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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 09:04

Mercredi 11 octobre, le président de la République a pris la parole pour faire le bilan de la première partie des États généraux de l’alimentation. Tant sur la forme que sur le fond, le monde écolo et paysan reste dubitatif. Certains pourraient se retirer des discussions. D’après Marie Astier le 11 octobre 2017 pour Reporterre, avec ajouts d’autres sources, suivi de Macron dégaine ses ordonnances.

États Généraux de l'Agro-industrie ? Le Ministre de l’agriculture Stéphane Travers doit choisir son assiette

États Généraux de l'Agro-industrie ? Le Ministre de l’agriculture Stéphane Travers doit choisir son assiette

Lire sur ce sujet L’UFC-Que choisir dénonce les « marges exorbitantes » de la grande distribution sur les fruits et légumes bio et Le marché bio s’envole, les paysans bio craignent de perdre leur âme, et aussi sur l'alimentation Pacte pour une agriculture et une alimentation d’intérêt général, sur la mobilisation locale De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !, sur la sécurité alimentaire Nous mangeons trop de produits ultra-transformé et Sécurité alimentaire : l’agence européenne minée par les conflits d’intérêts.

Que sont les États généraux de l’alimentation ?

Un grand débat sur l’alimentation en France vise à rassembler autour d’une même table « l’ensemble des parties prenantes : producteurs, industries agroalimentaires, distributeurs, consommateurs, restauration collective, élus, partenaires sociaux, acteurs de l’économie sociale, solidaire et de la santé, organisations non gouvernementales, associations (...), banques, assurances... », d’après Matignon. Les discussions ont été réparties entre 7 ateliers, certains rassemblant jusqu’à 60 participants de tous bords. Deux thèmes pour deux « chantiers » successifs ont été retenus : « la création et la répartition de la valeur » pour le premier chantier qui s’achève, « une Alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous » pour le deuxième qui se clora en décembre.

« Comment éviter un échec des États généraux de l’alimentation ? »

C’est la question, posée par les 50 organisations de la plateforme « pour une transition agricole et alimentaire ». Elles prennent la parole alors que mercredi 11 octobre, à 16 h au marché de Rungis, se tient la scène finale de l’Acte 1 des États généraux de l’alimentation : le président de la République établit un premier bilan des discussions entamées depuis fin août.

Une intervention permettant de savoir ce que le gouvernement retient comme pistes de réponses au sujet premier chantier : « la création et la répartition de la valeur ». Au cœur du sujet, le revenu des agriculteurs, et les relations commerciales tout au long de la chaîne depuis le producteur jusqu’au consommateur.

« Le diagnostic de départ, qui est que la rémunération des paysans n’est pas suffisante, nous paraissait plutôt juste, relate Nicolas Girod, paysan et secrétaire national de la Confédération paysanne. Il semblait même partagé par tout le monde. Mais au fur et à mesure, les discussions ont glissé vers moins de prise en compte des problématiques paysannes et plus de prise en compte de celles des industriels », regrette-t-il.

Une impression qui résume celle de beaucoup d’autres membres de la plateforme pour une transition agricole et alimentaire, qui s’inquiètent de la direction que prennent ces États généraux « tant dans leur format que sur le fond des sujets », ont-ils expliqué mardi 10 octobre. Parmi les membres de ce rassemblement, des syndicats paysans comme la Confédération Paysanne ou la FNAB (fédération nationale de l’agriculture biologique), des ONG de solidarité comme Action contre la faim ou le CCFD Terre solidaire, des associations environnementales comme Générations futures (pesticides), France Nature Environnement ou le RAC (Réseau action climat), des mouvements agricoles de terrain tels que le Miramap (union des Amap), etc.

« On se demande où est la cohérence » 

« Nous avons fait le bilan entre nous, et nous avons dégagé plusieurs constats communs », explique Cyrielle Denarthig, chargée des questions agricoles au Réseau action climat (RAC).

Sur la forme d’abord, « on se demande où est la cohérence, poursuit-elle. On organise des États généraux pour discuter et pendant ce temps-là, une quantité de décisions politiques sont prises sur les questions agricoles et alimentaires : les aides au maintien de l’agriculture biologique sont supprimées, le CETA [traité de libre-échange avec le Canada] entre provisoirement en vigueur et le gouvernement n’est pas clair sur la question du glyphosate. » Une contradiction fortement ressentie à la FNAB, la Fédération nationale de l’agriculture biologique : « Nous on considérait que la bio répondait aux objectifs des États généraux de l’alimentation : créer des revenus pour les paysans, de la valeur, et une alimentation de qualité. Mais il n’y a pas d’ambition », regrette la présidente du syndicat Stéphanie Pageot.

États Généraux de l’Alimentation : et les citoyens dans tout ça ?

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La finalité de cette lourde organisation reste aussi incertaine : cela va-t-il aboutir à une loi ? Quelques mesures par-ci par-là ? Et surtout, comment le gouvernement tranchera-t-il en fin de course entre des propositions et visions de l’avenir de l’agriculture forcément contradictoires ?

Quant au cadre des discussions, l’industrie alimentaire et la grande distribution étaient largement représentées à la présidence des ateliers des états généraux de l’alimentation, au détriment des écologistes et des paysans bio ou petits. Mais il était encore difficile de juger l’impact de ces présidences sur la tenue des débats. Finalement, les retours des participants sont très divers en fonction des ateliers. « Dans certains ateliers, les débats étaient vraiment intéressants et les intervenants pouvaient parler librement », note Nicolas Girod. « Il était laborieux de se faire entendre, voire même d’être pris au sérieux », a de son côté observé Cyrielle Denarthig dans un autre atelier. « Quand on souhaitait prendre de la hauteur, la présidente d’atelier nous coupait la parole pour dire qu’il fallait des mesures concrètes et positives. Donc des mesures bordées, ciblées, qui ne froissent personne. »

« Surtout, le plus difficile n’était pas tant de se faire entendre que de voir nos propositions reprises dans les conclusions des ateliers », poursuit-elle. Car ce sont les synthèses de chaque atelier, comprenant des propositions « concrètes » et faisant consensus, qui ont été demandées et remises au gouvernement. « Dans notre atelier, elles avaient été rédigées par la présidence et comprenaient des propositions, notamment sur les agrocarburants, qui faisaient dissensus », dénonce encore Cyrielle Denarthig.

Des « frustrations » que la coprésidente de cet atelier 3 sur la « bioéconomie » et « l’économie circulaire » attribue à une mauvaise compréhension des objectifs. Karen Serres est présidente du réseau de développement rural Trame et membre du bureau national de la FNSEA. « On avait à cœur de laisser beaucoup de temps pour les débats, mais le cadre était contraint, rappelle-t-elle. Il s’agissait de trouver des propositions concrètes permettant de créer plus de valeur. Les idées prônant des interdictions, des contraintes supplémentaires, ou les postures politiques ne rentraient pas dans le cadre. »

« Tout a été laissé au bon vouloir des présidents de séance » relève Jean-David Abel, de France Nature Environnement (FNE). « Le comble est que la synthèse des débats a été rédigée par les salariés de Trame, et non par les représentants des ministères. » continue-t-il. « Imaginez qu’on l’ait confiée à des salariés de la FNE ! Tout le monde aurait hurlé ! »

« La consigne est de ne pas trancher entre les modèles »

Un désaccord sur le cadre, qui révèle en fait un dissensus de fond. Par exemple sur les questions d’innovation. Stéphanie Pageot, agricultrice et présidente de la FNAB (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), s’en est rendu compte dès la deuxième réunion de l’atelier 14, sur les investissements dans l’avenir dans l’agriculture. « Je suis tombée des nues, raconte-t-elle. On a commencé à nous proposer des semences issues des nouvelles biotechnologies, que l’on considère comme des OGM. On nous propose une gestion « décomplexée » de l’eau, qui consistait, en gros, à prendre tout pour l’agriculture et rien pour les autres... »

Des désaccords peu surprenants, finalement, vu les visions opposées qui s’affrontent dans le monde agricole. Mais c’est le refus d’arbitrer qui frustre le plus les associations. « Il faut dire qu’il y a des modèles qui ne se valent pas, qu’il y a des systèmes en échec du point de vue économique et de la santé, mais ce n’est pas le cas », insiste Stéphanie Pageot. « On a le sentiment que la consigne est qu’il ne faut pas trancher entre les modèles, il n’y a pas de place pour des politiques structurantes qui pourraient entraîner un changement profond de l’agriculture », estime Cyrielle Denarthig.

Dans ce cadre-là, certains se posent la question de continuer à participer à la deuxième partie de ces États généraux de l’alimentation. C’est le cas de la Confédération paysanne : « Cela demande de gros moyens militants et salariés. Il faut qu’on sente que des lignes bougent », indique Nicolas Girod. La FNAB est sur la même position.

Tout va dépendre des annonces d’Emmanuel Macron. « Le choix d’aller à Rungis pour faire son discours n’est pas très rassurant : c’est un lieu où l’on échange de gros volumes à prix tirés... » note Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne. « Après, paraît-il que le faire dans une ferme était logistiquement trop compliqué. Je comprends aussi. »

De son côté l’Élysée a donné quelques pistes hier. Le Président souhaiterait un « changement de philosophie » dans les négociations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Pour cela, les agriculteurs seraient encouragés à se structurer en filières afin de renverser le rapport de force. Une augmentation des prix pour le consommateur est aussi assumée, avec l’espoir que cette valeur supplémentaire se répartira tout au long de la chaîne, et en particulier jusqu’au producteur.

Laurent Pinatel n’est pas encore convaincu par ce qu’il a pu percevoir des intentions présidentielles : « En gros, Emmanuel Macron nous a fait comprendre qu’on était assez grands pour s’entendre entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Mais nous, on considère que si on ne contraint pas industriels, cela ne fonctionnera pas. Il y a 450.000 agriculteurs et seulement 4 centrales d’achat pour la distribution. Avec des relations aussi déséquilibrées, on ne peut pas s’en remettre à bonne volonté de chacun... »

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Rémunération des agriculteurs : Macron dégaine ses ordonnances

Aux États généraux de l’alimentation mercredi, le chef de l’État a annoncé une loi pour mi-2018 visant à imposer un meilleur partage aux industriels et distributeurs. D’après Philippe Brochen le 11 octobre 2017 pour Libération, avec ajouts d'autres sources.

Emmanuel Macron, aux États généraux de l’alimentation à Rungis, mercredi. Photo Albert Facelly

Emmanuel Macron, aux États généraux de l’alimentation à Rungis, mercredi. Photo Albert Facelly

Stopper la guerre des prix dans les produits alimentaires, destructrice de valeur pour tous, mais surtout pour les agriculteurs en amont de la chaîne. Et, ce faisant, stopper la paupérisation de toute une profession en lui redonnant des marges grâce à un nouveau mode de calcul de la rémunération… Telle est l’intention affichée par Emmanuel Macron, qui répète depuis son arrivée à l’Élysée que «les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail et l’alimentation est un enjeu prioritaire pour la France».

Mercredi, à mi-parcours des états généraux de l’alimentation, à Rungis (Val-de-Marne), le Président a donc annoncé qu’il allait légiférer par ordonnances début 2018 pour rééquilibrer les contrats entre agriculteurs et distributeurs, afin que les premiers soient mieux rémunérés. «Nous modifierons la loi pour inverser la formation du prix qui partira du coût de production», a déclaré le chef de l’État. Cela tombe bien, c’était l’objectif de la première phase des états généraux de l’alimentation, lancés le 20 juillet, réunissant producteurs, industriels transformateurs, distributeurs, consommateurs, ONG, élus…

«Dérive»

Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), sécurité sociale et caisse de retraite des agriculteurs, le revenu moyen mensuel de ces derniers était compris entre 1 083 et 1 250 euros en 2016… C’est peu dire que les annonces d’Emmanuel Macron étaient très attendues par la profession agricole, qui revendique depuis des années une répartition plus équitable de la valeur ajoutée. «On va voir si Macron a du courage et prend de la hauteur», avait prévenu la veille Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Devant quelque 600 invités, réunis mercredi après-midi au marché de Rungis, le président de la République n’est donc pas venu les mains vides.

«Il faut un changement complet de paradigme, mettre un terme à cette dérive et revisiter les équilibres actuels», a-t-il d’abord affirmé, en appelant à la «responsabilité collective indispensable». Car «il n’est pas possible qu’un tiers des agriculteurs gagnent moins de 300 euros par mois». «L’objectif de ces États généraux est de redonner le juste prix aux agriculteurs», a renchéri Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture. Pour y parvenir, Macron souhaite une «contractualisation rénovée, sur une base de trois à cinq ans, entre les différents acteurs pour donner de la visibilité aux producteurs». Objectif : que les agriculteurs élaborent avec leurs partenaires un contrat tenant compte de leurs coûts réels de production. Le chef de l’État a promis qu’une loi sera votée dès le premier semestre 2018 : «L’État prendra ses responsabilités avec des contrôles effectifs et des sanctions appliquées», a-t-il martelé. Avant de s’en prendre aux entreprises qui ne publient pas leurs chiffres : «La coopération commerciale doit être plus transparente.»

«Il est question de créer une charte qui servira de fil conducteur avant d’arriver à la promulgation d’une loi», se félicite Bernard Lannes, président national de la Coordination rurale, deuxième syndicat de la profession. Son but : faire en sorte qu’en dessous du seuil du coût de production de l’agriculteur, le transformateur et l’industriel ne puissent pas acheter la matière première. Une décision qui va dans le sens de la demande de Laurent Pinatel, celle d’«une loi qui réoriente l’agriculture et permette de sanctionner, une loi qui impose aux industriels un prix de base». Macron a demandé que les négociations commerciales qui débuteront en novembre et s’achèveront fin février entre industriels-transformateurs et distributeurs «reflètent cette philosophie, sans attendre la loi». «D’ici à la fin de l’année, je vous demande de conclure des plans de filières pour retrouver le juste prix», a-t-il lancé.

«Label rouge»

Autre demande présidentielle : le regroupement des agriculteurs en organisations de producteurs. «Il faut que vous preniez vos responsabilités, a-t-il dit à leur adresse. Les aides de l’État seront conditionnées à la taille de ces organisations.» Pour lutter contre les prix «abusivement bas» pratiqués par des distributeurs, il faut, selon Macron, «éviter les effets de rente, rehausser le prix de revente à perte des produits alimentaires», mais aussi «encadrer les promotions». Enfin, le Président s’en est pris aux «choix absurdes en matière de qualité alimentaire qui ont été protégés jusqu’ici et ne correspondent plus à nos goûts et nos besoins. Il y a des modèles productifs dans lesquels il n’y a pas d’avenir. Il faut que cela cesse, a-t-il insisté. Il faut valoriser les indications géographiques, le label rouge, le bio, favoriser le bien-être animal, moderniser les abattoirs, renforcer l’étiquetage sur l’origine des produits transformés.»

De bonnes paroles assorties quand même de quelques gages : «L’État est prêt à s’engager financièrement pour accompagner ces mutations, filière par filière, a-t-il conclu. Mais chacun va devoir faire des efforts, faire différemment et accepter de donner un peu à l’autre.» Encore faut-il que tous les acteurs de la filière jouent le jeu. À commencer par les gros industriels et les distributeurs, dans le collimateur présidentiel.

Et Nicolas Hulot ?

Les États généraux de l’agriculture c’était son idée !

Après un long discours présidentiel, Nicolas Hulot s’est dit « tout à fait rassuré ». « Cela fait longtemps que les agriculteurs n’ont pas entendu de tels mots venant d’un président de la République », estime-t-il. Évoquant la nécessité de se doter d’un « modèle agricole qui réponde aux objectifs de santé et d’environnement », l’agroécologie, le bien-être animal ou encore les « choix absurdes » faits sur les modes de production, Emmanuel Macron a sans doute répondu aux attentes de son ministre. « Le discours fixe une orientation, réagit M. Hulot. Avec la perspective d’une loi sur ces questions, je suis sûr maintenant qu’il y a l’atterrissage politique que j’attendais. »

Preuve encore de la prise en compte des attentes de l’ancien militant écologiste, le ministre de l’agriculture a insisté sur l’évolution nécessaire du modèle en introduisant le premier bilan des EGA. « L’agriculture se trouve désormais au cœur d’une mutation majeure, celle de la transition écologique et durable », a déclaré M. Travert, mercredi, à Rungis. La conclusion des États généraux, en décembre, et le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes auront valeur de test pour Nicolas Hulot. Le ministre évaluera alors son utilité au sein du gouvernement.

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 12:48

La loi Hulot sur les hydrocarbures votée par l'Assemblée Nationale le 10 octobre devait permettre de tenir les engagements pris lors de la COP21. Par Maxime Combes, économiste, membre d’Attac France, auteur de "Sortons de l'âge des fossiles!", et Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour 350.org, auteur de "Zéro Fossile" . Lire aussi « Aux députés français d’aller plus loin que la loi Hulot dans la lutte contre le réchauffement » et Hydrocarbures : le gouvernement a plié devant les intérêts miniers.

Vue aérienne du gisement de Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques UIG via Getty Images

Vue aérienne du gisement de Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques UIG via Getty Images

"J'ai été élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris", affirmait Donald Trump au mois de juin pour justifier sa décision de sortir de l'Accord de Paris. En citant la ville qui fut la capitale mondiale du charbon et de l'acier, et est désormais un emblème de la "révolution" des gaz de schiste aux États-Unis, Trump envoyait un message clair : entre le climat et les intérêts de l'industrie fossile, il avait choisi.

Un choix qui a le mérite de montrer, par un effet de miroir, l'horizon d'une politique climatique ambitieuse: suivre le chemin inverse de celui choisi par Trump. Autrement dit: assumer de prendre des décisions qui vont directement à l'encontre de l'industrie fossile.

La loi Hulot sur les hydrocarbures, qui doit-être votée par l'Assemblée nationale ce mardi 10 octobre, devait jouer ce rôle. Celui d'un symbole, d'un signal envoyé au reste de la communauté internationale: tenir les engagements pris lors de la COP21 (maintenir le réchauffement au plus près des 1,5°C) implique de redonner aux États le pouvoir de dire 'Non'. Non aux projets de l'industrie fossile, non à notre dépendance aux hydrocarbures, non aux lobbies industriels désireux de prolonger leur rente aussi longtemps que possible, quel qu'en soit le coût climatique et social.

Nous avions rendu compte, en amont de la COP21, du refus de la communauté internationale d'envisager, si ce n'est une interdiction, a minima des restrictions à l'exploitation des énergies fossiles. Nous nous attendions donc à ce que l'industrie fossile réagisse et à ce que les forces conservatrices déploient toute leur énergie pour maintenir l'existant –c'est-à-dire la possibilité de forer toujours plus loin et plus profond. En ouverture du débat parlementaire, Nicolas Hulot exhortait les députés à se montrer courageux, en soulignant la dimension libératrice de l'interdiction d'explorer et d'exploiter des gisements d'hydrocarbures: son texte de loi devait nous permettre de "retrouver notre liberté -liberté de renoncer à notre addiction aux hydrocarbures".

Grâce à une mobilisation rapide (plusieurs milliers de messages envoyés aux député.e.s siégeant dans les commissions "Affaires économiques" et "Développement durable" de l'Assemblée nationale) et à un gros travail de plaidoyer de 350.org, des Amis de la Terre, d'Attac France et des collectifs en lutte contre l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures de schiste et de couche, le texte de loi était arrivé renforcé devant l'ensemble des député.e.s.

Las, au gré d'amendements d'un gouvernement et de députés plus enclins à écouter les tenants de l'immobilisme que ceux qui, depuis des années, se mobilisent pour "mettre fin aux énergies fossiles", le projet de loi a été affaibli. Ainsi, par exemple, la fin annoncée de l'exploitation des énergies fossiles en 2040 est désormais assortie de trop nombreuses exceptions: pour le gisement de Lacq qui, toute proportion gardée, est à la France pour le gaz ce que Pittsbugh est aux États-Unis pour le charbon, pollutions locales comprises. Exception, également, pour les concessions déjà délivrées dont le terme va au-delà de 2040. Exception, toujours, pour les concessions qui ne permettraient pas aux industriels de rentrer dans leurs frais à temps. Au nom d'une conception datée de la "liberté d'entreprendre" le gouvernement a préféré protéger les droits des industriels, plutôt que commencer à résoudre le défi de ce début de 21e siècle: faire en sorte que le droit des affaires, notamment le droit minier et la liberté d'entreprendre, soient enfin soumis à l'impératif climatique.

Les reculs sur le projet de loi Hulot prouvent que notre maison brûle et que nous votons ailleurs

Nicolas Hulot n'a en effet cessé d'expliquer que le gouvernement craignait une censure des mesures contenues dans les amendements allant dans le sens d'un renforcement du texte, pour mieux justifier leur rejet. Il met ainsi en évidence le fait que notre droit (notamment le code minier et son emblématique "droit de suite") n'est pas adapté à notre époque et au défi que représente la lutte contre le réchauffement climatique. Il prouve également que l'État avance plus lentement que les juges, qui ont déjà largement intégré le fait que le droit de l'environnement devait primer sur les intérêts des industriels. Il montre enfin que l'État a une vision étriquée du droit et de son évolution: le droit n'est pas qu'une force conservatrice. Il change, s'adapte, se transforme -par le travail législatif et, parfois, dans des rapports de force, par des conflits d'interprétation. Bref: le droit n'est pas une entité figée, mais un cadre mouvant, dont l'appropriation sociale n'est pas la moindre des dynamiques transformatrices.

Les reculs du gouvernement sur le projet de loi Hulot nous montre que l'État n'a toujours pas pris la mesure de l'état d'urgence climatique dans lequel nous sommes. Il ne s'agit pas du renoncement d'un homme (Nicolas Hulot) qu'il faudrait vouer aux gémonies, mais du symptôme d'un mal plus profond. Nous continuons à faire de la politique et à voter des lois comme si le réchauffement climatique était une menace abstraite, distante. Comme s'il suffisait d'un peu de communication et de quelques modifications à la marge de cette fabuleuse machine à réchauffer la planète qu'est notre système économique.

Comme Nicolas Hulot le faisait (presque) dire à Jacques Chirac, dans le discours que le premier avait écrit pour le second, "notre maison brûle et nous votons ailleurs".

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 12:13

Durant dix-huit mois, Greenpeace a fait travailler des experts internationaux sur la protection de notre parc nucléaire face au risque terroriste. Les conclusions sont inquiétantes. Par Erwan Benezet le 10 octobre 2017 pour Le Parisien. Lire aussi Anomalies en série dans les centrales nucléaires, Le talon d’Achille du nucléaire français et Nucléaire : les entrailles du démantèlement.

Centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube). LP/Aurélie Ladet

Centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube). LP/Aurélie Ladet

Ils sont sept. Sept experts des questions nucléaires et du terrorisme, mandatés par l'ONG de défense de l'environnement Greenpeace pour échafauder les pires scénarios d'attaques sur nos 19 centrales nucléaires. Objectif : identifier les failles de sécurité, et alerter les pouvoirs publics et EDF, l'exploitant de notre parc nucléaire, sur le danger que cela représente.

Sauf que les conclusions du rapport sont tellement alarmistes que les experts et Greenpeace, pourtant rompus aux hypothèses les plus inquiétantes, ont décidé de ne rendre publique ce mardi matin qu'une version « light », expurgée des informations les plus sensibles. « Il s'agit d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics, justifie Yannick Rousselet, chargé de campagne auprès de Greenpeace. Pas de donner des idées à des personnes mal intentionnées. » Au final, seules sept copies du rapport sont remises ce matin par Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France, à différents hauts fonctionnaires en charge des questions de défense et de sécurité au sein des institutions (ASN, IRSN et Cossen) et du gouvernement. « Le Parisien » - « Aujourd'hui en France » est le seul média à avoir pu consulter l'intégralité du rapport.

«Un déficit historique de la protection de nos installations»

Que nous apprend-il ? « Que nous connaissons un déficit historique de la protection de nos installations, et notamment des piscines de refroidissement, s'alarme Yves Marignac, l'un des contributeurs du rapport. À l'époque du lancement du programme nucléaire français, l'attention a été portée uniquement sur le risque d'emballement du coeur du réacteur. L'évolution du risque terroriste en quarante ans change tout. » Et le rapport de pointer du doigt le fait qu'aucune instance coordonnée n'existe sur la sécurité nucléaire. « Contrairement à d'autres pays, l'Autorité de sûreté nucléaire (NDLR : ASN) ne s'occupe que des questions de sécurité », reconnaît Pierre-Franck Chevet, son président.

Risque terroriste : des failles dans la sécurité des centrales nucléaires

Sollicités, ni le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, ni le haut fonctionnaire de défense et de sécurité rattaché à l'Environnement, Christophe Quintin, n'ont souhaité répondre à nos questions. L'opérateur EDF a, en revanche, bien voulu détailler les mesures de sécurité existant autour de nos centrales. Des mesures très insuffisantes, selon Greenpeace, et qui devraient impérativement être renforcées.

Les experts du rapport ont sorti leur calculette. Le renforcement des 58 piscines coûterait entre 1,6 et 2,26 Mds€ par piscine de réacteur. Celui des quatre piscines principales de La Hague, entre 11,6 et 22,6 Mds€. Et celui des 58 réacteurs (hors piscines), entre 2,7 et 3,8 Mds€ par réacteur. Au total, ce sont donc entre 140 et 222 Mds€ qu'il faudrait débourser pour mener à bien ce gigantesque chantier. Soit entre trois et cinq fois ce qu'EDF a prévu de dépenser pour prolonger la durée de vie des centrales... Mais ne pas le faire pourrait nous coûter encore bien plus cher. 

Comment ont travaillé les experts auteurs du rapport ?

Il leur aura fallu dix-huit mois de travail pour venir à bout de la montagne de documents et d'informations accumulés, et imaginer le pire pour éviter qu'il ne survienne. Parmi ces sept experts, il y a trois Français, une Allemande, deux Britanniques et un Américain. Ils sont ingénieurs, chercheurs ou encore docteurs en physique nucléaire. Certains ont travaillé pour le CEA (Commissariat à l'énergie atomique). D'autres collaborent encore régulièrement avec l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), un institut public directement rattaché aux ministres chargés de la Défense, de l'Energie, de l'Industrie, de la Recherche et de la Santé.

EDF écarté

Comment ont-ils procédé ? « Il s'agissait d'abord de réunir des personnalités reconnues, y compris par les autorités, explique Yannick Rousselet, le chargé de campagne de Greenpeace. Mais il fallait également une vision internationale, afin que chacun puisse en plus apporter l'expérience de son propre pays. »

Tous connaissent les installations nucléaires françaises par cœur, pour les avoir visitées de nombreuses fois. Ils ont également puisé dans leurs travaux antérieurs, qu'ils ont compilés, agrégés et réactualisés, afin de coller au plus près au contexte d'aujourd'hui. Le résultat est détaillé à l'extrême : types d'armes, stratégies d'attaque, terrains utilisés (par voie aérienne, terrestre ou maritime) ou engins (avions, hélicoptères, drones...), rien n'est laissé au hasard. D'où la décision prise avec Greenpeace de ne rendre publique qu'une petite partie de leur rapport. « EDF en revanche n'a pas été mis dans la boucle afin de pouvoir travailler en toute indépendance », précise l'un des contributeurs du rapport.

Zoom sur deux cas sensibles

L'usine de la Hague (Manche) est le plus grand centre de retraitement de de déchets nucléaires au monde.  PhotoPQR/«L'Est Républicain»/Alexandre Marchi

L'usine de la Hague (Manche) est le plus grand centre de retraitement de de déchets nucléaires au monde. PhotoPQR/«L'Est Républicain»/Alexandre Marchi

Le cas de la Hague interpelle. Situé à 25 km à l'ouest de Cherbourg (Manche), le site de la Hague représente le plus grand centre de retraitement de déchets nucléaires au monde. « Comment un site aussi sensible peut-il faire l'objet d'aussi peu de protection ? » s'interrogent les sept experts. En effet, il n'y a pas de dispositif de sécurité particulier pour cette installation unique au monde. « On y trouve autant de combustible usé entreposé dans les quatre piscines qu'il y a de combustible chargé ou en refroidissement dans les 58 réacteurs d'EDF », est-il détaillé dans le rapport. Soit 9 955 t à la Hague, contre 9 823 t dans l'ensemble des réacteurs de l'Hexagone, selon les derniers chiffres de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) en 2013. Soit encore l'équivalent de 116 cœurs de réacteurs, usés mais toujours hautement radioactifs.

Centrale nucléaire de Gravelines (Nord). LP/Olivier Corsan

Centrale nucléaire de Gravelines (Nord). LP/Olivier Corsan

Les piscines, talon d'Achille du parc français. La France dispose de 62 piscines de refroidissement : une par réacteur (58), et 4 à La Hague. « Contrairement aux huit réacteurs encore en fonctionnement en Allemagne, les piscines françaises sont toutes situées en dehors du bâtiment réacteur, bien moins protégées », explique Oda Becker, la contributrice allemande du rapport. « Si leur fond est renforcé avec du béton armé et un revêtement étanche en acier, les structures qui les recouvrent tiennent davantage du hangar agricole que de l'édifice nucléaire », renchérit Yannick Rousselet, chargé de campagne de Greenpeace.

Ces piscines sont remplies d'eau, jusqu'à sept mètres au-dessus du combustible. À la fois pour « refroidir » ce dernier et protéger le personnel contre la radioactivité. « Si ce bâtiment est endommagé par une attaque, peut-on lire dans le rapport, la diminution du niveau de l'eau entraîne en quelques heures de graves rejets radioactifs. Et à terme, la fonte de toute la piscine. » « A Fukushima, si les piscines avaient elles aussi été touchées, renchérit Yves Marignac, coauteur du rapport, ce sont alors les 14 millions d'habitants de la ville de Tokyo, pourtant située à 260 km, qui auraient dû être évacués. »

Sécurité des installations nucléaires : les mesures à prendre en priorité

Quelles mesures pour assurer l'intégrité de nos centrales nucléaires, alors qu'un rapport de Greenpeace pointe un « déficit historique de la sécurité de nos installations » ?

Face aux fragilités de nos centrales, les auteurs du rapport préconisent un certain nombre de mesures. À commencer par la plus concrète d'entre elles : améliorer la protection physique des installations par leur « bunkérisation ». Pour les piscines de refroidissement, tout d'abord. Deux solutions : il faudrait soit les déplacer dans le bâtiment réacteur, mieux protégé ; soit construire autour d'elles une vraie structure protectrice de type « coque avion », à l'instar de ce qui a été fait sur l'EPR, le réacteur nouvelle génération, actuellement en construction à Flamanville dans la Manche.«»

Mais d'autres éléments ne doivent pas être oubliés. Les stations de pompage, par exemple, sont aujourd'hui mises de côté, estiment les auteurs du rapport. Leur rôle est pourtant essentiel puisqu'elles puisent dans une rivière ou la mer l'eau qui permet de refroidir le combustible, dans le cœur du réacteur ou dans les piscines. On se souvient d'invasions de méduses, de moules ou d'algues bouchant l'entrée de canalisations, comme à Gravelines (Nord). La logique est la suivante : si ces édifices sont vulnérables aux intempéries, ils peuvent aussi l'être en cas d'intentions malveillantes. « Il a fallu la grande tempête de 1999, se souvient Yannick Rousselet, chargé de campagne auprès de Greenpeace, quand la centrale du Blayais (Gironde) s'est retrouvée sous les eaux, pour prendre des mesures anti-inondation comme la construction et le rehaussement de murets. »

Dix ans plus tard, la catastrophe de Fukushima poussera l'Europe à effectuer des « stress tests » sur l'ensemble de ses centrales pour vérifier leur capacité de résistance à un accident nucléaire. Des travaux post-Fukushima ont été effectués un peu partout. Le rapport commandé par Greenpeace conclut qu'il faut aujourd'hui, face au risque terroriste, suivre la même démarche.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 10:09
Infographie BiG

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C’est un énième camouflet pour la Commission européenne. Mercredi 4 octobre, le Parlement de Strasbourg a rejeté à la majorité absolue son projet de réglementation des perturbateurs endocriniens (PE).

Réunis en session plénière, les députés européens ont adopté, à 389 voix pour (235 voix contre et 70 abstentions), une objection au projet proposée par les groupes des socialistes (S&D) et des Verts (Verts-ALE) en septembre. La Commission devra donc revoir sa copie et proposer une autre version de ses « critères d’identification des perturbateurs endocriniens » « dans les plus brefs délais ».

Ces critères constituent un outil essentiel à l’application du grand règlement européen sur les pesticides de 2009. Ils doivent permettre d’identifier les PE afin de les retirer du marché ou de leur en interdire l’accès. Et si ces interdictions concernent d’abord les PE dans la famille des pesticides, elles devraient ensuite s’étendre à d’autres catégories de produits où ils sont également courants : cosmétiques, plastiques ou jouets.

Capables d’interagir avec le système hormonal des êtres vivants, les PE contaminent aussi bien l’environnement que les organismes humains. En s’appuyant sur les données de surveillance officielles, l’ONG Pesticide Action Network avance, dans un rapport publié mardi, qu’un tiers des fruits européens contiendraient des pesticides ayant des propriétés de perturbation endocrinienne – mandarines, oranges, raisins et pêches en tête.

Revirement de la France

Les PE participent à l’augmentation de maladies comme l’infertilité, certains cancers, le diabète et l’obésité, ainsi que des troubles de développement du cerveau (autisme, baisse de QI…). La toute dernière étude scientifique sur le sujet, publiée récemment par une équipe de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), confirmait le lien entre une exposition à certains PE pendant la grossesse et des troubles du comportement chez les petits garçons de 3 à 5 ans.

Le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, « regrette » le vote du Parlement, a-t-il fait savoir dans un communiqué. Le Lituanien, cardiologue de métier, porte à bout de bras le projet de réglementation, sous le feu des critiques depuis le moment même de son annonce le 15 juin 2016.

Malgré les amendements apportés au fil des mois, la communauté scientifique et la société civile jugeaient la proposition beaucoup trop laxiste.

C’était aussi le cas de certains États membres, comme la France, qui la bloquaient au sein du comité spécialisé où se réunissent leurs représentants. Mais le changement de gouvernement et la nomination de Nicolas Hulot au ministère de la transition écologique et solidaire avaient changé la donne : grâce au revirement de Paris, la Commission avait fini par arracher une majorité qualifiée le 4 juillet, après de longs mois de difficiles négociations.

Pour M. Andriukaitis, le parcours du combattant commence à ressembler à un chemin de croix. Car l’objection adoptée par les parlementaires mercredi concerne en fait un point très précis : une dérogation qui a justement permis au commissaire d’obtenir l’adhésion des Etats membres les plus rétifs à la réglementation. En particulier l’Allemagne, inquiète pour son industrie chimique.

Les eurodéputés dénoncent un abus de pouvoir

Alors que l’objectif du règlement sur les pesticides est de faire disparaître les PE du marché, cette dérogation aurait permis d’épargner les pesticides conçus spécialement pour agir sur le système endocrinien de leurs cibles. C’est-à-dire des pesticides conçus pour, justement, être des PE. Un comble pas seulement sur le principe mais aussi en termes juridiques, selon les eurodéputés. Ils considèrent en effet cette clause de « désidentification » des PE comme un abus de pouvoir de la Commission et donc illégale.

Pour eux, l’exécutif européen outrepasse ses prérogatives en aménageant des exceptions dans la loi, et donc en intervenant sur certains de ses « éléments essentiels », votés au Parlement il y a huit ans de cela.

Lors de la discussion avec les députés européens, mardi dans la soirée, le commissaire à la santé a défendu son projet, résultat d’un « solide compromis qui n’aurait pu être atteint sans cet ajout, demandé par certains États membres au cours des négociations ». Mais M. Andriukaitis a rencontré une opposition de tous les partis.

« Cette proposition est peut-être un compromis mais on ne peut pas faire de compromis avec la santé des gens », a asséné la socialiste danoise Christel Schaldemose, rappelant au passage que son pays était contre les critères tels quels. La Finlandaise du groupe Démocrates-chrétiens Sirpa Pietikäinen lui a fait écho : « C’est un compromis politique mais on ne devrait pas jouer avec la santé des gens. »

L’objection avait été, dans un premier temps, adoptée en commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement jeudi 28 septembre, mais l’obtention d’une majorité absolue lors de la séance plénière ne relevait pas de l’évidence. Il semblerait que la question démocratique a mobilisé les eurodéputés autant que la question de santé publique.

« Compromis foireux »

« Le Parlement européen a dit : pas de mépris pour la santé, pas de mépris pour la démocratie, a déclaré l’eurodéputé du groupe Verts-ALE Yannick Jadot dans une vidéo diffusée sur son compte Twitter. La Commission maintenant a la responsabilité de revenir avec une proposition qui ne soit pas encore une fois un compromis foireux dans des salles obscures. » Pour les Socialistes et démocrates, Eric Andrieu a tweeté pour sa part : « Démocratie, principe de précaution 1, lobbyistes de l’industrie chimique 0. »

Quant aux organisations non gouvernementales comme Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL), elles « applaudissent la décision courageuse de mettre un veto à une proposition qui manquait d’ambition et qui aurait échoué à protéger la santé humaine et l’environnement ».

La Commission a déjà quatre ans de retard sur les délais fixés par la loi, ce qui lui a valu, fin 2015, une condamnation par la Cour de justice de l’UE. Les critères d’identification des PE devaient en effet être prêts pour décembre 2013, mais des manœuvres de lobbying orchestrées par les industriels des pesticides et de la chimie avaient fait dérailler le processus au début de l’été. Il s’était, depuis, enlisé.

Le commissaire Andriukaitis et ses services ne doivent pas repartir de zéro, mais c’est tout comme. Il leur faudra à nouveau affronter des semaines, peut-être des mois de négociations avec les Etats membres. Sous la surveillance rapprochée des parlementaires aux aguets.

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 09:39

Le glyphosate grippe la machine institutionnelle européenne. Pour la troisième fois, le vote sur la réautorisation de ce désherbant pour dix ans, qui devait avoir lieu jeudi et vendredi, a été repoussé, au 23 octobre. Ce principe actif rentre dans la composition de 178 pesticides autorisés en France, dont le fameux Roundup de Monsanto, l’herbicide le plus utilisé au monde.

Sur la clôture de l’usine de Monsanto de Cordoba a été tracé me mot « assassin », en octobre 2012, ALVARO YBARRA ZAVALA.

Sur la clôture de l’usine de Monsanto de Cordoba a été tracé me mot « assassin », en octobre 2012, ALVARO YBARRA ZAVALA.

Pour la Commission européenne, ce report est un énième échec dans sa bataille pour faire réautoriser ce produit pourtant considéré, depuis 2015, comme «cancérigène probable» et génotoxique (qui modifie l’ADN) par l’OMS. Selon des documents internes auxquels Libération a eu accès - grâce à une requête de documents auprès de la Commission de l’ONG Corporate Europe Observatory -, Monsanto a menacé, le 24 mai 2016, d’attaquer en justice le Commissariat européen à la santé et à la sécurité alimentaire si l’autorisation de vente du glyphosate sur dix ans n’était pas votée dans les délais impartis. La firme se dit prête à exiger des compensations «pour les préjudices imminents sérieux et irrévocables».

Neuf jours après avoir reçu cette lettre, plusieurs représentants de cette instance, dont le commissaire lui-même, Vytenis Andriukaitis, organisaient, le 2 juin 2016, une réunion avec des dirigeants de la Copa-Cogeca, le principal lobby agricole européen, ainsi que des «représentants des syndicats agricoles français, britanniques, danois et finlandais». Les membres de la Commission reprochent alors «l’absence relative du point de vue des agriculteurs dans le débat public et le manque d’efforts de mobilisation». Ils leur demandent de «concentrer leur communication» sur les gouvernements les plus récalcitrants à voter la réautorisation.

Contactée par Libération, la Commission se défend en invoquant «le droit des Etats membres et des citoyens à être correctement informés […] sur les conclusions de l’Efsa [Autorité européenne de sécurité des aliments, ndlr] […] selon laquelle le glyphosate ne devrait pas être classé comme cancérigène.» Mais les résultats de cette agence ont été récemment mis en cause. L’Efsa a basé ses conclusions sur un rapport du BFR, l’institut fédéral allemand sur l’évaluation des risques, qui est «scientifiquement inexact», assure Helmut Burtscher, de l’ONG autrichienne Global 2 000. Mi-septembre, il est apparu qu’une grande partie du rapport du BFR était un copié-collé d’une étude du lobby des pesticides. «Ils ont copié les études, mais aussi les interprétations de ces résultats faites par l’industrie», assure le biochimiste, dont l’ONG s’apprête à porter plainte contre le BFR.

Jeudi dernier, pour la première fois, les leaders du Parlement européen ont décidé d’interdire l’entrée de leurs bâtiments aux représentants de Monsanto. La Belgique, de son côté, a montré qu’elle s’apprêtait à voter contre la réautorisation du glyphosate, avec la France, Malte et possiblement l’Autriche et l’Italie, après que la firme américaine l’a attaquée en justice, devant son propre Conseil d’Etat, fin août. L’étau se resserre sur la multinationale alors que les actions en justice, aux Etats-Unis, comme en Europe, se multiplient à son encontre. «Nos enfants nous jugeront si on ne fait rien», assure l’eurodéputé PS Eric Andrieu, qui demande l’ouverture d’une commission d’enquête au niveau européen.

Aude Massiot, 3 octobre 2017 pour Libération.

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 « Le Monde » montre comment la puissante firme américaine a fait paraître des articles coécrits par ses employés et signés par des scientifiques pour contrer les informations dénonçant la toxicité du glyphosate. Par Stéphane Foucart et Stéphane Horel le 4 octobre 2017 pour Le Monde.

Un entrepôt stockant des bidons de Roundup – glyphosate –, à Zarate, en Argentine, en mai 2014. ALVARO YBARRA ZAVALA / GETTY IMAGES

Un entrepôt stockant des bidons de Roundup – glyphosate –, à Zarate, en Argentine, en mai 2014. ALVARO YBARRA ZAVALA / GETTY IMAGES

Mémos stratégiques, courriels, contrats confidentiels… Les « Monsanto papers » continuent de livrer petits et grands secrets. Après un premier volet publié en juin dernier, Le Monde s’est à nouveau plongé dans ces dizaines de milliers de pages de documents internes que le géant de l’agrochimie a été contraint de rendre publics à la suite de procédures judiciaires engagées aux États-Unis.

Monsanto est poursuivi dans ce pays par un nombre croissant de plaignants – aujourd’hui 3 500 –, victimes ou proches de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien, un cancer du sang rare, et qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate. Ce désherbant, mis sur le marché en 1974, notamment sous le nom de Roundup, s’est imposé comme un best-seller mondial en étant l’auxiliaire essentiel des semences génétiquement modifiées pour le tolérer. Monsanto lui doit sa fortune. Mais à quel prix ?

La dernière livraison de « Monsanto papers », déclassifiés au cours de l’été 2017, lève le voile sur une activité jusqu’alors méconnue de la multinationale : le ghostwriting – littéralement « écriture fantôme ».

Considérée comme une forme grave de fraude scientifique, cette pratique consiste, pour une entreprise, à agir en « auteur fantôme » : alors que ses propres employés rédigent textes et études, ce sont des scientifiques sans lien de subordination avec elle qui les endossent en les signant, apportant ainsi le prestige de leur réputation à la publication. Ces derniers sont bien entendu rémunérés pour ce précieux service de « blanchiment » des messages de l’industrie. Dans le plus grand secret, Monsanto a eu recours à ces stratégies.

Conflits d’intérêts tenus secrets

Prenons le cas du biologiste américain Henry Miller. Devenu polémiste à temps plein, il est associé à la Hoover Institution, le célèbre think tank sis à la prestigieuse université Stanford, et signe plusieurs fois par mois des tribunes au ton acerbe dans la presse américaine. Le Wall Street Journal ou le New York Times ouvrent régulièrement leurs colonnes à ses harangues contre l’agriculture biologique et ses apologies des organismes génétiquement modifiés (OGM) ou des pesticides.

La version en ligne du magazine économique Forbes accueille également ses textes. Mais en août 2017, du jour au lendemain, sans préavis, l’intégralité des dizaines de tribunes signées du nom d’Henry Miller ont disparu de son site Internet, Forbes.com. « Tous les contributeurs de Forbes.com signent un contrat leur demandant de divulguer tout conflit d’intérêts potentiel et de ne publier que leurs écrits originaux, explique au Monde une porte-parole de la publication. Quand il a été porté à notre attention que M. Miller avait violé les termes de ce contrat, nous avons retiré tous ses articles de notre site et mis fin à nos relations avec lui. »

Les documents déclassifiés le montrent sans ambiguïté : certains écrits de Henry Miller étaient en réalité concoctés par une équipe qui s’y consacrait au sein de… Monsanto. La collaboration entre le scientifique et la compagnie a, semble-t-il, débuté en février 2015. A l’époque, cette dernière prépare la gestion d’une crise qui s’annonce : le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) s’apprête à livrer son évaluation du glyphosate. Monsanto sait que le verdict de l’agence des Nations unies, attendu pour le mois suivant, sera calamiteux pour elle. Le 20 mars 2015, le glyphosate sera officiellement déclaré génotoxique, cancérogène pour l’animal et « cancérogène probable » pour l’homme.

Monsanto décide donc d’allumer des contre-feux. Un cadre de la compagnie sollicite Henry Miller, qui a déjà produit sur le sujet : « Souhaitez-vous en écrire davantage au sujet du CIRC, son processus et sa décision controversée ? lui demande-t-il par courriel. J’ai les informations de base et je peux les fournir si besoin. » M. Miller accepte, mais à condition de « partir d’un brouillon de haute qualité ». De fait, le texte qui lui est transmis semble être « de haute qualité » : il sera publié le 20 mars, presque sans modification, sur le site de Forbes.

Ni M. Miller ni la Hoover Institution n’ont répondu aux sollicitations du Monde. De son côté, Monsanto assume : « Des scientifiques de Monsanto ont simplement fourni la version de travail initiale, qu’Henry Miller a éditée et postée. Les points de vue et les opinions exprimées dans cette tribune sont les siens. »

Echange de courriels entre Monsanto et Henry Miller.
Echange de courriels entre Monsanto et Henry Miller.
Echange de courriels entre Monsanto et Henry Miller.

Echange de courriels entre Monsanto et Henry Miller.

Pratique du « ghostwriting »

Cet exemple de tromperie sur la marchandise n’est qu’un élément parmi d’autres. La stratégie mise en place par Monsanto ne se limite pas à convaincre l’opinion grâce aux médias grand public comme Forbes. À en croire les échanges des toxicologues du géant de l’agrochimie, elle concerne également de articles scientifiques en bonne et due forme, publiés dans les revues savantes. Au fil des « Monsanto papers » apparaît ainsi un faisceau d’indices suggérant que la firme pratique couramment le ghostwriting.

Comme ce cas où, en novembre 2010, Donna Farmer, une des toxicologues en chef de la firme, envoie par courriel les « 46 premières pages » d’un manuscrit. Son correspondant travaille pour Exponent, un cabinet de consultant spécialisé en affaires scientifiques, et il doit superviser la publication de l’article dans une revue scientifique. Donna Farmer a elle-même, tout simplement, biffé son propre nom de la liste des auteurs. L’étude paraîtra plus tard dans la revue Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, sous la seule signature des consultants extérieurs. Elle conclut à l’absence de risques du glyphosate pour le développement du fœtus et la reproduction.

Donna Farmer biffe son propre nom.
Donna Farmer biffe son propre nom.

Donna Farmer biffe son propre nom.

Si la pratique du ghostwriting est notoirement répandue dans le secteur pharmaceutique, la lecture des « Monsanto papers » pose désormais la question de son ampleur dans l’industrie chimique et agrochimique. Elle semble en effet si prégnante dans la culture de la société que ses employés eux-mêmes ont recours à ce terme sulfureux, à plusieurs reprises et sans retenue, dans leurs correspondances internes.

C’est surtout sur le front de la science que Monsanto veut allumer des contre-feux au verdict annoncé du CIRC. Une façon de procéder, écrit William Heydens, le responsable de la sécurité des produits réglementés, à ses collègues de Monsanto en février 2015, « serait d’y aller à plein régime en impliquant des experts de tous les domaines majeurs » – une option à 250 000 dollars (220 000 euros), précise-t-il. Et une autre façon, « moins chère/plus envisageable », serait de « n’impliquer les experts que sur les domaines où il y a débat (…), et d’être les auteurs-fantômes pour les parties sur l’exposition et la génotoxicité » – la capacité d’une substance à altérer l’ADN.

Echanges de Monsanto sur la constitution d'un panel Glyphosate.

Echanges de Monsanto sur la constitution d'un panel Glyphosate.

Textes lourdement amendés par la firme

Monsanto missionne Intertek, un cabinet de consultants, pour rassembler un panel d’une quinzaine d’experts extérieurs. Certains travaillent dans le monde académique, d’autres comme consultants privés. Moyennant finances, ils doivent rédiger cinq grandes synthèses de la littérature scientifique sur chaque domaine (toxicologie, épidémiologie, études animales, etc.) éclairant les liens entre cancer et glyphosate. Publiés en septembre 2016 dans un numéro spécial de la revue Critical Reviews in Toxicology, les cinq articles concluent – est-ce une surprise ? – que le glyphosate n’est pas cancérogène.

Si le financement par Monsanto est bien signalé au pied de chacun des articles, une petite notice complémentaire offre ce gage de rigueur et d’indépendance : « Ni les employés de la société Monsanto ni ses avocats n’ont passé en revue les manuscrits du panel d’experts avant leur soumission à la revue. » Or non seulement des employés de Monsanto ont « passé en revue » ces articles, mais ils les ont aussi lourdement amendés, peut-être même directement écrits. C’est en tout cas le scénario que semble dérouler la chronologie des échanges confidentiels.

Le 8 février 2015, le responsable de la sûreté des produits, William Heydens, adresse au cabinet Intertek une version de l’article principal corrigée par ses propres soins. Une cinquantaine de corrections et d’éditions diverses ont été apportées. « J’ai passé en revue l’ensemble du document et j’ai indiqué ce qui, selon moi, devrait rester, ce qui peut être supprimé et j’ai aussi fait un peu d’édition, écrit-il. J’ai aussi ajouté du texte. »

D’autres messages internes mettent en évidence les interventions éditoriales de Monsanto. La firme veut décider de tout, jusqu’à l’ordre de signature des experts, indiquant par là qui a réalisé la majeure partie du travail. Elle voudrait également taire la participation de certains des experts sélectionnés par Intertek.

William Heydens, de Monsanto, envoie ses corrections
William Heydens, de Monsanto, envoie ses corrections

William Heydens, de Monsanto, envoie ses corrections

Lustre de l’indépendance

Un échange particulièrement acide a lieu entre William Heydens – toujours lui – et l’un des scientifiques enrôlés par Intertek, John Acquavella. Monsanto connaît bien M. Acquavella : il a travaillé comme épidémiologiste pour la firme pendant quinze ans. Et c’est justement parce qu’il est un ancien employé que William Heydens n’a pas prévu qu’il apparaisse comme coauteur de l’article qu’il a pourtant contribué à écrire — pour des honoraires de 20 700 dollars (18 300 euros), comme l’indique sa facture.

La volonté de donner le lustre de l’indépendance aux cinq études est si implacable que les noms d’anciens collaborateurs de Monsanto ne doivent pas apparaître. L’explication est sèche. « Je ne vois pas mon nom dans la liste des auteurs », s’étonne John Acquavella par courriel. « Il a été décidé par notre hiérarchie que nous ne pourrions pas t’utiliser comme auteur, répond William Heydens, en raison de ton emploi passé chez Monsanto ». « Je ne pense pas que ce sera OK avec les experts de mon panel, rétorque John Acquavella. On appelle ça du ghostwriting et c’est contraire à l’éthique. » Il aura finalement gain de cause et sera mentionné comme coauteur.

Echanges entre William Heydens de Monsanto et John Acquavella.

Echanges entre William Heydens de Monsanto et John Acquavella.

Quand, en février 2015, ce même William Heydens évoquait la façon de procéder la « moins chère », il avançait l’« option d’ajouter les noms de [Helmut] Greim, [Larry] Kier et [David] Kirkland à la publication, mais on maintiendrait le coût au plus bas en écrivant nous-mêmes, et ils n’auraient plus qu’à éditer et écrire leur nom, pour ainsi dire ».

Professeur émérite de l’université technique de Munich (Allemagne), Helmut Greim, 82 ans, nie avoir servi de prête-nom à Monsanto. S’il a été rémunéré, assure-t-il au Monde, c’est pour un travail effectif et pour un montant raisonnable. « Je n’aurais pas pu m’acheter une Mercedes avec cet argent », dit-il avec espièglerie. Pour sa participation au panel Intertek, il affirme avoir été rémunéré « un peu plus » que les 3 000 euros qu’il a touchés de Monsanto pour un autre article de synthèse, publié tout début 2015 dans la revue Critical Reviews in Toxicology. Dans un mémo interne, un toxicologue de la firme consigne pourtant avoir été « l’auteur-fantôme de la synthèse de 2015 de Greim »

« Blague de machine à café »

Un autre des trois experts cités, David Kirkland, un Britannique de 68 ans, est consultant privé, spécialiste en génotoxicité. « Je n’ai jamais fait l’expérience du ghostwriting, indique-t-il au Monde. Je n’ai jamais mis et je ne mettrai jamais mon nom sur un article ou un manuscrit écrit par quelqu’un que je ne connais pas ou que je connais sans avoir eu l’opportunité de vérifier toutes les données. » Pour lui, la phrase de William Heydens suggérant qu’il n’aurait qu’à apposer son nom relève de la « blague de machine à café ».

Comme M. Greim, M. Kirkland est bien connu de la firme. En 2012, Monsanto l’avait déjà sollicité pour aider à la rédaction d’une importante revue de la littérature scientifique sur les propriétés génotoxiques du glyphosate. « Mon tarif journalier est fixé sur une base de huit heures, soit 1 400 livres [1 770 euros] par jour. J’estime un maximum de 10 jours (soit 14 000 livres [17 700 euros]) », écrit-il en juillet 2012, dans un courriel.

C’est un peu cher pour son interlocuteur, David Saltmiras. Ce toxicologue de Monsanto voit là « doubler » le montant de la facture ; il estime cependant que la réputation de David Kirkland, reconnu et « hautement crédible », « vaut le coût supplémentaire ». L’article sera publié en 2013 dans la revue Critical Reviews in Toxicology.

Echanges sur la mission et le tarif de David Kirkland.

Echanges sur la mission et le tarif de David Kirkland.

M. Kirkland est désormais lié à l’année à Monsanto par le biais d’un « master contract ». Ainsi qu’il l’a expliqué au Monde, ce type de contrats permet à la firme de recourir à son expertise sans être facturée à l’heure, comme le ferait un avocat. Ces forfaits à l’année prévoient cependant un plafond, « par exemple à 10 000 dollars par an », au-delà de quoi des avenants ou des contrats séparés sont signés, comme cela a été le cas pour sa participation au panel d’Intertek. M. Kirkland n’a pas souhaité révéler le montant de ce contrat.

Liés par des « master contracts »

Combien de scientifiques sont ainsi liés à Monsanto, que ce soit ponctuellement ou à l’année par des « master contracts » ? Si la firme n’a pas souhaité répondre, elle semble en tout cas capitaliser sur certains noms. Quelques-uns reviennent fréquemment dans les publications qu’elle sponsorise. Ainsi de Gary Williams, professeur de pathologie au New York Medical College (Etats-Unis), qui apparaît comme coauteur dans trois des cinq articles du panel Intertek. Il est même cité comme premier auteur de deux d’entre eux.

Comme MM. Greim et Kirkland, Gary Williams a déjà collaboré avec Monsanto. Dans ce fameux courriel de février 2015, où le responsable de la sécurité des produits lâchait que les scientifiques « n’auraient plus qu’à éditer et écrire leur nom, pour ainsi dire », il évoque un précédent. « Rappelez-vous que c’est comme ça qu’on avait géré le papier de [Gary] Williams, [Robert] Kroes et [Ian] Munro en 2000 ».

Interrogé par Le Monde, M. Williams assure pourtant avoir rédigé la partie de l’article qui lui incombait, mais dit ne pas pouvoir parler pour ses deux coauteurs – MM. Kroe et Munro étant décédés.

Monsanto nie également tout ghostwriting et évoque quelques mots extraits d’un unique courriel « sorti de son contexte ». La firme a cependant tiré un bénéfice considérable de l’article en question. Cette longue synthèse des études disponibles a été citée plus de 300 fois dans la littérature scientifique. Il est, en somme, devenu une référence. Il concluait… à l’absence de danger du glyphosate.

Les employés de Monsanto cités n’ont pas donné suite aux sollicitations du Monde ou ont redirigé vers le service communication de leur employeur.

Sebastian, 14 ans, dans les bras de sa tante à l’extérieur de sa maison dans la province du Chaco en novembre 2012. Il souffre d’hydrocéphalie et de myélomeningocèle. ALVARO YBARRA ZAVALA.

Sebastian, 14 ans, dans les bras de sa tante à l’extérieur de sa maison dans la province du Chaco en novembre 2012. Il souffre d’hydrocéphalie et de myélomeningocèle. ALVARO YBARRA ZAVALA.

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 12:54

L'Assemblée nationale a voté dans la nuit de mardi à mercredi 4 octobre 2017 l'article phare du projet de loi Hulot sur la fin de la production d’hydrocarbures d’ici 2040, dans un climat parfois éloigné du « consensus » souhaité par le ministre dont c'était le baptême du feu. À l'issue de débats passionnés, les députés ont validé l'article 1er prévoyant qu'à compter de son adoption définitive par le Parlement, d'ici fin 2017, il ne pourra plus être délivré de nouveau permis d'exploration d'hydrocarbures, liquides ou gazeux. Et les concessions d'exploitation existantes ne seront pas renouvelées au-delà de 2040.

« Aux députés français d’aller plus loin que la loi Hulot dans la lutte contre le réchauffement »

Voici une tribune publiée le 2 octobre 2017 par Le Monde signée par un collectif rassemblant Naomi Klein, Nnimmo Bassey, Bill McKibben, Maxime Combes, Florent Compain, Nicolas Haeringer, Isabelle Lévy, Marieke Stein qui appelle les députés et le gouvernement français à combler les failles de la loi Hulot en restreignant strictement le droit de suite ; refusant de céder aux pressions des lobbys pétroliers et gaziers ; prenant des mesures pour réduire les importations d’hydrocarbures ; cessant de soutenir les entreprises françaises dans leurs activités extractives à l’étranger et de geler le développement des infrastructures.                             Lire surtout sur le même sujet Hydrocarbures : le gouvernement a plié devant les intérêts miniers, et aussi Les députés votent l’interdiction des gaz de schiste : insuffisant et trop tard !, La sale mine du futur code minier et Une nouvelle proposition de loi pour réformer le code minier. Par le même collectif rassemblant Les amis de la Terre, 350.org, Attac,… notez le décryptage de la Loi Hulot déposée à l'AN : « Mettre fin aux énergies fossiles » ? Note de décryptage de la loi Hulot et réaction suite à la discussion en commissions Affaires économiques et Développement durable : Loi Hulot : les améliorations doivent être confirmées et les dernières failles comblées.

Mardi 3 octobre, les députés français sont appelés à voter un texte aussi symbolique que pionnier, qui deviendra l’une des premières traductions des objectifs inscrits dans l’accord de Paris (maintenir le réchauffement climatique « bien en dessous des 2 °C ») dans la gestion des ressources en hydrocarbures. L’Assemblée nationale doit en effet adopter le projet de loi Hulot visant à mettre fin aux activités d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures sur l’ensemble du territoire français. Le titre est aussi prometteur qu’ambitieux, mais le texte actuel comporte des failles importantes

Il s’agit pourtant d’une opportunité inédite. La France deviendrait en effet le premier pays au monde à volontairement et définitivement tourner le dos à l’extraction d’hydrocarbures. Ces dernières semaines, les catastrophes climatiques se sont multipliées : enchaînement d’ouragans dans les Caraïbes, feux de forêt gigantesques aux États-Unis ou au Groenland, inondations gigantesques en Asie du Sud, effondrement de pans de montagne dans les Alpes sous l’effet de la fonte du permafrost, etc. Cette séquence nous rappelle que le changement climatique n’est pas une menace qui concerne notre avenir : il s’agit d’une réalité quotidienne, qui affecte dès aujourd’hui des millions de vies.

Pour y répondre, la « transition » d’une économie entièrement fondée sur la dépendance aux énergies fossiles vers des modes de production et de consommation plus sobres, renouvelables et durables doit se conjuguer à l’impératif présent. C’est là l’enjeu de la loi Hulot – présentée en conseil des ministres au moment même où l’ouragan Irma entamait son dévastateur parcours : prendre la mesure de ce qui nous arrive.

La transition n’est pas seulement affaire de créativité qu’il faudrait libérer et de barrières à lever, bref construire une start-up nation, vouée à « libérer » les énergies, les investissements, les bonnes volontés, les idées et les projets. Il faut au préalable redonner aux États la capacité de bloquer certains types de projets. Quitte à revenir sur des dispositions législatives telles que le « droit de suite » inscrit dans le code minier français – un texte vieux de plus de cent ans, forgé à une époque où nous pensions pouvoir forer toujours plus loin et plus profond sans conséquence.

Arsenal légal et parlementaire adéquat

Le « droit de suite » a été conçu comme une garantie donnée aux industriels que leurs investissements dans la recherche et l’exploration du sous-sol seraient systématiquement compensés par les profits que l’exploitation de ces mêmes gisements dégageraient – quel qu’en soit le coût environnemental et climatique.

Mais les gisements de charbon, de gaz et de pétrole actuellement exploités partout dans le monde sont tellement grands qu’ils suffisent à eux seuls à nous faire irrémédiablement sortir de la trajectoire d’un réchauffement de 2 °C, comme l’a montré Oil Change International dans son rapport « The Sky’s Limit ». Accorder de nouvelles concessions – permis d’exploitation – est donc totalement incompatible avec les objectifs inscrits dans l’accord de Paris.

Sa mise en œuvre implique par conséquent que les États se dotent de l’arsenal légal et réglementaire leur permettant de bloquer le développement d’infrastructures liées à l’extraction, au transport et à la combustion d’hydrocarbures. Il s’agirait là d’une première étape dans la « sénescence programmée » de l’industrie fossile, c’est-à-dire son déclin planifié et organisé, jusqu’à sa disparition.

La loi Hulot, aussi symbolique soit-elle – la production française de gaz et de pétrole ne représente que 1 % de ce que la France consomme en hydrocarbures –, est une première étape en ce sens. Mais pour qu’elle prenne tout son sens, et qu’elle serve d’exemple au reste de la communauté internationale, les députés doivent la renforcer. Pour qu’elle « sonne la fin d’un modèle », comme l’a annoncé le ministre, elle doit notamment inclure des dispositions qui permettent à la France de ne plus accorder aucune concession – le projet de loi se limite actuellement à interdire l’octroi de permis de recherche.

Opportunité unique

La trentaine de permis de recherche actuels pourront donc être prolongés et donner potentiellement lieu à autant de concessions : c’est le cas du permis d’exploration au large de la Guyane, qui a été prolongé la semaine dernière, alors que les risques environnementaux des forages en mer sont considérables.

Cette loi doit également être assortie de mesures visant à réduire les importations d’hydrocarbures, à commencer par les plus polluants, comme les sables bitumineux et les gaz et huiles de schiste, en adéquation avec l’objectif de maintenir le réchauffement climatique au plus près des 1,5 °C.

Une première étape en ce sens serait de cesser de soutenir les entreprises françaises dans leurs activités extractives à l’étranger et de geler le développement des infrastructures (gazoducs, terminaux méthaniers, etc.) vouées à importer des hydrocarbures en France. Les députés ont une opportunité unique d’écrire une page importante de la lutte contre le réchauffement climatique. Ils ne doivent pas la gâcher !

Nnimmo Bassey, écrivain et poète nigérien, directeur de Health of Mother Earth Foundation ; Maxime Combes, Attac France ; Florent Compain, président des Amis de la Terre France ; Nicolas Haeringer, porte-parole de 350.org France ; Bill McKibben, journaliste et militant écologiste américain ; Naomi Klein, essayiste et journaliste canadienne ; Isabelle Lévy, Collectif du pays fertois contre le pétrole de schiste ; Marieke Stein, APEL 57 (association pour la préservation de l’environnement local)

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 11:58

Des chercheurs apportent la preuve expérimentale, sur du tissu humain, d’un effet toxique démultiplié du mélange de ces substances. Par Sylvie Burnouf le 17 septembre 2017 pour Le Monde. Lire aussi Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensonge, Perturbateurs endocriniens : nouvel échec de Bruxelles, Cocktail de produits toxiques dans les cheveux de nos enfants et Hulot a cédé sur les perturbateurs endocriniens.

Appel de Prague (mai 2005)

Appel de Prague (mai 2005)

Certaines molécules de synthèse (mais aussi parfois d’origine naturelle) peuvent avoir des effets dits de « perturbateur endocrinien », c’est-à-dire qu’elles ont la capacité d’interférer avec notre système hormonal. Cela se traduit par des altérations des mécanismes biologiques qui régulent notamment le fonctionnement du système reproducteur et le développement du cerveau.

La suspicion d’un effet délétère décuplé de ce mélange de molécules – dit « effet-cocktail » – était jusqu’à présent fondée sur des études chez l’animal et dans des cellules cultivées en laboratoire. Une nouvelle étude réalisée sur du tissu humain – des testicules de fœtus – montre que chez l’homme, ce cocktail de molécules est explosif.

Ces travaux, conduits par Bernard Jégou et ses collègues de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset, Inserm) et du CHU de Rennes, en collaboration avec Andreas Kortenkamp et Martin Scholze de l’université Brunel de Londres (Royaume-Uni), ont été publiés le 13 septembre dans la revue Environmental Health Perspectives.

Les chercheurs ont testé vingt-sept molécules auxquelles les femmes enceintes sont susceptibles d’être exposées : huit pesticides (propiconazole, glyphosate, imazalil, etc.), six composés industriels (notamment bisphénol A et bisphénol S), sept médicaments (dont l’ibuprofène, le kétoconazole et l’acide valproïque), et six molécules absorbées lors de la consommation d’alcool et de café. Parmi ces composés, onze ont induit une diminution de la production de testostérone – un effet dit anti-androgénique – par les tissus testiculaires de fœtus. Il s’agissait par exemple du bisphénol A – dont la présence dans les biberons est interdite en France depuis 2010 – et des antifongiques prochloraze et kétoconazole.

Un effet multiplié par 10, voire 10 000

Pire, l’effet anti-androgénique de chacune des molécules testées individuellement se voyait amplifié par le mélange avec d’autres composés. La toxicité de départ pouvait ainsi être multipliée par 10, voire 10 000, selon les substances impliquées.

« Notre travail constitue une première : c’est la preuve de concept que des effets cocktail peuvent s’opérer sur un tissu humain dans toute sa complexité, souligne Bernard Jégou, chercheur Inserm et directeur de la recherche à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). On peut par exemple fortement amplifier l’effet anti-androgénique du bisphénol A par l’ajout de molécules possédant des propriétés pertubatrices de même nature. Et cela, même lorsque le bisphénol A se trouve à une concentration n’occasionnant que peu ou pas d’effet, à lui seul. »

Or, l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse peut avoir des conséquences graves pour les organes génitaux du bébé, comme la non-descente des testicules (cryptorchidie) ou la malformation du canal de l’urètre (hypospadias) – des facteurs de risque du cancer des testicules.

 « Nos résultats ouvrent la voie à de nouvelles études : il faut maintenant étendre les analyses à d’autres molécules – y compris celles qui agissent sur d’autres hormones, comme les œstrogènes et les hormones thyroïdiennes – et combiner les approches expérimentales d’épidémiologie, d’expérimentation animale et de systèmes de culture de tissus humains », ajoute le scientifique.

Dans cette optique, les chercheurs testent actuellement l’effet cocktail des perturbateurs endocriniens sur du tissu testiculaire d’adulte. Si les résultats ne sont pas encore publiés, Bernard Jégou instille l’idée que « l’effet du mélange ne se cantonne pas à la période fœtale », mais qu’il pourrait aussi être délétère au cours de la puberté et de l’âge adulte. « On oublie trop souvent qu’il existe plusieurs fenêtres de vulnérabilité tout au long de la vie, même après une vie fœtale normale. »

Modèle de prédiction

Par ailleurs, les chercheurs ont développé un modèle mathématique leur permettant de modéliser l’effet anti-androgénique des molécules et de prédire leur toxicité, qu’elles soient seules ou en combinaison avec d’autres.

Le but est de pouvoir, à l’avenir, « cribler les activités de nombreux produits chimiques présents dans l’environnement », car « actuellement, quand on travaille de façon expérimentale sur un mélange de molécules, la sélection de ces dernières est toujours arbitraire par rapport à la vraie vie, explique Bernard Jégou. Le monde chimique est infiniment plus complexe que ce que l’on connaît. »

L’avantage du modèle mathématique - dont la justesse de prédiction a été vérifiée expérimentalement sur le tissu testiculaire fœtal - est aussi de pouvoir s’affranchir de l’utilisation de ce « matériel rare ».

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 11:58

Pour classer le pesticide non cancérogène, les experts ont largement plagié des documents de la Glyphosate Task Force, le consortium industriel conduit par la firme américaine. Par Stéphane Foucart le 16 septembre 2017 pour Le Monde. Lire aussi L’Agence européenne des produits chimiques interpellée sur le dossier glyphosate, La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans, Glyphosate et cancer : des études-clés ont été sous-estimées par l’expertise européenne et Paris s'opposera à la réautorisation du glyphosate.            Et aussi Glyphosate, un herbicide dans nos assiettes.

Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto

Rarement expertise publique aura été aussi fragilisée que celle conduite par les instances européennes sur le glyphosate – l’herbicide controversé dont la Commission a proposé la réautorisation pour dix ans en Europe. Aux nombreuses accusations de collusion ou de complaisance, formulées ces derniers mois par les organisations non gouvernementales ou par des scientifiques indépendants, s’en ajoute une nouvelle, qui surpasse toutes les autres en gravité.

Selon une analyse conduite par le biochimiste autrichien Helmut Burtscher, associé à l’ONG Global 2000, révélée vendredi 15 septembre par plusieurs médias européens et que Le Monde a pu consulter, des passages cruciaux du rapport de réévaluation de l’herbicide ont été tout simplement copiés-collés. Ils proviennent de documents rédigés par les firmes agrochimiques, réunies autour de Monsanto au sein de la Glyphosate Task Force, la plate-forme réunissant les sociétés commercialisant en Europe des pesticides à base de glyphosate. Ces copiés-collés recouvrent plusieurs dizaines de pages.

Découvert par hasard

Le rapport pris en faute est celui de l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques, le BfR (Bundesinstitut für Risikobewertung). Dans le système européen d’évaluation des pesticides, l’examen d’une substance commence par la désignation d’un État membre (l’État rapporteur), chargé d’établir un rapport d’expertise préliminaire. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’appuie ensuite sur ce texte pour fonder son opinion sur une substance. Dans le cas du glyphosate, c’est l’Allemagne qui a été désignée État rapporteur, et ce sont donc les experts du BfR qui ont planché sur les risques sanitaires et environnementaux posés par l’herbicide.

M. Burtscher explique avoir découvert le plagiat presque par hasard. « J’ai réalisé que des phrases et formules du rapport officiel d’expertise étaient identiques à celles d’un article publié dans la littérature scientifique sous la signature de Larry Kier et David Kirkland », explique-t-il. L’article en question avait été commandité par Monsanto auprès des deux consultants et publié en 2013 dans la revue Critical Reviews in Toxicology. « Puis, en y regardant de plus près, je me suis rendu compte que c’était des passages entiers du dossier d’homologation soumis par les industriels qui étaient repris mot pour mot », ajoute M. Burtscher.

Les passages copiés portent principalement sur l’évaluation de dizaines d’études indépendantes sur le glyphosate, publiées dans la littérature scientifique. Le rapport du BfR leur consacre quelques centaines de pages, sur les 4 300 que compte le texte. Chaque étude y est résumée et évaluée. Si l’évaluation est positive, l’étude doit être prise en compte dans l’expertise. À contrario, si l’étude est de faible qualité, elle est déclarée « non fiable » et peut être écartée. Dans la presque totalité des cas, les études montrant des effets délétères du glyphosate sont jugées non fiables, y compris celles publiées par des revues de premier rang.

L’affaire est d’autant plus embarrassante pour le BfR que son rapport précise que ces études sont résumées et agrémentées « des commentaires de l’État rapporteur ». Il s’agit en réalité, pour la plupart, de ceux des industriels. Les chapitres épinglés (cancérogénicité, génotoxicité et reprotoxicité) sont plus ou moins affectés par les emprunts. Les quelque quarante pages de celui sur la génotoxicité du glyphosate sont presque entièrement plagiées.

Déclarations contradictoires

Outre-Rhin, l’embarras pourrait se faire sentir au-delà du BfR. Car, à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, le ministre de l’agriculture allemand avait réagi aux soupçons de trop grande proximité entre les experts allemands et les industriels, en assurant que le travail du BfR avait été conduit de manière indépendante.

Ces révélations éclairent d’un jour nouveau la controverse qui fait rage, depuis plus de deux ans, entre les agences européennes d’expertise et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Le CIRC – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancer – a en effet classé le glyphosate « cancérogène probable » pour l’homme, en mars 2015. Mais, à l’automne 2015, l’EFSA, s’appuyant sur les conclusions rassurantes du BfR, avait pris le contre-pied du CIRC, affirmant que le caractère cancérogène du glyphosate était « improbable ». Quelques mois plus tard, l’Agence européenne des produits chimiques avait rejoint le camp de l’EFSA.

En mai, Christopher Portier, un toxicologue américain de renom, associé aux travaux du CIRC et ancien directeur de plusieurs institutions de recherche fédérales américaines, avait interpellé par lettre le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Il faisait valoir que les experts européens avaient « échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d’augmentation d’incidence de tumeurs, dans les études menées sur les rongeurs ». M. Portier reprochait, notamment à l’EFSA, de trop se fier aux analyses fournies par les industriels. Ces reproches prennent aujourd’hui une nouvelle épaisseur.

Interrogée, l’EFSA évoque un « malentendu sur le contenu et le contexte de mise dans le domaine public de certains documents liés à l’expertise », destiné à « jeter le doute sur l’expertise européenne ». Par ailleurs, on y assure que les références copiées ne sont que des extraits d’études « disponibles » et « des références » à des études soumises par les industriels candidats au renouvellement de la licence du glyphosate. Déclarations en contradiction avec les documents consultés par Le Monde. De son côté, l’institut allemand ne conteste pas les emprunts, mais maintient que les études soumises par les industriels, de même que celles publiées dans la littérature savante, ont été évaluées de manière indépendante par ses services.

Cela ne suffit pas à rassurer l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, l’un des parlementaires suivant l’affaire de près, qui se dit « dégoûté, en colère, mais certainement pas surpris ». « Le soutien acharné de la Commission européenne pour défendre les produits de cette entreprise a brisé la confiance des consommateurs et la nôtre », poursuit-il. « Que ce soit intentionnel ou le fruit d’une négligence, il est complètement inacceptable que des organisations gouvernementales fassent passer les analyses de l’industrie pour les leurs », s’insurge, de son côté, Franziska Achterberg, responsable de l’alimentation à Greenpeace.

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 11:35

Malgré la publication d'une liste de 471 irrégularités sur des pièces de 12 centrales, EDF se veut rassurant. Par Vincent Vérier le 15 septembre 2017 pour Le Parisien.  Sur ce thème, lire aussi Le talon d’Achille du nucléaire français, Le jeu de dupes de la France sur la baisse du nucléaire, Nucléaire : les entrailles du démantèlement et Le nucléaire français face à ses contradictions.

La centrale nucléaire de Chooz fait partie des douze sites concernés.

La centrale nucléaire de Chooz fait partie des douze sites concernés.

Tout va très bien, madame la marquise. Jeudi, après la découverte de 471 anomalies sur des pièces forgées dans l'usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire) et utilisées dans 12 des 19 centrales nucléaires françaises, EDF a assuré qu'il n'y avait pas de problème de sûreté.

Nombre de signalements pour anomalie sur des pièces forgées au Creusot

Nombre de signalements pour anomalie sur des pièces forgées au Creusot

Selon EDF, la moitié de ces 471 anomalies (qui ne respectent par la réglementation de la filière nucléaire), auxquelles il faut ajouter 130 fiches de non-conformité (qui ne respectent pas l'exigence de qualité requise par Areva), concernent des problèmes de température de la pièce métallique lors du processus de forgeage ; l'autre moitié, des problèmes dans la composition chimique. Pas de panique, assure EDF, pour qui ces anomalies ne sont pas de nature « à remettre en question l'aptitude au fonctionnement en toute sûreté des composants concernés ».

Cette annonce intervient alors que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a placé cette semaine la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher) « sous surveillance renforcée », en raison de « la dégradation du niveau de sûreté ». Par ailleurs, après une visite inopinée de l'usine de retraitement de La Hague (Manche), le gendarme du nucléaire a estimé mardi insuffisante la protection contre un risque d'explosion. « Ça fait beaucoup, reconnaît une source proche du dossier. D'autant que même si EDF fait preuve de transparence, avec toute cette affaire, il y a beaucoup de suspicions. » Contactée, l'ASN n'était pas en mesure de déterminer la gravité de ces anomalies : « Les dossiers sont à l'instruction », indique un porte-parole.

Depuis 2016, l'électricien s'est engagé dans un vaste audit des 2 000 pièces fabriquées pour son compte par l'usine d'Areva (des éléments de circuit primaire, de générateur de vapeur ou encore de tuyauterie). A l'origine de cette gigantesque enquête, la révélation, en avril 2015, par l'ASN de la présence d'anomalies sur la cuve et le couvercle de l'EPR de Flamanville (Manche), la nouvelle génération de réacteur nucléaire en cours de construction. Leur taux de carbone est supérieur à la normale.

Tests falsifiés au Creusot 

En avril 2016, nouveau coup de tonnerre. Dans les bureaux de l'usine de Saône-et-Loire, les enquêteurs découvrent des dossiers barrés de deux petits traits noirs, un code signalant que ces documents contiennent des informations qu'il ne faut pas divulguer à l'extérieur. L'analyse de ces 400 dossiers, dont une centaine concernent EDF, montrera notamment que des tests de qualité ont été falsifiés. Le rapport confidentiel sur la forge du Creusot commandé en juin 2016 par Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'Economie est cinglant : perte de compétence, sous-effectif, absence de culture de la performance ou encore pression du management pour « cacher les mauvaises nouvelles », dénonce son auteur Yves Bréchet, haut-commissaire à l'énergie atomique.

Depuis, l'ASN a signalé l'affaire à la justice tandis que plusieurs ONG, comme Greenpeace, ont porté plainte notamment pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui et usage de faux. « Quand Boeing ou Samsung ont un problème sur un appareil, ils le rappellent. Dans le nucléaire, on fait comme si ce n'était pas grave alors que nos centrales sont vieilles, s'inquiète Cyrille Cormier, en charge des questions d'énergie chez Greenpeace. Et que font nos politiques ? Personne ne réagit. » L'audit d'EDF sur les pièces forgées au Creusot doit se poursuivre jusqu'au 31 décembre 2018.

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 11:50

L’ONG Générations futures révèle la présence de résidus de cette substance classée «cancérogène probable» dans des céréales pour petit déjeuner, des pâtes ou même des lentilles. Par Aurore Coulaud le 14 septembre 2017 pour Libération.

Le glyphosate, un produit potentiellement cancérogène, a été détécté dans de simples légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs...). Garo/Phanie/Imageforum

Le glyphosate, un produit potentiellement cancérogène, a été détécté dans de simples légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs...). Garo/Phanie/Imageforum

Du glyphosate dans nos aliments. Voilà ce que révèle le nouveau rapport de Générations futures. Désireuse de connaître l’impact sur la santé du pesticide (composant du Roundup) le plus vendu en France et dans le monde, l’association de défense de l’environnement a analysé 30 échantillons de produits alimentaires, 18 à base de céréales et 12 de légumineuses sèches, achetés en supermarché.

Constat : seize de ces échantillons contiennent du glyphosate, soit plus de la moitié. Sept céréales de petit-déjeuner sur huit, sept légumineuses sur douze et deux pâtes alimentaires sur sept. Parmi eux, des céréales Kellogs, Weetabix, Leader Price et Granola, des lentilles vertes (qui ont le taux le plus élevé) et des haricots rouges Vivien Paille, des pois chiches Saint Eloi, des pâtes Garofalo… «Je ne suis pas étonnée, affirme Marie-Monique Robin, réalisatrice du documentaire le Roundup face à ses juges, qui sera diffusé sur Arte le 17 octobre. Les pouvoirs publics ne font pas leur boulot.»

«Probablement cancérogène»

Même si le taux de contamination n’excède pas le seuil réglementaire de concentration de résidus de produits pesticides (de l’ordre de 10 mg maximum par kilo pour le blé), François Veillerette, directeur et porte-parole de Générations futures, a rappelé, jeudi, la dangerosité de cette molécule. En mars 2015, elle a été classée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), créé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des Nations unies, comme «probablement cancérogène» pour les humains.

Or, les réglementations de l’Union européenne interdisent l’utilisation de pesticides lorsqu’ils sont considérés comme cancérogènes «certains» ou «probables», comme le rappelle le rapport. Une étude précédente de l’association avait permis de mettre en lumière l’exposition du corps humain au glyphosate grâce à la collecte d’échantillons d’urine de trente personnes. Elle avait montré que 100 % d’entre eux contenaient la molécule en assez forte concentration. «Il y a des effets, même à des doses faibles», indique la réalisatrice Marie-Monique Robin.

Toutefois, en vue du vote sur le renouvellement pour dix ans de la licence du glyphosate qui expire fin 2017 (lire ci-contre), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a jugé de son côté qu’il n’y avait aucune preuve que cette matière active herbicide soit la cause de cancers tout comme l’Agence européenne de produits chimiques (Echa). Deux agences qui s’appuient pour l’essentiel sur les études fournies par les firmes agrochimiques. Un rapport publié par l’association autrichienne Global 2000 avait aussi révélé la dissimulation de preuves de la cancérogénicité du glyphosate par les autorités européennes.

«Travailler différemment»

Fin août, la France, par la voix de son ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a fait savoir qu’elle s’opposerait en octobre à la réautorisation du glyphosate en Europe, suscitant une levée de boucliers des producteurs et des agriculteurs. L’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) a notamment fait part jeudi dans un communiqué de sa «totale incompréhension […]. Cette décision est annoncée sans aucune concertation, sans fondement scientifique.» De son côté, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ainsi que les Jeunes Agriculteurs estiment que «la suppression du glyphosate balayerait d’un revers de main les efforts entrepris de longue date par les agriculteurs français, leurs outils de recherche et de développement, et toute une filière de progrès, acteur clé de la transition écologique que la société appelle de ses vœux». Pour l’associatif François Veillerette, il est surtout urgent «d’apprendre à travailler différemment» et de soutenir les efforts à la recherche agronomique. «On est aujourd’hui dépendant de certains produits tels que le Roundup de Monsanto, dont l’utilisation s’est banalisée, alors que certains professionnels ont appris à faire sans.»

Si la France s’est positionnée, reste à savoir ce que feront les autres pays européens tels que l’Italie ou même l’Allemagne. Outre-Rhin, l’Institut de l’environnement de Munich avait alerté en 2016 après avoir trouvé du glyphosate dans 14 bières les plus vendues dans le pays, à des taux allant jusqu’à 300 fois la limite maximale admise dans l’eau potable. Toutefois, en Europe, les études sur le glyphosate restent rares car coûteuses.

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