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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 10:43

Jeudi 3 septembre 2020, l’Affaire du siècle a déposé devant le Tribunal Administratif de Paris son “mémoire en réplique”, c’est-à-dire la réponse aux arguments que l’État avait présenté en juin dernier. Par l’Affaire du siècle le 5 septembre 2020. Lire aussi Réchauffement climatique : l’État français plaide non coupable et Des ONG attaquent la France en justice pour inaction climatique.

L’Affaire du Siècle répond aux arguments de l’État

Alors que l’État a mis près de 16 mois pour répondre à l’Affaire du Siècle, notre équipe juridique a travaillé sans relâche cet été pour produire notre mémoire en quelques semaines.

Plus de 40 pages dans lesquelles nous revenons en détail sur les arguments de l’État pour tenter d’échapper à ses responsabilités face à la crise climatique :

🙉 Dire au juge ce que l’État ne veut pas entendre

Alors que l’État reporte la responsabilité des changements climatiques sur les autres pays, les entreprises et chacun-e d’entre nous, nous rappelons le rôle essentiel qui lui revient. Car c’est bien l’État qui manque à son rôle de régulateur pour limiter, et si possible, éliminer les dangers liés aux changements climatiques. C’est à lui que revient le pouvoir de mettre en place une véritable transition écologique et sociale. C’est bien parce qu’il se dérobe à son devoir que nous l’attaquons en justice.

Nous rappelons aussi que la justice a déjà condamné l’État dans des affaires où il n’était pas l’unique responsable. Ça a ainsi été le cas dans les affaires de l’amiante, en 2004, des algues vertes en 2014, du Médiator en 2016… Non, la France ne peut pas à elle seule lutter contre les dérèglements climatiques, mais oui, elle doit faire sa part et tenir ses engagements !

Enfin, nous démontrons qu’en ne respectant pas ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre, d’efficacité énergétique ou encore d’énergies renouvelables, il a lui-même directement contribué à la crise climatique : entre 2015 et 2019, la France a émis environ 89 millions de tonnes de CO2 équivalent en trop, par rapport à ses objectifs l’équivalent de deux mois et demi d’émissions du pays tout entier (au rythme d’avant le confinement).

🙊 Rappeler au Tribunal ce que l’État a “oublié” de dire

Nous soulignons également les nombreux points de notre requête auxquels l’État s’est abstenu de répondre, sans contester, donc, les manquements mis en évidence par l’Affaire du Siècle :

  • L’objectif de réduire de 20% les émissions de GES d’ici à 2020, pour les ramener aux niveaux de 1990 n’est pas respecté ;
  • La part du fret ferroviaire s’est effondrée, contrairement à ce que prévoyait la loi Grenelle I ;
  • La rénovation énergétique des bâtiments a pris un retard monumental : alors que l’État aurait dû rénover 670 000 passoires thermiques par an, il est à 33 000 par an en moyenne, soit à peine 5% du rythme nécessaire !
  • La surface agricole en bio, qui devrait représenter 20% de la surface agricole utile en 2020 se situe aujourd’hui autour de… 8%
  • etc…

🙈 Exposer ce que l’État ne veut pas voir

Pour essayer de se défendre, l’État listait des lois et des mesures prises récemment. Nous lui rappelons que quantité ne vaut pas qualité. Comme l’expliquent nos avocats, “le nombre de textes importe peu, dès lors que l’État persiste à ne pas s’assurer de l’efficacité des mesures qu’il adopte pour lutter contre le changement climatique.” Ce ne sont pas des lois que l’État ne respecte pas qui assureront la protection de nos droits humains et du droit de chacune et chacun d’entre nous à vivre dans un système climatique soutenable, mais bien des actions concrètes et efficaces !

Mémoire en réplique de l'Affaire du siècle, 3 septembre 2020

Les Témoins du Climat devant le juge

Mais, depuis son lancement, l’Affaire du Siècle est bien plus qu’un dossier juridique. C’est également une mobilisation citoyenne immense. C’est pour cela qu’il était essentiel pour nous de montrer au Tribunal que nous sommes toutes et tous touchées dans notre quotidien par l’inaction climatique de l’État.
100 témoignages, issus de notre cartographie collective des impacts des changements climatiques, font donc désormais partie du dossier.

Le 6 septembre 2017, ma vie a été complètement bouleversée par l’ouragan Irma, qui a dévasté l’île de Saint-Martin, où j’habite : 95 % des bâtiments de l’île détruits. Aujourd’hui, je vis toujours dans une maison en chantier, nous n’avons pas repris une vie normale.
Magali, 49 ans.

Je suis guide de haute montagne, je vois au quotidien l’impact des changements climatiques, qui rendent la pratique de l’alpinisme, et donc mon activité professionnelle de plus en plus risquée. Rien que cet été, plusieurs accidents mortels ont eu lieu, en lien avec les fortes chaleurs.
Pol, 41 ans.

Je frémis à l’idée d’imaginer l’avenir. C’est une pensée qui me stresse au quotidien. Je ressens une forte impression de rouleau compresseur que rien n’arrête. Mon compagnon et moi même sommes très pessimistes et angoissés par l’avenir, au point que notre désir d’enfant est impacté. Je suis tiraillée par mon envie réelle de fonder une famille et la conscience de la crise climatique dans laquelle nous sommes.
Sidonie, 32 ans.

🌍 Découvrez tous les témoignages sur la carte #TémoinDuClimat

L’Affaire du Siècle jugée d’ici la fin de l’année ?

Dans les prochaines semaines, l’État devrait de nouveau avoir la possibilité d’ajouter des arguments au dossier, puis le/la juge décidera de la clôture de l’instruction et fixera une date d’audience, probablement avant la fin de l’année. La décision devrait être rendue deux semaines plus tard.

Cette décision, historique pour la lutte contre les changements climatiques, devrait avoir lieu avant la fin de l’année. Nous approchons donc d’une étape cruciale pour l’Affaire du Siècle et pour la justice climatique. C’est grâce à votre soutien sans pareil, que nous sommes désormais si près du but. Partout à travers le monde, la justice se révèle un levier puissant pour contraindre les États à agir pour protéger le peuple. Ensemble, nous pouvons changer l’avenir !

Si vous ne l'avez pas fait, signez la pétition

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 16:27

Alors que la Convention Citoyenne pour le Climat a rendu son rapport (passionnant, bientôt disponible en téléchargement), alors que 58 organisations rassemblées sous la bannière du Pacte du pouvoir de vivre ont proposé 15 mesures d’urgence au premier ministre et appellent dans leur tribune à la tenue d’une « conférence de la transformation », le gouvernement vient de rendre son mémoire de défense en réponse à l’Affaire du siècle. Selon lui, l’accusation d’inaction climatique portée à son encontre par quatre grandes ONG ne tient pas la route. D'après Le Monde et Marie-Noëlle Bertrand pour l’Humanité le vendredi 26 juin 2020. Lire aussi De la CGT à Greenpeace, une alliance inédite entre syndicats et mouvements écologistes et Cinquante propositions de la convention citoyenne pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société ».

Réchauffement climatique : l’État français plaide non coupable

L’État français plaide non coupable, les ONG affûtent leur riposte

Il plaide non coupable : près de seize mois après le début de l’instruction, l’État a répondu aux arguments déposés contre lui dans le cadre de l’Affaire du siècle. Rien, selon lui, ne prouve qu’il a failli à son devoir en matière de lutte contre le réchauffement, avance-t-il dans son mémoire de défense. Un exposé strictement opposé à ce qui lui est reproché, tant par les ONG requérantes que par les quelques millions de Français qui les soutiennent.

Le 17 décembre 2018, Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France avaient annoncé leur volonté de porter plainte contre les autorités françaises pour dénoncer leur immobilité en matière de lutte contre le réchauffement, sauf à obtenir d’elles des engagements immédiats et concrets d’actions climatiques.

Elles lançaient, dans la foulée, une pétition. En quelques jours, celle-ci battait un record de signatures, obtenant plus de 2 millions de paraphes. La procédure judiciaire avait officiellement démarré le 14 mars 2019, à l’avant-veille d’une marche mondiale pour le climat très largement suivie en France. En mai, les ONG remettaient au tribunal un mémoire détaillant les motifs de leur plainte.

Les autorités renvoient la responsabilité aux comportements individuels et aux entreprises

L’État n’a pas mis en œuvre les actions suffisantes pour s’aligner sur les engagements qu’il a pris dans le cadre de l’Accord de Paris, avançaient-elles en substance. Ni les politiques de transports, ni les politiques agricoles, ni celles développées en matière d’énergie ou de rénovation thermiques des bâtiments ne permettent à la France de remplir son devoir en termes de réduction des gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique bien en deçà de 2 °C, détaillaient-elles.

Selon la procédure juridique, l’État avait jusqu’au 2 juillet prochain pour répondre. C’est donc chose faite, in extremis. Long de 18 pages, son mémoire de défense nie toutes les accusations en bloc.

«  Le gouvernement demande au juge de rejeter la requête de l’Affaire du Siècle », rapportent les organisations de l’Affaire du siècle dans un communiqué. «  Il temporise sur ses objectifs fixés y compris pour 2020, faisant valoir que la période pour les atteindre n’est pas encore écoulée », énumèrent-elles. «  Il réfute toute responsabilité dans le changement climatique, écrivant, d’une part, que la France n’est qu’un pays parmi d’autres, et, d’autre part, que les Français·e·s, par leurs comportements individuels, les collectivités territoriales et les entreprises aussi en sont responsables. Il liste des mesures politiques récentes, dont il ne démontre pas les effets sur la réduction d’émissions de gaz à effet de serre dans la période applicable au recours (jusqu’à mars 2 019). Certaines ont d’ailleurs été adoptées après le dépôt du recours. » Les organisations s’attachent également à pointer les non-dits. «  L’État omet de mentionner son rôle de régulateur et d’investisseur. Il omet le lien entre changement climatique et atteinte aux droits humains protégés par la CEDH (droit à la vie et droit au respect de la vie privée et familiale) et conteste l’existence d’une obligation générale de lutte contre le changement climatique. »

Le plan de relance n’exige aucune contrepartie sociale ni environnementale ferme aux entreprises

La réponse, forcement, ne sied pas aux plaignants, dont les avocats produiront, dans les semaines à venir, un nouveau mémoire en réplique aux arguments de l’État. La période choisie par ce dernier pour réfuter l’ensemble des griefs qui lui sont reprochés, n’est pas la meilleure qui soit. Rien n’indique qu’il envisage d’accentuer ses efforts en matière de lutte climatique, s’indignent les organisations : «  Le gouvernement ne semble pas enclin à saisir les opportunités qui se présentent à lui pour rectifier la trajectoire de son inaction, dans un contexte qui appelle pourtant à agir. » Son plan de relance, singulièrement, n’exige aucune contrepartie sociale ni environnementale ferme aux entreprises qu’il a soutenues dans la crise.

En avril, insistent-elles également, le Haut conseil pour le climat, instance indépendante mise en place en 2019 par Emmanuel Macron, avait pourtant insisté, dans un rapport spécial, pour que « l a réponse du Gouvernement à la crise sanitaire du Covid-19 soutienne la transition bas-carbone juste pour renforcer notre résilience aux risques sanitaires et climatiques. »

76 % de la population est favorable à ce que la justice l’y contraigne, soulignent encore les quatre ONG, auxquelles s’ajoutent de nouveaux appuis. La Fondation Abbé Pierre et la Fédération nationale d’agriculture biologique viennent à leur tour de verser leurs arguments au tribunal, en complément de ceux dont disposait déjà l’Affaire du Siècle.

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« Face aux urgences sanitaire, sociale et écologique, la concorde ne se décrète pas, elle se construit »

Tribune parue le 25 juin 2020.

Le 2 mai, les organisations du Pacte du pouvoir de vivre [19 organisations le 5 mars, au moment du lancement, 58 désormais, dont la CFDT, l’UNSA, la Fondation Nicolas Hulot, la Ligue de l’enseignement, la Mutualité française…] ont adressé au premier ministre 15 mesures d’urgence à mettre en œuvre prioritairement en cette période de fin de confinement. Ces propositions visent à apporter des réponses immédiates aux millions de personnes durement touchées par la crise : demandeurs d’emploi, sans-abri, ménages et jeunes précaires en difficulté pour payer leur loyer et leurs charges, se soigner, se nourrir convenablement, personnes handicapées ou âgées, migrants et réfugiés, décrocheurs scolaires… Elles visent aussi à remettre, sans attendre, les enjeux essentiels sur le haut de la pile : l’accès aux soins, le développement des modes de transport vertueux, les conditionnalités écologique et sociale des aides aux grandes entreprises, le soutien et la valorisation des métiers du soin et de l’accompagnement…

Le Pacte fera tout son possible pour que ces propositions justes et indispensables soient effectivement mises en œuvre. Mais parallèlement, il nous faut sans attendre amorcer un véritable changement de mode de gouvernance. C’est l’objet de notre 15e proposition, qui appelle à la tenue d’une « conférence de la transformation écologique et sociale ».

Depuis le début de la crise sanitaire, les 58 organisations du Pacte du pouvoir de vivre – associations, syndicats, fondations, mutuelles – se sont fortement mobilisées pour apporter un maximum de réponses concrètes aux difficultés rencontrées par nos concitoyens. A cette occasion, elles ont été les témoins, souvent en première ligne, de ce que nous savions déjà depuis fort longtemps : le creusement des inégalités – à l’intérieur de nos pays « riches », mais aussi à l’échelle de la planète –, les situations d’exclusion insupportables, ou encore un modèle de développement devenu un non-sens pour notre société.

Mais cette crise a également mis en évidence les profondes et inquiétantes défaillances de la communauté nationale et de la puissance publique à écouter, prendre en compte, anticiper les souffrances sociales comme les désastres écologiques qui nous menacent. Cette réalité décuple notre inquiétude face à des décisions qui ne prendraient pas en compte simultanément les urgences sociale, climatique et démocratique.

Nouvelle gouvernance

Le temps est donc venu de poser la première pierre d’une nouvelle approche des politiques publiques et d’une nouvelle gouvernance. Notre démocratie n’a en effet jamais eu autant besoin de se reposer sur l’expertise collective et l’engagement de l’ensemble des composantes de la société qui la font vivre au quotidien.

La conférence que nous appelons de nos vœux doit être la première illustration concrète d’un changement de méthode permettant de reconstruire notre société sur des bases écologiquement résilientes et socialement justes. Elle devra ainsi rassembler la société civile organisée, c’est-à-dire les associations, syndicats, mutuelles qui composent le Pacte du pouvoir de vivre et au-delà, mais aussi les organisations patronales, les élus locaux, les parlementaires… Les règles du jeu devront être claires et énoncées à l’avance, car la concorde ne se décrète pas, elle se construit. Elle devra se dérouler dans un format court, avec des objectifs circonscrits, et notamment celui d’aboutir à une loi de transformation écologique et de justice sociale qui impulserait le véritable changement structurel qui s’impose sur le plan de la justice sociale comme sur celui de nos responsabilités écologiques.

Les propositions qui sortiront devront ainsi permettre de réduire nos émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % en 2030 par rapport à 1990. La conférence devra également prendre appui sur les résultats et les premières propositions issus du travail approfondi mené par la convention citoyenne sur le climat, ainsi que sur l’expertise du Haut Conseil pour le climat, afin de s’assurer que les décisions prises soient compatibles avec nos engagements climatiques. Elles devront s’incarner dans des arbitrages budgétaires et fiscaux qui seront opérés dans les semaines et les mois à venir : plan de relance, et notamment déclinaison des 39 milliards d’euros issus du fonds de relance européen, projet de loi de finances… Enfin, elles devront faire l’objet de traductions budgétaires concrètes pour répondre simultanément et avec ambition aux urgences sanitaires et sociales du moment, ainsi qu’aux enjeux écologiques à moyen et long terme.

Changement d’échelle

Les compromis, permettant de construire collectivement les politiques publiques de demain, devront conduire à la mise en place de dispositifs publics qui tiennent compte de la diversité des territoires et des responsabilités des parties prenantes publiques ou privées de la conférence. Celle-ci devra autant que nécessaire aboutir à une évolution des normes, pour permettre à notre pays de changer d’échelle sur les questions environnementales et respecter nos objectifs nationaux et internationaux.

Cette proposition, qui a suscité l’intérêt de députés issus de diverses sensibilités politiques, n’a fait l’objet que d’une réponse polie de la part du premier ministre. Nous regrettons vivement et ne comprenons pas cette posture. Nous pensons que ce serait une erreur majeure de ne pas s’engager rapidement dans une telle initiative. Nous pensons qu’il est grand temps de changer de regard, de repenser la place des acteurs sociaux et intermédiaires dans la définition des politiques publiques afin de garantir leur justesse et la vivacité de notre démocratie. Les organisations du Pacte du pouvoir de vivre représentent des millions de militants, bénévoles, salariés et citoyens qui sont prêts – à condition que les prérequis soient réunis – à s’engager activement dans une telle démarche.

A ce jour, aucune réponse n’a été apportée pour relever ce défi démocratique, qui représenterait un véritable progrès politique. C’est pourquoi nous réitérons aujourd’hui notre proposition de mise en place rapide d’une « conférence de la transformation écologique et sociale ». C’est une nécessité absolue si nous voulons pouvoir collectivement décider de notre avenir et nous donner un nouvel horizon commun après la crise.

Pour les organisations du Pacte du pouvoir de vivre :
Thierry Beaudet, président de la Mutualité française ; Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT ; Cyril Chabanier, président de la CFTC ; Patrick Doutreligne, président de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) ; Véronique Fayet, présidente du Secours catholique ; Orlane François, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) ; Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Isabelle Giordano, présidente de Cinéma pour tous et vice-présidente de L’Ascenseur ; Laurent Grandguillaume, président de Territoires zéro chômeur de longue durée ; Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde ; Nicolas Hulot, président d’honneur de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme ; Philippe Jahshan, président du Mouvement associatif ; Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre ; Alain Rochon, président de l’APF France Handicap ; Jérôme Saddier, président d’ESS France ; Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement. La liste complète des signataires est accessible ici.

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 09:04

À mesure que l’espace urbain évolue, les jungles urbaines d’aujourd’hui sont de plus en plus entrecroisées avec la végétation. Pourtant, “verdir” la ville ne suffit plus pour réparer les déséquilibres flagrants de la relation entre les Hommes et le monde naturel. Joëlle Zask explore la manière selon laquelle l’agriculture urbaine offre une forme de citoyenneté fondée sur l’autogouvernement. L’agriculture urbaine restaure par la même occasion une relation à la terre vouée à la régénération perpétuelle plutôt qu’à l’exploitation mutuelle et destructrice. Publié le 24 octobre 2019 sur le Green European Journal. Lire aussi Jouir des biens communs sans posséderFace aux méga-feux, la forêt, un commun à préserver et Réorienter notre économie vers des alimentations moins risquées pour la santé.

Sous les pavés, le potager

L’inscription « sous les pavés le potager » est apparue très ponctuellement Place de la République à Paris, durant les Nuits debouts en avril 2016, sur les dalles qui avaient été ôtées par un manifestant pour créer un jardinet et qui ont été sur le champ repositionnées par les services municipaux. Cette expression, bien que reprise depuis, n’a pas eu la postérité de cette autre qu’elle imite : « Sous les pavés la plage ». Il s’agissait alors, en mai 1968, d’un slogan inventé par un ouvrier qui s’était répandu quand les manifestants avaient constaté que les pavés qu’ils extrayaient pour faire des projectiles et des barricades étaient posés sur le sable. Il avait été précédé d’un autre slogan : « Il y a de l’herbe sous les pavés ». Mais ce dernier n’avait pas été adopté, d’une part parce que le mot « herbe » évoquait une drogue bien connue mais mal vue et, surtout, parce que, contrairement au sable qui est un matériau de construction, l’herbe résonnait comme une bizarrerie peu crédible et un peu surréaliste dans le contexte de la ville.

Une ville plus verte pour des citoyens plus écologiques ?

« Sous les pavés le potager » est désormais beaucoup plus dans l’ère du temps. Les jardins ont acquis un droit de cité qu’ils n’avaient pas en 68. Potagers, plantations en tout genre, herbes folles, se développent le long des rues, dans les parcs et les cours, au pied des arbres, sur les toits, aux abords des villes, etc. En revanche, il ne semble pas que la transformation de la ville se soit accompagnée d’une transformation corrélative des conceptions de la citoyenneté. S’il y a de plus en plus de vert dans notre environnement urbain, il n’y en a quasiment pas dans la personne du citoyen, étymologiquement l’habitant de la cité, confondue avec la ville. Or « verdir » la citoyenneté n’est pas accessoire ; c’est d’une part une condition de l’émergence d’un écosystème complet qui oppose une alternative au système urbain minéral, colonisant l’extérieur dont il dépend matériellement. D’autre part, c’est aussi un geste nécessaire afin de favoriser l’action pour le climat et contre les activités qui déséquilibrent les rapports entre les êtres humains et la nature.

« Sous les pavés le potager » n’est certainement pas un fait. La valeur du slogan est programmatique. Il offre l’occasion d’avancer l’hypothèse suivant laquelle les rapports sociaux dans lesquels intervient une considération pour la nature et les êtres naturels sont d’une qualité supérieure à l’idéal que représente la classique assemblée du peuple siégeant dans l’espace évidé d’une agora quelconque, et faisant un « usage public de sa raison » (1). Ainsi défini, le citoyen est l’élément central d’une conception logocentrique et désincarnée des pratiques politiques. Je voudrais lui opposer  un citoyen-environnementaliste dont les relations avec autrui sont à la fois situées et productrices, ou protectrices, d’un monde commun concret, incluant un territoire, un habitat, un paysage, une économie, une ressource : la nourriture.

Le bien être à la ville

« Le potager sous les pavés » exprime le lien nécessaire entre la ville et la nature, à tous les sens du terme. Dans la tradition antique, avec laquelle nous aurions avantage à renouer, la culture de la terre, la jouissance esthétique, et la production de la subsistance n’étaient pas séparées. La cité, au sens qu’Aristote donnait à ce terme, par Aristote, était en effet (malgré les limites connues que constitue l’omniprésence économique et sociale de l’esclavage) une communauté qualifiée d’heureuse parce qu’autarcique ou, plutôt indépendante. La liberté du citoyen et l’égalité auraient été lettre morte si la cité, c’est-à-dire la communauté de ses habitants, n’avait pas été à même de se relier à la nature pour en tirer des enseignements partageables et produire la subsistance nécessaire (2). Demeter était déesse de l’agriculture et des civilisations, y compris dans leur raffinement ultime, indissociablement.

Et de fait, la cité grecque, y compris l’agora, ne formait pas l’univers minéral que nous imaginons classiquement. L’agora, ou la place du marché, était ouverte à tous, ombragée par de vastes platanes (platanes et places viennent de la même racine) reliés naturellement à l’eau, en relation avec la nature environnante (3). On peut même dire que la cité conçue comme une communauté libre et indépendante avait des caractéristiques parfaitement contraires à celles qui ont été ensuite conférées à la Cité idéale, par exemple à celle que représente le célèbre panneau d’Urbino (4). Depuis la Renaissance, de Thomas More à Claude Nicolas Ledoux, de Charles Fourier à Jean-Baptiste André Godin, d’Henri Ford et sa Fordlandia en plein cœur de l’Amazonie à Lecorbusier, etc., ces cités idéales sont devenues des villes planifiées et aménagées conformément à des principes censés exprimer les besoins humains fondamentaux sans jamais que les habitants soient consultés, associés et responsabilisés quant aux conditions de leur propre habitation. Elles évoquent ces villes idéales construites dans les airs dont se moquait déjà Aristophane dans Les Oiseaux.

L’exclusion de la nature hors de la ville intégralement minérale conduit à fossiliser la citoyenneté. Le « droit à la ville » n’en fait pas partie. La ville privée de cité peut bien être fonctionnelle, utile, spécialisée, dédiée, elle n’en est pas pour autant propice au « bien vivre ».

La politique du jardin partagé

« Sous les pavés le potager » indique également, de manière métaphorique, que ce dont la ville est faite, ses matériaux de base, ne sont pas seulement le sable qui sert à faire du mortier et du béton mais un terrain partagé en lots de terre dans lesquels poussent des légumes et des fruits. Au citoyen défini par sa raison critique et sa position hors sol se substitue alors une configuration dans laquelle produire la nourriture est intégré dans la vie ordinaire. Comme l’affirment jusqu’à aujourd’hui les paysans traditionnels et les urbains qui cultivaient un jardin, l’accès à un lopin de terre, loin d’être contraire à la condition humaine, en est un aspect fondamental. C’est cet accès, appelé aussi « droit de cultiver » qui est la garantie la plus ferme de l’égalité et de la liberté comprise comme indépendance.

De la Guerre des paysans en Allemagne entre 1524 à 1526 (également appelée « Soulèvement de l’homme ordinaire » ou de « l’homme commun ») aux mouvements politiques actuels des paysans sans terre, se décline et s’illustre de la part des personnes engagées l’importance de l’union entre les activités discursives et les activités productives.  A défaut d’une telle union, il est inévitable que se développent l’esclavage, le travail mercenaire, l’exploitation, la dépendance, mais aussi les monocultures toujours plus rentables, les cadences infernales, les intrants en tout genre, la dégradation des sols, etc. Avec la revendication d’un accès à la terre, y compris au sens écologique que confère à cette expression le « verdissement » des villes, l’union sociale cesse d’être idéalement formées de citoyens de nulle part, égaux car sans différence, neutres et objectifs. Elle concerne désormais des citoyens qui font des choses ensemble et considèrent que produire leur moyen d’existence est nécessaire à une vie sociale démocratiquement organisée.

Avec le jardin partagé, qui est d’ailleurs dans les faits un endroit où se rassemblent des gens aimant causer et socialiser, on passe du concept essentialisé, voire sacralisé, « Le politique », à la notion ouverte et dynamique qui a pour nom « la politique ». Au lieu d’être confinée et séparée du reste du monde, comme l’est la ville traditionnelle située derrière sa muraille, la politique peut sans risque de perversion être associée à chaque activité dans laquelle se joue une forme ou une autre d’autogouvernement.

Sous les pavés, le potager

Le potager sous les pavés : une école de l’autogouvernement

Or « le potager sous les pavés » est une école de l’autogouvernement. Jardiner signifie en effet conduire mon expérience de manière à l’adapter au terrain et, en même temps, à mes besoins. La connaissance du lopin suppose celle de la nature environnante, de la géographie, de la météo, du régime hydrique, de l’histoire. Comme le pensait Geddes, la bonne ville et la vie authentiquement humaine suppose une observation qui va du point de vue panoramique au détail infime (5). C’est ainsi qu’apparaît cet ancêtre de la notion d’écosystème, le « génie du lieu ».

Il est fréquent que les paysans rappellent que la nature est leur maître. Ils ne peuvent faire ce que bon leur semble. Comme l’écrivait Turner au sujet de la « wilderness » américaine, l’environnement n’est pas quelque chose avec quoi on puisse signer un contrat (6). Mais le paysan, celui que dépeint avec admiration Emerson par exemple, s’il sert la terre, ne lui obéit pas (7). Au contraire, il dialogue avec elle et transforme le paysage, œuvrant pour les générations futures.

Or au sens pragmatiste, l’expérience est constitutive de l’individualité. Elle est en effet véritable si le sujet de l’expérience apprend des changements qu’il provoque dans la situation qu’il est celle de son action. Cela implique qu’il transforme activement cette situation et observe les effets dont il est l’origine, puis se situe par rapport à eux, pour les rejeter, les valider ou les transformer en moyen pour une expérience ultérieure. La grammaire de la culture de la terre est celle de l’expérience. Le paysan, à la fois cultivateur qui produit la subsistance et jardinier qui entretient la nature, pratique une forme d’autogouvernement extrapolable à bien d’autres occasions.

Une solution terre à terre

« Sous les pavés le potager » dénote finalement une dimension de soin, de gardiennage, de culture. En ce qui concerne la forêt et la nature, on sait avec de plus en plus de lucidité que les paysages sont en partie façonnés par des êtres humains qui, depuis des temps immémoriaux, les organisent et les administrent de manière à les préserver. Ainsi que les aborigènes d’Australie qui ont pour philosophie le country cleaning, ils se savent partie prenante de la nature et gardien de sa régénération perpétuelle. Comme en ce qui concerne Adam à Éden, cultiver le jardin et le garder se révèlent deux aspects d’une même activité.

Or, comme nous l’avions signalé, les sociétés organisées de manière à assurer diligemment le couplage entre cultiver et préserver la nature en veillant à sa régénération perpétuelle présentent des qualités spirituelles et matérielles spécifiques. Par contraste avec celles qui exploitent la nature afin de la dominer et l’éloignent au profit d’une prétendue spiritualité supérieure, elles revêtent des qualités indispensables au développement de l’individualité de tous aussi bien qu’au maintien des communs. Comme l’avait pressenti Thomas Jefferson, grand partisan d’une démocratie agraire et ennemi du latifundisme, des planteurs de coton et de tabac, et aussi du physiocratisme qui était déjà pleinement extractiviste, l’exploitation de la nature et celle des êtres humains sont les deux facettes d’une même réalité.

Ainsi, verdir la citoyenneté en y intégrant le souci du country cleaning, la création et le soin des espaces communs, le gardiennage de l’environnement partagé, de manière à préserver les conditions et les occasions de l’expérience de tous et, ainsi, distribuer les opportunités d’individuation, de contributions, d’exploration, qui font le sens de la vie, à tous les membres de la communauté, se révèle une solution « écosystémique » qui, loin d’être utopique, est à la portée de chacun. En témoignent clairement un bon nombre  d’actions relevant du mouvement Occupy ou Reclaim the street, l’installation de noyaux villageois au centre des places urbaines occupées ou la création par les habitants de jardins partagés, d’un mobilier urbain convivial ou d’un plan de rénovation urbaine à l’échelle d’un quartier. En définitive, ce que nous apprend l’inscription « sous les pavés le potager », c’est que l’autogouvernement, à l’inverse d’un rêve inaccessible ou une utopie lointaine, est précisément sous nos pieds. A nous de le mettre sous notre nez. 

1.  Cette expression est présente chez Kant dans Réponse à la question : qu’est ce que l’Aufklärung ? (Beantwortung der Frage : Was ist Aufklärung?, 1784. Elle est reprise par Habermas dansJürgen Habermas, L’Espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise (1962), Payot, Paris, 1997. L’  « usage public de la raison » est le propre de la « sphère publique bourgeoise » qui s’instaure face au gouvernement pour le surveiller et le critiquer. Elle est constituée d’un public raisonnant et « éclairé ». 

2. Aristote, La Politique, Livre III, Traduction de P. Pellegrin,  GF, 1993. 

3.  Sur ce point et la question du jardin partagé, je me permets de référer à mon ouvrage La démocratie aux champs, Paris, La Découverte, (Coll. « Les Empêcheurs de penser en rond »), 2016. Et concernant la conception géométrique et minérale de la place publique, voir J. Zask Quand la place devient publique, Lormont, Le Bord de l’Eau Éditions, (Coll. « Les Voies du politique »), 2018.

4.  Le panneau de bois de La Città ideale dit Panneau d’Urbino (239,5 x 67,5 cm), se trouve à la Galerie nationale des Marches et fut réalisé entre 1480-1510. Il fait partie d’un ensemble de trois dont les deux autres, qui datent de la même période, sont La Veduta di città ideale dite « de Baltimore » et La Veduta di città ideale dite « de Berlin ».

5.  de Biase, Alessia, Albert Levy, et María A. Castrillo Romón. « Éditorial. Patrick Geddes en héritage », Espaces et sociétés, vol. 167, no. 4, 2016, pp. 7-25. Ce numéro est entièrement consacré à Sir Patrick Geddes. 

6.  Frederick Jackson Turner, “The Significance of the Frontier in American History “, 1893,  A paper read at the meeting of the American Historical Association in Chicago, 12 July 1893, during the World Columbian Exposition. 

 7. Ralph Waldo Emerson, The Works of Ralph Waldo Emerson, in 12 vols. Fireside Edition, Boston and New York, 1909, Vol. 7, Chap. 4, « Farming » [En ligne]http://oll.libertyfund.org/title/86/104482

8.  Marcia Langton, “Burning questions: emerging environmental issues for indigenous peoples in northern Australia, Darwin, Northern Territory University, Centre for Indigenous Natural and Cultural Resource Man- agement”, 1998

9.  Sur les diverses branches de l’agrarisme américain et la position de Jefferson, voir Thomas P. Govan, « Agrarian and Agrarianism: A Study in the Use and Abuse of Words », The Journal of Southern History, Vol. 30, No. 1, 1964. Il en est largement question dans La Démocratie aux champs, op. cit.

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 09:04

Du confinement aux violences policières, le philosophe Jean-Luc Nancy livre ses réflexions sur les bouleversements qui ont agité le monde ces derniers mois. Au centre de ses préoccupations : la spiritualité et la question de la démocratie. Conversations de Jean-Luc Nancy avec Milo Lévy-Bruhl publiées le 9 juin 2020 sur Le Grand Continent.

Jean-Luc Nancy

Jean-Luc Nancy

Ancien professeur à l’université de Strasbourg, Jean-Luc Nancy fait partie des grands philosophes européens. Son œuvre pléthorique, écrite dans un dialogue constant avec son ami Philippe Lacoue-Labarthe, se dessine à travers plus d’une centaine d’ouvrages et certains thèmes redondants : la liberté, la question juive, la démocratie. Après Exclu le juif en nous (2018), la longue conversation qu’il a tenu avec Jean-François Bouthors a donné naissance à Démocratie  ! Hic et nunc (2019) [1]. C’est avec ce dernier ouvrage en arrière-plan que nous avons interrogé Jean-Luc Nancy sur la période singulière que nous vivons. Commencé durant le confinement, l’entretien porte la marque de l’évolution de la situation, jusqu’aux récentes manifestations mondiales contre le racisme et les violences policières.

Une partie de votre travail porte sur la question du corps [2], que vous avez notamment explorée après de lourdes opérations. Chacun de nous guette actuellement les évolutions susceptibles de manifester la présence, en lui, d’un microbe étranger venu l’habiter. En cas d’infection, nos corps nous deviennent étrangers et l’on s’en remet à la lutte solitaire de l’organisme lui-même. Même s’il est assisté par la médecine, c’est toujours l’autorégulation de l’organisme qui est visée et c’est cet objectif qui peut conduire aux fameuses tempêtes immunitaires (dites de cytokine) si ravageuses, par lesquelles on meurt d’avoir vaincu. Que dire de ce rapport à nos propres corps auquel la pandémie nous confronte ?

Ce qui est nouveau c’est la survenue insidieuse de ce virus, sa contagion qui semble particulièrement active et omniprésente. Le reste est en partie atypique mais ne fait pas les corps plus étrangers qu’ils ne le sont dans beaucoup de maladies infectieuses, avec les effets immunes et auto-immunes. En fait nos corps sont toujours étrangers, y compris lorsque nous sommes en bonne santé. Ils ont toujours leurs autonomies respiratoire, cardiaque, digestive, neurologique, pulsionnelle. Nos corps sont nos étrangers, par définition. Ils sont notre étrangeté à nous-mêmes pour autant que nous nous représentons comme une identité immatérielle pure, ce que certes nous ne sommes pas  !

C’est surtout dans le rapport au corps des autres que la situation est exceptionnelle. La distanciation physique, l’évitement, c’est l’ensemble des interactions corporelles quotidiennes, de l’intime au social, qui sont modifiées. Que dire de l’étrange ballet des corps que l’on joue depuis plusieurs semaines et qui est voué à se prolonger pour plusieurs mois ?  

Est-il si profondément nouveau  ? Il est curieux que beaucoup, comme vous, présentent cette fameuse distanciation comme si à l’ordinaire nous touchions tout le monde dans la rue, embrassions nos voisins de bus et caressions les caissières  ! Vous savez bien que c’est tout le contraire. Bien sûr il y a des contraintes particulières mais rien n’empêche de toucher et embrasser dans des conditions moins intimes, certes, que d’habitude mais pas non plus effrayantes. Bien sûr je ne peux pas embrasser mes enfants et petits-enfants si je les vois, mais ils le savent, c’est une sorte de jeu ou plutôt c’est un code nécessaire et dont la pratique commune contribue à rassurer tout le monde. Restent les rapports érotiques, dont je ne vois pas ce qui les empêche dès lors qu’un couple vit ensemble. Bien sûr chacun doit veiller à ce qu’il fait lorsqu’il sort de la maison et revient. Ma femme m’accueille toujours par un «  lave-toi les mains  » (parce que je n’y pense pas). Ce n’est pas ça qui va affecter nos rapports.

Cela dit, je reconnais que tout un habitus est perturbé et que c’est désagréable  ; surtout si les conditions de vie et de travail rendent les mesures difficiles, pesantes. Mais voilà  : c’est quelque chose qui concerne tout le monde et qui a tant de causalités en amont et de conséquences en aval que c’est une sorte d’obligation permanente de réflexion sur ce qu’est notre société, sur nos raisons d’y tenir ou au contraire de vouloir la changer. Pourvu que cela nous donne à penser  !

Paradoxalement, c’est donc moi qui suis jeune, bien portant, statistiquement peu menacé, qui éprouve une peine sincère à maintenir des distances, même avec des inconnus avec lesquels j’ai d’habitude plaisir, sans leur sauter au cou, à échanger une parole ou un sourire. Peut-être cette peine est-elle un effet de cette expérience inédite pour ma génération, de représenter et d’être, objectivement, un danger pour autrui. Danger qu’on a tenté de conjurer par la voie réglementaire en créant de nouvelles infractions. Durant le confinement, vous avez pris la parole pour dénoncer certains excès de zèle des forces de police (notamment à la suite de la convocation d’une toulousaine ayant affiché sur son balcon une pancarte avec écrit «  Macronavirus, à quand la fin ? »[3] ). Au-delà du pis-aller que le confinement dans l’urgence a constitué, quels sont les risques de plus long terme sur le rapport aux gouvernants que vous identifiez dans cette période  ? 

La pandémie n’a pas exacerbé ces rapports de force. Le grotesque épisode toulousain a déjà été officiellement glissé sous le tapis. En revanche il est vraisemblable qu’après le retour à une relative normalité se fera aussi un retour aux tensions très fortes qui depuis des années, sinon plus, déchirent ce pays. La question importante et intéressante est  : pourquoi la France est-elle le pays d’Europe le plus agité de tensions sociales et idéologiques  ? En Allemagne, en Autriche ou en Hollande, on ne manque pas d’un autre type de tensions, plus clairement et simplement, si je peux dire, de type « fasciste ». Mais en France il s’agit plus d’un délabrement de toute la structure, que je pense lié à l’histoire de l’État français, de la longue série des rois jusqu’à la République, les deux empires et une République re-monarchisée avec De Gaulle, ce qui n’était sans doute pas un hasard mais la résurgence d’un génie français (bon ou mauvais  ? bon et mauvais…).

Ce qui va reprendre «  après  » c’est la déchirure très profonde entre une France qui s’éprouve malmenée et une autre qui essaie de s’en sortir. La première n’a que des références réactives ou réactionnaires, sans avenir. La seconde n’a plus aucune référence – sinon une constellation écolo-socio-démocrate qui ne parvient pas à se former en une politique. Mais cela est commun à tout le monde développé. La particularité en France, c’est que l’État réunit sur lui trop de rôles symboliques et gestionnaires. Nous avons peut-être raté le coche de la monarchie constitutionnelle… c’est d’ailleurs ce qu’un jour Macron a laissé entendre. Mais peut-être n’est-ce pas un «  raté  »  : c’est un autre génie politique, celui qui a permis la République dans toute sa force symbolique et pratique. Mais la République a été mise à mal par la progression technocratique et managériale du monde se mondialisant. Du coup, la France a mal à sa République, à elle-même… 

On voit fleurir les comparaisons entre notre crise et celle de 1940 ou de 1870  : impréparation de l’État, défiance vis-à-vis des gouvernants, échec objectif (la France fait partie des pays les plus meurtris par l’épidémie) de la gestion du virus… Ce qui fait rejaillir le thème de l'effondrement. Puisque la question de l’effondrement est chez vous une manière d’appréhender la démocratie, que révèle ce thème de son état ? 

Difficile de ne pas vous citer la conclusion de l’article que Jean-François Bouthors et moi-même avons récemment publié dans Le Monde [4]  : «  c’est l’effondrement qui nous fonde  ». La démocratie ne sort ni d’un décret divin, ni d’un triomphe modelant un destin, ni de la volonté sublime d’un peuple (ce seraient les trois figures du Roi, de l’Empereur et de la Nation). Elle sort de l’effondrement de toutes les Figures et elle demande une invention sans figure. Ce pourquoi elle est vouée à la crise et à la réinvention permanente. C’est très difficile, et c’est devenu plus incertain aujourd’hui que jamais. La pandémie a fait briller quelques retours de flamme de l’État-Providence mais celui-là reste indécis entre prendre une Figure ou bien rester une gestion des urgences. À ce compte, Macron a peut-être complètement manqué son objectif initial et il a continué de le manquer dans la crise, mal gérée justement parce que l’État était déjà depuis longtemps mal en point l’État était déjà depuis longtemps mal en point  (l’État, c’est-à-dire aussi bien la supposée «  société civile  » qui n’a pas de ciment ou de foi propre).

Sans doute la désarticulation française n’est-elle qu’une image plus forte de ce qui mine et fissure tous les pays dits démocratiques. Ce qui n’est – j’y reviens – qu’un effet du management techno-économique qui est la seule vraie machine de pouvoir aujourd’hui (y compris avec les États qu’elle intègre dans sa gestion et qui y jouent des rôles précis).

Dans votre récent livre, écrit lui aussi avec Jean-François Bouthors, vous décrivez plus en détails les ressorts de cette «  déchirure très profonde  » que nous connaissons : une liberté qui, en France, s’est rapprochée du libertarisme et un sentiment profond de rupture d’égalité économique qu’a manifesté, par exemple, le mouvement des Gilets jaunes. Or, dans ces conditions, un effondrement signale certes une possible refondation démocratique mais également, si nous sommes incapables de faire collectif, un risque « an-archique  » ou, si nous ne pouvons qu’hypostasier notre collectif, un risque fasciste. Ces risques ne se renforcent-ils pas de l’effondrement présent ?

Le mot effondrement peut être pris sur deux registres : d’abord la valeur générale que nous voulions lui donner, mais ensuite aussi une valeur plus immédiate, liée aux dernières décennies françaises. Certes chaque temps et chaque lieu a ses caractères propres. Mais le plus important avec ce motif de l’effondrement c’est qu’il caractérise la situation dans laquelle sont apparues les démocraties – dans la Grèce du VIe siècle av. J.-C., dans la Rome du Ve siècle, dans certaines villes et Républiques d’Europe dès le XIVe s., dans les États-Unis d’Amérique puis en France au XVIIIe, pour en rester là. Chaque fois un modèle ou une construction s’effondre et il faut, par force, innover. L’important se trouve dans cette précarité du commencement. C’est pourquoi affirmer que cela « fonde » la démocratie revient à dire qu’elle n’a pas ni ne peut jusqu’ici avoir de fondement assuré. Et bien sûr cette précarité est exposée à tous les risques. En ce moment, c’est la démocratie elle-même qui s’effondre – qui a commencé depuis plus d’un siècle à le faire et qui pour cette raison a rendu possibles au XXe siècle les tentatives les plus périlleuses. Nous avons pensé les surmonter par l’avènement d’une autre démocratie, organiquement liée au développement d’une société d’abondance. C’est elle qui est en train de s’effondrer dans sa propre abondance si on peut dire. Ce qui ouvre la chance et le risque d’un nouveau commencement…

Mais bien sûr ce qui est le plus impressionnant aujourd’hui, c’est que rien ne semble permettre de prévenir. Rien, sinon une bonne volonté qui ne cesse de se manifester de mille manières mais qui semble en fait consciente de son impuissance… Et sans doute y a-t-il toujours au moins un moment de ce type dans un effondrement. Parfois cela ne dure pas et parfois cela dure, et alors

Deux points de fuite ont été largement investi depuis plusieurs années que nous sentons collectivement l’effondrement démocratique que cette crise révèle et accentue  : la République et la construction européenne.

La République et l’Europe… deux termes qui ne servent plus qu’à désigner un rêve déjà vieux et oublié, déjà en fait plusieurs fois démenti, celui de la République ne s’étant pas sorti de la fin de l’Empire colonial, celui de l’Europe ne s’étant pas aperçu qu’il accompagnait sa propre colonisation américaine. Je n’aime pas manier ce genre de formules qui semblent juger de haut le passé, c’est trop facile. Mais il est trop tard pour bien dominer cette histoire et trop tôt pour voir à quoi ressemble la suite. Mais cela même, se tenir devant l’invisible, c’est déjà mieux que de croire avoir tout réglé à l’avance.

Nous avons commencé cet échange durant le confinement et nous voilà depuis plus de deux semaines « déconfinés ». Il y aurait beaucoup à dire sur les évènements que nous vivons, où se manifeste le retour des «  tensions très fortes  » que vous prédisiez. Elles ont pris deux formes  : d’abord les manifestations contre la menace des fermetures d’usines et des licenciements chez Renault. Le « monde d’après » réenclenchant la machine économique d’avant et tous ses travers. Il était peu probable que le virus emporte avec lui le capitalisme mais la crise économique qui s’annonce ne semble tendre vers autre chose que sa radicalisation.

La pandémie n’aura été qu’un épisode bref au sein d’un processus beaucoup plus long, commencé depuis un demi-siècle au moins et qui demandera encore à peu près autant de temps pour que des signes forts de mutation soient visibles et opératoires. Le capitalisme est-il en voie d'usure ? Certains indices le font penser et peut-être le désir de protection médicale en est-il un, car il ne va pas dans le sens de la productivité accrue en même temps qu’il pose des problèmes économiques et politiques qui rendent diverses formes de nationalisation – voire de service public international – souhaitables. Avec bien d’autres facteurs, il pourrait y avoir là de quoi déplacer sérieusement les pièces du jeu. Les migrations sont une autre cause de déplacement, liées aux difficultés d’alimentation que les changements climatiques produisent. D’une manière ou d’une autre la «  radicalisation  » du capitalisme – pour reprendre votre mot – reste une idée opaque si on ne sait pas de quoi elle serait faite. Bien sûr dans l’immédiat on conforte l’industrie automobile. Mais cette industrie elle-même devra se transformer, pour beaucoup de raisons. Et l’avion  ? que va-t-il se passer avec lui  ? Nous sommes en train de découvrir beaucoup de points très sensibles et de contradictions. À commencer par la production même de l’énergie, ce qui n’est pas une petite affaire  !  

Notre société développée se supporte mal et les autres commencent à percevoir ces malaises… L’innovation, le risque, la création et l’investissement – ces vecteurs puissants du capitalisme – ne montrent plus leurs bienfaits comme ils l’ont fait jusqu’à – en gros – l’âge de la télévision. La perception commune du «  bien  » va changer…

L’autre ordre d’évènements, ce sont les manifestations contre les violences policières. L’élément déclencheur – l’assassinat de George Floyd aux États-Unis – a provoqué une vague d’indignation et des démonstrations de solidarité internationale. Mais en France, celles-ci prennent forme dans un contexte de violences policières répétées, celles qu’ont affronté les gilets jaunes et celles des «  bavures  » récurrentes, dans certains quartiers, dont l’une des dernières a coûté la vie à Adama Traoré. Ce sont des violences différentes dans leurs formes, dans leurs origines et qui ont sans doute des conséquences différentes, au-delà de la défiance de plus en plus grande, attestée par les études, envers les forces de police.

La différence entre le problème racial aux États-Unis et les violences policières en France est évidente. Ce qu’il y a sans doute de commun étant l’ébranlement profond du rapport à l’État. L’ambivalence entre l’attente de protection et le refus du contrôle. Là encore, on ne sait plus ce qui serait «  bien  » car on n’a aucun modèle de substitution à l’État et en même temps on ne sait plus vraiment où est l’État – partout et nulle part.

Tout cela ne peut prendre sens qu’à partir d’une mutation de l’esprit  : de comment nous interprétons, en profondeur, notre existence. Nous l’avions interprétée comme une conquête, après que nous l’ayons comprise comme un destin. À présent il va falloir autre chose. Destin et conquête avaient soit des causes, soit des fins. Désormais il faudra se passer des unes et des autres. Il faudra découvrir le «  sans-raison  ».

Une telle interprétation de notre existence est-elle disponible universellement  ? Si c’est le cas, dans quelles ressources, tous et chacun, pouvons-nous puiser ce «  sans raisons  »  ? Et surtout, comment le «  sans-raison  » de nos existences individuelles serait-il à même d’ordonner notre vie commune  ?0

En un sens je suis porté à penser que le «  sans-raison  » est disponible dans l’esprit de tous, de toutes les cultures et de toutes les personnes. Les raisons que bien sûr la grande majorité cherche ou revendique relèvent de la conscience bien éveillée et connectée à tous les systèmes de représentation. Mais ce n’est pas ainsi que nous vivons, nous sommes plus souvent dans le mouvement, le conatus d’aller de l’avant, dans la demi-obscurité dont nous savons bien que c’est notre lot ou notre milieu. Et cette poussée est celle de la vie, non seulement élémentaire mais spirituelle… Au fond de tous les croyants il y a un sens de l’inexistence des dieux et de l’inconsistance des raisons. Certes, on s’appuie sur des buts, des tâches, des objectifs mais l’activité même de la tâche oublie le but, s’enfonce dans l’effort présent, dans le goût doux-amer de cet effort à quoi succède aussi un peu de relâche qui elle aussi dispense de recourir aux raisons et aux dieux.

Il est vrai qu’il y a le moins quotidien, les duretés de toutes sortes qui poussent à douter, à se révolter. Et cela fournit des raisons à moyen terme  : la révolte, révolution ou réforme, les tensions d’un idéal, l’utopie même. Mais nous avons fait l’épreuve des grands systèmes de représentation d’aboutissement, les paradis de toutes sortes, et nous n’en pouvons plus. Du moins ceux parmi nous qui ne peuvent pas entrer dans la croyance. Laquelle, il faut le préciser, n’est pas du tout la foi. La foi c’est d’être ouvert non pas «  à  » mais «  par  » l’absolument incommensurable – donc le sans-raison.

Tout cela bien sûr est bien trop vite dit. C’est le travail de générations entières que de donner forme à de nouvelles ressources pour ce qui au fond a toujours tenu et poussé les hommes  : l’étrangeté aventureuse de leur propre condition d’existence.

La grande question de demain sera celle d’une autre spiritualité. Les religions sont effondrées ou dévoyées, elles sont devenues insupportables aux esprits clairs, qui par ailleurs en ont fini avec les projections futuristes. Ces mêmes esprits ont perdu ce qui avait pour eux replacé la religion dans la littérature, la musique et les arts. C’est à peine si de temps en temps un film ou un livre fait souffler l’esprit – au milieu d’un océan de «  blockbusters  », de mièvreries et de psycho-sociologies. Une très grande partie de l’humanité vit de ressources religieuses, mais cela n’empêche pas l’omniprésence des repères technoscientifiques et tout ce que cela structure de la vie quotidienne. Il faudra bien que ça change  : c’est une nécessité vitale, tout simplement. Et cela se produira. Ou bien l’aventure sera finie, ce qui après tout peut faire partie de l’aventure même.

Sources
  1. Jean-François Bouthors et Jean-Luc Nancy, Démocratie  ! Hic et nunc, Éditions François Bourin, 2019.

  2. Voir notamment Corpus paru chez Métailié en 1992 (2006 pour la troisième édition revue et augmentée).

  3. Voir Jean-Luc Nancy, Une question de liberté  : https://www.youtube.com/watch?v=yPZgTJQO5FY

  4. https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/18/coronavirus-seule-la-democratie-peut-nous-permettre-de-nous-accommoder-collectivement-de-la-non-maitrise-de-notre-histoire_6039973_3232.html

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 15:28

Ne pas rater le train de la crise sanitaire que traversent le pays et la planète tout entière. Et intervenir dans le débat qui se profile sur la sortie de crise. Réunis vendredi 3 et samedi 4 avril en visioconférence, après l’avoir âprement débattue, puis votée, les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat, ont transmis leur « contribution à la sortie de crise » sous forme d’un texte général d’intention et de cinquante propositions de mesures, soit un tiers de celles élaborées lors de leurs six mois de travaux. D’après Audrey Garric et Rémi Barroux pour Le Monde. Lire aussi La France continue à soutenir les énergies fossiles alors que le monde prévoit d’en produire 120 % en trop, Une taxe carbone « juste » pour concilier justice fiscale et écologie est possible, et Une convention citoyenne sur le climat controversée.

Les membres de la convention citoyenne pour le climat, connectés sur l’outil en ligne Zoom, pour une session extraordinaire, les 3 et 4 avril, lors de laquelle ils ont réfléchi à une stratégie de sortie de crise.

Les membres de la convention citoyenne pour le climat, connectés sur l’outil en ligne Zoom, pour une session extraordinaire, les 3 et 4 avril, lors de laquelle ils ont réfléchi à une stratégie de sortie de crise.

Comment préparer la sortie de crise du Covid-19 ? Comment « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société », répondant tant au défi climatique que sanitaire et économique ? Réunis en visioconférence les 3 et 4 avril, les membres de la convention citoyenne pour le climat ont décidé d’envoyer, jeudi 9 avril, cinquante pistes de mesures à l’exécutif mais sans les rendre publiques. Elaborées par leurs cinq groupes thématiques – se loger, se déplacer, se nourrir, consommer, produire et travailler –, elles doivent encore être amendées et votées par l’assemblée plénière.

Les 150 Français ont sélectionné celles qui permettent de répondre à un triple objectif : avoir un effet positif sur le climat, sur l’économie à court ou moyen terme dans un esprit de justice sociale ainsi que sur la santé et le bien-être des populations.

Rénover 20 millions de logements

Les citoyens proposent tout d’abord de rendre obligatoire la rénovation énergétique globale des bâtiments d’ici à 2040, et d’ici à 2030 pour les « passoires thermiques », ces logements étiquetés F et G pour leurs faibles performances énergétiques. « Notre ambition, écrivent-ils, est de passer d’une rénovation par petits gestes et à petits pas à une rénovation globale (toit, isolation, fenêtres, chauffage et VMC), en multipliant par trois le rythme des rénovations. »

Cela représente environ 20 millions de logements à rénover de manière globale, dont environ 5 millions de « passoires thermiques », ainsi que des bâtiments tertiaires et publics, qui devront atteindre un niveau de performance énergétique A, B ou C. Actuellement, la loi énergie-climat, promulguée en novembre 2019, prévoit l’obligation de travaux dans les « passoires thermiques » à partir de 2028, mais sans rénovation globale et avec des objectifs de résultats moins ambitieux (pour atteindre au moins la classe E).

Pour réaliser ce « grand chantier national », qui permettrait de créer des emplois, de réduire la facture énergétique et les dépenses de santé, les citoyens proposent des leviers incitatifs mais aussi des sanctions (par exemple un malus sur la taxe foncière), et des mesures d’accompagnement comme une « aide minimum pour tous » et un réseau de guichets uniques.

Contenir l’étalement urbain

Les citoyens souhaitent ensuite lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain « de manière beaucoup plus efficace », afin d’agir en faveur de la biodiversité et de réduire les consommations d’énergie liées aux déplacements. Il s’agirait notamment de limiter, entre 2021 et 2030, le nombre d’hectares artificialisés par commune au quart de ce qui a été artificialisé entre 2000-2020, de stopper « immédiatement » les aménagements de nouvelles zones commerciales périurbaines « très consommatrices d’espaces » ou encore d’autoriser les réquisitions de logements et de bureaux vacants.

Réduire la place de la voiture individuelle

Les « 150 » se sont également attaqués au chantier des transports et en particulier de la voiture individuelle, qui représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire.

Pour encourager d’autres modes de transport, le groupe « se déplacer » propose de rendre obligatoire et d’augmenter (entre 500 et 1 800 euros par an) la prime de mobilité durable prévue par la loi d’orientation des mobilités pour qu’elle bénéficie à l’ensemble des Français qui effectuent leur trajet domicile-travail à vélo ou par le biais du covoiturage.

Ils veulent aussi augmenter les montants du fonds vélo de 50 à 200 millions d’euros par an pour financer des pistes cyclables et interdire l’accès aux centres-villes pour les véhicules les plus polluants. Les citoyens souhaitent également accroître l’usage du train, notamment en réduisant la TVA sur les billets de 10 % à 5,5 %.

La convention propose de nombreuses mesures visant à faire évoluer rapidement le parc automobile français, majoritairement thermique et composé d’une part croissante de SUV. Il s’agit, entre autres, d’interdire dès 2025 la commercialisation de véhicules neufs très émetteurs (plus de 110 g de CO₂/km), de proposer des prêts à taux zéro pour l’achat d’un véhicule propre et d’augmenter les bonus pour les véhicules peu polluants et, dans le même temps, de renforcer « très fortement » les malus pour ceux qui polluent.

Favoriser les circuits courts et une alimentation durable

La crise sanitaire et ses effets sur le mode de vie, le confinement en premier lieu, ont évidemment donné plus de force à l’une des mesures du groupe de travail « se nourrir », avec le développement des circuits courts. La mesure n’est pas nouvelle puisqu’elle figure déjà dans la loi Egalim d’octobre 2018, mais, selon les citoyens de la convention, le changement de pratiques est insuffisamment mis en œuvre. Ils souhaitent promouvoir des outils comprenant « la création de fermes municipales et de plates-formes de regroupement des productions ». Il faut aussi, écrivent-ils, « utiliser le levier de la commande publique pour valoriser les produits issus de circuits courts, locaux, durables et à faible coût environnemental, sous la forme d’un “guide d’achat” à adresser aux acheteurs publics ».

Dans ce chapitre consacré à l’alimentation, les citoyens mettent encore en avant le développement des pratiques agroécologiques, et de « renégocier le CETA [traité de commerce entre l’Union européenne et le Canada] au niveau européen ».

Freiner la surconsommation

La volonté de tourner la société vers des modes d’alimentation et de production plus sains se retrouve aussi dans les nombreuses propositions issues du groupe de travail « consommer ». L’essentiel porte sur l’éducation et la formation du consommateur aux pratiques de « sobriété numérique », ainsi qu’à l’environnement et au développement durable. Afin d’« encourager la participation citoyenne », les membres de la convention proposent de décliner celle-ci dans de « miniconventions citoyennes pour le climat, pour élaborer collectivement des propositions concrètes pour l’environnement dans nos villes, nos campagnes, nos quartiers, nos régions »…

Surtout, les citoyens appellent à réguler la publicité pour « mettre un frein à la surconsommation ». Il s’agirait, dès 2023, d’interdire la publicité sur les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre (« une sorte de loi Evin sur le climat ») mais aussi, de manière plus générale, de « limiter fortement les incitations quotidiennes et non choisies ».
Les panneaux publicitaires seraient ainsi prohibés « dans les espaces publics extérieurs », hors l’information locale ou culturelle. De même, proposition est faite que soit rendue obligatoire dans toutes les publicités une mention de type « En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète ».

Décarboner l’économie

La sortie de crise devrait aussi être l’occasion, estiment les membres de la convention citoyenne, de revisiter les modes de production et de travail. L’objectif est d’accélérer la transition vers une économie décarbonée, un objectif européen et français fixé à 2050.

Pour l’atteindre, les citoyens proposent que « d’ici à 2025, tout soutien à l’innovation s’inscrive dans une logique de sortie d’un modèle basé sur le carbone ». La recherche publique doit être financée dans les secteurs de l’innovation ayant un intérêt environnemental et écologique. Il faut « sortir de l’innovation pour l’innovation ». Ainsi pointent-ils le passage de la 4G vers la 5G qui générerait plus de 30 % de consommation d’énergie carbonée en plus, « sans réelle utilité (pas de plus-value pour notre bien-être) ».

Parmi les cinquante propositions transmises, se trouvent aussi l’augmentation de la longévité des produits et la réduction de la pollution liée aux modes de production et de fonctionnement : écoconception, développement des filières de réparation et de réemploi, du recyclage aussi, d’ici à 2023.

Même si l’impact de ces mesures est moins important sur les émissions de gaz à effet de serre, elles touchent aux ressources et aux pollutions. Elles sont donc « emblématiques d’un changement de société que nous souhaitons », écrivent les conventionnels.

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 11:50

La « convention citoyenne sur le climat » s’est ouverte vendredi à Paris afin de proposer des mesures destinées à lutter contre le réchauffement climatique. Les ONG dénoncent une mise en scène de la part de l’État. D’après Eric Serres pour l’Humanité, Coralie Schaub pour Libération, et Gaspard d’Allens pour Reporterre du 4 au 7 septembre 2019.

Le 4 octobre à Paris. Le premier ministre Édouard Philippe a prononcé le discours d’ouverture de la « convention citoyenne sur le climat» devant 150 personnes tirées aux sort parmi 250 000 numéros de téléphone. Raphael Lafargue/POOL/REA

Le 4 octobre à Paris. Le premier ministre Édouard Philippe a prononcé le discours d’ouverture de la « convention citoyenne sur le climat» devant 150 personnes tirées aux sort parmi 250 000 numéros de téléphone. Raphael Lafargue/POOL/REA

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », dénonçait il y a dix-sept ans, Jacques Chirac en ouverture du sommet de la Terre. Aujourd’hui, la maison brûle toujours et le gouvernement français tente par tous les moyens de détourner les regards, faute de réel programme pour le climat. Certes, il vient d’innover, en mettant en place une « convention citoyenne sur le climat ». Un gage de démocratie plus participative, diront certains. Mais d’autres y voient déjà un énième enfumage, et notamment certaines ONG. Le récent incendie de l’usine Lubrizol à Rouen et les approximations de l’État face à la situation ont en effet mis le feu aux poudres quant à leurs inquiétudes. Car en ouvrant les travaux des 150 citoyens tirés au sort pour proposer des mesures de lutte contre le changement climatique, le Premier ministre a garanti que celles-ci seraient soumises à l’examen du Parlement ou au référendum, mais indiqué qu'il ne pouvait pas promettre que toutes seraient appliquées.

Un prétexte à l’inaction ?

Pour les organisateurs de la convention citoyenne pour le climat, la démocratie participative est d’abord un moyen de gagner du temps face à l’inertie du modèle actuel. Même si les propositions seront rendues d’ici quatre mois, fin janvier 2020, soit près d’un an après le lancement du « grand débat national », « la délibération au sein d’une assemblée citoyenne permet de dépasser les clivages et les blocages inhérents au système représentatif afin de créer des mesures plus justes et plus radicales », estime Thierry Pech, le coprésident du comité de gouvernance lors d’un point presse au CESE. Selon Cyril Dion, « le gouvernement, soumis à des enjeux électoralistes et de court terme, ne peut pas prendre les décisions nécessaires s’il veut se faire réélire ou plaire a tout le monde. Les citoyens, eux, le peuvent. Ils n’ont pas ces contraintes ».

Une position que partage Sophie Guillain, directrice générale de Res publica, une entreprise chargée de l’animation de la convention. « Les expériences délibératives montrent — un peu comme dans les jurys d’assises — que les gens viennent pour se mettre au service de l’intérêt général avec l’intention de faire de leur mieux, dit-elle. La délibération permet une évolution des positions contrairement à la démocratie représentative, où l’on hystérise des points de vue en les mettant en scène. »

Plusieurs associations écologistes restent néanmoins sceptiques. Greenpeace voit dans cet outil, « une manière de faire diversion » et une forme de procrastination : « Par cette manœuvre, le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation des mobilités ou la loi Climat-Énergie, sont déjà en cours d’examen », écrit l’ONG dans un communiqué.

Une instrumentalisation de la part du gouvernement ?

Un gouvernement qui frappe et mutile les manifestants est-il réellement capable de laisser les citoyens décider à sa place ? Il est permis d’en douter, comme le montre l’exemple des États généraux de l’alimentation  (lire aussi L’Agriculture au glyphosate reste en Travert de la gorge des consommateurs et Sans répondre à la crise sanitaire, la loi Alimentation permet à l’industrie agroalimentaire d’augmenter ses prix) ou la récente consultation sur les pesticides. « L’enfumage écologique du gouvernement a depuis quelques mois la finesse d’un nuage de gaz lacrymos, note Maxime Chedin, il vise d’ailleurs le même effet de dispersion. »

La convention pourrait être une manière de faire peser sur les citoyens le poids d’une relance de la taxe carbone, qui obtiendrait, de ce fait, une onction démocratique. On retrouve cet enjeu dans les discours médiatiques de plusieurs ministres. Le 22 septembre, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, déclarait au micro d’Europe 1 que « la Convention citoyenne se penchera sur la question de la taxe carbone. On a échoué à l’expliquer et à convaincre dans la période précédente. C’est pour cela que nous avons arrêté son augmentation en 2019 et en 2020. Si on veut reprendre, il faut commencer par un débat citoyen ».

Mercredi 11 septembre, à la sortie du Conseil des ministres, Sibeth Ndaye, porte-parole du gouvernement, assurait que les ministres ne devraient pas être entendus par la convention. Pourtant Élisabeth Borne et Édouard Philippe sont déjà annoncés lors du premier week-end, ces 5 et 6 octobre. On retrouve aussi au sein du comité gouvernance de la convention Léo Cohen, l’ancien conseiller spécial de François de Rugy au ministère de la Transition écologique et solidaire.

Interrogé lors d’un point presse, Thierry Pech affirme cependant ne « recevoir, pour l’instant, aucune pression de la part du gouvernement et bénéficier d’une paix royale ». Trois garants, dont Cyril Dion, ont été nommés pour respecter l’indépendance de la convention.

Une mise sous tutelle des citoyens ?

Le rôle du comité de gouvernance au sein de la convention citoyenne est critiqué. Ce groupe composé d’une douzaine de membres — climatologue, experts de la démocratie participative, acteurs du champ économique et social — doit assurer le pilotage des travaux de la convention. Il définit l’ordre du jour, les méthodes de travail, le rythme des ateliers et sélectionne une liste d’experts et de grand témoins. Un rôle important qui interroge.

Car, « la démocratie délibérative, c’est la possibilité de déterminer par soi-même de façon autonome ce dont on veut parler et ce qui importe ou non », précise Maxime Chedin. « Dans cette convention, on traite les citoyens comme des mineurs, des écoliers que l’on va former grâce à des experts soi-disant neutres », dit-il. Pour le philosophe, les citoyens n’ont aucune souveraineté. « Ils sont enfermés dans un cadre imposé, avec un objectif défini sans eux. » Comment pourront-ils alors reprendre la main ?

Le philosophe appelle à un débordement de la structure. À un acte de désobéissance civile. « Les citoyens pourraient faire le Serment du palais d’Iéna », en référence à celui du Jeu de paume, quand les députés du tiers état, en juin 1789, s’étaient déclarés en assemblée souveraine. « Le serment pourrait être de ne pas se quitter avant d’avoir établi une fiscalité mettant fin aux scandaleuses inégalités qui sont la première source des désastres écologiques », pense Maxime Chedin.

De leur côté, les membres du comité de gouvernance assurent n’avoir qu’un « rôle méthodologique » et qu’il reviendra aux citoyens de la convention de choisir le chemin qu’ils veulent tracer. Néanmoins, quand Reporterre leur demande s’il sera possible d’aborder des cas d’étude précis, comme l’abandon de l’urbanisation des terres fertiles du triangle de Gonesse ou la fin de certains grands projets inutiles, ils en doutent. Leurs réponses restent prudentes. « Peut-être, mais ce n’est pas prévu », « J’aimerais bien, mais on n’y avait pas pensé », « ça risque d’être compliqué, on a peu de temps ». Pareil pour l’impôt de solidarité sur la fortune : Sophie Guillain, directrice de Res publica, ne voit pas le lien. « Pourquoi l’ISF ? Vous pensez que l’ISF peut faire baisser les émissions de CO2 ? On aura sûrement plus de débat autour de la taxe carbone », répond-elle à Reporterre.

« J’espère que ça servira à quelque chose »

Quoi qu’il en soit, ils étaient 150 citoyens – tirés au sort parmi 250 000 numéros de téléphone –, à franchir vendredi dernier les portes des locaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Six week-ends de travaux au sein de la convention climat et une mission : « Proposer au gouvernement des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990… le tout dans un esprit de justice sociale », dixit le premier ministre, Édouard Philippe. Y a plus qu’à…

« Je suis très satisfaite, j’espère pouvoir faire entendre ma voix, j’ai de fortes convictions environnementales », expliquait ainsi Muriel, intermittente du spectacle. « J’espère que ça servira à quelque chose », racontait Alexia, une étudiante originaire de Guadeloupe. « Je vais poster mes impressions des travaux sur les réseaux sociaux, pour tenir au courant ma génération », continuait-elle. D’autres moins enthousiastes s’interrogeaient déjà sur les thématiques proposées. « J’attends qu’on nous explique. On nous dit 40 % de moins de gaz à effet de serre en 2030. Pourquoi 40 % ? Pourquoi pas 30 ? »

Des explications, ils en auront. Les participants pourront en effet s’appuyer dans leurs démarches sur l’expertise de scientifiques, d’économistes ou encore de chercheurs en sciences sociales ou politiques qui apporteront leurs connaissances sur les grandes thématiques qui devraient être abordées. À savoir : se déplacer, consommer, se nourrir, se loger, produire et travailler. Au terme de ces week-ends, les résultats seront soumis « sans filtre, soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe », a promis le président de la République Emmanuel Macron. « Ne doutez pas que nous serons à vos côtés pour les faire respecter », a confirmé en préambule Thierry Pech, coprésident du comité de gouvernance de la convention et directeur de la fondation Terra Nova.

Un grand groupe industriel parmi les 12 membres de la gouvernance

Jusque-là, et pour une première en France, rien à redire. Pourtant, c’est souvent dans les détails que se cache le diable. C’est ainsi qu’un premier lièvre a été levé. Madame Catherine Tissot-Colle, membre du Cese, mais surtout porte-parole de la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux, a été nominée pour faire partie avec 12 membres de la gouvernance de la convention citoyenne. Outre ce rôle de porte-parole, elle travaille également pour le groupe français Eramet, l’un des leaders de l’exploitation du nickel, du lithium et du manganèse. Premier élément de malaise !

De fait, cette convention est loin d’inspirer confiance aux ONG environnementalistes, qui voient aussi dans la démarche une manière pour l’État de ne pas assumer ses responsabilités. « Le lancement de cette convention ne doit pas faire oublier l’inaction continuelle du gouvernement », dénonce Greenpeace, qui demande aux participants de « s’affranchir des limites imposées par le gouvernement ». Autre subterfuge, et non des moindres, que soulèvent les ONG : la possibilité de faire peser sur les citoyens l’idée d’une relance de la taxe carbone, qui avait entraîné le début du mouvement des gilets jaunes. En septembre, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, le laissait déjà entendre : « La convention citoyenne se penchera sur la question de la taxe carbone. On a échoué à l’expliquer… Si on veut reprendre, il faut commencer par un débat citoyen. » À mi-mot : je refile passe la patate chaude.

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 09:04

Comment éviter l’échec du grand débat ? Le collectif Démocratie ouverte mêlant des militants de la démocratie participative, des écologistes, des élus et des Gilets jaunes avance ses propositions. D’après Charles de Saint-Sauveur et Henri Vernet le 23 janvier 2019 pour Le Parisien.

Les « Gilets citoyens » écrivent au Président de la République

Emmanuel Macron voulait voir fleurir mille débats, quitte à ce que les citoyens soient eux-mêmes directement à l’initiative. Le voilà servi. Le collectif Démocratie Ouverte, rassemblant des gens de tous horizons, Gilets jaunes, Gilets verts - c’est-à-dire écolos -, élus locaux, experts, et tout simplement citoyens « concernés », adresse ce mercredi une lettre ouverte au chef de l’Etat.

La centaine de signataires exprime une double crainte : « que le débat se transforme en énorme défouloir de colères, qui n’aurait ni queue ni tête », alerte Mathilde Imer, coprésidente de Démocratie ouverte, et l’une des initiatrices de la vidéo de « l’affaire du siècle », cette campagne de « justice climatique » contre l’Etat appuyée sur une pétition de plus de 2 millions de signataires.

« Un moyen de nous endormir »

Le deuxième risque, souligné par le collectif, c’est celui de « l’enfumage ». « Il n’y a aucune garantie sur la transparence des débats et surtout aucun engagement concret du pouvoir sur les débouchés de cette consultation », reprend Mathilde Imer. « Tel qu’il a été lancé par Macron, ce grand débat est un moyen de nous endormir », gronde Grégory Signoret, Gilet jaune du Vaucluse.

Une assemblée de citoyens tirés au sort

Comment éviter ce fiasco ? Dans leur lettre, intitulée « Pour un nouveau souffle démocratique », ces militants de tous bords — de la présidente de la région Occitanie Carole Delga au réalisateur écolo du film « Demain » Cyril Dion, en passant par la négociatrice de la COP21 à Paris Laurence Tubiana ou encore la Gilet jaune Priscillia Ludosky — détaillent au président de la République leurs propositions chocs. D’abord, la création d’un observatoire indépendant et transparent, dont les membres ne seront pas nommés par l’Etat comme c’est le cas des cinq « garants » du grand débat. Ensuite, et c’est leur principale revendication, la mise sur pied d’une « Assemblée citoyenne », de quelques centaines de membres tirés au sort — comme l’Irlande l’a expérimenté pour la très délicate réforme du mariage pour tous.

Leur mission ? Faire le tri parmi les propositions qui émergeront des deux mois de grand débat, sans exclure les idées qui émaneront des forums alternatifs, jusqu’aux ronds-points des Gilets jaunes. Les travaux de cette Assemblée, filmés et retransmis en continu, déboucheront, rapidement, sur un référendum à choix multiple. Cette formule, compatible avec le RIC (référendum d’initiative citoyenne exigé par les Gilets jaunes), permettrait d’éviter un référendum « oui ou non », qui se transformerait à coup sûr en vote pour ou contre Macron. « Il y a un vrai engouement et une volonté d’apporter des solutions concrètes dont les citoyens peuvent s’emparer pour reprendre un peu de pouvoir », constate le politologue Romain Slitine, coauteur du « Coup d’Etat citoyen » (la Découverte).

« Il nous semble indispensable que le grand débat ne soit pas un moment isolé après lequel on reviendrait aux pratiques politiques traditionnelles », préviennent les signataires. Sinon, la France risque, selon eux, de s’enfoncer dans l’indifférence, l’abstention ou le triomphe des extrémistes. « Si un grand nombre de citoyens se mobilise et que le gouvernement n’en fait rien, la déception sera explosive », prophétise Loïc Blondiaux, professeur à la Sorbonne. A Emmanuel Macron de saisir la perche.

Réussir le Grand Débat National : pour un nouveau souffle démocratique

Lettre ouverte au Président de la République par Démocratie Ouverte.

Monsieur le Président de la République,

Le 15 janvier dernier, vous adressiez à l’ensemble des Français une lettre nous invitant à participer au Grand Débat National, déclenché suite au mouvement des Gilets jaunes. Le lancement d’un tel débat, qui crée une occasion d’inventer collectivement de nouvelles pratiques démocratiques, est enthousiasmant. Néanmoins, la précipitation, le flou, les incertitudes, le manque d’engagement et de transparence risquent fort de bloquer la participation d’un nombre significatif de Français, entachant ainsi la légitimité et l’efficacité du Grand Débat National.

Pour que les Français y participent massivement et sereinement cela suppose de mettre au point collectivement une méthode qui assure un débat transparent, aux contributions réellement prises en compte et débouchant sur des avancées concrètes. Nous, acteurs œuvrant en faveur de l’innovation démocratique depuis plusieurs années, groupements de gilets jaunes, représentants de mouvements écologistes et associatifs, acteurs de la société civile, chercheurs et citoyens craignons qu’un certain nombre de conditions ne soient pas remplies pour garantir la réussite de ce Grand Débat.

Pour appeler à participer et appuyer votre démarche, il manque en effet trois conditions essentielles. Afin de garantir aux Français son utilité, nous déploierons un dispositif à même de les satisfaire au mieux.

En premier lieu, il nous semble indispensable que ce débat soit mené de manière indépendante et avec une transparence exemplaire. Ainsi, afin d’analyser les conditions de sa mise en œuvre et en lien avec des médias, nous participerons dans les prochains jours à la mise en place d’un Observatoire qui étudiera les dispositifs et méthodes utilisés dans les débats, qu’ils soient organisés dans ou en dehors du cadre du Grand Débat. Ces éléments nous permettront de mettre en avant les réussites mais aussi d’alerter sur les dysfonctionnements.

En deuxième lieu, il nous semble indispensable qu’un engagement politique clair et fort soit pris sur le débouché concret des propositions qui émergeront, avant même de savoir ce que seront ces propositions. Ainsi, pour garantir la crédibilité et l’intérêt de la démarche, nous recommandons la mise en place d’une Assemblée citoyenne tirée au sort, représentative de la société, chargée de faire des propositions donnant lieu à un référendum à choix multiples. Les débats de cette assemblée seraient filmés et retransmis en continu.

Si un référendum seul peut faire peur à certains, articulé à une large délibération il permet de construire collectivement des solutions ayant une réelle cohérence d’ensemble. Les assemblées régionales prévues actuellement ne semblent pas pouvoir jouer ce rôle car, en l’état, elles n’auront pas la composition, le temps et les possibilités de délibération nécessaires. Compte tenu des circonstances et de l’enjeu, il est nécessaire d’être ambitieux en créant une assemblée réunissant quelques centaines de personnes, bénéficiant d’un temps suffisant et suivant une méthodologie rigoureuse ayant fait ses preuves. Elle traitera du RIC bien sûr puisqu’il a émergé comme une priorité ces dernières semaines, mais au-delà, elle reverra plus largement nos pratiques démocratiques afin qu’elles soient plus à même d’impliquer les citoyens de façon régulière et pas seulement lors des échéances électorales. De plus, cette assemblée hiérarchisera les propositions émanant des débats pour définir les priorités qui pourraient faire l’objet du référendum à choix multiples.

Ce n’est que par une démarche politique et démocratique ambitieuse que la confiance pourra revenir. Nous sommes prêts à soutenir et/ou réaliser par nous-même la mise en œuvre d’un tel dispositif, qui a déjà fait ses preuves ailleurs, dans des contextes très divers (notamment en Irlande, en Islande, ou encore au Canada). Les moyens, les outils, les recherches et retours d’expérience nécessaires à l’organisation d’une telle dynamique existent.

Nous entamons d’ores et déjà une réflexion collective sur les conditions de mise en œuvre d’une telle assemblée par des acteurs de la société civile, au cas où vous ne vous engageriez pas en ce sens. Nous travaillerons au rapprochement avec des initiatives convergentes.

En troisième lieu, il nous semble indispensable que le Grand Débat ne soit pas un moment isolé après lequel on reviendrait aux pratiques politiques traditionnelles. Ainsi, nous lançons également une boîte à outils (plateformes délibératives en ligne, méthodes d’animation, décryptages, etc.) destinée à tous les citoyens qui souhaitent s’inscrire dans un engagement de court ou long terme, dans le cadre du Grand Débat National ou en dehors. En effet, il nous semble essentiel de tirer parti des « énergies citoyennes » qui se sont exprimées, notamment de la part de personnes qui s’étaient éloignées de tout engagement. C’est une chance formidable pour réussir les transitions économiques, sociales et environnementales. Nous devons pouvoir tirer parti des débats locaux pour engager concrètement un travail de terrain afin de trouver des solutions aux problèmes qui ont été à l’origine de la crise.

Notre pratique démocratique doit devenir plus régulière, plus concrète, à toutes les échelles et sur tous les thèmes !

Monsieur le Président, vous avez appelé à « transformer les colères en solutions », voilà la manière dont nous pensons que nous pouvons y parvenir.

Nous souhaitons vivement la réussite d’une démarche démocratique ambitieuse et inédite. Nous sommes déterminés à y participer si les conditions sont réunies pour que ces transformations s’enclenchent réellement. Il faut pour cela reconnaître aux citoyens une compétence d’acteurs et pas seulement de spectateurs ou de commentateurs d’un jeu qui se passe ailleurs. Les Français veulent entrer dans le jeu !

Nous vivons une opportunité historique pour que les citoyens inventent la démocratie de demain. Soyons ensemble à la hauteur des enjeux.

Signataires :

Acteurs œuvrant en faveur de l’innovation démocratique, groupement de gilets jaunes, représentants de mouvements écologistes, chercheurs et experts de la démocratie participative, et acteurs de la société civile. Tous citoyens.

– Kévin André, Co-Président de Démocratie Ouverte et Fondateur de Kawaa

– Fanny Agostini, Journaliste et co-fondatrice LanDestini

– Sophie Aouizerate, Fondatrice de Raisonnances

– Achille Audouard, Co-responsable de l’antenne parisienne de I-buycott

– Jean Louis Bancel, Président du Crédit Coopératif 

– Julien Bayou, Conseiller régional d’ile de france

– Mathieu Baudin, Directeur de l’Institut des Futurs souhaitables

– Lucie Berson, membre et administratrice d’Astérya

– Grégory Bertrand, Simple citoyen, fondateur de Nous Rassemble

– Aurore Bimont, Co-fondatrice de Système D, l’incubateur de Démocratie Ouverte

– Loïc Blondiaux, Professeur à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne 

– Delphine Blumereau, Directrice de la communication, Institut des Futurs souhaitables

– Lisa Basty, co-coordinatrice des Connecteurs citoyens d’Astérya 

– Christian de Boisredon, Fondateur de Sparknews 

– Medhi Bolic, Gilet Jaune, Association France Unité, référents Marseille 

– Dominique Bourg, philosophe français, professeur ordinaire à l’université de Lausanne

– Marie-Hélène Bacqué, professeure à l’Université Paris Ouest-Nanterre 

– Pierre-Marie Boulle, Gilet Jaune d’Apt

– Antoine Brachet, Co-Président de Démocratie Ouverte

– Cécile Calé, Agrégé Chercheur Arts & Philosophie politique, Co-Fondatrice Cercle Spiridion & Coop Cité Arts & Démocratie

– Mikael Carpentier, Gilet Jaune, référent Châteaurenard et membre du MTRF (Mouvement des Transmetteurs Réunis Français)

– Francois Cathelineau, Co-président de Tous Elus

– Hervé Chaygneaud-Dupuy, Innovateur sociétal et blogueur, membre de Démocratie Ouverte

– Tarik Chekchak, Directeur du pôle biomimétisme, Institut des Futurs souhaitables

– Enora Conan, Co-fondatrice du Labo de Démocratie Ouverte

– Danielle Le Coq, Gilet Jaunes, co-administratrice plateforme des revendications Bretagne, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Julian Couderc, Citoyen, Gilet jaune & Modérateur groupe facebook

– Lydie Coulon, Gilet Jaune, co-administratrice plateforme des revendications PACA et plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Dimitri Courant, chercheur en science politique,Université de Lausanne et Université Paris 8, spécialiste des assemblées citoyennes

– Laurie Debove, journaliste

– Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée

– Alexandre Detroux, ingénieur de concertation chez Bluenove

– Valérie Deldrève, directrice de recherche en sociologie, Irstea Bordeaux

– Quentin Desvigne, fondateur de Demodyne

– Cyril Dion, écrivain, poète et militant écologiste français, réalisateur du film DEMAIN

– Céline Evita, Fondatrice consultante Réponses Citoyennes, membre de Démocratie Ouverte

– Eric Favre, simple citoyen de seine et marne, gilet vert, bénévole du mouvement colibris

– André Feigeles, citoyen solidaire membre du Cercle des engagés de Démocratie Ouverte, Commission économique Nuit Debout, Conseiller de Quartier Paris.

– Frédéric Fleurié, Les-Gilets-Jaunes.re, plateforme de démocratie ouverte à l’île de la Réunion, co administrateur de la plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Jean-Marc Fortané, Président du MTRF (Mouvement des Transmetteurs Réunis Français) et co-initiateur de Fédération Citoyenne

– Jean-Baptiste de Foucauld, coordinateur du Pacte civique

– Jean-Michel Fourniau, président du Gis Démocratie et Participation

– Bruno Fournier, Gilet Jaune d’Apt

– Charles Fournier, Vice Président région centre Val de Loire

– Didier Fradin, La Belle Démocratie, Groupe de travail sur le Municipalisme

– Claude Grivel, Président de l’Union Nationale des Acteurs du Développement Local (Unadel)

– Florent Guignard, co-fondateur du journal Le Drenche

– Pierre-Yves Guihéneuf, délégué général de l’Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne (ICPC)

– Pierre Guilhaume, coordinateur du Pacte civique. Guillaume Ginier, membre et administrateur d’Astérya

– Clément Girard, consultant D21 et militant associatif, membre de Démocratie Ouverte

– Léa Giraud, Animatrice de communautés de Démocratie Ouverte

– Manon Godefroi, coordinatrice de la vie associative, du développement et de la mobilisation d’Astérya

– Pierre-Louis Guhur, co-fondateur du collectif Mieux Voter

– Philippe Honigman, Co-fondateur de Tribute

– Mathilde Imer, Co-Présidente de Démocratie Ouverte, co-coordinatrice de la campagne “On Est prêt”, et co-productrice de la vidéo de diffusion de la pétition “L’Affaire du Siècle” 

– Luc Jacob, Gilet jaune, co-administrateur plateforme des revendications Bretagne et plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Antonin Jourdan, responsable technique iD CITY , civic-tech 

– Janique Laudouar, fondatrice Le Blog de la Ménagère

– Brice Jehanno, Co-fondateur de Tous élus – Julien Joxe, directeur marchés francophones CitizenLab.

– Danielle Kerbrat, Gilet Jaune, Association France Unité, référents Marseille – Sophie Labrunie, membre et administratrice d’Astérya

– Ninon Lagarde, Co-présidente de Tous élus

– Henri Landes, co-fondateur de Landestini et CliMates ancien Directeur Général de la fondation Good Planet

– Claudy Lebreton, Membre de Démocratie Ouverte et ancien président de l’ADF. – Armel Le Coz, Co-fondateur de Démocratie Ouverte et Parlement et Citoyens

– Claire Lejeune, responsable du bouquet Transition Ecologique chez Bleu Blanc Zebre

– Anne-Elise Lenne, animation de concertations avec co-création de contenu multimédia en temps réel Cycla Wap

– Franck Lenoir, membre de Démocratie ouverte

– Olivier Lenoir, Co-fondateur d’Osons Ici et Maintenant

– Patrice Levallois, 4ème chambre

– Simon Leurent, Co-fondateur d’Osons Ici et Maintenant

– Cécile Lizé, co-coordinatrice des Connecteurs citoyens et administratrice d’Astérya

– Vianney Louvet, co-président de Tous Elus

– Clément Mabi, maître de conférences, Université de Technologie de Compiègne

– Basile Mace de lepinay Co-responsable de l’antenne parisienne de I-buycott Antoine Jestin, co-fondateur iD CITY, civic-tech

– Flora Magnan, cofondatrice de l’outil de lobbying citoyen United4Earth 

– Camille Marguin, Co-présidente de Tous Elus

– Fabien Martre, co-fondateur de Livedem

– Jean Massiet, Fondateur d’Accropolis

– Angélica Montes, philosophe, chercheuse associée au LLCP, Université Paris 8.

– Paloma Moritz, réalisatrice à Spicee média, co-fondatrice de Mieux Voter

– Catherine Neveu, directrice de recherche au CNRS, Tram-IIAC

– Anne-Sophie Novel, Journaliste et fondatrice de Place to B

– Kathleen Olanor, membre et administratrice d’Astérya

– Cécile Ostria, Directrice générale de la Fondation pour la Nature et l’Homme

– Chloé Pahud (co-fondatrice) et toute l’équipe de Civocracy

– Olivier Pastor, co-fondateur de l’Université du Nous

– Magali Payen, fondatrice de la campagne « On Est Prêt » et co-productrice de la vidéo de diffusion de la pétition “L’Affaire du Siècle”

– Nils Pedersen, Président de La Fonda

– Bertrand Pancher, Président de Décider Ensemble

– Aurélien Paccard, Institut des Futurs souhaitables

– Dominique Poirier, Retraité, ex “Architecte fonctions collaboratives” à la DGA

– Henri Poulain, Réalisateur, co-auteur et co-producteur du programme #DataGueule et réalisateur du film Démocratie(s)

– David Prost, gilet jaunes du vaucluse co-administrateur de la plateforme revendications PACA et plateforme nationale LE VRAI DEBAT

– Simon Quatrevaux, responsable conseil et développement iD CITY , civic-tech – Sylvain Raifaud, adjoint à la maire du Xème arrondissement de Paris 

– Gabriel Ray, Gilet jaune, co-administrateur plateforme des revendications Toulouse, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Alain Renk, Co-fondateur 7 Milliards d’Urbanistes

– Jean-Rémy Ricordel, citoyen engagé.

– Juliette Rohde, co-fondatrice de Saisir

– Julien Roirant, président d’AgoraLab

– Steven Rostren, Gilet Jaune, co-administrateur plateforme des revendications Bretagne, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Maxime de Rostolan, Fondateur de Fermes d’Avenir et Blue Bees

– Marion Roth, Directrice Décider Ensemble

– Gabriel Rouqueirol, Gilet Jaune d’Apt

– Quentin Sauzay, Co-fondateur du lobby citoyen ECHO

– Maxime Senzamici, Co-fondateur de l’outil de lobbying citoyen United4Earth – Grégory Signoret, gilet jaune du Vaucluse co-administrateur de la plateforme revendications PACA et plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Thomas Simon, Démocratie Ouverte et Co-fondateur de Les voies de la démocratie

– Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à l’université de Paris

– Martin Serralta, Prospective des organisations Institut des Futurs souhaitables

– Blandine Sillard, administratrice d’Astérya et doctorante en science politique à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne

– Elfaniel Sonnard, Citoyenne Gilet jaune & Modératrice groupe facebook

– Romain Slitine, Co-fondateur de Système D, l’incubateur de Démocratie Ouverte et auteur de “Le Coup d’Etat citoyen” (La Découverte)

– Maxime Souque, Gilet Jaune, Référent Avignon Sud, co-administrateur plateforme des revendications PACA, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Joe Spiegel, Maire de Kingersheim

– Julien Talpin, chargé de recherche au CNRS, Ceraps

– Frédéric Tinel, Gilet Jaune d’Apt

– Marie Toussaint, Présidente de Notre Affaire à Tous, une des 4 ONG portant le recours en justice “L’Affaire du Siècle”

– Jacques Trentesaux, journaliste et co-fondateur de Mediacités

– Laurence Tubiana, professeur à Sciences Po

– Valérie Urman, journaliste, membre de Démocratie Ouverte

– Marie Valéro, Gilet Jaune référente au Thor. Membre du cercle de gouvernance de la plateforme des revendications PACA et de www.le-vrai-debat.fr

– Aurélien Vernet, co-fondateur de CLIC (Citoyennes.ens lobbyistes d’intéret commun) : lobby-citoyen.fr

– Jean-Luc Verreaux, Délégué Général Institut des Futurs souhaitables

– Laetitia Veriter, Directrice des programme de Citizens for Europe

– Clément Viktorovitch, docteur en science politique, fondateur de l’Université populaire Politeia

– Stéphane Vincent, Délégué général et cofondateur de La 27e Région et administrateur des Halles Civiques

– Patrick Viveret, Co-fondateur des dialogues en humanité – Bulent Acar, Co-fondateur de I-buycott

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 09:31

L’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) en appelle au grand public pour financer l’acquisition de réserves où la faune et la flore évoluent en toute liberté. D’après www.aspas-nature.org et Pierre Le Hir pour Le Monde. Lire aussi « La nature face au choc climatique » : la moitié des espèces des régions les plus riches en biodiversité menacées d’extinctions , La sixième extinction de masse des animaux s’accélère et Les échanges commerciaux qui menacent la vie sauvage.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

Voici une trentaine d’années, le 20 novembre 1987, en créant son Conservatoire E.S.P.A.C.E., l’ASPAS avait eu l’idée visionnaire de protéger des milieux par la maîtrise foncière. Pour pallier l’incurie de l’État, face à la dégradation générale de notre patrimoine, l’ASPAS remet à jour la charte du conservatoire ESPACE en avril 2010.
Le 7 juillet 2010 elle concrétise son Conservatoire avec sa toute première acquisition dans le Massif central (4 parcelles pour une surface totale de 3,27 ha). Première d’une longue série.
En 2014, le « Conservatoire E.S.P.A.C.E. » laisse place aux Réserves de Vie Sauvage, et son label « Réserve de Vie Sauvage® » est déposé à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle).

Pourquoi des réserves de vie sauvage ?

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

Parce que l’État ne fait pas son travail ! Suite aux oppositions systématiques des lobbies ruraux, les exigences en matière de protection de  la nature ont sérieusement baissé.
La majorité des régimes juridiques des espaces protégés n’interdit pas la chasse, qui est autorisée dans certains parcs nationaux, comme ceux des Cévennes et des Calanques, ainsi que dans 70 % des Réserves Naturelles Nationales. De même, l’exploitation forestière peut se pratiquer dans tout ou partie de ces espaces dits « protégés » (dans tous les Parcs Nationaux par exemple).
Les différentes chartes des Parcs Naturels prévoient, avant tout, d’assurer la pérennisation des activités humaines en son sein, et non comme on pourrait le penser, de mettre tout en œuvre pour une vraie protection de la nature sauvage.
Sous la pression des lobbies financiers, agricoles et de la chasse, on ne protège plus que ce qui ne les dérange pas : c’est-à-dire quasiment rien.
L’urgence est donc de préserver des espaces de vraie nature libre, où la vie sauvage se développe à l’abri de toute destruction et de toute exploitation mercantile.

Qu'est-ce qu'une réserve de vie sauvage ?

C’est un espace naturel dont la gestion est, en fait… la non gestion, ou la libre naturalité. L’objectif est de reconstituer des îlots de nature intacte, des zones de quiétude pour la faune et de naturalité pour la végétation.
Le niveau de protection correspond à la catégorie 1b « Zone de nature sauvage » du classement de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) attribuée aux espaces qui ont conservé leur caractère et leur influence naturels, et sont protégés et gérés aux fins de préserver leur état authentique.
Sont interdits : la chasse, l’exploitation forestière, la pêche, les dépôts de déchets, les feux, la circulation des véhicules à moteur en-dehors des voies publiques prévues à cet effet et sauf service ou sécurité, toute forme de cueillette et de prélèvement (faune et flore), le passage de chiens non tenus en laisse, l’exploitation agricole et l’élevage d’animaux domestiques, et toute autre activité humaine néfaste à la faune et à la flore.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans
Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

Quels terrains ?

Des terrains sauvages de toutes sortes, de préférence d’un fort intérêt ou d’un fort potentiel biologique tels que zones humides, forêts, falaises, landes, cols migratoires, etc. Chaque acquisition sera précédée d’une étude de terrain.

Comment obtenir la maîtrise foncière ?

✔ par l’acquisition de terrains. À cet effet, une recherche active est actuellement menée. Si vous avez connaissance de terrains abritant une nature riche en vente dans votre entourage, vous pouvez nous prévenir. L’ASPAS a ouvert une ligne budgétaire spécifique pour le financement de ce projet.
✔ Par les donations et les legs. La reconnaissance d’utilité publique de l’ASPAS facilite ce mode d’acquisition puisqu’elle permet désormais une exonération totale des droits de mutation (contre 60 % jusqu’à présent). Transmettre ainsi vos terrains naturels à l’ASPAS vous donnera la certitude qu’ils demeureront préservés dans le temps.

Une réserve de vie sauvage, c’est comment ?

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

D’abord, le silence. Puis, traversant les frondaisons, le cri rauque d’une grande aigrette, flèche blanche dans le ciel automnal. Devant nous, un plan d’eau bordé de saules et de peupliers scintille de reflets ambrés. Massée sur un îlot, une colonie de cormorans – une centaine au bas mot – bat des ailes en cadence dans le froid mordant. Des hérons cendrés montent la garde. Un martin-pêcheur prend son envol. Bienvenue dans la réserve de vie sauvage des Deux-Lacs, l’une des quatre déjà créées par l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). Sa démarche, unique en France : financer l’achat de terres pour les rendre à la nature, si nécessaire en faisant appel au grand public.

Ici, dans la petite commune de Châteauneuf-du-Rhône, à la limite de la Drôme et de l’Ardèche, elle est propriétaire, depuis l’été 2013, d’une zone humide de 60 hectares. Un ensemble de deux lacs – d’anciennes gravières remises en eau – planté de landes, d’aulnes, d’aubépines, de roseaux et d’arbustes propres aux milieux aquatiques. Un havre de tranquillité où, peu à peu, la nature reprend ses droits.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

« Cinq ans, c’est encore trop court pour juger de l’évolution de la faune et de la flore. Mais ce qui me frappe, c’est de voir que, en quelques années seulement, les espèces d’oiseaux présentes se sont beaucoup diversifiées. C’est un très bon signe pour l’avenir », témoigne Béatrice Kremer-Cochet, naturaliste, qui fait découvrir le site. Entre le parc de Miribel-Jonage, près de Lyon, et la Camargue, les Deux-Lacs sont devenus une étape, parfois un refuge et une aire de nidification, pour de nombreux oiseaux migrateurs, aigrettes garzettes, guêpiers d’Europe ou hérons pourprés, qui côtoient sur ces rives, en toute quiétude, foulques macroules, grèbes huppés, sarcelles et bécassines.

Les animaux arpentant le sol prennent eux aussi leurs aises, comme le montrent les images dérobées par des caméras dissimulées dans les buissons. On y aperçoit chevreuils, renards, martes, blaireaux, ou encore des genettes, petits carnivores nocturnes. Mais la vedette des lieux est le castor d’Europe. Sur une berge du lac principal, un amoncellement de branches taillées en biseau, percé de conduits d’aération, révèle qu’une famille de rongeurs a construit ici sa hutte.

Le castor d’Europe est l’animal emblématique de la réserve drômoise. REMI COLLANGE

Le castor d’Europe est l’animal emblématique de la réserve drômoise. REMI COLLANGE

Créée voilà un peu plus de trente ans et forte de quelque 10 000 adhérents, l’Aspas met un point d’honneur à ne recevoir aucune subvention de l’Etat. En plus des Deux-Lacs, elle a acquis, avec les seuls fonds de ses membres et de donateurs, trois autres domaines, transformés en réserves. L’un, à dominante forestière, dans la Drôme également, un autre dans les Côtes-d’Armor, le dernier dans l’Hérault, pour un total de près de 700 hectares. Elle projette de presque doubler cette superficie, en leur adjoignant 500 hectares de forêts anciennes, de falaises et de ruisseaux, dans le Vercors.

VERCORS VIE SAUVAGE Un projet ambitieux porté par une ONG hors norme

Des « parts de vie sauvage » symboliques

« Ce nouveau projet sera notre vitrine, avec un espace d’accueil des visiteurs et des postes d’observation des cerfs, loups, aigles, gypaètes, vautours… », annonce Clément Roche, coordinateur des réserves de vie sauvage de l’Aspas. A condition que l’association réunisse les 2,6 millions d’euros nécessaires à cette acquisition foncière, pour laquelle elle a ouvert une souscription. Les donateurs deviennent propriétaires de « parts de vie sauvage » symboliques.

Si l’Aspas s’est lancée dans l’achat de terres, c’est, explique-t-elle, « parce que l’Etat ne fait pas son travail ». Malgré ses 10 parcs nationaux, ses 53 parcs régionaux et ses 347 réserves naturelles (167 nationales, 173 régionales et 7 corses), sans compter 1 776 sites Natura 2000 terrestres et marins, la France n’assure une « protection forte » de la nature que sur « moins de 1 % du territoire national », déplore la directrice de l’association, Madline Reynaud. La chasse est de fait autorisée dans la plupart des réserves naturelles de l’Etat, et même dans une partie des parcs nationaux des Cévennes et des Calanques.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

« La France est un magnifique décor d’opéra avec trop peu de chanteurs, déplore Gilbert Cochet, naturaliste comme son épouse, Béatrice. Elle possède un très riche patrimoine naturel, mais la vie sauvage y est moins dense que chez beaucoup de nos voisins, où le niveau de protection est plus élevé. »

Au sein des réserves de vie sauvage, les règles sont donc strictes : chasse, pêche, cueillette, feux, exploitation forestière, canotage, véhicules à moteur, chiens non tenus en laisse y sont interdits, seuls les promeneurs sur les sentiers aménagés étant les bienvenus. Ce qui crée parfois des tensions avec les chasseurs et les pêcheurs – spécialement aux Deux-Lacs, où des plans d’eau avoisinants sont ouverts à la pêche –, que les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, ou les bénévoles formés comme gardes assermentés, doivent régulièrement rappeler à l’ordre.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

La chute vertigineuse de la biodiversité

Ces enclaves préservées bénéficient ainsi du plus haut degré de protection défini par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Elles font aussi partie du réseau Rewilding Europe (« réensauvager l’Europe »), qui compte déjà plus d’un million d’hectares de réserves, notamment dans les Carpates, les deltas du Danube et de l’Oder, le massif du Velebit en Croatie, la chaîne italienne des Apennins, ou encore au Portugal. Avec un principe de gestion simple : l’absence de toute intervention humaine.

« L’homme a évolué au milieu de la vie sauvage. Il a besoin de cette proximité. La rencontre avec la faune sauvage est toujours un moment magique », plaide Gilbert Cochet. Aux Deux-Lacs, la végétation regagne elle aussi du terrain. « Dans ce milieu très modifié par l’homme, avec les multiples barrages aménagés sur le Rhône, un couvert forestier plus diversifié et plus mature commence à s’installer, qui va devenir de plus en plus attractif pour de nombreuses espèces, poursuit le naturaliste. Nous en sommes au tout début, mais il augure de belles surprises avec, pourquoi pas, le retour de rapaces comme le balbuzard ou le pygargue à queue blanche. »

Cette initiative citoyenne ne suffira évidemment pas à enrayer la chute vertigineuse de la biodiversité, dont le dernier rapport « Planète vivante » du Fonds mondial pour la nature (WWF) a confirmé l’ampleur, avec une perte de 60 % des populations mondiales de vertébrés en moins d’un demi-siècle. Du moins contribue-t-elle à offrir à la faune et la flore sauvages de petites oasis de paix et de liberté.

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 14:05

Covoiturage-Libre, 2ème site de covoiturage en France, se transforme en coopérative : Mobicoop, Société Coopérative d’Intérêt Collectif, lançe son service en ligne gratuit de mobilités partagées. Elle utilise Platform.coop, un vecteur mondial pour un coopérativisme de plateformes, qui défend la gouvernance démocratique et la propriété partagée des plateformes, et propose des alternatives aux Uber et autres Airbnb. D’après le think tank Le Labo de l’Economie Sociale et Solidaire, Stéphane Guérard et Pierric Marrisal le jeudi 22 novembre 2018 pour l’Humanité. Lire aussi à propos de coopératives  Un coup de pouce Vert pour les Electrons solaires !, Les ONG dévoilent leur projet de loi d’avenir pour les transports et la mobilité et La Louve, un modèle appétissant.

Covoiturage Libre devient une coopérative pour concurrencer BlaBlaCar, un mouvement mondial poussée par Platform.coop

Plateforme coopérative, écologique et solidaire, Mobicoop offrira des services de covoiturage et d’auto-partage pair à pair. En plaçant l’usager au centre de ses préoccupations, elle se positionne comme acteur responsable et citoyen de la transition énergétique. « Nous avons besoin que 20 000 coopérateurs nous rejoignent pour construire la mobilité durable de demain. Ces 20 000 personnes peuvent changer la donne » précise Bastien Sibille, fondateur Mobicoop.

Pour sa campagne nationale de crowdequity, Covoiturage-Libre organise son lancement vendredi 23 novembre à 9h au MAIF Social Club à Paris.

Table ronde à 9h30 avec Pascal Canfin, directeur général du WWF France (en vidéo), Patrick Viveret, philosophe, Amandine Albizatti, directrice de la Nef, Emmanuel Soulias, directeur d’Enercoop, Bastien Sibille, président de Mobicoop.

Entrée gratuite sur inscription. Pour faire partie des membres fondateurs de la coopérative, vous pouvez dès à présent réserver des parts sociales. Accédez au site de Covoiturage-Libre devenu mobicoop...

La route des mobilités partagées est déjà bien encombrée. Les Uber ou Heetch (VTC), Drivy (location de voitures entre particuliers), Blablacar (covoiturage) et autres, énormes poids lourds de l’économie dite collaborative, engorgent les accès. C’est pourtant bien sur cette voie que Mobicoop compte faire son chemin. Ce vendredi, la coopérative est mise sur les fonts baptismaux. Cette société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) compte offrir une alternative sociale et solidaire au modèle prédateur des mastodontes du numérique, en rassemblant 20 000 sociétaires qui apporteront les 2 millions d’euros de fonds propres nécessaires pour survitaminer la plateforme covoiturage-libre.fr existante. Les principes affichés sont clairs. Côté pile : reprise en main citoyenne des questions de transport, afin d’ériger un modèle de bien commun des mobilités. Côté face : partage de la valeur économique créée par ses services en ligne, grâce à un fonctionnement démocratique de la structure qui répartit la richesse créée entre tous ses acteurs. Et ces parties prenantes ne manquent pas. Entre l’usager qui fait appel aux services de Mobicoop pour partager un mode de déplacement ; le propriétaire de voiture qui cherche à mutualiser les frais par du covoiturage ou louer son véhicule qui ne roule pas ; le travailleur indépendant de service VTC (voiture de transport avec chauffeur) qui ne veut pas être inféodé à une plateforme d’un géant du Web ; une collectivité locale cherchant à organiser les mobilités…

À voir l’actualité récente, Mobicoop tombe à pic

Au cœur de l’initiative, Bastien Sibille décrit le modèle. « Mobicoop va marcher sur deux jambes. Pour notre service gratuit de covoiturage entre particuliers, dont nous n’enregistrons aucune donnée, nous proposons à chacun de nos utilisateurs de verser une sorte de don d’un euro, sur le modèle de Wikipédia, pour nous aider à développer notre appli et les services solidaires et de lien social qui nous distingueront. Notre autre activité est la prestation de service auprès de collectivités qui veulent monter leur propre plateforme de covoiturage. » Une dizaine de salariés doivent être embauchés début 2019. Et comme la structuration en coopérative l’impose, les bénéfices attendus iront au déploiement des activités de la société épaulée par la banque éthique la Nef. « Les sociétaires qui investissent chez nous ne le font pas par appât du gain, reprend Bastien Sibille. Ce sont des ambassadeurs de la démarche, des militants qui, comme nous, croient que l’intérêt général n’est pas soluble dans la somme des intérêts privés des plateformes qui s’occupent de mobilités. Financièrement, on ne se bat pas à armes égales avec elles. Mais on est sûr de notre alternative sociale et solidaire. Elles ont l’argent. Nous avons le temps. »

À voir l’actualité récente, Mobicoop tombe à pic. Les gilets jaunes se demandent si se déplacer deviendra bientôt une activité de luxe. Quant aux poids lourds de l’économie de plateforme, leur modèle (voir notre encadré) marche au turbo diesel. Blablacar, qui a profité de la grève des cheminots pour afficher ses premiers résultats positifs, vient d’annoncer qu’il allait absorber Ouibus, les cars Macron de la SNCF, le tout financé par une levée de fonds de 101 millions d’euros, l’entreprise publique du rail devenant actionnaire de la plateforme numérique. « Le modèle d’affaires de ces plateformes, ce n’est pas le profit, mais la position dominante, selon l’adage “le vainqueur rafle tout” », décrypte Laurent Lasne. Pour l’auteur de Face aux barbares. Coopération vs ubérisation (éditions le Tiers Livre), « Uber vise une capitalisation boursière de 100 milliards de dollars, pour un modèle économique fondé sur la violation de la loi et la précarité des travailleurs qui ne génère que des pertes. La riposte sociale et solidaire au modèle imposé par la Silicon Valley imaginée par Platform.coop (lire par ailleurs), c’est l’adaptation des activités de plateforme dans un modèle coopérativiste, pour assurer la redistribution des richesses créées, la solidarité entre acteurs et l’innovation ».

Toutes ces initiatives sont en passe de se fédérer au niveau européen

Ce contre-modèle ne s’attaque pas qu’au covoiturage. Depuis un an, l’association Coopcycle propose aux coursiers unis en coopérative sa plateforme en ligne de livraison. Une quinzaine de ces collectifs s’en sont saisis en France, mais aussi en Espagne, Allemagne et Belgique. « Notre projet est double, explique Aloïs Guillopé, cofondateur de Coopcycle. La valeur doit revenir à ceux qui la produisent – les travailleurs –, structurés en organisation démocratique – la coopérative. Nous leur mettons à disposition un outil technologique sous licence de réciprocité. » À Lyon, Amélie et une dizaine d’autres coursiers que Foodora a laissé tomber du jour au lendemain s’en sont saisis. Ils viennent de lancer la Traboulotte, qui opère sur la plateforme en ligne Coopcycle. Amélie a bon espoir : « Nous, on connaît le marché des livraisons. On n’a pas d’investisseur derrière nous, mais on est sûrs qu’en tirant tous dans le même sens, on pourra, à terme, vivre de nos courses. » Toutes ces initiatives sont en passe de se fédérer au niveau européen. Depuis août, une coopérative des coursiers est en gestation afin de mutualiser les technologies, les financements et l’ingénierie juridique et de gouvernance. Et fin octobre, à Bruxelles, la « première rencontre des livreurs et riders » a débouché sur une exigence de structuration syndicale de tous ces collectifs de travailleurs.

Covoiturage Libre devient une coopérative pour concurrencer BlaBlaCar, un mouvement mondial poussée par Platform.coop

Face aux géants de l’économie collaborative, d’autres initiatives sociales et solidaires émergent avec Platform.coop, un vecteur mondial pour transformer les plateformes

Mobicoop ou Coopcycle ne sont pas seules. Une série d’entreprises coopératives se confrontent elles aussi frontalement aux sites prédateurs en train d’émerger un peu partout dans le monde, poussées par le consortium pour un coopérativisme de plateformes Platform.coop, fondé par Trebor Scholz. Le consortium pour un coopérativisme de plateformes défend la gouvernance démocratique et la propriété partagée des plateformes, et propose des alternatives aux Uber et autres Airbnb. Ainsi, Fairbnb, au nom évocateur, offre un autre modèle au site de location entre particuliers Airbnb. Resonate s’en prend à la plateforme de musique en ligne Spotify. Ride Austin, Cotabo ou Green Taxi Cooperative s’élèvent face à Uber et compagnie. Des plateformes agrègent aussi des travailleurs, salariés dans des coopératives autogérées locales, pour des services à domicile, telle Up & Go. « Sur ce même modèle, nous sommes en train de créer une plateforme pour un groupe de femmes en Inde qui souhaite monter une coopérative afin de vendre des services de manucure et coiffure à domicile », explique Michael McHugh, responsable de projet au sein de Platform.coop. À Chicago et dans sa banlieue, ce sont des nourrices qui s’organisent en coopérative autogérée. Le syndicat SEIU les avait fédérées dans un premier temps pour revendiquer une hausse des aides de l’État pour la garde des enfants à destination des foyers à bas revenus. Stocksy, de son côté, permet à des photographes de vendre leurs clichés à prix juste et au régime de propriété intellectuelle qui leur chante.

Toutes ces initiatives collectives sont nées d’un constat. Les plateformes en ligne, telles qu’elles sont conçues dans la Silicon Valley, ne sont pas soutenables. « Elles sont élaborées pour la maximisation des profits de quelques-uns, c’est inscrit dans leur design », explique Michael McHugh. La conviction au cœur du mouvement Platform.coop est que le code, la conception même d’un outil informatique, déterminera ses vertus comme sa nocivité. Face aux Facebook et autres Airbnb, qui captent toute la valeur et les données et entretiennent une opacité problématique sur le fonctionnement de leurs algorithmes, Platform.coop propose à l’inverse de créer des plateformes dont l’ADN et le code même sont marqués par l’économie sociale et solidaire. « Le principe est de pousser à la création d’outils numériques les coopératives dotées d’une réelle gouvernance démocratique, où la propriété est partagée, où l’outil de travail est co-conçu et n’utilise que des logiciels ouverts, libres ou open source », énumère Michael McHugh. Le fonctionnement même d’une plateforme ainsi créée empêche que la valeur générée soit accaparée.

Platform.coop met ainsi à disposition des coopératives de travailleurs une bibliothèque de logiciels, comme une carte interactive ou des outils de gouvernance démocratique, mais aussi des conseils légaux et des aides au financement. Une plateforme coopérative ponctionne en moyenne moins de 5 % des transactions réalisées pour son budget de fonctionnement, tandis que les Airbnb, Uber ou Task Rabbit dépassent les 25 % voire les 30 % de commission. Il s’agit aussi de lutter contre le recours massif à la sous-traitance, particulièrement des travailleurs indépendants, utilisés pour maximiser les profits. 36 % des Américains ont une activité de travailleur à la tâche, que ce soit à plein-temps ou pour améliorer l’ordinaire. Pour Platform.coop, le capitalisme de plateformes augmente de manière dramatique les inégalités. Ces sites organisent une concurrence des revenus vers le bas, tout en privant les travailleurs de droits tels que le salaire minimum, les allocations de chômage et la négociation collective.

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 10:50

Plus d’un an après que le Conseil d’Etat a exigé du gouvernement français un plan d’action urgent pour réduire la pollution de l’air, 77 requérants, parmi lesquels des médecins et des associations de défense de l’environnement et de la santé, ont porté mardi 2 octobre un nouveau recours pour dénoncer l’inertie du gouvernement. D’après Les amis de la terre le 2 octobre 2018. Lire aussi Médecins et associations unissent leurs voix pour rappeler l’urgence d’agir face à la pollution de l’airTreize nouveaux polluants dans l’air à surveiller selon l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire ANSES, Pollution de l’air : le match du siècle , La Commission européenne attaquée sur la pollution de l’air renvoie la France devant la Cour de justice de l’Union européenne et La pollution de l’air tue 7 millions de personnes dans le monde chaque année.

100 000 euros d'astreinte journalière demandés à l'Etat face à l’inaction sur la pollution de l’air

Malgré la victoire historique obtenue avec l’arrêt du 12 juillet 2017 du Conseil d’Etat sur une requête des Amis de la Terre France [Le Conseil d’État enjoint au gouvernement de prendre des mesures urgentes contre la pollution], le gouvernement continue d’ignorer cette décision de justice et tarde à prendre des mesures efficaces pour améliorer la qualité de l’air sur l’ensemble du territoire,

En effet, les feuilles de route envoyées par le gouvernement à la Commission européenne ne présentent aucune mesure urgente, malgré l’injonction qui était faite et alors que scientifiques, personnels soignants et citoyens multiplient les alertes, notamment concernant les concentrations excessives de particules fines et de dioxyde d’azote. La pollution de l’air est ainsi la troisième cause de mortalité en France, après l’alcool et le tabac, affectant en premier lieu les personnes les plus vulnérables. De plus, le rapport de la cour des comptes européenne (CCE) du 11 septembre 2018 sur la pollution de l’air rappelle que cette nuisance est le principal facteur environnemental de risque pour la santé dans l’Union européenne.

Pour les 78 requérants, parmi lesquels des médecins et des associations de défense de l’environnement et de la santé nationales comme Les Amis de la Terre, Greenpeace, France Nature Environnement, UFCNA, Notre Affaire à Tous, Respire, mais aussi des associations locales [liste disponible ici], l’objectif de ce recours est de contraindre le gouvernement à respecter la décision de la plus haute juridiction de l’Etat par une exécution forcée de la décision sous astreinte. Le taux de l’astreinte demandé est fixé à 100 000 euros par jour de retard, un montant dérisoire comparé au coût exorbitant de la pollution de l’air estimé à près de 100 milliards d’euros par an [L’incroyable coût de la pollution de l’air].

L’objectif est ainsi de contraindre l’Etat à prendre des mesures au plus vite, sans attendre le procès européen. La Commission européenne a en effet également décidé de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) en vue de demander la condamnation de la France. Parmi ces mesures, les organisations attendent notamment la mise en oeuvre urgente de zones à faibles émissions dans les agglomérations les plus exposées à la pollution, un soutien financier ambitieux de l’Etat aux collectivités territoriales pour leurs projets de transports en commun et de développement du vélo, et la relance du fret ferroviaire en France sur les lignes existantes, en particulier pour désengorger les vallées alpines.

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L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

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Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

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Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

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Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet