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  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 15:04

Face au FN, droite et gauche sont dans le déni

La droite n’y voit qu’expression de colère, mais ignore les raisons de la colère.

La gauche au gouvernement refuse l’analyse des raisons de l’échec face à l’abstention de ses électeurs. Elle continue à libéraliser son programme comme depuis 2 ans, sans se fixer comme objectifs prioritaire la réduction des inégalités afin de reconquérir son électorat. Cette droitisation économique s’accompagne d’une restriction des libertés qui ne déplait pas à la droite et à l’extrême-droite, et d’une criminalisation des citoyens engagés écologistes et alternatifs proprement scandaleuse.

Quant aux écologistes, comme pour le reste de la gauche, nos propositions régionales ont été inaudibles dans un climat médiatique post-attentats difficile, de même que notre bilan pourtant réel – le pass Navigo unique porté seul par EELV de 2010 à 2015.

 

Pourtant, crier « No pasaran » ne suffit plus

Contre le FN, dénonciation, diabolisation, dénigrement, cordon « sanitaire » républicain, toutes les stratégies politiques censées contrer le Front National ont été épuisées et se sont révélées inefficaces. Appeler à battre le FN pour endiguer la vague brune ne s’adresse qu’à la marge aux abstentionnistes, et ne convaincra plus ceux qui ont sauté le pas pour marcher derrière Marine Le Pen.

L’ultime avatar de cette inefficacité en est pour moi le retrait des listes PS dans le Nord et le Sud, renvoyant les électeurs de gauche déjà déçus par la politique nationale à choisir entre la droite et l’extrême droite, un comble 13 ans après le vote de 2002 à 80% pour Chirac, qui n’avait pas renoncé pour autant à une politique de droite très dure… Ce choix nous laisse sans représentation politique pendant 6 ans – ce qui générera une politique régionale cohérente discutée entre la droite et l’extrême-droite.

 

Cohérente ? Deux lignes complémentaires, concurrentes et contradictoires se partagent les idées et les électeurs du FN, incarnées par la présidente et sa nièce.

Extraits de « Cinquante nuances de Le Pen », Le Parisien, 9 décembre 2015 :

Marine Le Pen parle aux ouvriers :

« Ces élections sont pour tous les petits, les oubliés, les ouvriers, les retraités, les classes moyennes ». « Nous allons écarter les entreprises qui font appel à des travailleurs détachés » menace celle qui veut couper les aides régionales aux patrons qui licencient.

Marion Maréchal-Le Pen parle aux patrons :

« Les chefs d’entreprises sont avec nous. C’est dans nos listes qu’il y a le plus de chefs d’entreprises ! ». Elle promet de mettre le paquet sur les PME et TPE.

Marine Le Pen est sociale :

« Nous avons 9 millions de pauvres en France, dont un million dans notre région qui pensent qu’ils doivent être prioritaires ». Elle s’engage à « rendre du pouvoir d’achat aux habitants » et accuse son rival Xavier Bertrand d’avoir pour programme « mort aux pauvres ».

Marion Maréchal-Le Pen est libérale :

« Nous avons fait de la question économique une priorité pour la région ». Elle propose notamment d’ »augmenter le budget d’aide aux entreprises de 100 à 500 M€ en fin de mandat ».

Marine Le Pen est plus laïque :

« Après les attentats du 13 novembre, elle a appelé à « une unité profonde des français de toutes origines, de toutes confessions ».

Marion Maréchal-Le Pen est plus identitaire :

« Chez nous, on ne vit pas en djellaba, on ne vit pas en voile intégral »

C’est là que nous devons enfoncer notre coin pour faire éclater la légitimité électorale du FN.

 

Les 20 % des voix de gauche et écologistes d’EELV permettent un accord programmatique social et écologiste pour la région Île-de-France

Afin de continuer la transition écologiste et énergétique de notre région, le projet défendu par EELV nous a permis de négocier pour la première fois avec le PS et le Front de Gauche au complet, un accord de second tour qui intègre nombre de nos propositions et notamment :

  • Halte aux GPII, aux Grands projets inutiles imposés

- préservation des parcs de la Courneuve et de Choisy

- basculement en mode tram de la ligne 18 sur le plateau de Saclay à partir de Saclay (et enfoui sur les 4 km en bas du plateau et Saclay), pour en préserver les terres agricoles (par exemple, la première AMAP d’Île-de-France)

- remise à l'étude par une commission d'experts de l'avenir du triangle de Gonesse avec priorité à la préservation de ses terres agricoles (ce qui prépare une opposition officielle de la région à Europa City)

- suppression du financement IdF pour le Canal Seine Nord (ce qui retire 200 millions d'euros et fait tomber son tour de table financier et donc sa faisabilité)

  • Finances : les PPP, Partenariat Publics Privés, qui renforcent la privatisation des services publics et coûtent chers à la collectivité (utilisés par C. Bartolone pour construire plus de collèges en Seine Saint-Denis) seront absents dans tous les projets de la région.
  •  Soutien aux filières d'apprentissage et de formation professionnelle dans les métiers écolos (énergie, rénovation des bâtiments, agriculture bio...).
  • Transports

- ticket intermodal (métro, RER, bus, tramway) d’1h30, sur le modèle du ticket T actuel valable uniquement sur les bus et les tramways,

- gratuité des transports pour les enfants de moins de 11 ans,

- renforcement de 150 lignes de bus pour permettre une fréquence à 15 mn tout au long de la journée,

- Humanisation de la sécurité dans les transports, et non augmentation de la vidéo surveillance ! 10 000 embauches pour la sécurité, la conduite, etc... Présence humaine dans les transports publics à partir de 21h.

- prime à la casse pour les véhicules diesel visant à accélérer leur remplacement pour la qualité de l'air francilien.

- Plafonnement des aéroports maintenus pour Roissy et Orly

  • Lutte pour l'encadrement des loyers dès 2016
  • Investissements dans les énergies renouvelables pour une IDF à énergie 100 % renouvelable en 2050
  • Inscription dans la démarche  « 0 déchet » pour sortir de la logique de l’incinération.
  • Végétalisation : 1 million d’arbres plantés en zone urbaine durant la mandature.
  • Repas végétarien alternatif dans les lycées franciliens.
  • Chèque Bio de 15 €/mois pour les ménages précaires pour pouvoir acheter des produits bio.
  • Santé :

développement des maisons de santé pour permettre à tout-e-s les francilien-ne-s d’avoir un accès à la santé à moins de 15mn.

  • Citoyenneté :

- les propositions de Mohamed Mechmache pour le renouvellement de la démocratie dans les quartiers sont retenues.

- la mise en place d’un budget participatif que j’avais fait inscrire dans le programme écolo francilien sera effective (pour 50 M€/an au lieu de 100 M€).

Le résultat des élections est toujours incertain – en témoigne le sondage donnant 42 % à la droite et 40 % à la gauche en Île-de-France dimanche prochain. Nous appelons les électeurs à se mobiliser et à voter massivement dimanche 13 décembre pour la liste d’union de la gauche et des écologistes.

Pierre Stoeber

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Annexe : Protocole d’accord

Ce protocole d’accord vaut feuille de route de gouvernance sur la durée du mandat (6 ans). Le rendre public est la meilleure façon de le voir appliquer. Rappelons que la lutte a été rude dans le précédent mandat, notamment pour appliquer au bout de 5 ans le Pass Navigo unique.

Le protocole d’accord porte sur trois pactes :

- Pacte environnemental

- Pacte de sécurité et de service public

- Pacte culturel et d’égalité

 

Note de méthode sur les ressources de la Région :

- La région négociera les moyens financiers et la compensation des transferts nécessaires à son action.

▪ Se mobiliser auprès de l’État pour obtenir les moyens nécessaires pour engager des politiques structurantes en matière de transports publics, pour la relance de la construction de logements notamment via l’aide aux maires bâtisseurs, la rénovation thermique lourde et la mobilisation des logements vacants.

 

I/ Pacte environnemental

- Une région 100% énergies renouvelables

▪ Plus d’investissement dans les énergies « carbone » et donc viser une sortie à l’horizon 2050.

▪ «1€ régional pour 2€ citoyens» : la Région abondera de 50% les investissements des Franciliens et soutiendra les projets participatifs dans les énergies renouvelables pour arriver à 15% d’électricité durable citoyenne en 2020.

▪ Prime à la casse pour les vieux appareils électroménager (frigo) – sur critère social

▪ Région exemplaire – 100% énergie renouvelable dans les lycées et les bâtiments régionaux.

▪ Doublement du nombre de logements rénovés thermiquement (rénovation lourde vers 200 000 logements sur le mandat)

- Sortie du diesel

▪ Prime à la casse modulable pour les véhicules diesel sur critère social pour l’achat de véhicule moins polluant y compris d’occasion

▪ Prime à l’achat d’un vélo électrique.

▪ Multiplication par 4 des financements pour les aménagements cyclables.

▪ Offrir 1 an d’abonnement Navigo gratuit pour l’abandon d’un véhicule polluant.

▪ Mise en œuvre de la prime kilométrique vélo pour le personnel régional et la mise en place d’un plan de déplacement d’entreprise.

▪ Pérennisation et diversification des financements d’AirParif et BruitParif

▪ Création d’une redevance poids lourds en transit

- Une région verte

▪ Végétalisation urbaine : plantation d’1 million d’arbres supplémentaires

▪ Création d’une ceinture maraîchère

▪ Un « Chèque bio » de 15€ sur le modèle du chèque-restaurant cofinancé par la Région, pour permettre à tous d’accéder à une alimentation saine et de qualité.

▪ Sanctuarisation des terres agricoles

- Déchets

▪ Moratoire et interdiction de l’enfouissement des déchets

▪ Tri et recyclage : 100 Millions d’euros dans les filières du tri et du recyclage

▪ Développement du recyclage dans les lycées et les services de la

Région

 

II/ Pacte culturel et d’égalité

- Santé

▪ Objectif, « la santé à moins de 15 min de chez vous » qui passe par le soutien aux Centres et maisons de santé et la lutte contre les déserts médicaux.

▪ La Région renforcera son offre de formation à destination des infirmiers, des sage-femmes, des ambulanciers, des éducateurs de jeunes enfants et tous les métiers médico-sociaux. Les bourses de formations sanitaires et sociales seront réévaluées pour rendre ces métiers, indispensables au bien-être de tous et non délocalisables, encore plus attractifs.

▪ Renforcer le soutien aux réseaux de Centres d’IVG, de contraception et de planning familial.

▪ Plan Santé environnementale et maladies liées aux modes de vie (bruits, qualité de l’air, perturbateurs endocriniens…).

▪ Maintien des interdictions des vols de nuit et plafonnement des vols de nuit. Abondement des budgets d’insonorisation des logements des riverains.

- Logement

▪ Encadrement des loyers dans toute l’IDF dès 2016. Financement d’observatoires régionaux des loyers.

▪ Aides aux maires bâtisseurs

▪ La Région se mobilisera auprès de l’État afin de permettre le retour des logements vacants dans le parc locatif privé.

▪ La loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) : les maires qui ne fourniront pas d’efforts pour se conformer à leur obligation de construire du logement social ne recevront plus de subventions de la Région.

▪ Garantie locative : La Région s’engage à étendre ce dispositif à tous les jeunes, qu’ils soient ou non étudiants, afin de lever les freins à l’accès au logement.

- Citoyenneté

▪ Fonds d’interpellation citoyenne. Ce fonds permettra d’appuyer la contre-expertise associative.

▪ Mise en place d’un budget participatif à hauteur de 50 millions par an.

▪ Simplification des procédures pour les subventions. Mandatement pour les associations de 70% de la subvention votée dans un délai d’un mois.

▪ Doublement du Fonds Régional de Développement de la Vie Associative sur la mandature.

▪ Soutien accru aux associations.

▪ Institution d’une Conférence citoyenne permanente composée de Franciliens tirés au sort et appelés à évaluer la politique de la Région. Cette conférence évaluera les engagements des candidats.

▪ Création d’une Vice-présidence ou d’une délégation à l’égalité femme/homme

▪ Développer des centres d’accueil des jeunes femmes victimes de violence (15 – 25 ans).

- Création d’un conseil consultatif de l’égalité et des discriminations sur le modèle du conseil consultatif du handicap (CCH).

▪ Création d’un Observatoire de la laïcité.

▪ Service civique régional, potentiellement obligatoire. Il sera d’une durée de six mois et concernera tous les jeunes Franciliens de 16 à 25 ans, filles et garçons. Au menu : un apprentissage des valeurs républicaines, des gestes de premiers secours, du permis de conduire, du BAFA [brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur], du brevet d’encadrement sportif… Dans le même temps, ces jeunes citoyens travailleront dans des lycées, foyers ruraux, associations, résidences pour personnes âgées, entreprises de transport…

- Emploi

▪ Utilisation du CV anonyme pour les recrutements au sein de la région et des organismes associés.

▪ Intégration des clauses de la “sociale écologie” dans la commande publique

▪ Mobiliser les marchés publics en faveur des structures de l’ESS et de l’insertion.

▪ Clause d’emploi local accompagnant chaque investissement dans les quartiers en politique de la ville.

▪ Bonus pour l’installation et le développement des activités artisanales dans les territoires ruraux comme en politique de la ville.

▪ Étudier la généralisation du portage du foncier à destination des PME-PMI et industries pour permettre leur développement à long terme, le modèle suivi étant celui de l’Établissement public foncier d’IDF et de Plaine Commune.

▪ La Région s’engage à soutenir les projets de crèches qui développent des aides spécifiques en direction des familles monoparentales, notamment celles qui travaillent en horaires décalés.

- Culture

▪ Création d’un comité permanent des arts et de la culture pour la co-construction et l’évaluation des politiques culturelles.

▪ Création d’un Passe culture sous quotient familial. Généralisation de l’accès pour tous à la culture.

 

III/ Pacte Sécurité et service public

- Sécurité – humanisation des transports

▪ Corps unique de police

▪ Sécurité des femmes dans les transports (arrêt, numéro d’urgence, présence humaine)

▪ Arrêt à la demande dans les bus

▪ Présence humaine renforcée dans les transports – objectif : 1 agent en supplément du conducteur dans chaque bus et/ou rame (à partir de 21h)

▪ Réseau de transport 24h/24h d’ici JOP 2024.

▪ Ticket intermodal d’1h30.

▪ Gratuité du Pass Navigo pour les enfants jusqu’à 11 ans mise en œuvre de manière graduée.

▪ Création du Passe Mobilités Île-de-France, appuyé sur le Passe Navigo et donnant accès à toutes les offres de transports : parkings-relais, services de vélo et auto partage, transports à la demande, navettes fluviales… (Navigo+).

▪ Dézonage des PAM et accessibilité avec le Pass Navigo (avec le maintien de l’équilibre financier des partenaires à raison de 1/3 – 1/3 – 1/3)

▪ Accélération du renouvellement des bus RATP et OPTILE (création 150 lignes de bus à cadencement toutes les 15 min)

▪ Création de 10 000 emplois en 6 ans (maintenance, sécurité, bus) gagée sur l’augmentation du VT (passage de 2,8 à 3,5 à obtenir du gouvernement)

▪ Extension de la tarification sociale du Pass Navigo à l’AAH

- Lycées

▪ Cantines

▪ Quotient Familial ; Bio dans les cantines ; circuits courts ; repas alternatifs

▪ Construction et rénovation de lycées et d’internats suivant les évolutions démographiques.

▪ Renforcer les politiques éducatives

▪ 0 décrocheur

▪ Promotion de l’égalité fille/garçon

▪ Généralisation des budgets participatifs lycéens et étudiants

▪ Erasmus+ pour les apprentis

▪ 8 écoles du numérique (1 par département)

▪ Passeport de l’orientation – consolider notre politique d’orientation pour les jeunes

▪ Apprentissage et formation professionnelle dans les domaines de la transition énergétique, du numérique, des filières de haute technologie et des filières agricoles.

 

Points particuliers

- Ligne 18 : Maintien d’un transport lourd enterré jusqu’à Saclay puis transport léger à partir de la ville de Saclay.

- Canal Seine Nord : Pas de financement régional

- Ligne 17 – Europa City : Suite au débat public, la Région engagera une procédure d’expertise propre et sera attentive au devenir du triangle de Gonesse ainsi qu’à la préservation des terres agricoles.

- Préservation du parc George Vallebon à La Courneuve, et du parc interdépartemental de Choisy-le-Roi.

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 12:45

aux 613 Lilasiennes et Lilasiens, aux 381 Gervaisiennes et Gervaisiens, qui ont choisi de voter pour l’écologie politique, privilégiant la santé des franciliens, la préservation de notre environnement et du climat, et réalisant ainsi 9,53 % et 9,65 % des voix sur nos villes.

Nous remercions aussi les sympathisants écologistes qui nous ont signalé lors de la campagne que pour cette élection, face à la montée du FN, ils voteraient pour le candidat de gauche le mieux placé pour le second tour.  

C’est dans cette perspective que nous appelons les électeurs à se rassembler au second tour, pour amplifier les politiques écologistes et sociales régionales nécessaires à notre survie environnementale.

Marie-Geneviève Lentaigne, Serge Volkoff, vos élus locaux aux Lilas et au Pré Saint-Gervais

Michel Vial, Pierre Stoeber, co-responsables du groupe Europe Ecologie Les Verts Les Lilas-Le Pré Saint-Gervais

 

Résultats régionales 2015 1er tour - Les Lilas (93260)

Population 22 505 habitants

Inscrits 13 997- 62,20 %

Votants 6 615 - 47,26 %

Abstention 7 382 - 52,74 %

Participation : 47,26 %

Exprimés 6 433 - 45,96 %

Votes blancs  117 votes - 1,77 %

Votes nuls 65 votes - 0,98 %

 

Claude BARTOLONE - Liste d'Union de la gauche Avec Claude Bartolone, une Ile-de-France humaine

 43,12 % - 2 774 votes

Valérie PECRESSE - Liste d'Union de la droite L'alternance avec Valérie Pécresse

 18,39 % - 1 183 votes

Wallerand DE SAINT JUST - Liste du Front national PRESENTEE PAR MARINE LE PEN

 12,05 % - 775 votes

Pierre LAURENT - Liste Front de Gauche NOS VIES D'ABORD ! Égalité écologie dignité citoyenneté Pierre LA...

 9,68 % - 623 votes

Emmanuelle COSSE- Liste d'Europe-Écologie-Les Verts CHANGEONS D'AIR, LE RASSEMBLEMENT ECOLOGISTE ET CITOYEN

 9,53 % - 613 votes

Nicolas DUPONT-AIGNAN - Liste Debout la France DEBOUT LA FRANCE AVEC NICOLAS DUPONT-AIGNAN

 3,75 % - 241 votes

Nathalie ARTHAUD - Liste d'extrême gauche Lutte ouvrière - Faire entendre le camp des travailleurs

 1,57 % - 101 votes

François ASSELINEAU - Liste Divers l'UPR avec François ASSELINEAU, le parti qui monte malgré le silence...

 0,64 % - 41 votes

Aurelien VERON - Liste divers droite AUX URNES CITOYENS

 0,45 % - 29 votes

Sylvain DE SMET - Liste Divers F.L.U.O. (Fédération Libertaire Unitaire Ouverte)

 0,37 % - 24 votes

Valérie SACHS - Liste divers droite NOUS CITOYENS POUR L'ILE DE FRANCE

 0,28 % - 18 votes

Dawari HORSFALL - Liste Divers LISTE D'UNION CITOYENNE

 0,12 % - 8 votes

Nizarr BOURCHADA - Liste Divers Union des Démocrates Musulmans Français

 0,05 % - 3 votes

 

 

Résultats régionales 2015 1er tour - Le Pré-Saint-Gervais (93310)

Population 18 075 habitants

Inscrits 8 696 - 48,11 %

Votants 4 068 - 46,78 %

Abstention 4 628 - 53,22 %

Participation : 46,78 %

Exprimés 3 948 - 45,40 %

Votes blancs 57 votes - 1,40 %

Votes nuls 63 votes - 1,55 %

 

Claude BARTOLONE - Liste d'Union de la gauche Avec Claude Bartolone, une Ile-de-France humaine

 46,81 % - 1 848 votes

Valérie PECRESSE - Liste d'Union de la droite L'alternance avec Valérie Pécresse

 13,58 % - 536 votes

Wallerand DE SAINT JUST - Liste du Front national PRESENTEE PAR MARINE LE PEN

 13,48 % - 532 votes

Emmanuelle COSSE - Liste d'Europe-Écologie-Les Verts CHANGEONS D'AIR, LE RASSEMBLEMENT ECOLOGISTE ET CITOYEN

 9,65 % - 381 votes

Pierre LAURENT - Liste Front de Gauche NOS VIES D'ABORD ! Égalité écologie dignité citoyenneté Pierre LA...

 9,09 % - 359 votes

Nicolas DUPONT-AIGNAN - Liste Debout la France DEBOUT LA FRANCE AVEC NICOLAS DUPONT-AIGNAN

 2,63 % - 104 votes

Nathalie ARTHAUD - Liste d'extrême gauche Lutte ouvrière - Faire entendre le camp des travailleurs

 2,41 % - 95 votes

François ASSELINEAU - Liste Divers l'UPR avec François ASSELINEAU, le parti qui monte malgré le silence...

 0,96 % - 38 votes

Sylvain DE SMET - Liste Divers F.L.U.O. (Fédération Libertaire Unitaire Ouverte)

 0,63 % - 25 votes

Aurelien VERON- Liste divers droite AUX URNES CITOYENS

 0,38 % - 15 votes

Valérie SACHS - Liste divers droite NOUS CITOYENS POUR L'ILE DE FRANCE

 0,25 % - 10 votes

Dawari HORSFALL - Liste Divers LISTE D'UNION CITOYENNE

 0,13 % - 5 votes

Nizarr BOURCHADA - Liste Divers Union des Démocrates Musulmans Français

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 09:40

Premier épisode du vidéo blog de Naomi Klein spécial COP21 pour Mediapart.

Pour la journaliste canadienne, le gouvernement français pratique la « stratégie du choc » en utilisant l'état d'urgence pour réduire au silence les militants du climat. Mais « les gens n'acceptent pas de se taire ».

Naomi Klein est l'auteure d'un essai en 2015 : Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique (Coédition Actes Sud/Lux)

Notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre. Nous ne pouvons infléchir les lois de la nature, mais nos comportements, en revanche, peuvent et doivent radicalement changer sous peine d’entraîner un cataclysme. Pour Naomi Klein, la lutte contre les changements climatiques requiert non seulement une réorientation de nos sociétés vers un modèle durable pour l’environnement, mais elle ouvre aussi la voie à une transformation sociale radicale, transformation qui pourrait nous mener à un monde meilleur, plus juste et équitable. Tant par l’urgence du sujet traité que par l’ampleur de la recherche effectuée, Naomi Klein signe son livre sans doute le plus important à ce jour.

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 15:51

par Matthieu Auzanneau le 26 septembre 2015 pour son blog OIL MAN Chroniques du début de la fin du pétrole.

La COP21, Daech : "drôle" de télescopage. La question d'un lien entre climat et insécurité est posée. Une question grave, que certains semblent juger presque obscène. Tandis qu'il joue sur Terre son destin spécial, l'Homme occupe-t-il encore le centre de la scène ? Fait-il la guerre et la paix dans un "environnement" qui serait comme un décor passif ? Au contraire : la nature est un pays.

Daech, l'organisation Etat islamique, a prospéré au milieu du désert, sur le front trouble de la guerre par procuration que se livrent les deux puissances du Moyen-Orient, l'Iran et l'Arabie saoudite, depuis que l'Irak est passé dans l'orbe de Téhéran.

A partir de 2010, les Saoud ainsi que d'autres grandes maisons arabes de l'or noir, ont soutenu diverses milices salafistes anti-chiites en Syrie. Elles craignaient de voir se consolider l'axe chiite Téhéran-Bagdad-Damas. Elles redoutaient notamment un projet de pipeline qui aurait permis à l'Iran et à l'Irak d'exporter une partie de leur brut vers les côtes syriennes de la Méditerranée. Ce pipeline aurait court-circuité le golfe Arabo-Persique. Les Etats-Unis, hégémon ultime mais chahuté de la région, ont une fois encore regardé ailleurs tandis que leurs vieux alliés saoudiens, koweïtiens et qataris finançaient et équipaient en Syrie les nouveaux surgeons d'Al-Qaida. Et puis en 2013, organisé par d'anciens cadres baasistes de l'armée de Saddam Hussein, l'Etat islamique s'est dressé dans le no man's land à la frontière de la Syrie et de l'Irak, tel un chien enragé se retournant contre ses maîtres.

Voilà en gros pour la vision géopolitique classique des choses : anthropocentriste.

Existe-t-il un autre versant, écologique, débouchant sur le cloaque de la puissance qu'est devenu le Moyen-Orient ? Que oui.

Le cauchemar syrien a tout, je crois, pour devenir le cas d'école des crises écologiques totales qui menacent notre futur, des "tempêtes parfaites" à la fois économiques, politiques et militaires, exacerbées radicalement d'un côté par le réchauffement du climat, et de l'autre par l'épuisement des réserves fossiles d'énergie.

Le climat  De 2007 à 2010, une sécheresse sans précédent a contribué au déclenchement du conflit syrien. Cette sécheresse est sans doute une conséquence du changement climatique.

Publiée dans les Actes de l'académie des sciences américaine au mois de mars, une solide étude universitaire indique :

"La preuve existe que la sécheresse de 2007-2010 a contribué au conflit en Syrie. Ce fut la pire sécheresse jamais enregistrée, provoquant une large dévastation des récoltes et une migration massive de familles de fermiers en direction des centres urbains. Les observations sur un siècle des tendances de précipitation, de température et de niveau des eaux, confirmées par les résultats des modèles climatiques, suggèrent fortement que le forçage anthropique a accru la probabilité de sécheresses sévères et persistantes dans la région, et rendu l'apparition d'une sécheresse de trois années d'une même gravité que celle de 2007-2010 deux à trois fois plus probable que par la seule variabilité naturelle. Nous concluons que les influences humaines sur le système climatique ont eu un impact sur l'actuel conflit syrien."

Épuisement des nappes phréatiques, mort du bétail, envolée des prix de la nourriture, migration rapide et forcée vers des bidonvilles de près de 1,5 million de personnes sur une population syrienne de 22 millions d'habitants, ayant quintuplé en l'espace de deux générations... Dans une enquête sur le "printemps arabe" et le changement climatique, intitulée "Sans eau, révolution" et publiée en 2013 par le New York Times, le célèbre journaliste américain Thomas Friedman cite une paysanne déplacée à laquelle il demande si l'insurrection de la population syrienne contre le régime de Bachar Al-Assad avait quelque chose à voir avec la sécheresse :

"Évidemment. La sécheresse et le chômage ont été importants, poussant les gens vers la révolution. Quand la sécheresse est apparue, nous avons pu y faire face pendant deux années, après on a dit 'ça suffit'." (cf Vidéo en bas de cet article)

Le chapitre du dernier rapport du Giec consacré à la sécurité indique qu'à ce stade, il est peu probable de voir apparaître des conflits armés directs d'État à État entraînés par une concurrence sur des ressources vitales telles que l'eau, concurrence susceptible d'être accrue par le changement climatique. Jusqu'ici en effet dans pareil cas de figure, du point de vue des gouvernements étatiques, la coopération est en général apparue plus pertinente que la guerre.

Cependant, le Giec souligne qu' "il existe un certain consensus [scientifique] autour du fait qu'un accroissement ou une diminution des régimes de pluie augmente le risque de conflit localisé violent (...)". Œuvrant sous l'égide des Nations unies, le Giec ne mentionne à peu près jamais d'exemples politiques spécifiques. Mais il semble bien que l'enfer métastasé de la guerre civile syrienne plonge une part décisive de ses origines dans le réchauffement du climat.

Comment en serait-il autrement : la haine ne se nourrit-elle pas de la misère ?

"L’équation changement climatique => diminution des ressources => violence à grande échelle est fausse", assène cette semaine dans L'Opinion le géopolitologue Bruno Tertrais, qui ajoute : "Les conflits sahéliens montrent que les facteurs politiques et humains sont la clé lorsque l’on recherche les causes des guerres."

Au contraire, la synthèse de la recherche que présente le Giec indique qu'une variation climatique des régimes de pluie "(...) augmente le risque de conflit localisé violent, particulièrement dans les sociétés pastorales en Afrique" (cf. "Climate change as a cause of conflict", WGIIAR5, 12.5.1.  [pdf, p. 772]).

Les situations aujourd'hui dans le Nord du Nigeria ou hier au Rwanda fournissent l'exemple d'affrontements ayant prospéré sur des tensions démographiques et foncières (lors du génocide au Rwanda en 1994, près de la moitié des terres cultivées du "pays des mille collines", alors le plus densément peuplé d'Afrique, et dont la population avait triplé en quarante ans, était implantées sur des pentes de 10 à 35 degrés, universellement considérées comme incultivables [pdf, p. 119]), tensions susceptibles d'être aggravés et démultipliés par diverses conséquences délétères du changement climatique.

Tout comme l'Afrique, le Proche et le Moyen-Orient comptent parmi les régions du globe qui devraient être le plus sévèrement affectées par les conséquences du réchauffement. La vulnérabilité des populations face aux dégradations écologiques y est déjà parvenue à un point de rupture en maints endroits, notamment autour de la poudrière du golfe Arabo-Persique.

En Iran, le lac d'Ourmia, qui fut le plus grand du pays, a été à peu près asséché en vingt ans, à cause des effets combinés du changement climatique, de recours excessifs à l'irrigation et d'un développement de barrages hydroélectriques visant à juguler la consommation de fioul et de gaz des Iraniens...

Evolution de la superficie du lac d'Ourmia, 1984-2014 (Nasa)

Le pic pétrolier, second facteur écologique de l'effondrement syrien

Le plafonnement puis surtout, à partir de 2003, l'effondrement brutal de la production pétrolière de la Syrie (déjà évoqué sur ce blog) a également eu de lourdes conséquences économiques et politiques sur le destin du régime Assad.

Cet effondrement coïncide avec l'amorce d'une politique de baisse des subventions sur l'essence et la nourriture, rendue inévitable à mesure que s'étiolait l'important flot d'or noir dont bénéficiait jusqu'alors la Syrie. En mai 2008, confrontée à un grave déficit public (en dépit d'une envolée sans précédent des cours mondiaux du baril), Damas dut imposer à une population déjà frappée par la sécheresse une réduction drastique de subventions sur les carburants qui absorbaient pas moins de 15 % du PIB syrien.

Au Yemen aussi, autre terrain de l'affrontement par procuration entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, la manne pétrolière s'est effondrée, faute de réserves suffisantes restant exploitables. Cette autre crise géologique (écologique !) a sans doute été un facteur majeur dans le délitement d'un Etat pauvre, à peu près dépourvu d'autres sources de devises.

La bombe politique à retardement du pic pétrolier est déjà amorcée dans plusieurs grands pays producteurs de brut très peuplés, dont les régimes payent jusqu'ici la paix sociale en pétrodollars. Algérie, Venezuela, Mexique et Indonésie sont autant de nations dont le déclin des sources de brut est largement amorcé, vraisemblablement de manière irrémédiable.

Un déclin similaire plus ou moins imminent menace aussi la Russie, l'Iran, le Nigeria ainsi que la Chine (entre autres).

La plupart des guerres sont peu ou prou des guerres pour les ressources, qu'il s'agisse du pan-germanisme nazi, de la Palestine, de l'annexion du Tibet ou encore, bien entendu, de l'invasion de l'Irak en 2003.

Le déclin géologique des ressources en pétrole (mais aussi en gaz naturel et en charbon, nous reviendrons prochainement sur ce dernier point) est l'autre grande crise écologique induite par notre dépendance aux énergies fossiles. Une crise directe, massive, à peu près impossible à esquiver (voyez le cas de notre mer du Nord), et bien trop complaisamment occultée par la crise climatique.

*

François Hollande et Ségolène Royal ont eu raison, à plus d'un titre, de souligner cette semaine que la guerre contre Daech et la conférence climatique de Paris ne sont pas sans rapports. Tandis qu'afin de lutter contre Daech, elle cherche à se rapprocher de la Russie de Poutine (et par-là plus ou moins, inévitablement, du régime Assad), la France se trouve être déjà pratiquement, de fait, l'alliée du front Al-Nosra (Al-Qaida en Syrie). Tout comme l'US Air Force, l'armée de l'air française s'abstient de bombarder Al-Nosra, concurrent djihadiste de Daech armé par la Turquie, l'Arabie Saoudite et le Qatar, nos autres alliés, eux-mêmes adversaires du régime Assad.

Piégé dans ce cloaque, l'Occident n'est sans doute pas encore parvenu au bout des conséquences de l'inconséquence de sa vieille et funeste logique stratégique étatique bornée : celle de Kissinger, celle de George Bush senior, patron de la CIA en 1976 qui, en bonne intelligence avec le gouvernement de Giscard, fit appel aux pétrodollars de la maison des Saoud pour financer les opérations noires anti-communistes du Safari Club, amassant ainsi les premiers bouts de chair morte qui allaient donner naissance à ce que cette pauvre Benazir Buttho allait appeler le "Frankenstein" de la politique occidentale au Moyen-Orient, le terrorisme djihadiste.

Sans vergogne, nous alimentons ce monstre depuis bientôt deux générations. Et c'est à peine si l'on a entendu susurrer cette année quelque objection à la vente d'avions Rafale à l'Arabie Saoudite. Cocorico !, et vive la COP21.

 

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 18:28

par Ivan du Roy, le 26 novembre 2015, pour Bastamag

photo DR

Pour combattre efficacement l’État islamique et son offre politique de mort et de désespoir, « nous devons réfléchir à la révolte qui est à la racine de ces crimes », suggère le professeur d’anthropologie à l’université Paris-VIIIl, Alain Bertho, qui prépare un essai sur « les enfants du chaos », à paraître aux éditions La Découverte en janvier 2016. A la racine du mal, la fin des utopies, enterrées avec l’effondrement de tous les courants politiques progressistes. Le XXIe siècle aurait oublié l’avenir au profit de la gestion du risque et de la peur, indifférent à la colère des jeunes générations. Entre un quotidien militarisé et le jugement dernier à la sauce djihadiste, seule « la montée d’une autre radicalité » pourrait raviver l’espérance collective.

Basta ! : Le profil de ces jeunes Européens qui se radicalisent, qui partent en Syrie rejoindre le « califat » de l’État islamique ou aspirent à le faire, et qui sont prêts à mourir en « martyrs », continue de susciter soit l’incompréhension totale, soit la simplification extrême, et en tout cas un sentiment d’impuissance. Comment, de votre côté, les analysez-vous ?

Alain Bertho : Même si les chiffres varient d’une estimation à l’autre, on peut affirmer que la France est le pays européen qui a le plus gros contingent sur place. Je rappelle que les volontaires étrangers de Daech viennent de 82 pays dans le monde. Mais notre pays entretient un rapport particulier avec l’épicentre géopolitique du chaos. Historiquement, ce rapport est notamment lié au passé colonial. Mais il est aussi le produit de nos fractures nationales contemporaines.

Il n’y a pas de profil type pour ceux qui partent en Syrie, hormis leur jeunesse. Un tiers environ sont des convertis à l’islam ; il y a des jeunes issus des cités, qui ressentent la stigmatisation depuis des années ; d’autres ont un métier et une famille ; certains ne fréquentaient pas les mosquées mais leurs ordinateurs. Le travail de David Thomson, journaliste et spécialiste du djihadisme (Les Français jihadistes, éditions Les Arènes, 2014), est éclairant. Il a suivi et interviewé plusieurs djihadistes français. Tous connaissent un déclic commun : une conversion, une rupture et la découverte d’une autre discipline de soi pour redonner un sens à leurs vies.

La réussite d’une telle offre politique, celle de l’État islamique, tient au fait que, pour des gens déstabilisés, elle donne du sens au monde et à la vie qu’ils peuvent y mener. Elle leur donne même une mission. Dans cette diversité, il semble que ceux qui viennent tuer et mourir non en Syrie mais dans le pays qui les a vus naître et grandir, ont un compte particulier à régler avec leur pays. Ce contentieux est lourd et il vient de loin.

Mais comment expliquez-vous cet attrait exercé par l’État islamique et ses avatars dans d’autres pays, alors que son projet politique se résume à mettre en œuvre l’islam le plus réactionnaire et intransigeant en Syrie et en Irak, à affronter l’apocalypse et à mourir en martyr ?

Nous devons bien prendre la mesure que si c’est une offre politique de mort et de désespoir, c’est aussi cela qui fait son attrait. Telle est bien la gravité de la situation. Comme dit Slavoj Zizek : « Visiblement, il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. » Pour les djihadistes, cette fin est proche dans un monde de chaos politique, moral, économique ou climatique. Le projet politique de Daech donne du sens à leur chemin vers la mort. Il leur propose un destin. À l’espoir de la libération individuelle et collective qui portait les mobilisations passées, ils ont substitué une problématique de fin du monde et de jugement dernier. Leur libération, c’est de mourir en martyr ! Du coup, ce sont des gens d’une grande détermination. « Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte et, croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel », prophétisait Jacques Lacan en 1959. Nous y sommes. Il nous faut donc réfléchir d’urgence sur ce qui produit un tel désespoir si nous voulons tarir la source de recrutement.

Quelle est la différence entre la radicalisation djihadiste et la radicalisation politique incarnée par la lutte armée ou l’action terroriste des années 70 ?

Il y a une différence essentielle d’objectif. Après 68, on voit le passage à l’action armée avec la bande à Baader – ou Fraction armée rouge – en Allemagne, les Brigades rouges en Italie ou le groupe d’extrême gauche Kakurokyo au Japon. Ce sont des gens qui, de leur point de vue, sacrifient leur vie pour l’avenir des autres. C’est un passage à l’acte criminel voué à l’échec, mais qui s’inscrit dans un combat pour un avenir révolutionnaire qu’ils veulent meilleur. Avec l’État islamique, il n’y a rien de cet ordre-là : on sacrifie sa vie pour la mort de l’autre. On veut juste embarquer tout le monde dans le désespoir, avec une consolation : les apostats, les mécréants, les chrétiens et les juifs n’iront pas au paradis.

L’horreur fait partie de la stratégie, c’est ce qu’explique le traité « Gestion de la barbarie », écrit en Irak par le théoricien djihadiste – sûrement un collectif – Abu Bakr Naji avant l’émergence de l’État islamique (Editions de Paris, 2007). Ils ne font pas la guerre pour créer un État, comme lors d’une lutte pour l’indépendance : ils créent un « État » pour faire la guerre. L’État islamique n’a aucune vision de la paix sinon le triomphe final du califat contre des ennemis de plus en plus nombreux. Mais depuis 2001, l’idée de « paix comme but de guerre » (vieille conception clausewitzienne) n’a déjà plus cours chez les grandes puissances embarquées dans une « guerre sans fin » contre le terrorisme. Quels sont les buts de guerre ou les objectifs de paix de la coalition en Syrie ou en Irak ? On n’en sait rien. Le djihadisme nous a entraînés sur son propre terrain.

Dans votre essai en préparation sur « les enfants du chaos », vous expliquez que le djihad, donc une motivation religieuse, n’est pas le seul moteur de la radicalisation. Quels seraient les autres ?

Nous avons un problème avec la clôture du XXe siècle et l’effondrement du communisme. La fin du communisme, ce n’est pas seulement la fin de régimes et d’institutions en Europe de l’Est et en Russie, c’est un ensemble de références culturelles qui s’écroule, communes à tous les courants politiques progressistes. Malgré la réalité policière et répressive des régimes communistes « réels », un changement de société était, à l’époque, encore perçu comme possible et s’inscrivait dans une démarche historique, une idée du progrès. L’avenir se préparait aujourd’hui. L’hypothèse révolutionnaire qui a ouvert la modernité (la Révolution française) a été une référence politique commune à ceux qui voulaient la révolution comme à ceux qui lui préféraient des transitions pacifiques et « légales » Avec l’effondrement du communisme et la clôture de toute perspective révolutionnaire, c’est l’avenir qu’on a perdu en route. C’est l’idée du possible qui s’est effondrée. Nous ne sommes plus dans une démarche historique. On ne parle plus d’avenir mais de gestion du risque et de probabilité (On lira à ce propos l’excellente analyse de Arjun Appadurai dans La condition de l’Homme global, Payot, 2013). On gère le quotidien avec des responsables politiques qui manipulent le risque et la peur comme moyens de gouvernement, le risque sécuritaire comme le risque monétaire (la dette), qui parlent beaucoup du réchauffement climatique mais sont incapables d’anticiper la catastrophe annoncée.

Les jeunes, ceux qui incarnent biologiquement, culturellement et socialement cet avenir de l’humanité, font les frais de cette impasse collective et sont particulièrement maltraités. Les sociétés n’investissent plus dans leur futur, l’éducation ou les universités. La jeunesse est stigmatisée et réprimée. Des pays du monde entier, du Royaume-Uni au Chili en passant par le Kenya, sont ainsi marqués depuis des années par des mobilisations étudiantes parfois violentes contre l’augmentation des frais d’inscription dans les universités. Partout, des morts de jeunes impliquant des policiers génèrent des émeutes : regardez les émeutes de Ferguson ou de Baltimore, aux Etats-Unis ; les trois semaines d’émeutes en Grèce, en décembre 2008, après le meurtre par deux policiers du jeune Alexander Grigoropoulos ; ou les cinq jours d’émeutes en Angleterre après la mort de Mark Duggan en 2011. Pour ces quelques émeutes médiatiquement visibles, il y en a des dizaines d’autres (lire notre article « L’augmentation des émeutes : un phénomène mondial »). Une société qui n’arrive plus à s’inventer pousse les gens vers des mobilisations de désespoir et de rage.

Avec la mondialisation financière, les écarts de revenu et de patrimoine se creusent à une vitesse rare. Les États sont aux mains des marchés et des financiers. Les victoires électorales des plus progressistes peuvent être transformées en déroute par la seule volonté de l’Eurogroupe, dans le mépris des peuples, comme les Grecs en ont récemment fait l’expérience. A-t-on bien réfléchi à ce que pouvait être la figure d’une révolte sans espoir ? Ces rages radicales sont aujourd’hui devant de telles impasses qu’elles ouvrent la porte à des offres politiques de mort, comme celle de l’État islamique.

Faut-il vraiment considérer la radicalisation « djihadiste » comme une forme parmi d’autres de révolte ? Ou plutôt la voir comme une nouvelle idéologie totalitaire et meurtrière à combattre par tous les moyens ?

Les deux. Au vu des dégâts considérables et des crimes qu’ils commettent, ici ou ailleurs, nous devons les combattre. Mais si nous voulons être efficaces, nous devons réfléchir à la révolte qui est à la racine de ces crimes. Il faut se demander ce qui peut pousser un jeune de vingt ans à se faire exploser à côté d’un restaurant McDonald’s à Saint-Denis. Qu’est-ce qui le conduit là ? Que peut-on faire pour éviter que cela ne se généralise ? La répression, ce sont les pompiers, mais il faut trouver la source de l’incendie ! Sinon, le recrutement va continuer, notamment en France. La crise de la politique est particulièrement profonde dans notre pays. La classe politique est complètement investie dans l’espace du pouvoir et de l’État et coupée du reste de la société, en décalage total, quel que soit le parti. La politique n’est plus une puissance subjective capable de rassembler et d’ouvrir des possibles.

Le poids et la force du mouvement ouvrier reposaient sur sa capacité à agréger des populations variées, notamment immigrées, dans un espoir commun. La fin des collectifs, de la notion de classes sociales, de l’idée qu’il existe un « nous » a presque fait disparaître la conscience commune d’une action encore possible. Le « Peuple » cher à Michelet s’est disloqué dans la fin du fordisme et la politique de la ville. L’émergence des thématiques sur l’immigration et la montée du Front national sont contemporaines de la disparition d’une subjectivité de classe rassembleuse. Cette dislocation, nous la payons au prix fort. Quand des jeunes sont tués avec l’implication de policiers dans les quartiers populaires, on constate une indifférence d’une grande partie de la France. C’est ce qui s’est passé en 2005. L’isolement et la stigmatisation des jeunes des quartiers populaires les a conduits à l’émeute dans la France entière. Cet isolement et cette stigmatisation n’ont, depuis, fait que se renforcer.

S’il s’agit d’offrir des possibilités d’action, voire de révolte contre les inégalités, les discriminations ou la brutalité du néolibéralisme économique, pourquoi les nouveaux mouvements sociaux et formes pacifiques de contestation ne séduisent-ils pas davantage ?

Il faut être clair : un monde a pris fin, il n’y aura pas de retour en arrière. La nostalgie n’est pas de mise. Il nous faut regarder devant nous et faire le bilan des expériences du présent. Après le mouvement altermondialiste au début des années 2000, l’année 2011 a représenté une fenêtre d’espoir. Les printemps arabes débutent en janvier, avec la mort de Mohammed Bouazizi, jeune diplômé au chômage à Sidi Bouzid (Tunisie), puis en février en Égypte. Ensuite, le mouvement des Indignés espagnols occupe la Puerto del Sol à Madrid à partir du 15 mai. Les Grecs, contre l’austérité, font de même sur la place Syntagma à Athènes. De fortes contestations éclatent aussi au Chili et au Sénégal. En septembre, c’est le mouvement Occupy Wall Street contre la finance et l’accaparement des richesses aux États-Unis, et les villages de tentes jusqu’à Tel-Aviv. Toutes ces mobilisations de la première génération postcommuniste ont ouvert un espace, mais cela n’a pas débouché, à ce jour, sur un véritable mouvement de transformation politique.

Que reste-t-il, aujourd’hui, des printemps arabes ? Les contestataires syriens ont été massacrés par le régime, les Libyens s’entretuent, l’Égypte est pratiquement revenue au point de départ, et la Tunisie n’arrive pas à répondre aux besoins sociaux de sa population. La Tunisie est d’ailleurs le premier pays, devant l’Arabie saoudite, qui compte le contingent étranger le plus important, estimé à 3 000, parmi les combattants de l’État islamique. Cette désillusion des printemps arabes est sensible quand on observe la courbe des attentats. On y constate une montée des attentats au Proche et au Moyen-Orient, à partir de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003. La montée devient exponentielle à partir de 2012 avec la fin des printemps arabes et le début du chaos géopolitique en Irak et en Syrie.

Pourquoi aucune perspective et alternative politique n’a-t-elle émergé ? Et comment la gauche, ou ce qu’il en reste, peut-elle combattre efficacement la montée en puissance de cette nouvelle idéologie totalitaire ?

Ce que nous avons longtemps appelé la traduction politique d’une lutte pour le changement a été balayée par l’expérience – et les échecs – du XXe siècle. Le pouvoir d’État n’apparaît plus comme un levier de transformation qu’il faut prendre d’une façon ou d’une autre. En 2011, les manifestants qui font tomber Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte laissent à d’autres le soin d’assurer la transition et de gouverner. Nous assistons à des mobilisations admirables, mais qui ne se transforment pas en moyen de prendre le pouvoir. Qui ne veulent pas le prendre. Elles n’ont pas de « stratégie ». Pour l’instant, seule l’expérience de Podemos en Espagne tente de faire entrer la mobilisation des Indignés dans une stratégie de pouvoir. Ailleurs, les périodes électorales suscitent de plus en plus d’émeutes. Les élections ne sont plus des moments de règlements pacifiques des conflits sociaux, et pas seulement en Afrique. Et quand il n’y a pas d’émeutes, on constate une baisse de la participation, dans le monde entier.

C’est la politique comme mobilisation populaire et construction du commun que nous avons perdue et qu’il nous faut retrouver. Quitte à provoquer un peu, je dirai que l’urgence, aujourd’hui, c’est moins la « déradicalisation » et l’hégémonie des marches militaires sur le débat politique que la montée d’une autre radicalité, une radicalité d’espérance collective qui tarisse à la source le recrutement djihadiste. Il nous faut retrouver le sens du futur et du possible, et résister au piège de la mobilisation guerrière que nous tendent les terroristes.

Propos recueillis par Ivan du Roy

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 18:23
Quelles mobilisations prévues pour le 29 novembre à Paris ?

D’après le Communiqué de presse de la Coalition Climat 21, Paris, le 25 novembre 2015.

Dimanche 29 novembre, la journée sera placée sous le signe du climat aussi à Paris.

Suite à l’interdiction de la marche mondiale pour le climat et au regard des délais serrés, la mobilisation citoyenne se construira à travers une diversité d’initiatives. Celles-ci sont à l’initiative d’organisations membres de la Coalition climat 21, qui sert de caisse de résonance à cette mobilisation citoyenne.   

1 - March4me.org : à l’initiative de FNE, la Fondation Nicolas Hulot, WWF et Greenpeace, un outil inédit a été mis en ligne pour permettre à tous ceux qui ne peuvent pas marcher ce jour-là, de Beyrouth  à Bamako en passant par Paris, de se faire représenter par tous ceux qui marcheront en Amérique, en Afrique, en Asie, en Europe. Ces derniers représenteront les marcheurs « empêchés » en arborant leurs photos et prénoms dans les défilés.
Pour en savoir plus:
www.march4me.org

2 - Nos chaussures marcheront pour nous : à l’initiative d’Avaaz, la place de la République sera recouverte de chaussures qui symboliseront les pas des personnes qui devaient participer à la marche pour le climat à Paris. Ces chaussures sont collectées chaque jour à différents points dans Paris.
Pour en savoir plus :
http://bit.ly/1jilG7R

3 - État d'urgence climatique - une chaîne humaine pour un Climat de paix ! :

Ensemble, nous sommes une force immense !

Nous sommes 20 000 à avoir signé l'appel pour le maintien des mobilisations citoyennes pendant la COP21. Bravo pour cette action ! Nous montrons ainsi ensemble que la violence échoue à entamer notre détermination à préserver ce que nous avons en partage. Il est donc essentiel de continuer à diffuser largement cet appel pour arriver à plusieurs dizaines de milliers de signataires.

En Île-de-France et en régions, les interdictions tombent malgré la volonté des organisateurs de chaque évènement de renforcer les dispositifs de sécurité. A la surprise générale, des évènements  beaucoup plus périlleux car chargés d'une autre symbolique - comme la Fête du Beaujolais de Lyon ou plusieurs grands Marchés de Noël, dont ceux de Paris - ont été maintenus.

Que vont provoquer les interdictions prononcées ? Elles musellent d’innombrables porteurs d'espoir. Elles empêchent des dizaines de milliers de personnes d'unir leur voix pour relever le défi climatique, et de faire pression sur les décideurs réunis à Paris.

Fort heureusement, l'appel qui nous est devenu commun a produit ses premiers effets positifs. Nous venons de recevoir une très belle nouvelle : pendant que des millions de personnes marcheront dans le monde entier, une vaste chaine humaine verra le jour à Paris le dimanche 29 novembre.
Hommage aux victimes des attentats autant qu'à l'avenir de l'humanité que nous défendons, elle dévalera de République à Nation, en passant par le Bataclan et la rue de Charonne. Nous ferons ainsi la démonstration, sans risque sécuritaire, de notre solidarité, de notre unité et de notre enthousiasme.

Ne laissons pas progresser l'angoisse ou l’apathie et tenons-nous debout face à l'histoire.

A l’initiative d’Alternatiba et d’Attac, une chaîne humaine sera formée ce dimanche 29 novembre de 12h à 13h sur les trottoirs boulevard Voltaire, côté numéros impairs, entre place de la République et Nation, sur le boulevard Voltaire. Ce sera l’occasion de mettre en visibilité les messages et visuels prévus initialement pour la marche mondiale pour le climat.

Minutieusement organisée et sécurisée, cette chaîne humaine débutera au métro Oberkampf, sortie 2, à hauteur du N° 21 du boulevard Voltaire.

Nous vous appelons à venir dès 11H30 sur place, afin de placer l'ensemble des gens, ce qui prendra du temps et afin que la chaîne humaine soit mise en place pour midi.

Vous pouvez venir en métro ou à pied, à partir d'autres stations de métro, afin d'éviter les embouteillages humains dus à une grande affluence sur les stations situées boulevard Voltaire.

Voici les différents points de rendez-vous :

1) Metro Oberkampf, sortie 4, numéro 41 du bd Voltaire ; début des maillons "nature" de la chaîne humaine, thématique générale : "Protéger la nature, c'est sauver notre futur !"

2) Metro Saint-Ambroise, sortie 5, numéro 57 du bd Voltaire ; début des maillons "impactés" de la chaîne humaine, thématique générale : "Premiers affectés et premiers en résistance !"

3) Metro Voltaire, sortie 5, numéro 12 de la place Léon Blum ; début des maillons "Responsables" de la chaîne humaine : "Nous savons qui sont les responsables du changement climatique !"

4) Métro Charonne, sortie 3, numéro 145 du boulevard Voltaire ; début des maillons "Solutions" de la chaîne humaine : "Nous sommes les solutions !"

5) Métro Rue des Boulets, sortie 1, numéro 207 du boulevard Voltaire ; début des maillons "Emplois climatiques" de la chaîne humaine "Pas d'emplois sur une planète morte !"

Alternatiba appelle ses membres et sympathisants à se retrouver plus particulièrement dans les parties 3 et 4 de la chaîne humaine. Ceux qui veulent nous aider à encadrer, sécuriser et décorer la chaîne humaine sont invités à se signaler à benevoles@alternatiba.eu.

En province, les interdictions de marches et de rassemblements pour le climat pleuvent depuis trois jours. Organisez à votre tour des chaînes humaines ou toute autre forme de mobilisation alternative ! Et si l'on nous interdit les chaînes humaines, maintenons les ou allons manifester dans les marchés de Noël puisque eux sont autorisés !

 

4 - Action #EyesonParis #ClimateChange : à partir du 29 novembre, Oxfam proposera aux citoyens de poster sur les réseaux sociaux des photos de leur regard accompagné de messages pour défendre la justice climatique. L’objectif ? Montrer aux décideurs que les citoyens ne les quitteront pas des yeux et seront attentifs à leurs engagements pour le climat. Les photos circuleront sur Twitter, Facebook ou Instagram avec les hashtags #EyesOnParis #ClimateChange !
Pour en savoir plus :
http://bit.ly/1QGC9Bh

 

5 - Une grande clameur pour la rue ! La "Grande Clameur pour le climat" propose d’exprimer de manière sonore et sensible l’engagement des citoyens dans la lutte contre le dérèglement climatique. Suite aux récents événements tragiques et à l'interdiction de la marche pour le climat à Paris, nous ne pouvons plus nous mobiliser en marchant dans la rue. Mais nous pouvons faire entendre notre voix en faisant du son, et même de la musique !
Pour en savoir plus :
http://thegreatclamor.org/

 

6 - Un symbole commun pour le climat ! En terrasses de café, dans les boulangeries, les coins de rue, les balcons et les fenêtres, et même sur les vêtements, un symbole commun sera proposé par les artistes qui soutiennent la Coalition climat 21 pour exprimer son engagement pour le climat. Il sera mis en ligne dans les jours qui viennent et distribué le 29 novembre.

Ensemble pour le climat : affichons-nous !

A l’initiative d’Agir pour l’Environnement, des affichettes sont proposées pour que chaque citoyen puisse les disposer là où bon lui semble : moyen de locomotion, lieu de travail ou à la maison, ou encore sur un panneau d’affichage associatif. Par ces affiches, les citoyens sont invités à porter un message pour le climat, la fraternité et la paix à l’ouverture de la COP21. Pour en savoir plus : http://bit.ly/1lgeFpn et ci-dessous

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 14:00

Une enquête publiée le 18/03/2015 sur http://www.courrierinternational.com/article/enquete-ce-que-veut-vraiment-letat-islamique et toujours d'actualité, complément à l'article sur ce blog Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits

Analyse. Ne pas tomber dans le piège de Daech

Dans nos archives. J’ai honte de mon fils Abdelhamid

Vu d’Algérie. Abdou Semmar : “La France a fait de mauvais choix”

Terrorisme. Que peuvent les Anonymous face à Daech ?

Syrie. Vent de révolte contre Daech dans la ville de Manbij

 

Cette grande enquête publiée dans The Atlantic offre un éclairage sans précédent sur les objectifs et les fondements idéologiques de Daech. Soutenant la thèse selon laquelle l’organisation se définit essentiellement par sa lecture littérale du Coran, elle a suscité de nombreuses réactions. En voici, en exclusivité, l’essentiel.

Qu’est-ce que l’Etat islamique [EI, Daech en arabe] ? D’où vient cette organisation et quelles sont ses intentions ? La simplicité de ces questions peut être trompeuse, et rares sont les dirigeants occidentaux qui connaissent les réponses. En décembre 2014, The New York Times a publié des remarques confidentielles du général Michael K. Nagata, commandant des opérations spéciales pour les Etats-Unis au Moyen-Orient, qui admettait être encore très loin de comprendre l’attrait exercé par l’Etat islamique. “Nous ne comprenons pas cette idéologie.”

L’organisation s’est emparée de Mossoul, en Irak, en juin 2014 et règne déjà sur une zone plus vaste que le Royaume-Uni. A sa tête depuis mai 2010, Abou Bakr Al-Baghdadi est monté le 5 juillet 2014 à la chaire de la Grande Mosquée Al-Nour, à Mossoul, en se présentant comme le premier calife depuis des générations. Il s’en est suivi un afflux mondial de djihadistes, d’une rapidité et dans des proportions sans précédent.

Nos lacunes sur l’EI sont d’une certaine façon compréhensibles : l’organisation a fondé un royaume isolé et peu de gens en sont revenus. Abou Bakr Al-Baghdadi ne s’est exprimé qu’une seule fois devant une caméra. Mais son discours ainsi que d’innombrables vidéos et brochures de propagande de l’EI sont accessibles sur Internet et les sympathisants du califat se sont donné beaucoup de mal pour faire connaître leur projet.
Nous avons mal compris la nature de l’EI pour deux raisons. Tout d’abord, nous avons tendance à appliquer la logique d’Al-Qaida à une organisation qui l’a clairement éclipsé. Les sympathisants de l’EI avec qui j’ai discuté font toujours référence à Oussama Ben Laden sous le titre honorifique de “cheikh Oussama”, mais le djihadisme a évolué depuis l’âge d’or d’Al-Qaida (de 1998 à 2003) et nombreux sont les djihadistes qui méprisent les priorités et les dirigeants actuels de l’organisation.

Oussama Ben Laden considérait le terrorisme comme un prologue au califat, qu’il ne pensait pas connaître de son vivant. Son organisation était informelle, constituée d’un réseau diffus de cellules autonomes. L’EI, au contraire, a besoin d’un territoire pour asseoir sa légitimité, ainsi que d’une structure hiérarchisée pour y régner.

En second lieu, nous avons été induits en erreur à cause d’une campagne bien intentionnée mais de mauvaise foi visant à nier la nature religieuse médiévale de l’EI. Peter Bergen, qui a produit la première interview avec Ben Laden en 1997, a intitulé son premier ouvrage Guerre sainte, multinationale [éd. Gallimard, 2002], notamment pour affirmer que le leader d’Al-Qaida était un produit du monde laïc moderne.

Ben Laden a organisé la terreur sous la forme d’une entreprise comptant des franchises. Il exigeait des concessions politiques précises, comme le retrait des troupes américaines d’Arabie Saoudite. Le dernier jour de sa vie, Mohamed Atta [l’un des responsables des attentats du 11 septembre 2001] a fait des courses à Walmart et dîné à Pizza Hut.

Mahomet à la lettre

Il est tentant de reprendre cette observation – les djihadistes sont issus du monde laïc moderne, avec des préoccupations politiques de leur temps, mais déguisés avec des habits religieux – pour l’appliquer à l’EI. Pourtant, beaucoup de ses actions paraissent insensées si on ne les envisage pas à la lumière d’une détermination sincère à faire revenir la civilisation à un régime juridique du VIIe siècle et à faire advenir, à terme, l’apocalypse.

La vérité est que l’EI est islamique. Très islamique. Certes, le mouvement a attiré des psychopathes et des gens en quête d’aventures, souvent issus des populations défavorisées du Moyen-Orient et d’Europe. Mais la religion que prêchent les plus fervents partisans de l’EI est issue d’interprétations cohérentes et même instruites de l’islam.

Presque chaque grande décision ou loi proclamée par l’EI obéit à ce qu’il appelle la “méthodologie prophétique”, qui implique de suivre la prophétie et l’exemple de Mahomet à la lettre. Les musulmans peuvent rejeter l’EI, comme le fait l’écrasante majorité d’entre eux. Néanmoins, prétendre que ce n’est pas une organisation religieuse millénariste dont la théologie doit être comprise pour être combattue a déjà conduit les Etats-Unis à sous-estimer l’organisation et à soutenir des plans mal pensés pour la contrer.

Nous devons apprendre à mieux connaître la généalogie intellectuelle de l’EI si nous voulons réagir non pas de façon à le rendre plus fort, mais plutôt de façon à faire qu’il s’immole lui-même dans un excès de zèle.

 

I. Dévotion

En novembre 2014, l’EI a diffusé une vidéo de promotion retraçant ses origines jusqu’à Ben Laden. Le film mentionnait Abou Moussab Al-Zarqaoui, le violent dirigeant d’Al-Qaida en Irak de 2003 jusqu’à sa mort, en 2006, faisant de lui un mentor plus direct. Il citait également deux autres chefs de guérillas ayant précédé Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife. Aucune mention en revanche du successeur de Ben Laden et dirigeant actuel d’Al-Qaida, le chirurgien ophtalmologiste égyptien Ayman Al-Zawahiri.

Al-Zawahiri n’a pas fait allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi et il est de plus en plus haï par ses confrères djihadistes. Son isolement est renforcé par son manque de charisme. Mais la rupture entre Al-Qaida et l’EI est amorcée depuis longtemps.

Une autre figure importante est aujourd’hui en disgrâce : Abu Muhammad Al-Maqdisi, un religieux jordanien de 55 ans qui est l’un des grands architectes intellectuels d’Al-Qaida. Sur presque toutes les questions de doctrine, Al-Maqdisi et l’EI sont d’accord. Ils sont étroitement liés à l’aile djihadiste d’une branche du sunnisme appelée le salafisme, d’après l’expression arabe al salaf al salih, “les pieux devanciers”. Ces “devanciers” sont le Prophète lui-même et ses premiers disciples, que les salafistes honorent et imitent.

Al-Maqdisi a été le mentor d’Al-Zarqaoui, qui est allé en Irak avec ses conseils en tête. Avec le temps, l’élève a toutefois surpassé son maître, qui a fini par le critiquer. Leur contentieux concernait le penchant d’Al-Zarqaoui pour les spectacles sanglants – et, d’un point de vue doctrinaire, sa haine des musulmans non salafistes, qui allait jusqu’à les excommunier et les exécuter.

Dans l’islam, le takfîr, ou excommunication, est une pratique dangereuse d’un point de vue théologique. Si l’accusateur a tort, alors il est lui-même apostat car il s’est rendu coupable d’une fausse accusation – un acte puni de mort. Et pourtant, Abou Moussab Al-Zarqaoui a imprudemment allongé la liste des comportements pouvant rendre les musulmans infidèles.

Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’organisation Etat islamique dans une capture d’écran d’une vidéo diffusée le 5 juillet 2014 et tournée à la mosquée de Mossul, en Irak, quelques jours auparavant, le 29 juin - AL-FURQAN MEDIA/HO/AFP

Abu Muhammad Al-Maqdisi a écrit à son ancien élève qu’il devait se montrer prudent et ne pas “émettre de larges proclamations de takfîr” ou “déclarer des personnes coupables d’apostasie en raison de leurs péchés”. La distinction entre apostat et pécheur est un des désaccords fondamentaux entre Al-Qaida et l’EI.

Nier la sainteté du Coran ou les prophéties de Mahomet relève clairement de l’apostasie. Mais Abou Moussab Al-Zarqaoui et l’organisation qu’il a créée estiment que de nombreux actes peuvent justifier d’exclure un musulman de l’islam, comme vendre de l’alcool et des drogues, porter des vêtements occidentaux, se raser la barbe ou encore voter lors d’une élection.

Etre chiite est aussi un motif d’exclusion, car l’EI estime que le chiisme est une innovation, or innover par rapport au Coran revient à nier sa perfection initiale. Ainsi quelque 200 millions de chiites sont menacés de mort. Il en va de même pour les chefs d’Etat de tous les pays musulmans, qui ont élevé le droit des hommes au-dessus de la charia en se présentant à des élections ou en appliquant des lois qui ne viennent pas de Dieu.

Conformément à sa doctrine sur l’excommunication, l’EI s’engage à purifier le monde en exterminant de larges groupes de personnes. Les publications sur les réseaux sociaux laissent penser que les exécutions individuelles se déroulent plus ou moins en continu et que des exécutions de masse sont organisées à quelques semaines d’intervalle. Les “apostats” musulmans sont les victimes les plus nombreuses. Il semble en revanche que les chrétiens qui ne résistent pas au nouveau pouvoir échappent à l’exécution automatique. Abou Bakr Al-Baghdadi les laisse vivre tant qu’ils paient un impôt spécial, appelé jizya, et qu’ils se soumettent.

Retour à un islam “ancien”

Des siècles se sont écoulés depuis la fin des guerres de religion en Europe. Depuis, les hommes ont cessé de mourir en masse pour d’obscurs différends théologiques. C’est peut-être pour cette raison que les Occidentaux ont accueilli la théologie et les pratiques de l’EI avec tant d’incrédulité et un tel déni.

De nombreuses organisations musulmanes traditionnelles sont même allées jusqu’à affirmer que l’EI était “contraire à l’islam”. Toutefois, les musulmans qui emploient cette expression sont souvent “embarrassés et politiquement corrects, avec une vision naïve de leur religion” qui néglige “ce qu’elle a impliqué, historiquement et juridiquement”, suggère Bernard Haykel, chercheur de Princeton d’origine libanaise et expert de premier plan sur la théologie de l’EI.

Tous les universitaires à qui j’ai posé des questions sur l’idéologie de l’EI m’ont renvoyé vers Bernard Haykel. Selon ce dernier, les rangs de l’EI sont profondément imprégnés d’ardeur religieuse. Les citations du Coran sont omniprésentes. Pour lui, l’argument selon lequel l’EI a déformé les textes de l’islam est grotesque et on ne peut le soutenir que par ignorance volontaire. “Les gens veulent absoudre l’islam, explique-t-il, d’où le mantra affirmant que ‘l’islam est une religion pacifique’. Comme s’il existait un ‘islam’! Ce qui compte, c’est ce que font les musulmans et comment ils interprètent leurs textes. Les membres de l’EI ont la même légitimité que n’importe qui d’autre.”
Tous les musulmans reconnaissent que les premières conquêtes de Mahomet ont été chaotiques et que les lois de la guerre transmises par le Coran et les récits sur le règne du Prophète étaient adaptées à une époque troublée et violente. Bernard Haykel estime que les combattants de l’EI représentent un authentique retour à un islam ancien et qu’ils reproduisent fidèlement ses pratiques guerrières. Cela englobe un certain nombre de pratiques que les musulmans modernes préfèrent ne pas reconnaître comme faisant partie intégrante de leurs textes sacrés. 
“L’esclavage, la crucifixion et les décapitations ne sont pas des éléments que des [djihadistes] fous sélectionneraient dans la tradition médiévale”, affirme Bernard Haykel. Les combattants de l’EI sont “en plein dans la tradition médiévale et ils la transposent dans son intégralité à l’époque contemporaine”.

Le Coran précise que la crucifixion est l’une des seules sanctions permises contre les ennemis de l’islam. La taxe imposée aux chrétiens est clairement légitimée par la sourate At-Tawbah, neuvième chapitre du Coran, qui intime aux musulmans de combattre les chrétiens et les juifs “jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [la taxe] de leurs propres mains, après s’être humiliés”.

Lorsque l’EI a commencé à réduire des gens en esclavage, même certains de ses sympathisants ont renâclé. Néanmoins, le califat a continué à pratiquer l’asservissement et la crucifixion. “Nous conquerrons votre Rome, briserons vos croix et asservirons vos femmes, a promis Mohamed Al-Adnani, porte-parole de l’EI, dans l’un des messages qu’il a adressés à l’Occident. Si nous n’y parvenons pas, nos enfants et nos petits-enfants y parviendront. Et ils vendront vos fils sur le marché aux esclaves.”

 

II. Territoire

En novembre 2014, je me suis rendu en Australie pour rencontrer Musa Cerantonio, un trentenaire identifié comme l’une des deux plus importantes “nouvelles autorités spirituelles” guidant les étrangers pour qu’ils rejoignent l’EI. Pendant trois ans, il a été télévangéliste sur Iqraa TV, au Caire, mais il est parti quand la chaîne a contesté ses appels fréquents à la création d’un califat. Maintenant, il prêche sur Facebook et Twitter.

Musa Cerantonio, un homme grand et avenant à l’air studieux, raconte qu’il blêmit à la vue des vidéos de décapitations. Il déteste voir la violence, même si les sympathisants de l’EI sont contraints de la soutenir. Il a une barbe broussailleuse qui rappelle certains fans du Seigneur des anneaux, et son obsession pour l’idéologie apocalyptique de l’islam m’était familière.

En juin 2014, Musa Cerantonio et son épouse ont tenté d’émigrer – il n’a pas précisé où (“Il est illégal de partir en Syrie”, précise-t-il méfiant) – mais ils ont été arrêtés en route, aux Philippines, et expulsés vers l’Australie. En Australie, chercher à rejoindre l’EI ou se rendre sur son territoire est une infraction ; le gouvernement a donc confisqué le passeport de Musa Cerantonio. Jusqu’à présent, toutefois, il est libre. C’est un idéologue sans affiliation officielle, mais dont la parole fait autorité auprès des autres djihadistes pour ce qui touche à la doctrine de l’EI.

Nous nous sommes donné rendez-vous pour déjeuner à Footscray, une banlieue multiculturelle très peuplée de Melbourne. Musa Cerantonio a grandi là, dans une famille italo-irlandaise.

Musa Cerantonio, prédicateur de l’Etat islamique - Capture d’écran de YouTube

Il me raconte sa joie lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a été déclaré calife, le 29 juin 2014, ainsi que l’attraction que l’Irak et la Syrie ont commencé à exercer sur lui et ses amis. “J’étais dans un hôtel [aux Philippines] et j’ai vu la déclaration à la télévision. J’étais ébahi et je me disais ‘Qu’est-ce que je fais coincé dans cette foutue chambre ?’”

Le dernier califat historique est l’Empire ottoman, qui a connu son âge d’or au XVIe siècle, avant de subir un long déclin jusqu’à sa disparition en 1924. Mais Musa Cerantonio, comme de nombreux sympathisants de l’EI, met en doute la légitimité de ce califat, car il n’appliquait pas intégralement la loi islamique, qui requiert lapidation, esclavage et amputations, et parce que ses califes ne descendaient pas de la tribu du Prophète, les Quraychites.

Abou Bakr Al-Baghdadi a longuement insisté sur l’importance du califat dans le sermon qu’il a prononcé à Mossoul. Il a expliqué que faire renaître l’institution du califat – qui n’a existé que de nom pendant environ mille ans – était une obligation commune. Lui et ses fidèles s’étaient “empressés de déclarer le califat et de nommer un imam” à sa tête, a-t-il déclaré. “C’est le devoir des musulmans, un devoir qui a été négligé pendant des siècles… Les musulmans commettent un péché en l’oubliant et ils doivent constamment chercher à l’établir.”

Comme Oussama Ben Laden avant lui, Abou Bakr Al-Baghdadi s’exprime avec emphase, utilisant de nombreuses allusions coraniques et en affichant une grande maîtrise de la rhétorique classique. Mais contrairement à Ben Laden et aux faux califes de l’Empire ottoman, il est Quraychite.

Le califat, m’a expliqué Musa Cerantonio, n’est pas uniquement une entité politique mais également un véhicule du salut. La propagande de l’EI relaie régulièrement les serments de bay’a (allégeance) des autres organisations djihadistes. Musa Cerantonio m’a cité un proverbe attribué au Prophète selon lequel mourir sans avoir fait vœu d’allégeance revient à mourir jahil (ignorant) et donc à “mourir hors de la foi”.

Le prédicateur Musa Cerantonio - Capture d’écran de YouTube

Pour être calife, il faut remplir les conditions précisées par le droit sunnite : être un homme musulman adulte descendant de Quraych, manifester une probité morale, une intégrité physique et mentale, et faire preuve de ’amr, c’est-à-dire d’autorité. Ce dernier critère, selon Musa Cerantonio, est le plus difficile à remplir, et il exige que le calife ait un territoire sur lequel faire régner la loi islamique.

Après le sermon d’Abou Bakr Al-Baghdadi, les djihadistes ont commencé à affluer quotidiennement en Syrie, plus motivés que jamais. Jürgen Todenhöfer, auteur allemand et ancienne figure politique qui s’est rendu dans les territoires contrôlés par l’EI en décembre 2014, a déclaré avoir vu affluer, en deux jours seulement, 100 combattants au poste de recrutement installé sur la frontière turque.

A Londres, une semaine qui a précédé mon déjeuner avec Musa Cerantonio, j’ai rencontré trois anciens membres d’un groupe islamiste interdit appelé Al-Muhajiroun (Les émigrés) : Anjem Choudary, Abu Baraa et Abdul Muhid. Tous trois souhaitaient émigrer pour rejoindre l’EI, mais les autorités ont confisqué leurs passeports. Comme Musa Cerantonio, ils considéraient le califat comme le seul gouvernement légitime. Dans nos entretiens, leur principal objectif était de m’expliquer ce que représente l’EI et en quoi sa politique reflète la loi de Dieu.

Anjem Choudary, 48 ans, est l’ancien chef du groupe. Il apparaît souvent dans les émissions d’information sur le câble car il est l’une des seules personnes que les producteurs peuvent inviter en étant assurés qu’il défendra l’EI avec véhémence – jusqu’à ce qu’on coupe son micro. Au Royaume-Uni, il a une réputation de détestable fanfaron, mais lui et ses disciples croient sincèrement en l’EI et ils diffusent sa doctrine. Anjem Choudary et consorts sont très présents sur les fils Twitter des habitants des territoires contrôlés par l’EI et Abu Baraa gère une chaîne YouTube pour répondre aux questions sur la charia.

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Depuis septembre 2014, les autorités mènent une enquête sur ces trois hommes, qui sont soupçonnés d’apologie du terrorisme. En raison de cette enquête, ils ont dû me rencontrer un par un : toute communication entre eux aurait enfreint les termes de leur liberté conditionnelle. Anjem Choudary m’a donné rendez-vous dans une confiserie de la banlieue d’Ilford, à l’est de Londres.

Logement gratuit pour tous

Avant le califat, “environ 85 % de la charia n’était pas appliquée, m’explique-t-il. Ces lois étaient en suspens jusqu’à ce que nous ayons un khilafa [un califat], et c’est maintenant le cas”. Sans califat, par exemple, il n’y a pas d’obligation d’amputer les mains des voleurs pris en flagrant délit. Avec l’établissement d’un califat, cette loi ainsi que toute une jurisprudence reprennent soudain vie. En théorie, tous les musulmans sont obligés d’émigrer vers le territoire où le calife applique ces lois.

Anjem Choudary affirme que la charia est mal comprise en raison de son application incomplète par des régimes comme l’Arabie Saoudite, qui décapite les meurtriers et ampute les mains des voleurs.
“Le problème, explique-t-il, c’est que des pays comme l’Arabie Saoudite appliquent uniquement le code pénal et ne mettent pas en œuvre la justice socio-économique de la charia. Et ils ne font qu’engendrer de la haine pour la loi islamique.”

Cet ensemble de mesures, selon lui, inclut la gratuité pour tous du logement, de la nourriture et des vêtements, même si tout le monde a bien sûr le droit de travailler pour s’enrichir.

Abdul Muhid, 32 ans, a prolongé cette réflexion. Il portait une élégante tenue moudjahidine lorsque je l’ai retrouvé dans un restaurant local : barbe broussailleuse, chapeau afghan et portefeuille porté dans ce qui ressemblait à un étui de revolver à l’épaule. Il avait à cœur d’aborder la question des aides sociales. L’EI applique peut-être des sanctions médiévales contre les crimes moraux, mais son programme d’aides sociales est, du moins à certains égards, suffisamment progressiste pour plaire à des commentateurs de gauche. Les soins de santé, affirme-t-il, sont gratuits. Fournir des aides sociales n’était pas selon lui un choix politique, mais une obligation en vertu de la loi de Dieu.

 

III. L’apocalypse

Tous les musulmans reconnaissent que Dieu est le seul à savoir de quoi sera fait l’avenir. Ils s’accordent aussi à dire qu’il nous en a offert un aperçu dans le Coran et les récits du Prophète. L’EI s’écarte cependant de presque tous les autres mouvements djihadistes actuels car il pense être le personnage central des textes sacrés.

Oussama Ben Laden mentionnait rarement l’apocalypse et, quand c’était le cas, il semblait partir du principe qu’il serait mort depuis longtemps quand le glorieux châtiment divin se produirait enfin. “Ben Laden et Al-Zawahiri sont issus de familles sunnites appartenant à l’élite, qui méprisent ces spéculations et les voient comme une préoccupation des masses”, affirme Will McCants, qui travaille pour la Brookings Institution et écrit un livre sur la pensée apocalyptique de l’EI.

Pendant les dernières années de l’occupation américaine en Irak, les fondateurs directs de l’EI voyaient, au contraire, de nombreux signes de la fin des temps. Ils s’attendaient à l’arrivée sous un an du Mahdi, la figure messianique destinée à conduire les musulmans vers la victoire avant la fin du monde.

Pour certains croyants – ceux qui rêvent de batailles épiques entre le bien et le mal – les visions de massacres apocalyptiques répondent à un profond besoin psychologique. Parmi les sympathisants de l’EI que j’ai rencontrés, c’est Musa Cerantonio, l’Australien, qui a exprimé le plus grand intérêt pour l’apocalypse. Certains aspects de cette prédiction lui sont propres et n’ont pas encore le statut de doctrine. D’autres éléments viennent de sources sunnites traditionnelles et apparaissent partout dans la propagande de l’EI. Il s’agit notamment de la croyance qu’il n’y aura que 12 califes légitimes (Abou Bakr Al-Baghdadi étant le huitième), que les armées de Rome se rassembleront pour affronter les armées de l’islam dans le nord de la Syrie et que la grande bataille finale de l’islam contre un anti-messie se déroulera à Jérusalem après une dernière période de conquête islamique.

La bataille de Dabiq

L’EI accorde une importance cruciale à la ville syrienne de Dabiq, près d’Alep. Il a nommé son magazine de propagande d’après elle et il a organisé de folles célébrations après avoir conquis (non sans mal) les plaines de Dabiq, qui sont inutiles d’un point de vue stratégique. C’est ici, aurait déclaré le Prophète, que les armées de Rome installeront leur camp. Les armées de l’islam les y affronteront et Dabiq sera pour Rome l’équivalent de Waterloo.

Les propagandistes de l’EI se pâment à cette idée et sous-entendent constamment que cet événement se produira sous peu. Le magazine de l’EI cite Abou Moussab Al-Zarqaoui, qui aurait déclaré : “L’étincelle a été allumée ici, en Irak, et sa chaleur continuera de s’intensifier jusqu’à brûler les armées des croisés à Dabiq.” Maintenant qu’il s’est emparé de Dabiq, l’EI y attend l’arrivée d’une armée ennemie, dont la défaite déclenchera le compte à rebours précédant l’apocalypse. “Nous enterrons le premier croisé américain à Dabiq et nous attendons avec impatience l’arrivée du reste de vos armées”, a proclamé un bourreau masqué dans une vidéo de novembre 2014 montrant la tête tranchée de Peter Kassig, travailleur humanitaire qui était retenu en otage depuis 2013.

Après la bataille de Dabiq, explique Musa Cerantonio, le califat s’agrandira et ses armées pilleront Istanbul. Certains pensent qu’il se lancera ensuite à la conquête de la Terre entière, mais Musa Cerantonio estime qu’il ne dépassera jamais le Bosphore. Dajjal, un antimessie de la littérature musulmane apocalyptique, arrivera de la région du Khorasan, à l’est de l’Iran, et tuera un grand nombre des combattants du califat jusqu’à ce qu’il n’en reste que 5 000, piégés à Jérusalem. Alors que Dajjal se préparera à les éliminer, Jésus – le deuxième Prophète le plus vénéré dans l’islam – reviendra sur Terre, transpercera Dajjal d’une lance et conduira les musulmans jusqu’à la victoire.

Selon cette théorie, même les revers essuyés par l’EI n’ont pas d’importance. Dieu a de toute façon ordonné d’avance la quasi-destruction de son peuple.

 

IV. La lutte

A Londres, Anjem Choudary et ses étudiants m’ont décrit en détail la façon dont l’EI doit mener sa politique étrangère maintenant qu’il est a fondé un califat. Il a déjà entrepris le “djihad offensif”, conformément à la charia, soit l’expansion par la force dans des pays qui ne sont pas gouvernés par des musulmans. “Jusqu’à présent, nous ne faisions que nous défendre”, déclare Anjem Choudary. Sans califat, le djihad offensif est un concept inapplicable. En revanche, faire la guerre pour agrandir le califat est un devoir crucial du calife.

Abu Baraa, confrère d’Anjem Choudary, m’a expliqué que la loi islamique n’autorisait des traités de paix temporaires que durant une décennie. De la même manière, accepter des frontières est anathème, comme l’a déclaré le Prophète et comme le répètent les vidéos de propagande de l’EI. Si le calife consent à une paix à plus long terme ou à une frontière permanente, il sera dans l’erreur. Les traités de paix temporaires sont renouvelables, mais ils ne peuvent s’appliquer à tous les ennemis en même temps : le calife doit mener le djihad au moins une fois par an.

Anjem Choudary s’adressant à des manifestants musulmans regroupés devant l’ambassade des Etats-Unis à Londres le 14 septembre 2012. Ils protestaient contre un film prétendument insultant pour la foi musulmane - Leon Neal/AFP

Il faut insister sur le fait que l’EI pourrait être paralysé par son radicalisme. Le système international moderne, né de la paix de Westphalie, en 1648, repose sur la disposition de chaque Etat à reconnaître des frontières, même à contrecœur. D’autres organisations islamistes, comme les Frères musulmans et le Hamas, ont succombé aux flatteries de la démocratie et à la perspective d’une invitation au sein de la communauté des nations. Pour l’EI, ce n’est pas envisageable : ce serait une apostasie.

Les Etats-Unis et leurs alliés ont réagi contre l’EI tardivement et avec stupéfaction. Les ambitions de l’organisation et les grandes lignes de sa stratégie étaient manifestes dans ses déclarations et sur les réseaux sociaux dès 2011, quand l’EI n’était qu’un mouvement parmi les nombreux groupes terroristes présents en Syrie et en Irak. En 2011, Abou Bakr Al-Baghdadi s’était déjà qualifié de “commandeur des croyants”, un titre habituellement réservé aux califes.

Si nous avions identifié les intentions de l’EI plus tôt et compris que le vide politique en Syrie et en Irak lui donnerait tout l’espace nécessaire pour les mettre en œuvre, nous aurions au minimum poussé l’Irak à renforcer sa frontière avec la Syrie et à négocier des accords avec sa population sunnite. Et pourtant, début 2014, Barack Obama a déclaré au New Yorker qu’il voyait l’EI comme un partenaire plus faible d’Al-Qaida. “Si une équipe de basketteurs junior enfile des maillots de la NBA, ça ne fait pas d’eux Kobe Bryant”, a-t-il ironisé.

Les dessous de l’exécution de Peter Kassig

Notre incapacité à comprendre la rupture entre l’EI et Al-Qaida, ainsi que les différences cruciales qui les séparent, a entraîné de dangereuses décisions. A l’automne 2014, le gouvernement américain a accepté un plan désespéré pour sauver l’otage Peter Kassig. Ce plan requérait l’interaction de figures fondatrices de l’EI et d’Al-Qaida.

L’objectif était qu’Abu Muhammad Al-Maqdisi, mentor d’Al-Zarqaoui et haute figure d’Al-Qaida, contacte Turki Al-Binali, principal idéologue de l’EI et ancien étudiant d’Al-Maqdisi. Les deux hommes s’étaient brouillés car ce dernier avait critiqué l’EI. L’érudit jordanien avait déjà appelé l’EI à se montrer clément envers le Britannique Alan Henning. En décembre 2014, The Guardian a révélé que le gouvernement américain, en utilisant un intermédiaire, avait demandé à Al-Maqdisi d’intervenir auprès de l’EI en faveur de l’otage Peter Kassig.

Al-Maqdisi vivait librement en Jordanie, mais il lui était interdit de communiquer avec des terroristes à l’étranger et il était étroitement surveillé. Quand la Jordanie a autorisé les Etats-Unis à organiser une rencontre avec Turki Al-Binali, le Jordanien a acheté un téléphone avec de l’argent américain et il a pu correspondre à son aise avec son ancien étudiant pendant quelques jours avant que le gouvernement jordanien ne mette un terme à la conversation et ne se serve de ce prétexte pour l’incarcérer. Quelques jours plus tard, la tête tranchée de Peter Kassig est apparue dans une vidéo filmée à Dabiq.

Intentions génocidaires

La mort du travailleur humanitaire était une tragédie, mais le succès du plan des Etats-Unis aurait été une catastrophe. La réconciliation d’Abu Muhammad Al-Maqdisi avec Turki Al-Binali aurait réduit le fossé entre les deux plus importantes organisations djihadistes au monde. Il est possible que la Maison-Blanche ait seulement voulu faire parler Turki Al-Binali pour obtenir des renseignements ou pour l’assassiner. De multiples tentatives visant à obtenir une réponse du FBI à ce sujet sont restées infructueuses. Quoi qu’il en soit, vouloir rabibocher les deux principaux ennemis terroristes des Etats-Unis révèle un manque de discernement lamentable.

Punis de notre indifférence initiale, nous attaquons maintenant l’EI sur le champ de bataille en soutenant Kurdes et Irakiens, ainsi qu’au moyen de frappes aériennes régulières. Certains observateurs ont appelé à une intensification de la riposte, parmi lesquels plusieurs porte-parole de la droite interventionniste qui se sont exprimés en faveur du déploiement de dizaines de milliers de soldats américains.

Ces appels ne doivent pas être rejetés précipitamment : une organisation qui ne cache pas ses intentions génocidaires se trouve à deux pas de ses victimes potentielles et commet quotidiennement des atrocités sur le territoire qui est déjà sous son contrôle. En outre, si l’EI perd son emprise sur les territoires syrien et irakien, il cessera d’être un califat. Celui-ci ne pourra plus être au cœur de sa propagande, ce qui fera disparaître le supposé devoir religieux d’émigrer pour le servir. Et pourtant, les risques d’une escalade de la violence sont considérables. Une invasion représenterait une grande victoire pour la propagande des djihadistes du monde entier, qui pensent tous que les Etats-Unis veulent s’embarquer dans une croisade des temps modernes pour tuer les musulmans. A quoi s’ajoute notre maladresse lors de nos précédentes tentatives d’occupation. La montée de l’EI, après tout, n’a été possible que parce que notre occupation [de l’Irak] a ouvert un espace pour Zarqaoui et ses successeurs.

Etant donné tout ce que nous savons sur l’EI, continuer de le saigner peu à peu au moyen de frappes aériennes et de batailles par alliés interposés semble la moins mauvaise solution. Le coût humanitaire de l’EI est élevé, mais la menace qu’il représente pour les Etats-Unis est limitée. Le noyau d’Al-Qaida fait figure d’exception parmi les organisations djihadistes en raison de son intérêt pour “l’ennemi lointain” (l’Occident). Les principales préoccupations de la majorité des organisations djihadistes concernent des questions plus proches de chez eux. C’est particulièrement vrai pour l’EI. Abou Bakr Al-Baghdadi a demandé à ses agents saoudiens de “régler la question des rafida [chiites] d’abord, puis des Al-Sulul [sympathisants sunnites de la monarchie saoudienne], avant de s’attaquer aux croisés et à leurs bases”.

Les combattants étrangers (ainsi que leurs femmes et leurs enfants) se rendent dans le califat avec un aller simple : ils veulent vivre selon la véritable charia et nombre d’entre eux cherchent à devenir des martyrs.
Quelques “loups solitaires” soutenant l’EI ont attaqué des cibles occidentales et d’autres attentats se produiront. Toutefois, la plupart des agresseurs se sont avérés des amateurs frustrés, incapables d’émigrer vers le califat. Même si l’EI se réjouit de ces attentats, notamment dans sa propagande, il n’a planifié ni financé aucun d’entre eux. (L’attaque contre Charlie Hebdo à Paris était principalement une opération d’Al-Qaida.)

S’il est contenu, il est probable que l’EI cause lui-même sa chute. Il n’est allié à aucun autre pays et son idéologie garantit que cela ne changera pas. Les terres qu’il contrôle, certes vastes, sont pour l’essentiel inhabitées et arides. A mesure qu’il stagnera ou que son territoire rétrécira lentement, sa prétention d’être le moteur de la volonté de Dieu et l’agent de l’apocalypse perdra de sa valeur. A mesure qu’augmenteront les informations sur la misère qui y règne, les autres mouvements islamistes radicaux seront discrédités : personne n’a jamais cherché à ce point à appliquer strictement la charia en faisant appel à la violence. Voilà à quoi cela ressemble.

 

V. Dissuasion

Il serait facile d’évoquer, concernant l’EI, un “problème avec l’islam”. La religion autorise de nombreuses interprétations et les sympathisants de l’EI sont moralement responsables de celle qu’ils ont choisie. Et pourtant, en faire une institution contraire à l’islam peut être contreproductif, notamment si ceux qui entendent ce message ont lu les textes sacrés et vu que de nombreuses pratiques du califat y sont clairement décrites.

Les musulmans peuvent affirmer que l’esclavage n’est plus légitime aujourd’hui, et que la crucifixion est condamnable à ce stade de l’Histoire. Nombre d’entre eux tiennent précisément ce discours. En revanche, ils ne peuvent condamner l’esclavage et la crucifixion dans l’absolu sans contredire le Coran et l’exemple donné par le Prophète.

L’idéologie de l’EI exerce un attrait puissant sur une certaine population. Les hypocrisies et les incohérences de la vie s’évanouissent face à elle. Musa Cerantonio et les salafistes que j’ai rencontrés à Londres sont incollables : aucune de mes questions ne les a pris de court. Volubiles, ils m’ont exposé leurs idées – et même de manière convaincante si l’on accepte leurs postulats. Juger celles-ci contraires à l’islam revient selon moi à les inviter à un débat qu’ils gagneraient.

Les non-musulmans ne peuvent dicter aux musulmans la manière correcte de pratiquer leur religion. Mais les musulmans ont lancé ce débat depuis longtemps dans leurs rangs. Il existe une autre branche de l’islam qui offre une solution radicale à l’EI : elle est tout aussi intransigeante, mais aboutit à des conclusions opposées.

“Ce n’est pas mon califat”

Abou Bakr Al-Baghdadi est salafiste. Le terme “salafiste” est devenu péjoratif, notamment parce que de véritables criminels ont lancé des batailles au nom de cette école de pensée. Mais la plupart de ses partisans ne sont pas djihadistes et ils adhèrent généralement à des mouvances religieuses qui rejettent l’EI. Ils sont déterminés, comme le note Bernard Haykel, à agrandir le Dar Al-Islam, la terre de l’Islam, y compris au moyen de pratiques monstrueuses comme l’esclavage et l’amputation – mais pas tout de suite. Leur priorité est la purification personnelle et l’observance religieuse. Pour eux, tout ce qui menace ces objectifs est interdit, comme provoquer une guerre ou des troubles risquant de perturber les vies, la prière et les études.  

Image issue du site djihadiste Welayat Salahuddin et montrant des membres du l’Etat islamique dans un véhicule volé aux forces de sécurité iraquiennes, le 14 juin 2014 dans la province de Salah ad-Din, province natale de Saddam Hussein – Welayat Salahuddin/HO/AFP

A l’automne 2014, je suis allé à Philadelphie dans la mosquée dirigée par Breton Pocius, 28 ans, un imam salafiste qui se fait appeler Abdullah. Il s’est converti au début des années 2000 après avoir été élevé dans une famille polonaise catholique à Chicago. Tout comme Musa Cerantonio, il parle comme un livre et montre une grande familiarité avec les textes anciens.

Lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a fait son apparition, Breton Pocius a adopté le slogan “Ce n’est pas mon califat”. “L’époque du Prophète était baignée de sang, m’a-t-il expliqué, et il savait que les pires conditions de vie pour n’importe quel peuple étaient le chaos, notamment pour l’umma [communauté musulmane].” Pour cette raison, poursuit Breton Pocius, le bon choix pour les salafistes n’est pas de semer la discorde en créant des factions et en réduisant les autres musulmans à des apostats.

Au contraire, Breton Pocius pense – comme une majorité de salafistes – que les musulmans devraient se retirer de la vie politique. Ces salafistes “quiétistes”, comme ils sont qualifiés, sont d’accord avec l’EI pour affirmer que la loi de Dieu est la seule valable. Ils rejettent aussi les pratiques comme les élections et la création de partis politiques. Toutefois, la haine du Coran pour la discorde et le chaos signifie pour eux qu’ils doivent se soumettre à quasiment n’importe quel dirigeant, même si certains sont manifestement pécheurs.

 
“Le Prophète a dit : tant que le dirigeant ne s’abandonne pas clairement au kufr [mécréance], obéissez-lui”, m’a expliqué Breton Pocius.

Et tous les “livres de principes” classiques mettent en garde contre les troubles sociaux. Vivre sans prêter serment, affirme Breton Pocius, rend effectivement ignorant ou ignare. Mais la bay’a n’implique pas de faire allégeance à un calife, et certainement pas à Abou Bakr Al-Baghdadi. Cela signifie, dans une perspective plus large, adhérer à un contrat social religieux et s’engager pour une société de musulmans, qu’elle soit dirigée ou non par un calife.

Breton Pocius ressent beaucoup d’amertume contre les Etats-Unis à cause de la façon dont il y est traité – “moins qu’un citoyen”, selon ses termes (il affirme que le gouvernement a payé des espions pour infiltrer sa mosquée et a harcelé sa mère à son travail pour savoir s’il était un terroriste). Pourtant son salafisme quiétiste est un antidote islamique au djihadisme selon la méthode d’Abou Bakr Al-Baghdadi.

Les dirigeants occidentaux devraient sans doute s’abstenir de donner leur avis sur les débats théologiques islamiques. Barack Obama lui-même a presque tenu les propos d’un mécréant lorsqu’il a affirmé [l’an dernier] que l’EI n’[était] “pas islamique”. Je soupçonne que la plupart des musulmans ont apprécié l’intention du président américain : il était à leurs côtés contre Abou Bakr Al-Baghdadi et les chauvins non musulmans qui cherchent à les impliquer dans les crimes de l’EI. La majorité des musulmans ne sont toutefois pas susceptibles de rejoindre le djihad. Ceux qui le sont auront vu leurs suspicions confirmées : les Etats-Unis mentent sur la religion pour servir leurs intérêts.

Ne pas sous-estimer l’attrait de l’organisation

Dans le cadre limité de sa théologie, l’EI bourdonne d’énergie et même de créativité. En dehors de ce cadre, il pourrait difficilement être plus austère et silencieux : sa vision de la vie est faite d’obéissance, d’ordre et de soumission au destin. Dans la conversation, Musa Cerantonio et Anjem Choudary sont capables de passer de la question des massacres et des tortures à une discussion sur les vertus du café vietnamien et des pâtisseries sirupeuses – affichant un intérêt identique pour les deux. J’ai pu apprécier leur compagnie, en tant qu’exercice intellectuel et avec mauvaise conscience, mais seulement jusqu’à un certain point.

Lorsqu’il a fait la critique de Mein Kampf, en mars 1940, George Orwell a confessé qu’il n’avait “jamais été capable de détester Hitler”. Quelque chose chez lui percevait l’image d’un outsider, même si ses objectifs étaient lâches ou détestables.

Le fascisme, poursuivait George Orwell, est “psychologiquement bien plus solide que n’importe quelle conception hédoniste de la vie. […] Le socialisme et même le capitalisme, à contrecœur, ont affirmé au peuple : ‘Je peux vous offrir du bon temps.’ De son côté, Hitler a déclaré : ‘Je vous propose la lutte, le danger et la mort’, à la suite de quoi une nation tout entière s’est jetée à ses pieds. […] Nous ne devons pas sous-estimer son attrait émotionnel.”

Dans le cas de l’EI, il ne faut pas non plus sous-estimer son attrait religieux ou intellectuel. Le fait que l’EI tienne pour un dogme la réalisation imminente d’une prophétie nous indique au moins la trempe de notre ennemi. Les outils idéologiques peuvent convaincre certains candidats à la conversion que son message est erroné. Les outils militaires peuvent limiter les horreurs que l’EI commet. Mais sur une organisation aussi imperméable à la persuasion, il n’y a pas d’autres mesures susceptibles d’avoir un impact. Même si elle ne dure pas jusqu’à la fin des temps, la guerre risque d’être longue.

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 17:39
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 10:26
Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits

Par Émilie Massemin le 19 novembre 2015 pour Reporterre

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech (alias État islamique) en lui achetant du pétrole ? Non, selon les spécialistes interrogés par Reporterre. Daech tire deux millions de dollars par jour de l’or noir, soit environ un cinquième de ses revenus. Et sa production de moins de 40.000 barils par jour, largement autoconsommée, ne pèse pas lourd dans la région.

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech en lui achetant du pétrole ? Non, assurent les deux spécialistes interrogés, Matthieu Ausanneau (Shift Project) et Valérie Marcel (Chatham House). Si l’or noir reste une source de financement importante pour l’Etat islamique, ce dernier exporte peu et complète son budget par d’autres trafics. Faisons le point.

De quelles ressources pétrolières Daech dispose-t-il ?

L’État islamique contrôle actuellement 60 % des ressources pétrolières de Syrie. Il dispose principalement de champs pétroliers dans la province de Deir ez-Zor, dans l’est du pays. « C’est une province assez vaste, plus ou moins désertique et peu peuplée, située à frontière de l’Irak », décrit à Reporterre Matthieu Auzanneau, chargé de la prospective au Shift Project et auteur d’Or noir, la grande histoire du pétrole. Daech y produit de 30.000 à 40.000 barils chaque jour. « C’est très peu par rapport aux standards du golfe Persique, où la production se compte en millions de barils par jour », relativise ce spécialiste du pétrole.

Cette production, faible, est « structurellement en déclin », poursuit-il. En effet, la Syrie a dépassé son pic de production à la fin des années 1990. « Il est intéressant de voir que la diminution de cette manne pétrolière, pour des raisons écologiques d’épuisement de la ressource, a contribué au marasme économique du pays, remarque M. Auzanneau. Le même phénomène se produit, en pire, au Yémen, et y participe à l’effondrement des institutions étatiques. »

Construction d’un oléoduc en Irak dans les années 1930.

En Irak, quatrième exportateur mondial de pétrole et détenant 40 % des réserves mondiales, Daech ne disposerait pas de champs pétroliers, estime M. Auzanneau. « Une grande peur était que l’État islamique remette la main sur les puits pétroliers de Kirkouk, dans la zone d’autorité des Kurdes d’Irak, mais il s’est arrêté à Mossoul », constate-t-il.

En 2014, d’après le rapport Islamic State : the Economy-Based Terrorist Funding rédigé par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez, Daech contrôlait encore 13 champs de pétrole dans les gouvernorats de Ninive, al-Anbar, Salah ad-Din et Kirkouk. Le pétrole produit dans ces champs représentait 10 % des capacités de production irakiennes.

Mais « Daech a perdu les trois-quarts des champs pétroliers dont il disposait dans l’ouest et le nord-ouest de l’Irak, reconquis par les forces kurdes et irakiennes », relate le docteur Valérie Marcel, chercheuse associée énergie, environnement et ressources à l’Institut royal des relations internationales (Chatham House) de Londres. Qui évalue toutefois la production de Daech en Irak à « 10.000 barils par jour, à rapporter au 3,4 millions de barils par jour de capacité de production que totalise l’Irak ».

Quels revenus Daech tire-t-il de sa production de pétrole ?

L’État islamique tire environ 2 millions de dollars par jour de la vente de brut et de produits pétroliers plus ou moins raffinés. « C’est très peu pour la région, mais cela représente une part substantielle du revenu de Daech, qui s’élève au total à un peu moins de 10 millions de dollars par jour [soit environ 3,5 millards d’euros par an], d’après les évaluations des services de renseignement américains et européens », analyse Matthieu Auzanneau. « A cette source directe d’or noir s’ajoute une autre, indirecte mais sans doute très importante : les pétrodollars donnés par de riches habitants des pays arabes du golfe arabo-persique, via divers canaux occultes », précise-t-il.

Contrairement à ce qui se lit parfois, le pétrole de Daech n’est pas vendu en-dessous des prix du marché, estime le chargé de prospective au Shift Project. « Le prix varie entre 25 et 40 dollars le baril, ce qui est moins cher que le baril de Brent mais correspond aux prix du marché dans la région, évalue-t-il. Sachant que le prix varie en fonction du type de pétrole : plus le pétrole est lourd, moins il est cher. »

Défilé de combattants de l’État islamique.

« On exagère souvent les revenus que l’État islamique tire du secteur pétrolier, estime pour sa part Valérie Marcel. Je pense qu’aujourd’hui, ils tirent davantage de revenus de taxes, d’extorsions et de péages. » En effet, outre le pillage de la banque centrale de Mossoul en juin 2014, qui lui a apporté environ 500 millions de dollars états-uniens, Daech se finance par la contrebande de matières premières, la vente de produits contrefaits (cigarettes, vêtements), le zakat (l’aumône islamique obligatoire) et le mécénat de quelques grandes fortunes du Golfe.

« Historiquement, le pétrole a joué un rôle dans la fortune de Daech, mais actuellement tout est bombardé. Tous les oléoducs ont été fichus en l’air, idem pour les raffineries, renchérit Pierre Radanne, expert énergie à l’association 4D. Les revenus de l’État islamique viennent aussi du trafic de drogues et du trafic d’armes, ainsi que du racket des populations locales. Une des manières de casser Daech est de casser sa tirelire, mais pas forcément par le pétrole. »

Qui achète et consomme ce pétrole ?

Le pétrole produit par Daech est essentiellement consommé sur place, en Syrie et en Irak, explique Matthieu Auzanneau. « On soupçonne fortement que l’État islamique troque avec le régime de Bachar el-Assad du brut contre des produits raffinés, complète Valérie Marcel. Nous ne disposons pas de preuves fermes, mais le régime de Bachar el-Assad avait déjà noué une entente de ce genre avec al-Nosra, un groupe rival de Daech en Syrie. » Des soupçons d’autant plus forts que l’État islamique ne dispose que de faibles capacités de raffinage. L’existence d’un tel trafic semble possible à M. Auzanneau : « Cela a été évoqué par la CIA il y a un an et nous n’avons pas d’éléments nouveaux depuis. Mais cela semble plausible dans la mesure où l’armée de Bachar el-Assad a peu fait pression sur l’État islamique, avec peu d’actions aériennes. »

Concernant d’éventuelles exportations vers la Turquie, M. Auzanneau se montre prudent. « On entend beaucoup fantasmer sur cette idée, mais en réalité la production de pétrole de Daech est faible, et la part exportée vers la Turquie représente une goutte d’eau sur le marché turc et moins encore au niveau mondial », relativise-t-il. « Une portion de brut doit passer en Turquie, mais les volumes sont moins élevés qu’autrefois car les contrôles à la frontière sont plus importants », complète Mme Marcel.

Comment ces ressources pétrolières évoluent-elles ?

Les bombardements états-uniens et français sur l’appareil de production (champs, oléoducs, raffineries) ont fait redescendre la production de pétrole de Daech de 70.000 à 40.000 barils par jour en environ en un an.

Des chasseurs états-uniens survolent des puits de pétrole koweïtiens incendiés par l’armée irakienne, en 1991, lors de l’opération Tempête du désert.

Les bombardements de la coalition ont tout d’abord ciblé les grosses raffineries de pétrole contrôlées par Daech, plus faciles à détruire car plus localisées. Mais la multiplication de raffineries artisanales mobiles rend difficile l’éradication des capacités de raffinage. « L’État islamique et de nombreux opérateurs indépendants, qui essaient de profiter de la guerre, récupèrent le brut et le raffinent de manière artisanale. Une raffinerie artisanale est un simple alambic qui peut être installé dans une cave, décrit M. Auzanneau. Elle ne permet pas de produire du pétrole pour l’industrie pharmaceutique, mais suffit pour faire du diesel, de l’essence et de l’asphalte. »

En conséquence, depuis plusieurs semaines, les États-Unis et la France entreprennent de bombarder les champs de pétrole. « Même s’ils sont difficile à frapper car très étendus, une fois qu’ils sont détruits, il est plus difficile de relancer la production de pétrole, car cela nécessite d’importer des pièces détachées de l’étranger », remarque M. Auzanneau.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 16:17

Un excellent documentaire écrit par Henri Poulain, Julien Goetz et Sylvain Lapoix, et réalisé par Henri Poulain.

90 minutes mêlant data, interviews, graphismes et reportage, visible sur ce lien 2 degrés avant la fin du monde ou ci-dessous.

Le changement climatique, l'impuissance de l'ONU, les noeuds dans notre cerveau pour changer de modèle et rendre notre Terre plus vivable... Bon film !

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