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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 09:51

MERCI aux 1644 électeurs de la circonscription 93-09 - 5,78% des bulletins exprimés (dont 485 aux Lilas soit 6,47%, et 360 au Pré Saint-Gervais soit 8,69%) qui ont mis l'écologie au cœur de leurs préoccupations.

Considérant les programmes En Marche et La France Insoumise, et la nécessité de ne pas donner tous les pouvoirs au même parti, nous appelons au soutien de La France Insoumise au deuxième tour.

L'abstention record de ce 1er tour interroge nos valeurs démocratiques, l'absence de proportionnelle ne fait qu'aggraver l'exclusion d'une majorité de Français. Si la proportionnelle était la règle, EELV avec 4,3 % compterait 25 député-e-s.

Nous poursuivrons notre action pour l'écologie et la justice sociale.

Dominique BUSSON (candidat) & Marie-Geneviève LENTAIGNE (suppléante) pour EELV

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 09:52

Pour financer sa campagne, Emmanuel Macron a réussi à mobiliser près de 13 millions d’euros de dons en un temps record. Loin de l’image cultivée par En Marche! d’une campagne aussi spontanée que populaire, un puissant réseau de banquiers d’affaires a discrètement ouvert ses carnets d’adresses au nouveau président. Révélations. Par Anton Rouget, Mathilde Mathieu, Mathieu Magnaudeix et Martine Orange le 21 mai 2017 pour Mediapart.

Emmanuel Macron au Louvre, dimanche 7 mai © Reuters

Emmanuel Macron au Louvre, dimanche 7 mai © Reuters

Mail du 13 février 2017 : « Comme vous l’observez, notre start-up continue de tracer son sillon ! Alors que nous allons entrer dans le “dur” dans les prochains jours, nous avons plus que jamais besoin de soutien. » La start-up en question n’est pas une entreprise comme les autres. Et l’homme derrière son clavier n’a rien d’un banal VRP. Christian Dargnat n’est autre que l’ancien directeur général de BNP-Paribas Asset Management, branche du groupe bancaire chargée de la gestion d’actifs. « Marcheur » de la première heure, il a tout lâché en avril 2016 pour organiser « à titre bénévole » le financement de la campagne de son ami Emmanuel Macron. Dargnat, c'est l'homme du coffre-fort. Pendant des mois, il a multiplié les rendez-vous discrets, les dîners confidentiels et les mails de relance pour les riches donateurs, en plein accord avec l'actuel locataire de l'Élysée.

Ce courriel du 13 février est adressé au collectionneur américano-allemand Olivier Berggruen, une figure incontournable du marché mondial de l’art. Dès le lendemain, le riche New-Yorkais répond favorablement à la demande de Dargnat en promettant « de contribuer à 4 000 euros au mouvement et 4 000 euros au candidat ». Un virement est effectué deux jours plus tard : 8 000 euros en un message, voilà qui témoigne d’une redoutable efficacité.

À l’image de cet échange, l’exploitation des milliers de mails et documents issus des Macron Leaks (voir Boîte noire) – ainsi que d’autres documents récupérés au fil de la campagne par Mediapart – permet de comprendre comment la garde rapprochée d’Emmanuel Macron a explosé les compteurs de dons entre avril 2016 et avril 2017 pour permettre à l’ancien ministre de François Hollande d’accéder au pouvoir, un an à peine après la création de son propre mouvement. À l'extérieur, Dargnat et les membres de l'équipe Macron ont tout fait pour démentir l'image du candidat des affaires, préférant insister sur l'afflux de petits dons. En réalité, c'est bien une camarilla de banquiers d’affaires qui a pris en main cette levée de fonds hors norme, mobilisant tous azimuts ses réseaux et carnets d’adresses au service du combat de l'ovni politique Macron.

Cette stratégie s’est appuyée sur un raisonnement simple, résumé dans un court message de M. Dargnat en septembre 2016, alors que Macron vient juste de quitter le gouvernement : « Quand on sait que les dépenses de campagne présidentielle sont limitées à 22 millions d’euros et que nous pourrions contracter un prêt bancaire (à hauteur de 9 millions) remboursé si le candidat dépasse le seuil des 5 % aux élections, il nous reste donc à “trouver” 13 millions », expose l’ancien banquier. En clair, calcule-t-il, « si l’on arrondit à 10 millions le budget à trouver, il faut donc obtenir des dons de 1 333 personnes à 7500 € chacune [le plafond autorisé pour le financement d’une campagne – ndlr] ».

En réalité, c'est dès le printemps 2016 que les plus fidèles soutiens d’Emmanuel Macron se sont discrètement activés pour organiser de façon méthodique la mobilisation de riches contributeurs. Emmanuel Macron est encore à Bercy, mais il veut déjà tout faire pour se présenter à la présidentielle. Une véritable « task force » s’organise alors autour de Christian Dargnat, le président de l’association de financement d’En Marche! (AFCPEM). Dans cette petite équipe soudée, on trouve Emmanuel Miquel, capital-risqueur chez Ardia et trésorier de la même association, mais aussi deux de ses anciens camarades de HEC : Stanislas Guerini, directeur de l’expérience client chez Elis, délégué du mouvement à Paris et aujourd'hui candidat aux législatives dans la capitale ; et Cédric O, un jeune directeur d'usine du groupe Safran, ancien du cabinet de Moscovici à Bercy. Cédric O, garçon discret qui fuit les médias, a endossé le costume de mandataire financier de la campagne, dont il est un des couteaux suisses les plus efficaces.

Pendant des mois, ce petit groupe a manœuvré avec une seule idée en tête, quasi obsessionnelle : faire fructifier en un an des carnets d’adresses bien fournis, afin de fonder un club de « grands donateurs » aux profils globalement homogènes (urbains, CSP+, issus de grandes écoles). Nous sommes là loin, bien loin, d’un mouvement soutenu par une vague aussi populaire que spontanée, image que les communicants d’En Marche! ont savamment cultivée et propagée. Et pas très loin du « Premier Cercle » de riches donateurs ayant financé une partie de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, même si l'entourage de Macron s'en est toujours défendu au motif qu'En Marche! n'a jamais organisé de grand raout mélangeant tous les grands donateurs. Effectivement : les proches d'Emmanuel Macron ont été bien plus discrets.

Dans les mails de l'équipe d'Emmanuel Macron, on retrouve un document de travail, diffusé et amendé en comité restreint en avril 2016 : la notice pour la chasse méthodique aux millions de la campagne. En Marche! est alors un mouvement balbutiant, à peine créé. Le tout nouveau parti n’a enregistré qu’environ 400 000 euros de dons et promesses – à 95 % des grands donateurs à 7 500 euros. L'équipe veut passer à la vitesse supérieure en activant un impressionnant maillage des réseaux d’entrepreneurs, banquiers, avocats, lobbyistes et autres « influencers » susceptibles de dégainer un jour ou l’autre l’équivalent de 6,5 Smic pour aider le candidat Macron.

Ces généreux bienfaiteurs seront approchés les mois suivants à travers des dizaines de dîners organisés en France et à l’étranger, le plus souvent en présence du « chef », le surnom d’Emmanuel Macron. Ces sauteries, symboles du confinement et de l’endogamie d’une certaine élite, sont « très mal vu[e]s par certaines catégories de la population », convient En Marche! dans une note interne. Mais elles sont aussi tellement rentables, surtout quand le candidat se déplace. Mi-avril 2016, un seul déjeuner à Londres au domicile privé de la directrice financière d’un site de vente en ligne permet de réunir 281 250 euros, selon un document d’En Marche!. Deux semaines plus tard, à Paris, un cocktail dînatoire génère 78 000 euros en à peine une heure et demie. La cash machine est lancée.

Pour multiplier les rencontres, l’équipe « fundraising » (« collecte de fonds ») d’En Marche! a élargi son maillage par l’intermédiaire de rabatteurs, des sympathisants du mouvement – très bien intégrés dans les hautes sphères économiques – qui ouvrent leurs carnets d’adresses, accueillent des déjeuners, voire, parfois, organisent des événements « clés en main ». Ne reste alors au mouvement qu’à valider les listes d’invités et à organiser la venue du candidat. Détail financier non négligeable : les frais liés aux dîners effectués aux domiciles des donateurs sont des « dépenses privées non intégrées » aux comptes de campagne.

Le 1er juin 2016, le conseiller de dirigeants d'entreprise Édouard Tétreau, un temps protégé par l'ancien PDG d'Axa Claude Bébéar, accueille l’un des tout premiers grands cocktails parisiens. « Durée : 1 h 30, dont passage Emmanuel d’1 h 00 », note minutieusement l’équipe d’En Marche!. Tout est millimétré : « Salutations 15 min/speech 20 min/Q&A [questions/réponses – ndlr] 20 min/sortie 5 min. » Les invités sont triés sur le volet : une trentaine de « quadra, hors CEO [PDG – ndlr] CAC40 ». Une semaine plus tard, Édouard Tétreau renouvelle l’expérience pour une nouvelle cible. Cette fois, 32 personnalités issues de « différents cercles (avocats, conseil, lobbying, édition, etc.) » sont concernées. Ne reste qu’à valider la liste d’invités. Mais « attention ! », alerte En Marche !, « un partner d’Image 7 », la boîte de la communicante Anne Méaux, qui conseille François Fillon, fait partie des convives potentiels.

Un autre « PP » (pour « poisson-pilote ») du mouvement, Hélène Chardoillet, directrice du développement d’une PME dans le domaine bancaire et « amie » d’Astrid Panosyan, une ancienne conseillère du cabinet Macron, s’active aussi en coulisses. Au mois de mai, elle alerte Emmanuel Miquel sur le positionnement politique du candidat. « Les personnes que je connais et que j’ai commencé à approcher (5 sur cette dernière semaine) sont de sensibilité politique centre droit et leur retour en substance est le suivant », écrit-elle au trésorier du mouvement : flou sur le programme de Macron, danger de voir sa candidature « phagocytée » par François Hollande, faiblesse de son bilan à Bercy…

« Mon sentiment, développe Chardoillet, si nous restons sur l’objectif précis du fundraising, est que cette cible centre droit n’est pas, pas du tout mûre pour la donation. Positionnement, programme et démarcation de Hollande seront des éléments clés pour que cette cible évolue. »« Top de voir ces manifestations », se réjouit dans la foulée Emmanuel Miquel, dans un message en copie au reste de la direction d’En Marche!. Seul bémol : pour « aller dans le sens » de ce que « Christian [Dargnat – ndlr] évoquait de constituer une petite base de gens disponibles pour appeler des contacts », Miquel « pense qu’il faut être vigilant à ne pas trop diluer l’exercice de Fundraising. Il faut certes se démultiplier, mais le sujet FR [fundraising – ndlr] reste sensible ».

Des demandes d’audience auprès du ministre

Trois semaines plus tard, Christian Dargnat, encore lui, est à la manœuvre pour motiver ses troupes : « Si vous connaissez des gens désireux d’aider la cause [sic], n’hésitez pas à les orienter vers moi », encourage-t-il par mail. Un appel reçu cinq sur cinq. « Hello, une de mes amies me dit que son patron [d’une mutuelle – ndlr] souhaiterait participer à un de nos dîners. J’ai bien précisé que c’était réservé aux grands donateurs :) », écrit Cédric O. Retour de Dargnat, un mois plus tard : « J’ai déjeuné avec le DG et [la responsable des affaires publiques du groupe – ndlr] : excellents contacts et gros potentiels de networking. Merci encore. »

Très investi, Cédric O préconise aussi de convier à un dîner du mois de juillet un patron qu’il connaît personnellement : « Je ne suis pas certain qu’il donnera, mais c’est un très gros driver pour d’autres (sur la thune et en termes de réseau). » Bonne pioche : ce quadra donnera plus tard 2 500 euros à la candidature. « Pas mal », note, impassible, le mandataire. 
« Nous organisons le 1er juillet un déjeuner autour d’E. Macron : si vous avez des gens prêts à contribuer à hauteur de 7,5 K€, envoyez à Emmanuel Miquel et moi-même les coordonnées de ces personnes », relance encore Dargnat à une dizaine de ses contacts.

Dans la liste : Frédéric Surry, directeur des investissements actions et obligations convertibles à la BNP, Denis Panel, DG d’une des filiales du groupe bancaire, et un ancien de la maison, David Pillet, ex-business manager ayant fondé en 2016 sa propre société de conseil. Deux mois plus tard, une nouvelle soirée fait saliver l'équipe : 23 chefs d'entreprise « qui peuvent bcp aider » ont déjà promis d’être là. L’un d’entre eux, patron d’une jeune société d’investissement, semble « très helpful ». Un autre – dans le classement Challenges des plus grandes fortunes de France en 2016 – est carrément « au taquet ». La récolte promet d’être grandiose.

Christian Dargnat © DR

Christian Dargnat © DR

L’équipe tient des tableaux précis de chacun des événements. Et Dargnat veille au grain : « Peux-tu m’envoyer la liste des invités (noms + adresses mails) de ton dîner afin que nous puissions suivre l’évolution des contributions et t’en rendre compte également ? », demande l’ancien banquier à l’organisateur d’un dîner. Les retours sont bons, mais il faut à tout prix garder le rythme. « Les amis, les deux prochaines semaines, nous n’avons pas de dîner FR, souffle Emmanuel Miquel le 20 juin. Nous nous proposons avec Christian de (re)mettre la pression sur ceux qui auraient déjà dû donner, afin de les relancer pour qu’ils donnent d’ici la fin de semaine. »

Le trésorier soumet alors à son équipe une liste de sept noms, « soit un potentiel de 53K€ pour cette semaine ». Ismaël Emelien, le plus proche conseiller d’Emmanuel Macron – il est aujourd’hui son conseiller spécial à l’Élysée –, se propose d'en appeler quelques-uns. Mais pas l’avant-dernier nom de la liste, celui du directeur général d’une grande entreprise française de sites internet : « J’avais en revanche senti […] [qu’il n’était] pas très chaud pour payer, il aide beaucoup en termes de conseil. »

À l’autre bout de la chaîne, le « chef » supervise les opérations par l'entremise de son cabinet. « Sophie [pour Sophie Ferracci, cheffe de cabinet de Macron à Bercy – ndlr], peux-tu nous faire un point avec les prochaines dates ? Merci bcp », demande le 2 mai 2016 Julien Denormandie, un autre membre de la garde rapprochée d'Emmanuel Macron, son ancien dircab à Bercy.

À la même période, Dargnat sollicite Emmanuel Miquel et Cédric O pour qu’ils trouvent « des gens qui pourraient organiser des dîners » à l’occasion des déplacements à venir du ministre à « Orléans le 8 mai, La Rochelle le 9 mai, Toulouse le 19 mai, La Grande-Motte le 26 mai, Chalon-sur-Saône le 30 mai, Rennes le 20 juin, Annecy le 23 juin ». Très efficace à Paris, En Marche! veut désormais braconner en région.
 Le mouvement assure que ces dîners provinciaux ont été des fiascos.

Pas question, en revanche, qu’Emmanuel Macron s’investisse publiquement dans la collecte alors qu’il est encore à Bercy. « Tant qu’Emmanuel est ministre, je ne crois pas en sa volonté de vouloir signer les courriers [de remerciement aux donateurs de plus de 500 euros – ndlr] », prévient Julien Denormandie. Le « chef » se contente alors de textos. 
C’est que la frontière entre les fonctions est parfois ténue. Comme pour ce fondateur d’un fonds d’investissement, qui sollicite une audience auprès de Macron-ministre après avoir fait un don à Macron-candidat. Son message est directement transmis par Denormandie à Ferracci, sans que l’on sache si ce donateur a obtenu gain de cause : « Sophie, pour ta pochette “demande d’audience”. Merci beaucoup. »

Le 15 septembre, Emmanuel Miquel, prudent, rappelle aussi la nécessité de vérifier « l’absence éventuelle de conflits d’intérêts (incompatibles avec les fonctions passées d’EM) » et le « caractère recommandable [sic] du donateur ». Il transmet une liste comportant les noms et coordonnées de 62 contributeurs – principalement domiciliés à Paris et Londres – représentant 276 000 euros de dons. Cette fois, c'est Alexis Kohler qui se charge de répondre. L'ancien directeur de cabinet de Macron à Bercy a alors officiellement quitté la campagne pour travailler dans le privé, mais il reste très impliqué dans l'organisation : « Je regarde de plus près demain mais je n’en vois aucun susceptible de poser problème à première vue », répond-il. Depuis le 14 mai, Alexis Kohler est le nouveau secrétaire général de l'Élysée. C'est lui, l'homme sérieux à lunettes qui a annoncé mercredi 17 mai la liste du gouvernement d’Édouard Philippe.

Pour les donateurs étrangers, la prudence est de mise. « Vous êtes à l’aise avec les virements reçus ? », s’inquiète par exemple, le 2 février 2017, le mandataire Cédric O en découvrant les noms de plusieurs de ces donateurs étrangers sur un relevé de comptes. « Oui je les connais tous », répond Dargnat dans la minute.

La banque saisit aussi à plusieurs reprises l’équipe du candidat. « Je suis à même de vous les réclamer [des justificatifs pour des virements en provenance de l’étranger – ndlr] en fonction des demandes de notre service des affaires internationales », prévient la directrice adjointe de l’agence du Crédit agricole où est logé le compte de campagne. Mediapart a ainsi identifié plusieurs situations litigieuses – toutes résolues a posteriori, selon les documents consultés –, dues notamment à l’incompréhension par certains donateurs de la réglementation française (interdiction de contribuer pour une personne morale ou dépassement des seuils).

Le 21 mars, par exemple, le compte de l’AFCPEM reçoit un virement de 12 000 euros de la part d’un richissime donateur installé à Madagascar, Amin Hiridjee, très présent dans les secteurs de la finance, des télécoms, de l’immobilier et de l’énergie. « Nous sommes contraints de rembourser intégralement les dons qui dépassent les plafonds. Sur le compte de l’AFCPEM (financement candidat) le maximum autorisé est 4 600 € ; sur celui de l’AFEMA (financement mouvement), le max est 7 500 € », alerte Dargnat, avant de demander au frère du donateur – Hassanein Hiridjee, qu’il tutoie – s’il peut lui demander, « si cela n’est pas trop gênant », de faire « deux virements : un de 4 600 à l’ordre de l’AFCPEM et l’autre de 7 500 à l’ordre de l’AFEMA ». Pas de problème : « Je m’en occupe et te reviens », répond H. Hiridjee.

Plus problématique est le sujet traité, début janvier, lors d'une réunion réduite à cinq participants. Les fidèles d’Emmanuel Macron ouvrent la discussion sur un point « spécifique » : le cas du « financement d’une vingtaine de donateurs libanais ». « Problème traité (identifié) », notent les participants dans leur compte-rendu. Sollicité par Mediapart pour en savoir plus quant à la nature du problème et sa résolution, En Marche!, rebaptisé depuis peu La République en marche, n'a pas retourné nos questions (voir la Boîte noire).

Dès sa création, le mouvement a su générer une « forte demande pour organiser des événements » à l’étranger, ainsi que le mouvement le notait en avril 2016. De fait, les expatriés dans les pôles urbains de Londres, Genève, San Francisco ou New York ont été très actifs dans la collecte de dons. Parfois, les investisseurs étrangers ont aussi directement pris attache avec l’équipe.

Tandis qu’Emmanuel Macron s’installait en tête des sondages, le dirigeant d’un important hedge fund à New York a par exemple sollicité fin mars 2017 Cédric O, par l’entremise d’une connaissance commune, pour qu’il organise une rencontre avec un membre du mouvement à Paris. O l’oriente alors vers Dargnat, qui accepte la mission : « Oui j’en fais 2 à 3 par jour [sic] des présentations de ce type… Cela me détend des négociations sur le prêt [En Marche! est alors en pleine négociation – tardive – d'un emprunt de 8 millions – ndlr]. » Rien ne prouve dans la comptabilité analysée par Mediapart que cet investisseur ait financé la candidature, mais l’épisode témoigne de l’attrait du mouvement à l’international.

Plus de 57 % des dons proviennent des dîners et réseaux

Très organisée, la dynamique de dons n’a cessé d’affoler les compteurs. Dans ses toutes premières projections, En Marche! prévoyait de récolter un total de 1,15 million d’euros par l’intermédiaire des campagnes de fundraising jusqu’en juillet 2016. S’il a tenu ce rythme de croisière (moyenne de 7 900 euros récoltés par jour) jusqu’au mois d’août, la cadence s’est considérablement accélérée dès le mois de septembre, au lendemain du départ d’Emmanuel Macron du gouvernement.

Au 31 décembre 2016, selon la comptabilité du mouvement, En Marche! avait récolté un peu plus de 5 millions d’euros de dons, bien au-dessus des 3,5 millions d’euros prévus dans son scénario central. Près de 70 % de cette somme – 3,482 millions – provenaient uniquement du travail de fundraising (dîners/réseaux) auprès de 669 donateurs (dont 400 à plus de 5 000 euros).

Bilan des dons en 2016 © Document Mediapart

Bilan des dons en 2016 © Document Mediapart

La communication du mouvement a évidemment cherché à rendre compte d’une tout autre réalité. En avril 2017, dans un échange sur les éléments de langage à utiliser face à la presse, alors que Macron est pressé par certains médias de faire la lumière sur l'origine de ses dons, Ismaël Emelien préconise d’insister sur les 35 000 donateurs à l’origine de la collecte totale de 10 millions d’euros et de communiquer sur le don médian de 50 euros. Il note par ailleurs que « 1/3 des dons » sont inférieurs ou égaux à 30 €, « 2/3 des dons » inférieurs ou égaux à 65 € et que les « dons supérieurs à 5 000 € » ne représentent que « 1,7 % du total des donateurs ». Ou l’art de faire dire aux chiffres ce que l’on veut. Car en réalité, la place des « grands » contributeurs est centrale. Dans ses projections financières pour le début d'année 2017 (de janvier à mai), En Marche! prévoyait notamment que les campagnes de fundraising lui rapporteraient 57,5 % des dons totaux du mouvement (contre 43,5 % pour le financement participatif).

Ce rythme soutenu n’a jamais entamé le dynamisme des argentiers de Macron. Après Paris, Genève, Londres ou New York, Dargnat a aussi intensément lorgné vers l’Afrique. Ainsi qu’en témoigne son message à l’égard du responsable d’une grande banque française sur le continent. « Comme évoqué, par votre intermédiaire et celui d’[…] et de quelques autres, ce serait exceptionnel de pouvoir organiser une levée de fonds sur le continent africain, et notamment en Côte d’Ivoire », lui écrit-il en juin 2016.

Sollicité par Mediapart, le banquier – qui confirme avoir rencontré Dargnat puis Macron – déclare avoir refusé de s’engager : « La question d’une levée n’a en réalité jamais fait l’objet d’une discussion, affirme-t-il. J’ai dit clairement que nos fonctions ne pouvaient pas nous permettre de nous mettre en avant de manière ostentatoire. J’ai dit que si une visite en Côte d’Ivoire s’organisait, je pourrais y participer au titre de citoyen franco-ivoirien mais c’est tout. Je n’aime pas le mélange des genres. »

D’autres banquiers n’ont pas songé à prendre de telles précautions. La banque Rothschild, où a travaillé Emmanuel Macron pendant quatre ans, lui apporte un soutien sans réserve. Fin septembre, Olivier Pécoux, directeur général de Rothschild – dans les faits il est le dirigeant opérationnel de la banque –, organise pour En Marche! une rencontre de donateurs potentiels sur les Champs-Élysées. Déjà contributeur pour un montant de 7 500 euros au mouvement, M. Pécoux n’avait toujours pas été remboursé des frais engagés pour l’événement sept mois plus tard. L’a-t-il été depuis ? Il n’a pas répondu aux sollicitations de Mediapart.

Cinq autres associés-gérants de cette banque, interlocuteur privilégié de l’État dans des opérations capitales menées par le ministère des finances, ont aussi directement soutenu En Marche!. Il s’agit de Laurent Baril (don maximal de 7 500 euros), de Cyril Dubois de Mont-Marin (7 500 euros), de Cyrille Harfouche (7 500 euros), d'Alexandre de Rothschild (2 500 euros) et d'Arnaud Joubert (7 500 euros). Florence Danjoux – compagne de Vincent Danjoux (autre associé de la banque) – fait aussi partie des premiers donateurs (7 500 euros). Tout comme Luce Gendry (3 000 euros), associée-gérante jusqu'en 2016.

Le 19 mai 2016, un cadre de Rothschild, Philippe Guez, a aussi organisé une récolte de dons dans son appartement du XVIe arrondissement. Y étaient conviés une dizaine d’invités – chefs d’entreprise, avocats, family office et investisseurs dans l’immobilier –, en compagnie de Christian Dargnat et d’Emmanuel Macron. « Tous ont été informés d’une contribution de 7 500 euros », précise alors l’hôte de l’événement.

Dans un autre établissement bancaire, la banque privée Edmond de Rothschild, certains salariés se sont eux aussi très activement engagés dans la campagne. C'est le cas par exemple de Mylène Bonot, une chargée de partenariat qui n'a pas ménagé son temps dans la collecte. « Salut à tous. Suite à notre échange d’hier soir et comme convenu, je vous fais suivre le profil de Mylène, proposait Cédric O en avril 2016. Je pense qu’elle serait top pour donner un coup de main sur le fundraising pour gérer la bande passante de contacts : elle est très maligne, hyper sympa, c’est son job de soutirer de la maille aux gens qui ont de la thune et en plus c’est une meuf, ce qui est un atout non négligeable. Par ailleurs je la connais très bien et je lui fais confiance », ajoutait-il à l’époque.

Depuis, la jeune femme s’est activement impliquée dans la prospection et la relance de « grands donateurs » du mouvement, en liaison étroite avec Emmanuel Miquel. Ni elle, ni l'équipe d'En Marche! n'ont répondu à nos questions sur le cadre de cette mission. A-t-elle été rémunérée pour cette tâche ? Ou, peut-être, s'agissait-il d’un investissement à plus long terme ?

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 11:16
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 11:27

Les grandes ONG environnementales comme la Fondation Nicolas Hulot, le Réseau Action Climat, WWF, France Nature Environnement et les Amis de la Terre interpellent le nouveau Président élu sur l'importance d'un grand ministère en charge du développement durable (avec un périmètre étendu, comprenant l'environnement/la biodiversité, l'eau, les transports, l'énergie, l'aménagement, la pêche/la mer et le climat). Un point important à suivre en vue de la composition du futur Gouvernement.    En complément, un article plus détaillé du World Wide Fund for nature du 9 mai 2017. Lire aussi Climat : à Bonn, négociations techniques et incertitude politique.

appel au nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour accélérer la transition écologique © Global Warming Images / WWF

appel au nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour accélérer la transition écologique © Global Warming Images / WWF

Monsieur le Président de la République,

Nos associations tiennent à vous féliciter pour votre élection à la Présidence de la République. Nous souhaiterions pouvoir vous rencontrer dans les meilleurs délais afin d’évoquer la feuille de route du quinquennat pour la transition écologique.

Dans cette attente, nous souhaitons dès maintenant vous faire part de notre avis sur le périmètre du ministère en charge de l’environnement.

L’organisation de l’État et de son gouvernement reflète l’ambition que se donne un pays. Comme vous le souligniez dans votre programme, « la transition écologique est une priorité pour aujourd’hui qui affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale ».

La pertinence d'un grand ministère, avec à sa tête un ministre d’État, numéro deux dans l’ordre protocolaire, en charge du développement durable (écologie, biodiversité, climat et énergie, transport, logement et urbanisme, aménagement du territoire, pêche et mer) initié dans la dynamique du "Grenelle de l'environnement" a fait ses preuves et répondra à votre volonté d’un gouvernement resserré. De plus, des synergies institutionnelles fortes doivent être trouvées avec les ministères de la santé, du travail, de l'agriculture, des outremers, et enfin celui de l’économie tant leurs rôles et impacts sont essentiels pour l'environnement. Par ailleurs, vous aviez souligné dans votre programme l’importance d’une alimentation plus saine et avez annoncé la tenue d’États généraux de l'Agriculture et de l’Alimentation. Nous espérons donc que le futur gouvernement intégrera l’importance et la transversalité de cet enjeu, à la fois au niveau national et international.

De même, tout comme le Conseil National de la Transition Écologique est ouvert aux acteurs économiques et sociaux, la gouvernance doit être améliorée en ouvrant les instances de concertation des secteurs économiques et sociaux à nos associations environnementalistes, dans une logique de réciprocité d'ouverture.

Nous espérons que vous serez sensible à ces arguments et au symbole fort que représente ce large ministère. Nous rappelons notre fort attachement au dialogue environnemental et espérons que vous vous engagerez à le renforcer. Cela est indispensable pour répondre à "l'urgence écologique" que vous aviez rappelée au soir du 23 avril.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre très haute considération.


Michel Dubromel, président de FNE, représentée au Conseil National de la Transition Écologique

Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO

Gilles Asenjo, Président de Surfrider Foundation

Pierre Perbos, président du Réseau Action Climat

Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et Biodiversité

Cécile Ostria, Directrice générale de la Fondation Nicolas Hulot

Pascal Canfin, directeur général du WWF France

Florent Compain, président des Amis de la Terre

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Emmanuel Macron, élu Président de la République : quelles priorités en matière d'environnement ?

Le WWF France félicite Emmanuel Macron pour son élection à la Présidence de la République et appelle le nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour accélérer la transition écologique.

Le WWF France attend un premier signal fort de la part du nouveau Président avec la constitution d’un large ministère avec à sa tête un ministre d’Etat, 2ème dans le rang protocolaire.

Ce ministère devra conserver la mer, la pêche et le transport dans son périmètre. Il devra inclure le logement, l’urbanisme et la construction comme ce fut le cas lors de la création de ce grand ministère en 2007-2012. Nous serons particulièrement attentifs à ce que le lien soit fait entre ce ministère et celui de l’Agriculture notamment sur les questions d’alimentation et pour la
future négociation de la Politique Agricole Commune, avec Bercy pour le financement de la transition écologique et avec les ministères de la santé et de l’agriculture pour les questions de « santé environnementale ». Lors des Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation prévus par Emmanuel Macron, c’est un travail commun entre les ministères de l’environnement, de l’agriculture et de la santé qui devra être réalisé.

Le 10 février 2017, Emmanuel Macron avait été le premier des candidats à l’élection présidentielle à participer au
#Pandalive du WWF France. Pendant 45mn le candidat avait répondu aux questions des 860 000 supporters du WWF France sur les réseaux sociaux. Le WWF France sera tout particulièrement vigilant à ce que les engagements annoncés à cette occasion soient respectés.

Concernant Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron avait annoncé une médiation de 6 mois. Le WWF France attend donc la nomination rapide d’un médiateur avec une lettre de mission contenant l’étude des alternatives au projet d’aéroport.

Le WWF France avait salué la volonté du candidat de maintenir les objectifs de la loi sur la transition énergétique. Ils doivent l’être. Pour sécuriser les emplois des salariés concernés, des dispositifs transactionnels et des politiques publiques d’accompagnement, tel que le contrat de transition écologique, devront être développés.

Emmanuel Macron avait déclaré lors du #Pandalive ne plus vouloir autoriser de nouveaux permis d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz en France. Un moratoire existe déjà aujourd’hui pour les eaux françaises en Méditerranée et sur la façade Atlantique. L’extension de cette interdiction doit être confirmée pour protéger les eaux d’outre-mer et notamment en Guyane où Total ne se verrait donc pas autorisé à explorer les fonds et donc exploiter le pétrole qui pourrait s’y trouver.

Lors des Assises de l’Outre-mer que le Président a annoncé vouloir organiser rapidement, le WWF France veillera à ce qu’un modèle de développement économique durable soit proposé aux territoires d’outre-mer. L’argent public devra être investi de manière à soutenir l’emploi et la transition écologique et non être gâché en finançant des projets non soutenables tel que celui de la « Montagne d’or » en Guyane.

Enfin, lors du #Pandalive, le candidat avait pris position pour l’éintroduction d’ours dans les Pyrénées en rappelant « qu’on ne peut pas donner des leçons aux pays d’Afrique sur la protection des éléphants et, en France, ne pas être capables de vivre avec les loups, lynx ou ours ». Le WWF France veillera à la mise en œuvre rapide de cet engagement.

Emmanuel Macron a affiché lors de sa campagne sa volonté d’organiser des Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation Le WWF soutient cette initiative. La refonte du contrat entre les agriculteurs et la société sera l’une des tâches majeures du prochain président de la République car notre alimentation, nos paysages ou l’avenir de nos emplois agricoles sont un élément clé de notre contrat social, en France sans doute encore plus qu’ailleurs.

Le WWF attend du nouveau président de la République et du gouvernement une réelle volonté politique pour faire avancer l’ensemble de ces sujets sans faiblir face aux sirènes des lobbies. La prise en compte de l’environnement doit s’inscrire dans l’ensemble des politiques publiques.

Le premier test environnemental du Président sera sa capacité à endosser le leadership suffisant pour peser contre l’éventuel retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Il sera attendu à ce sujet lors des prochains G7 et G20 aux mois de mai et juillet.

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 09:34

Pour nombre d'ouvriers et de précaires, Marine Le Pen est celle qui les entend le mieux. Mais dans les faits – les déclarations de ses dirigeants, leurs votes, leurs décisions, et même leur programme –, le Front national ne défend pas les intérêts des salariés. Démonstration en trois points. Par Dan Israel et Marine Turchi le 27 avril 2017 pour Mediapart.

Un grand, un immense sourire. En se rendant à l’improviste aux côtés des salariés de Whirlpool en grève à Amiens, mercredi 26 avril, Marine Le Pen ne cachait pas sa joie devant le coup de com’ qu’elle s’est offert aux dépens d’Emmanuel Macron. Elle s’est prêtée de très bonne grâce aux selfies réclamés par les salariés dont l’usine fermera l’an prochain, ravis de cette rencontre inopinée. En une visite éclair de 20 minutes, et en s’évitant toute discussion de fond, la candidate du Front national a consolidé son image de responsable politique à l’écoute des ouvriers et soucieuse de protéger les Français les plus fragiles des méfaits d’une mondialisation malheureuse.

Indéniablement, cela fonctionne. Un des représentants CFDT de l’usine a admis publiquement qu’il votait Marine Le Pen. Pour nombre de salariés et de précaires, elle est celle qui les entend le mieux, celle qui est proche d’eux. Et pourtant. Derrière les mots, au-delà des postures destinées à lui rallier le plus grand nombre de voix, le Front national n’est pas aux côtés des salariés. Bien sûr, son programme prétend soutenir les services publics, lutter pour l’amélioration des bas salaires, en finir avec la loi sur le travail. Mais dans les faits, les déclarations de ses dirigeants, leurs votes, leurs décisions, et même leur programme, tout se conjugue pour attester que le parti frontiste n’a au fond que faire des travailleurs ou des plus précaires. Démonstration en trois points.

  • UN PARTI LOIN DES LUTTES SOCIALES

En se rendant directement à l’usine Whirlpool, pendant que l’intersyndicale rencontrait Emmanuel Macron à la chambre de commerce, Marine Le Pen s’est aussi épargné un délicat face-à-face avec les syndicalistes. Car lorsqu’il s’agit de prendre clairement position sur les mouvements sociaux, sur le droit de faire grève ou même de manifester, au FN, l’embarras règne. Jamais on n’a vu ses militants défiler aux côtés des salariés ou des retraités, du public comme du privé. Il y a un an, alors que les manifestations et les grèves battaient leur plein contre la loi El Khomri, Florian Philippot, le numéro deux du parti, était sérieusement gêné pour dire son soutien au mouvement, tellement il craignait de paraître cautionner une action de la CGT.

Le 20 mai 2016 sur Europe 1, Marine Le Pen elle-même se disait en faveur de l’interdiction des manifestations : « En situation d’état d’urgence, il n’y a pas de manifestation », lançait-elle. Avant de faire volte-face un mois plus tard sur TF1, en assurant « respecte[r] la loi et notamment les grandes libertés publiques ». En 2014, déjà, elle avait mené la charge contre les syndicats au micro d’Europe 1, leur reprochant d’être « discrédités », d’avoir « refusé de s'opposer au libre-échange total » et de défendre « l'immigration qui pèse à la baisse sur les salaires ».

Plus tranchée encore – car opposée à la ligne nationale-républicaine, teintée d'accents de gauche, qu'incarne Philippot – Marion Maréchal-Le Pen estimait le 26 mai dernier que « le droit de grève équivaut à bafouer les droits des Français à se déplacer et à travailler », et fustigeait « ces syndicalistes, ultimes adeptes d'une lutte des classes périmée », d’une « stratégie du chaos ». Des contradictions qui ont trouvé un écho jusqu’au rang des rares parlementaires FN, lors de l’adoption de la loi sur le travail. Alors même que la dirigeante du parti dénonçait publiquement le texte, les deux frontistes du Sénat, David Rachline et Stéphane Ravier, avaient tenté d’y inclure plusieurs amendements visant à réduire les droits syndicaux, notamment dans les petites entreprises, et supprimer certains droits sociaux comme le compte pénibilité. Avant de les retirer sur injonction de Marine Le Pen. Laquelle aurait fait passer, selon Le Canard enchaîné, la même consigne aux députés Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard…

Affiche de la campagne européenne de Louis Aliot en 2009.

Affiche de la campagne européenne de Louis Aliot en 2009.

Il faut reconnaître que les accents sociaux du Front national, dans ses discours, ne sont pas nouveaux. Avant Marine Le Pen, son père avait entamé un virage, en partant à la pêche aux sans-voix, déçus ou abstentionnistes. Au soir du 21 avril 2002, il avait déclaré : « N’ayez pas peur de rêver, vous les petits, les sans-grade, les exclus » ; « vous les mineurs, les métallos, les ouvrières et les ouvriers de toutes les industries ruinées par l’euromondialisme de Maastricht. Vous, les agriculteurs aux retraites de misère et acculés à la ruine et à la disparition, vous aussi qui êtes les premières victimes de l’insécurité ».

Cinq ans plus tard, le fondateur du FN s'adresse à nouveau aux « petits », aux « obscurs », aux « sans-grade » lors de la présidentielle, le 25 février 2007, à Lille, et oppose « le capitalisme financier planétaire » à sa candidature, « la voix du peuple ». Dès 2009, le FN a tenté de récupérer la figure de Jean Jaurès, par une campagne d’affichage qui a fait grand bruit : « Jaurès aurait voté Front national. » En 2012, Marine Le Pen avait fait du thème « des invisibles » un axe de sa campagne, entamant un an plus tard un « tour de France des oubliés ».

Mais c'est un paradoxe. Car sur le terrain, non seulement le Front national n’a jamais été présent dans les luttes sociales, mais longtemps, il n’a pas non plus été le bienvenue dans les usines. Un exemple parmi d’autres : le 27 janvier 2003, dans le Pas-de-Calais, commerçants, élus locaux et habitants de Noyelles-Godault font front aux côtés des salariés de Metaleurop Nord, l’usine qui a fermé cette année-là. Une petite délégation FN, menée par Steeve Briois, alors conseiller régional, se faufile dans le cortège. La caméra du documentariste Edouard Mills-Affif les suit. Ils sont écartés. « Vous avez été baisés par la gauche. Eh bien, crevez avec la gauche ! », leur crie Steeve Briois en s’en allant.

Dans ses discours, lors de la présidentielle, en 2012, Marine Le Pen parlait peu des « ouvriers ». Mediapart avait fait le compte à l'occasion de trois discours (Nice, Paris, Metz) : le mot n'était cité au maximum qu'à trois reprises, tout comme ceux d'« employés » et de « travailleurs » (entre une et quatre fois). À Metz, en revanche, elle parlait six fois de « patriotisme », 44 fois de « Français » et 34 fois de « France ». À Nice, le terme « immigrés » (ou « immigration ») apparaissait 17 fois.

  • AU POUVOIR, LE FN NE DÉFEND PAS LES PAUVRES

Dans la pratique, la contradiction du Front national entre le discours et les actes est plus saillante encore. S’il est souvent le premier à dégainer un communiqué lorsqu’un plan social massif est annoncé (par exemple dans le dossier Vivarte, où la classe politique a été globalement silencieuse), le parti ne défend pas les salariés dans ses votes et décisions, au niveau local comme européen.

Dans ses 11 villes, le Front national a pris de nombreuses mesures anti-sociales, dont voici quelques exemples. À Hayange (Moselle), le maire a demandé au Secours populaire d’évacuer son local municipal, reprochant à l’association, qui lutte contre la pauvreté, d’avoir une « idéologie communiste » et de faire de la « propagande pro-migrants ». Face au refus de l’association de rendre les clés, il a envoyé un huissier, accompagné de la police municipale, puis, la semaine suivante, a fait couper l’électricité. Dans plusieurs communes, telles que Le Pontet (Vaucluse) ou Villers-Cotterêts (Aisne), la gratuité dans les cantines pour les plus pauvres a été supprimée. Au Pontet toujours, il a supprimé la prime des employés municipaux tout en essayant d’augmenter son indemnité d’élu.

À Fréjus (Var) et Mantes-la-Ville, les maires ont fermé un centre social (lire nos articles ici et ) ; à Beaucaire (Gard) la « Maison du vivre ensemble » – un centre socioculturel qui assurait le soutien scolaire d'une centaine d'enfants – a été contrainte de mettre la clé sous la porte après que la mairie a supprimé sa subvention de 53 000 euros par an. Le maire de la commune gardoise a aussi voulu mettre fin aux impayés dans les cantines scolaires en signalant à la CAF, au procureur de la République et à la protection de l'enfance les parents « malhonnêtes ». À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Steeve Briois a tenté de faire passer un arrêté “anti-mendicité agressive” que le tribunal administratif de Lille a suspendu. À Villers-Cotterêts, le maire a mis fin à la subvention aux syndicats.

Plusieurs maires ont aussi rechigné à se plier aux obligations en matière de logement social, au motif que ces logements ne seraient pas réservés en priorité aux citoyens français. Le parti frontiste est d’ailleurs visé par une enquête pour « provocation à la discrimination » car il avait recommandé à ses élus, dans un guide municipal, de défendre la « priorité nationale dans l’accès aux logements sociaux ».

À Béziers, Robert Ménard, soutenu par le FN, avait promis que sa ville serait un « laboratoire social ». Le maire a multiplié les mesures visant les plus précaires. Il a ainsi proposé la suppression de l'étude surveillée du matin aux enfants de chômeurs. Il veut aussi convoquer les auteurs de petits délits à la mairie pour des « rappels à l'ordre », et souhaite suspendre les aides sociales municipales de ceux qui ne se plieraient pas à la procédure.

Dans les conseils régionaux, le Front national s’est souvent limité à un discours de dénonciation, plutôt que de propositions. Dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les élus frontistes se sont tenus très loin des luttes des salariés de Fralib (filiale d'Unilever fabriquant les thés Lipton) et NetCacao (chocolaterie marseillaise), deux usines au bord de la fermeture en 2011. Le parti a été absent des manifestations des Fralib, qui protestaient contre la délocalisation de leur activité en Belgique. En octobre 2010, ses 24 élus au conseil régional n'ont pas non plus voté la motion de « solidarité avec les salariés de Fralib » proposée par la gauche (lire notre article).

Au Parlement européen, loin des caméras françaises, qui se risquent rarement au-delà des séances plénières, les positions antisociales s’épanouissent plus largement encore. C’est le site Bastamag qui épingle le mieux le double discours du parti frontiste. Le 4 octobre 2016, alors qu’Alstom vient d’annoncer sa volonté de fermer son usine historique de Belfort, et que Caterpillar supprime 2 500 emplois de son usine de Charleroi en Belgique, plusieurs groupes parlementaires européens tentent de faire voter une résolution « sur la nécessité d’une politique européenne de ré-industrialisation ». Ils demandent à la Commission européenne une sérieuse réflexion sur la politique industrielle européenne, pour éviter les délocalisations vers les pays moins-disant socialement et « sécuriser les emplois industriels européens ». Dix-huit députés FN, dont Marine Le Pen, ont voté contre cette résolution, et seul Florian Philippot s’est prononcé pour. La résolution a été adoptée.

Comme le montre toujours Bastamag, ce vote du FN contre les travailleurs au niveau européen n’est en fait pas isolé. En janvier, tous les eurodéputés du parti ont voté contre la proposition de créer un socle européen des droits sociaux, censé lutter contre le dumping social. Il s’agit de formaliser un seuil minimal de droits sociaux que les États membres doivent impérativement respecter. Las, pour le parti de Marine Le Pen, la souveraineté nationale doit primer, même sur ce sujet.

Les positions sont tout aussi contradictoires concernant le libre-échange, qui est pourtant désigné comme l’ennemi numéro 1 des salariés dans le discours frontiste. En commission, ni Marine Le Pen ni son suppléant n’ont voté sur le projet d’accord de libre-échange transatlantique, le Tafta, en mai 2015. Idem en janvier 2017 au sujet de l’accord de commerce entre Europe et Canada, le Ceta. Marine Le Pen n’est allée voter contre le Ceta qu’en séance plénière.

  • UN PROGRAMME SOCIAL PENSÉ POUR LES PATRONS ET LES PLUS RICHES

Toutes ces vérités transparaissent largement lorsqu’on se plonge dans le programme social du FN, comme Mediapart l’a déjà fait ici, pour mieux dissiper l’illusion entretenue par Marine Le Pen et ses troupes. Car, au-delà d’une inacceptable préférence nationale, le parti des Le Pen ne préconise quasiment aucune mesure destinée à réduire les inégalités et à protéger les plus pauvres ou les plus précaires. C’est par exemple ce que soulignait fort bien cette militante proche des Insoumis sur Twitter.

Point symbolique s’il en est : le Smic. Marine Le Pen, si prompte à dénoncer la baisse du pouvoir d’achat des Français, ne propose en fait pas d’augmenter le salaire minimum. « Cela entraîne une charge supplémentaire pour les entreprises, qui sont déjà dans une très grande fragilité dans notre pays », a décrété la candidate en janvier. Et alors qu’en 2012, elle assurait qu’elle revaloriserait de 200 euros net par mois tous les salaires jusqu’à 1 500 euros, grâce à une taxe de 3 % sur les produits importés en France, elle ne parle désormais plus que de « prime de pouvoir d’achat » pour « les bas revenus et les petites retraites », de « près de 80 euros par mois ». Signalons au passage que la taxe à l’importation devrait immanquablement renchérir le prix de produits achetés tous les jours par des consommateurs, et frapper plus durement les moins fortunés qui n’ont parfois pas les moyens de se payer du « made in France ».

Marine Le Pen ferme aussi les yeux sur les mutations du travail, et son programme donne en fait la priorité aux petits patrons, promettant d’« alléger la complexité administrative et fiscale », de supprimer le compte pénibilité instauré par le gouvernement socialiste pour « libérer » les entreprises, et de recentrer sur les PME et sur les start-up le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Tout comme Emmanuel Macron, elle projette d’ailleurs de transformer le CICE en allègement durable de cotisations sociales. Et tout comme lui, elle propose de permettre de sortir des 35 heures par des négociations « au niveau des branches professionnelles ». Elle veut aussi privilégier les entreprises françaises dans l’attribution de marchés publics, et lutter contre la directive sur les travailleurs détachés, en l’abrogeant. Mais elle néglige, tout comme les collectivités locales qui marchent dans ses pas avec la désormais fameuse « clause Molière », que si la France accueille bien 286 000 travailleurs détachés sur son territoire, elle est aussi le troisième pays à en envoyer partout en Europe : 120 000 Français travaillent sous ce statut sur tout le continent.

Le Pen annonce encore sa volonté de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure permettant à certains salariés de gagner plus, mais bloquant l’accès au marché du travail à de nombreux autres demandeurs d’emploi, et surtout par définition inégalitaire, puisqu’elle ne bénéficie qu’à la moitié des foyers français les plus riches, ceux qui payent l’impôt sur le revenu (les autres inconvénients de cette mesure sont listés ici par Libération).

Le cas des heures supplémentaires n’est pas isolé. Le programme du FN est en fait en bonne partie dirigé vers les plus aisés, et non les précaires que Marine Le Pen drague ouvertement. C’est particulièrement clair pour les mesures fiscales. Ainsi, s’il prévoit bien une baisse générale de 10 % de l’impôt sur le revenu pour tous les Français gagnant jusqu’à 6 000 euros par mois, le programme ne propose pas de hausse d’impôt pour les plus riches, bien au contraire.

Le FN projette par exemple de « rétablir la demi-part des veuves et veufs ». La suppression de cette demi-part en 2008 – mesure qui avait pris son plein effet en 2013 – avait été vivement ressentie par les ménages les plus faibles. Mais depuis, le gouvernement a fait adopter un dispositif d’exonération permanent pour les revenus inférieurs à 13 553 euros. Autrement dit, le FN semble vouloir faire baisser la part d’impôt des revenus de la classe moyenne, mais aussi au-delà, puisqu’il n’annonce pas de plafond à cette mesure. En annonçant qu’il envisage de « rehausser progressivement le plafond du quotient familial », il poursuit dans la même logique, car le quotient familial bénéficie d’autant plus à un foyer fiscal que ses revenus sont importants.

La dernière mesure annoncée est quant à elle directement pensée pour les plus riches : limiter fortement le montant des impôts sur les successions, en permettant de transmettre à ses descendants, sans taxation aucune, jusqu’à 100 000 euros tous les cinq ans (au lieu de quinze ans actuellement). Le tout peut-être au nom de la « solidarité intergénérationnelle », mais certainement pas de la justice fiscale.

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Published by Vert Lilas - dans Elections
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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 17:53

L'appel au vote Macron fonctionne comme un supplice chinois. Car le candidat d’En Marche a l’insupportable talent d’alimenter, chaque jour un peu plus, les raisons que l’on aurait de ne surtout pas voter pour lui, tellement il incarne un projet de régression sociale. Et chaque jour un peu plus, il donne du crédit à la possibilité d'une catastrophe démocratique. Ce qu'il faut à tout prix éviter. Par Laurent Mauduit le 27 avril 2017 sur son blog Le Réveil sur Mediapart.

Pour quiconque a des valeurs ancrées à gauche et rêve d’une République démocratique et sociale, le vote Macron fonctionne comme un supplice chinois. Car le candidat d’En Marche a l’insupportable talent d’alimenter, chaque jour un peu plus, les raisons que l’on aurait de ne surtout pas voter pour lui, tellement il incarne un projet de régression sociale, tellement aussi il symbolise ce système oligarchique français qui anémie notre démocratie. Mais c’est comme une terrible et implacable fatalité : le rejet légitime que suscite cette candidature, l’aversion quasi-viscérale qu’elle engendre dans ce qui reste du « peuple de gauche » rend aussi chaque jour un peu plus possible l’insupportable perspective d’une victoire de la candidate néo-fasciste du Front national.

Pour sortir de ce piège, il n’est donc d’autre solution que de réfléchir sereinement. De tâtonner. D'avoir les uns envers les autres cette capacité d'écoute et de bienveillance que certains courants de la gauche ne pratiquent qu'avec parcimonie. De mutualiser l’immense débat, désordonné mais précieux, qui se fait jour depuis que l’on a appris avec effroi, au soir du 23 avril, que pour la deuxième fois dans l’histoire de la Ve République l’extrême droite s’était qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. Cet immense débat dont Mediapart s’applique à être la caisse de résonance ou l’organisateur, aussi bien dans son journal que dans son club.

Après beaucoup d’autres, dont mon cher ami Michel Broué (lire ici son billet de blog A nos amis de gauche qui deviennent fous, 2) ou visionner là un entretien avec lui sur sur Mediapart), je voudrais donc dire modestement le regard que j’ai, pour ce qui me concerne, sur les terribles évènements que nous traversons. En même temps que mon opinion sur le meilleur moyen de sortir de ce piège.

Un premier constat, me semble-t-il, s’impose à l’esprit : cette histoire terrible que nous vivons, et qui pourrait se conclure si nous n’y prenons garde par une catastrophe démocratique sans précédent depuis Vichy, par le renversement de la République, est la chronique d’un sinistre depuis très longtemps annoncé, celui d’un parti socialiste qui a accompagné l’émergence d’un capitalisme à l’anglo-saxonne, de plus en plus tyrannique. Un parti socialiste qui a d’abord mollement résisté à ce basculement vers un capitalisme instaurant une tyrannie du capital sur le travail ; puis qui a accompagné ce basculement ; et pour finir qui l’a accéléré brutalement, avec l'aide de zélés hauts fonctionnaires. Dont, au premier rang, Emmanuel Macron.

Très vite, quand ce quinquennat a commencé, le « peuple de gauche », ou ce qu’il en reste, a pu ainsi comprendre qu’une histoire grave était en train de se jouer. On a pu deviner qu’au-delà des maladresses d’un homme, François Hollande, qui n’a jamais été à la hauteur de ses responsabilités ni de sa fonction, au-delà des reniements innombrables dont on pouvait l’accuser et du climat crépusculaire dans lequel il a entraîné tout le pays, c’était à un événement historique auquel nous assistions: les dernières convulsions du plus vieux parti de la gauche française, le parti socialiste, qui est entré en agonie.

Ce sentiment que le pays arrive à un point de bascule de son histoire, ou du moins de celle de la gauche, a d’ailleurs très vite cheminé dans les esprits. Progressivement, c’est devenu une forte évidence : quelque chose d’irréparable, voire d’irréversible, s’est produit depuis l’accession des socialistes au pouvoir. Depuis bientôt trente ans, ces derniers ont souvent plaidé des circonstances atténuantes pour justifier leurs erreurs ou leurs reniements et réclamé à leurs électeurs de leur faire confiance, envers et contre tout. Ils ont battu leur coulpe après leur défaite calamiteuse lors des élections législatives de 1993. Puis fait amende honorable en 2002.

Chaque fois, le « peuple de gauche » (si la formule a encore un sens) a joué le jeu. Chaque fois, d’innombrables citoyens, quelle que soit leur conviction partisane – Nouveau parti anticapitaliste, Front de gauche, Europe Écologie-Les Verts (EELV), parti socialiste, etc. –, ont été au rendez-vous. Quels qu’aient été leurs ressentiments, leur déception et leur lassitude, la grande majorité d’entre eux a continué à voter au second tour d’une élection pour le candidat de gauche le mieux placé. Ne serait-ce que pour faire barrage à la droite.

Nul doute que, en mai 2012, le candidat Hollande a encore largement bénéficié de cette fidélité de l’électorat de gauche à son camp. Il a bénéficié des voix d’un électorat pourtant de plus en plus remonté contre les dirigeants socialistes, mais fidèle aux valeurs fondatrices de la gauche, et à l’idéal qu’elle a parfois porté.

Au lendemain de l’élection de 2012 et depuis lors, le lien entre ces électeurs et, plus largement, le lien entre les citoyens et le cœur du pouvoir socialiste s’est indéniablement brisé. A tout jamais brisé. La colère et le sentiment de déloyauté, de trahison ont pris un autre tour. François Hollande a privé le « peuple de gauche » de sa victoire arrachée à la présidentielle et prolongé quasiment en tout point la politique de Nicolas Sarkozy. Ou même, François Hollande, aidé par Emmanuel Macron, a souvent fait bien pire que Nicolas Sarkozy. Nombreux sont ceux qui ont alors assuré qu’on ne les reprendrait plus jamais à voter pour le PS – en dépit de la menace d’une droite dure ou extrême. Ici est la rupture majeure.

Et puis il y a eu les coups de grâce portés par François Hollande contre son propre camp, avec l’odieux projet (avorté) de déchéance de la nationalité, auparavant défendu par le seul Front national ; avec encore la loi El Khomri, qui a ébranlé le code du travail de manière beaucoup plus grave que les mesures prises sous le quinquennat précédent. Au fil des mois, le « peuple de gauche » – ou ce qu’il en reste – en est donc venu par lui-même à cette triste mais implacable évidence : dans sa configuration actuelle, la gauche est morte. C’est une histoire longue, ancienne de près de deux siècles, qui s’achève sous nos yeux, et que je me suis souvent appliqué à chroniquer (Lire en particulier Sous le naufrage de Hollande, l’agonie du socialisme français). Dans de très nombreux livres, écrits d'abord avec mon vieux complice Gérard Desportes (La gauche imaginaire ou L'adieu au socialisme) pour dresser le bilan des années Jospin, puis écrits seul (L'étrange défaite ou A tous ceux qui ne se résignent pas à la défaîte qui vient), je me suis aussi appliqué à décrire la lente et irrémédiable descente aux enfers du socialisme français.

C’est donc de cette agonie du socialisme français dont Emmanuel Macron est en quelque sorte la borne témoin. Il symbolise à lui tout seul ce que ce quinquennat a charrié de pire. Il en est le symbole d’ailleurs à un double titre. D’abord, c’est lui qui a mis en œuvre ou porté quelques-unes des réformes les plus réactionnaires de ce quinquennat, mettant le plus gravement en cause le modèle social français. Ensuite, il est l’un de ceux qui symbolise aussi de la manière la plus caricaturale qui soit l’adaptation des élites socialistes aux puissances de l’argent, leur intégration dans le système oligarchique français. Ces élites oligarchiques qui d’une alternance à l’autre, sous la gauche comme sous la droite, ont passé près de trente ans à répéter qu’il n’y avait qu’une seule politique économique et sociale possible : la politique économique néo-libérale. Pas de doute donc, comme je l’ai un jour relevé, Emmanuel Macron est bel et bien le candidat de l’oligarchie (Lire Emmanuel Macron, le candidat de l'oligarchie).

C’est donc tout cela dont Emmanuel Macron est le révélateur. Il a commencé à préparer un projet de démantèlement du code du travail sous Nicolas Sarkozy dans le cadre de la Commission Attali ; avant de l’appliquer sous François Hollande (Lire Aux origines de la loi Macron: un projet néolibéral concocté pour Sarkozy). Et maintenant qu’il brigue la présidence de la République, c’est ce même projet de dynamitage social qu’il voudrait encore accélérer.

C’est donc peu dire que pour beaucoup, l’idée de voter Macron s’apparente bel et bien à un supplice. Pourquoi voter pour un candidat qui incarne tout cela ? Par quel masochisme?

Par surcroît, c’est peu dire que la sincérité n’est pas la première des qualités d’Emmanuel Macron – sans doute a-t-il beaucoup appris en ce domaine auprès de François Hollande, qui a construit tout son quinquennat sur une duperie. Je livre ici les preuves que j’en ai accumulées – mais il doit sans doute en exister de nombreuses autres. Par deux fois, j’ai apporté les preuves de graves mensonges publics commis par lui. Oui… des mensonges qui, en d’autres pays que le nôtre, auraient ans doute sonné la fin de la carrière politique de son auteur.

Avec l’aide de mon confrère Adrien de Tricornot, j’ai par exemple apporté la preuve qu’Emmanuel Macron avait, en 2010, trahi la Société des rédacteurs du Monde, dont il était le banquier conseil, lors du rachat du journal par Niel, Pigasse et Bergé, en étant lors de cette opération financière l’agent double du camp adverse, et notamment de l’un de ses organisateurs, Alain Minc (Lire Médias : quand Macron était l’agent double de Minc dans la bataille du « Monde »).

Sur Mediapart, j’ai aussi apporté la preuve du mensonge éhonté qu’il a commis lors de la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Alors qu’il avait juré ses grands dieux qu’il ne s’agissait pas d’une privatisation au motif que l’Etat resterait majoritaire au capital aux côtés des collectivités territoriales, j’ai révélé le pacte secret d’actionnaires que l’Etat, sur ses instructions, avait passé avec un oligarque chinois corrompu (Lire Aéroport de Toulouse : Macron rattrapé par son mensonge).

Alors, m’aurait-on dit, voici peu, que je devrais me résoudre à voter Macron ? Je l’avoue, je me serais étranglé de colère ou d’indignation que l’on me suggère une telle perspective. Macron ? Jamais ! Impossible…

Et au surplus, il y a eu ce comportement stupéfiant du candidat d’En Marche au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Alors que tous tout ce que le pays compte de républicains, à gauche tout autant qu’à droite, a été saisi d’une terrible inquiétude à l’annonce de la qualification de Marine Le Pen pour le second tour, lui a été faire la fête. Ce n’était pas le Fouquet’s, mais cela y ressemblait tout de même un petit peu (Lire Ils étaient à la Rotonde, invités par Emmanuel Macron).

Qui ne se souvient qu’en 2002, face à la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour, Jacques Chirac, au soir du premier tour, comme au soir du second, avait trouvé les mots justes ? Il avait pris le ton grave, et avait fait comprendre au pays qu’il mesurait la gravité exceptionnels des évènements. « Ce vote m’oblige », avait-il dit au pays.

En vérité, ce vote ne l’a pas du tout par la suite « obligé » – et cela a sûrement aussi contribué à conduire le pays au désastre qu’il connaît aujourd’hui. Mais au moins, pendant un temps, même bref, Jacques Chirac avait-il fait mine de manifester qu’il comprenait que sa victoire ne lui appartenait pas ; qu’il en était en quelque sorte redevable à toutes les forces vives du pays, et pas seulement à ses partisans; qu'il s'agissait en somme d'une victoire de la République sur ses ennemis.

Emmanuel Macron, lui, ne fait pas même semblant. Indifférent au fait qu’une éventuelle victoire – qu’il serait aujourd’hui bien présomptueux de croire assurée- serait en grande partie le produit d’un sursaut du pays contre les dangers de l’extrême droite, il ne tend la main à personne. Il y a de la morgue et de l’assurance dans le personnage. Oligarque jusqu’au bout des ongles, enfant adultérin et monstrueux de l’Inspection des finances et de l’agence Havas…

Et comme par un fait exprès, tout semble se conjuguer pour donner de la candidature d'Emmanuel Macron l'image la plus dissuasive qui soit pour l'électeur de gauche normalelemnt constitué. Ainsi vient-on d'assister à un numéro de drague appuyé de Laurence Parisot, l'ex-présente du Medef, à destination de l'ancien banquier de Rotschild, le pressant dans Marianne de la nommer à Matignon en cas de victoire. Et lui déclarant sa flamme avec empressement : « J'ai une expérience, je suis crédible. Donc je peux être prête ». De quoi assurément faire fuire encore un peu plus les citoyens pour lesquels le gouvernement auquel appartenait Emmanuel Macron avait déjà fait la part beaucoup trop belle aux milieux patronaux.

Du même coup, on se prend à penser – à craindre – ce que pourrait être le terrible scénario de ce second tour de l’élection présidentielle. Emmanuel Macron est tellement l’adversaire idéal dont pouvait rêver la néo-fasciste Marie Le Pen ; il est tellement la caricature de l’oligarchie française, accommodante pour les grandes fortunes et intransigeantes pour les plus modestes ; il vit tellement loin du pays, enfermé dans une bulle de technos et de communicants, qu’on se prend à redouter un scénario noir : une chute progressive dans l’opinion d’Emmanuel Macron ; et une montée en proportion de Marine Le Pen. Une montée... peut-être jusqu'à la ligne de danger.

C’est cela le supplice chinois dont je parlais tout à l’heure. Il tient au fait que 2017 n’a plus grand-chose à voir avec 2002. Voici 15 ans, pendant l’entre-deux tours, nul ne savait à l’avance que Jacques Chirac l’emporterait avec plus de 82% des voix. Mais, passé le traumatisme du premier tour, il est vite apparu que le champion du RPR, soutenu par toutes les forces républicaines, de gauche et de droite, l’emporterait haut la main.

Mais aujourd’hui, c’est une autre configuration. Plus Macron fait du Macron, plus on se prend à penser qu’il risque de perdre du crédit dans l’opinion. Au point de faire craindre une possible victoire de l’extrême droite. C’est précisément cela le supplice chinois – pardon le supplice Macron : chaque jour, le candidat d’En Marche semble s’appliquer à être la caricature de lui-même et à donner de nouveaux arguments à ceux qui n’ont pas voté pour lui au premier tour de ne surtout pas le faire au second. Et chaque jour, face à l’inconstance de la candidature Macron, face à ses aspects repoussants, on peut craindre que la victoire de l’extrême droite ne devienne possible. En 2002, elle semblait impossible ; aujourd’hui, il serait dramatiquement irresponsable de l’exclure. Bref, l’extrême droite est cette fois-ci bel et bien aux portes du pouvoir, ce qui n’était pas encore le cas en 2002. Et naturellement, cela change tout.

Oui, cela change tout, car en 2002, on pouvait, lorsque l’on était de gauche, ne pas vouloir s’abaisser ou s’abîmer à voter pour Jacques Chirac. On le pouvait avec d’autant moins d’inquiétude que la victoire de Jean-Marie Le Pen apparaissait impossible. Mais en 2017, tout a changé : l’extrême droite néo-fasciste pourrait l'emporter.

Or, ma consoeur Marine Turchi a formidablement documenté sur Mediapart, au travers d’innombrables et courageuses enquêtes, que derrière l’image ripolinée que Marine Le Pen voudrait donnait du Front national, il y a toujours la vielle extrême droite française, violente et rance, xénophobe et raciste, en un mot plus que jamais antirépublicaine, avec dans les arrière-salles du parti des groupuscules violents et néonazis. On peut bien sûr en douter, tant les grands médias, oubliant les vieux principes du journalisme honnête selon lesquels le Front national doit être un objet d’enquête et non un objet de débat, donnent peu à voir sur cette réalité inchangée de l’extrême droite française. Mais il suffit de se reporter aux enquêtes de Marine Turchi dont je parle pour comprendre la gravité du danger auquel la République est aujourd’hui confrontée – enquête que l’on peut retrouver ici, , , , , , , , ou encore .

Pour ce qui me concerne, c’est ce constat qui m’a conduit à surmonter mes préventions – pis que cela-, mon aversion à l'égard de la candidature Macron. Qui m’a conduit, quelle que soit la rage ou la colère que j’éprouve, à ne plus penser qu’à une seule chose : tout sauf, sauf la possible victoire d’un parti néo-fasciste ou post-fasciste - peu importe la qualification que l'on retienne ! Tout sauf la possible victoire d’un groupe autour duquel prospère d’innombrables groupuscules qui n’ont cessé d’être xénophobes, racistes voire néo-nazis. Tout sauf Marine Le Pen, même si c’est au prix de cette détestable candidature d’Emmanuel Macron. C’est en substance ce que j’avais suggéré dans un « parti pris » peu avant le premier tour (Lire Pour conjurer le spectre des années 30); c’est ce ce sentiment d’urgence qui m’anime plus que jamais.

Comme le dit remarquablement mon confrère et ami Denis Sieffert sur Politis (son éditorial vidéo est ici), il sera bien temps, ensuite, de débattre d’un rebond de la gauche, en prévision des élections législatives qui suivront. Car si Emmanuel Macron finissait envers et contre tout par gagner, on sait que sa victoire serait fragile - le résultat d'une combinaison de facteurs tellement hors normes qu'ils auraient peu de chances de jouer une seconde fois. On sait aussi que la gauche authentique – les Insoumis qui ont emporté une si formidable résultat lors du premier tour, les écologistes qui restent ancrés à gauche, les frondeurs qui n’ont pas cessé de l’être, les communistes…- pourraient alors, si enfin les sectarismes et les intolérances étaient mis de côté- enclencher une dynamique unitaire qui redonnerait de l’espoir.

On peut, certes, aussi observer qu'une possible victoire d'Emmanuel Macron et la mise en oeuvre du programme de régression sociale qu'il préconise alimenterait encore davantage le vote protestataire et conduirait, cette fois immanquablement, à la victoire de Marine Le Pen à la prochaine échéance. Mais, dans la défense de la République, chaque jour gagné est une opportunité pour organiser la riposte. Une opportunité qu'il serait dangereux de négliger.

Pour cela, il faut donc battre Marine Le Pen. Par tous les moyens, aussi douloureux qu’ils soient. C’est le seul moyen de déjouer le supplice Macron : refonder la gauche, et pour commencer, gagner cette première bataille décisive…

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 14:02

Associée à la préférence nationale du côté de Le Pen et réduite à la marge du programme de Macron, la transition écologique est la grande perdante du premier tour. Et ce, alors même qu’elle était au cœur des programmes des candidats de gauche, du NPA au PS. Par Coralie Schaub et Florian Bardou le 25 avril 2017 pour Libération.

Des éoliennes, le 13 janvier 2017, près de Villeveyrac, dans le sud de la France. Photo Pascal Guyot. AFP

Des éoliennes, le 13 janvier 2017, près de Villeveyrac, dans le sud de la France. Photo Pascal Guyot. AFP

En février dernier, quelques jours après la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, Nicolas Hulot manifestait ainsi sa déception quant à la place de l’écologie dans la campagne présidentielle 2017 : « Sommairement résumé, à droite l’on perçoit une réelle indifférence, pire, chez certains une tragique aversion manifeste sur ces sujets, malgré quelques tentatives isolées pour les faire émerger. Et à gauche, on sent qu’après avoir été si longtemps sous-traitée aux seuls écolos politiques, force est de constater que la mutation se dessine enfin ».

Les faits donnent raison à l’ancien présentateur de l’émission Ushuaïa. Pour la première fois dans une campagne présidentielle, la lutte contre le changement climatique adossée à la transition écologique a bien été au cœur des programmes des candidats de toute la gauche confondue (du « futur désirable » de Benoît Hamon à la « planification écologique de Jean-Luc Mélenchon sans oublier l’anticapitalisme de Philippe Poutou en réponse « aux urgences climatiques »). Pour autant, malgré les relevés de températures confirmant mois après mois un réchauffement record du climat mondial, le thème n’a pas été le moteur des débats présidentiels et les nouvelles propositions pour remédier à la crise climatique et à la dégradation des écosystèmes ont été passées sous silence.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ne sont guère plus prometteurs pour ces sujets. Avec la victoire d’Emmanuel Macron et la qualification de Marine Le Pen, la question écologique ne passe pas le second tour. On pouvait y croire en 2012, quand François Hollande, rallié par Europe Écologie - Les Verts malgré un programme bien moins ambitieux que son successeur au PS, promettait la transition énergétique et « l’excellence environnementale ». Cinq ans plus tard, et malgré un discours similaire aujourd’hui chez Emmanuel Macron, difficile de se faire des illusions.

« Écologie patriote »

Commençons par la représentante du FN. La candidate frontiste a beau avoir doté en 2014 le Rassemblement bleu marine (RBM) d’un collectif, Nouvelle Écologie, et avoir repeint en vert son programme nationaliste « pour une écologie patriote », sa stratégie n’est rien d’autre que la démonstration de sa volonté de ratisser au-delà du FN grâce aux thèmes écologistes. Rappelons d’abord que Marine Le Pen défend corps et âme la modernisation de la filière du nucléaire tout en demandant un moratoire sur l’éolien. Une drôle de transition énergétique, soi-disant au service de l’indépendance de la France avant toute chose.

En matière de transports, de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de lutte contre les pollutions, même analyse. Malgré son souhait de développer la voiture à hydrogène, l’eurodéputée FN ne remet pas en cause le transport sur route et le tout-voiture - elle s’est d’ailleurs opposée à l’écotaxe ou à la taxation du diesel - et elle dénonce « l’écologie punitive » comme l’interdiction de circulation sur les voies sur berges à Paris. Le FN porte par ailleurs un discours anti-normes et ne promeut jamais la protection de la biodiversité à moins qu’elle ne soit portée… par les chasseurs !

Sa vision de la lutte contre le réchauffement climatique, un phénomène global, est pour le moins oxymorique, tout en permettant de modérer les discours climatosceptiques dans son propre camp (dont ceux de son père), puisqu’elle défend une action environnementale dans un cadre national, comme si le phénomène s’arrêtait aux frontières de l’hexagone. D’ailleurs, Marine Le Pen ne fait jamais cas des millions de réfugiés climatiques, question qu’il faudra pourtant bien traiter un jour. Et selon elle, l’accord de Paris sur le climat est « bancal et inexploitable ».

Des mesures qui existent déjà

Quant à Emmanuel Macron, n’en déplaise aux écologistes qui l’ont rejoint et soutenu pendant la campagne (Dany Cohn Bendit, Matthieu Orphelin, Corinne Lepage, François de Rugy, Barbara Pompili, Arnaud Leroy ou Jean-Paul Besset), il ne semble pas non plus convaincu par la nécessité d’une transition écologique ambitieuse. Son programme ne comporte pas de réelles mesures novatrices et ses déclarations en la matière ont été peu nombreuses (pas un mot sur le sujet lors du dernier débat de jeudi soir, par exemple), floues et souvent incohérentes.

En fait, en matière d’écologie, le candidat d’En marche se situe dans la parfaite continuité de la politique de François Hollande. À peu près toutes les mesures, bien que souvent présentées comme neuves, existent déjà ou ne font que confirmer des engagements de l’actuel Président. Rien qu’un exemple. Pour « sortir la France des énergies fossiles », l’ancien ministre de l’Économie entend fermer les quatre centrales à charbon restantes en France d’ici 2022, interdire l’exploration des gaz de schiste (tout en plaidant pour des « recherches sur le sujet », comme sur les OGM) et ne délivrer aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures. Il veut aussi faire monter en puissance la taxe carbone pour atteindre 100 € par tonne de CO2 en 2030. Mais tout ceci a déjà été promis, ou est déjà inscrit dans la loi.

Jurant de « garder le cadre » de la loi de transition énergétique de 2015, Emmanuel Macron reste dans la ligne actuelle, que l’on peut résumer ainsi : « On fixe de beaux objectifs, mais on ne dit pas concrètement comment y parvenir et on ne prend pas les mesures nécessaires. » Sur le nucléaire, il cite certes le « vrai défi » posé par le risque d’un accident de type Tchernobyl ou Fukushima, et assure qu’il maintiendra le cap de 50% d’atome dans la production d’électricité d’ici 2025 – contre 75% aujourd’hui – … mais sans rien dire sur les moyens d’y parvenir. Seul « engagement », fermer la centrale alsacienne de Fessenheim. Rien de révolutionnaire : c’est déjà prévu, pour 2019 au plus tôt, après avoir été moult fois repoussé. Surtout, cela ne résout absolument pas la question : pour tenir la promesse des 50% de nucléaire d’ici 2025, il faudrait fermer l’équivalent de 17 à 20 réacteurs sur les 58 actuels selon la Cour des Comptes et 27 à 31 selon Greenpeace.

En réalité, Macron reste très attaché à l’atome, affirmant que « le nucléaire en France a un avenir» et vantant une énergie «très peu carbonée ». Il y est tellement attaché qu’il ressort à l’envi la caricature d’une Allemagne ayant massivement recours au charbon depuis sa décision de sortir du nucléaire. Caricature contestée et argument préféré des pro-nucléaires… Pas de quoi non plus, dans sa politique, faire trembler le lobby du diesel : Macron refuse de s’engager pour une sortie de ce carburant ultra nocif pour la santé en 2025, mais promet que la fiscalité du diesel sera alignée sur celle de l’essence d’ici 2022… ce qui est déjà prévu.

« Aider un peu » le « p’tit Emmanuel »

Côté agriculture et alimentation, il promet entre autres de rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent (200 millions d’euros par an) et de faire en sorte que d’ici à 2022, l’ensemble de la restauration collective propose « au moins 50% de produits biologiques, labels de qualité, ou local », ce qui laisse une grande part de flou. Mais dans le même temps, il a rendu sur Twitter un vibrant « hommage » à feu l’ancien patron de la FNSEA, Xavier Beulin, « homme d’agriculture et ami ». « Le combat qu’il a mené : je veux aussi le faire mien », dit Macron. Sauf que le «combat» de Beulin, qui présidait également le conglomérat Avril (7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, champion entre autres de l’alimentation animale, du biodiesel, de l’oléochimie et présent dans l’huile de palme ou les OGM) peut être résumé ainsi : «Vive l’agriculture industrielle dopée aux pesticides et vive les fermes-usines.»

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 12:09

Les écologistes regardent avec inquiétude des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Le score du Front national, en hausse par rapport à 2012, et l’apparence “banale” de sa présence au second tour, marque un tournant dans l’histoire politique du pays. Nous appelons l’ensemble des électrices et des électeurs à faire barrage au Front national.

Nous félicitons Benoît Hamon pour sa campagne et sa ténacité. Dans un contexte délétère et malgré l’acharnement des soutiens du gouvernement sortant à détruire ses chances de réussites, le candidat a mis en avant un projet novateur, courageux et profondément écologiste. Si les résultats ne sont pas à la hauteur de l’urgence à changer de modèle de société, son discours a permis de mettre au cœur de cette campagne des questions essentielles pour l’avenir des Françaises et des Français.

La politique libérale et anti-écologiste prônée par Emmanuel Macron ne constitue pas, aux yeux des écologistes, une solution aux crises sociale, démocratique et écologique que traverse notre pays. Pour autant, face au national-populisme incarné par le FN et sa candidate, nous en appelons à un sursaut démocratique. La réalité de la gestion politique du FN, telle qu’elle se développe dans les villes dirigées par le parti comme Hénin-Beaumont, renforce notre détermination à lui faire barrage. Si le programme d’Emmanuel Macron peut être combattu démocratiquement au Parlement et être battu dans les urnes dans un futur proche, le risque de dérive autocratique du pouvoir par le FN apparaît aujourd’hui comme un danger autrement supérieur.

En faisant barrage aujourd’hui au Front national, nous nous engageons à continuer notre combat pour une société plus juste et plus écologique tout au long du quinquennat contre le risque de libéralisation de la société et d’augmentation des inégalités sociales, économiques et environnementales que représente le programme d’Emmanuel Macron.

Ce combat ne sera pas seulement le nôtre et nous continuerons à œuvrer à ce rassemblement des progressistes et des écologistes autour d’un projet de société sorti du dogme de la croissance que nous avons initié au cours de cette présidentielle. Les campagnes de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont montré que l’écologie était au cœur du projet du camp progressiste.

Communiqué de Julien Bayou et Sandra Regol, porte-parole nationaux d’Europe Écologie Les Verts le 23 avril 2017.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 09:12

De droite ou de gauche, chacun pronostique le retour de la croissance. Par Jérôme Gleizes le 19 avril 2017 pour Politis.

De gauche ou de droite, les candidats affichent de nombreuses contradictions dans leur programme économique, notamment entre l’analyse de la crise et les solutions, et donc leur action conjoncturelle ou structurelle. Les journalistes économiques résument (naïvement) la question à une articulation entre politiques d’offre et de demande. Du côté de la droite, de Fillon à Macron, on réhabilite la loi des débouchés de Say : « L’offre crée sa propre demande. » Il suffirait de produire pour que cette production s’échange sur les marchés, quitte à diminuer les prix de vente. Pour les défenseurs de cette thèse, il s’agit de baisser le coût du travail, notamment les « charges » sociales, pour améliorer la compétitivité des entreprises. Keynes avait en son temps montré l’inanité de cette formule. Les candidats droitiers feraient mieux d’étudier le premier postulat classique de la causalité entre productivité et salaire, que Keynes considérait comme juste. Ils comprendraient pourquoi un ouvrier coréen est mieux payé que son homologue français ! Mieux un ouvrier est formé, plus il fabrique des produits compétitifs et meilleur est son salaire. Le téléphone Samsung Galaxy permet davantage de rémunérer correctement un ouvrier qu’une voiture Logan. Il vaut mieux défendre la compétitivité qualité que prix.

Du côté de la gauche, de Hamon à Mélenchon, la question écologique est intégrée, et l’idée de retrouver la croissance des Trente Glorieuses est écartée. Toutefois, dans le chiffrage de leur cadrage macroéconomique, chacun des candidats envisage des taux de croissance élevés. Leur programme serait plus efficace et leur relance meilleure grâce à un multiplicateur keynésien. Un euro dépensé générerait plus d’un euro de revenu. On loue la politique du carnet de commandes et on se réjouit des taux de croissance donnés par les modèles économétriques. Ces taux nominaux (en incluant l’inflation) dépassent les 4 %, du jamais vu depuis quinze ans en France ! C’est oublier aussi bien la « contrainte de Kaya », qui nécessite une déconnexion entre croissance économique et émission des gaz à effet de serre, que la critique structurelle du modèle de production/consommation [1].

Si une croissance temporaire est possible, comme en 2010-2011, elle reste illusoire. Résoudre la crise écologique nécessite de changer de modèle économique et donc de modifier les paramètres des modèles économétriques qui prédisent des taux de croissance élevés. Il faut sortir de ce syllogisme fallacieux : « Ma politique est meilleure car elle permet le meilleur taux de croissance. » Une politique structurelle, celle qui modifie notre mode de production, doit rester la priorité, car elle seule permet une compatibilité entre la production et la survie de l’humanité. De droite ou de gauche, chacun pronostique le retour de la croissance grâce à sa politique qui permet mécaniquement de baisser le taux d’endettement de la France et de respecter les critères de Maastricht. Il est difficile d’être un économiste écologiste ! Si Mélenchon et Hamon ont compris l’enjeu de l’Anthropocène, il leur manque la cohérence d’une société post-croissance.

[1] Voir notre analyse de la crise, avec Yann Moulier-Boutang, « Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme », Ecorev’ n° 32, mai 2009.

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:33

Sept candidats sur onze se sont prononcés sur l’interdiction des cages, de la corrida, du gavage ou encore de l’expérimentation animale. Le sujet reste toutefois marginal dans les discours et les meetings. Par Audrey Garric le 17 avril 2017 pour Le Monde.

Lira aussi Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel, L'avis des bêtes  et Pour un secrétariat d'État à la condition animale.

L’interdiction de la corrida fait partie des sujets que 26 ONG  veulent installer dans le débat politique. ANDER GILLENEA / AFP

L’interdiction de la corrida fait partie des sujets que 26 ONG veulent installer dans le débat politique. ANDER GILLENEA / AFP

Pour la première fois, la condition animale s’invite dans une élection présidentielle. Jadis marginalisée ou moquée, elle s’est aujourd’hui imposée comme un sujet légitime pour les candidats à la fonction suprême. Les prétendants l’ont bien senti : l’attente des électeurs est forte, alors que se succèdent les scandales de maltraitance dans des abattoirs et que foisonnent les livres d’intellectuels en faveur d’une société plus respectueuse des droits des animaux.

A six jours du premier tour, sept candidats sur onze ont répondu au manifeste AnimalPolitique, lancé par une coalition – inédite – de vingt-six ONG qui souhaitent inscrire cette cause dans le débat politique. Les associations (L214, la Fondation Brigitte Bardot, etc.) leur demandaient de s’engager sur trente propositions, qui vont de l’interdiction des cages, de la castration à vif ou du gavage des animaux d’élevage jusqu’à l’obligation de les étourdir avant l’abattage en passant par la lutte contre l’expérimentation animale.

Benoît Hamon (Parti socialiste) est le plus en pointe sur le sujet : il s’est prononcé pour 29 des 30 mesures, bottant en touche sur l’interdiction de la corrida et des combats de coqs. Il devance Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui soutiennent 26 propositions, Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) 23, Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) 22, Marine Le Pen (Front national) 20 et Emmanuel Macron (En marche !) 18.

Les candidats sont notés

François Fillon (Les Républicains) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) ont chacun envoyé une lettre générale sur la condition animale, « des textes qui ne sont pas exploitables car ils ne se positionnent pas sur des mesures précises », indique Lucille Peget, la coordinatrice du projet AnimalPolitique. Jean Lassalle (Résistons !) et François Asselineau (Union populaire républicaine) n’ont, quant à eux, pas répondu.

« Cette mobilisation est exceptionnelle, s’enthousiasme Lucille Peget. C’est la première fois qu’il y a de telles prises de position sur la condition animale lors d’une élection, d’autant plus sur des questions pointues. Alors qu’il y a quelques années encore, cette thématique n’avait ni crédibilité ni visibilité, elle est aujourd’hui omniprésente dans le débat public. »

Dans un sondage IFOP pour la coalition d’ONG, publié en mars, 39 % des personnes interrogées affirment que les propositions des candidats en matière de protection animale pourraient influencer leur bulletin de vote le 23 avril, soit un bond de 10 points par rapport à l’élection présidentielle de 2012. En outre, 72 % d’entre eux souhaitent que les compétiteurs s’engagent sur des mesures concrètes en la matière.

« Les lobbys restent très puissants »

« Nous constatons que relativement peu de sujets font consensus parmi les sept candidats, du moins dans les thèmes majeurs, note toutefois Lucille Peget. Les sujets les plus délicats, qui n’ont pas emporté d’adhésion, sont l’interdiction du gavage et des corridas, la fin de l’utilisation des animaux dans les cirques et la réforme de la chasse, sans doute parce que les lobbys restent très puissants. »

A l’inverse, tous les prétendants se sont dits favorables à plusieurs mesures moins conflictuelles : interdire la capture des animaux sauvages dans leur milieu naturel à des fins de divertissement, lancer un plan national pour trouver des méthodes de remplacement à l’expérimentation animale ou encore améliorer l’insécurité liée à la chasse pour permettre la coexistence de toutes les activités de pleine nature.

Philippe Poutou est le seul candidat à avoir également répondu au programme Veggie 2017, présenté par l’Association végétarienne de France en faveur d’une « alimentation plus éthique et plus écologique ». Il a validé 7 des 10 mesures proposées par l’ONG, telles que l’instauration d’un menu végétarien alternatif dans les cantines, l’interdiction des lobbies de la viande et du lait dans les écoles ou la mise en place d’une politique agricole de transition vers un modèle plus végétal.

« C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet », analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po

Pour la première fois, en outre, le bien-être animal apparaît dans certains programmes. Jean-Luc Mélenchon souhaite végétaliser l’alimentation et redéfinir les normes d’élevage, tandis que Benoît Hamon promet un plan contre la maltraitance des animaux et Marine Le Pen veut faire de leur protection une priorité nationale, quand bien même il ne s’agit que de sa 137proposition (sur 144). « C’est une belle évolution comparé à 2012, qui marque une nouvelle phase. Mais ce n’est pas suffisant et l’on veillera à ce que ces promesses ne restent pas vaines », assure Samuel Airaud, chargé pour L214 de l’observatoire Politique & animaux.

Le site note, au moyen d’un algorithme, les partis et les personnalités politiques selon leurs actes, déclarations ou propositions pour ou contre les animaux. Jean-Luc Mélenchon caracole en tête avec 15,7/20, devant Benoît Hamon (14,7) et Philippe Poutou (14,4). Marine Le Pen décroche 10,9/20, tandis qu’Emmanuel Macron n’obtient pas la moyenne (7,1) et François Fillon finit bon dernier (4,1). Reste que dans les débats et les meetings, le sujet est éclipsé et ne parvient pas à rivaliser avec le chômage, la sécurité ou les déficits publics. La cause animale, aussi légitime qu’elle soit devenue, reste marginale.

« C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet. Mais dans les discours, lorsqu’il faut faire des choix, les animaux passent à la trappe », analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Création du Parti animaliste

Le FN, en particulier, « instrumentalise ouvertement le bien-être animal à des fins électoralistes », dénonce l’eurodéputé écologiste Pascal Durand, dans une tribune publiée dans Libération. Par leurs votes devant le Parlement européen – contre la fin des cages pour les lapins ou la limitation de la durée de transport des animaux –, « les eurodéputés frontistes soutiennent les grands groupes agroalimentaires qui ne pensent “animal” que par le prisme de l’exploitation et du profit », juge-t-il.

Pour porter cette cause, certains défenseurs des animaux se sont alors lancés eux-mêmes dans le combat politique, en créant, en novembre un Parti animaliste, à l’image de ceux qui existent dans plusieurs pays européens, notamment aux Pays-Bas. « Nous voulons identifier un électorat pour lequel la question animale est une priorité, de manière à amener les autres partis à s’en emparer plus largement », explique l’une des coprésidentes, Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux.

Le parti, qui veut notamment abolir les « pratiques génératrices de souffrance », créer un ministère de la protection animale et adosser à la Constitution française une charte de la protection animale, revendique un millier d’adhérents. Totalement indépendant d’un point de vue financier, il a d’ores et déjà investi 80 candidats aux législatives, et en vise une centaine, tous issus de la société civile.

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