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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 09:05

Une pétition réclamant des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore a rencontré un succès inédit en Bavière. L’immense succès de cette initiative citoyenne pousse la ministre de l’Environnement à prôner une réduction massive des pesticides dans tout le pays. Un avertissement lancé à des dirigeants politiques fort peu sensibilisés aux enjeux environnementaux. D'après Thomas Wieder et Rachel Knaebel pour Le Monde et Politis.                Lire aussi Les insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans, L'Europe doit choisir entre les abeilles et l’agrochimie..., La lutte biologique est une alternative efficace aux pesticides, L’Europe interdit trois pesticides néonicotinoïdes dangereux pour les abeilles et Une disparition des abeilles coûterait 3 milliards.

Manifestation pour réclamer des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore, à Munich, le 5 février. SACHELLE BABAR/ ZUMA PRESS / MAXPPP.

Manifestation pour réclamer des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore, à Munich, le 5 février. SACHELLE BABAR/ ZUMA PRESS / MAXPPP.

Ces derniers jours, les observateurs avaient senti qu’il se passait quelque chose : une affluence inhabituelle dans les bureaux de vote, une fébrilité singulière sur les réseaux sociaux… « Nous avons bien vu en recueillant les signatures que le sujet préoccupait beaucoup les gens. Mais nous ne nous attendions pas à un tel succès. » Uschi Anlauf et l’équipe de l’initiative citoyenne bavaroise pour la biodiversité ont surpris toute l’Allemagne mi-février. En quinze jours, ils sont parvenus à récolter 1 745 383 de signatures d’électeurs bavarois, soit 18,4 % des inscrits, pour leur « pétition populaire » (Volksbegehren) sur la défense de la biodiversité et la protection des abeilles, et le soutien de leur projet de loi régionale, ont annoncé, jeudi 14 février, les autorités du Land de Bavière. C’est presque un cinquième (18 %) du corps électoral du Land, et bien plus que le seuil nécessaire (10 %) pour obliger à l’organisation d’un référendum local.

Un tel niveau de participation est inédit. Depuis la seconde guerre mondiale, vingt consultations de ce type ont été organisées en Bavière. Jusqu’à présent, aucune n’avait mobilisé autant d’électeurs que celle de 1967 en faveur de « l’enseignement chrétien ». A l’époque, 17,2 % des inscrits avaient voté.

« C’est un jour historique pour les défenseurs de l’environnement en Bavière », s’est réjoui Ludwig Hartmann, le chef de file des Verts au Parlement régional, avant même l’annonce des résultats. Selon la Constitution bavaroise, une « pétition populaire » est recevable si elle est soutenue par plus de 10 % des électeurs. Dans ce cas, le Parlement doit s’en saisir et la transformer en proposition de loi. Soit celle-ci est adoptée, soit elle ne l’est pas, auquel cas le texte fait l’objet d’un référendum.

C’est à l’automne 2018 que la pétition approuvée jeudi a été lancée. A l’origine de celle-ci, le Parti écologiste-démocrate (ÖDP), une petite formation qui n’a recueilli que 1,6 % des voix aux élections bavaroises du 14 octobre, loin des 5 % nécessaires pour siéger au Parlement régional. Comment peser sans élu ?

Un texte combattu par les associations d’agriculteurs

C’est là que l’ÖDP a eu l’idée de cette pétition. Un texte centré sur la défense de la biodiversité, réclamant des mesures drastiques en faveur de la protection de la faune et de la flore, avec comme objectif que 20 % des terres arables de la région respectent les normes de l’agriculture biologique en 2025, avant d’atteindre 30 % en 2030.

Les auteurs de la pétition réclament également une réduction drastique de l’utilisation des pesticides et l’introduction de cours de sensibilisation aux problématiques environnementales dans les établissements scolaires.

Combattue dès l’origine par les associations d’agriculteurs bavarois, l’initiative a rapidement été soutenue par les Verts qui, fort de leur succès aux régionales (17,6 %), où ils sont arrivés à la deuxième place derrière les conservateurs (CSU), ont compris l’intérêt qu’ils avaient à s’associer à une démarche les maintenant en contact avec les électeurs.

Pour que le projet soit soumis au vote, 25 000 signatures étaient nécessaires. Plus de 100 000 ont été recueillies. En novembre 2018, le ministère bavarois de l’intérieur a donné son feu vert pour que le vote ait lieu quelques semaines plus tard, du 31 janvier au 13 février 2018.

Réveil civique et démocratique

Pour toucher les électeurs, les initiateurs de la pétition ont mis au cœur de leur campagne le sort des abeilles. Un choix particulièrement efficace dans un pays marqué par la publication d’études particulièrement alarmistes, ces dernières années, faisant état d’une diminution de près de 80 % du nombre d’insectes volants au cours des trois dernières décennies.

Avec l’abeille, la campagne a trouvé son « symbole » et sa « mascotte », a expliqué Agnes Becker, la présidente du parti ÖVP. Déguisés en abeilles, des milliers de Bavarois sont descendus dans la rue pour faire entendre des inquiétudes qui, jusque-là, s’étaient fort peu exprimées dans cette région prospère du sud de l’Allemagne.

Une sorte de réveil civique et démocratique dans un Land peu habitué à de tels soubresauts, comme ironisait, jeudi, la Süddeutsche Zeitung, le grand quotidien de centre gauche de Munich : « En Bavière, la plus grande partie de la population profite d’une prospérité économique sans précédent. Le chômage est presque un non sujet, beaucoup de gens ont des très bons salaires, les gens vivent dans des logements de plus en plus grands. (…) Et que font-ils ? Ils vont en masse dans les mairies contre la volonté de leur gouvernement, font la queue malgré les chutes de neige et votent pour une pétition intitulée : « Sauvez les abeilles. N’ont-ils vraiment pas d’autres problèmes ? »

Lancée par un petit parti écologiste à tendance conservatrice, l’Ökologisch-Demokratische Partei (ÖDP), l’initiative était aussi soutenue par la Ligue régionale de protection des oiseaux et par les Verts bavarois, qui ont obtenu près de 20 % des voix lors des dernières élections régionales, à l’automne. Leur projet prévoit, entre autres, l’interdiction des pesticides dans les zones naturelles protégées et un objectif de 30 % d’agriculture biologique dans la région d’ici à 2030. Aujourd’hui, environ 10 % des fermes bavaroises sont en bio (8 % au niveau de toute l’Allemagne).

Contraintes d’agir, les autorités du Land ont mis en place début avril des tables rondes pour discuter des mesures à prendre et, éventuellement, proposer un projet de loi alternatif. « Des agriculteurs, des communes, des acteurs de l’économie forestière participent aux réunions. Nous y avons aussi envoyé des experts. C’est une bonne manière de faire. Cela permet de parvenir à un meilleur consensus », estime Uschi Anlauf. Dès le 3 avril, le gouvernement de Bavière, dirigé par la très droitière CSU, a finalement déclaré qu’il approuvait le projet de loi tel quel.

Une loi fédérale pour sauver les insectes
Avant même d’arriver à ce réjouissant résultat, l’initiative bavaroise avait déjà eu des effets au niveau du pays tout entier

Manifestation pour la défense des insectes, le 19 janvier 2019 à Berlin. Photo Odd ANDERSEN. AFP

Manifestation pour la défense des insectes, le 19 janvier 2019 à Berlin. Photo Odd ANDERSEN. AFP

Les signatures à peine récoltées, la ministre de l’Environnement, la sociale-démocrate Svenja Schulze, a annoncé dans la presse qu’elle préparait un projet de loi fédérale pour la protection des insectes. Celui-ci devrait mettre en œuvre le programme d’action national adopté fin 2018 qui prévoyait de réduire l’utilisation des pesticides et d’investir 100 millions d’euros par an dans la recherche sur les insectes et leur protection. La ministre s’est aussi prononcée pour une sortie rapide du glyphosate.

Pour Uschi Anlauf, « il est évidemment plus que nécessaire de légiférer au niveau national sur les pesticides ». Mais le projet de la ministre est-il suffisamment ambitieux ? « Ce programme d’action contient des éléments importants, mais il faudrait aussi des objectifs concrets, comme une réduction de 50 % de l’utilisation des pesticides dans les prochaines années », analyse Corinna Hölzel, chargée de campagne à l’ONG environnementale Bund (branche allemande des Amis de la Terre). En outre, le projet de loi qui sera proposé par la ministre de l’Environnement devra aussi être accepté par celle de l’Agriculture, Julia Klöckner. Or cette condition peut être difficile à remplir dans un gouvernement de coalition : Julia Klöckner appartient au parti conservateur, la CDU, qui s’aligne souvent sur les positions du Groupement des agriculteurs allemands (Deutscher Bauernverband), fervent défenseur de l’agriculture intensive. À l’annonce du projet de loi à venir, ce dernier s’est empressé de s’y opposer, soulignant que la disparition des insectes n’était pas le seul fait des exploitations agricoles. « Il est pourtant établi que l’agriculture intensive contribue à la disparition des insectes, à cause des pesticides et de la monoculture, même si ce n’est pas la seule raison », répond Corinna Hölzel.

Quoi qu’il en soit, le temps presse. Selon une étude publiée en 2017 et qui avait fait grand bruit alors, le pays a perdu plus de 75 % de sa masse d’insectes volants entre 1989 et 2015 (2). Pourtant, en 2017, l’Allemagne a été l’un des pays qui a voté le renouvellement de l’autorisation du glyphosate au niveau européen, après une volte-face de dernière minute. C’est par ailleurs une multinationale allemande, Bayer, qui fabrique le Roundup, depuis qu’elle a racheté Monsanto.

Comme souvent, ce sont plutôt la population et les communes qui montrent la voie. Des initiatives citoyennes pour la protection des insectes sont sur le point d’être lancées dans deux autres régions allemandes. Et 460 communes du pays ont déjà interdit l’utilisation de tous les pesticides ou du seul glyphosate sur leurs terrains. En attendant que, peut-être, comme l’ont demandé les Bavarois, la biodiversité soit inscrite dans la Constitution.

Que la riche et sage Bavière se réveille, voilà qui n’était guère prévisible. Le succès sans précédent de cette « pétition populaire » en est pourtant le signe. Même là s’exprime l’inquiétude face à l’urgence écologique. Car, comme le titrait la Süddeutsche Zeitung, jeudi soir, ce vote est un avertissement à des dirigeants politiques jusque-là fort peu sensibilisés aux enjeux environnementaux. Une façon de leur dire : « Faites enfin quelque chose ! »

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 17:07

Le débat public sur l’avenir des déchets nucléaires s’ouvre aujourd’hui mercredi 17 avril jusqu’à fin septembre. Le physicien Bernard Laponche plaide pour ne pas se lancer dans des modes de stockage souterrain, comme programmé à Bure. D’après l’ANDRA et les propos recueillis par Coralie Schaub le 16 avril 2019 pour Libération. Lire aussi Avec Bure, nous sommes toutes et tous des malfaiteurs !, « Enfouir les déchets nucléaires est la pire des solutions », Déchets nucléaires : l’État doit cesser de mentir, L’Autorité de sûreté nucléaire souligne le risque d’incendie au centre de stockage radioactif de Bure et À Bure, la fabrique du consentement pour le projet contesté d’enfouissement de déchets radioactifs.

Déchets nucléaires : « Cigéo, c’est la solution la plus mauvaise car elle n’est pas réversible »

Lancé mercredi 17 avril, le débat public sur le cinquième Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) se tiendra jusqu’à fin septembre.

1 620 000 mètres cubes de déchets radioactifs ont été comptabilisés en France fin 2017. Soit l’équivalent de 648 piscines olympiques, créés en grande partie par soixante années d’exploitation nucléaire. 59 % du volume de ces déchets provient de l’industrie électronucléaire, 28 % de la recherche, le reste se partage entre la Défense, l’industrie non-nucléaire et le médical.

Ces chiffres ont été révélés par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) dans son dernier rapport. Cet organisme fournit l’inventaire annuel des stocks de matières et déchets radioactifs produits sur le territoire. « Un outil précieux pour le pilotage de la politique de gestion des matières et déchets radioactifs, notamment dans la perspective du débat public sur le PNGMDR qui démarrera en avril 2019 », précise l’Andra dans un communiqué.

Le PNGMDR ? C’est le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Établi sur trois ans, sa cinquième édition couvre les années 2019-2021. Et le débat public évoqué par le rapport, originellement prévu au second semestre 2018 en concertation préalable, n’a cessé d’être retardé. En cause : des « lourdeurs administratives » liées à la signature tardive de la convention financière permettant le financement du débat par le gouvernement, et l’attente des conclusions du grand débat national.

La Commission nationale du débat public (CNDP) se dit « particulièrement attachée » à l’échange éclairé entre concitoyens afin de « permettre leur participation effective sur un sujet trop souvent préempté par des experts ». L’occasion ici de vulgariser le lexique du détritus radioactif.

La nomenclature telle que présentée par l’Andra compte cinq grandes familles de déchets produits en France. Leur positionnement dans la classification dépend de leur période radioactive – soit le temps nécessaire pour que l’activité initiale d’une quantité d’un radionucléide donné soit divisée par deux –, et leur niveau de radioactivité. Se distinguent :

  • les déchets à très faible activité (TFA), qui proviennent majoritairement de gravats ou de ferrailles très faiblement contaminés, souvent issus des installations électronucléaires. Le temps nécessaire à la décroissance de leur radioactivité est non déterminant ;
  • les déchets à faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), principalement issus du fonctionnement, de la maintenance et du démantèlement des centrales nucléaires. Leur radioactivité sera dangereuse pour l’homme et l’environnement pendant environ trois siècles. Ces déchets sont stockés en surface dans l’Aube ;
  • les déchets à faible activité à vie longue (FA-VL), issus d’activités anciennes (premières centrales), ou d’activités industrielles telles que l’extraction de terres rares. Leur stockage à faible profondeur est encore à l’étude ;
  • les déchets à moyenne activité - vie longue (MA-VL) proviennent essentiellement des opérations de traitement de combustibles usés. Ils seront fortement radioactifs pendant des centaines de milliers d’années ;
  • les déchets à haute activité (HA), résidus hautement radioactifs provenant de la dissolution chimique des combustibles usés. Ces déchets sont incorporés dans du verre puis conditionnés dans des conteneurs en acier inoxydable. Avec les déchets MA-VL, leur stockage profond est en projet sur le site Cigéo, à Bure, dans la Meuse.

 

Déchets nucléaires : « Cigéo, c’est la solution la plus mauvaise car elle n’est pas réversible »

Selon les données que publie l’Agence nationale en open source sur sa plateforme, il est à noter que les déchets très faiblement actifs sont ceux qui ont connu la plus forte augmentation depuis 2013 (+ 23 % pour une moyenne générale de + 11 %). Ils constituent à eux seuls le tiers du volume total de déchets produits (en comparaison, les résidus au plus haut niveau de dangerosité (HA) ne représentent que 0,2 % de l’ensemble). Particularité française : tous les matériaux en provenance d’un site nucléaire sont systématiquement considérés comme des déchets potentiellement contaminés, même ceux dont le niveau de radioactivité est extrêmement faible. Ces mêmes déchets sont stockés en surface à Morvilliers, sur un site qui devrait arriver à saturation dans une dizaine d’années.

Un rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, 2016) explorait déjà la possibilité de la création d’un «seuil de libération» en deçà duquel les déchets très faiblement contaminés ne seraient pas traités. Une solution controversée, car susceptible de contaminer des biens de consommation courants.

Les prochains participants au débat public seront probablement conviés à en délibérer via un site internet dédié. Une première réunion publique doit avoir lieu à Paris aujourd’hui.

Sur le site de forage du projet Cigéo, à Bure dans la Meuse, le 8 avril. Photo Benoit Tessier. Reuters

Sur le site de forage du projet Cigéo, à Bure dans la Meuse, le 8 avril. Photo Benoit Tessier. Reuters

Alors que faire des 1,62 million de mètres cubes de déchets radioactifs fin 2017, issus à près de 60 % de l’industrie électronucléaire ? Entretien avec Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien du Commissariat à l’énergie atomique et cofondateur de l’association Global Chance.

Qu’attendre de ce débat ?

Global Chance et les autres ONG ont obtenu que soient mis sur la table certains grands sujets : que faire avec le combustible nucléaire irradié issu des réacteurs ? Faut-il le retraiter ? Comment entreposer les déchets ? Cela n’avait jamais été discuté. Mais ensuite, qu’en fera le gouvernement ? Le nucléaire connaît une crise inédite, technique et financière. Il est nécessaire de se demander si on s’entête avec une stratégie fixée dans les années 60 et qui risque de nous mener dans le mur, avec des réacteurs vieillissants et des déchets qui s’amoncellent.

Que pensez-vous du stockage géologique profond prévu à partir de 2035 avec le projet Cigéo, à Bure (Meuse) ?

D’abord, cela ne concerne qu’une partie des déchets, les plus radioactifs, or il y en a beaucoup d’autres (moyenne activité, faible activité…) qui s’accumulent un peu partout. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas de solution satisfaisante. On nous dit que celle-ci est la moins mauvaise. Au contraire, c’est la plus mauvaise car elle n’est pas réversible. On ne peut pas imposer quelque chose d’irréversible aux générations futures, pendant des centaines de milliers d’années, tout en reconnaissant que la solution n’est pas satisfaisante. Imaginez qu’un seul colis radioactif enfoncé dans des alvéoles de 100 mètres de long à 500 mètres sous terre soit défaillant et fuite, on ne pourra pas le récupérer.

Quels sont les risques ?

Il y a d’abord la construction du projet et l’enfouissement des déchets, qui doit durer plus d’un siècle. N’importe quel industriel dira qu’avant de construire un projet de cette taille, surtout si c’est une première - il n’y a jamais eu d’enfouissement en profondeur de déchets radioactifs de cette importance, en particulier dans l’argile -, il faut d’abord faire un pilote industriel et le tester pendant assez longtemps, c’est-à-dire, dans le cas de ces déchets, entre cinquante et cent ans. Après tout, si Cigéo doit être là pour des millions d’années, on peut se donner un siècle pour décider. Alors que là, on se lance tête baissée dans un projet qui peut présenter des tas de problèmes. C’est d’une arrogance technique hallucinante. Par exemple, les colis de combustibles qui sont au fond des alvéoles émettent de l’hydrogène, qui peut exploser. Il faut donc une ventilation colossale, qui ne peut être interrompue qu’une dizaine de jours au maximum. Comment imaginer que sur plus d’un siècle il n’y aura pas d’interruption de la fourniture d’électricité alimentant cette ventilation, à cause d’un événement naturel ou d’une agression extérieure ? Et quid de séismes inattendus, comme récemment dans la région de Bordeaux ? Il y a aussi les risques d’incendie, d’inondations… C’est comme si on faisait Superphénix d’un coup, et en plus à 500 mètres sous terre. C’est de la folie.

Et une fois le puits rebouché, vers 2150 ?

On nous dit que cela tiendra des millions d’années. Or la roche n’est pas totalement imperméable. En Allemagne, dans l’ancienne mine de sel d’Asse, les parois s’effondrent et l’eau est contaminée. Les autorités allemandes tentent de retirer les déchets entreposés, ce qui va coûter des milliards d’euros. En France, les déchets chimiques très dangereux enfouis sur le site de Stocamine, en Alsace, menacent la plus grande nappe phréatique d’Europe depuis un incendie survenu dans les années 2000. Faut-il les récupérer ? Le gouvernement estime que ce serait trop cher. Enfin, si on fait Cigéo, je crains que cela crée un précédent pour les déchets radioactifs et chimiques dans les autres pays.

Ces déchets existent. Qu’en faire, alors ?

Les déchets radioactifs à haute activité sont aujourd’hui vitrifiés et stockés à sec, à La Hague, dans des silos ventilés. Avant d’aller à Cigéo, ils devraient de toute façon y rester au moins soixante ans pour être refroidis. Nous proposons, au terme de ces soixante ans, de les mettre dans une enveloppe en acier puis un conteneur en béton avant de les stocker en sub-surface, par exemple dans un hangar à flanc de colline protégé des agressions extérieures. Un endroit contrôlable et réversible, accessible et surveillé. On sait déjà faire ce stockage à sec pour le combustible irradié, la moitié des conteneurs utilisés aux Etats-Unis pour cela sont d’ailleurs fournis par Orano (ex-Areva). Parallèlement, on donnerait du temps aux physiciens pour proposer une solution satisfaisante. La science nucléaire a moins d’un siècle, le neutron a été découvert en 1938, il y a des découvertes en physique en permanence sur la structure du noyau, on peut bien donner 200 ou 300 ans de plus aux chercheurs pour trouver une solution.

De quel type ?

Il y a déjà des recherches en cours et il faut mettre le paquet dessus. D’abord, la transmutation : vous séparez le corps que vous voulez éliminer, par exemple le plutonium, et le bombardez avec des neutrons afin de réduire la durée de radioactivité. On sait le faire en laboratoire mais cela pose des problèmes sur le plan industriel. Et le Nobel de physique Gérard Mourou travaille sur un projet permettant de réduire la radioactivité des déchets nucléaires grâce au laser. En tout état de cause, le coût colossal de Cigéo serait très supérieur à l’option « stockage à sec en sub-surface plus recherche ». L’Andra, le porteur du projet, l’a chiffré à 35 milliards d’euros. Il est probable que cela sera bien plus.

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 09:04

Depuis plusieurs semaines, la direction de l’électricien et l’exécutif préparent un plan pour séparer les activités de production et de fourniture d’électricité, afin de plaider auprès de Bruxelles qu’EDF n’est plus un monopole qui contrôle tous les maillons de la chaîne. « La volonté du gouvernement est de démanteler EDF en séparant le nucléaire, les réseaux et les autres activités pour pouvoir céder des pans entiers d'activités au privé » selon la CGT Energie. D'après Marion d'Allard, Nabil Wakim, Jean-Christophe Féraud le 15 avril 2019 pour l'Humanité, Libération et Le Monde. Lire aussi Députés et syndicats s’opposent à l’ouverture des centrales hydroélectriques à la concurrence, Nouveaux soucis pour l’EPR de Flamanville et Nucléaire : les difficultés économiques minent la sûreté des réacteurs.

Baptisé Hercule, le plan viserait à créer une maison mère 100 % publique. Celle-ci garderait la main sur la production nucléaire et absorberait les investissements inhérents. Benoît Tessier/Reuters

Baptisé Hercule, le plan viserait à créer une maison mère 100 % publique. Celle-ci garderait la main sur la production nucléaire et absorberait les investissements inhérents. Benoît Tessier/Reuters

« C’est intolérable. Une nouvelle fois, nous apprenons notre avenir par voie de presse. » Secrétaire général de la CGT mines-énergie, Sébastien Menesplier ne décolère pas. Le vaste projet de réorganisation des activités d’EDF, qui prévoit la séparation du secteur nucléaire du reste des activités du groupe, il l’a appris hier matin, dans les colonnes du Parisien.

Selon le quotidien, le plan, baptisé Hercule, viserait, à terme, à créer une maison mère 100 % publique – qui garderait la main sur la production nucléaire et absorberait les investissements inhérents –, à laquelle serait adossée une entreprise fille qui regrouperait l’ensemble des autres activités d’EDF, ainsi filialisées. « On est dans la caricature de la socialisation des pertes et de la privatisation des bénéfices », note l’essayiste Aurélien Bernier (1). Pour ce spécialiste du secteur de l’énergie, l’État s’apprête, en somme, à « recapitaliser le nucléaire, éponger les dettes (37 milliards d’euros cumulés pour EDF – NDLR) et financer les investissements à venir (100 milliards d’euros selon le Parisien – NDLR) en bradant tout le reste aux intérêts privés, y compris le secteur des énergies renouvelables », stratégique pour l’avenir. En opérant ainsi la scission d’EDF, « l’État fait les yeux doux aux marchés », renchérit Sébastien Menesplier. « Le nucléaire implique d’énormes investissements, dans un contexte où se télescopent le grand carénage (contrôle et renforcement de l’ensemble des emprises nucléaires du pays – NDLR), l’implantation d’un EPR à Hinckley Point, au Royaume-Uni, et le feuilleton de celui de Flamanville, dont les coûts ont explosé », poursuit le syndicaliste.

Le plan du gouvernement serait quasiment ficelé et prévu pour 2021

À en croire le Parisien, le plan du gouvernement, avec l’aval de Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, et même de l’Agence des participations de l’État, serait déjà quasiment ficelé, prévu pour une mise en œuvre effective en 2021. Restent quelques « détails », comme la place dans cette nouvelle structure des barrages hydroélectriques de très grosse capacité, qui pourraient, selon toute vraisemblance, être accueilli dans le holding de tête, avec le nucléaire et sa commercialisation sur le marché de gros. « Depuis longtemps EDF envisage de séparer les gros des petits barrages », explique Sébastien Menesplier. Cette hypothèse reviendrait, dans le cadre du plan Hercule, à « rapatrier ces derniers au sein de la filiale EDF Renouvelables, dont le capital sera ouvert au privé ». Mais quel que soit le scénario qui sera in fine retenu, poursuit le syndicaliste, « il ne tient compte ni des salariés ni de l’outil industriel. Le service public et l’intérêt général subissent les errements de la libéralisation du marché, et EDF a supprimé 5 000 postes depuis l’ouverture du marché, en 2004 ». Par ailleurs, il assure qu’« aucune négociation n’est en cours avec les organisations syndicales au sujet de ce plan Hercule ». Pis, confie Sébastien Menesplier, « la DRH m’a téléphoné hier, pour convoquer la CGT à une réunion bilatérale au sujet de cette réorganisation, en prenant soin de me demander si je savais de quoi il s’agissait ! » Curieuse concomitance avec la parution, dans la presse, des grandes lignes du projet Hercule…

Pour la CGT, la réponse au défi du secteur ne peut passer que par un véritable service public, reposant sur une entreprise intégrée qui maîtrise de bout en bout la production, la distribution, le transport et la commercialisation de l’énergie. Aux antipodes, « le gouvernement applique aujourd’hui pour EDF la même stratégie que pour la SNCF ou Engie, à savoir le morcellement de l’entreprise historique par activités, la séparation de la production, du réseau et de la commercialisation et l’ouverture à la concurrence de tout ce qui peut être rentable », note Aurélien Bernier. Dans le secteur de l’énergie, la méthode n’est d’ailleurs pas récente, rappelle l’essayiste. « Expérimentée au Chili sous Pinochet par les économistes de l’école de Chicago, elle a été importée en Europe par Margaret Thatcher, avant d’être traduite en directives européennes. »

(1) Auteur de les Voleurs d’énergie. Accaparement et privatisation de l’électricité, du gaz, du pétrole, Éditions Utopia, 2018.
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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 09:44

Les inondations, les canicules, les sécheresses et les tempêtes aggravent, et pour longtemps, la mortalité et la morbidité dans le monde. Cet enjeu est au cœur de la conférence mondiale « Santé et changements climatiques. Soigner une humanité à + 2° », organisée par la Croix-Rouge française à Cannes, les 15 et 16 avril, à l’occasion des 100 ans de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). D’après Audrey Garric le 13 avril 2019 dans le cadre d’un partenariat entre Le Monde et la Croix Rouge. Lire aussi La vie humaine totalement perturbée par le changement climatique : décès, famines, pénuries d’eau, migrations… et Des catastrophes cumulées entraînées par le dérèglement climatique, selon Nature Climate Change.

Au centre de santé de Beira, au Mozambique, le 26 Mars 2019. Mike Hutchings / REUTERS

Au centre de santé de Beira, au Mozambique, le 26 Mars 2019. Mike Hutchings / REUTERS

Il est en train de devenir le plus grand défi sanitaire du XXIe siècle. Le changement climatique, avec son lot de vagues de chaleur, d’inondations ou de sécheresses extrêmes, affecte d’ores et déjà la vie et la santé des humains, aggravant la mortalité et la morbidité aux quatre coins du monde. Autrefois perçus comme une menace lointaine ou incertaine, ces effets sont désormais documentés et confirmés par les récentes catastrophes, telles que le dévastateur cyclone Idai qui a tué plus de 1 000 personnes au Mozambique et au Zimbabwe mi-mars et a entraîné une épidémie de choléra.

Le changement climatique a déjà provoqué un accroissement du nombre de vagues de chaleur – la température mondiale a augmenté de 1 °C depuis le début de l’ère préindustrielle. En 2017, 157 millions de personnes supplémentaires ont été exposées à des événements caniculaires comparé à l’année 2000, selon la dernière édition du « compte à rebours sur la santé et le changement climatique » du Lancet, revue médicale britannique de référence.

Ainsi, les populations vulnérables, notamment les adultes de plus de 65 ans, sont exposées au stress thermique, ce qui augmente leur risque de développer des maladies cardio-vasculaires et rénales. Le phénomène a été particulièrement observé en Europe – 70 000 personnes ont succombé à la canicule en 2003 – et en Méditerranée orientale, probablement en raison d’une population plus âgée vivant en zone urbaine. Ces chaleurs extrêmes ont entraîné la perte de 153 milliards d’heures de travail en 2017 dans le monde, dont 80 % dans le secteur agricole. Une baisse de revenus qui affecte encore davantage, indirectement, la santé des plus fragiles.

« Niveau de risque inadmissible »

Le réchauffement provoque également une recrudescence des allergies. « La hausse des températures favorise la diffusion de végétaux allergènes, comme l’ambroisie ou le bouleau en Europe, précise Sophie Godin-Beekmann, directrice de recherche au CNRS. Les allergies sont plus fortes dans les villes polluées car les gens sont plus fragilisés. »

Plus largement, les aléas climatiques touchent actuellement 27 attributs de la santé humaine (mortalité, morbidité, blessures, malnutrition ou encore espérance de vie), selon une large recension parue dans Nature Climate Change en novembre 2018.

Les inondations, les incendies ou les tempêtes entraînent des noyades, des asphyxies, des famines et la recrudescence d’épidémies, telles que le paludisme, la dengue, le choléra ou des diarrhées. Les risques climatiques altèrent également la santé mentale : des dépressions et des stress post-traumatiques ont été recensés après des tempêtes aux Etats-Unis, comme l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans en 2005.

« Les tendances actuelles en matière d’impacts, d’expositions et de vulnérabilité face aux changements climatiques font apparaître un niveau de risque inadmissible pesant sur la santé actuelle et future des populations du monde entier », alerte Hilary Graham, professeure en sciences de la santé à l’université de York (Royaume-Uni).

Alors que le monde se dirige vers un réchauffement de plus de 3 °C d’ici à la fin du siècle, le changement climatique va-t-il se transformer en fléau de santé publique dans les prochaines décennies ? Il pourrait entraîner 250 000 morts supplémentaires chaque année entre 2030 et 2050, selon l’Organisation mondiale de la santé.

« Investissements insuffisants »

Une « projection très conservatrice » car elle ne « tient pas compte de toutes les conséquences du changement climatique, prévient Andy Haines, qui enseigne les changements environnementaux et la santé publique à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Une autre étude prévoit, par exemple, que 530 000 adultes de plus mourront chaque année à la suite de la baisse de la disponibilité alimentaire d’ici à 2050, en particulier des fruits et légumes. » La Banque mondiale, elle, estime que si nous ne parvenons pas à infléchir le réchauffement, l’extrême pauvreté frappera 100 millions de personnes supplémentaires en 2030.

Malgré une menace qui se dessine de plus en plus nettement, les systèmes de santé ne sont pas suffisamment adaptés. Dans plus de la moitié des 478 villes ayant participé à l’étude publiée dans The Lancet, on s’attend à ce que le changement climatique compromette sérieusement les infrastructures de santé, soit directement, en raison d’inondations ou de tempêtes qui les rendraient inopérantes, soit indirectement, en augmentant le nombre de patients à traiter.

Pourtant, seulement 22 % des hôpitaux et 20 % des centres de soins ont mis en place des plans pour répondre à ce défi, selon l’enquête. Par ailleurs, le secteur de la santé représente moins de 5 % des dépenses consacrées aux mesures d’adaptation au réchauffement. « Ces investissements sont particulièrement insuffisants dans les pays en développement, où les systèmes de santé sont déjà fragiles et fragmentés », précise Andy Haines.

Au-delà de la mise en place d’un système de santé résilient et de la formation des personnels à ces nouveaux enjeux, scientifiques, climatologues comme épidémiologistes, appellent à une « transition urgente vers une économie neutre en carbone ». La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, les transports ou l’agriculture bénéficierait à la santé humaine, en ralentissant le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. Hilary Graham l’assure : « Il est clair que la nature et l’ampleur de la réponse au changement climatique seront déterminantes pour la santé des nations dans les siècles à venir. »

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 09:09

L’ouverture du marché demandée par l’Union européenne est en discussion depuis 2010. Plus de cent députés s’y opposent. D’après Nabil Wakim pour Le Monde et Eric Serres pour l’Humanité le 11 avril 2019. Lire aussi L’État va-t-il privatiser ses stock d'eau potable ?.

Vestman from Helsinki, Finland, by Antti Leppänen CC BY 2.0 - 18 juin 2006

Vestman from Helsinki, Finland, by Antti Leppänen CC BY 2.0 - 18 juin 2006

Peut-on déjà parler d’un « effet ADP » ? En quelques semaines, le ton du gouvernement a singulièrement changé sur l’ouverture à la concurrence des barrages hydroélectriques. Début février, le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, estimait auprès de l’agence spécialisée Montel News que « le plan est d’ouvrir certains permis d’ici à la fin de 2019 ». Mais, depuis plusieurs semaines, les réponses du côté de l’exécutif se font plus floues.

La pression politique est montée d’un cran, mercredi 10 avril, avec la résolution déposée par plus de cent députés de tous bords contre l’ouverture à la concurrence. « C’est un sujet de souveraineté », a plaidé le député (LR) du Vaucluse Julien Aubert, ravi de partager une tribune commune avec des socialistes, des communistes, des insoumis et des centristes.

« On peut redouter, comme avec la privatisation des autoroutes, qu’il y ait des conséquences graves », a renchéri l’ancienne ministre de l’écologie, Delphine Batho.

Un regain de mobilisation, avec le soutien actif des syndicats du secteur, motivés par une mise en demeure adressée par la Commission européenne à la France, le 7 mars. Autrement dit, malgré l’approche des élections européennes, Bruxelles entend faire respecter à Paris ses engagements.

Voilà près de dix ans que la France a promis à la Commission d’ouvrir les centrales hydroélectriques à la concurrence. En 2010, François Fillon, alors premier ministre, avait fait cette concession à Bruxelles pour sauver les tarifs régulés de l’électricité d’EDF.

85 % des barrages sont exploités par EDF

En France, 85 % des barrages sont exploités par EDF, et le reste par Engie (ex-GDF-Suez) et la Compagnie nationale du Rhône (CNR). C’est bien ce qui pose problème à Bruxelles, qui estime qu’une ouverture à la concurrence permettrait à d’autres acteurs français ou européens de pénétrer sur ce marché. Et les candidats potentiels sont nombreux, qu’il s’agisse de Total, du suédois Vattenfall, ou du Finlandais Fortum.

Alors que le dossier traîne depuis des années, il est revenu sur le devant de la scène début 2018. Mis en demeure par Bruxelles, le gouvernement d’Edouard Philippe répond qu’il travaille à la mise en place d’appels d’offres très rapidement. Il évoque même une ouverture possible pour 150 barrages.

Les syndicats, EDF et les députés qui travaillent sur la question montent alors au créneau. Depuis, la situation politique a quelque peu changé. Le mouvement des « gilets jaunes » et la pression qui monte sur la privatisation d’ADP font douter, à Bercy et au ministère de la transition écologique, du bien-fondé d’agir vite. « La mise en demeure de la Commission nous donne l’occasion de reprendre la conversation là où on l’avait laissée », euphémise un conseiller ministériel. « Le gouvernement est gêné aux entournures », analyse le député communiste Hubert Wulfranc, signataire de la résolution.

« Cela va faire augmenter les prix et fragiliser tout le système »

De fait, l’exécutif a tout intérêt à attendre la nomination d’une nouvelle Commission européenne. Ce qui laisse aux opposants le temps d’affûter leurs arguments.

« Les consommateurs n’ont aucun intérêt à cette privatisation, cela va faire augmenter les prix et fragiliser tout le système », font valoir Philippe André et Anne Debrégeas, membres de SUD Energie. Le syndicat, minoritaire au niveau national, mais très présent dans l’hydraulique, a fait rédiger un rapport à un groupe d’experts – dont plusieurs anciens dirigeants d’EDF –, qui s’alarment des conséquences d’une prochaine ouverture à la concurrence.

Ils soulignent notamment une spécificité de l’hydraulique : les barrages ne se contentent pas de produire de l’électricité. L’eau qu’ils stockent est aussi utilisée pour l’agriculture, les loisirs ou le refroidissement des centrales nucléaires. Les concurrents d’EDF seront-ils tenus d’accomplir ces tâches, qui sont loin de toutes figurer dans le cahier des charges ?

La CGT dénonce également une « privatisation » à venir et estime que cette démarche revient à vendre au plus offrant des concessions sur des actifs très rentables, alors que l’investissement a été financé par l’Etat – donc par les contribuables.

« Ce qui nous importe, c’est que cette mise en concurrence soit équitable », explique-t-on chez EDF, avant d’ajouter : « Si elle a lieu. » Dans l’entreprise publique, beaucoup se prennent à souhaiter que le chantier de réorganisation du groupe, amorcé par le chef de l’Etat, n’offre une porte de sortie aux barrages, par exemple, en les intégrant avec le nucléaire dans une structure consacrée à la production d’électricité. La formule pourrait convenir aux syndicats, mais pas forcément à Bruxelles.

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 09:36

Un décès sur cinq dans le monde est dû à une alimentation déséquilibrée, selon une vaste étude internationale sur l’impact sanitaire d’un régime alimentaire déséquilibré dans 195 pays. Par Paul Benkimoun et Mathilde Gérard le 4 avril 2019 pour Le Monde. Lire aussi Le « régime de santé planétaire » ? Des protéines végétales et un steak par semaine !, L’agriculture bio est plus efficace que les pesticides contre les agents pathogènes, démontrent des chercheurs français et Nourrir la planète avec une agriculture 100% biologique en 2050, c’est possible.

Les quatre familles d'aliments : sucres lents, protéines, fruits et légumes. MAXIMILIAN STOCK LTD / PHOTONONSTOP

Les quatre familles d'aliments : sucres lents, protéines, fruits et légumes. MAXIMILIAN STOCK LTD / PHOTONONSTOP

Mal manger tue. En 2017, un total de 11 millions de décès dans le monde, soit un sur cinq, étaient attribuables à un mauvais régime alimentaire. C’est plus que le tabac (8 millions de morts chaque année). Aux premiers rangs des facteurs de risque figurent le sel, un apport insuffisant en céréales complètes et une ration quotidienne trop basse en fruits. Ce sont les conclusions d’une étude menée par 130 chercheurs réunis au sein du Global Burden of Disease (GBD, charge mondiale des maladies) par l’Institute of Health Metrics and Evaluation (IHME, Seattle) et que publie, mercredi 3 avril, l’hebdomadaire médical The Lancet.

Alors que les Nations unies ont lancé en 2016 une « décennie d’action pour la nutrition », ce vaste travail confirme la nécessité d’amplifier les efforts en matière de santé publique. « Cette étude est un signal d’alarme : à défaut d’adopter un régime sain, pour notre santé et pour l’environnement, nous n’irons pas très loin », avertit Francesco Branca, directeur du département de nutrition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’étude du GBD vient appuyer la prise en compte croissante des problématiques d’alimentation au niveau mondial. « Il y a une prise de conscience de plus en plus forte de l’impact de la nutrition sur les maladies chroniques, note Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, qui a participé aux travaux pour la France. La nutrition n’est plus une affaire de second rang, comme on pouvait l’entendre il y a une vingtaine d’années. »

Peu de données fiables sur la consommation de sel

Pour mener à bien cet imposant travail, les chercheurs avaient une triple tâche : constituer une base de données fiable et la plus large possible sur l’alimentation dans 195 pays ; distinguer les différentes consommations (sel, sucres, acides gras trans, fibres…), par excès ou par défaut, associées à un risque accru de maladie chronique et de décès ; enfin, évaluer pour chacune de ces manières de mal s’alimenter la part de maladies et de mortalité qui lui est attribuable, indépendamment des autres causes.

Le réseau du GBD a travaillé à partir de l’ensemble des études de qualité satisfaisante disponibles sur les consommations alimentaires, malgré les difficultés d’harmoniser les données émanant des 195 pays. Il a « également utilisé les enquêtes sur les dépenses des ménages, les chiffres de vente des denrées alimentaires et eu accès à des données non publiques de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture », comme l’explique au Monde Ashkan Afshin, de l’IHME et premier auteur de l’article.

La sélection des facteurs de risque s’est appuyée sur les relations de cause à effet établies entre le niveau de consommation d’un aliment ou d’un nutriment (sodium, calcium…) et une maladie donnée. « Pour chacun de ces composants alimentaires, nous avons retenu un seuil d’exposition à risque », précise Ashkan Afshin.

Ainsi un régime est considéré comme pauvre en fruit pour une ration de moins de 250 grammes par jour, pauvre en céréales complètes avec moins de 125 grammes quotidiens. Pour le niveau optimal de consommation de sel, la littérature scientifique fournit des valeurs variables. Les chercheurs ont retenu le seuil de 3g/j, avec une marge d’incertitude : peu de pays disposent de données fiables sur ce paramètre.

Ils ont ensuite évalué l’impact spécifique de quinze composants alimentaires sur la survenue de maladies et de décès. L’analyse globale fait apparaître le poids particulièrement élevé de certains facteurs de risque en termes de mortalité et de morbidité : une consommation de sel excessive (près de 3,2 millions de décès), un apport insuffisant en céréales complètes, en fruits ou en noix et graines (respectivement 3 millions, 2,4 millions et 2 millions de morts).

Les pays pauvres touchés par les carences alimentaires

L’étude, financé par la fondation Bill and Melinda Gates, montre qu’aucun pays dans le monde n’échappe à l’impact d’une mauvaise alimentation. Pas une seule des 21 grandes régions géographiques observées ne présentait en 2017 une consommation optimale de l’ensemble des quinze composants alimentaires étudiés, bien que certaines d’entre elles y parvenaient partiellement : l’Asie centrale pour les légumes, les pays riches de la zone Asie-Pacifique (Japon, Corée du Sud) pour les oméga 3, ou encore les Caraïbes, l’Asie du Sud et l’Afrique sub-saharienne pour les légumineuses.

Infographie Le Monde

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Si les carences alimentaires ne sont pas l’apanage des pays pauvres, ces derniers restent les plus durement touchés. L’impact des mauvais régimes y est ainsi beaucoup plus fort. Le taux de mortalité lié à l’alimentation est ainsi 10 fois plus important en Ouzbékistan (892 morts pour 100 000 habitants) qu’en Israël (89 pour 100 000), qui présente le taux le plus faible, suivi par la France, l’Espagne et le Japon.

Un « outil d’aiguillage » des actions de santé publique

« Nous nous attendions à une telle hiérarchie des risques, mais ce bilan permet de guider les actions de santé publique », note Mathilde Touvier. Pour la chercheuse, ce travail peut servir d’« outil d’aiguillage, dans un contexte où certaines mesures politiques sont contestées, comme par exemple la taxe soda mise en place dans plusieurs pays. »

L’un des principaux enseignements est l’impact sur la santé de la sous-consommation d’aliments sains (fruits et légumes, légumineuses, fruits à coques…). En 2017, il y a eu davantage de décès liés à un apport insuffisant en céréales complètes, fruits, noix et graines, que de morts associées à une consommation élevée d’aliments contenant des acides gras trans (présents dans les produits laitiers, les viennoiseries, les pizzas…), de boissons sucrées ou viandes rouges ou transformées.

Les chercheurs estiment donc qu’en matière de politique de santé, il est plus efficace de promouvoir ces aliments bons pour la santé, plutôt que de stigmatiser d’autres types de consommations plus délétères. « La notion de plaisir doit être centrale, insiste la chercheuse britannique Corinna Hawkes, directrice du Centre for Food Policy de la City University London. Il ne s’agit pas de forcer les gens à manger des aliments qu’ils n’aiment pas, mais de donner le goût et le plaisir de consommer, à un prix accessible, des fruits et des céréales complètes notamment. »

L’enquête du GBD apporte également la preuve de l’importance pour la santé d’une alimentation variée. Bien que le travail mené ne porte pas sur la sous-nutrition ou l’obésité, deux facettes de la malnutrition, Francesco Branca, de l’OMS, estime que la réponse aux crises alimentaires, qui affectent de façon aiguë plus de 100 millions de personnes dans le monde, selon un rapport de la FAO publié mardi 2 avril, ne peut porter seulement sur l’apport brut en calories, et qu’il faut veiller à maintenir dans toutes les régions une production suffisante en fruits et légumes.

Tout en agissant sur les prix : « Jusqu’à présent, les politiques se sont efforcées de convaincre les consommateurs de modifier leurs comportements alimentaires, mais nous devons travailler sur l’offre, relève M. Branca. Il faut que le modèle économique des systèmes alimentaires rende possible le choix d’une nourriture saine. »

L’équipe de GBD va prolonger ce travail, en collaboration avec l’OMS, en évaluant l’impact combiné de l’ensemble des problèmes de nutrition – malnutrition, surpoids et obésité, qualité de l’alimentation et sous-nutrition. Les résultats devraient être publiés à la fin 2019. « Nous devrions ainsi montrer comment certains pays supportent une double ou triple charge de maladies liées à ces problèmes », explique Ashkan Afshin, en évoquant des pays en développement.

Infographie Le Monde

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 14:55

Elle arrive même devant le changement climatique et l’alimentation, selon un sondage réalisé fin 2018 par l’IFOP pour Airparif, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France. Basées sur la collecte d’Airparif, les données que révèle l’association Respire permettent pour la première fois de connaître avec précision, établissement par établissement, les niveaux de pollution auxquels sont exposés les enfants aux abords des lieux qui les accueillent : crèches, écoles (maternelles et élémentaires), collèges et lycées, sur http://www.de-l-air-pour-nos-enfants.fr/. Le tableau est sombre. D’après https://www.respire-asso.org/, et Stéphane Mandard pour Le Monde les 27 et 28 mars 2019. Lire aussi La première conférence mondiale sur la pollution de l'air s'est ouverte à Genève100 000 euros d'astreinte journalière demandés à l'Etat face à l’inaction sur la pollution de l’air, Pollution de l’air : le match du siècleTreize nouveaux polluants dans l’air à surveiller selon l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire ANSES et La Commission européenne attaquée sur la pollution de l’air renvoie la France devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Polluants particules fines PM10 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Polluants particules fines PM10 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Le but de ce classement inédit n’est pas de proposer un énième palmarès des établissements sur la base d’un nouvel indice, fût-il de santé publique, mais de fournir une information qui fait aujourd’hui défaut : quelle est la qualité de l’air que nos enfants respirent à l’école ? Les enfants sont les premières victimes de la pollution de l’air. Asthme, infections respiratoires, altérations des fonctions pulmonaires, retard cognitif, autisme… elle a un « impact dévastateur » et « souvent négligé » sur leur santé et leur développement, alertait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport accablant publié fin octobre 2018.

Pour les particules fines PM2,5, les plus dangereuses, 91 % des établissements d’Ile-de France, dont tous ceux situés à Paris, ne respectent pas le plafond de l’OMS.

Infographie Le Monde

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Les résultats que nous publions montrent que les niveaux de pollution de l’air extérieur à proximité immédiate de la grande majorité des établissements franciliens, et en particulier parisiens, dépassent les plafonds sanitaires recommandés par l’OMS et dans des proportions parfois préoccupantes. Les trois polluants principaux ont été étudiés : les fameuses particules fines PM10 (de diamètre inférieur à 10 micromètres) et PM2,5 (inférieurs à 2,5 µm) ainsi que le dioxyde d’azote (NO2), gaz très toxique rendu célèbre par le scandale du « dieselgate » et marqueur du trafic routier, principalement des véhicules diesel.

Polluants particules fines PM25 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Polluants particules fines PM25 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Pour les PM2,5, les plus dangereuses car elles pénètrent profondément les voies respiratoires, 91 % des établissements d’Ile-de France (11 427), dont tous ceux situés à Paris (2 114), ne respectent pas le plafond de l’OMS fixé à 10 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle. Une cinquantaine d’écoles affichent même des concentrations environ deux fois supérieures (entre 19 et 20  µg/m3). La quasi-totalité des établissements parisiens (97 %) dépassent également la limite de l’OMS pour les PM10 (20 µg/m3) et la moitié à l’échelle de la région. Cette proportion est de 28 % pour le NO2 à Paris et de 6 % au niveau de l’Île-de-France.

Polluants particules fines NO2 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

Polluants particules fines NO2 aux abords des établissements recevant des enfants en Île-de-France (association Respire)

A la différence des particules fines PM2,5 et PM10 pour lesquelles l’Europe a des plafonds réglementaires beaucoup moins protecteurs que ceux de l’OMS (respectivement 25 et 40 µg/m3), la limite pour le NO2 a été alignée sur les lignes directrices de l’institution onusienne : 40 µg/m3. Ce qui signifie que pour 682 établissements franciliens dont 548 parisiens, outre les normes de l’OMS, les valeurs légales ne sont pas respectées.

Pour établir cette cartographie, l’association Respire s’est appuyée sur des données robustes : les cartes et bilans annuels (de 2012 à 2017) générés par Airparif à partir de ses stations de mesures. Elle les a ensuite superposées avec la localisation des établissements (publics et privés) accueillant des enfants.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces résultats. Le premier : les enfants les plus exposés sont les Parisiens. Plus on s’éloigne de la capitale, plus le nombre d’établissements sujets à des dépassements diminue. Ainsi, pour les PM10, 90 % des crèches à Paris sont concernées, 55 % en petite couronne (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Hauts-de-Seine) et seulement 6 % en grande couronne (Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne et Val-d’Oise). On retrouve la même tendance avec le NO2, avec 26 % des crèches parisiennes concernées contre 5 % en petite couronne et 0,5 % en grande couronne.

Infographie Le Monde

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Le niveau d’exposition est corrélé à la distance à un axe routier

Deuxième enseignement : les crèches ou haltes-garderies, qui accueillent le public le plus fragile et le plus sensible aux effets de la pollution, ne sont pas préservées. A Paris intra-muros, les normes en NO2 ne sont pas respectées pour 26 % d’entre elles, contre 23 % des écoles primaires et 30 % des collèges et lycées.

Troisième enseignement : le niveau d’exposition à la pollution est très fortement corrélé à la distance à un axe routier important. Des établissements situés directement sur une rue très passante peuvent ainsi présenter des concentrations supérieures à des établissements implantés à une centaine de mètres du périphérique.

L’établissement avec les niveaux de pollution les plus élevés du classement ne borde pas le périphérique : il est situé en plein cœur de la capitale, il s’agit de l’école primaire Saint-Merri, dans le 4e arrondissement, à deux pas du Centre Pompidou. Elle affiche des résultats deux fois supérieurs aux normes de l’OMS pour l’ensemble des polluants : 20 µg/m3 en PM2,5, 43 µg/m3 en PM10 et 90 µg/m3 en NO2. L’école possède le double handicap de border un axe embouteillé et d’être « posée » au-dessus de la sortie du parking souterrain des Halles.

Concernant les écoles en bordure du périphérique, le niveau de pollution est cependant sans doute sous-estimé. La valeur retenue dans ce classement est celle de l’adresse postale : celle-ci correspond à la porte d’entrée, souvent plus éloignée du périphérique que la cour et les bâtiments.

Le hiatus entre Paris et le reste de l’Ile-de France s’explique par cette distance. Selon une étude d’Airparif de 2012, à Paris, près de la moitié des écoles et des crèches se situent entre 50 mètres et 150 mètres d’un axe routier majeur (supérieur à 15 000 véhicules par jour) et seulement 9 % sont localisées à plus de 250 mètres. Au contraire, en grande couronne, la majorité des établissements sont à plus de 250 mètres.

Dans son dernier rapport, l’OMS recommande aux pouvoirs publics d’installer les écoles (et les terrains de sport) loin des voies de circulation dense dans les grandes agglomérations. Au Royaume-Uni, l’agence britannique de santé publique propose de créer des zones tampons pour interdire aux voitures de tourner au ralenti aux abords des écoles. « La pollution de l’air est un scandale sanitaire qui appelle des réponses politiques », commente Olivier Blond, le président de Respire, qui ambitionne de réaliser le même travail pour toutes les grandes agglomérations françaises.

L’association milite notamment pour l’intensification des zones dites à faibles émissions (ZFE). La ZFE vise à interdire progressivement la circulation des véhicules les plus polluants sur la base du système des vignettes Crit’Air. Déjà en vigueur à Paris, elle doit être étendue au-delà du périphérique, jusqu’à l’A86 (soit au niveau de 79 communes de la métropole du Grand Paris) à partir de juillet. Elle s’appliquera d’abord aux véhicules classés Crit’Air 5, c’est-à-dire aux diesels immatriculés avant 2001 et interdits dans la capitale depuis 2017.

Airparif a étudié l’impact qu’aurait la mise en place d’une ZFE excluant jusqu’aux véhicules Crit’Air 3 (diesels en circulation avant 2010 et essences immatriculés avant 2006) : la part d’établissements recevant du public dit « sensible » (crèches, écoles ou hôpitaux) soumis à des dépassements de NO2 passerait de 27 % à 1,5 %.

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 10:31

Le collectif « Eau Publique Les Lilas » vous invite à une Rencontre-débat avec Marc Laimé, journaliste et écrivain, auteur du livre « Le Lobby de l’eau » et rédacteur du blog « Dans les eaux glacées du calcul égoïste » VENDREDI 29 MARS à 19H30, Mairie des Lilas, salle des mariages (entrée par le parking à l’arrière de la mairie).

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

Depuis la création de la régie publique « Eau de Paris » en 2010, de nombreuses villes (Nice, Montpellier, Grenoble, Vierzon...) ont repris en main la gestion de leur eau aux dépends des multinationales. Dans quels objectifs ? baisse du prix pour les usagers, amélioration de la qualité, gestion plus respectueuse de l’environnement et arrêt des coupures intempestives qui touchent les plus démunis. 

Notre territoire « Est Ensemble », regroupe 9 villes: Les Lilas, Bagnolet, Montreuil, Romainville, Pantin, Le Pré St Gervais, Noisy le sec, Bobigny et Bondy. Celui-ci a décidé, en décembre 2017, de ne pas ré-adhérer au Syndicat des Eaux d’Ile De France (SEDIF) qui déléguait, depuis près d’un siècle, la gestion de l’eau à Veolia, une multinationale qui a beaucoup d’actionnaires à rémunérer...

L’eau est un bien commun, et non une marchandise, il faut la gérer collectivement, en toute transparence et il ne nous reste que quelques mois pour créer les conditions du passage en régie publique. Est-ce que c’est le chemin pris par la communauté d’Est-Ensemble ? Les dernières décisions du conseil communautaire nous permettent sérieusement d’en douter. 

Au conseil du territoire du 3 juillet 2018 les élus avaient voté majoritairement pour que Noisy le sec ne fasse pas bande à part en ré adhérant seul au SEDIF car nous avions obtenu un vote à mains levées et défendu la logique que la question de l’eau, en tant que bien commun vital, dépasse les intérêts d’une seule commune. Mais au dernier conseil du territoire (22 janvier 2019), une nouvelle demande de vote a eu lieu, Bobigny se joignant à Noisy le sec pour demander à ré adhérer au SEDIF (obligeant probablement Bondy, situé derrière eux, à faire de même). 

Quelques-uns de nos courageux élus ont demandé à pouvoir voter à bulletin secret, (c’est mieux quand les citoyens ignorent ce que votent leurs élus). Il a donc été décidé d’un vote à mains levées pour savoir si le vote serait à bulletin secret ou non….

Un grand BRAVO à notre maire qui s’est prononcé pour le vote à bulletin secret affaiblissant ainsi le projet de la gestion publique de l’eau puisqu’à bulletin secret la majorité a étonnamment changé de camp et a voté, à l’instar de notre maire, pour la possibilité de la ré adhésion de Noisy et Bobigny au SEDIF (et donc à Veolia).

Ces 2 communes se désolidarisant, et Bondy risquant d’être contraint de les suivre, nous ne serons plus que 6 communes à travailler sur ce projet au lieu des 9 initiales. Le passage en régie publique sera de fait rendu plus difficile pour nous puisque les conditions techniques et financières changent et se complexifient, au risque de nous être présentées un jour comme insurmontables. Mais n’est ce pas le but recherché ? 

Créé en fin d’année 2017, le collectif lilasien pour une eau publique a pour objectif d’arracher l’eau à la multinationale Veolia, et de sensibiliser citoyen.ne.s et élu.es à la démarchandisation de ce bien commun par divers actions et initiatives locales. 

PARCE QU’ENSEMBLE ON EST + FORT, REJOIGNEZ-NOUS

Contact : collectifeaupubliqueleslilas@mail.fr ; Twitter @eau_LesLilas - Facebook "Eau Publique Les Lilas" 

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21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 11:56

Face à la pollution durable due au plastique, la philosophe Catherine Malabou estime, dans une tribune au « Monde », nécessaire de renouer avec une plasticité d’esprit, faire preuve de souplesse pour s’adapter à la situation et dépasser nos rigidités politiques et morales. Catherine Malabou est professeure de philosophie à l’université Kingstown (Angleterre) et à l’université de Californie à Irvine. Ses travaux portent sur la notion de plasticité dans les arts et dans la neurobiologie. Sa tribune a été publiée le 19 mars 2019 dans Le Monde. Lire aussi Nous mangeons du plastique, Bruxelles veut interdire le plastique jetable et Les océans pollués par des particules invisibles de plastique.

Seule la plasticité pourra nous sauver des plastiques

Seule, paradoxalement, la plasticité pourra nous sauver des plastiques

Nous étions plus d’un million ces jours derniers à protester dans le monde entier contre l’inaction des gouvernements face à la crise écologique. De cette crise, avec les gaz à effet de serre, le plastique est devenu à la fois le symbole et la réalité.

Qu’on le jette, qu’on le brûle, qu’on l’enfouisse, chaque fois, le plastique revient. « There is no away » [On ne peut pas s’en débarrasser], disent les écologistes américains, en réponse à l’injonction qui a longtemps été la nôtre : « Jette-le », « Throw it away ! » Jette ton assiette, ta serviette, ta fourchette ! Or cet « away » révèle aujourd’hui son illusoire extériorité. Il n’y a pas de dehors. « Away », c’est ici, et nulle part, c’est encore la Terre, qui étouffe, agonise, sous le poids des rejets qu’elle ne peut rejeter et qui forment désormais un septième continent. Au point où des animaux marins sont empêtrés dans des sacs déchirés, éventrés par l’ingestion de tubes, de bouchons, de bouteilles…

Moins de 20 % des 9 milliards de tonnes de plastiques produits jusqu’ici dans le monde ont été recyclés ou incinérés. Ce qui reste finit dans des décharges ou dans l’environnement, et mettra des milliers d’années à se décomposer. Le plastique est destructeur parce qu’indestructible.

Nouvelle génération de sacs bioplastiques

Dans les pays riches, des mesures ont été prises. Avec l’interdiction des sacs en plastique à la caisse, par exemple, une nouvelle génération de sacs dits bioplastiques a fait son apparition. Il s’en est fabriqué 2 millions de tonnes en 2017. Mais ces plastiques alternatifs ne sont pas vraiment la solution. Ils coûtent cher et restent inabordables pour les pays pauvres. De plus, comme l’affirmait au quotidien britannique Guardian Jacqueline McGlade, alors directrice scientifique du Programme des Nations unies pour l’environnement en 2016, « Ces produits sont présentés comme une alternative aux plastiques, permettant de réduire la pollution des océans, mais c’est faux. Pour cela, il faudrait qu’ils soient en contact avec une température d’au moins 50 °C, ce qui ne sera jamais le cas dans les profondeurs océaniques. »

Le terme générique « bioplastiques » peut de plus prêter à confusion car il désigne à la fois des plastiques biosourcés (fabriqués à partir de composants naturels renouvelables), et des matières plastiques biodégradables (pouvant être détruites par des micro-organismes au contact de l’air ou de l’eau). Mais certaines matières biodégradables ne sont pas biosourcées et proviennent parfois de ressources fossiles. De même, tous les plastiques biosourcés ne sont pas forcément biodégradables. Dans tous les cas, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise des énergies (Ademe) rappelle que les sacs biodégradables ne doivent en aucun cas être jetés dans la nature.

En 1957 déjà, l’écrivain et penseur Roland Barthes dénonçait dans Mythologies le caractère proliférant du plastique : « La hiérarchie des substances est abolie, écrivait-il, une seule les remplace toutes : le monde entier peut être plastifié, et la vie elle-même, puisque, paraît-il, on commence à fabriquer des aortes en plastique. » Il avait parfaitement ciblé le problème. Le plastique se distingue par sa « résistance ». Le plastique résiste. Comment lui résister ?

Poursuivant moi-même depuis longtemps une réflexion sur la provenance du terme, j’ai découvert que le plastique était le jeune rejeton d’une lignée bien plus ancienne que lui. C’est la plasticité en effet qui est la mère des plastiques et désigne la souplesse, la malléabilité, l’aptitude à la transformation et la métamorphose. Caractérisant au départ, en Grèce ancienne, le geste formateur du sculpteur en même temps que l’aptitude de la matière à être façonnée, le plassein a été vu par les poètes comme le fleuve du devenir et de la vie. Mais la plasticité est aussi durcissement, rigidification, masque de plâtre, mort.

Le plastique du XXe siècle a incarné les deux tendances. La matière dont il est le nom est infiniment malléable, mais une fois moulée, elle se rigidifie dans des formes qui ne peuvent plus s’effacer. Aujourd’hui, le plastique a perdu sa mémoire et n’incarne plus que le durcissement. Il faut donc rappeler la plasticité à la vie. Réapprendre à changer de forme. Seule, paradoxalement, la plasticité pourra nous sauver des plastiques.

Le problème est que la politique n’a pas encore atteint l’âge de la plasticité post-plastique. Plutôt que de choisir des plastiques biodégradables, les Nations unies préconisent d’améliorer la collecte et le recyclage des plastiques, et d’engager la production des plastiques dans une économie circulaire. La meilleure arme contre la pollution plastique sera donc toujours d’abord de limiter autant que possible son utilisation. Or le Sénat, en France, a repoussé à 2021 l’utilisation de certains instruments en plastique parmi les plus polluants.

Ainsi faudra-t-il attendre le 1er janvier 2021 pour que soit effective la suppression des pailles, couverts, bâtonnets mélangeurs, emballages et bouteilles en polystyrène expansé, tiges de ballons, et ce malgré tout avec un certain nombre d’exceptions – les contenants alimentaires en plastique utilisés pour les services de restauration collective des établissements scolaires par conséquent. Des ONG ont dénoncé un recul incompréhensible face à l’urgence de la crise de la pollution plastique.

Le plastique n’est peut-être au fond qu’une projection de nous-mêmes. De notre rigidité politique et morale. Mais être plastique, c’est aussi être capable de fluidifier nos fixations. L’alternative à l’absence de dehors sur cette Terre ne pourra provenir que d’une mutation du dedans en chacun de nous.

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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 13:25

Éléments-phares de la « révolution verte », pesticides et engrais de synthèse ont permis de relever le défi alimentaire posé par l’explosion démographique au XXe siècle. Mais le recours généralisé à ces produits provoque des dégâts majeurs sur la santé des agriculteurs comme sur l’équilibre de l’environnement. Apprendre à limiter leur usage représente l’un des impératifs de l’agriculture au XXIe siècleD'après Claude Aubert, Ingénieur agronome, spécialiste de l’agriculture et de l’alimentation biologiques, cofondateur de Terre vivante, pour le Monde diplomatique de décembre 2018. Lire aussi Glyphosate : la justice française annule une autorisation de mise sur le marché alors que les autorités sanitaires européennes ont plagié Monsanto pour l’autoriser en 2017, Le cadmium, ce " tueur " caché dans les engrais, La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans et La bataille de l’ammoniac.

Laure Prouvost. — Vue de l’installation « On ira loin », 2015 Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne - www.laureprouvost.com

Laure Prouvost. — Vue de l’installation « On ira loin », 2015 Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne - www.laureprouvost.com

En 1909, le chimiste allemand Fritz Haber parvient à combiner l’azote de l’air avec de l’hydrogène en effectuant la synthèse de l’ammoniac (NH3). Une réaction chimique parmi d’autres ? Pas tout à fait. Celle-ci révolutionna l’agriculture en permettant de doubler, voire de tripler, les rendements. Pour de nombreux spécialistes, l’invention des engrais azotés a permis de nourrir la population de la planète, passée au XXe siècle de un milliard et demi à plus de six milliards d’habitants. Cette découverte à première vue géniale valut à son auteur le prix Nobel de chimie en 1918 — une attribution controversée, car Haber avait aussi participé à la conception des gaz de combat employés dans les tranchées. Les travaux de ce chercheur issu d’une famille juive permirent également la mise au point du Zyklon B, funeste pesticide employé vingt ans plus tard par les nazis dans les camps d’extermination.

L’alimentation des plantes relève d’un paradoxe. Alors que l’air se compose essentiellement d’azote (78 %, contre 21 % d’oxygène), elles sont incapables d’y puiser cet élément indispensable à leur croissance. C’est principalement dans le sol qu’elles le trouvent, sous la forme de nitrate (NO3) ou d’ammoniac (NH3). Elles peuvent alors l’assimiler grâce à sa minéralisation par les bactéries, dans l’humus et dans les autres matières organiques : résidus de récolte, fumier, compost, etc. Depuis l’invention de Haber, quelques sacs d’engrais permettent d’apporter tout l’azote nécessaire aux plantes et d’améliorer le rendement. Plus besoin de charrier des tonnes de fumier ou de compost ; plus besoin de cultiver des légumineuses riches en azote...

Depuis un siècle, la production peu onéreuse d’azote réactif utilisable par les plantes a complètement bouleversé l’agriculture. Elle formait dans les années 1960 l’un des quatre piliers de la « révolution verte » : sélection de variétés à haut rendement, pesticides, irrigation et engrais chimiques. Cette révolution fut saluée unanimement comme une grande réussite. Mais, dans les pays industrialisés d’abord, puis dans ceux en développement, l’utilisation croissante des engrais azotés de synthèse a eu des effets que personne, ou presque, n’avait prévus.

Série d’effets délétères

Très vite, les agriculteurs ont compris que l’apport d’azote sur les cultures par les déjections animales (fumier, lisier) et par les légumineuses n’était plus nécessaire. Dès lors, pourquoi se compliquer la vie à élever des vaches ou des moutons et à les faire paître ? Nombre d’entre eux s’en sont donc débarrassés pour se concentrer sur les productions végétales, en particulier les céréales. Mais, comme il fallait aussi produire du lait et de la viande, dont la demande augmentait rapidement, d’autres exploitations se consacrèrent à l’élevage, les plus productives fonctionnant en stabulation, sans sortie de l’étable, et remplaçant le fourrage par des céréales ou des oléagineux.

En quelques décennies, le paysage agricole européen fut radicalement transformé. En France, dans le Centre ou l’Est, des régions céréalières sans bétail recourent à une agriculture très mécanisée, utilisant massivement les engrais azotés chimiques. En Normandie, en Bretagne, au Danemark ou en Bavière, les élevages s’industrialisent de plus en plus, avec d’énormes concentrations d’animaux. Les fermes de plus de mille vaches deviennent monnaie courante dans plusieurs pays européens, comme les porcheries produisant des dizaines de milliers de porcs par an ou les élevages de centaines de milliers de poules. Cette évolution résulte directement de l’invention de Haber, considérée à juste titre comme la plus importante de l’histoire de l’agriculture — certains disent même de l’histoire tout court.

Ce bouleversement, logique dans une vision économique à court terme, produit une série d’effets délétères, tant en matière de santé que d’environnement. En réalité, de nombreux problèmes écologiques et sanitaires que pose l’agriculture moderne émanent de la synthèse des engrais azotés, ou plutôt du mauvais usage qui en est fait.

Premier problème : la teneur des sols en matière organique baisse dans les régions de grandes cultures, faute d’apport de fertilisants organiques et de rotations incluant des cultures qui enrichissent naturellement le sol en azote et en matière organique, comme la luzerne. Des rendements élevés demeurent possibles, mais, dans certaines régions, ils tendent à plafonner, voire à baisser, en dépit du renfort d’azote de synthèse. Par ailleurs, la capacité de rétention en eau des sols et la vitesse d’infiltration de l’eau diminuent, ce qui augmente le risque d’érosion par ruissellement et d’inondations.

De surcroît, les ravageurs et les maladies se multiplient et requièrent de plus en plus de traitements pesticides. Les engrais azotés n’en sont évidemment pas la seule cause, mais ils y contribuent par la disparition des rotations longues, qui interrompent le cycle de reproduction des agents pathogènes et des insectes, et par l’augmentation de la teneur des feuilles en azote, qui favorise la multiplication de certains ravageurs, par exemple les pucerons.

Enfin, la quasi-monoculture des céréales affaiblit la biodiversité, tout comme la perturbation de l’activité biologique de la terre et les dépôts d’azote atmosphérique, qui proviennent de l’ammoniac émis par les sols et par les élevages. Et les sols deviennent de plus en plus acides.

Les excès d’azote ont de graves effets sur la santé et l’environnement, comme l’ont montré deux cents chercheurs européens dans une importante publication hélas passée presque inaperçue (1). Principaux accusés : les nitrates et l’ammoniac. Les premiers sont normalement présents dans les sols, où ils sont absorbés par les racines des plantes, auxquelles ils fournissent l’essentiel de leur azote. Mais il reste toujours, en particulier lorsque les apports d’engrais azotés sont élevés, un surplus d’azote qui est entraîné par les pluies. Il se retrouve dans les nappes phréatiques et les cours d’eau, et finalement dans l’eau du robinet. Avec deux effets principaux : un risque possible d’augmentation de certains cancers et l’eutrophisation (appauvrissement en oxygène) des cours d’eau, qui conduit à la disparition des poissons et au dépôt de dizaines de milliers de tonnes d’algues vertes sur les côtes chaque année. On trouve également des nitrates dans les aliments, avec des teneurs parfois très élevées dans certains légumes. Leur impact sur la santé fait encore l’objet de controverses, faute de données scientifiques suffisantes et convergentes.

À l’origine des particules fines

L’ammoniac est un polluant beaucoup moins connu et plus préoccupant en matière de santé et d’environnement. La quasi-totalité des émissions (679 000 tonnes en 2016 en France) provient des cultures (64 %) et de l’élevage (34,4 %) (2). Ce composé chimique reste peu de temps dans l’atmosphère : une partie se dépose sur le sol et sur la végétation ; une autre donne naissance à divers composés azotés indésirables (protoxyde d’azote, oxydes d’azote, etc.). Les oxydes d’azote se combinent avec d’autres polluants présents dans l’air pour former des particules fines (3) secondaires. Ce dernier phénomène est l’un des plus inquiétants. Les particules fines pénètrent au plus profond des alvéoles pulmonaires, provoquant cancers, maladies cardio-vasculaires et respiratoires. L’Organisation mondiale de la santé estime que l’exposition à ces particules a causé environ 4,2 millions de morts prématurées dans le monde en 2016 (4).

Selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), l’agriculture et la sylviculture étaient responsables de 55 % des émissions totales de particules en suspension en 2016, et ces émissions ne baissent guère, contrairement à celles de l’industrie ou du transport (5). Si les cultures représentent la part principale d’émission primaire de l’ensemble des particules en général, l’élevage contribue surtout à la formation des particules fines. Lors des pics de pollution, en particulier au printemps, une part importante des particules fines peut être d’origine agricole, principalement à cause des émissions d’ammoniac venant des sols à la suite des apports d’engrais, et essentiellement par les déjections (fumier, purin, lisier) des animaux d’élevage.

Les scientifiques ayant contribué à l’évaluation européenne de l’azote estiment le coût environnemental des excédents d’azote pour le continent entre 70 milliards et 320 milliards d’euros par an, en raison de leur impact sur les écosystèmes, la qualité de l’air et de l’eau et, en définitive, sur la santé humaine (6). Ce coût leur semble supérieur au bénéfice économique tiré de l’utilisation des engrais azotés de synthèse. Les chercheurs considèrent les surplus d’azote comme l’un des problèmes écologiques majeurs du XXIe siècle, au même titre que le réchauffement climatique et la perte de biodiversité.

La première solution serait évidemment de réduire, voire de supprimer, les apports d’azote chimique. On pourrait le faire en modifiant les systèmes de production, notamment en introduisant davantage de légumineuses (haricots, pois, luzerne, etc.) dans les rotations, ce qui nous affranchirait de la dépendance à l’égard du soja, importé en masse. L’agriculture biologique permet de s’en passer complètement, ce qui est un argument de poids — sans doute aussi important que la non-utilisation des pesticides de synthèse (7) — en faveur de ce mode de production.

Certes, si l’on interdisait brutalement à tous les agriculteurs l’utilisation de l’azote chimique, ce serait une catastrophe, car la conversion à la bio ne peut être que progressive et exige pour de nombreuses exploitations une remise en question totale de leur système de production. La plupart des spécialistes notaient jusqu’à présent que la généralisation d’une agriculture sans azote de synthèse conduirait à une chute importante des rendements. Mais une récente méta-analyse a conclu que, au niveau mondial, le différentiel moyen de rendement entre la bio et le conventionnel n’était que de 19 % (8). Il tombe même à 8 ou 9 % lorsque les techniques bio incluent des rotations de cultures variées. Une autre méta-analyse montre que les cultures associées ou intercalaires — plusieurs espèces cultivées dans le même champ et en même temps — permettent en moyenne une augmentation de la production de 30 % (9). Nourrir tous les habitants de la planète sans azote de synthèse paraît donc possible, mais suppose un changement radical de modèle agricole.

L’autre partie de la solution, la moins difficile à mettre en œuvre à court terme, est de réduire la taille des élevages industriels et la consommation de viande. L’élevage représente les trois quarts de la production d’ammoniac. Les animaux en stabulation expédient dans l’atmosphère quatre fois plus d’ammoniac que ceux élevés au pâturage, à condition que ce dernier ne soit pas trop intensif. Des mesures techniques permettent certes de diminuer les émissions d’ammoniac (couverture des fosses à lisier, enfouissement du lisier, utilisation d’ammonitrate plutôt que d’urée, etc.), mais elles sont souvent coûteuses et, pour certaines, d’une efficacité relative. Si l’on réduisait fortement, voire supprimait, les apports d’azote de synthèse, il faudrait revenir à l’association de la culture et de l’élevage, ce qui réduirait la part des élevages hors sol. Par ailleurs, les engrais chimiques permettent aujourd’hui de produire à un prix relativement bas des aliments pour le bétail, et de satisfaire ainsi la demande mondiale croissante de viande et de produits laitiers. En Europe, cette demande s’oriente à la baisse ; il s’agirait d’accompagner cette évolution en mangeant moins de viande, et de meilleure qualité.

Une nouvelle « révolution verte », corrigeant les conséquences néfastes de la première, est à portée de main : il faudrait pour cela apporter progressivement moins d’engrais azotés dans les cultures et opter pour d’autres méthodes d’élevage — à l’herbe, moins concentrées et moins intensives. Mais, pour y parvenir, deux choses semblent encore manquer cruellement : l’information du consommateur et la volonté politique.

(1) Mark A. Sutton et al. (sous la dir. de), The European Nitrogen Assessment : Sources, Effects and Policy Perspectives, Cambridge University Press, 2011.

(2) Rapport d’émission Secten (Secteurs économiques et énergie), Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique, Paris, 2017 (mise à jour du 10 juillet 2018), www.citepa.org

(3) Nom donné aux particules en suspension dans l’air de diamètre inférieur à 2,5 micromètres (ou PM2,5).

(4) « Qualité de l’air ambiant et santé », Organisation mondiale de la santé, Genève, 2 mai 2018, www.who.int/fr

(5) Rapport d’émission Secten, op. cit.

(6) « Nitrogen in Europe : Current problems and future solutions », Initiative internationale sur l’azote, Fondation européenne de la science, Strasbourg, 2011.

(7) Lire Claire Lecoeuvre, « Pourquoi manger bio ? », Le Monde diplomatique, mars 2018.

(8) Lauren C. Ponisio et al., « Diversification practices reduce organic to conventional yield gap », Proceedings of the Royal Society B, vol. 282, no 1799, Londres, 22 janvier 2015.

(9) Marc-Olivier Martin-Guay et al., « The new Green Revolution : Sustainable intensification of agriculture by intercropping », Science of the Total Environment, vol. 615, Amsterdam, 15 février 2018.

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