Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 12:46

 

Notre département est riche d’un patrimoine culturel, architectural, industriel,… Si vous en doutez consultez le site www.tourisme93.com . L’office du tourisme de notre département nous offre un programme varié de sorties parfois gratuites. Vous y trouverez même des visites en rapport avec l’écologie citoyenne, comme la Réserve des Arts, ou Lemon Tri, installés dans une ancienne imprimerie  à Pantin.

La Réserve des Arts collecte des matériaux ou des objets divers devenus inutiles pour des «  évènementeurs » ou des fabricants en tout genre. On y trie, remet en état et propose à bas prix (1,50 € le kg de tasseaux ce jour-là) à toute personne travaillant dans le domaine artistique ( designer, créateur de décors , costumière etc,), une cotisation à l’association est obligatoire.

Lemon Tri présente des machines (taille gros frigo ou distributeur de boisson), ce sont des trieuses de gobelets, bouteilles de plastique, cannettes. Ces machines sont louées pour des évènements, ou déposées gracieusement dans des lieux très fréquentés ( université de Nanterre) . Elles bénéficient d’une maintenance à distance. Une fois ce tri effectué, de très grosses balles sont constituées (150 kg pour les cannettes), puis envoyées dans des entreprises de recyclage.

Lemon Tri enregistre une croissance de 10 % par année, exemple de création d’emploi, de richesse, et de respect de la planète.

Voilà deux lieux bien fréquentables pour les visiteurs, comme pour les acheteurs : L'entrepôt, 53 rue Cartier Bresson, 93500 Pantin M° Aubervilliers-4 chemins, ouvert du mardi au vendredi de 10h à 18h.

 

Repost 0
6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 11:23

par Timothy SNYDER, le 12 Septembre 2015 pour le New York Times, traduction parue dans Le Monde du mardi 6 octobre 2015, http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/10/04/demain-des-holocaustes-sur-fond-de-famine_4782250_3232.html.

Poline Harbali

Avant d’appuyer sur la gâchette, le commandant de l’Einsatzgruppe [commando mobile de tueries] a soulevé l’enfant juif et dit : « Tu dois mourir pour que nous vivions. ». A mesure que les massacres se poursuivaient, d’autres Allemands rationalisèrent l’assassinat des enfants juifs de la même façon : eux ou nous.

Aujourd’hui, nous considérons la « solution finale » nazie comme une sorte de sinistre apogée technologique. Il s’agissait en fait du massacre d’êtres humains à courte distance au cours d’une guerre pour les ressources. La guerre qui a amené les juifs sous contrôle allemand a été entreprise parce qu’Hitler croyait que l’Allemagne avait besoin de plus de terres et de nourriture pour survivre et maintenir son niveau de vie, et que les juifs et leurs idées constituaient une menace pour son projet expansionniste.

La Shoah peut sembler une lointaine horreur dont les leçons ont déjà été tirées. Malheureusement, les inquiétudes de notre époque pourraient à nouveau faire naître des boucs émissaires et des ennemis imaginaires, et les contraintes environnementales contemporaines, susciter de nouvelles variations sur les idées d’Hitler, en particulier dans les pays soucieux de leur démographie galopante ou de leur prospérité.

Au Bangladesh, des millions de personnes ont été déplacées par les inondations et la montée de la mer. Kadir van Lohuizen / NOOR, pour le New York Times.

Déni de la science

La quête pour la domination des Allemands était fondée sur le déni de la science. La solution de rechange à la science d’Hitler était l’idée d’espace vital. L’Allemagne avait besoin d’un empire européen à l’Est parce que seule la conquête, et non l’amélioration des rendements agricole, offrirait la possibilité de nourrir le peuple allemand. Dans le Second Livre – le deuxième tome, postume, de Mein Kampf, rédigé en 1928 - Hitler insiste sur le fait que le problème de la faim ne pourrait être résolu que par l'augmentation des récoltes, et que toutes "les méthodes scientifiques de gestion des cultures" ayant échoué, aucun progrès envisageable ne permettrait aux Allemands de trouver à se nourrir "sur leur propre terre et sur leur territoire". En particulier, Hitler dénie - à tort - que l'irrigation et la mise au point d'hybrides et d'engrais puissent change la donne dans la relation des gens à la terre. La poursuite de la paix et l'abondance par la science, dit-il dans Mein Kampf, est un complot juif pour détourner les Allemands de la nécessité de la guerre. Selon lui, " C'est le Juif, toujours lui, qui cherche à répandre de telles idées mortifères ".

Aussi étrange que cela paraisse, le concept de Lebensraum (espace vital) n'est pas très éloigné de nos façons de penser. Pendant la Première Guerre mondiale, l'Allemagne a été soumise à un blocus alors qu'elle dépendait des importations de produits agricoles pour sa subsistance. Hitler a fait de ces craintes un projet de conquête en vue d'une sécurité absolue. Le Lebensraum est ce qui relie guerre d'extermination et amélioration du mode de vie. Le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, pouvait ramener le but de la guerre à « un grand petit-déjeuner, un grand déjeuner et un grand dîner »Il a confondu mode de vie avec la vie.

Pour élargir le Lebensraum de l'Allemagne, Hitler a voulu arracher l'Ukraine à l'Union soviétique, faire mourir de faim 30 millions d'Européens de l'Est et transférer la nourriture à l'Allemagne. En envahissant l'Union soviétique, en 1941, Hitler avait deux objectifs principaux: le contrôle de la terre fertile d'Ukraine et la destruction des Juifs qui y vivaient. C'est cette invasion qui a placé les enfants juifs sans défense à la merci des unités meurtrières des Einsatzgruppen.

Le changement climatique menace de provoquer une panique écologique sans précédent. Jusqu'à présent, ce sont les pauvres d'Afrique et du Moyen-Orient qui ont supporté tout le poids de la souffrance. Le meutre de masse d'au moins 500.000 Rwandais en 1994 faisait suite à une baisse de la production agricole pendant plusieurs années. Si les Hutus ont tué des Tutsis, ce n'était pas seulement en raison d'une haine ethnique, mais pour s'emparer de leurs terres, comme de nombreux génocidaires l'admirent par la suite. Au Soudan, en 2003, c'est la sécheresse qui a conduit les Arabes sur les terres des pasteurs africains. Le gouvernement soudanais s'est rangé du côté des Arabes et a lancé une campgne d'élimination des peuples Zaghawa, Masalit et Four au Darfour et dans les régions environnantes.

Le changement climatique a également ramené l'incertitude alimentaire au coeur des politiques des grandes puissances. La Chine d'aujourd'hui, comme l'Allemagne d'avant-guerre, est une puissance industrielle incapable de nourrir sa population avec ses seules ressources. Elle se trouve de ce fait dépendante des marchés internationaux, par définition imprévisibles.

Cela pourrait rendre la population de la Chine perméable au retour d'idées telles que le  Lebensraum. Le gouvernement chinois doit compenser la mémoire de famines endémiques encore proches par la promesse de toujours plus de prospérité, tout en affrontant des conditions environnementales en constante dégradation. Le danger n'est pas que les Chinois, non plus que les Allemands pendant les années 1930, ne meurent effectivement de faim dans un avenir proche. Le risque est qu'un pays développé capable de faire parler sa puissance militaire cède, comme l'Allemagne d'Hitler, à la panique écologique et prenne des mesures drastiques pour garantir le niveau de vie de sa population.

Au Soudan, la sécheresse a conduit à un conflit et le déplacement de nombreux civils.

Lynsey Addario pour The New York Times.

Comment un tel scénario peut-il se produire ? La Chine afferme déjà un dixième des terres arables de l'Ukraine, et achète autant de nourriture qu'elle le peut à chaque resserrement des réserves mondiales. Pendant la sécheresse de 2010, les achats paniques des Chinois ont contribué à l’apparition des émeutes de la faim et des révolutions au Proche-Orient. Les dirigeants chinois considèrent d’ors et déjà l'Afrique comme une source de nourriture à long terme. Bien que de nombreux Africains souffrent eux-mêmes de la faim, leur continent détient environ la moitié de la superficie mondiale des terres arables non cultivées. Comme la Chine, les Émirats arabes unis et la Corée du Sud se sont d’abord montrés très intéressés par les régions fertiles du Soudan. Ils sont maintenant rejoints par le Japon, le Qatar et l'Arabie saoudite dans leurs efforts pour acheter ou affermer des terres à travers toute l'Afrique.

Il sera trop tard

Les États en manque de terres commencent toujours par négocier avec tact leurs baux ou leurs acquisitions ; mais en cas de tensions ou de nécessités aiguës, ces zones franches agraires ont de grandes chances de se transformer en colonies fortifiées, engendrant la violence.

Hitler a semé la panique écologique en affirmant que seule la terre apporterait la sécurité à l'Allemagne et en déniant à la science la possibilité d’éviter la guerre. En polluant l'atmosphère avec les gaz à effet de serre, les États-Unis ont fait plus que n’importe quel pays pour entraîner une prochaine crise écologique. Ils sont pourtant les seuls pays où la climatologie rencontre des adversaires au sein même des élites dirigeantes de la politique et de l’industrie. Ces dernières réduisent les résultats empiriques produits par les spécialistes à une conspiration et vont jusqu’à remettre en question la validité de la science - une posture intellectuelle désagréablement proche de celle d’Hitler.

Les pleines conséquences du changement climatique n’atteindront sans doute l’Amérique que des décennies après les ravages que le réchauffement aura provoqués dans d'autres régions. À ce stade, il sera trop tard pour les sciences du climat et les nouvelles technologies énergétiques fassent une quelconque différence. Quand la démagogie de la panique écologique s’installera aux États-Unis, les Américains ont déjà passé des années à répandre la catastrophe climatique à travers le monde. Si, à l’inverse, l’Union européenne prend très au sérieux le réchauffement climatique, c’est son existence qui est cette fois menacée. L'Afrique et le Proche-Orient continuant de se réchauffer, et la guerre d’y faire rage, les migrants économiques et les réfugiés politiques entreprennent de périlleux voyages pour gagner l'Europe. En réponse, les populistes européens en appellent au renforcement des frontières nationales et à la fin de l'Union. Beaucoup de ces partis populistes sont soutenus par la Russie, qui poursuit ouvertement une politique de division dans le but de provoquer une désintégration de l’Europe.

L’intervention de la Russie en Ukraine en 2014 a déjà brisé une ère de paix que les Européens avaient fini par tenir pour acquise. Le Kremlin, qui est économiquement dépendante de l'exportation d'hydrocarbures vers l'Europe, cherche désormais à vendre son gaz par des accords bilatéraux avec chacun des États européens afin d'affaiblir l'unité européenne et d'élargir son influence. Pendant ce temps, le président Vladimir Poutine ne cache pas une certaine nostalgie pour les années 1930, tandis que les nationalistes russes condamnent les gays, les étrangers et les juifs pour leur hostilité à la guerre. Rien de tout cela n’est de bon augure pour l'avenir de l'Europe – comme de la Russie.

Lorsqu’un meurtre de masse se profile, il ne s’annonce pas lui-même dans un langage familier. Le scénario nazi de 1941 ne réapparaîtra pas sous la même forme, mais plusieurs de ses éléments de causalité ont déjà commencé à assembler. Il n’est pas difficile d'imaginer des massacres ethniques en Afrique – ils s’y sont déjà produits; ou le triomphe d'un courant totalitaire violent de l'islam dans un Proche-Orient asséché; ou encore une opération chinoise visant à s’emparer de ressources en Afrique, en Russie ou en Europe de l'Est en enlevant les gens qui y vivent; ou une panique écologique mondiale croissante si l'Amérique abandonne les sciences du climat ; ou une Union européenne tombant en morceaux.

Aujourd'hui, nous sommes confrontés aux mêmes choix cruciaux entre science et idéologie que les Allemands avant nous. Allons-nous accepter les preuves empiriques et soutenir les nouvelles technologies de l'énergie, ou permettre à une vague de panique écologique de se propager à travers la planète ?

Nier la science revient à mettre en péril le futur en convoquant les fantômes du passé.

traduit de l’anglais par Olivier Salvatori. Timothy Snyder est professeur d'histoire à l'Université de Yale, et l'auteur de « Terre noire, l'Holocauste comme histoire et perspective ».

Repost 0
Published by Vert Lilas - dans International
commenter cet article
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 09:00

Les conséquences inattendues d’une sécheresse en Chine

Ne pouvant plus nier les effets des activités humaines sur le climat, les dirigeants de la planète vont se retrouver à la fin de l’année à Paris pour la 21e conférence des Nations unies sur le climat (COP21). Mais ils ne semblent pas prendre toute la mesure du problème, alors que les accidents se multiplient. Les mauvaises récoltes en Chine, par exemple, pourraient avoir attisé les « printemps arabes ».

par Agnès Sinaï, pour Le Monde Diplomatique, août 2015.

Entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrée depuis les premières civilisations du Croissant fertile . Au total, sur les vingt-deux millions d’habitants que comptait alors le pays, près d’un million et demi ont été touchés par la désertification (1), ce qui a provoqué des migrations massives de fermiers, d’éleveurs et de leurs familles vers les villes (2). Cet exode a attisé les tensions provoquées par l’afflux de réfugiés irakiens qui avait suivi l’invasion américaine de 2003. Pendant des décennies, le régime baasiste de Damas a négligé les richesses naturelles du pays, subventionné des cultures de blé et de coton nécessitant beaucoup d’eau et encouragé des techniques d’irrigation inefficaces. Surpâturage et hausse démographique ont renforcé le processus. Les ressources hydriques ont chuté de moitié entre 2002 et 2008.

L’effondrement du système agricole syrien résulte d’un jeu complexe de facteurs dont le changement climatique, une mauvaise gestion des ressources naturelles et la dynamique démographique. Cette « combinaison de changements économiques, sociaux, climatiques et environnementaux a érodé le contrat social entre les citoyens et le gouvernement, catalysé les mouvements d’opposition et irréversiblement dégradé la légitimité du pouvoir d’Assad », estiment Francesco Femia et Caitlin Werrell, du Centre pour le climat et la sécurité (3). Selon eux, l’émergence de l’Organisation de l’Etat islamique et son expansion en Syrie et en Irak résultent en partie de la sécheresse. Et celle-ci ne relève pas seulement de la variabilité naturelle du climat. Il s’agit d’une anomalie : « Le changement du régime des précipitations en Syrie est lié à la hausse moyenne du niveau de la mer dans l’est de la Méditerranée, cumulée avec la chute de l’humidité du sol. Aucune cause naturelle n’apparaît dans ces tendances, alors que la sécheresse et le réchauffement corroborent les modèles de réponse à la hausse des gaz à effet de serre », estime la revue de l’Académie des sciences américaine (4).

Dans l’est de la Chine, durant l’hiver 2010-2011, l’absence de précipitations et les tempêtes de sable, qui ont conduit le gouvernement de M. Wen Jiabao à lancer des roquettes dans l’espoir de déclencher des pluies, ont eu des répercussions en cascade, bien au-delà des frontières du pays. La perte de récoltes a en effet contraint Pékin à acheter du blé sur le marché international. La flambée du cours mondial qui s’est ensuivie a alimenté le mécontentement populaire en Egypte, premier importateur mondial de blé, où les ménages consacrent couramment plus du tiers de leurs ressources à la nourriture. Le doublement du prix de la tonne de blé, passé de 157 dollars en juin 2010 à 326 dollars en février 2011, a été fortement ressenti dans ce pays très dépendant des importations. Le prix du pain a triplé, ce qui a accru le mécontentement populaire contre le régime autoritaire du président Hosni Moubarak.

Dans la même période, les récoltes de blé, de soja et de maïs de l’hémisphère Sud ont été frappées par la Niña, un événement climatique sévère qui a déclenché une sécheresse en Argentine et des pluies torrentielles en Australie. Dans un article de la revue Nature, Solomon Hsiang, Kyle Meng et Mark Cane établissent une corrélation entre les guerres civiles et le phénomène El Niño Southern Oscillation (ENSO), qui, tous les trois à sept ans, provoque une accumulation d’eaux chaudes le long des côtes de l’Equateur et du Pérou, ainsi qu’un renversement des alizés du Pacifique, associés à d’importants bouleversements météorologiques à l’échelle mondiale (5). Pour Hsiang et ses collègues, la probabilité de conflits civils double durant le phénomène ENSO. C’est la première démonstration du fait que la stabilité des sociétés modernes dépend fortement du climat global.

Le changement climatique est devenu un « multiplicateur de menaces » et modifie le cours des relations internationales. A la hard security héritée de la guerre froide succède la natural security, concept forgé par les militaires américains rassemblés au sein du Center for a New American Security. Ce think tank a été créé en 2007 pour contrer le climato-scepticisme des néoconservateurs et identifier les menaces globales émergentes.

Les sources de l’insécurité environnementale ne peuvent plus se réduire à des éléments purement exogènes et naturels comme les éruptions volcaniques, les tsunamis ou les séismes. Les activités humaines, l’accélération des cycles productifs et leur globalisation concourent à déstabiliser le climat. Le néologisme « anthropocène » désigne cette empreinte démesurée des sociétés industrielles sur le système terrestre.

En Arctique, où les glaces pourraient avoir complètement fondu d’ici à la fin du siècle, et où les effets du réchauffement global sont deux fois plus intenses qu’ailleurs, la revendication de nouvelles frontières terrestres et maritimes ravive les tensions entre pays circumpolaires (6). La Russie, qui explore l’Arctique depuis des siècles, est la seule nation à posséder une flotte de brise-glaces nucléaires. Un modèle géant, en cours de construction sur les chantiers navals de Saint-Pétersbourg, sera achevé en 2017 (7).

Moscou renouvelle aussi sa flotte de sous-marins ultrasilencieux de quatrième génération, lanceurs de missiles à tête nucléaire. Côté américain, l’ouverture de l’Arctique est présentée à la fois comme une aubaine commerciale vis-à-vis de l’Asie et comme une possibilité de sécuriser de nouvelles ressources énergétiques (8).

La fonte de l’Arctique impose ses effets systémiques. La variation du vortex polaire, courant d’air glacial du pôle Nord, explique le froid intense qui s’est abattu sur l’Amérique du Nord au cours de l’hiver 2013-2014. « L’interaction entre l’Arctique et le réchauffement global est quelque chose de nouveau dans l’histoire stratégique humaine, parce qu’elle transforme la rencontre entre géographie et géophysique dans cette région en un pouvoir nouveau et étrange, de nature géophysique, que nous nommons le “pouvoir environnemental de l’Arctique”. Celui-ci s’exerce à l’échelle de la planète avec des conséquences massives », observe l’expert en stratégie militaire Jean-Michel Valantin (9).

Pour autant, le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) souligne qu’il n’y a pas de théorie stabilisée permettant d’affirmer la survenue de conflits armés au pôle Nord. La fonte des glaces permettra de valider ou non la robustesse des institutions de coopération transfrontalière circumpolaires, tel le Conseil de l’Arctique. Les causalités s’avèrent complexes, instables et évolutives ; les effets du réchauffement pèsent plus ou moins sur les sociétés en fonction de la résilience des systèmes politiques, économiques et sociaux en place (10).

Dans son livre Climate Wars, le journaliste Gwynne Dyer décrit un monde où le réchauffement s’accélère et où les réfugiés, affamés par la sécheresse, chassés par la montée des océans, tentent de gagner l’hémisphère Nord, tandis que les derniers pays autosuffisants en nourriture, ceux des plus hautes latitudes, doivent se défendre, y compris à coups d’armes nucléaires, contre des voisins de plus en plus agressifs : ceux de l’Europe du Sud et des rives de la Méditerranée, transformées en déserts (11).

Face à ce que certains scientifiques nomment une « perturbation climatique d’origine humaine » (anthropogenic climate disruption), la géo-ingénierie, c’est-à-dire l’intervention délibérée pour enrayer le réchauffement de la planète, tente de prendre le contrôle du climat. Elle consiste en un ensemble de techniques visant à retirer une partie des excédents de carbone de l’atmosphère (carbon dioxyde removal) et à réguler les radiations solaires (solar radiation management), au risque d’une déstabilisation majeure des sociétés et des écosystèmes. La pulvérisation de soufre, par exemple, suppose que la couche répandue dans l’atmosphère soit suffisamment épaisse pour avoir un effet optique d’entrave du rayonnement solaire et, par là, rafraîchir la planète.

Mais l’observation des éruptions volcaniques conduit les climatologues à constater que, si les particules de soufre concourent à refroidir l’atmosphère, elles induisent aussi des sécheresses régionales et peuvent accessoirement réduire l’efficacité des panneaux solaires, entraîner la dégradation de la couche d’ozone et affaiblir le cycle hydrogéologique global. « De plus, sans accords internationaux définissant comment et dans quelles proportions utiliser la géo-ingénierie, les techniques de gestion du rayonnement solaire présentent un risque géopolitique. Parce que le coût de cette technologie se chiffre en dizaines de milliards de dollars par an, il pourrait être assumé par des acteurs non étatiques ou par des petits Etats agissant pour leur compte, contribuant ainsi à des conflits globaux ou régionaux », avertit le dernier rapport du GIEC.

Le changement climatique ne crée pas seulement des motifs supplémentaires de conflit violent, mais aussi de nouvelles formes de guerre, souligne pour sa part le psychosociologue Harald Welzer. La violence extrême de ces conflits excède le cadre des théories classiques et « instaure des espaces d’action pour lesquels aucun cadre référentiel n’est fourni par les expériences vécues dans le monde fort paisible de l’hémisphère occidental depuis la seconde guerre mondiale (12) ». Des combats asymétriques entre des populations et des seigneurs de guerre au service de grands groupes privés alimentent pêle-mêle les marchés de la violence, galvanisés par le réchauffement climatique. Le chaos du Darfour, au Soudan, qui perdure depuis 1987, est emblématique de cette dynamique autodestructrice aggravée par la fragilité des Etats. Dans le nord du Nigeria, la dégradation des terres a perturbé les modes de vie agricoles et pastoraux et interfère avec les routes migratoires. Plusieurs centaines de villages ont été abandonnés et les migrations qui en ont résulté ont contribué à déstabiliser la région, faisant le lit du mouvement islamiste Boko Haram.

Le dernier rapport du GIEC définit la notion de « risque composé » (compound risk), qui désigne la convergence d’ impacts multiples dans une aire géographique donnée : « Parce que la température moyenne du globe est susceptible d’augmenter de 2 à 4 °C par rapport aux températures de l’année 2000 d’ici à 2050, il y a un potentiel, toutes choses égales par ailleurs, pour de grandes modifications dans les schémas de violence interpersonnelle, de conflits de groupe et d’instabilité sociale dans le futur. »

Le chercheur Marshall B. Burke, de l’université de Berkeley, en Californie, et ses coauteurs anticipent une croissance des conflits armés de 54 % d’ici à 2030. Leur étude propose la première évaluation d’ensemble des impacts potentiels du changement climatique sur les guerres en Afrique subsaharienne. Elle met en lumière le lien entre guerre civile, hausse des températures et baisse des précipitations en extrapolant les projections médianes d’émissions de gaz à effet de serre du GIEC pour ces régions entre 2020 et 2039 (13).

L’afflux de réfugiés aux portes de l’îlot de prospérité qu’est l’Europe pourrait se poursuivre et s’accentuer au cours du XXIe siècle. « Il y a aujourd’hui au moins autant de personnes déplacées dans le monde à la suite de dégradations de l’environnement que de personnes déplacées par des guerres et des violences », estime le politiste François Gemenne (14). Ces migrants fuient des guerres qui se déroulent loin de l’Occident. Lequel, en dépit de sa responsabilité historique dans le réchauffement global, rechigne à leur reconnaître un statut : « Réfuter le terme de “ réfugié climatique ” revient alors à réfuter l’idée que le changement climatique est une forme de persécution à l’encontre des plus vulnérables. » Ceux-ci sont les victimes d’un processus de transformation de la Terre qui les dépasse.

Agnès Sinaï, fondatrice de l’Institut Momentum, enseignante en Sciences et politiques de l’environnement, auteure de « Économie de l’après-croissance - Politiques de l’Anthropocène I et II », que je vous recommande, et journaliste environnementale.

(1) « Syria : Drought driving farmers to the cities », IRIN News, 2 septembre 2009.

(2) Gary Nabhan, « Drought drives Middle Eastern pepper farmers out of business, threatens prized heirloom chiles », Grist.org, 16 janvier 2010.

(3) « The Arab Spring and climate change », The Center for Climate and Security, Washington, DC, février 2013.

(4) Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), vol. 112, n° 11, Washington, DC, 17 mars 2015.

(5) Solomon M. Hsiang, Kyle C. Meng et Mark A. Cane, « Civil conflicts are associated with the global climate », Nature, vol. 476, n° 7361, Londres, 25 août 2011.

(6) Lire Gilles Lapouge, « Fascination pour les pôles », Le Monde diplomatique, décembre 2010.

(7) « Russia lays down world’s largest icebreaker », Russia Today, 5 novembre 2013.

(8) « National strategy for the Arctic region » (PDF), Maison Blanche, Washington, DC, 10 mai 2013.

(9) Jean-Michel Valantin, « The warming Arctic, a hyper strategic analysis », The Red (Team) Analysis Society, 20 janvier 2014.

(10) Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), Climate Change 2014 : Impacts, Adaptation, and Vulnerability, 2 vol., Cambridge University Press, Cambridge et New York, 2014.

(11) Gwynne Dyer, Climate Wars : The Fight for Survival as the World Overheats, Oneworld Publications, Londres, 2010.

(12) Harald Welzer, Les Guerres du climat. Pourquoi on tue au XXIe siècle, Gallimard, coll. « NRF essais », Paris, 2009.

(13) Marshall B. Burke, Edward Miguel, Shanker Satyanath, John A. Dykema et David B. Lobell, « Warming increases the risk of civil war in Africa », PNAS, vol. 106, n° 49, 23 novembre 2009.

(14) Naomi Klein, Susan George et Desmond Tutu (sous la dir. de), Stop crime climatique. L’appel de la société civile pour sortir de l’âge des fossiles, à paraître au Seuil, coll. « Anthropocène », le 27 août 2015.

Repost 0
Published by Vert Lilas - dans International
commenter cet article
4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 12:23
CourneuvePark ou Parc de la Courneuve : on choisit ?

 

Ce projet, intitulé le Central Park du Grand Paris, a suscité depuis quelques mois de nombreuses réactions dans le 93 et bien-au-delà. Petit état des lieux.

De quoi s’agit-il ?

D’un projet urbain de grande échelle (24 000 logements, 100 000 emplois …) construits, dans le cadre du Grand Paris, autour du parc de la Courneuve, à la fois sur des terrains libres situés en périphérie, mais aussi en empiétant sur le parc existant. Conçu et porté par Roland Castro, urbaniste très connu et contesté, le projet s’inspire du Central Park de New York, oasis de verdure au cœur des gratte-ciel de Manhattan.

Sitôt rendu public début 2015, ce projet a suscité l’indignation de nombreux habitants du 93, d’élus et de forces politiques (PC, EELV, Front de gauche, NPA …), qui lui reprochent à la fois sa démesure et le fait qu’il ampute d’un quart de sa surface le poumon vert du département, classé Natura 2000. Manuel Valls n’a fait que mettre de l’huile sur le feu en évoquant l’idée d’en faire une opération d’intérêt national (OIN), disposition qui verrait l’Etat se suppléer aux communes pour la délivrance des permis de construire. Notre personnalité locale, Claude Bartolone, a jugé le projet « exceptionnel » …. au début … Depuis le développement des réactions négatives, il se tait (sur le sujet).

Quelques éléments d’information

Central Park

La référence du projet est ce parc de 341 ha situé au cœur de Manhattan et bordé d’immeubles d’habitation parmi les plus chics de New York. Poumon vert de la ville, très fréquenté, montré dans de nombreux films il est un peu le symbole de la qualité de vie à New York… surtout celle des riches. Commercialement il est très tentant de s’y référer.

Le parc de la Courneuve

Officiellement dénommé Georges Valbon, il a été aménagé à partir des années 60 sur d’anciens terrains maraichers. Certains arbres ont donc maintenant près de 50 ans ; la faune et la flore s’y sont très bien développé, au point que le parc est désormais classé Natura 2000. Très fréquenté par les habitants du département, mais aussi par les parisiens, c’est l’un des rares grands parcs de Seine Saint-Denis, les deux autres parcs notables étant celui du Saussay (Aulnay) et de la poudrerie à Sevran. A cheval sur les communes de St Denis, Stains, Garges-les-Gonesse, Dugny, Le Bourget, La Courneuve, sa superficie est de 417 ha soit un peu plus que le parc New-yorkais.

Le Grand Paris

Pour le sens commun, ce devrait être l’union, sous une même autorité politique, de toutes les communes composant Paris et sa banlieue. Ceci existe déjà en province : Grand Lyon, Lille-Métropole, Metz-Métropole … Au plan de l’urbanisme, ceci permettrait une cohérence de l’aménagement du territoire.

On a d’abord parlé de Grand Paris à propos de la consultation lancée par Nicolas Sarkozy en 2008 : 10 équipes connues internationalement sont chargées d’élaborer le « Paris de l’après Kyoto ». En fait on avait donné aucun fil conducteur et les équipes étant parti « en live », il n’en est débouché aucune proposition concrète, aucun plan cohérent.

En l’état actuel, le Grand Paris se résume finalement à deux projets bien distincts :

  • un projet de transport, le Super Métro, lequel avait été travaillé avant la consultation internationale ; 180 kilomètres de nouvelles lignes en double boucle, 40 nouvelles gares …

  • un projet de gouvernance : constituer la Métropole du grand Paris en réunissant sous une entité de gouvernance commune Paris et les 4 départements de première couronne.

Projets aussi aberrants l’un que l’autre : le super métro parce qu’établi en faisant fi de toute cohérence urbanistique entre les zones desservies ; la Métropole parce qu’elle oublie les autres départements de l’Ile de France alors que la seule échelle pertinente est celle de l’agglomération dans son entier, c’est-à-dire de la région. Sans parler de l’énorme et complexe réorganisation administrative qu’elle implique.

Le super-métro desservirait le Central Park de la Courneuve ; à ce titre ce nouveau quartier aurait l’aval des promoteurs – au sens politique du terme- du Grand Paris.

Roland Castro

Architecte et militant politique. Sa pensée intègre l’aspect politique et citoyen d’une architecture urbaine. Son Mouvement de l’utopie concrète est, selon lui, « une tentative de refonder et rénover la politique autour de valeurs révolutionnaires ».

En 2008-2009, il est nommé par Nicolas Sarkozy à la tête d’une équipe pluridisciplinaire avec laquelle il participe à la consultation sur le Grand Paris intitulée « Le Grand Pari(s) de l’agglomération parisienne ». Il y défend notamment l’implantation de hauts lieux symboliques de la République et de la culture pour redonner de l’intensité et de la beauté à la « banlieue ».

Il a été membre du PC et du PS, candidat à l’élection présidentielle de 2007 (inabouti par manque de signatures).

Le projet

En utilisant une bande de 40 à 70 mètres de large sur le pourtour du parc, ce sont 1 700 000 m2 qui seraient dégagés à l’échelle du parc ; cette surface serait complétée en périphérie par deux autres périmètres, le tout représentant près de 10 millions de m2.

Le lieu serait attractif au plan du cadre de vie, mais il l’est également au plan économique : proche de Paris, bien desservi (autoroute, future gares SNCF et Grand Paris Express), il est également très proche des aéroports du Bourget et de Roissy.

Il prétend s’inscrire dans la maîtrise de l’étalement urbain, et de manière générale dans le développement durable ; pour compenser l’emprise gagnée sur le parc existant, « une nouvelle réserve naturelle protégée sera mise en place… les espaces verts pris par les nouveaux bâtiments seront restitués au double ».

Voir la présentation du projet

Les positions des acteurs politiques

Pour les maires des communes riveraines, le projet est séduisant : emploi, intérêt économique, logements, perspective de qualité de vie et de mixité sociale, amélioration de l’image de ces communes qui, au plan du logement, sont plutôt des zones de relégation.

Enthousiasme cependant vite tempéré par la montée au créneau très vive des acteurs de gauche déjà cités, et l’idée de Manuel Valls d’en faire une opération d’intérêt national, qui leur ferait perdre une grande partie de leur autonomie de décision sur le projet.

Jean-Paul Huchon, président de la région IDF, s’est très vite démarqué : « Ce projet, porté par Roland Castro, est le projet de Roland Castro lui-même, c’est-à-dire une initiative privée, une contribution au débat public. Pas plus »

Débat public que le département de Seine Saint Denis a décidé d’ouvrir en lançant de juillet au 20 septembre 2015 une consultation auprès de ses habitants sur le devenir du parc ; consultation sans vraie valeur juridique, mais « c’est une démarche qui donnera de la force et que personne ne pourra balayer d’un revers de la main », estime Stéphane Troussel, président du Conseil départemental (voir consultation en ligne).

Que peut-on en penser ?

Ce projet n’est sûrement pas le plus stupide de ceux qui fleurissent dans le périmètre du Grand Paris. Le territoire concerné présente de vraies opportunités en matière de disponibilités foncières, d’attractivité économique. Par ailleurs le 93 et les communes concernées ont de très forts besoins de logements, de mixité sociale, d’emplois : « Il faut faire quelque chose ».

L’impact écologique est bien réel, et l’amputation d’une partie du parc a fait réagir à juste titre les associations contre cette atteinte au bien commun.

Cependant ce que propose Castro parait complètement démesuré et sorti un beau matin de sa seule imagination : si consultation il y a eu, c’est peut-être en catimini celle de quelques politiciens ou techniciens, en aucun cas celle des populations. Sur ce plan, le département a beau jeu de reprendre l’initiative aujourd’hui.

Enfin, quelle que soit la taille du projet, quid de sa connexion avec les autres qui vont survenir sur le tracé du Grand Paris Express ? Il ne faut pas que, chacun tirant la couverture à soi, le projet des uns phagocyte celui des autres, auquel cas il risque bien de n’y avoir que des perdants.

Et quelle que soit sa taille aussi, quid des connexions avec les communes riveraines, quand on sait par exemple que Saint-Denis connait des difficultés sans nom pour scolariser tous ses enfants, suite notamment l’apport de population issu des nouveaux logements implantés à la Plaine.

Le gouvernement se penchera sur le dossier en Octobre. Soyons attentifs.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Michel Vial

NB : le week-end prochain : http://www.leslilasecologie.fr/2015/10/la-grande-convergence-au-parc-de-la-courneuve-dimanche-11-octobre-12h-18h.html

Repost 0
4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 10:00
La grande convergence au Parc de la Courneuve Dimanche 11 octobre 12h-18h
Repost 0
3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 11:49

par Joël Cossardeaux, pour Les Echos, http://www.lesechos.fr/journal20151002/lec1_enquete/021338331651-les-impacts-ravageurs-dun-rechauffement-de-plus-4-degres-1161405.php La COP21 veut limiter le réchauffement à plus 2 degrés d'ici à 2100. Et si c'était le double ? Malnutrition, disparition des forêts… les conséquences seraient dramatiques pour les pays du Sud.

Cela a commencé en 1990 par 3 degrés Celsius de plus qu'avant l'ère industrielle, puis 3,6 degrés en 2001, avant de passer à 4 degrés en 2007 et 4,8 à la fin de l'an dernier. Les projections les plus pessimistes que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a dressé au fil de ses rapports, n'ont cessé d'être revues à la hausse. C'est dire à quel point le réchauffement se fait plus palpable. Voilà pourquoi le sommet de la COP 21, à Paris, vise à obtenir des engagements des Etats suffisants pour limiter le réchauffement à plus 2 degrés d'ici à la fin du siècle. Pour l'heure, on est loin du compte puisque selon un rapport d'experts paru jeudi, les actions envisagées conduira ient à une hausse de 2,7 degrés.

Que se passerait-il concrètement si le scénario du pire (+4 degrés) se vérifiait ? La réponse est simple : la planète changerait complètement de visage en 2100. Les Pyrénées perdraient leurs glaciers et la plupart des gestionnaires de station de sports d'hiver fermeraient boutique, tandis qu'il ferait bon cultiver la vigne en Scandinavie. Ces conséquences pourraient presque passer pour bénignes au regard de « la probabilité d'impacts graves, étendus et irréversibles » qui s'accroît selon le GIEC. Surtout quand on sait que ce sont les pays du Sud, dont les moyens manquent pour s'adapter, qui vont subir les plus grands bouleversements provoqués par la montée du mercure.

L'agriculture, et en particulier la leur, va souffrir. Les terres arables pourraient sensiblement diminuer en Afrique, en Amérique latine, en Inde et dans le sud de l'Asie où la Banque mondiale chiffre à 10,7 % la part des surfaces cultivables qui pourraient y disparaître. Ce n'est vraiment pas le moment. Les Etats de ces régions vont compter de plus en plus de bouches à nourrir et le pic de croissance de la population mondiale, qu'elles tirent, ne sera en vue qu'en 2100 avec 11 milliards d'individus. D'ici là, les sécheresses et les submersions vont encore s'accélérer, mettant à mal le rendement de nombreuses cultures. La production de blé pourrait chuter de 14 à 25 % d'ici à 2050, celle de maïs et de soja respectivement d'au moins 19 et 15 %.

La planète aura également plus soif. Entre 43 et 50 % de la population mondiale, contre 28 % actuellement, habitera un pays en manque d'eau. L'Afrique, le Moyen-Orient, le pourtour méditerranéen seront les plus touchés par ce qui constitue une menace sur leur sécurité alimentaire. Les pays les plus au nord seront plus arrosés et n'auront pas à faire face à ce problème. Moins peuplés et dotés des bonnes technologies pour gérer la ressource, le réchauffement aura chez eux un impact plutôt positif. Cette carence en eau va aussi peser sur la sécurité énergétique des pays. Les barrages seront plus difficiles à remplir et les centrales plus compliquées à refroidir. Le débit du Danube, du Mississippi et de l'Amazone baisserait de 20 à 40 % avec « seulement » deux degrés de plus à la fin du siècle

Des déserts marins

Mais c'est aussi un appauvrissement considérable de la biodiversité qui est annoncé. Une élévation de la température de 2 à 3 degrés mettrait en jeu la survie de 20 à 30 % des espèces animales et végétales. La forêt en Amazonie, où le nombre d'incendies pourrait doubler d'ici à 2050, sera frappée de sécheresse. Elle pourrait même disparaître en Indochine, elle et ses espèces endémiques. Cette amputation du patrimoine naturel n'épargnera par les océans, dont le niveau s'élèvera de plus d'un mètre en 2100. Dans un scénario à +4 degrés, l'acidité de leurs eaux bondirait de 150 %, celles-ci ne pouvant plus absorber les rejets de CO2. Une catastrophe pour la faune marine et ses zones de reproduction, au premier rang desquelles les récifs coraliens. Et, au minimum, une perte de rendement importante pour les activités de pêche, notamment de coquillages et de crustacés. D'autres espèces, à l'inverse, vont se propager comme les insectes ravageurs.

En France, la chenille processionnaire du pin, un parasite d'origine méditerranéenne déclencheur d'allergies, est aux portes de Paris. Un problème sanitaire qui s'ajoute à bien d'autres, comme la recrudescence les maladies liées à la malnutrition dans les pays du Sud ou la hausse de la mortalité due aux canicules en Europe. De plus en plus soutenues, ces vagues de chaleur pourraient entraîner le décès de 60.000 à 160.000 personnes par an à partir des années 2080.

 

Repost 0
Published by Vert Lilas - dans International
commenter cet article
2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 13:51

par Maxime Combes, membre d’Attac France et de l’Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives, pour Bastamag, 30 septembre 2015, http://www.bastamag.net/Le-gouvernement-francais-accorde-de-nouveaux-permis-d-exploration-petroliere

Les ministres de l’Écologie, Ségolène Royal, et de l’Économie, Emmanuel Macron, viennent d’accorder trois nouveaux permis de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux. Ils se situent en Seine-et-Marne, dans le Bas-Rhin et dans la Marne. Les deux ministres ont également prolongé deux autres autorisations jusqu’à fin 2018, en Moselle et sur l’île de Juan de Nova, en « terres australes et antarctiques françaises », entre Madagascar et le Mozambique. Ces cinq arrêtés ont été délivrés le 21 septembre. Ils marquent une nette inflexion du gouvernement en la matière, lui qui s’était jusqu’ici gardé d’accorder de trop nombreux permis.

L’entreprise pétrolière canadienne Vermilion Energy se voit attribuer le permis de Champfolie. Elle étend ainsi sa concession près de Chaunoy, un des plus importants gisements de pétrole exploité dans la région Ile-de-France. À terme, l’entreprise mise sur un assouplissement de la législation interdisant l’utilisation de la fracturation hydraulique : « On espère pouvoir démontrer que cette technique est respectueuse des règles de l’administration française et de l’environnement », affirmait Vermilion. De son côté, l’entreprise European Gas Limited, basée en Lorraine, pourra y poursuivre ses projets autour du gaz de couche – coal-bed methane en anglais, aussi appelé gaz de houille car présent dans les profondeurs des anciennes mines de charbon – grâce au permis « Bleue Lorraine ». L’exploitation de ce gaz en Australie nécessite la fracturation hydraulique, générant d’importantes pollutions (voir notre article sur le gaz de couche).

Le gouvernement français a également prolongé un permis de recherche d’hydrocarbures « en eaux profondes » au large de l’Ile Juan de Nova, au cœur du Canal de Mozambique. L’île tropicale est entourée d’une grande barrière de corail. Source d’un conflit entre l’État français et l’État malgache, les îles Éparses, dont l’île Juan de Nova fait partie, auraient dû être restituées à Madagascar à la proclamation de son indépendance le 26 juin 1960. Supposée riche en hydrocarbures, et située sur « l’autoroute du pétrole », cette région est l’objet de la convoitise des entreprises pétrolières, alors que les conséquences de l’exploitation d’hydrocarbures pourraient être dramatiques pour l’environnement.

Les climatologues invitent pourtant les chefs d’État à geler l’exploration de nouveaux gisements pétroliers, gaziers et charbonniers. A la tribune de l’ONU, François Hollande vient d’interpeller l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement de la planète : « L’humanité est-elle capable de prendre la décision de préserver la vie sur la planète ? », rappelant que, sans résultat à la prochaine conférence sur le climat à Paris, « ce serait trop tard pour le monde ». Il semble que le message n’a pas été entendu au sein du gouvernement.

Cf notre article du 14 septembre 2012 ci-dessous :

Laisser le gaz et le pétrole dans le sol, c’est maintenant !

« Je veux des progrès écologiques irréversibles », ambitionne la ministre de l’Écologie Delphine Batho, qui souhaite que la France soit « en pointe de la lutte contre le changement climatique ». Très bien. Mais cela signifie faire certains choix, en particulier laisser les hydrocarbures là où ils sont. Qu’en dira la conférence environnementale ?

Souhaiter que la France soit « en pointe de la lutte contre le changement climatique ». Voici une déclaration de Delphine Batho, ministre de l’Environnement, qui devrait être prise au pied de la lettre. À condition de s’entendre sur les mots. « Être en pointe » pourrait signifier vouloir être le moins pire des États de la planète en matière de lutte contre le changement climatique. Pas très difficile. La ministre réduirait ainsi son ambition à celle d’être la moins mauvaise des cancres du climat qui, de négociations en négociations, conduisent la planète dans le chaos climatique.

Etre « en pointe de la lutte contre le changement climatique », c’est pourtant tout autre chose. Il s’agirait notamment de satisfaire aux principales exigences établies par les scientifiques pour avoir une chance raisonnable de ne pas basculer dans une situation de réchauffement et d’instabilité climatique qui ne seraient pas maîtrisables. L’une de ces conditions est de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement climatique global d’ici la fin du siècle.

Laisser 80% des hydrocarbures dans le sol

Sur la base d’une étude du Postdam Institute for Climate Impact Research, il ne faudrait pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 ou équivalents CO2 d’ici à 2050 pour avoir de sérieuses chances de ne pas dépasser la barre fatidique des 2°C. La combustion de toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète engendrerait 2795 gigatonnes de CO2, soit cinq fois plus ! Si l’on veut respecter les préconisations des scientifiques, ce sont donc 80% de ces réserves qui ne doivent pas être extraites et consommées. Bien entendu, les résultats peuvent être discutés et précisés. Mais les ordres de grandeur sont là.

Ne pas consommer 80 % des réserves prouvées d’énergies fossiles d’ici 2050, voilà donc une belle ligne directrice pour la transition énergétique. Il en sera question lors de la conférence environnementale. Les implications sont nombreuses. Cela implique logiquement ne pas chercher à constituer de nouvelles réserves. À quoi bon, alors, forer toujours plus loin et toujours plus profond, avec plus de risques environnementaux ? A rien. Sauf à gaspiller des ressources financières, techniques et humaines qu’il serait bon d’employer ailleurs. Delphine Batho semble avoir perçu l’argument et a récemment admis que « la transition énergétique, ce n’est pas d’aller chercher de nouveaux hydrocarbures ». Après les paroles, les actes fermes et définitifs sont attendus : gaz et pétrole de schiste doivent rester dans le sol. Le pétrole de Guyane également.

Un moratoire international sur les énergies fossiles

Autre implication : tous ceux, ministres compris, qui veulent extraire du pétrole ou des gaz de schiste – et plus largement toute nouvelle source d’énergie fossile – devraient d’abord expliquer publiquement comment ils comptent satisfaire à ces exigences climatiques. Il y a ceux qui vont nier le réchauffement climatique et ainsi se décrédibiliser totalement. D’autres pourraient tabler sur la séquestration du carbone ou la géo-ingénierie, autant de projets aujourd’hui portés par des apprentis sorciers. Il y a enfin ceux qui vont tenter de noyer le poisson en essayant de rassurer les chaumières sans apporter la moindre réponse. Les débusquer sera facile : sont-ils oui ou non d’accord pour un moratoire international sur toute nouvelle exploration de ressources énergétiques fossiles ?

Les implications d’une telle ligne directrice vont plus loin. Les valorisations et notations boursières des industries pétrolières et gazières sont notamment basées sur les réserves prouvées d’énergies fossiles qu’elles peuvent inclure dans leurs bilans. On comprend alors leur avidité à aller prospecter toujours plus loin et plus profond. Laisser 80 % de leurs réserves dans le sol reviendrait à diminuer leur valorisation boursière d’autant et dégonfler une bulle financière créée autour d’énergies fossiles que nous n’aurons plus le droit d’exploiter.

Démanteler les multinationales de l’énergie

Laisser du pétrole dans le sol revient à considérer que nous ne sommes pas confrontés à une pénurie de pétrole, mais à un trop-plein. Un trop-plein que ni les multinationales ni les marchés de l’énergie, s’apprêtant à forer jusqu’à la dernière goutte, ne sont en mesure de respecter. Laisser 80 % des réserves d’énergies fossiles prouvées revient donc à démanteler les multinationales de l’énergie pour que les populations et les pouvoirs publics en prennent le contrôle. En effet, alors que la possibilité ou non d’assurer une certaine stabilité climatique, bien commun de l’humanité, est en jeu, la recherche et l’extraction de ressources énergétiques fossiles peuvent-elles être laissées à la seule appréciation du secteur privé ? Certainement pas.

Pour devenir un pays « en pointe de la lutte contre le changement climatique », de nombreuses autres exigences seraient à respecter. En faisant une telle déclaration, Delphine Batho semble audacieuse. Reste à concrétiser ces paroles, dès la conférence environnementale. Laisser le gaz et le pétrole dans le sol, c’est maintenant !

Maxime Combes

 

Repost 0
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 18:26

Le 9 mai dernier aux Lilas, la  Fête de la Transition énergétique et citoyenne le 9 mai aux Lilas a permis de prendre contact avec l’association montreuilloise Le sens de l’humus et d’élaborer la mise en place d’un composteur de déchets organique ménagers.

Le sens de l’humus expérimente un certain nombre de méthodes d’agriculture biologique  (permaculture, mises en place de jardins expérimentaux…) et pilote des projets de compostage dans les villes qui le souhaitent avec le soutien d’Est ensemble, le Syctom et de la Région.

La ville a soutenu ce projet qui s’avère déjà bien suivi puisque 70 personnes environ se sont déjà inscrites. La compostière sera installée au Parc Lucie Aubrac (prés de l’entrée principale) et sera ouverte tous les dimanches de 11h à 13H.

L’inauguration aura lieu le 10 octobre à 11H : rendez vous à la mairie à la salle des Suffrages pour une petite formation puis sur place à 12H30 : pot convivial et premiers dépôts.

La compostière sera ouverte dés le lendemain. Une permanence de 2 personnes sera assurée chaque dimanche, ce sont en effet les utilisateurs eux mêmes qui prennent en charge le fonctionnement.

Pour s’inscrire au compostage, contacter  margogoute@yahoo.fr ou sur place et pour s’inscrire à la permanence planning https://framacalc.org/compost%20lucie%20aubrac. .

Lucie Ferrandon

Repost 0
30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 09:22

La Fête de la transition énergétique et citoyenne aux Bruyères le 9 mai, avait montré les alternatives lilasiennes sur l’énergie, l’alimentation, le respect de la biodiversité, les déplacements, pour montrer que la transition est possible, transition énergétique, transition citoyenne aussi. La participation d’associations nationales comme Alternatiba illustraient la volonté des mouvements locaux de converger pour créer un rapport de forces national, voire international, pour peser sur le niveau politique.

Fortes de ces contacts, les associations travaillant ensemble se sont rassemblées sous le nom de Collectif Climat des Lilas pour participer à l’initiative nationale du Tour Alternatiba.

Afin de sensibiliser les français aux enjeux climatiques actuels, l'association à dimension internationale Alternatiba (https://alternatiba.eu) a organisé un tour de France en tandem sous la devise : Nos enfants nous remercieront !  

Partie de Bayonne le 5 juin, c’est vendredi 25 septembre à partir de 9h15 que la caravane d’une trentaine de cyclistes, renforcée par quelques lilasiens, a porté son message « PRÉSERVER LE CLIMAT : ON PEUT AGIR » à travers Les Lilas, du lycée Paul Robert jusqu’au parc Lucie Aubrac.

Arrivée au Parc Lucie Aubrac, à 10h, le Tour Alternatiba a dialogué avec le maire des Lilas, lui proposant à nouveau (comme le 9 mai dernier) de signer le Pacte pour la Transition.

L’idée est de faire s’engager les élus des communes en leur proposant d’adopter au moins cinq parmi quinze mesures simples et concrètes correspondant à leurs compétences, qui peuvent être mises en œuvre en moins d’un an et sont facilement évaluables (sans être un « expert »), mais aussi de favoriser la création d’un espace partagé entre élus et citoyens pour discuter, élaborer et concrétiser les alternatives pour une transition écologique et sociale. Les voici :

La ville des Lilas n’a pas répondu pour l’instant, contrairement à 119 villes visitées par le Tour, comme Montreuil d’où était parti le Tour le matin même, ou Aubervilliers vers laquelle quelques cyclistes lilasiens ont guidé le Tour par la suite.

Au parc Lucie Aubrac, Alternatiba a aussi retrouvé plus d’une centaine d’adultes et les enfants de nombreuses classes des écoles lilasiennes attirés par le Ruban pour le Climat. Le Collectif Climat des Lilas, a repris l’initiative de la marche mondiale de 2014, un Ruban pour le Climat ! et Kate Mc Neely avait apporté des États-Unis plusieurs centaines de rubans représentant les espoirs d’un nouveau monde.  

Le Collectif Climat des Lilas invitait les enfants des écoles et tout citoyen à venir écrire leur souhait pour la terre (ou ce que vous ne voulez pas voir disparaître en raison du réchauffement climatique !) sur un ruban de tissus

et à l’accrocher sur les fils d’un grand mat porte-rubans…

Enfants et adultes mêlaient aussi leurs engagements sur un grand tableau.

Interrompue à midi, la manifestation a repris à partir de 16h, et plus d’une centaine de nouveaux rubans se sont joints pour porter les attentes des citoyens.

Et le lendemain, Place de la République à Paris…

le Ruban pour le climat était présent samedi 26 et dimanche 27 septembre au pôle Culture du Village des Alternatives, conclusion du Tour Alternatiba,

pour participer à ce grand festival de toutes les solutions qui existent déjà aujourd’hui et sont développées dans tous les domaines de la vie pour lutter contre le dérèglement climatique rassemblant plus de 300 organisations, du collectif de jardin partagé à Greenpeace en passant par des organismes d’éducation populaire, et 60 000 personnes !

Patrick Viveret et Edgar Morin dialoguent...

Et c’est pas fini ! Quelques mots en attendant la réunion-bilan du collectif cette semaine :      «  Je crois que nous pouvons être fiers de ces journées pour le Climat, qui, j’en suis sûr, portera ses fruits… Nous vous remercions de tout cœur d’avoir suivi cette initiative avec intelligence, bonne humeur, et un tel enthousiasme… Notre collectif citoyen s’est encore renforcé depuis la Fête de la Transition… Si vous avez des idées d’actions à initier, c’est une force que nous puissions compter les uns sur les autres, et selon les affinités avec le projet et le temps disponible de chacun, bien sûr, lancer de nouvelles actions. »

D’autres initiatives sont prévues prochainement. Pour rejoindre le Collectif Climat des Lilas : Sandrine (06 60 62 90 37), Stéphanie (06 65 76 17 43) ou David (06 60 18 49 10).

 

Repost 0
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 20:54

 

Le 31 janvier dernier, Catherine Withol de Wenden, Directrice de recherche au CNRS ( CERI Sciences Po), spécialiste des migrations internationales, intervenait au colloque du Collectif National pour le Droit des Femmes intitulé : "Face à la crise les extrêmes droites sont un danger pour les droits des femmes et la justice sociale".

"Je suis aussi membre de la Ligue des droits de l'homme, je voulais le rappeler.  Je ne vais peut-être pas tellement parler des aspects théoriques, mais je vais essayer de traiter la thématique que vous m'avez proposée, c’est à dire sur les dynamiques nouvelles qui ont affecté les tendances des flux migratoires dans le monde sur les vingt dernières années, et sur les tentatives de gestion régionale et mondiale des flux.  

Ce colloque me semble très utile, car il essaye d'aller à l'encontre des idées reçues, qui courent facilement, malheureusement, et elles sont très nombreuses, concernant les phénomènes migratoires. En tant que chercheure, je suis amenée à intervenir dans de nombreux débats, et je m'étonne, année après année, de voir combien les sujets que l’on traite ont beaucoup de mal à passer dans l'opinion publique, sauf auprès de gens convaincus. Et combien ces stéréotypes qui circulent fortement, reposent sur une très grande méconnaissance des sujets. L'ignorance faite lit des succès des ouvrages dont on a parlé, comme celui d'Éric Zemour, truffé d'erreurs sur le thème de l'immigration - je voulais le mentionner - et beaucoup d'autres ; de même que sur l'islamophobie, il y a énormément d'erreurs, par rapport aux travaux d'enquêtes sur la question.  

Comme la plupart des gens ne connaissent pas ces sujets, parce que le thème est peu enseigné à l'école, il fait partie d'un ensemble de savoirs qui ont été créés par des gens de ma génération, c’est à dire qui progressivement ont pris dans toutes les disciplines (histoire, économie, sociologie), pour créer un champ de recherches particulier sur l’immigration. Comme sur l'Europe ou sur quantité de sujets, la plupart des gens ignorent ces réalités et ces savoirs, sont extrêmement perméables aux idées reçues ; et à propos de ce thème, je vais essayer à chaque fois de rappeler ces idées reçues, qui sont contredites par toute une série de chercheurs, d'experts, de gens qui font des enquêtes de terrain, de rapports sur la question.  

En ce qui concerne la mondialisation, beaucoup de choses se sont passées depuis les 20 à 30 dernières années, qui ne sont pas perçues par l’opinion. Dans l’ensemble, l'opinion publique a l'image de l'immigration qui est celle des années 60 et 70, qui croit que l'immigré est quelqu'un de rural, très peu scolarisé, qui vient pour travailler, et qui va repartir dans son pays, et que s'il ne repart pas, c'est la catastrophe absolue pour la société du pays d'accueil. C'est une première idée reçue qui a 40 ans d'âge, et qui ne correspond plus du tout à la réalité. On a assisté depuis trente ans à une généralisation du droit de sortie. En fait, dans quantités de régions dans le monde, dont le bloc communiste, la Chine, il est devenu possible de sortir de chez soi, comme pour beaucoup de pays du Sud. Il est devenu possible de sortir, alors que le droit de sortie auparavant était accordé parcimonieusement. Mais il y a eu un durcissement du droit d'entrée, avec tous les effets pervers qu'on voit, et qui en sont le résultat : multiplication des sans-papiers, restrictions du droit d'asile, mineurs non accompagnés, trafics du passage, morts aux frontières etc. C’est le résultat de ce déséquilibre, parce que presque tous les pays du monde ont donné le droit de sortie, mais les pays d'accueil ont restreint et sécurisé le droit d'entrée.  

C'est un premier élément très important, car en fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, c'était l'inverse. Il était difficile de sortir de chez soi pour le plus grand nombre, parce que les Etats tenaient à leur population, pour des raisons agricoles, militaires, fiscales ; mais il était assez facile de rentrer quelque part, notamment dans les pays qui colonisaient mais aussi dans ceux qui étaient colonisés. Le système s'est inversé, on est passé d'un droit de sortie difficile à un droit d'entrée difficile. C'est un élément très important apparu depuis la chute du mur de Berlin.  

Deuxième élément très important, les migrations se sont mondialisées. Aujourd'hui, presque toutes les régions du monde sont concernées par les flux migratoires. Même si les flux, contrairement à une autre idée reçue, sont peu nombreux finalement. 3,1 % de la population mondiale, c'est 240 millions de personnes.  

Deuxième idée fausse dans ce registre, il y a autant de gens qui vont vers le Sud, que de gens qui vont vers le Nord. La plupart des gens ont du mal à accepter cette idée, les gens croient que tout le monde vient chez nous, que les grandes catastrophes des civilisations occidentales viennent du fait

que tout le monde veut venir chez nous. Or c'est faux, les pays du Sud attirent beaucoup. Les pays du Golfe sont la troisième région d'immigration au monde. Beaucoup de pays émergents sont devenus de grands pays d’immigration. La migration se généralise à la fois pour le départ, l'accueil, et le transit. Émigration, immigration, transit, beaucoup de pays sont les trois à la fois dans ce contexte.  

Autre phénomène qui s'est beaucoup développé, c'est l'individualisation du départ. Le migrant n'est plus quelqu'un qui vient parce qu'un patron est venu le chercher dans son pays d'origine, etc. Un migrant a souvent un projet, contrairement à une idée reçue, c'est quelqu'un de plus en plus urbanisé et scolarisé. Une étude récente fait apparaître que le niveau moyen des migrants, en termes de scolarité, est supérieur au niveau moyen d'éducation du pays où il arrive. C'est un phénomène colossal. Les gens croient que ce sont des pauvres, incultes, c'est totalement faux, beaucoup de gens ont envie de partir de chez eux. Beaucoup de gens ont un projet individuel de partir pour des raisons diverses (crise…) Mais en moyenne, ils sont plus scolarisés et formés que la moyenne de la population du pays. Dans ces profils individualisés, il y a les femmes, 51 % parmi les migrants internationaux, c'est un phénomène en pleine expansion. Ce qui explique un autre phénomène, qui coexiste avec la mondialisation, la régionalisation des flux. Aujourd’hui, il y a plus de migrants qui viennent de la même région, que de gens qui viennent d'ailleurs. Justement parce qu’il y a des migrants qui sont des femmes, qui vont moins loin que les hommes, parce qu'elles ont des contraintes familiales. Les mineurs non accompagnés, les réfugiés de conflits, les déplacés environnementaux, ce sont des gens qui ne vont pas très loin, qui vont dans le pays juste à côté, sauf pour ceux qui ont beaucoup d'argent. Tous ces nouveaux profils accentuent le phénomène de régionalisation.  

L'Amérique du Sud, l'écrasante majorité des migrants d'Amérique du Sud viennent d'Amérique du Sud. Ils vont des pays andins vers le Brésil, le Venezuela, l’Argentine le Chili, l’Uruguay. Si vous prenez l'Amérique centrale, le pôle d'attraction c'est les États-Unis, mais aussi le Mexique. Beaucoup de migrants, plus de la moitié des migrants viennent d'Amérique centrale, du Mexique et du Canada, ce n'était pas vrai il y a trente ans.  

L'Australie a rêvé d'être une Australie blanche, aujourd’hui, la moitié des migrants viennent d'Asie du Sud-Est.  

La Russie est le 4e pays d'immigration au monde. L’essentiel des flux viennent des pays de l'ex URSS, c'est-à-dire de la CEI, Asie centrale et Sud Caucase.  

Pour l'Europe, l'essentiel des migrants vient des pays de la rive sud des pays méditerranéens, et des pays européens, enfin devenus mobiles depuis 2004. Tout cela change très vite.  

En Afrique, un migrant sur deux va vers l'Afrique.  

En fait, on a à la fois un phénomène de mondialisation et de régionalisation des flux migratoires, qui change beaucoup les données du problème. Il y a des réponses, des tentatives d'adaptation de certaines régions à ce phénomène. On a des systèmes régionaux de libre circulation, qui se sont mis en place, et qui ne fonctionnent pas toujours très bien à cause des conflits et des crises : la CDAO, Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest. C'est une tentative entre 15 pays d'Afrique de l'Ouest de faciliter la circulation des personnes, le commerce, les échanges.  

Pour l'Amérique du Sud, il a l'UNASUR, variante du MERCOSUR, entre pays d'Amérique du Sud.  

En Afrique du Sud, on a trois ou quatre systèmes avec les pays avoisinants. Il y a l'ASEAN, entre les pays d'Asie du Sud-Est.  

Pour la Russie, du temps de l'URSS, on avait un passeport intérieur, le Propiska, aujourd’hui, la Russie a supprimé les visas.  

La Turquie a supprimé les visas avec 48 pays, dont les 28 de l'Union européenne pour faciliter les échanges, la circulation, le tourisme.    

C'est donc un système qui se régionalise tout en se mondialisant. C’est un phénomène qui va aller croissant.   

Un autre élément de cette réalité, qui explique les idées de l'extrême-droite, c'est que l'État-nation est le grand perdant de la mondialisation.  

Les États-nations sont les grands perdants de la mondialisation, car quantité de flux de migrations échappent au contrôle de l’État-nation, qui cherche à pratiquer des contrôles de l'identité etc. L'immigration est un élément de désordre international, dans un monde où chaque État aurait sa population à l'intérieur de ses frontières, qu'il contrôlerait. Les effets de tout ça, c'est des tentatives surtout militantes, mais pas seulement, de proposer un mécanisme de gouvernance de la migration ; il y en a d'autres, dans d'autres domaines. Mais la migration est une thématique qui a peu de légitimité sur la scène internationale, parce que les États d'accueil sont encore très forts. Les tentatives de proposer un mécanisme de gouvernance de la migration sont surtout des tentatives militantes, mais pas seulement. Dans le domaine de la migration, les États sont encore très forts. C'est le plus fort qui gagne. On est dans le Far-West, les États-Unis, le Japon, l'Europe, l'Australie, quelques grands pays du monde déterminent finalement les règles du droit à la mobilité, les autres pays doivent s'aligner devant les l'imposition de visas, de systèmes de contrôle.  

Kofi Annan avait proposé, il y a 10 ans, un système multilatéral, mettant autour de la table les pays d'accueil, les pays de départ, les associations, des O.N.G., tous ceux qui ont des intérêts divers autour des migrations, pour essayer d'établir des normes qui s'imposeraient aux États. C'est très difficile à mettre en œuvre, il y a eu, à ce sujet, deux dialogues de très haut niveau. Les forums sont très actifs sur les droits des femmes dans la migration, il y a eu deux forums locaux, le forum de Manille pour un travail décent, un forum sur l'égalité entre les hommes et les femmes au regard des droits, comme travailleurs migrants. Quantité de forums traitent des droits des femmes migrantes et des mineurs non accompagnés, et d'autres catégories. Ces forums essayent de soulever les situations les plus criantes, pour  les mettre sur la table, et en débat. C'est une forme de militance qui avance lentement. Il y a ce que certains appellent « d'étranges compagnons de lit », ceux qui sont pour l'ouverture des frontières (les patrons, les associations de droits l'homme, les associations de migrants,  les pays de départ), et de l’autre côté ceux qui sont contre, et qui n'ont pas l'habitude de militer ensemble : les pays d'immigration, les mouvements nationalistes, ceux qui craignent pour le welfare, qui sont aussi des gens très hétéroclites.  

Le militantisme pour cette cause progresse lentement, mais progresse un peu, parce que autour de cela sont mis en avant les effets pervers des modes de gestion des flux migratoires. 40 000 morts en Méditerranée depuis les années 1990, on a eu encore la catastrophe de la période de début janvier, où trois cargos sont arrivés en Italie, cela existe en permanence et de façon récurrente. On a abandonné Mare nostrum, en disant qu'il fallait que ce soit repris par Frontex, qui est surtout une politique de contrôle au niveau de l'Europe. Tout cela ne fonctionne pas, les politiques de dissuasion ont échoué depuis 30 ans. Deuxième constat, les politiques de fermeture des frontières ne sont pas possibles à mettre en œuvre. Les grands pays de destination sont l'Europe, les États-Unis, les pays du Golfe, la Russie. Pour ces grands pays, l'essentiel des flux sont des flux qu'on ne peut pas éviter, parce que ce sont des flux de droits : la plupart des gens qui entrent sont des gens qui entrent parce qu’ils en ont le droit : regroupement familial, demandeurs d'asile, étudiants.  

De façon plus modeste, le quatrième point, les gens qui viennent pour travailler, et qui veulent entrer, d'ailleurs fort difficilement, légalement sur le marché du travail.  

L'essentiel des flux sont donc des flux de droit. L'idée de la fermeture des frontières est impossible à mettre en œuvre, ne serait-ce que à cause des accords signés par les grands pays d'accueil, et au niveau de l'Europe, sur toute une série de dispositions. Notamment, en ce qui concerne la demande d'asile, il y a une clause de non rapatriement pour les personnes qui viennent des pays en crise, même si on ne leur donne pas le statut de réfugié. Pour les mineurs non accompagnés, il y a la déclaration des droits de l'enfant. La plupart des flux sont des flux de droit. Les politiques de dissuasion ont échoué.  

Troisième constat. L'idée de la substitution des Européens aux non Européens sur le marché du travail, sujet extrêmement débattu depuis 30 ans par le Front National, ne fonctionne pas. Malgré le chômage, il n'y a pas eu de substitution des nationaux aux étrangers, dans les secteurs qui sont les plus pénibles, les plus mal payés, soumis aux intempéries etc.   

Dans la plupart des grands pays d’immigration, le marché du travail est très segmenté, il n'y a pas de substitution des nationaux aux étrangers, sauf des cas très exceptionnels. C'est un élément auquel il faut répondre, car c'est un sujet qui court les rues, avec des « il n’y a qu’à ».  

Autre idée fausse, les politiques de retour n'ont donné aucun résultat. Les politiques de développement souvent mises en œuvre pour accompagner le retour, le rendre un peu plus doux, ne sont pas une alternative à la migration. Depuis 40 ans qu'il y a des travaux à ce sujet, on constate que ces politiques de développement n’ont rien à voir avec la migration, le développement crée la mobilité, il n'est pas une alternative à la mobilité. Plus il y a de développement, plus il y a de migrations. La migration est un facteur de développement humain. On est dans un monde de contradictions, de globalisation contradictoire. On est dans un monde de libéralisme économique, mais en même temps, le facteur humain est celui qui circule le moins facilement. Si on était vraiment dans un monde de libéralisme économique, les gens auraient le droit de circuler. On est dans une politique de  libéralisme, mais on a une politique ultra-sécuritaire sur le plan des flux migratoires. La plupart des pays du monde se réclament des droits de l'homme, qui sont bafoués, pour l'essentiel de la gestion des flux migratoires au quotidien. Autre contradiction, tous les rapports d’experts disent que la mobilité est un facteur essentiel de développement humain, et en même temps, les deux tiers de la population de la planète n'ont pas le droit de circuler librement, et sont soumis à des visas, quelle que soit la destination qu’ils se proposent d’avoir.  

Une classification a été faite sur le droit à la mobilité selon les pays du monde. Si on est danois, on peut circuler dans 164 pays du monde. Si on est originaire du Malawi, on doit fournir des visas pour toutes les destinations dans lesquelles on se propose d'aller. On a une inégalité flagrante, en termes du droit de circuler. Ce qui se joue dans la gouvernance, c'est l'idée de promouvoir le droit à la mobilité, comme droit de l'homme pour le XXIe siècle. En disant qu’une des plus grandes inégalités du monde, c'est le droit de circuler. Selon le pays où on est né, on a le droit de circuler ou pas. Aujourd’hui le monde bouge, le monde rencontre le monde. Au Sud, les gens veulent aussi bouger, ils veulent comme nous, vivre dans la mobilité, comme mode de vie. Cette incapacité pour le plus grand nombre d’entrer dans les catégories légales de la migration fait qu’il y a une économie du passage qui s’est développée, avec à la clé, pour pouvoir le financer, toute une forme d’économie parallèle, avec des formes de racket etc.  

Comment faire passer ces idées ? C'est très difficile. Les gens croient que si on ferme les frontières nationales, cela va arrêter la migration, que si on fait du développement, ils n'auront plus envie de venir chez nous, alors qu'en fait ils sont inondés, au Sud, d'informations et de réseaux qui donnent envie de bouger, quand il y a 40 % de chômage chez les jeunes scolarisés dans leur pays d’origine etc. Comment faire passer aussi l'idée que, ne serait-ce que par intérêt égoïste pour notre sécurité, on a intérêt à ce que les gens circulent, et à ne pas maintenir aux portes des pays européens des gens enfermés derrière des frontières, une population, avec un âge médian de 25 ans, de jeunes scolarisés 40 % de chômage etc. qui n'a pas le droit de bouger ? Et avec une offre de mobilisation islamiste à nos portes.  

Tout cela, ce sont des choses très difficiles à faire passer. Pourquoi ? Parce qu’on est dans le court terme. Les politiques ne font pas leur travail en la matière, ils essayent d'aller dans le sens de l'opinion publique, on est dans une politique d'opinion, de réponse à très court terme. On n'évolue pas beaucoup, en termes de réponse à cette question migratoire. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre, mais de gérer une réalité. Le discours a en général 30 ans de retard, par rapport à la réalité. Avoir en tête que ce n'est pas en fermant les frontières qu'on va résoudre les problèmes. Avoir en tête que les migrants viennent pour des raisons légales, que les politiques de retour ont échoué depuis 40 ans mais il continue toujours à y avoir des politiques de retour, que le développement n'est pas une alternative à la migration, qu'il n'y a pas de substitution des nationaux aux étrangers.  

Tout cela a bien du mal à passer, et ne parlons pas des questions relatives à l'intégration. Là aussi, on a une série d'idées reçues qui ne correspondent pas à la réalité. Il ne faut pas oublier que, il y a deux semaines, on était dans un climat d'islamophobie terrible. Il y avait une médiatisation du livre de Zemmour et du livre de Houellebecq considérable, sur l'ensemble des médias. En Allemagne, le mouvement xénophobe progresse dans les rues de Berlin et ailleurs.  

On est dans un contexte qui exacerbe ces sentiments extrêmes, et qui leur donne énormément de publicité, et qui leur donne des facilités de réflexion et de langage, Et tout cela nuit à une approche rationnelle de ces questions.  

On ne parle d'immigration ni au G8, ni au G20, cela dérange. Donc, tant qu'on n’en parle pas en haut lieu, qu'on ne met pas en lien telle décision prise par le FMI ou la banque mondiale pour telle politique de développement , ou tels investissements dans telle région du monde, avec les conséquences que cela peut avoir sur l'immigration, comme tout est interdépendant, on n'avance pas sur le terrain d'une meilleure concertation. La bonne gouvernance serait de faire de la mobilité un bien public mondial. Accompagner les flux, au lieu de considérer que c'est une catastrophe, pour avoir une autre approche, et mieux valoriser les migrants, leur pays de départ et les pays d’accueil. On est très loin de cette approche positive, parce qu'on est dans une série de politiques, et d'opinions qui consistent à ne pas accepter l'idée que l'Europe est devenue une terre d'immigration, d'installation, de circulation et de peuplement. La plupart des gens refusent cette idée, qui est une réalité depuis 50 ans. L'Europe partage cette caractéristique, avec les pays du Golfe, d'être devenue au fur et à mesure des années une terre d'immigration et d'installation, sans accepter cette réalité. C'est une des raisons de cette politique aussi restrictive, soutenue par l'opinion."

Catherine Withol de Wenden est l'auteure de nombreux ouvrages dont :

Faut-il ouvrir les frontières? Paris, Presses de Sciences-Po, 2014

Le droit d'émigrer, Paris, CNRS Éditions, 2013

Pour accompagner les migrations en Méditerranée, Paris, l'Harmattan, 2013

Atlas des migrations. Paris, Autrement, 2012

Les nouvelles migrations. Paris, Ellipses, 2013

 

Repost 0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet