de 30 %, explique-t-il. Et dans certaines régions d’Afrique ou d’Amérique du Sud, on arrive à 60 %. La pression sur les écosystèmes est donc proportionnelle. »

Autre menace qui pèse sur ces régions, la fragmentation des espaces est de plus en plus importante. Ce phénomène est notable car, sous le seuil de 10 000 km2, les aires de nature sauvage ne peuvent plus être considérées comme « milieu naturel significatif ».

« Gestion plus globale »

Certes, la majorité (82,3 %) des espaces sauvages sont composés de grandes étendues. Mais sur quatorze biomes – ou écorégions – présents dans le monde, trois d’entre eux n’ont aujourd’hui plus une surface suffisamment grande pour être inclus dans les milieux sauvages. Localisées principalement sous les tropiques (mangroves, bois de conifères ou forêts sèches d’arbres à feuilles caduques), « ces écozones n’ont quasiment plus d’opportunités de protection et sont vouées à la disparition », selon James Allan.

Pour des régions comme la forêt amazonienne, il est encore temps, selon les chercheurs. Mais, alors que les efforts de conservation sont généralement efficaces dans les zones protégées, « à ce jour, les espaces préservés dans le monde ne sont pas suffisants pour protéger efficacement les milieux, et ceux qui existent ne sont pas forcément bien gérés, déplore James Watson. Il est nécessaire d’arriver à une gestion plus globale de ces régions. »

Selon le scientifique, peu de règles régissent la perte d’écosystèmes à grande échelle. La difficulté réside souvent dans la taille des espaces qui dépassent les frontières des pays. « Aujourd’hui, les mesures se concentrent sur l’extinction des espèces et la gestion des systèmes déjà dégradés – qui sont bien sûr aussi des problèmes majeurs –, mais on suppose que les milieux sauvages vont bien. Cette étude prouve le contraire », continue le chercheur.

Au moment où se tient le Congrès mondial de la nature, à Hawaï, aux Etats-Unis, les auteurs insistent sur la nécessité d’aboutir à des accords internationaux qui reconnaissent l’importance des milieux sauvages et leur vulnérabilité. Pour eux, il y a urgence : « Si nous ne réagissons pas rapidement, tout aura disparu, ce qui serait une catastrophe pour la conservation, pour le climat, et pour certaines des communautés humaines les plus vulnérables de la planète. »

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 10:27

« Les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre », annonce Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN. Il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération »

Le 6 septembre par Martine Valo, Hawaï, envoyée spécial pour Le Monde, cf. http://abonnes.lemonde.fr/climat/article/2016/09/06/si-l-ocean-se-meurt-la-planete-aussi_4992961_1652612.html

Au milieu du hall d’exposition du congrès de l’Union internationale pour la protection de la nature (UICN), qui se tient à Hawaï jusqu’au 10 septembre, trône une très grosse mappemonde de l’agence météorologique et océanique américaine (NOAA). Elle se taille un franc succès auprès du public en montrant en accéléré le réchauffement de l’océan, ainsi que l’augmentation de son taux de salinité depuis la fin du XXe siècle : la planète vire à l’écarlate.

Et la gigantesque masse océanique qui la couvre à 71 % – soit 360,6 millions de kilomètres carrés –, devrait encore gagner un à quatre degrés d’ici à 2100. Même la température de l’eau des grandes profondeurs est en train de s’élever et, près des côtes, le thermomètre grimpe 35 % plus vite que dans la haute mer depuis les années 1960.

Les scientifiques estiment que l’océan a absorbé 93 % du réchauffement dû à l’émission de gaz à effet de serre générés par les activités humaines depuis 1970. « Sans cela, il ferait 36 degrés Celsius de plus qu’actuellement sur la terre, ce serait invivable », traduit Carl Gustaf Lundin, directeur du programme marin de l’UICN. Or « 70 % de la biodiversité se trouve dans l’océan », rappelle-t-il. Ce rôle de tampon face aux changements climatiques a un coût élevé pour les écosystèmes marins, c’est ce que le réseau de défense de la nature montre dans une volumineuse compilation d’études scientifiques, qu’elle rend publique lundi 5 septembre. Quatre-vingts scientifiques originaires de douze pays ont contribué à cette somme – inédite par son ampleur. Le tableau est édifiant.

Migrations des organismes marins

« Les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre », annonce Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN et l’un des principaux coauteurs. Des régions polaires jusqu’aux régions tropicales, des groupes entiers d’espèces, comme les méduses, les tortues et les oiseaux de mer, se sont mis à remonter de dix degrés de latitude vers les pôles.

Tous les organismes marins ont commencé à migrer : phytoplancton, algues, invertébrés, poissons, mais pas tous selon la même trajectoire. Non seulement le plancton, à la base de la chaîne alimentaire de la faune marine, change d’aires de répartition depuis cinquante ans, mais sa saisonnalité se modifie, et il devient plus petit par endroits. Note plus positive : il se diversifie dans les eaux froides.

Ces nouvelles donnes ont des effets « dramatiques », insistent les auteurs, sur la reproduction et la nutrition de nombre d’espèces. Le réchauffement a, par exemple, un effet dévastateur sur les tortues, dont six des sept espèces marines sont classées en danger d’extinction par l’UICN. Entre autres maux, il perturbe l’incubation des œufs, augmentant dangereusement le nombre de femelles, au point de compromettre la génération suivante.

Certains phénomènes sont connus : le blanchiment des coraux est un indicateur évident, repérable à l’œil nu, du réchauffement et de l’acidification de l’eau. La totalité d’entre eux devrait être affectée d’ici à 2050, alors qu’ils fournissent l’habitat d’un quart des espèces de poissons. Il est plus difficile de sensibiliser le public au sort des algues, bien que les scientifiques s’inquiètent tout autant de la dégradation accélérée des fonds côtiers. La destruction des forêts de laminaires fait perdre certains poissons et, pire encore, leur habitat, tout en favorisant les proliférations d’autres algues, ce qui réduit la quantité d’oxygène dans l’eau.

Impacts sur la santé humaine

Près des côtes, les changements vont avoir des impacts manifestes. Certaines populations y sont dépendantes des produits de la mer. La pêche et l’aquaculture fournissent environ 15 % de protéines animales à 4,3 milliards de personnes dans le monde. Or, sous l’effet de l’élévation des températures – à laquelle s’ajoutent les attaques de méduses et de divers pathogènes –, les élevages conchylicoles, de crustacés ou de saumon seront amenés à déménager. Quant aux pêcheurs côtiers, il y aura parmi eux des gagnants et des perdants. En Somalie, par exemple, particulièrement mal dotée, la pêche pourrait passer de 1,29 kg à 0,85 kg de poissons par personne et par an.

En comparaison, dans les îles du Pacifique, où les eaux sont très riches, la consommation moyenne tourne autour de 35 kg par personne et procure jusqu’à 90 % de protéines animales à leurs habitants. Les ressources pourraient y diminuer de 20 % vers 2050. Mais le problème de cette partie du monde tient surtout à la destruction des coraux. Celle-ci laisse le champ libre à des dinoflagellées, du phytoplancton sur lequel se développent des toxines, que viennent brouter des poissons herbivores et qui finissent par se concentrer dans les grands prédateurs, comme les mérous. On observe ainsi une véritable « épidémie » de ciguatera en Polynésie française ces dernières années, souligne le rapport.

Celui-ci consacre d’ailleurs un chapitre particulièrement glaçant aux impacts de ces mutations sur la santé humaine. « Davantage de chaleur, moins d’oxygène, plus de microbes », résume Dan Laffoley. Les passages qui s’ouvrent entre l’Atlantique et le Pacifique avec la fonte des glaces ne vont pas seulement être une aubaine pour le fret et les organisateurs de croisières. Les espèces envahissantes vont elles-mêmes pouvoir circuler davantage, les virus aussi. Plus nombreux, les pathogènes voient en outre leur circulation favorisée par la montée du niveau des mers, qui accélère les échanges avec les bactéries terrestres dans les estuaires.

D’une façon générale, les rivages apparaissent de plus en plus vulnérables, pas seulement à cause de la montée du niveau des mers. Les relations complexes qui lient étroitement océan et climat jouent un rôle dans l’accentuation de la force des tempêtes. Or les humains ont altéré nombre de barrières de protection naturelles, comme les mangroves, dont 30 % ont disparu en un siècle. Une fois encore, le réchauffement a aggravé ces destructions.

Il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération », selon les auteurs du rapport. Au-delà du monde marin, c’est bien la planète tout entière qui va être bouleversée par les changements en cours. « L’océan a une capacité de résilience, il faut l’aider », plaide cependant M. Lundin. Malgré son rôle vital pour la planète et les sociétés humaines, l’océan ne représente qu’un aspect marginal des négociations climatiques.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 16:33

L'extinction des espèces végétales et animales est particulièrement massive dans les îles, selon la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature, qui tire le signal d'alarme

Par Martine Valo pour Le Monde le 5 septembre 2016.

La faune et la flore disparaissent inexorablement de la planète. " Nous les perdons à un rythme inédit ", assure Jane Smart, directrice de la conservation au sein de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Celle-ci a publié, dimanche 4  septembre, l'actualisation de sa fameuse liste rouge des espèces menacées, et le constat est très inquiétant. Sur les 82 954 espèces animales et végétales prises en compte, 23 928 (29  %) sont qualifiées de " menacées ", dont 5 107 sont en " danger critique ", 7 602 " en danger " et 11 219 sont considérées comme " vulnérables ".

Cet inventaire a été réalisé par ce vaste réseau de protection de l'environnement auquel collaborent environ 10 000 experts internationaux et auquel adhèrent ONG et gouvernements. La dernière actualisation générale de la liste rouge datait de 2009.

" Pour effectuer nos mises à jour, nous nous appuyons sur trois générations d'animaux, ou bien sur des évolutions observées pendant un laps de temps d'au moins dix ans pour ceux qui se reproduisent assez vite, comme certains poissons, explique Jean-François Vié, directeur adjoint du programme global de sauvegarde des espèces à l'UICN. Une espèce est appeléevulnérable lorsque nous observons 30  % d'effectifs en moins. "

Espèces invasives

Le diagnostic rendu public à l'occasion du congrès mondial que l'UICN organise tous les quatre ans – cette année à Honolulu (Hawaï), jusqu'au 10  septembre – indique que, depuis le XVIe  siècle, 855 espèces ont disparu ; 68 n'existent plus hors d'une structure de conservation, dans un parc ou un jardin botanique. " Il est possible de maintenir des animaux en vie dans un lieu protégé puis de les relâcher un jour… à condition qu'il existe encore un biotope pour les accueillir ", note Jœ Walston, l'un des responsables de la Wildlife Conservation Society, une ONG environnementale américaine.

Néanmoins, au fond des mers, dans les forêts, les rivières, les savanes, le patrimoine naturel s'affaiblit, des populations disparaissent tandis que quelques autres envahissent leurs espaces. Et les îles sont les plus touchées par ce phénomène. L'UICN ayant donné rendez-vous au milieu du Pacifique à 8 300 délégués venus de plus de 180 pays, l'organisation a tenu à souligner l'extrême vulnérabilité de ces écosystèmes. L'archipel américain subit de multiples atteintes dues à l'introduction volontaire ou non de cochons, de chèvres, de rats, de limaces et de nombreuses plantes qui détruisent sa flore endémique. Sur 415 de ces végétaux répertoriés, la grande majorité est menacée d'extinction, quatre d'entre eux n'existent plus dans la nature, tandis que trente-huit ont totalement disparu.

" Prédateurs, champignons, insectes : on peut considérer que 80  % des espèces envahissantes entrées sur le sol américain se trouvent dans cet archipel ", résume Piero Genovesi, du groupe spécialisé sur les espèces invasives au sein de l'UICN.

Réchauffement, chasse, pêche…

Ce phénomène constitue la cause principale de l'érosion du patrimoine vivant dans l'ensemble des îles ; dans le reste du monde, il en est le deuxième facteur, indiquent les experts qui collaborent à la liste rouge. L'envahissement est associé à une disparition sur deux au cours des quatre derniers siècles, et il en serait le responsable unique dans un cas sur cinq, selon M.  Genovesi. " A Hawaï, par exemple, le paludisme aviaire apporté par un moustique au XIXe  siècle a causé la perte de la moitié des oiseaux en un siècle ", rappelle-t-il.

Aucune région n'échappe plus au déclin, car le patrimoine vivant est désormais majoritairement victime de la perte d'habitats naturels. Les espèces ne résistent pas à la dégradation générale de leur environnement – réduit, fragmenté, pollué ou carrément détruit. Le réchauffement climatique accentue la pression avec son lot de sécheresses et de tempêtes ; la chasse et la pêche ajoutent à l'hécatombe. Et tout ce que l'humain convoite : peau, viande, corne, défenses, griffes, fourrure, place irrémédiablement leurs propriétaires sur la liste des espèces " vulnérables ", " en danger " ou, pis, les conduit à rejoindre la catégorie " en danger critique d'extinction ".

Tel est le sort du gorille oriental (Gorilla beringei), le plus grand primate existant, qui vit notamment en République démocratique du Congo. Ses effectifs se sont réduits de 70  % en vingt ans, du fait de la chasse illégale. Le gorille Grauer, l'une des deux sous-espèces de cette région, a même perdu 77  % de sa population depuis 1994. Au total, quatre des six espèces de grands singes sont maintenant en " danger critique ", à un pas de l'extinction.

Une famille de tortues endémiques du Brésil (Mesoclemmys hogei) suit la même pente. Dix de ses dix-huit sous-populations se sont évanouies au cours des quarante dernières années. Elles habitaient notamment l'Etat de Rio de Janeiro avant que la destruction de leur biotope ne cause leur perte.

Le tableau est si sombre que l'UICN prend soin de mettre en avant les espèces dont la situation s'améliore. Ses experts veulent montrer que de sérieuses mesures de protection peuvent permettre d'enrayer le déclin. Ainsi, l'antilope du Tibet se rétablit : elle est à présent " quasi menacée ". Un vrai progrès pour celle qui était tuée pour sa laine shahtoosh si fine et si chère. Plus emblématique encore, le panda géant prospère ou presque : il rejoint les animaux " vulnérables ", et non plus " en danger ", grâce à la volonté de l'Etat chinois. Las, l'ursidé va devoir affronter la réduction des bambous qui l'abritent, car le réchauffement devrait les faire régresser de 35  % d'ici à la fin du siècle. Autant dire que tous les gains récents seront perdus.

Les experts alertent aussi sur le cas d'un gecko de Malaisie (Cyrtodactylus hidupselamanya). Il n'est pas totalement en état critique, mais cela devrait arriver dans les cinq ans avec l'extraction du calcaire sur lequel il vit. Autres nouveaux venus : la chauve-souris géante(Nyctalus lasiopterus) présente en Europe et en Afrique du Nord, qui manque de vieux arbres pour se loger. Ou encore le desman de Moscovie (Desmana moschata), un petit mammifère semi-aquatique, cousin de la taupe, victime de pêches musclées en Russie et en Ukraine.

Le koala d'Australie en danger

Enfin, en Australie, le koala fait lui aussi désormais partie de la grande famille des mal portants. Sa situation inquiète le grand public. Une enquête parlementaire a été commandée sur l'inefficacité des mesures mises en œuvre pour sa conservation. Les effectifs d'un autre petit marsupial endémique, l'antechine fauve (Antechinus bellus), qui vit dans le nord de l'Australie, ont chuté de plus de 30  % en moins de dix ans, sans émouvoir autant.

Pourtant, être classé ne serait-ce que parmi les espèces " quasi menacées " s'avère déjà de très mauvais augure, assure Jean-François Vié, de l'UICN. " Regardez les zèbres des plaines, autrefois communs en Afrique : ils ont diminué de 24  %, ce n'est pas rien ! ", lance-t-il. La liste rouge de 2016 évalue leur population autour de 500 000  animaux, alors qu'elle était de 660 000 il y a quatorze ans. Cibles des chasseurs pour leur chair et leur peau, dans certains pays ces mammifères ne se rencontrent plus que dans les parcs protégés. Et M. Vié d'enfoncer le clou : " Cette vague d'extinctions est un indicateur de la dégradation de notre planète. "Autrement dit, même les humains ne devraient pas tarder à s'en apercevoir.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 08:50

Le 2 septembre 2016 par Jade Lindgaard pour https://www.mediapart.fr/journal/france/020916/plus-les-agriculteurs-polluent-plus-ils-touchent-d-aides-de-l-europe

Alors que les pays européens tentent de trouver un accord sur la politique agricole commune en 2020, une étude démontre que les aides directes bénéficient le plus aux agriculteurs les plus pollueurs. Mais elle prouve aussi que dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.
C’est l’angle mort du récent conflit social dans le monde du lait et de la réunion des ministres de l’agriculture, le 2 septembre à Chambord : les effets de la production agricole et des aides européennes sur l’environnement. Pourtant, le choix par les producteurs laitiers de leur modèle économique ne peut plus ignorer le sujet : la politique agricole commune (PAC) consacre un budget spécifique aux aides agro-environnementales (appelé « second pilier »). Surtout, la protection de l’environnement est aujourd’hui l’un des principaux arguments mis en avant par les États membres pour justifier le versement de plus de 50 milliards d’euros d’aides annuelles directes au secteur agricole (soit plus de 40 % du budget communautaire).

Autour des notions de « bien commun », de « multifonctionnalité », de « services écosystémiques » et de « services environnementaux », les décideurs politiques européens intègrent de plus en plus le problème de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’eau dans leurs décisions touchant le domaine agricole – d’où les passes d’armes entre Bruxelles et la France sur Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens ou encore les nitrates. Cela dit, les aides directes européennes consacrées à la protection de l’environnement restent bien inférieures (20 %) aux aides à la compétitivité et aux revenus des agriculteurs (80 %).

Observant cet usage de l’environnement comme justification des aides de la PAC, une chercheuse doctorante, Alessandra Kirsch, s’est demandée si les aides directes versées par l’Europe aux agriculteurs répondaient aux objectifs environnementaux qu’elle affiche. Les réponses qu’elle apporte sont doublement instructives, alors que les producteurs laitiers sont loin d’être les seuls agriculteurs européens touchés par une crise économique – les céréaliers sont confrontés eux aussi à une sévère baisse des cours.

Sur l’ensemble des aides directes aux agriculteurs (à l’hectare, à la tête de bétail, ou par exploitant) et toutes productions confondues, les exploitants qui ont le moins bon impact sur l’environnement touchent le plus d’aides en moyenne. Selon les calculs d’Alessandra Kirsch, si l’on compare le niveau de subventions perçues par les exploitations, par hectare de surface agricole utile (SAU), en fonction du classement des exploitations selon leur degré de « durabilité environnementale »,
celles qui sont les moins respectueuses de l’environnement touchent les aides les plus élevées.

 

Manifestation d'agriculteurs aux abords du siège de Lactalis, à Laval, le 23 août 2016 ©Reuters

Autrement dit, les exploitations qui polluent le plus touchent le plus de subventions à l’hectare. C’est l’effet du mode de calcul des aides de la PAC, qui reflètent l’historique de l’exploitation. Le système des aides de la PAC d’avant 1992 reliait les aides aux rendements. Comme ils augmentaient avec l’usage des engrais et des pesticides, les exploitations les plus productives touchaient davantage de subventions. Les réformes suivantes ont attribué des montants d’aides fixes aux surfaces, en accordant des primes supérieures aux zones où les rendements étaient historiquement plus élevés.

Cela ne veut pas dire pour autant que c’est parce qu’ils touchent plus d’aides qu’ils polluent davantage, insiste Alessandra Kirsch. Mais qu’historiquement, les exploitants les plus indifférents à l’impact de leur activité sur l’écosystème ont bénéficié de plus de soutien que les autres. En réalité, les aides européennes à l’agriculture agissent de manière contradictoire. Les aides de la PAC sont réparties en deux « piliers » : aides à la compétitivité et aides à la protection de l’environnement. Les premières représentent 80 % des sommes versées, contre 20 % pour celles gratifiant la réduction des impacts négatifs sur l’écosystème.

Mais qu’est-ce qu’une exploitation qui traite bien son environnement ? Il n’est pas si facile de le définir, car il faut prendre en compte les impacts sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité. Or ils ne sont pas toujours corrélés. On peut avoir un bon taux de prairie, mais utiliser son tracteur plus que les autres et donc consommer beaucoup d’énergie. Par ailleurs, le monde agricole français est très divers. Les besoins et impacts de la culture des oléagineux et protéagineux (16 % des exploitations) sont très différents des élevages bovins. Chaque exploitation, à l’intérieur même d’un type de production donné, est caractérisée par des atouts et des faiblesses. La dernière réforme de la PAC, en 2013, veut harmoniser le paiement des aides quel que soit l’historique de l’exploitation, atténuant ainsi le déséquilibre en faveur des exploitations historiquement plus productives.

France Nature Environnement (FNE) a dénoncé cette année dans un rapport le faux verdissement de la PAC à cause des exceptions qui accompagnent plusieurs mesures environnementales. Deux exemples phares illustrent parfaitement la réalité derrière le verdissement de la PAC, explique dans un communiqué Marie-Catherine Schulz-Vannaxay, coordinatrice du réseau agriculture de FNE : « L’autorisation d’épandre des pesticides sur les 5 % de surfaces dédiées à la biodiversité dans les fermes, tandis que l’obligation de diversifier ses cultures pour réduire les usages de pesticides ou de fertilisants a été supprimée pour la principale monoculture, celle du maïs. »

Derrière ce triste diagnostic, se cache une bonne nouvelle : les performances économiques de ceux qui polluent le moins ne sont pas inférieures aux autres. C’est l’autre enseignement fort de l’étude d’Alessandra Kirsch : les exploitations impactant moins leur environnement produisent moins (de lait, de viande, de blé, de maïs…) que les autres, mais elles maîtrisent mieux leurs consommations intermédiaires. Si bien que les exploitants qui ont fourni le plus d’efforts pour réduire leur impact sur l’environnement ont un revenu au moins comparable aux autres. Ceux qui font le choix de modérer leurs objectifs de production consomment moins d’intrants (engrais, pesticides, herbicides…) et obtiennent ainsi des marges de rentabilité comparables, voire supérieures à ceux qui produisent plus mais dépensent plus pour maximiser leur production. C’est aussi vrai pour les grandes superficies : en grandes cultures, la dimension économique n’est pas un handicap au développement des pratiques plus favorables à l’environnement, constate la chercheuse. Dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande de lait, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.

Ce travail tout récent d’analyse empirique sur la distribution des revenus de la PAC – la thèse n’a pas encore été publiée – indique à quel point les injonctions politiques de l’Union peuvent être contradictoires sur l’agriculture. Cela n’aide pas les paysans et les exploitants à s’adapter à la nouvelle réalité économique – les quotas laitiers ont été supprimés le 31 mars 2015. Vendredi 2 septembre, plusieurs syndicats agricoles ont manifesté aux abords du château de Chambord, où se réunissaient les ministres européens pour trouver un accord sur la PAC en 2020. « Notre agriculture est à genoux », a indiqué le président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, qui organisait un « grand repas populaire » à l’entrée du domaine. Pendant ce temps, près de 120 militants de la Confédération paysanne manifestaient à Blois pour « une vraie régulation européenne pour les paysans en détresse », car « Pour nous, c’est pas la vie de château ».

Alors que les aides directes sont indispensables au revenu des agriculteurs européens (surtout pour les céréaliers et les éleveurs bovins, qui connaîtraient sinon des pertes comptables sèches, selon le réseau d’information comptable agricole), le monde agricole se trouve dans une situation économique si difficile qu’il peine à imaginer pouvoir changer de modèle et se divise sur fond de drame social.

 

 

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 14:59

Par Pierre Le Hir (Bure (Meuse), envoyé spécial pour Le Monde, 15 août 2016

« Et la forêt, elle est à qui ? Elle est à nous ! Andra, dégage ! » Dimanche 14 août en fin de matinée, le slogan claque dans le cortège qui s’avance, sous un soleil de plomb, vers une forêt dominant le petit village de Bure, aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne.

Il donne la nouvelle tonalité, plus radicale que pastorale, de la lutte contre le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) que prévoit de construire ici l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour y enfouir les résidus nucléaires les plus dangereux.

Joignant le geste à la parole, environ 400 opposants – militants historiques de la région, agriculteurs, villageois mais aussi, en plus grand nombre, jeunes activistes pour beaucoup cagoulés et masqués – investissent un domaine forestier où, depuis plusieurs semaines, l’Andra mène des travaux de reconnaissance.

D’ordinaire, les gendarmes mobiles et les vigiles de l’agence quadrillent le terrain, empêchant toute intrusion et multipliant les contrôles d’identité. Aujourd’hui, ils ont choisi de se retirer pour éviter tout incident. Pas un seul uniforme en vue. La forêt est ouverte, seulement survolée par un hélicoptère.

« Sabotage collectif et joyeux »

Les manifestants en profitent. Plusieurs dizaines d’entre eux, munis de masses, de barres à mine, de béliers, de pioches et de cordes, abattent l’un après l’autre les pans d’une enceinte de béton avec lesquels l’agence a fortifié son chantier.

D’autres taguent la paroi où s’étalent des devises colorées. « Vos déchets on n’en veut pas », « ni ici ni ailleurs », « que revive la forêt communale », ou plus loin, en grosses lettres jaunes, « on défait le mur ! ». D’autres encore replantent des arbrisseaux sur les parcelles déboisées.

« Un monde sans mur » FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

« Ce sont les tombes de l’Andra », dit un jeune opposant qui se fait appeler Sylvestre et qui revendique « un acte de sabotage collectif et joyeux ». « La vraie violence, défend-il, c’est celle d’une agence qui colonise le territoire, défriche la forêt en toute illégalité et construit un mur de la honte. »

De fait, la fronde contre la « poubelle nucléaire de Bure », longtemps limitée aux associations locales et aux réseaux antinucléaires, a changé de visage et de méthodes, depuis que l’Andra a entrepris des travaux dans ce massif de 220 hectares, dit bois Lejuc, sur la commune de Mandres-en-Barrois (Meuse).

Il se trouve en effet à l’aplomb du futur site de stockage, conçu pour confiner à 500 mètres sous terre, dans 300 kilomètres de galeries, 80 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs et à vie longue, pour un coût prévisionnel de 25 milliards d’euros.

 

Un cimetière radioactif à 500 mètres sous terre. Andra

Ces travaux, indique l’Andra, consistent en « une campagne de reconnaissance géotechnique destinée à recueillir les données nécessaires aux études de conception du projet Cigéo ». En clair, des forages et des relevés de terrain qui lui permettront de présenter, en 2018, une demande d’autorisation de création du centre de stockage, pour un démarrage du chantier de construction en 2021 et une mise en service en 2025.

Camp fortifié

Pour « sécuriser le site dont elle est propriétaire », l’agence a d’abord planté une double rangée de piquets et de barbelés. Cette clôture a été arrachée et cisaillée par des militants, qui en ont fait des barricades derrière lesquelles ils ont tenu la forêt pendant trois semaines, entre le 19 juin et le 7 juillet, avant d’être délogés par les gendarmes mobiles.

A la place, c’est un mur de béton de deux mètres de hauteur qui a été érigé, transformant le chantier en camp fortifié. Il doit s’étirer sur près de quatre kilomètres de long et sa pose, au milieu d’une large saignée, a entraîné, selon les opposants, le défrichement de sept hectares sur lesquels « des chênes centenaires ont été tronçonnés ».

« Nous n’avons jamais interdit à personne de se promener dans les bois qui nous appartiennent, d’y pique-niquer ou d’y cueillir des champignons, répond Jean-Paul Baillet, directeur du centre Meuse-Haute-Marne de l’agence. Mais nous devons protéger nos salariés, qui subissent des menaces, et nos matériels scientifiques, qui ont fait l’objet de dégradations. »

En poussant à l’intérieur de la forêt, on découvre en effet la carcasse calcinée d’un bâtiment préfabriqué de l’Andra qui a été incendié la veille, au milieu d’un stock de tubes de forage et de cloisons de béton prêtes à être posées.

Le bois Lejuc, ce bout de forêt perdu au milieu de nulle part, est ainsi devenu le foyer de la contestation anti-Cigéo et, plus largement, des luttes antinucléaires. Les opposants se défendent pourtant de vouloir créer ici une nouvelle « zone à défendre », à l’image de celles de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) ou de Sivens (Tarn).

De son côté, l’Andra dit vouloir avant tout « éviter la violence ». Mais la mobilisation, dont la journée du 14 août n’était qu’une étape, n’en semble pas moins partie pour durer. « Aujourd’hui, nous avons fait tomber les murs, se félicitait dimanche un jeune activiste. C’est aussi la chape de plomb de la fatalité et de la résignation qui s’est fissurée. Ce que nous vivons ici, c’est le renouveau du mouvement antinucléaire. »

Quatre cents manifestants se sont rassemblés près de Bure (Meuse), dimanche 14 août, pour s’opposer au projet de « poubelle nucléaire ». FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Guérilla militante et juridique

D’autant qu’à la guérilla militante les anti-Cigéo ajoutent la guérilla juridique, en conjuguant actions sur le terrain et dans les prétoires. Et ils ont remporté un premier succès. Le 1er août, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, saisi par des associations et des habitants de Mandres-en-Barrois, a considéré que l’Andra avait procédé, pour installer son mur, à un défrichement « illicite ».

Il lui a ordonné de suspendre tout déboisement et de remettre les lieux en état – c’est-à-dire d’y replanter des arbres – dans un délai de six mois, sauf à obtenir de la préfecture l’autorisation de défrichement nécessaire. L’Andra reconnaît « une erreur d’appréciation » sur la réalité du déboisement, tout en annonçant qu’elle « n’exclut pas de reprendre les travaux de pose de la clôture dans les prochains jours ».

De mémoire d’opposant, c’est la première fois que le projet d’enfouissement des déchets radioactifs subit un revers devant un tribunal. « C’est une victoire historique, juge Régine Millarakis, militante de longue date contre le projet Cigéo et membre de la coordination Burestop. Elle nous redonne du courage pour continuer à nous battre face à un organisme public qui agit comme un rouleau compresseur. »

Directeur des opérations industrielles de l’Andra, Patrice Torres craint, lui, que toutes ces actions « ne fassent perdre du temps et de l’énergie pour un projet essentiel pour la nation et pour l’Etat ».

Dimanche, alors que la nuit tombait, les manifestants quittaient le bois Lejuc. Ils annonçaient avoir mis à bas l’enceinte de béton sur un kilomètre, soit la presque totalité de sa longueur. Une nacelle de vigie, installée à l’orée du bois, montait la garde.

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:17

Par Nicolas Celnik et Martine Valo pour Le Monde le 7 août 2016.

ROBERTO SCHMIDT / AFP

ROBERTO SCHMIDT / AFP

La journée mondiale du « dépassement » ne se célèbre pas, elle résonne comme un cri d’alerte. A partir du lundi 8 août, l’humanité va vivre à crédit, puisant au-delà de ce que la planète peut lui procurer comme ressources naturelles en une année. C’est la date – un peu approximative, mais édifiante – qu’a arrêtée, pour 2016, le Global Footprint Network (GFN).

Cet institut de recherches international, basé à Oakland (Californie), aux Etats-Unis, mène régulièrement cette campagne d’information axée sur ce jour fatidique (Earth Overshoot Day, en anglais). Ses experts estiment qu’au rythme actuel, les humains auraient besoin de l’équivalent de 1,6 Terre pour assouvir leur surconsommation globale annuelle.

Les Australiens et les Américains sont les champions de cette démesure : si tous les Terriens vivaient sur le même pied qu’eux, ils engloutiraient les bienfaits d’au moins cinq planètes. La croissance démographique est loin de justifier un tel appétit. La consommation moyenne par habitant augmente continuellement autour du globe.

LA DATE FUNESTE ARRIVE DE PLUS EN PLUS TÔT

Exploitation – durable ou non – des sols agricoles, des forêts, des pâturages, des populations de poissons, sans compter l’accélération vertigineuse de l’artificialisation des terres qui bride la production de matières organiques : ce que nous prélevons a-t-il le temps de se renouveler ? C’est ce qu’analysent les experts de GFN à partir de données émanant des Nations unies (ONU).

Pour évaluer notre empreinte écologique sur la Terre, ils prennent en compte non seulement la pression que nous exerçons sur les ressources naturelles, mais la « biocapacité » de la planète, c’est-à-dire son aptitude à se régénérer tout en absorbant les déchets. Leur diagnostic est sans appel : le jour du dépassement survient de plus en plus tôt.

En 1970, ils avaient estimé que la date funeste correspondait au 23 décembre ; en 1990, au 13 octobre ; en 2010, au 28 août : soit en moyenne quatre jours plus tôt chaque année. Le rythme semble cependant avoir légèrement ralenti ces cinq dernières années.

Maigre consolation, car cette surexploitation généralisée épuise notre capital naturel. La déforestation, l’érosion des sols, la désertification et l’appauvrissement de la biodiversité en témoignent. Mais le principal indicateur de nos excès est d’abord à chercher dans l’atmosphère, où le dioxyde de carbone s’accumule à cause de notre propension à brûler toujours plus d’énergie. Nos émissions de CO2 représentent désormais plus de 60 % de notre empreinte écologique globale.

LA VOLONTÉ POLITIQUE FAIT DÉFAUT

Mathis Wackernagel, cofondateur de Global Footprint Network, rappelle que l’année 2015 s’est close par l’annonce d’un accord mondial en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre, à la Conférence de Paris sur le climat, la COP21.

Il y voit un signe encourageant pour le développement des énergies renouvelables et l’adaptation au réchauffement. La transition « va requérir de gros efforts », estime-t-il, mais elle est possible. Pour réduire notre empreinte carbone, « la seule ressource qui nous fasse véritablement défaut aujourd’hui est la volonté politique », assure-t-il.

Même constat du côté du WWF, le Fonds mondial pour la nature, l’un des vingt-cinq partenaires de cette opération. « Nous continuons à creuser notre dette écologique, constate Pascal Canfin, directeur général du WWF FranceNous devons impérativement changer de modèle de développement. La bonne nouvelle est que les solutions sont là. »

99 % D’ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE

Pour l’heure, les champions de la révolution énergétique ne sont pas légion. Le Costa Rica a été capable de fonctionner avec 99 % d’électricité renouvelable en 2015, et s’est donné pour objectif de devenir neutre en CO2 en 2021. Mais, même pour un Etat aussi vert que lui, de telles ambitions sont difficilement atteignables : l’électricité ne répond qu’à un quart des besoins du pays. Souvent cité en exemple lui aussi, le Portugal a réussi à n’avoir recours qu’à des énergies vertes pendant quatre jours consécutifs.

Et si l’effet d’entraînement venait plutôt des villes ? Dans la dynamique qui a suivi l’accord de Paris, 533 grandes cités ont décidé de mesurer leur empreinte écologique, de partager leurs données en la matière et se sont engagées à modérer leurs émissions de CO2. De New York à Tokyo en passant par Londres et Johannesburg, ce sont ainsi 621 millions de personnes qui se trouveraient potentiellement impliquées.

Enfin, le laboratoire d’idées d’Oakland suggère au grand public plusieurs résolutions bénéfiques pour la planète. L’ONG incite chacun à poster les clichés de ses bonnes actions sur Internet avec le mot-clé #pledgefortheplanet (« promesse à la planète »).

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:04

Nous vous en parlions en avril 2013 dans  Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence. Depuis cinquante ans, le musicien et bioacousticien américain répertorie les bruits du monde animal menacé d’extinction par l’homme. Des artistes internationaux illustrent ses archives sonores à la Fondation Cartier.

Par OLIVIER LAMM pour Libération sur http://next.liberation.fr/musique/2016/08/01/bernie-krause-harmonies-vivantes_1469754

Bernie Krause au Sugarloaf Ridge State Park de Kenwood, Californie, en 2015. Photo Ramin Rahimian

Le monde naturel disparaît à grands feux, juste sous nos oreilles. Lentement, sûre- ment, il s’évapore aussi sous nos yeux, mais à un rythme qui sert malheureusement trop bien à notre oubli et notre aveuglement. Alors depuis bientôt cinq décennies, le bioacousticien américain Bernie Krause en parcourt les derniers sanctuaires pour l’enregistrer, le comprendre, et nous apprendre à l’écouter. Des marais sauvages du Costa Rica aux profondeurs de l’océan Pacifique, des prairies californiennes à l’Amazonie, il traque les signatures sonores des larves, des grands singes, des anémones. Attrapé au cœur d’une catastrophe dont il ne mesurait pas l’ampleur quand il a posé pour la première fois un micro dans un champ, à la fin des années 60 (la sixième extinction de masse des espèces anima- les), ce guitariste passé par les studios de la Motown et le départe- ment de musique électronique du Mills College a troqué sa casquette de musicien contre une blouse de scientifique militant.

PLAGE DE FRÉQUENCES

Au fur et à mesure des voyages et des années, il est devenu l’un des premiers témoins de l’impact de l’homme sur son environnement, souvent notable à l’oreille bien avant d’être visible à l’œil, et développé une discipline unique en son genre, l’écologie des paysages sonores. A la suite des travaux pionniers du Canadien R. Murray Shafer, Krause a ordonné le monde en trois catégories complémentaires : la géophonie, qui rassemble tous les sons non organiques comme l’eau, le vent, les activités volcaniques, etc. ; la biophonie, qui comprend tous les sons produits par un organisme donné dans un lieu donné ; et l’anthrophonie, qui réunit toute la musique des hommes, qu’elle soit volontaire (musique, théâtre) ou involontaire, chaotique, incohérente. Enfin il a établi le principe de niche, qui envisage que chaque organisme s’exprime sur une plage de fréquences très précise qui lui permet d’interagir en toute «harmonie» avec les autres, et que celle-ci est amenée à changer si le paysage sonore dans lequel cet organisme vit est modifié. Ainsi, chaque environnement sonore naturel est comme un orchestre dont les pupitres seraient précisément distribués et redistribués au fur et à mesure de l’évolution. Mais pour reconnaître cette étonnante musicalité du vivant, il convient d’apprendre à l’écouter – ce que les civilisations humaines de ce début de XXIe siècle semblent peu disposées à faire.

Sur la terrasse de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, qui organise depuis le 2 juillet la première grande exposition consacrée à son œuvre et à sa cause, Krause, mid-westernien au regard doux de 78 ans, tente de nous expliquer pourquoi nous avons tant tardé à ouvrir nos oreilles au grand orchestre du vivant. «La seule raison pour laquelle nous ne reconnaissons pas la musicalité du monde biologique, c’est que nous n’avons pas de mot pour la désigner. Parce que nous baignons dans une culture de l’image, même nos gardes forestiers semblent incapables de témoigner des merveilleux mondes sonores dans lesquels ils ont le privilège de travailler.» Appréhender la partie sonore d’un lieu comme un paysage sonore ne nécessite pourtant aucun apprentissage pénible. Souvent, une simple initiation suffit. «Je travaille souvent avec des enfants. Il suffit de leur mettre un enregistreur entre les mains et un casque sur les oreilles et de les lâcher dans un jardin pour qu’ils se mettent à utiliser le micro comme une paire de jumelles.»

BALADE EN FORÊT

Sa propre illumination, Bernie Krause l’a eue par accident. Originaire de la cité industrielle de Detroit, élevé dans une grande famille sans animaux, son rapport initial à la nature était peu ou prou le même que celui des Pères pèlerins : éloigné, aliéné, effrayé. La première fois qu’il est entré dans une forêt pour l’enregistrer, il était mort de peur, sans pouvoir l’expliquer. Ce n’est que des années plus tard qu’il a découvert qu’il était le produit d’une culture terrorisée par son environnement, alors que pendant des millénaires, l’espèce humaine avait participé en toute harmonie au grand concert du vivant. «Je n’utilise jamais le mot “nature” dans mon travail. Sa racine étymologique est très dérangeante : elle remonte au IVe siècle, quand Constantin le Grand a demandé à ses clercs de dé- finir tout ce qui était sauvage, dangereux, inexplicable, incontrôlable. Alors, ils ont inventé un mot avec un suffixe féminin, natura, dont la définition était en désaccord avec Dieu. Voilà. Rien n’a changé depuis. Nous ne cessons de vouloir contrôler cette merveille qui nous a fait naître, de penser que nous pouvons l’améliorer. Pire, nous pensons que nous en sommes séparés.”

Avant de lancer en 1968 Wild Sanctuary, sa fondation de sauvegarde des paysages sonores naturels, Bernie Krause était réputé dans le monde de la pop comme l’un des manipulateurs les plus agiles du synthétiseur Moog, dont il ne jouait pas seulement sur les disques du duo Beaver Krause, avec son confrère Paul Beaver, mais sur ceux des Monkees, des Doors, des Byrds ou de George Harrison. C’est une balade en forêt et, étrangement, la perspective de pouvoir travailler seul, qui a tout changé. «J’ai une mauvaise vue de naissance, alors j’ai toujours été très intéressé par le monde du son. Je me suis toujours informé par lui. La possibilité de le capter et de le reproduire me semblait être un miracle. A la fin des années 60, j’ai commencé à produire des albums de musique électronique avec Paul Beaver dont In a Wild Sanctuary, l’un des tout premiers albums consacrés au thème de l’écologie. Il semblait logique de sortir du studio pour aller y enregistrer la nature. Ce fut une révélation au moins dix fois plus puissante que celle que j’avais connue en commençant à travailler dans un studio. Je dois aussi avouer que j’ai saisi la chance de travailler dans la nature pour une raison très égoïste : je m’y sentais bien mieux qu’avec les divas d’Hollywood. Mais très rapidement, je me suis surtout rendu compte que ces enregistrements pouvaient aider à prendre conscience de phénomènes dont on parlait alors très peu, même dans la communauté scientifique : la destruction des habitats naturels et les effets des entreprises humaines sur l’environnement à toutes les échelles, même celles invisibles à l’œil humain.»

«DISPARITION MASSIVE»

En cinquante ans, Bernie Krause a réalisé plus de 5 000 heures d’enregistrements d’habitats naturels abritant plus de 15 000 espèces. Au fur et à mesure qu’il est retourné sur les lieux de ses enregistrements du passé, il a constaté la vitesse ahuris- sante avec laquelle notre environnement sonore s’est appauvri : là où il fallait dix heures d’enregistrement pour isoler une heure de grande valeur sonore il y a quarante ans, il en faut aujourd’hui mille. «La grande majorité de mes archives provient de lieux qui n’existent plus dans l’état dans lequel j’ai capturé leur paysage sonore. Assis- ter de manière si précise à une disparition si massive et si rapide est très douloureux. Je ne suis pas non plus rassuré par le constat que mon travail n’intéresse toujours personne cinquante après que je l’ai commencé. C’est pourtant la voix du monde naturel. On enseigne la préservation de l’environnement dans toutes les grandes universités américaines, à Harvard, à Yale, à Stanford, mais aucune ne s’intéresse au son. C’est comme si on préparait une gigantesque banque de données de films muets. C’est si frustrant.»

 C’est à la fois pour rendre hommage à son œuvre d’archiviste et pour amplifier ses appels incessants à préserver ce qui demeure de notre environnement dévasté que la Fondation Cartier a invité Raymond Depardon, Ryuichi Sakamoto (lire ci-dessous) ou encore Adriana Varejão à mettre en images quelques-uns des trésors sonores de Krause. Le studio web Upian a également conçu avec Krause lui- même et la chanteuse Camille un site internet (1), qui s’offre à la fois comme un prolongement de l’exposition et une initiation idéale aux miracles de l’harmonie acoustique du règne animal. Qui sait, peut-être peut-il encore être sauvé ? • 

(1) Legrandorchestredesanimaux.com

LE GRAND ORCHESTRE DES ANIMAUX

Fondation Cartier, 261, bd Raspail, 75014. Jusqu’au 8 janvier 2017. Rens. : fondation.cartier.com

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 08:07

Par Rémi Barroux le 11 juillet 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/07/11/l-ocde-pointe-les-insuffisances-de-la-politique-environnementale-de-la-france_4967468_3244.html

Bien, mais peut et doit mieux faire. En cette période de résultats aux examens, la France reçoit, lundi 11 juillet, son carnet de notes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur ses engagements et sa politique environnementale.

« La France a mené une politique volontaire et ambitieuse en matière d’environnement, marquée en 2015 par la loi de transition énergétique et l’accord de Paris à la COP21, et en 2016 par le projet de loi sur la biodiversité. Le grand défi est maintenant de tenir ces engagements », a déclaré le secrétaire général de l’organisation économique internationale, Angel Gurria.

Ce rapport devait être remis lundi matin par Simon Upton, directeur de l’environnement de l’OCDE, à la commissaire générale au développement durable, Laurence Monnoyer-Smith.

Tous les dix ans, chacun des trente-cinq pays membres de l’OCDE et quelques pays « partenaires » (comme le Brésil ou la Colombie) est évalué sur sa politique environnementale. L’occasion surtout de mettre en regard les objectifs affichés et les résultats atteints. « La France s’est fixé des objectifs ambitieux, ce qui est positif, mais dans de nombreux domaines, des progrès sont à faire », explique la responsable du rapport, Frédérique Zegel, analyste des politiques à l’OCDE.

Examen nuancé, voire sévère

Le tableau d’ensemble est plutôt louangeur, marqué au début de la décennie étudiée par le Grenelle de l’environnement en 2007 et conclu par l’accord de Paris de la conférence sur le climat. Mais, chapitre par chapitre, l’examen se montre plus nuancé, voire plus sévère. Et les recommandations, les « défis », comme l’écrivent prudemment les économistes de l’OCDE, soulignent les points faibles des politiques environnementales françaises.

Au chapitre de la pollution de l’air, si la baisse des émissions de la plupart des polluants atmosphériques est réelle depuis 2000, elle est due à de nouvelles réglementations plus strictes, explique l’OCDE, mais aussi à la baisse de la consommation d’énergie et à la désindustrialisation de l’économie. Surtout, alertent les auteurs du rapport, les émissions d’oxydes d’azote ont dépassé les plafonds fixés par la législation européenne, à cause de la croissance du parc et de la circulation des véhicules diesel.

« Les plans mis en œuvre ne sont pas assez contraignants, leur gouvernance est ambiguë et les péages urbains et restrictions de circulation encore rares », constate l’OCDE, qui recommande de « promouvoir les zones à circulation restreinte et expérimenter les péages urbains ».

Autre point noir mis en avant par l’évaluation, la pollution des eaux due notamment à l’usage intensif des pesticides, qui fait de la France l’un des gros consommateurs de produits phytosanitaires dans le monde. « Si les excédents d’azote et de phosphore ont baissé, l’usage des pesticides a augmenté de 29 % entre 2008 et 2014, contrairement aux objectifs du plan Ecophyto. » Dans ce domaine, l’organisation internationale propose l’instauration d’une « redevance sur les engrais minéraux azotés ».

Autant de points et de recommandations que le ministère de l’environnement affirme avoir déjà mis en perspective, voire inscrits dans des textes législatifs. « La France a progressé par exemple sur la fiscalité écologique, ainsi que nous l’avions recommandé dans le précédent rapport, en 2005, notamment avec la mise en place d’un comité pour cette fiscalité, le rattrapage entre diesel et essence, la mise en œuvre d’une composante carbone dans la fiscalité, mais il reste beaucoup de dérogations, comme pour l’agriculture, le transport routier de marchandises ou l’aérien », détaille Frédérique Zegel.

L’abandon de l’écotaxe critiqué

En France, les taxes environnementales représentaient 2 % du PIB, alors que la moyenne des pays européens membres de l’OCDE est de 2,4 %. Les économistes soulignent la faible application du principe pollueur-payeur, notamment concernant la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui n’est pas liée au coût du service rendu et au faible financement par les entreprises.

L’abandon de l’écotaxe par Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, qui visait à taxer le transport routier de marchandises pour favoriser les modes de frets ferroviaire et fluvial, est aussi critiqué. « L’abandon de l’écotaxe poids lourds a clairement contredit le principe pollueur-payeur en maintenant une couverture partielle des coûts externes, y compris environnementaux, d’utilisation de l’infrastructure routière », écrivent les rapporteurs.

Parmi les recommandations, l’OCDE préconise ainsi de développer l’évaluation environnementale des aides publiques « pour supprimer les soutiens potentiellement dommageables à l’environnement ». Parmi ces soutiens « dommageables » sont pointées les aides au foncier contribuant à l’étalement urbain, les aides à l’agriculture ou à la pêche intensive ainsi que la « sous-tarification de la pollution des eaux ».

Dégradation des zones humides

Si chaque rapport environnemental national donne lieu à une discussion avec le pays concerné et l’ensemble des nations membres de l’organisation – pour la France, cet examen collectif s’est déroulé le 8 mars –, de fait, l’OCDE s’efforce de présenter les points positifs autant que les faiblesses des politiques environnementales. « Ces rapports doivent servir chaque pays à s’auto-évaluer, à se comparer aussi aux autres pays et à améliorer leurs performances », résume Frédérique Zegel.

« Le dialogue social environnemental doit être renforcé »

Autre exemple de cet exercice d’équilibre mesuré, la démocratie environnementale. « Le dialogue social environnemental doit être renforcé », conclut l’OCDE sur ce chapitre. En plein conflit sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi de nombreux projets d’infrastructure contestés (tunnel ferroviaire Lyon-Turin, barrage de Sivens, Center Parc de Roybon…), l’avertissement prend tout son sens.

Si la réforme du dialogue environnemental est récente et que ses effets ne pourront être enregistrés qu’à moyen terme, les rapporteurs insistent notamment sur la dégradation, depuis 2000, des zones humides : « L’artificialisation des sols augmente deux fois plus vite que la population. » Et si l’organisation reconnaît le renforcement de l’application du principe « éviter, réduire et compenser », elle note que l’évaluation de la performance du volet compensation reste « difficile à mettre en œuvre ». Il faut, dit l’OCDE, évaluer l’impact des projets dans leur ensemble, un argument rappelé autant par la Commission européenne que par les opposants à ces projets qu’ils jugent « inutiles ».

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 17:14

À l’initiative du Collectif pour la défense et l’extension du parc de la Courneuve George-Valbon et du collectif Notre parc n’est pas à vendre.

Il y a plus d’un an, l’architecte Roland Castro, soutenu par Manuel Valls et Stéphane Troussel, proposait un projet appelé « Central Park » visant à bétonner le parc de la Courneuve : 24 000 logements et une amputation d’au minimum 80 hectares classés Natura 2000.

Une grande mobilisation populaire, avec plus de 16 000 personnes signataires de la pétition, s’est opposée à ce projet anti-écologique, antisocial et antidémocratique. Nous avons fait reculer une partie des autorités publiques qui ne parlent plus de ce projet. C’est une première et importante victoire.

Mais, aujourd’hui, le parc est toujours menacé.

Nous sommes face à une multitude de projets portés par l’État, le Conseil départemental, le Grand Paris et certains élus locaux.

L’État souhaite toujours bétonner les “franges” du parc et des élus locaux demandent à construire sur les parties du parc situées à Dugny, comme La Pigeonnière.

Le terrain des Essences qui appartient à l’État va servir à des constructions qui vont impacter le parc. Quant à l’Aire des Vents, le président du Conseil départemental voudrait y installer le village des médias en cas d’obtention des JO en 2024. Là encore, ce projet aboutirait à construire des bâtiments.

Provisoires ? Définitifs ?

Tous ces projets s’élaborent loin des habitants et des usagers. Ils ont pour point commun de vouloir réduire, morceler ou privatiser le parc pour des promoteurs immobiliers. Ils sont dangereux.

Pour un projet d’extension et de valorisation

Notre Collectif défend une autre vision et un autre projet pour le parc. À l’heure des enjeux climatiques, de santé publique et des inégalités d’accès aux espaces verts de détente et de loisir, le seul projet ambitieux et d’avenir pour les habitant-e-s des quartiers c’est l’extension du parc. Les créateurs du parc avaient imaginé qu’il atteindrait 800 hectares. Il n’est pas trop tard pour reprendre cette ambition à la hauteur des enjeux du 21e siècle.

Pour ces raisons, nous appelons les habitant-e-s du 93, les salarié-e-s et les usagers du parc à se mobiliser et à nous rejoindre pour une grande journée dimanche 10 juillet (Rdv devant la Maison du parc) avec…

dès 10h : ballades découvertes à pied et en vélo dans le parc ;

12h-14h : grand pique-nique ;

14h-16h : ateliers et débats sur les projets qui menacent le parc et son avenir ;

Atelier Photos : le parc en famille (Venez nous faire partager vos prises de vues réalisées sur le parc en famille, seul-e-s ou en groupes)

www.petitions24.net/stop_au_projet_central_park

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